Ecu d"or de Jean III
Monnaies frappées à .%nvers.
Cll.VPlTUE QUATRIÈME. r>\
numos y (Milrèreiil à leur loiir, e( leur rang parmi les puissauces féodales lui celui des grauds-vassaux. Les ra[)porls féodaux de la cominuue d Anvers, aussitôt que son existence fut diploniali([uemeiit reconnue, turent ceux d'un grand-vassal des ducs de Lothier, d'un ai'rièi'c-vassal de TEnipire. Il est facile de reconnaître dans les liens ((ui l'unissent au Duc et qui sont exprimés dans les chartes, un véritable contrat féodal, contrat synallagniatique où l'obligation d'assistance et de fidélité n'est contractée d'un côté qu'en échange d'un serment de protection et de respect pour les immunités et les privilèges existants. La plus ancienne charte concernant les libertés communales que nous fournissent les archives d'Anvers, et que nous allons transcrire, est un acte purement féodal. Le duc Henri I y rend aux habitants d'Anvers leurs anciennes libertés, comme, dans la cérémonie de Finvestiture, le suzerain rendait au vassal le fief de ses ancêtres, dont celui-ci n'avait été privé que par la fiction d'après laquelle le fief faisait retour au suzerain à la mort de chaque feudataire. C'est par une fiction semblable que le Duc, à l'occasion de son entrée solennelle dans sa bonne ville d'Anvers, où il vint au mois de mars 1221, accompagné de son fils, du comte et de la comtesse de Hollande, est censé rentrer en possession de la plénitude de ses droits souverains, mais pour restituer immédiatement aux habitants les droits et privilèges qui, en réalité, n'ont jamais cessé de leur appartenir. En même temps, il fixe la nature et la quantité des prestations en argent auxquelles la ville sera tenue envers lui : ce sont les aides , dues par tout vassal à son suzerain suivant la coutume féodale (').
\(nn cette charte :
«' Henri, par la grâce de Dieu, duc de Lolhier, à (ous ceux
(i) Vnyoz Hnllnm. V Europe au moyen-âge, lonio I, Système féodal.
» qui ces présentes lettres verront, tant au présent qu'à lavenir,
> faisons savoir que, à cause de notre bienveillance envers nos « bourgeois d" Anvers, nous leur rendons (ipsis reddimvs) leurs « anciennes libertés; et pour qu'il apparaisse plus clairement, » nous les affranchissons de toutes redevances serviles (servitiis) » à l'exception des suivantes : Quand nous prendrons la croix ') et que nous accomplirons le voyage d'outre-mer, il nous » paieront, lors de notre départ et lors de notre retour, la )) somme de cent livres de Louvain. Item, la même somme, lorsque >) nous armerons chevalier un de nos fils, ou quand nous ma- ') rierons un de nos fils ou l'une de nos filles. Item, cent livres » de Louvain, quand nous nous rendrons avec nos chevaliers, » sur son appel, à la cour de l'Empereur ou du roi des Romains. >> Afin que ces dispositions soient maintenues pour eux et leurs » descendants, nous avons fait écrire celte charte et l'avons fait » revêtir, en signe de confirmation et d'authenticité, de notre n sceau et de celui de notre fils. Fait en présence des témoins » suivants : Jean et autres chanoines d'Anvers, Gautier Van » Pulle, Arnould de Waelhem, Gauthier Cloke, Bastien de » Grobbendonck, homme d'affaires et premier notaire. Donné
> à Anvers , l'an de IVotre Seigneur mil deux cent et vingt « (1221 , nouveau style) en mars. »
En vertu de cette assimilation de la ville à un grand-vassal, elle se trouva en possession des droits régaliens de rendre la justice, de faire des ordonnances, de lever des impots. Elle eut un sceau, un blason, une bannière, des cloches pour convoquer ses hommes. Feudataire du Duc, elle eut elle-même ses vassaux sur lesquels elle exerçait des droits suzerains.
