CHAPITRE CINQUIÈME
la démoralisai ion qui atteignit si rapidement les autres ordres monastiques. C'est à peine, du reste, si Ton peut lui donner ce nom, car ses membres peuvent être dispensés par le supérieur de toutes les règles intérieures, à l'exception des vœux de chasteté et d'obéissance, en sorte qu'ils unissent la force de la vie commune à la liberté de l'action extérieure. Afin que des soins mondains ne les détournassent pas de l'étude et de la prédication , il leur était interdit de posséder des biens temporels, autres que le couvent où ils demeuraient. Ils ne devaient vivre que d'aumônes, c'est-à-dire n'attendre leur subsistance que du degré d'estime que leur piété leur acquerrait parmi le peuple. Us ne devinrent propriétaires que sous Sixte IV.
Tel fut le succès de ce nouvel ordre , que , lorsque S*-Dominique mourut, cinq ans après l'approbation de sa règle, il comptait déjà soixante maisons. En 1277 il en comptait quatre cent dix-sept (0. De bonne heure les Dominicains étaient venus en Belgique. En 1241 il en arriva quelques-uns à Anvers, de Louvain où ils étaient établis depuis 1228. Ils reçurent de la part des Anversois le même accueil que leur avait valu partout leur zèle vaillant et véritablement apostolique; le magistrat, en provoquant leur établissement dans la ville, n'avait fait que céder au vœu des habitants. Il n'y eut que le chapitre de îVotre-Dame, et peut-être les moines de S*-Michel, qui ne virent pas leur arrivée de fort bon œil.
Les Dominicains s'établirent d'abord hors de la ville, à l'endroit où fut depuis la rue qui a conservé leur nom. En 1249 ils allèrent s'installer sur le terrain qui leur avait été concédé par le chanoine Hugues Nose et le duc de Brabant, au Driesch,
[i)Caktu, Histoire universelle .\ . VIII.
OÙ s'éleva plus tard un magnifique couvent, et qui venait crétre renfermé dans Tenceinte de la ville par le deuxième agrandissement. En 1262, Gérard de Ischa et Oda, fille de Hugues Nose, sire d'Anderstal, donnèrent aux Dominicains la propriété allodiale située devant la porte du couvent, « depuis la maison d'Éverard Nose jusqu'au moulin à eau » : c'est sur ce terrain que se trouve maintenant Téglise des Dominicains, bâtie en 1550 (0.
Nous avons dit que vers le temps de l'arrivée des Dominicains des doctrines hérétiques circulaient sourdement à Anvers. Ajoutons qu'elles se rapportaient, de même que l'hérésie de Tanchelin, à celles des Albigeois, et particulièrement à celles de Pierre Valdus. Des Vaudois réfugiés en Flandre y avaient subi une cruelle persécution de la part d'un de leurs anciens coreligionnaires, Robert le Bulgare, nommé inquisiteur par Grégoire IX. Quelques-uns d'entre eux semblent avoir cherché un asile à Anvers, où ils rencontrèrent des adhérents. Les écrivains protestants considèrent ces derniers comme des restes de l'hérésie de Tanchelin, laquelle, suivant eux, n'aurait jamais été complètement extirpée et se rattacherait, par une chaîne non interrompue, à la réforme du X\T siècle. Il se peut, mais les preuves n'en sont pas claires. Chose étrange! des doctrines en beaucoup de points conformes à celles des Vaudois furent préchées publiquement par un chanoine de Notre-Dame, nommé Guillaume Cornélius, sans qu'il fut interdit. Pour mettre ses actions d'accord avec ses paroles, il avait distribué son bien aux pauvres, jusqu'aux revenus de sa prébende de chanoine. Cela n'empêcha point qu'à sa mort, arrivée en 1248, il ne
[1) Marshall. — Butkens, liv. IV. p. 253.