‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 26 sur 108 · CHAPITRE SIXIÈME. S:i · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. S:i

C'est probablement à cette organisation militaire qu'il faut rapporter l'ancienne division d'Anvers en douze quartiers (ivijken), ayant chacun à sa tète un quartinier (wykmeester) , dont les attributions, ainsi que celles des quatre chefs-hommes (Iioofdmannen cïer poortery) , devinrent purement civiles à la suite d'une ordonnance de l'an 1469.

La bannière de la ville était portée par Técoutéte. Derrière lui venaient les bourgeois, groupés par quartiers ayant chacun leur guidon; puis venaient les métiers, au nombre de vingtquatre. C'était là surtout que se trouvait la grande force numérique de la milice des villes.

La forme toute militaire donnée aux corporations des métiers en faisait un contingent tout équipé et toujours prêt pour la guerre. A la voix de son doyen , chaque métier se réunissait en armes, chacun avec son drapeau, et venait se ranger en ordre sous la bannière de la ville, comme autour du chevalier banneret venaient se grouper les vavasseurs. C'était un curieux spectacle de voir dans la bataille ondoyer, auprès des pennons orgueilleux de la noblesse féodale, ces modestes étendards sur lesquels étaient peints, en guise d'armoiries, les pacifiques emblèmes du travail. Les classes populaires témoignaient ainsi hautement le droit qu'elles avaient conquis de porter les armes pour la défense de leur prince et de leur territoire, non plus comme serfs ou varlets, mais comme des hommes libres, droit que les nobles s'étaient seuls arrogé jusqu'à la formation des communes.

Tant que la ville n'eut qu'une faible population, les choses se passèrent de cette façon. Mais cette obligation d'armer à leurs propres frais devint bientôt, par la fréquence des guerres et l'augmenlation croissante de reiïeclif des armées, une lourde charge pour les bouigeois. Ils la rachetèrent en partie par des

aides et des subsides volontaires, et le service militaire lut presque exclusivement confié à ces confréries guerrières et privilégiées, qui firent revivre, avec les formes extérieures des YieiWes gildes germaniques, le nom de ces antiques institutions. Tandis que les nobles et les patriciens combattaient à cheval, les bons bourgeois se réunirent pour former des compagnies d'élite, uniformément vêtues et armées, et choisissant leurs chefs. Ils s'érigèrent en corporations; les échevins les favorisèrent et prirent sous leur protection le maintien de leurs statuts. Les Ducs, qui virent en elles des milices bien organisées, toujours prêtes à venir se ranger sous leur bannière, se hâtèrent de les reconnaître et de leur accorder des privilèges.

La plus ancienne confrérie militaire d'Anvers est celle de la vieille arbalète (oude voetboog), instituée vers le milieu du XIIP siècle. On lit à son sujet, dans une charte du duc Jean II du 6 décembre 1306 : « Nous voulons qu'à l'avenir la guide » d'Anvers soit assermentée (0 et maintenue d'après l'ordon- » nance et le bon vouloir de notre écoutête et de nos échevins » d'Anvers. »

La confrérie ou serment de la vieille arbalète était placée sous l'invocation de S*-Georges. Elle était composée de l'élite de la bourgeoisie et ses membres étaient tenus de s'équiper à leurs propres frais. Déjà en 1326 elle se trouva assez riche pour contribuer à agrandir la chapelle dédiée à son patron. Elle formait la garde personnelle du duc de Brabant quand ce prince se rendait à Anvers, et, quand il quittait la ville, les confrères Tescortaient jusqu'à Malines, et parfois au-delà.

(1) L'obligation où étaient les confrères de prêter serment, les faisait désigner sous le nom de Confrères du Serment et le nom de Serment désigna la confrérie elle-même.

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En 1409 ils accompagnèrent le duc Antoine de Bourgogne jusqu'à Paris.

Au XIV*' siècle il se forma une nouvelle confrérie sous le nom de la jeune arbalète. Sans doute elle se recrutait dans une classe inférieure de bourgeois, car nous voyons par les comptes de la ville que celle-ci leur fournissait le drap pour leur équipement.

Peu après s'élevèrent encore le jeune et le vieux serment de VarCy et enfin ceux des Arquebusiers et des Escrimeurs.

