‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 55 sur 108 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Il feignit de Tavoir ignoré : c'était toujours du temps gagné et on devait lui tenir compte de ses bonnes intentions.

Pourtant, devant des réclamations aussi justes et reproduites avec une si infatigable ténacité, il fallait prendre un parti. Les pièces furent remises à une commission , chargée de les examiner et d'en faire un prompt rapport. Malgré cette dernière recommandation, le travail des commissaires traîna en longueur; ce ne fut que le 22 juin 1387 que le Duc fit connaître sa sentence. C'était, encore une fois, une de ces demi-mesures, de ces compositions malheureuses , manquant à la fois d'équité et de franchise et qui ne satisfont personne. On décida « Qu'un tiers seulement » du poisson,. de l'avoine et du sel resterait à Anvers, et que » les deux autres tiers resteraient à Malines. »

Cette décision était mauvaise, parce qu'elle ne tranchait pas la question en principe , et qu'il demeurait toujours aussi injuste d'enlever à Anvers les deux tiers de ses marchés que de les lui enlever tout entiers. Mais il fallut s'en contenter pour le moment et attendre patiemment de l'avenir une solution plus complète.

Pour en finir avec l'histoire de ces étapes, Anvers ne les recouvra qu'en 14-10, par une charte d'Antoine de Bourgogne en date du 28 mars , après en avoir été privé pendant cinquantetrois ans.

Philippe-le-Hardi montra de bonne heure ce goût pour le luxe et la magnificence qui distingua la seconde maison de Bourgogne. Malheureusement, ses ressources normales étaient loin d'être en rapport avec ce grand faste. Il en résultait de continuels besoins d argent. Les bonnes villes de ses domaines furent appelées à l'honneur de remplir ses coffres épuisés. Une première fois, à l'occasion des préparatifs qu'il faisait pour prendre part à la croisade organisée contre les Turcs, qui venaient d'envahir la Hongrie, il invoqua une disposition de la charte de 1221 pour

se faire payer par la ville une aide de cent livres de Louvain. Mais cette somme, jointe à celles quil tira des autres villes et de ses vassaux pour le même objet, étant insuffisante, il eut recours aux emprunts. Anvers en fournit deux : le premier, de mille nobles; le second, de quinze mille francs d'or (0. Il donna en garantie le produit des tonlieus perçus à Anvers au profit du Duc. La ville, pour trouver cet argent, eut recours à un procédé financier fort simple, mais nouveau à cette époque : elle vendit , ou, comme on dirait aujourd'hui, émit des titres de rentes, les unes viagères, les autres héréditaires. Le capital devait en être remboursé en trois ans, au moyen de l'argent qui proviendrait de la ferme des tonlieus (2).

A peine cet emprunt fut-il conclu, que de nouveau le Duc revint à la charge. Son fils Jean de Nevers, à l'issue malheureuse de la bataille de Nicopolis, venait d'être fait prisonnier deBajazet (1398). Il s'agissait de parfaire l'énorme rançon exigée par le Sultan. Les Anversois en profitèrent pour se soustraire à l'obligation de rembourser le capital des quinze mille francs d'or qu'ils avaient émis en rentes. Ils offrirent au Duc, au lieu de l'aide de rançon qu'il demandait, et qui ne montait, d'après la charte de 1221, qu'à cent livres de Louvain, une somme beaucoup plus considérable, à la condition d'être déchargés de l'obligation d'amortir le précédent emprunt dans le délai fixé de trois ans. Le Duc accepta très-volontiers l'argent qu'on lui offrait à ces conditions. Il délivra une charte (7 juillet 1397) par laquelle il déclare vouloir : « Que les eschevins et la communauté d'Anvers » soient et demeurent quittes et deschargiez du rachat d'icelles

(1) Le noble d'or était de trente-cinq au marc, et valait environ frs. 21,50 de notre monnaie. Le franc d'or valait frs. 13,50; (•2) Mertens et ToRFS , t. II , p. 346.

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