CHAPITRE ONZIEME
résistaient, et mit les prisonniers en liberté. Van Zeebroeck et son fils, qni interviennent à main armée dans ce tumulte, y laissent la vie, ainsi que plusieurs oiliciers subalternes.
Avant de rentrer dans son lit, le flot populaire débordé se répand dans toute la ville. Les partisans reconnus de la domination flamande sont arrachés de leurs demeures et massacrés, d'autres poursuivis jusque dans Tasile sacré des églises et immolés au pied des autels.
Cette violation sacrilège fut punie la première : la ville fut mise en interdit.
De la part d'un prince aussi peu enclin à l'indulgence que Tétait Louis de Maele, il y avait lieu de s'attendre à de sanglantes représailles. Mais, soit que les vrais coupables se fussent dérobés par la fuite au châtiment qui les attendait, soit que les conseils de la prudence eussent prévalu, il se contenta, comme réparation à sa puissance outragée, d'une cérémonie expiatoire; et pour le sang versé, d'une composition avec la famille des victimes. Les « bonnes gens » de la ville d'Anvers furent condamnés à se rendre au devant du Comte, processionnellement, tête nue et sans parure (m hare rocke, bloodts hoods, ongegort, ende sonder parure), et à le supplier de les recevoir en sa miséricorde; ils devaient supplier également les sires Henri de Flandre et Louis de Namur, ainsi que les députés des bonnes ville de Flandre, d'intercéder pour eux; après quoi le Comte leur pardonnerait.
Les compositions (0 avec les parents ou proches des personnes tuées furent fixées comme suit :
(1) Ce sont les weregelde des anciennes législations germaniques. Nous rappellerons que la Chambre des Faiseurs de paix, dont nous avons parlé au chapitre huitième de cet ouvrage , était alors d'institution récente. Créée par ordonnance échevinale en 1356, elle reçut sa charte d'installation de Louis de Maele, datée du 12 mars 1357.
La ville paierait, pour la mort de Gaultier van Zeebroeck et de son fils Jean, six vingts livres gros de Flandre; pour la mort de Jean van Aken , gardien de la prison , vingt livres ; pour celle de Theuse, le cordonnier, serviteur du Comte, cinq livres; pour celle de Roelkene, le clerc, cinq livres. D'autre part, les parents et amis de Gaultier van Zeebroeck seront quittes de toute réparation envers la famille ou les amis de Gilles Wullis, tué par Jean van Zeebroeck.
Les « bonnes gens de la ville d'Anvers » flrent amende honorable selon les termes de la sentence; la paix fut jurée, et il ne fut plus question de cette échauffourée. Mais, le calme rétabli , les choses se retrouvèrent sur le même pied qu'auparavant, c'est-à-dire que les mêmes causes de désordre se retrouvèrent en présence. Le caractère sacré de la justice se reconnaît à ce signe, que l'ordre et la paix ne sont possibles que là où elle règne. Où la justice est violée, les bouches peuvent se taire, fermées par la terreur ou retenues par la prudence, mais la conscience humaine ne peut accepter le change, et sa voix se fera toujours entendre, si épais que soit le bâillon de la tyrannie.
Pour le moment, on n'osait plus parler des étapes, mais bien d'autres questions demeuraient en suspens, ou sans autre solution que l'arbitraire. Ainsi le Comte prétendait faire payer à la ville les frais de la guerre, c'est-à-dire de l'expédition qu'il avait faite contre elle quand il était venu avec une suite armée pour enlever des otages. Mais cette exigence rencontrait la plus vive opposition. Un parti nombreux s'était formé qui ne voulait entendre parler en aucune façon de ces frais de guerre et qui menaçait même de s'opposer par la force à ce que la commune les acquittât. Louis de Maele s'étant rendu à Anvers en octobre 1561 , les échevins lui firent part de cette difficulté, et lui demandèrent son assentiment pour frapper la ville d'une taille