Ces six confréries étaient organisées sur le même pied. Comme elles étaient recrutées dans la bonne bourgeoisie, elles avaient le pas sur les métiers dans les cérémonies publiques, notamment dans les processions. Chaque gilde avait deux doyens et deux sous-doyens, choisis par les confrères et confirmés par le magistrat. En outre, chacune avait un protecteur, qui était Tun des principaux nobles de la ville; il avait le titre de Hoofdma7i.

Jusqu'à la fin du XV'' siècle, où les armées permanentes remplacèrent les milices féodales, les gildes occupèrent le premier rang dans le ban des villes. Mais dès lors leur rôle se borna à un service intérieur, et plus tard leurs exercices guerriers ne furent plus que des jeux, qui conservaient parmi les habitants la tradition de leur antique indépendance.

Voilà donc ce service militaire auquel le nouveau bourgeois jurait de se soumettre à la cérémonie de sa réception.

Immédiatement après le serment, il entrait en pleine possession de ses droits de citoyen. Ses enfants âgés de moins de sept ans étaient considérés comme bourgeois de naissance; ceux qui avaient dépassé cet âge, demeuraient étrangers ou ne devenaient citoyens qu'en se soumettant aux mêmes formalités que leur père.

D'autre part, si les parents quittaient la ville ou venaient à perdre la bourgeoisie, les enfants ne perdaient pas pour cela leur qualité.

La loi n'admettait pas que les bourgeois d'Anvers pussent cumuler ce titre avec celui d'aucune autre bourgeoisie. Ils étaient, d ailleurs, astreints à la résidence.

« Celui qui est bourgeois d'Anvers, disaient les statuts, ne peut être bourgeois nulle part ailleurs, ni jouir du privilège d'aucune autre bourgeoisie, sous peine de perdre la bourgeoisie à Anvers. »

« Celui qui devient bourgeois d'Anvers, doit établir son domicile dans la ville endéans les six semaines... et y avoir sa demeure avec sa famille, soit dans sa maison propre, soit dans une maison, cbambre ou cave louée... »

« Celui qui quitte la ville perd au bout de six semaines la bourgeoisie, à moins qu'il ne se soit fait inscrire comme bourgeois forain. Toutefois, s'il a quitté la ville pour motif d'affaires ou de commerce, quelle que soit la durée de son absence, il ne perd pas la bourgeoisie, pour autant qu'il ne contracte point mariage à l'étranger, ou n'acquière nulle part le droit de bourgeoisie, ou ne se fasse sujet d'une nation ou d'un pays étranger. »

« Celui qui contracte mariage à l'étranger, perd son droit de bourgeoisie, à moins qu'il n'ait eu pour cela le consentement des échevins (0 et que ce consentement n'ait été inscrit au livre des bourgeois (Poorters-boek), »

La femme étrangère qui épousait un bourgeois acquérait la bourgeoisie, et, devenue veuve, la conservait sa vie durant.

(i) Le lexle imprimé dit de Fun des Bourgmestres; mais celle rédaction est évidemment postérieure à Tan 1409 où les bourgmestres furent institués.

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à moins qu'elle ne se remariât à un étranger, auquel cas elle perdait la bourgeoisie. Mais l'étranger qui épousait une bourgeoise n'acquérait la bourgeoisie qu'en se soumettant aux formalités que nous avons mentionnées.

« Une bourgeoise qui se marie bors ville, ou épouse en ville un étranger et babils hors ville, ne perd passa bourgeoisie, ni du vivant de son mari, ni après sa mort, pour autant que, dans le courant dune année après la mort de son mari, elle revienne habiter dans la ville ou sa IVauchise, ou se fasse inscrire comme bourgeoise foraine (buytm poor ter esse). »

C'est sans doute celte dernière disposition qui a fait dire à Guicciardini qu'à Anvers les femmes jouissaient de plus de prérogatives qu'en aucun autre lieu du monde.

Il ne faudrait pas conclure cependant, de ce que tous les habitants de la ville jouissaient du droit de bourgeoisie, que l'égalité régnât entre eux. La ville renfermait des classes de citoyens très-distinctes.

