‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 54 sur 108 · CHAI>1TRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAI>1TRE DOUZIEME

de Valois-Bourgogno qui remplit le XV' siècle de réelat de son nom et de sa fortune, et qui entraîna dans ses destinées la Belgique tout entière.

Louis de Maele mourut à Saint-Omer le 29 janvier 1384, haï et méprisé de ses sujets flamands non moins que des Anversois. Philippê-le-Ilardi, au nom de sa femme Marguerite, prit possession des comtés de Flandre, d'Artois, de Nevers et de Rhétel et des seigneuries de Malines et de Salins.

Il héritait en même temps de la souveraineté que Louis de Maele avait exercée sur Anvers.

Les Anversois espérèrent. Le caractère personnel de leur nouveau souverain leur permettait den attendre quelque justice. La valeur guerrière qu'il avait déployée à la bataille de Poitiers et qui lui avait valu son surnom de Hardi, n'était pas sa seule qualité. « Il estoit, » dit Froissard, « sage, froid et imaginalif » et sur ses besognes véoit au long. » Christine de Pisan, qui éprouva les efi'ets de sa libéralité et écrivit à sa demande le Livre des faits et bonnes mœurs de Charles F, en trace un éloge qui, sous sa plume, n'était peut-être pas désintéressé, mais qui reproduit les traits de son caractère dont ses contemporains furent le plus vivement frappés :

« Prince estoit de souverain sens et bon conseil; doux estoit » et amiable à grans, moyens et petis; les bons amoit de tous » estas; large comme un Alexandre, noble et pontifical, en court » et estât magnificent; ses gens amoit moult chièrement, privé » estoit à eulx, et moult leur donnoit de bien. »

M. Kervyn de Lettenhove ajoute à ce portrait les traits suivants que nous reproduisons parce qu'ils caractérisent bien, non-seulement la politique de Philippe-le-Hardi , mais celle de toute sa race : « Provoquant par son propre luxe le luxe des bourgeois, multi- » pliant les joutes et les fêtes, protégeant les relations des mar-

» chauds étrangers établis en Flandre plutôt que l'industrie de ses » habitants, Philippe-le-Hardi opposa sans cesse à l'énergie du » sentiment national chez les communes un système de corruption » lente et astucieuse que devaient poursuivre ses successeurs (0. »

Tel était le prince à qui venait d'écheoir la souveraineté d'Anvers et de qui Ton attendait le redressement des torts que leur avait faits Louis de Maele.

Le Duc et la Duchesse firent leur entrée solennelle à Anvers le 23 mars 1384. Ils reçurent des habitants le serment de fidélité et leur donnèrent confirmation de tous leurs privilèges et libertés , sans exception. Immédiatement ils procédèrent au renouvellement du magistrat , et les nouveaux échevins s'empressèrent de faire consentir la commune à une avance de quatre mille florins que le Duc leur avait demandée. C'était peu de chose en comparaison des avantages qu'on attendait de lui.

Une première satisfaction qu'il donna à l'opinion publique fut de rétablir un écoutéte et un amman.

Il parait que, depuis le meurtre de Gaultier Van Zeebroeck, ces charges, sans être supprimées, étaient demeurées vacantes. Il eût été difficile , en effet , à Louis de Maele de nommer immédiatement un écoutéte. Donner encore une fois la place à un étranger, c'eût été braver de nouveau et inutilement l'opinion, et s'exposer à provoquer une explosion nouvelle. Nommer un Brabançon, eût semblé une concession faite à la révolte. Il éluda la difficulté en instituant temporairement un Gouverneur, chargé à la fois du commandement militaire et de l'instruction des affaires civiles et criminelles. C'est du moins ce qui ressort de ce double fait, que les listes des écoutêtes et des ammans ne présentent aucun

l) Kbrvyn de Lettenhove , llist. de Flandre, l. 111, p.

