‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 32 sur 108 · CHAPITRE IIUITIEMK. I h · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIUITIEMK. I h

dont jouissaient los communos — on la voit conclure des traités en son nom propre et sans rintervention du Duc, avec d'autres villes du Duché ou même avec des communes étrangères.

D'ordinaire ces traités ont pour objet des garanties mutuelles, relatives à leur commerce ou à leur industrie. Quelquefois cependant ils ont une portée politique, et ont pour but de se £:arantir mutuellement la conservation de leurs privilèges et de leurs libertés, menacés par la mauvaise foi du Duc ou l'ambition des seigneurs féodaux. Tel est le traité secret conclu à Louvain, le jour de la Chandeleur de Tannée 1262 entre les echevins, jurés et communes d'Anvers et de Turnhout. Une h'gue semblable fut signée la même année entre les villes d'Anvers , Lierre, Hérenlhals, Tirlemont, Louvain et Bruxelles. Dans le siècle suivant ces traités furent fréquemment renouvelés entre Anvers, Louvain, Bruxelles et Malines. Le dernier que nous rencontrons est de l'an 1445. Sous la domination des ducs de Bourgogne ces ligues devinrent impuissantes et inutiles.

Il devait en être ainsi. Ces alliances, en effet, marquaient le degré le plus élevé où devait atteindre le développement communal. Si ce système politique eut prévalu , le gouvernement ducal, déjà si limité, eût été anéanti, et remplacé par une fédération de villes libres. C'est le système que Jacques Van Artevelde avait vainement tenté de faire triompher en Flandre. Au lieu d'être des principautés féodales, la Flandre et le Brabant eussent offert un spectacle à peu près semblable à celui de la ligue Achéenne dans l'ancienne Grèce. Les villes de Lombardie, au XIF' siècle, avaient essayé la même chose : elles succombèrent sous les armes de Frédéric Barberousse. Les communes de Flandre et du Brabant virent échouer leurs tentatives de fédération devant la puissance croissante de l'autorité suzeraine, passée aux mains des ducs de Bourgogne.

Disons en passant que ces institutions communales, pas plus à Anvers qu'ailleurs, ne se doivent point juger avec les idées modernes de progrès politique et social. Certes, elles portent Tempreinte de l'ignorance et de la grossièreté des temps qui les virent naître, mais elles n'eussent pas vécu si elles n'avaient été en harmonie avec la société qui les entourait; et nous pensons que , pour ce temps et ce pays , elles ne pouvaient être meilleures.

Toutefois, et c'était là un résultat inévitable de l'état de la société à cette époque, la commune renfermait des éléments hostiles , qui devaient finir par se heurter. La bourgeoisie , en grandissant, supportait avec impatience le patronage des familles patriciennes, qui seules étaient en possession de l'échevinage et de toutes les autres magistratures. La Loi disait bien que pour remplir les fonctions d'échevin, d'écoutéte, d'amman, de receveur ou de clerc, il suffisait d'être né Brabançon et d'être bourgeois d'Anvers depuis un an et un jour : en réalité, comme il est facile de s'en convaincre en parcourant la liste de ces fonctionnaires, du XIP au XV^ siècle, elles étaient le partage exclusif d'un petit nombre de familles. Ce sont les mêmes noms qui reviennent sans cesse (0. Ces familles, qui s'étaient peu à peu rapprochées de la noblesse féodale, au point de se confondre avec elle, possédaient l'oreille du Duc, qui ne connaissait qu'elles dans la cité. Les commissaires qu'il déléguait pour le renouvellement du magistrat, étaient leurs parents ou leurs alliés, et n'avaient garde de faire leur choix dans les métiers ou dans la simple bourgeoisie.

(1) Voir, à propos de ces familes patriciennes, cliap. VI, p. 91. Ajoutons qu'à Anvers comme à Louvain leur nombre augmenta considérablement par les alliances. A la fin du siècle dernier il avait atteint, à Louvain, le chitfre de 301. Il ne faut pas s'étonner que Marie-Thérèse ait refusé de les reconnaître comme nobles. V. Piot, Hist. de Louvam . p. 122.