La première se composait des familles patriciennes ou échevinales, quil faut se garder de confondre avec celles de la noblesse féodale. Quoique les premières tendissent continuellement à se rapprocher des secondes, il y avait entre elles une différence essentielle, qu'il importe avant tout de caractériser. A proprement parler , les familles patriciennes n'étaient point nobles. Ceci demande un mot d'explication.

On se rappelle que, dans l'organisation sociale lente et confuse qui suivit l'établissement des Barbares dans l'Empire Romain, et d'où devait sortir la société féodale, la nature des terres avait déterminé la qualité de leurs possesseurs. Les alleux ou terres allodiales, franches de toute redevance, possédées en toute propriété par la classe des hommes libres (ingemà), occupaient le premier rang. Venaient ensuite les fiefs ou terres bénéficiaires,

prétendument détachées du domaine royal et données en bénéfice à la classe des leudes, sous la condition du service militaire; puis les terres censives et tributaires, tenues par des letes, ou colons, et soumises au paiement d'un cens annuel ou à des prestations de service.

Lorsque, vers la fin du IX^ siècle, les bénéfices furent devenus héréditaires, les alleux durent céder le premier rang aux terres bénéficiaires, considérées comme fiefs militaires, et dont les possesseurs constituèrent la caste des nobles.

La simple possession d'un fonds allodial ne donnait point la noblesse.

Ces trois sortes de propriétés que nous venons de mentionner, se retrouvaient dans l'intérieur des villes. Nous avons vu déjà qu il y avait à Anvers des fiefs dont le Burggrave recevait l'hommage, et qui étaient tenus par des gentilshommes. En outre, un certain nombre de seigneurs féodaux, dont les seigneuries étaient situées aux environs, avaient des demeures dans la ville et y possédaient les droits de bourgeoisie. Tels étaient les sires de Ranst, de Lillo, dlmmerseel, de Wyneghem , de Schooten , etc.

Les hommes riches, de race libre, propriétaires de fonds allodiaux, sur lesquels ils habitaient, ne payant aucun cens, constituaient cette classe désignée sous les noms divers de boni viri, goede mannen; en Flandre : bourgeois hyrritavles (héritables), erfagtige liede (0. Seuls en position de remplir les hautes magistratures, ils formaient naturellement une sorte d'aristocratie bourgeoise, qui dans beaucoup de villes devint une véritable oligarchie, comme à Gand, lors de l'institution du

(I) Warnkoenig. Histoire de Flandre, t. II, p. :242.

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Conseil des XWÏX. Les plus riches s'élaient coiislruil sur leur fonds allodinl des maisons de pierre (Stceuen), quelquefois garnies de lours, qui se distinguaient au milieu des maisons de bois et de torchis dont se contentait la simple bourgeoisie.

Ce qui augmentait le crédit et rinflucnce de ces familles, c'est que les autres bourgeois qui occupaient des maisons élevées sur ces mêmes fonds allodiaux, leur payaient de ce chef un cens (c/iyns) qui les mettait yis-à-vis d'eux dans la position dépendante où se trouvaient les possesseurs des terres censives ou tributaires.

Une différence radicale entre ce patriciat bourgeois et la noblesse féodale, c'est que le premier, n'ayant d'autre source que la qualité d'homme libre, se transmettait par les femmes, suivant l'adage romain : partus seqiiitur venir em; tandis que la qualité de noble ne pouvait être transmise que par le père, en vertu de la fameuse disposition de la loi salique qui a fait exclure les femmes de la succession à la couronne.

Plus tard on voit les familles patriciennes posséder aussi des fiefs dans la campagne, et alors elles prennent rang parmi les familles féodales, dont il devient très-difficiles de les distinguer. Quelques-unes, par concession du souverain^ obtinrent le litre de chevalier. Toutes , d'ailleurs , portaient des armoiries , mais ces dernières seules les timbraient d'un baume : les autres avaient pour cimier un simple bonnet.