Examinons rapidement ces différentes marques de souveraineté :
Le plus ancien sceau de la ville que nous connaissons a été
CHAPITKE Ql ATRIÈME. 53
déeoiiverl à Ciaiul, en 1855 (0, sur une eliarlc de l'an 1^51 , tirée des arehives de S'-Bavon. Cette pièce, qui porte aussi les sceaux de Tabbaye de S'->Iiehel et du chapitre de Notre-Dame, est un acte de vente d'un fonds de terre situé à Bouchout. Elle se termine par ces mois : In cuius rei testimonium prcsens scnptum sigillis abbatis Sancti Michaëlis, capltidi béate Marie et oppidi Antverpensis confirmari annuimus. Le sceau d'Anvers représente une forteresse d'une forme toute dilîërente de celle qui figura plus tard dans le blason de la ville. Elle semble être une imitation grossière de la tour de Croonenbourg (2). A la droite, un bras armé et gantelé tient une bannière. Dans le champ se trouvent six étoiles, à peu près disposées comme dans la couslellation de la petite-Ourse. La légende porte : Sigillvm Monarchie Antverpensis. C'est évidemment l'ancien sceau du Marquisat. La constellation de TOurse indique la situation de
(1) Voir le Messager des Arts eu Sciences, année 1835, p. 337.
(2) La tour de Croonenbourg se trouvait au bord de TEscaut , non loin de l'emplacement actuel de la Porte-de-Fer. Elle portait à son sommet une couronne impériale en fer doré , d'où lui était venu son nom. Elle fut démolie en 1567, par ordre du duc d"Albe , lors de la construction de la citadelle. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans VAntwerpsch Cronykje: « Le 16 novembre 1567 » on a descendu à Anvers la double couronne impériale fermée en fer doré... » elle était si grande que deux personnes auraient pu s'y asseoir et avait bien » cinq aunes de circonférence. Il y avait quatre cent vingt-deux ans qu'elle » était sur la tour, comme il apparut par la date quelle portait (1145). »
Et plus loin : « Le 4 décembre 1567, jour de S«-Bernard , on fit crouler , » en mettant le feu sous ses appuis , la tour de Croonenburch , telle qu'elle » avait été debout, sur le bord de l'Escaut, l'espace de quatre cent vingt- » deux ans, comme une limite du S^-Empire romain. »
Les auteurs du Geschiedenis van Antwerpen conieciiirGni que la date de 1145 ne se rapporte qu'à l'érection de la couronne sur cette tour, et que celle-ci était beaucoup plus ancienne. Ils veulent y voir le reste d'un fort romain qui aurait existé en cet endroit. Le silence des anciens chroniqueurs, et l'absence complète de documents sur lexislcncc de ce fort , rendent leurs conjectures Irès-hasardées.
HISTOIRE DE LA VILLE D'xVNVEUS.
celte Marche au nord de TEmpire, el la bannière tenue par une main gantelée, sa qualité de fief de bannière, tenu par un chevalier; mais c'est aussi celui de la ville, car la charte dit : Sigillum oppidi. C^est qu'Anvers est avant tout la capitale d'un état féodal. C'est cette qualité qui fait sa force et qu'elle évoque dans les actes diplomatiques.
Nous croyons, à considérer l'exécution grossière de ce sceau, qu'il était déjà vieux à l'époque où il fut apposé sur cet acte. Peut-être datait-il du XI'' siècle. Il semble avoir servi jusqu'à la fin du XIÏP où il fut remplacé par celui qui se trouve
CllAriTRK UIAÏUJÈRIK. S^i
allacho à im iiclc ilo loIO , conservé aux archives de la Nille. Il représenle un chàleau de (orme ovale, flancjué de tours. La porte est surmontée d une haute tour cariée , à trois étages , crénelée , supportant à ses angles deux petites tourelles en forme de poivrières. Sur la porte on remarque deux étoiles. Cinq hannières surmontent les créneaux, deux sur les murailles, trois au sommet de la grande tour; elles portent chacune une main dans leur champ. Aux deux hannières plantées sur les murailles sont suspendus des écussons : celui de gauche porte les armes de TEmpire ; celui de droite, les lions écartelés de Brahant et de Limbourg : preuve évidente que ce sceau est postérieur à la bataille de Woeringen (1288). Quelques années plus tard on en rencontre un autre , à peu près semblable à celui-là. Ces
trois sceaux portent encore la légende : Sifjillum monarchiœ Antwerpiensis. C'est toujours le sceau du Marquisat, du fiel de bannière du S'-Empire. Le véritable sceau des échevins est celui qu'ils appliquent au revers de celui-ci , en forme de contrescel; il a pour légende : secretum scabinorum Antivcrpimsium.
