‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 46 sur 108 · CHAI>1TI\E ONZIEME · texte numérisé non relu

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viléges et iinmunilés que les Ducs leur avaient successiveiueut accordés; — que cependant le comte de Flandre ne pourrait prendre, du chef de la possession d'Anvers , le titre de marquis du S^-Empire, qui demeure au duc et à la duchesse de Brahant ; — que le Comte conserverait, s'il le voulait, sa vie durant, le titre de duc de Brahant; — et finalement que toutes les forteresses construites par le Comte au territoire d'Assche seraient démolies.

Ce traité honteux fut conclu le 4 juin, selon Divœus et Butkens, le 5 juillet selon Oudegherst et Meyer. On le voit, c'est Anvers, tout-à-fait innocent des causes de cette guerre, et qui n'y avait pris aucune part, qui était destiné à en couvrir les frais.

Le 27 août, Louis de Maele écrivit à ses nouveaux vassaux du Brahant de se rendre à Tahhaye de Cortemberg, où il recevrait leur hommage. Ceux d'Anvers qui s'y rendirent furent les seigneurs de Bréda et de Bergen-op-Zoom et le chevalier Wennemaer, frère du dernier; Jean van Immerseel et son fils, Jean van Liere, Gaultier de Berchem, Godefroid van der Delft, Gérard Hermans et son fils, Jean Utenhoute, Jean de Beere, Gérard de Vorselaer, Jean van den Doerne, Gillis van de Bosch, Jean Volkaert, Gillis de Stevere, Guillaume van Somheke et son frère Henri.

D'autre part, le comte de Flandre, en nom et comme mambour de la Comtesse sa femme, fit acte de foi et d'hommage au duc et à la duchesse de Brahant pour la seigneurie de la ville d'Anvers.

Nous avons à peine besoin de dire que les Anversois avaient vu ce changement de domination avec le plus profond déplaisir. Au chagrin de se voir abandonnés par la maison de Brahant, à laquelle les liens de la reconnaissance et de l'affection les attachaient pour deux siècles et demi de paternelle et loyale souveraineté, se joignaient les inquiétudes les plus sérieuses pour l'avenir. Leur nouveau seigneur, le comte de Flandre, n'avait pas

pour encourager leur commerce, ni pour travailler à la prospérité de leur ville, le même intérêt que le duc de Brabant. Au contraire, ne devait-il pas voir avec jalousie le développement commercial d'une cité maritime qui devait faire une concurrence fâcheuse aux ports de la Flandre? Aurait-il, lui, jeune homme de vingt-six ans , dont le règne avait débuté par une guerre contre les grandes communes de son comté, le même respect pour leurs franchises, pour leurs privilèges, auxquels jamais les princes de la maison de Louvain n'avaient touché que pour les conflrmer et les augmenter? Enfin , ils craignaient le ressentiment du Comte pour la part qu'ils avaient prise à la guerre qui venait de finir; car les Anversois, en représailles des excès commis par les Flamands dans le Brabant , avaient fait des courses dans le pays de Waes et s'y étaient livrés aux actes de sauvagerie et de brigandage que, de tout temps, la guerre a excusés et couverts du nom d'hostilités légitimes.

Le premier usage qu'il fit de sa souveraineté à Anvers , sembla ne justifier que trop toutes ces sombres prévisions.

Aussitôt que le comte de Flandre eut pris possession de Malines , il s'était empressé de rétablir dans cette ville les fameuses étapes du sel, du poisson et de l'avoine, qui avaient fait, du temps de Jean II, l'objet de si vives discussions. Or, ce marché ne pouvait subsister à côté de celui d'Anvers, sans porter à cette ville un grave préjudice, et il ne pouvait exister à Malines qu'à condition que les marchandises qui s'y rendaient ne fussent point soumises, en passant par Anvers, à l'obligation d'être déchargées et exposées en vente. Il fallait donc qu'Anvers perdit ses étapes.

