CHAPITRE ONZIÈME
tester contre la violation des privilèges. Louis de Maele, importuné de celte insistance, essaya d'un palliatif. Le 22 avril 1358 il délivra une charte concédant que les marchands d'Amsterdam « et tous les » bons marchands de la Hollande, pouvaient venir avec leurs biens » et leurs navires à Anvers , et y tenir étape de toutes sortes de » marchandises grasses, savoir : beurre, fromage, huile, peaux, » œufs, graine de navette, graine de colza, graine de moutarde, » graine de chanvre, miel et cire. »
Mais ce marché existait à Anvers de temps immémorial, et Taugmentation qu'il pouvait recevoir en suite de la charte du Comte ne pouvait être qu'insignifiante. En d'autres circonstances peut-être, et de la part de leurs anciens princes, les Anversois l'auraient reçue avec reconnaissance, parce qu'ils y auraient vu une preuve nouvelle d'une sollicitude sincère; mais le comte de Flandre voulait leur faire accepter ce bienfait douteux en échange des étapes du poisson, du sel et de l'avoine : les Anversois n'y virent qu'une dérision et le repoussèrent avec dédain.
Le Comte, irrité, envoya à Anvers une commission (mai 1358) composée de Gui, bâtard de Flandre, de Josse de Volmarbeke et de quelques députés de Gand , d'Ypres et de Bruges , chargée d'enlever de nouveaux otages. Cette commission quitta la ville, amenant avec elle soixante bourgeois (0.
C'étaient , depuis trois mois , plus de deux cent cinquante citoyens arrachés à leur foyer, à leur famille, à leurs affaires. C'est ainsi que Louis de Maele entendait se concilier l'affection de ses nouveaux sujets.
Si, du moins, ils s'étaient laissé dépouiller sans résistance et sans murmure, comme des moutons auxquels on enlève leur toison ;
(1) De ces nouveaux otages quarante-quatre appartenaient ù la haute bourgeoisie , les autres aux métiers.
mais leurs plaintes devenaient de plus en plus amères. Ce qui surtout déplaisait au Comte, c'est que les échevins répétaient sans cesse que la ville d'Anvers tenait les étapes en fief de l'Empire et que les diplômes impériaux qui les concédaient reposaient dans leurs archives. Il résolut de se rendre maître de ces pièces.
Il est digne de remarque qu'après s'être permis tant d'actes d'arbitraire et de tyrannie, Louis de Maele n'ait pas osé porter la main sur le dépôt sacré de nos chartes. Il recula devant l'emploi de la violence et eut recours à une ruse déloyale.
De Bergues S'-Winnoc il écrivit au magistrat d'Anvers, qu'il était disposé à renvoyer dans leurs foyers tous les otages et à retirer de la ville tous les soldats flamands, à condition qu'on lui produisit ces actes et ces diplômes relatifs aux étapes , que l'on ne cessait d'invoquer. Il prenait du reste l'engagement d'honneur de les restituer fidèlement, aussitôt qu'il les aurait examinés. Enchantés de la double perspective du retour de leurs concitoyens exilés et du départ d'une soldatesque odieuse ; n'osant d'ailleurs mettre en doute la loyauté du Comte, les magistrats s'empressèrent de se rendre à son désir. Ils confièrent les précieuses chartes à une commission choisie parmi les bourgeois les plus honorables , et les envoyèrent à Bergues S*-Winnoc. Louis de Maele , en les recevant, renouvela sa parole de prince de les restituer intégralement dès que lui et ceux de son conseil en auraient pris connaissance.
Mais nos députés attendirent vainement : le Comte ne faisait pas mine de leur rendre leurs diplômes. Quand ils les réclamèrent, il fit la sourde oreille. Il quitta Bergues S'-Winnoc; nos députés le suivirent, et le poursuivirent de ville en ville, sans même obtenir d'être admis en sa présence.
Quant à remettre en liberté les otages et à rappeler les sergents flamands, il n'en était pas plus question que de restituer les diplômes. Le doute n'était plus permis : le comte de Flandre s'était