CHAPITRE X
RKG.NES DE JEA> II ET DE JE\>( Hi . - - SÉJOUR V ANVERS d'ÉDOUARD III.
Jean I, dont le règne avait été si glorieux pour le Brabant et si favorable au développement du commerce anversois, mourut dans la nuit du 2 au 5 mai 1294, des suites d^une blessure reçue dans un tournoi livré à Bar-le-Duc, à Toccasion du mariage de Henri, comte de Bar, avec Étéonore d'Angleterre, fille d'Edouard I. Voici comme Butkens a raconté ce triste accident :
« Cependant la dame des nopces vint aborder en la ville d'Au- » vers, où nostre Duc la recueillit en assés grande pompe et ■■' magnificence, car sa seur Margarete estoit mariée au prince ') Jean, son fils, aussi il l'accompagna en grand équipage jusques » à Bar, où les nopces furent célébrées fort somptueusement; ' mais toute cette feste et allégresse fut changée en larmes par ' un accident pitoyable, car le malheur (qui à tout moment » talonne Thomme) voulut que nostre Duc, courant la lance avec y Pierre de Beauffremont, bon et gentil chevalier, le cordon dont ' le manicle ou gantelet dextre du Duc estoit noué se desnoua
« et la lance du chevalier liiy perça le bras , à l'extrême regret » du chevalier et de toute cette honorable compagnie... (i)»
Jean II, son successeur, était à Londres, à la cour du roi Edouard, quand il apprit la mort de son père. Il se hâta de revenir pour prendre possession de ses duchés de Lothier, de Brabant et de Limbourg, et du marquisat du S'-Empire.
Les liens qu'il avait contractés avec la famille royale d'Angleterre ne furent pas sans influence sur les destinées de ses états. Ils le maintinrent dans une alliance politique dont nous avons apprécié déjà les avantages au point de vue commercial. En outre, ils semblent l'avoir porté à un acte d'une gravité telle qu'il pouvait changer complètement les conditions d'existence de notre pays.
On trouve dans le recueil des chartes anglaises, publié par ordre du gouvernement britannique, la copie d'un acte d'inféodation daté de l'an 1298, par lequel le duc Jean II donna en fief au roi Edouard, son beau-père, « la ville d'Anvers, le Chaslel, les » villes de Liere, de Hérenthals et de Turnhout, et toutes les ap- » partenances de ces lieux, tous lonlieus, cens, rentes, terres, » eaux, bois, prés, moulins, fiefs, hommages^ seigneuries, justice- » ries hautes et basses, droitures et toutes autres choses comment » qu'elles puissent être appelées. »
L'acte était revêtu du sceau ducal et des sceaux ou signatures de onze témoins, qui sont Godefroid , comte de Vianden et seigneur de Grimberge, Jean, sire de Cuyck , Waleram de Fauquemont, Gérard, seigneur de Diest, les sires de Wezemael, de Rotselaer et de Bautersem, Jean et Bertrand de Berlar, les seigneurs de Walhain et de Honebek.
(1) Chr. Butkens, Trophées du Brabant, liv. IV, p. 331. Nous citons ce passage pour relever Terreur où est tombé l'un des derniers historiens d'Anvers, M. Le Poitevin de la Croix, qui place à Anvers le tournoi dans lequel fut blessé le duc Jean {Histoire (VAnvers, p. 99).
CHAI»1TKE DIMEME. liî)
La copie osl faite au nom d'Edouard II, Tan 1515.
M. Le Poitevin de la Croix, qui le premier a mentionné cet acte et Ta reproduit en son entier, l'accompagne des réflexions suivantes : « Aucun historien, que nous sachions, n'a fait connaître » cette donation , et Ton serait tenté de considérer la charte qui la » coniirme comme apocryphe, si loriginal ne s'en trouvait con- » serve aux archives de la cour de Londres ('). » Et plus loin : « On aura sans doute remarqué que le roi Edouard II n'a fait con- » stater ou publier cette donation, faite en 1298, en faveur de » son père, que la sixième année de son règne. Cette publication « tardive s'explique par la mort du duc Jean II et l'avènement de » son fils Jean III encore mineur. Edouard, comme on le voit, » voulait faire connaître l'inféodalion faite par le feu Duc et ses » droits sur Anvers et ses annexes. Néanmoins il est à conjecturer » que les Anglais ne possédèrent Anvers que nominalement, car il ') n'est fait nulle part mention de cette donation à l'Angleterre , M et il est à supposer que cette cession ne fut jamais ratifiée par » l'empereur Adolphe de Nassau, ni par ses successeurs , à qui » le duc de Brabant aurait dû en référer, le marquisat d'Anvers » étant alors un fief dépendant de l'empire d'Allemagne. Le roi » Edouard m, lorsqu'il résida à Anvers de 1558 à 1540, n'en » parle dans aucun des nombreux décrets et chartes qu'il publia » en celle ville. »
MM. Mertens et Torfs conjecturent que le Duc a voulu simplement donner à son beau-père un témoignage particulier de déférence, ou bien qu'il a voulu par cet hommage s'assurer dans
(1) M. Le Poitevin en csl-il bien sur? Ce qui nous ferait douter de l'existence de cet original, c'est que le recueil de Rymer, Fœderaelc, n'en donne qu'un vidimiis, tandis qu'il eût été Si important de publier l'acte original, pour mettre la mémoire d'Edouard II ou de ses conseillers au-dessus de tout soupçon de falsification ou de sui)posilion de itièccs.
le roi d'Angleterre un allié puissant. Mais si cet acte n'était qu'une vaine formalité qui ne devait janoiais ressortir ses eftets, il eùl fallu ou qu'un acte postérieur rapportât celui-ci , ou qu'une stipulation expresse empêchât le donataire d'en faire jamais un usage sérieux; et dans ce cas, de quel avantage pouvait-il être pour le Roi ou pour le Duc? Si, d'autre part, cet acte était sérieux, comment se fait-il qu'Edouard ni aucun de ses successeurs ne s'en soit prévalu? Et pour un allié lointain que le Duc se serait créé, ne se fùt-il pas attiré sur les bras toutes les forces de l'Empire germanique? Car le duc de Brabant n'avait en aucune manière le droit d'aliéner un fief qu'il ne tenait lui-même qu'à litre de marquisat du S'-Empire. L'existence de cet acte demeure donc un mystère historique inexpliqué, et nous ne pouvons nous empêcher de conserver des doutes sur son authenticité.
Jean II était d'ailleurs un prince intelligent, prudent et éclairé, comme le témoignent les divers actes que nous avons cités de lui dans le chapitre précédent, et comme il le prouva d'une manière éclatante par la grande charte de Cortemberg, un des monuments les plus importants de notre ancien droit public.
Le décret constitutif de l'assemblée de Cortemberg peut être considéré comme le premier essai d'une représentation nationale en Belgique. Il y est stipulé : « Que les ducs de Brabant, de l'avis du conseil du pays, éliront, dans Tordre de la noblesse, quatre sujets d'une capacité, prud'hommie et probité parfaites, et dans la classe des roturiers, dix, savoir : trois de Louvain, trois de Bruxelles, un d'Anvers, un de Bois-le-Duc, un de Tirlemont et un de Léau (un acte de 1535, rapporté par Butkens, en ajoute un second pour Anvers et un pour Nivelles) , lesquels tiendront toutes les trois semaines une assemblée à Cortemberg, tant pour y examiner et connaître, corriger et redresser les abus ou les défauts qui pourraient s'être glissés par le passé dans l'adminis-