Nous savons quelle importance les Anversois attachaient à la conservation de ce précieux privilège, dont ils étaient en possession depuis le XII" siècle, et que leurs Ducs eux-mêmes n'avaient

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pas le di'oil de leur enlever, comme l'avait formellement reconnu l'empereur Henri Vil, quand il força Jean II à leur restituer les étapes. Aussi leurs réclamations se produisirent-elles avec plus de vivacité encore que sous le règne de Jean II. Il s'éleva à Anvers une véritable clameur, à laquelle le Comte, dans l'ivresse de sa conquête, ne prêta aucune attention. Il crut faire merveille, pour apaiser les esprits , en envoyant des lettres par lesquelles il reconnaissait que les Anversois l'avaient reçu comme leur droit seigneur, et en leur promettant qu'avant huit jours ils en recevraient d'autres par lesquelles il reconnaîtrait qu'ils lui ont prêté foi et hommage; il s'engageait à faire sceller ces lettres par toutes les villes de la Flandre ; enfin il leur promettait de ne nommer pour écoutête et pour amman que des Brabançons.

En effet, quand il se rendit à Anvers au commencement de septembre, Pierre et Gillis de Hoboken furent nommés le premier écoutéle, le second amman. C'étaient là de minces consolations pour une atteinte aussi grave portée à la prospérité matérielle de leur cité. Cependant la ville fut forcée de se soumettre. Le magistrat, par lettre du 26 août 1356, reconnut Louis de Maele pour droit seigneur d'Anvers, moyennant qu'il leur garantît la conservation de leurs chartes , privilèges , libertés et coutumes , « excepté que les bourgeois de Malines ne seront plus obligés de » se soumettre à Anvers au droit d'étape. »

Il paraît que les Anversois ne se considérèrent point comme liés par ces lettres de leurs magistrats , arrachées sous la pression d'une violence morale, car les murmures et les réclamations recommencèrent avec plus d'instance. Les échevins mêmes ne cessèrent de représenter au Comte l'injustice de sa conduite, tandis que les métiers voulaient s'opposer de force à ce que les Malinois fussent affranchis de l'obligation de décharger à Anvers et de mettre en vente les marchandises sujettes au droit d'étape.

S'il faut en croire Butkens, ce conflit ne se passa pas sans efî'usioii de sang : « Le Comte maintint ceux de Matines et leur donna » secours et support pour se mettre en possession ; tellement )) que ceux d'Anvers voiants qu'on menoit cest affaire par vio- )) lence prindrent les armes pour défendre leur droict, comme » aussi firent ceux de Malines à la très-grande confusion , dommage » et interest des deux parties (0. »

Ceci se passa probablement pendant l'hiver de 15S6 à 15o7. Les hostilités furent suspendues par les négociations du traité d'Ath. Les Anversois avaient espéré retourner , ainsi que les autres villes surprises par Louis de Maele, sous la suzeraineté du Brabant. Déjà ils s'étaient adressés au duc Wenceslas, et celui-ci s'était empressé de leur promettre la restitution de leurs droits. Qu'on juge de leur consternation quand ils se virent définitivement adjugés au comte de Flandre.

Lorsque Louis de Maele fit son entrée solennelle à Anvers, accompagné de la comtesse Marguerite et d'une suite brillante, il fut peut-être salué par quelques-unes de ces acclamations banales que la populace est toujours prête à prodiguer à tout ce qui est puissant et ce dont elle attend largesse (2); mais les véritables sentiments de la population se firent jour dans une lettre que le magistrat présenta au Comte. Elle est empreinte de la fierté et de l'énergie que donne le sentiment du bon droit à ceux qui n'ont jamais désappris le langage de la liberté. Les échevins et le conseil d'Anvers représentent respectueusement au comte de Flandre :

(i) Christ. Butkens, Trophées de Brabant, liv. IV, p. 479. (2) C'est ainsi que nous expliquons les paroles de Jean de Klerk , quand il dit que le Comte et la Comtesse :

3Iet alderhand vonverden Onlfaen ende chehult wcrdeii.

