‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 50 sur 108 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

souverain et s'engageaient, eux et leurs enfants, à demeurer à Anvers, à ne pas chercher à quitter hi ville, ouvertement ou par ruse. « Cela revenait à ceci, disent MM. Mertens et Torfs, qu'on » voulait faire supporter à tous les Anversois les conséquences » de leur réunion à la Flandre et de la privation de leurs privilèges , » dussent ces conséquences aller pour quelques-uns jusqu'à porter » la besace! (0 »

Il fallut se plier encore à cette nouvelle exigence. L'acte fut revêtu de la signature de l'écoutéte, de Tamman, de dix échevins, et de quatre cent nonante-six bourgeois C^). Des lettres de soumission de la part des habitants ou de diverses corporations , y furent jointes. Ces pièces, au nombre de onze, furent portées à Bergues S'-Winnoc et remises le 11 septembre au Comte, qui se montra enfin satisfait, et donna ordre le même jour aux baillis de Gand, de Bruges et d'Ypres, de mettre en liberté les otages Anversois.

Restait maintenant à se prononcer définitivement sur la grande question des étapes. Le 12 décembre, dans une sorte de diète solennelle tenue à l'abbaye de Bergues S'-Winnoc, en présence des seigneurs de son conseil et des députés des villes de Flandre, il fut donné lecture des lettres par lesquelles ceux d'Anvers et de 3Ialines s'engageaient d'avance à ratifier tout ce que le Comte déciderait à l'égard des étapes du sel, de l'avoine et du poisson. Le lendemain, en présence des mêmes personnes, le prince daigna faire connaître sa sentence. Elle portait : « Que la ville de Malines » demeurerait en possession des marchés du poisson, du sel et

(1) Geschiedenis van Ântwerpen, tom. II , p. 287.

(2) Cet acte, avec les signatures dont il est revêtu, se trouve, ainsi que la plupart des documents que nous avons cités, relatifs à l'affaire des étapes, imprimé au Codex des Brabantsche Yeesten. D'autres sont tirés des archives de la Flandre-Orientale, et ont été communiqués à MM. Mertens et Torfs par M. Prudens Van Duvse, aichiviste de lu ville de Gand.

» de l'avoine, tels qu'elle les tenait par privilèges des ducs de » Brabant ses prédécesseurs; et que le marché d'Anvers pour ces » mêmes marchandises serait limité à la consommation intérieure, » sans exportations. »

Pour démontrer à la dernière évidence l'iniquité de cette sentence, il eut suffi aux Anversois de produire les diplômes et les privilèges que le Comte invoquait comme bases de son jugement , et qui établissaient précisément le contraire de ce qu'il en concluait. C'est pourquoi le fourbe se gardait bien de les restituer en ce moment. Son but était atteint : Anvers avait signé sa propre condamnation; ses habitants s'étaient eux-mêmes lié les mains. A défaut de la justice, Vordre était rétabli, c'est-à-dire ce calme trompeur qui n'est que la cendre recouvrant un foyer toujours prêt à se rallumer. Pendant deux ans , un silence de mort régna sur la ville. Le Comte s'y trompa si bien qu'il crut pouvoir retirer les sergents flamands dont la présence lui avait répondu de l'amour de ses nouveaux sujets : du moins , nous n'en avons plus trouvé de trace. Mais les sentiments de la population à son égard n'avaient point changé; la résignation n'était qu'apparente; le mécontentement, pour éclater, n'attendait qu'une occasion.

Elle se présenta quand, au printemps de 1360, au mépris des anciens statuts qui exigeaient que l'écoutête d'Anvers , marcgrave du Pays de Ryen (0, fût Brabançon de naissance, Louis de Maele nomma à ces hautes fonctions un Flamand, Gaultier van Zeebroeck, et que celui-ci eut fait arrêter arbitrairement et conduire au Steen plusieurs bourgeois. Le peuple se souleva , investit la prison, en força les portes, tua les gardiens qui

{1} Quand les Flamands avaient pris possession d'Anvers, l'écoutête s'était transporté à Hérenthals et y avait établi le tribunal du Pays de Ryen. La cour féodale du Marquisat, également présidée par l'écoutête, et qui ressortissait à la cour féodale de Bruxelles , fut transférée à Santhoven.

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