A Louvain et à Bruxelles on comptait sept familles patriciennes privilégiées, dans lesquelles l'échevinage était considéré comme un droit héréditaire. Ce nombre sept semble avoir été consacré dans le vieux droit germanique. Dans les plaids cantonnaux (placita minora) le graf (cornes) choisissait parmi les hommes libres sept juges (scepene , scabini) qu'il présidait. Les Scabini institués par Charlemagne sont partout au nombre de

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sept fi). Il ne serait pas improbable qu'à l'époque où l'hérédité des fiefs passa du fait dans le droit, les échevins en fonction, dans quelques localités, eussent fait reconnaître leurs charges comme des offices féodaux héréditaires. Il est certain que partout ces familles avaient puisé dans Téchevinage la dignité qui les distinguait. On a prétendu qu'Anvers eut aussi sept lignages patriciens privilégiés : mais les faits démentent celte assertion d'un généalogiste du XVIP siècle (0, uniquement fondée sur la conformité des armoiries des familles Volkaerts, Wilmaers, de Hoboken, Bode, Aleyns, Pape et Impeghem. Toutes portaient dans leurs armes un échiquier (schak), ce qui les avait fait désigner par le vulgaire sous le nom de zeven sc/iake. Rien ne prouve qu'elles aient jamais joui du moindre privilège qui les distinguât des autres familles échevinales. Ainsi, au XIIP siècle, où les ,noms des sept lignages apparaissent pour la première fois , on trouve dans les listes échevinales , à côté des noms que nous avons cités, ceux de Van de Werve, Nose, Drake, Van Lier, Bornecolve, van Ranst, van Berchem, Van Wyneghem , Van der Mole, Tuclant, Hildegare, De Grutere, etc. Au reste, on trouve aussi dans ces listes des noms plébéiens; dans aucune, les noms des lignages aux échiquiers n'entrent même pour la moitié.

Ajoutons que les patriciens, à raison des fîefs qu'ils possédaient, se considéraient comme vassaux directs du châtelain du Bourg.

Venait ensuite la bourgeoisie proprement dite : poortery. Elle

(1) Nous lisons dans un Gapilulaire de Cliarlemagne de lan 803 : « Que personne ne soit convoqué au plaid , si ce n'est celui qui poursuit sa cause et celui contre qui il la poursuit , sauf sept scabins qui doivent assister à tous les plaids. » Baluze, Tome l^, col. 394, 463.

(t) Christyiv : Septem tribus patriciœ aulwerpienses. — 1689.

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se composait d'hommes libres, c'est-à-dire francs de toiUe prestation servile, soit de naissance, soit par suite d'allranchissement. Quelques-uns habitaient des maisons qui leur appartenaient en toute propriété. Ceux-là étaient les bons bourgeois , dont on disait qu'ils possédaient pignon sur rue. Les autres occupaient, soit des maisons tenues à bail , soit des propriétés soumises à un cens, comme ayant été construites sur un fonds concédé par le Duc, ou par une corporation religieuse, ou par quelque seigneur.

Suivant un ancien auteur (0, on comptait autrefois à Anvers quatre familles bourgeoises qui prétendaient descendre des premières qui avaient joui du droit de bourgeoisie, quand la ville était encore circonscrite dans Tétroile enceinte du Bourg. C'étaient les familles Backx, Beyens, Bîocx et Meynaerts. Ces prétentions n'étaient, probablement, pas mieux fondées que celles des sept lignages aux échiquiers, mais nous y voyons une sorte de légende qui prouve que l'antique possession de la bourgeoisie était considérée par les bourgeois comme une sorte de titre de noblesse. Celte classe, au profit de laquelle s'était faite l'institution communale, s'accrut rapidement en nombre et en importance, à mesure qu'augmenta sa richesse, au point de constituer, dès le XIIP siècle, un troisième ordre politique à côté de la noblesse et du clergé.