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Qu'Anvers avec son marquisat étant un licf du S'-Empirc Romain, le Comte ne pouvait, sans le consenlement de TEmpcreur, ni Taliéner, ni loucher à ses privilèges;

Que, d'après le témoignage de l'empereur Henri VII, du duc Wenceslas, de la duchesse Jeanne et du comte Guillaume de Ilainaut, la ville d'Anvers tenait les étapes en fief de l'Empire et que le duc de Brabant n'avait nullement le pouvoir de les transmettre à d'autres , ni de leur donner une autre destination ;

Que le droit féodal, fondé sur l'antique coutume, stipule que la transmission d'un fief ne pourra jamais avoir lieu sans le consentement des deux parties, et que ni les Anversois, ni la comtesse de Flandre n'avaient été appelés à confirmer , par la présence de leurs représentants, la transmission des étapes de la ville d'Anvers à celle de Malines ;

Qu'en conséquence les privilèges des Anversois avaient été complètement méconnus ;

Que le duc Wenceslas et la duchesse Jeanne, ainsi que le comte de Hainaut, médiateur de la paix, avaient expressément recommandé de laisser Anvers en possession des étapes, mais que le comte de Flandre n'y avait eu aucun égard et, en jurant le maintien de leurs privilèges, en avait excepté les étapes;

« Et pourtant, continuaient-ils, quel est le privilège dont nous » puissions démontrer plus clairement la légitime possession? » ]\ avons-nous pas des lettres authentiques et bien scellées de » trente-deux villes , qui témoignent que nous les avons possédées » de tout temps? Ainsi, de quelque côté que nous l'envisagions, » nous apercevons partout l'arbitraire, l'injustice, le mépris des » droits et la violation des traités. La paix d'Ath a imposé au » Comte l'obligation de respecter et de maintenir toules nos vieilles » libertés et nos privilèges, et maintenant notre seigneur agit » comme si celte stipulation n'existait pas! Nous ne pouvons

» souffrir d'être traités de la sorte et nous nous adresserons à » TEmpereur pour en obtenir la justice qu'on nous dénie (0. »

Plaintes, humbles remontrances, réclamations fondées sur le droit, protestations énergiques, appels à Thonneur et à la foi jurée, tout fut inutile : le Comte ne voulut rien écouter. Bientôt, ennuyé de toutes ces doléances, impatienté de l'insistance des magistrats, irrité de l'attitude de plus en plus menaçante de la population, Louis de Maele quitta la ville, en roulant dans son esprit les plus sinistres résolutions.

A peine fut-il parti, qu'on commença à voir arriver, tantôt par une porte, tantôt par une autre, de petites troupes de soldats flamands, qui, sous divers prétextes, prenaient leurs logements dans la ville et s'installaient. Chaque jour il en arrivait de nouveaux, mais aucun ne s'en retournait, si bien qu en peu de temps la ville renferma dans ses murs toute une garnison étrangère, qui inspirait une juste défiance à la bourgeoisie.

Vers la fin du mois de février (1538), le Comte lui-même fit sa rentrée en ville, avec une escorte imposante de cavaliers et de fantassins. Il était accompagné des sires Henri de Flandre et Louis de Namur, de plusieurs seigneurs de son conseil, parmi lesquels on nomme les sires de Ghistelles, Van Praet, De Poucke, Van Maldeghem , Van Schoorisse , et des députés de Gand , de Bruges , d'Ypres et du Franc.

Les Anversois se demandaient avec anxiété quel était le but de ce déploiement de forces. Ils ne tardèrent pas à l'apprendre.

Dans la matinée du mercredi 28 février, l'écoutéte en grand appareil, escorté de ses massiers et de ses hallebardiers, parut sur

(i) Les lettres contenant les doléances des Anversois au sujet des étapes ont été imprimées ù la suite des Drabantsche Yeesten, de Jean de Klerk.

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la place du Grand Marclié, et après avoir fait sonner de la trompette, donna lecture d'un cdit du Comte, enjoignant à cinquante personnes, choisies dans toutes les classes de la bourgeoisie (0 , de se rendre en qualité d'otages au château de Rupelmonde, sous peine de mort et de conliscation. Le châtelain de celte forteresse, Daniel de Puthem , reçut le même jour Tordre de les recevoir et de les détenir jusqu'à ce qu'il en fût autrement disposé.