Cependant il ne porte point rembléme de la ville, mais l'aigle impériale à deux tètes. Même dans leur sceau secret, les écbevins conservent la marque de la position féodale de la cité.
Les grands sceaux que nous venons de décrire représentent donc en même temps le blason du Marquisat et celui de la ville. Il n'y en eut point d'autres jusqu'au XV^ siècle, où l'on arrangea le blason moderne avec des pièces empruntées à l'ancien. Les armes de la ville furent alors : de gueules au Château d'argent de trois tours, surmonté de deux mains appaumées de même, celle de dextre en bande, celle de sénestre en barre; le tout entouré d'une guirlande de roses, trois rouges et trois blanches.
Le Marquisat eut les mêmes armes, augmentées d'un chef cousu d'or à l'aigle éployée de sable , à deux tètes , qui indiquait la suzeraineté immédiate de l'Empire.
(.HAI'iriU-: QUATRIÈMK.
Ces sceaux nous donnent aussi Tancienne bannière d'Anvers : rouge avec une main blanche.
Note. Ce sceau est celui que nous avons mentionné au haut de la page 5*). avec le contre-scel des ëchevins. C'est le plus ancien que nous aient fourni les archives de In ville.
Le rouge et le blanc étaient les couleurs de Lothier. Ainsi Louvain, capitale du Duché, eut pour blason les armes mêmes de Lothier : de gueules à la fasce d'argent. Les ducs de Limbourg, qui retinrent le titre ducal pour avoir été investis de la dignité de ducs de Lothier par l'empereur Henri IV, portèrent la bannière rouge et blanche et prirent pour blason : un lion rampant de gueules sur champ d'argent.
Maintenant, quelle est la signification des signes héraldiques que présente le blason d'Anvers? Le château représente-t-il le Bourg, la tour de Croonenbourg, ou simplement un château? Les mains figurent-elles des mains de justice ou des gants? Tout en rendant hommage à l'érudition déployée sur cet intéressant sujet par les derniers historiens d'Anvers, nous continuons de préférer à leurs savantes explications, celle qui nous paraît la plus simple. Pour nous, le château représente le Bourg, berceau de la ville, et les mains jetées^ le rébus du nom d'Anvers : hand-werpen. Il nous serait facile d'étayer notre opinion par de solides raisonnements, mais nous croyons qu'une dissertation héraldique ne serait pas précisément du goût du plus grand nombre de nos lecteurs.
On sait que les communes considéraient comme un de leurs privilèges les plus précieux le droit de sonner les cloches. Comme nous Tavons écrit ailleurs, en parlant des puissantes communes de la Flandre : « l'orgueil communal dressait vers le ciel ces gigantesques beffrois dont les voix de bronze remuaient la multitude et portaient au loin , sur l'aile des vents , les cris de joie ou d'alarme de la cité (0. » Le beffroi était, avant tout, un
(1) Histoire du Comté de Flandre, tom. I, p. 195. On sait que le mol beffroi vient du flamand bel-fort, fort ou tour de la cloche.