Au bourgeois héritable ou propriétaire était assimilé le marchand, qui trafiquait avec l'étranger, et qui jouissait du privilège de pouvoir s'absenter de la ville pour un temps illimité sans perdre son droit de bourgeoisie. Il partageait en outre avec la noblesse le droit de porter les armes; dans ces temps de vio-

(I, Septem Inbus pnlriciœ Anlwerpiem

îeiice et croppressioo, c'était le signe et la garantie de toute liberté. Les anciennes chartes sont positives à cet égard : « Que personne ne circule dans les rues avec des armes, si ce n'est le marchand qui passe » dit la Keure de Bruges. Le paragraphe premier de la Keure d'Anvers se rapporte clairement aussi aux marchands : « Nul ne pourra porter à Anvers des armes meur- » trières (mortwapene) sous peine d'une amende de vingt sous, » à l'exception de tous ceux qui se rendent de l'intérieur vers » l'extérieur de la ville, qui arrivent des vaisseaux ou qui s'y » rendent. Ceux-là n'encourront point d'amende pour porter » des armes, comme aussi pour sortir de nuit. Et le logeur » ou la logeuse qui n'aurait point informé son hôte de cette » défense, quand il le lui aurait demandé, encourrait l'amende » que ce dernier eût encourue lui-même. »

Ceux que la loi excepte ici de la défense de porter les armes, ce sont le riche bourgeois qui sort de la vifle pour aller visiter ses propriétés, le marchand qui se rend à ses vaisseaux ou qui en revient. Ceux auxquels s'applique la défense, ce sont les bourgeois sédentaires, le petit détaillant (slyter), qu'il faut bien se garder de confondre avec le fier marchand (coopman), qui est une des colonnes de la cité; ce sont surtout les ouvriers.

C'est qu'au-dessous de la bonne bourgeoisie, exclusivement désignée sous le nom de Poortenj, venait la classe beaucoup plus nombreuse des hommes de métier, ambachts-lieden. Les deux classes dont nous venons de parler formaient, la première , l'élément aristocratique , la seconde , l'élément bourgeois : les hommes de métier constituaient dans la cité l'élément populaire. Les bourgeois, les marchands, se considéraient comme fort au-dessus de ceux qui travaillaient de leurs mains pour un salaire et pour compte d'autrui. Les statuts de la Hanse

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flaniando (loclaraieiil oiremarke, exilés, c'est-à-dire, bannis du corps des marchands, tous « foulons, telicr (toilier), tordcur, » carpenlier, faiseur de solliers, linturier ki tignent de leurs - mains meismes et ki ont les ongles bleus et bateurs de " laines et ciaux ki afailent les caudières et les chaudrons, ') ki vont criant aval les rues (0. »

Pour que le prolétaire , même libre de sa personne , pour que l'ouvrier adonné aux métiers serviles, piit entrer dans l'association marchande, il devait acheter sa confrérie « dans la ville » où il est manans 1 marc d'or ou X marcs d'estrelins, sans > rien laissier, et si (aussi) doit cesser un an de son mestier )' devant ke il puisse venir à la hanse, et si doit pourjurer » à tous jours son meslier, se (si) besoigne ou povretés ne li >» fait faire (2). »

On le voit , certains métiers étaient réputés au-dessous de la dignité de bourgeois ou de marchand. C'est que, pendant les premiers siècles du moyen-âge , ils furent exclusivement exercés par cette classe qui avait succédé à celle des esclaves et des colons romains, les letes et les serfs de la glèbe. Beaucoup d'entre eux, quoiqu affranchis de la servitude féodale, demeuraient soumis , comme manants de quelque église ou monastère , à une redevance personnelle qui était le prix de la protection qu'ils en recevaient. Ces prolétaires dédaignés, se sentant forts par le nombre, répondirent aux mépris d'une bourgeoisie orgueilleuse et exclusive en s'organisant comme elle. Ils formèrent des confréries ou gildes qui s'imposèrent à la grande gilde

(1) Slatuls de la Hanse de Londres, texte français émané des échevins de Bruges, publié par Warnkoemg. lîist. de Flandre, tom. II, pièces juslificatives.

(2) Ibidem.

bourgeoise et prirent place à côté d'elle dans le corps de la commune. Pour marquer leur réhabilitation sociale, pour prendre rang parmi les existences privilégiées , pour proclamer bien haut que désormais le travail avait conquis la noblesse, les gildes ouvrières eurent leur blason, dont les signes héraldiques étaient empruntés aux humbles instruments de leur profession. Les prolétaires formèrent ainsi une classe puissante, dont Tantagonisme, déclaré ou latent, avec Taristocratie bourgeoise, domine Ihistoire intérieure de toutes nos communes.

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COSTUMES DE f.lLDES (xv'" SIÈCLe).

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