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Cependant les l)onrii;eois, enrichis par le commerce, et justemenl, liers de leur indépendance, les chefs des métiers, qui avaient relevé le travail de rahjection et lui avaient conquis la nohlessc , prétendaient avoir part au gouvernement de la cité et réclamaient le droit de siéger dans les conseils de la commune. Les patriciens défendirent leurs prérogatives avec hauteur. Les plébéiens prirent les armes.

Ce fut en 1506 qu'éclata à Anvers ce mouvement, qui se répandit avec la rapidité d'un incendie dans les autres communes du Brabant. C'est que partout s'agitaient les mêmes questions. Le XIV^ siècle fut , pour une grande partie de l'Europe , une période sociale. La haine de la féodalité, après avoir engendré les communes et assuré le triomphe de la bourgeoisie, descend dans les ateliers et se répand dans les campagnes. Un souftle d'égalité républicaine les traverse et effraie la bourgeoisie ellemême. La commune, avec son échevinage aristocratique, avait trouvé sa place dans le système féodal : maintenant c'est la démocratie qui dresse ses mille tètes menaçantes en face de la société et menace d'effacer « toute gentillesse et noblesse » selon l'expression de Froissard. L'oligarchie échevinale lie sa cause à celle de la noblesse et celle-ci tourne contre les prétentions des métiers la colère du Duc.

Les historiens ont raconté ce qui se passa à Anvers d'une façon générale et sans détails (0. La sédition, disent-ils, fut étouffée dans le sang des chefs. Les métiers ne gagnèrent rien à cette tentative avortée; les patriciens gardèrent le pouvoir et leur influence fut plutôt affermie qu'ébranlée. Ils obtinrent même de Jean IIJ que le Duc s'interdit le droit d'accorder des fran-

(i) Brahant.vhc Yeeslen , lib. V. c. 4. — Desroches, Epif. lib. 5. c. 9.

DlV.€l'S.

chises aux métiers. « Nous promettons, dit cet acte curieux (0, » que nous ne donnerons aucune liberté à aucun métier dans » notre port d'Anvers ; mais nous voulons qu'on observe à cet » égard les usages anciens, suivant le bon plaisir et Tarbi- » trage de l'écoutéte et des écbevins. »

Le mouvement social, étouffé à Anvers, éclata bientôt à Malines, à Bois-le-Duc, à Louvain, à Bruxelles. Nous n'avons pas à rapporter les scènes sanglantes, les épouvantables massacres qui signalèrent ailleurs cette période de Thistoire communale; nous ne ferons ici qu'une observation. Cette agitation populaire s'est manifestée partout où florissait l'industrie drapière. Les tisserands et les foulons en ont été partout les premiers fauteurs. Les villes où la démocratie a momentanément triomphé, telles que Louvain et Bruxelles, sont celles où ces métiers formaient la grande majorité de la population ouvrière. A Anvers cette industrie, quoique florissante, n'occupait pas un assez grand nombre d'ouvriers pour qu'en temps de trouble ils pussent dicter la loi à la ville. Cependant il est hors de doute qu'ici comme ailleurs ce furent les drapiers qui commencèrent le mouvement. Nous trouvons dans nos archives des promesses faites par les écbevins et bourgeois de Malines, Bruxelles, Louvain, Huy, Tirlemont, Diest, Maeslricht, S^-Trond, Nivelles, Léau et Gand aux habitants d'Anvers, de ne point accorder d'asile aux foulons ni aux tisserands de cette ville qui se seraient révoltés.

La prédominance toujours croissante de l'intérêt commercial sur l'intérêt industriel , la décadence de la fabrication des draps , sensible à Anvers dès le milieu du XIV*" siècle , en diminuant le nombre des ouvriers et augmentant la classe aisée ou

(I) Cité par M. Moke , Mœurs, Usages et Fêtes des Belges, t. II. p. 127.

LllAPlTUE IIL'ITIÈME.

riche des inarchaiids , reiulirent de plus en plus rares les agilalions populaires, et assurèrent la prépondérance paisible de la bourgeoisie patricienne.

Nous verrons, au chapitre suivant quelles avaient été les sources de la prospérité matérielle de la ville d'Anvers au XlIP et au XIV"' siècles.

MARCHAND ANVERSOIS ET SA FEMME (l570-80).

ire des manuscrits Varia at vitum S^i^Laurentii. — Le Livre des Trois Vertus, (Bibliotlièquf

de Bourgogne.)

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