Les Anversois murmurèrent, mais ils obéirent. Les séides du Comte remplissaient la ville : il ne fallait pas songer à résister. Leur docilité, au lieu d'apaiser le tyran, l'enhardit à de nouvelles violences. Le lendemain, l"mars 1358, devait être marqué comme un jour néfaste dans les annales anversoises. Une nouvelle liste d'otages fut publiée, portant cent neuf noms. Seulement, au lieu d'une simple invitation de se rendre à la résidence qui leur était assignée, ceux-ci furent arrêtés avant le jour par les soldats du Comte, arrachés de leur lit au milieu des gémissements des femmes et des cris des enfants , et envoyés dans les prisons de Gand, de Bruges, de Lille, de Douai et de Courtrai (2).

Dans la même matinée, vingt-deux bourgeois furent bannis à perpétuité d'Anvers et de toutes les terres appartenant au comte de Flandre (5).

[l] La liste comprend vingt et un noms de la haute bourgeoisie , neuf tanneurs , neuf tisserands, liuil merciers et neuf boulangers.

(2) Cette deuxième liste comprend cinquante-neuf noms sans indication de profession , vingt-deux poissonniers, huit bouchers, deux tanneurs , un courtier, un mercier, un marchand de bois, un hôtelier, un charpentier, un cordonnier, un charron et un mégissier.

(3) Dans cette liste de bannis on ne trouve que deux noms avec indication d'un métier, deux noms de patriciens, Jean de Rode et Jean de Pape, le bâtard. Un de ces bannis est désigné sous le nom de Jean-sans-Terre , Jan sonder Lant, sans doute un noble ruiné ou déshérité. Les autres listes conliennenl beaucoup de noms nobles ou patriciens : Drake , Van dcr Delft, Van Doornc, Van Wyiic-

Enfin deux bourgeois, nommés Klaes Zwyns et Cool Van Zantvoorde, après un rapide simulacre de jugement, eurent la tète tranchée sur la place de l'Hôtel-de-Ville, par la main du bourreau.

Jamais, depuis l'existence de la commune, ses libertés n'avaient été si ouvertement méconnues, si cruellement violées. Les Anversois frémissaient de douleur et de rage contenue; mais ils se tinrent tranquilles : la terreur s'était abattue sur la ville. Soit que le Comte redoutât les métiers et qu'il s'efforçât de diminuer leur importance, soit qu'il eut à se venger d'eux, il portait chaque jour quelque nouvelle atteinte à leurs franchises. A l'exception du métier des bouchers , il enleva aux autres l'usage de leur sceau. Il leur défendit de se réunir sans en avoir informé d'abord l'écoutête et les échevins. Il voulut que tous les métiers fussent soumis à une ordonnance générale, qu'il se réservait de révoquer à son gré. En un mot, il sembla se jouer de leurs plus chères libertés, comme s'il eut voulu mettre leur longanimité à l'épreuve.

Les privilèges de la magistrature ne furent pas mieux respectés. C'est ainsi qu'il défendit aux échevins de se réunir en Conseil sans y avoir été invités, ni de siéger sans la présence des principaux membres. On eut dit qu'il se vengeait sur les franchises d'une commune, matée par la terreur, des avanies qu'il avait eu à souffrir de la part des turbulentes communes de Flandre.

Cependant il ne perdait pas de vue le principal motif pour lequel Anvers lui avait été abandonné. On se souvient que ce fut

giiem, De Pape, Van Ranst, Van Aerdbrugglie , Van der Elst, Van der List, Van Gallivoert , Bode , Impeghcm , Van Wezembeke , etc. ; il y a ensuite de simples bourgeois sans profession apparente. Nous faisons cette remarque parce qu'en rapprochant ces noms de ceux des hommes de métiers, on voit que le mécontentement et la résistance s'étaient produits également dans toutes les classes de la population.

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