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nom entre les années 1560 et 1584, tandis que, dans la niènic période, on rencontre un sire de Gruulliem et Grimbergen qui porte le titre de Gouverneur d'Anvers (0.

Philippe mit fin à cette situation anormale en nommant aux fonctions d'écoulète le chevalier Jean Van Immerseel, et Jean Roburch à celles d'amman. Mais en même temps il se produisit dans notre organisation judiciaire un changement qui ne fut nullement à notre avantage. La juridiction suprême pour les aflaires civiles fut transférée de rassemblée de Corlemberg au parlement de Paris ; les questions relatives aux fiefs et aux domaines, jadis du ressort de la cour féodale de Brabant, durent être portées devant la chambre des comptes de Lille, récemment instituée. Ceci était une conséquence de l'annexion d'Anvers aux états d'un grand vassal de la couronne de France.

Avant même de prendre possession du comté de Flandre, Philippe-le-Hardi avait voulu se concilier les bonnes grâces des Anversois. Nous possédons une charte, datée de BerguesS^-Winnoc le 8 septembre 1385, par laquelle ce prince accorde le sauf> conduit à tous les marchands qui se rendent à Anvers ou en reviennent. Il leur est permis de vendre et d'acheter toute sorte de marchandises, sans obstacle, moyennant d'acquitter les droits du souverain. Il prend sous sa protection tous les marchands avec leurs facteurs, leur famille et leurs serviteurs, aussi longtemps qu'ils séjourneront à Anvers avec leurs biens; et il y joint cette clause que, si même cette charte venait à être annulée, la protection du Duc envers les marchands, leur famille et leurs biens, leur serait encore assurée pendant trois mois.

(1) Mertens et ToRFs, t. Il, p. 311. Nous remarquons cependant que l'acte cité à l'appui de celle conjecture d'après Valkenisse , et mentionnant ce Gouverneur d'Anvers, est du 2 juillet 1386, c'est-à-dire postérieur de deux ans au rétablissement de lécoutêle et de l'amman par Philippe-le-Hardi.

On attribue à celte charte rétablissement, à Anvers, de plusieurs étrangers, qui y fondèrent de grandes maisons de commerce, et la construction dé deux halles , construites par les Brugeois , l'une appelée S^-Jorispand , Tautre S^-Nicolaespand (i). Cette charte ne faisait guère pourtant que confirmer des franchises fort anciennes, comme on a pu le voir au chapitre que nous avons consacré au commerce anversois aux XIIP et XIV^ siècles.

Comme on peut bien le penser, les Anversois n'avaient pas oublié leurs étapes. Ils jugèrent que le moment était venu de faire usage des nombreux documents qu'ils avaient réunis et ils les mirent sous les yeux du prince. Philippe accueillit fort gracieusement leur demande, promit d'examiner les pièces, et dit qu'il aviserait ensuite selon droit et justice. Dès lors les Anversois crurent leur cause gagnée.

Mais ils s'étaient trop hâtés de se réjouir. Philippe-le-Hardi avait intérêt à ménager Malines en même temps qu'Anvers; et peut-être songeait-il que, la souveraineté de Malines lui étant définitivement acquise, et ne possédant Anvers qu'à titre précaire, comme sûreté d'une somme qui pouvait être un jour remboursée, il avait en définitive plus d'intérêt à voir prospérer Malines qu'Anvers. Comme ce n'étaient point là des raisons avouables, il essaya, comme avait fait d'abord Louis de Maele, de donner le change aux Anversois. Au lieu de la restitution des étapes qu'on lui demandait, il accorda un sauf-conduit général aux négociants qui venaient trafiquer dans leur ville. C'était ne rien donner du tout, car on lui démontra qu'Anvers avait joui de temps immémorial de cette importante franchise.

(1) Bëaucourt, Brugsche koophandel. Verhoeven, Memorie over den koophandel hier te lande, dans les Mémoires de rAcadéniie de Bruxelles.

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