CHAPITRE V
TROISEEME ET QUATRIEME AGRANDISSEMENT DE LA VILLE. — NOUVEAUX ORDRES RELIGIEUX. — • CHARTES COMMUNALES.
Pendant tout le cours du XIII'^ siècle la prospérité d'Anvers et Taccroissenient de sa population suivirent une progression rapide. Nous avons vu que, par deux fois en moins de cinquante ans, il avait fallu reculer les limites de son enceinte; avant la fin du siècle, la population étouffait de nouveau dans la ceinture étroite de ses remparts, et la nécessité d'un nouvel et considérable élargissement était généralement reconnue. Nous avons dit aussi que les ducs de Brabant avaient concédé ou vendu à la ville les terrains vagues qui formaient sa banlieue immédiate. En 1298, Jean II autorisa les échevins à lever un impôt sur les habitants pour couvrir les frais de la construction de nouvelles murailles. C'est donc à la fin de ce siècle que fut commencé le troisième agrandissement, qui se trouva terminé vers l'an 1514.
Du canal S^-Jean, la limite occidentale avait été reportée, le long de l'Escaut, jusqu'à la tour de Croonenbourg, de façon que l'abbaye de S*-Michel se trouva renfermée dans la ville.
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Au midi, elle Irnversail IVsplaiiadc , la rue des Escrimeurs jusqu'à la lour Blvue (•); à rorionl, le long du canal Sale, pont et me de la Bascule, la rue des Claires, celle de S^-Jacques, le fossé aux Crapauds et la montagne aux Corneilles jusque vers l'ancien couvent des Capucins; au nord, le long du ca)Hil de r Amidon, le canal Falcon, le canal des Teinturiers et rejoignait TEscaut par le canal S^-Pierre,
En examinant sur la carte la forme nouvelle que cette enceinte donnait à la ville, on verra que c'était à peu près celle d'un parallélogramme allongé. En effet, la ligne du sud, de la porte de Croonenbourg à la lour Bleue, décrit à peine une légère convexité; tandis qu'elle fait un angle droit avec la ligne orientale; celle-ci, au lieu de former l'arc, rentrait au contraire vers le milieu, comme on peut s'en convaincre encore par la direction de la rue des Claires et du fossé aux Crapauds. A l'emplacement de l'ancien couvent des Capucins, devant la porte Rouge, elle décrivait un autre angle droit avec le rempart nord. Nous ignorons quels motifs avaient pu faire adopter cette forme anormale, mais la construction des murailles n'était pas achevée que déjà on songeait à rectifier le tracé de la partie qui s'étendait de la tour Bleue à la porte Rouge. Ce qui le prouve c'est la construction de la porte de Kipdorp, commencée en 1317, et de la porfe Rouge, commencée en 1514, à la même place où elles se trouvent aujourd'hui. Même il est probable qu'à partir de la rue Neuve jusqu'à la porte Rouge, le mur ne fut jamais construit, tandis qu'on en trouve les traces sous les maisons qui bordent la rue des Claires. Les noms de fossé aux Crapauds et de montagne aux Corneilles semblent indiquer
(i) La tour Bleue est cette tour qui se trouve à rinlérieur du rempart de Malines . en fRce du canal Sale.
Gi HISTOIRE DE LA VILLE D'ANVERS.
qu'il n'y eut jamais là qu'un simple terrassement précédé d'un fossé, ouvrages jugés suffisants en attendant que la nouvelle enceinte, déjà commencée , fût achevée. Elle le fut en 1410. Ce quatrième agrandissement ne fut donc que le complément du troisième, ce qui nous engage à en parler ici, en devançant un peu la marche chronologique de notre histoire.
Les travaux de la nouvelle enceinte avaient été repris à partir de la tour Bleue, près de la porte S'-Georges. De là elle se dirigeait, le long des remparts (intérieurs) actuels, jusqu'à la porte Rouge, et par les canaux de V Ancre, des Vieux Lions et, des Brasseurs, jusqu'à l'Escaut; agrandissement également insuffisant , puisqu'un siècle après , on construisit l'enceinte actuelle, à laquelle on venait à peine de mettre la dernière main, que déjà la population toujours croissante tendait à la déhorder, et qu'on conçut le projet, renouvelé de nos jours, de rejeter tout d'un coup les limites de la ville jusqu'au-delà des villages de Berchem et de Borgerhout (Projet de 1580). Mais les événements politiques qui pesèrent si fatalement sur notre cité dans la seconde moitié du XVP siècle avaient arrêté son développement et bientôt la fermeture de l'Escaut vint tarir la source même de sa prospérité. La ville ne fut phis agrandie depuis la construction de sa citadelle par le duc d'Albe (1567).
Revenons au troisième agrandissement, complété par les travaux qui s'exécutèrent de 1514- à 1410.
La forme de la ville était alors celle d'un croissant dont on aurait brisé les deux cornes. L'église de Notre-Dame en formait à peu près le centre. Les murailles étaient flanquées de cinquante-et-une tours, en briques, avec des revêtements de pierre, surmontées, les unes d'une plate-forme entourée de créneaux, les autres de toits aigus couverts d'ardoises. Six portes s'ouvraient sur la campagne; treize donnaient accès à la rivière.