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signe de puissanee inililaire. Cest de là que la coinnuuie appelai l ses homines sous les armes, en sonnant le tocsin, comme le baron féodal convoquait ses vassaux en sonnant de la trompe de la plus haute tourelle de son manoir. C'était ensuite le signe de l'indépendance du pouvoir civil, qui administre et gouverne la cité en vertu de son propre droit et sans devoir recourir à l'autorisation du clergé pour sonner les cloches. A Anvers, ce furent les tours de Notre-Dame qui servirent de beffroi. Nous ne savons s'il existait à cet égard un concordat entre les échevins et les chanoines; mais la tour du nord était considérée comme la propriété de la ville, sous le nom de stadstoren , et, des cloches quelle renfermait, trois étaient exclusivement consacrées à des usages civils (0; Tune, qui était véritablement la cloche de la commune, était désignée sous les différents noms de poortklok, slonnklok, vuer- ou brandklok. C'était le tocsin. Elle sonnait, quand la guerre était déclarée, pour la convocation des milices bourgeoises; dans les séditions populaires, pour l'appel aux armes; en cas d'incendie ou d'inondation, ou quand Tennemi était aux portes de la ville. La cloche qui remplit ce terrible office depuis le XIV" siècle se trouve encore dans la lour nord de la cathédrale, où elle fut transportée après la démolition de l'ancienne collégiale. Elle avait été baptisée d'un
(I) « Les tours de Noire-Dame , dit M. Génard , auquel nous empruntons ces détails, ont toujours tenu lieu à Anvers du befiroi , tel qu'on le voyait à Gand, à Bruges, à Bruxelles, etc. Elles étaient le témoignage de la puissance, de la piété des Anversois et de leur amour pour les arts. Leurs cloches donnaient le signal de la joie ou du deuil ; elles appelaient au combat les confrères des Gildes et avertissaient les habitants en cas d'incendie ou d'inondation. Aussi l'église de Notre-Dame représentait si bien le peuple anversois qu'elle passait pour le symbole de la ville et que nos ancêtres jugèrent inutile de munir de tours l'ancien comme le nouvel hôlel-dc-ville. » Onze Lieve Frouw op 't Staekske , p. 34.
nom sinistre. Voici l'inscription qu'on lit sur son pourtour : ORiDA (horrida) vocor : magistr : ierardls : de leodio : me fecit.
ANNO DOMINI MCCCXVI.
Une autre cloche portait le nom de cloche de travail ou du matin (werk- ou dagklok). Elle sonnait le matin pour appeler les ouvriers à l'ouvrage. On lit dans les comptes de la ville, année 1401 : « Payé à Pierre Staes, pour avoir sonné les jours » ouvrables la cloche de travail au son de laquelle les ouvriers » se rendent à l'ouvrage chez les bonnes gens ou en reviennent, » VI esc. gr. et pour ce qu'il porte une verge dans l'église » de N.-D., en chasse les chiens et préserve les autels, ni esc. » un d. gr., etc. (0 »
La troisième était appelée cloche du soir ou des voleurs (avond- ou diefklok; dans les comptes de la ville elle est aussi désignée sous le nom de achterste kloke, la dernière cloche). On la sonnait avant onze heures et à ce signal tous les cabarets devaient être fermés et plus personne ne pouvait traverser les rues sans lanterne. Dès que onze heures étaient sonnées, les veilleurs de nuit commençaient leur ronde, et par leurs cris éveillaient les habitants en cas d'incendie.
Ces trois cloches étaient sonnées par un veilleur de nuit aux gages de la ville. Seulement, pour sonner à grandes volées la grosse cloche d'alarme , il fallait le concours de plusieurs hommes : stormliiyders.
(1) Item Peler Staes omme dat hi de tverdoke van der stat op ivercdaghc le luyden pleeght , daer de wercliede mede op en afgaen van der goede liede werke, heeft daer af vi sch. gr. ende van dat M eene roede draeght in Onze Frouwen Kerke, ende de honde viit jaeght ende autare bescudt, daer hi af heeft m sch. nu d. gr. dit comt jx sch. nu d. gr. vlms. On remarquera l'opposition des mots werklieden , hommes de travail , de peine , et goedc liedcn , bonnes gens, hommes de bien, c'est-à-dire, possédant du bien.
c:hai>itiie qiatiuème.
Terminons ce chapitre par quelques mots sur les anciens fiefs de la ville. A proprement parler, ces liei's relevaient du Bourg, et le Châtelain recevait Thommage des feudataires; On peut considérer d'ahord comme vassales du Bourg, toutes les localités tenues à Tentrelien de ses fortifications, ou qui avaient racheté ce service réel par la contrihution du Nohelgelt; puis, les fiefs nohles, dont le plus considérahle était la seigneurie d'Argenteau , sur la IMeuse, entre Liège et Maeslricht. Le seigneur d'Argenteau, dans un acte de l'an 1410, reconnaît que son Chaste! d'Arkentel d'ancienneté est et doit être tenu en fief du duc de Brahant, à cause de son Christel d'Anvers. Rien ne marque mieux la position féodale d'Anvers : ses vassaux sont les arrière-vassaux des ducs de Brabant.
(;ha>oi>e dk .\otrk-dame. — moine dé s'-michi;l.