‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 52 sur 108 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

OU contribution extraordinaire pour cet objet. Non-seulement le Comte y consentit, mais il donna Tordre à son écoutète de poursuivre comme rebelles tous ceux qui refuseraient de payer la taille, ou qui s'opposeraient d'une façon quelconque à Texéculion de cette mesure. L'argent rentré, le magistrat offrit au Comte une somme de 1500 livres gros flamands, qu'il voulut bien consentir à recevoir, non comme indemnité de guerre, mais en -pur don.

Cbarmé de la manière dont cette extorsion lui avait réussi, Louis de Maele jugea enfin les Anversois assez soumis pour qu'on put, sans inconvénient, leur rendre leurs privilèges. Il en donna donc mainlevée; toutefois il fit exception pour trois pièces : le privilège de 1556, de Jeanne et Wenceslas, portant réorganisation de l'Écbevinage et du Conseil (0; la sentence du 15 décembre 1560, rendue par le Comte dans l'affaire des étapes, et l'acte qui affranchissait les Malinois de l'obligation de décharger leurs marchandises à Anvers. En revanche, il déclara itérativement qu'il confirmait tous les privilèges des Anversois.

La situation faite à la ville par le traité d'Ath semblait trop anormale et, disons-le, trop absurde, pour devenir définitive, et pourtant elle se prolongea pendant quarante-sept ans ! Personne, à Anvers, ne croyait à sa durée, mais personne n'entrevoyait de quelle manière elle prendrait fin. L'ineptie et la lâcheté du duc Wenceslas ne permettaient pas de compter sur l'appui du Brabant en cas d'insurrection, et livrée à elle-même, la ville ne pouvait rien. Cependant on croyait que, de manière ou d'autre, on retournerait un jour au duché de Brabant, et l'on ne s'habituait pas à l'idée d'en être complètement détaché. Si étrange que semble le fait, il paraît certain que les députés d'Anvers continuèrent

(l) C'est l'acte que nous avons cité à la page 102.

à se rendre à l'assemblée de Cortemberg, et que la plupart des nobles ne laissèrent pas de suivre à la guerre la bannière brabançonne.

Durant toute cette triste période de la domination flamande , rhistoire d'Anvers demeure vide de faits. La stagnation était partout, dans la vie politique, dans la vie civile, dans la vie commerciale. Son existence ne se manifeste que par des plaintes étouffées, par des efforts indirects et presque souterrains, non pour ressaisir son ancienne prospérité , mais pour ne pas laisser prescrire ou périmer ses droits. Ainsi le dépôt de nos archives nous révèle un grand nombre de lettres, de déclarations des échevins et jurés de la plupart des villes commerçantes du Brabant, de la Hollande et même de la Flandre, attestant l'ancienne existence à Anvers des marchés du poisson, du sel et de l'avoine. Ces lettres avaient été demandées et obtenues, probablement en secret, par le magistrat d'Anvers, pour suppléer aux chartes enlevées par Louis de Maele, et pour servir au besoin, quand l'occasion se présenterait, à la revendication des étapes. Car le temps qui s'écoulait n'apportait aucune compensation à la perte de ces marchés, et l'on conservait toujours un secret espoir de les recouvrer quelque jour. Tel fut l'état de marasme dans lequel languit notre ville pendant cette seconde moitié du XIV siècle, que pas un édifice public, pas une simple chapelle n'y fut élevée. Anvers, si vivant, si prospère sous les ducs de Brabant, semblait une ville morte, que la Providence avait abandonnée.

La mort de Louis de Maele et l'avènement de la maison de Bourgogne en Flandre, vinrent, sinon changer sa position, du moins lui rendre un peu d'espérance.

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