‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 56 sur 108 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

» rentes à héritage des dits quinze mille francs à lui prestcz, » sans ce qu'ils en soient, puissent ou doivent estre poursuiz ou » repris ores ne ou temps avenir (0. » Philippe ny perdait rien, mais les porteurs de rentes ne se montrèrent pas également satisfaits.

Ce sont là, du reste, les faits les plus intéressants de notre histoire sous le règne de Philippe-le-IIardi. La grande préoccupation des esprits était la division de TÉglise, connue sous le nom de gra)id schisme cV Occident : « Tévénement le plus remarquable » des annales ecclésiastiques, après la réformation » dit Hallam. L'Europe catholique était partagée entre le pape Urbain , qui résidait à Rome, et le pape Clément VII, qui siégeait à Avignon. La France, l'Espagne, l'Ecosse, la Sicile, Naples et la Savoie avaient reconnu Clément. Le reste de l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre, la Hongrie et les Pays-Bas tenaient pour Urbain. Le duc de Bourgogne, prince français, soutenait le premier, tandis que ses sujets de Flandre et d'Anvers ne voulaient reconnaître que le second. Le cardinal Robert de Genève, élu pape d'Avignon sous le nom de Clément VII, avait occupé le siège épiscopal de Cambrai. A l'époque de l'élection d'Urbain (1377), il avait écrit à Louis de Maele pour l'engager à reconnaître ce pontife; le Comte ne dut pas être médiocrement étonné en apprenant que Robert avait accepté lui-même le rôle d'anti-pape en se laissant porter au siège d'Avignon, et il demeura fidèle au pape de Rome, avec tout le clergé de ses états.

Les difficultés se présentèrent pour Anvers lorsque les deux papes eurent chacun nommé un titulaire à l'évêché de Cambrai. Le siège était occupé par Jean T'Serclaes, qui avait reçu l'investiture de Clé-

(1) L'original de cette charte est aux archives d'Anvers. La Joyeuse Entrée de Philippe-le-Hardi est également en français.

ment VII, tandis que Gérard de Dainville, nommé par Urbain VI, portait le même titre. A la mort de ce dernier il arriva une bulle d'Urbain VI, datée du 11 mars 1580, informant les Anversois qu'à la suite du décès de Gérard de Dainville, il avait nommé à sa place Arnould de Horn, cardinal évéque de Liège; qu'en conséquence il engageait les écbevins d'Anvers à le reconnaître comme leur métropolitain , et à le défendre contre les hérétiques et les scliismatiques, et particulièrement contre Jean T'Serclaes, qui continuait d'occuper, contre tout droit et justice, le siège épiscopal de Cambrai, malgré tous les efforts tentés jusqu'à ce jour pour l'en évincer.

Philippe-le-Hardi soutint l'évêque Jean T'Serclaes et voulut même forcer ses sujets à le reconnaître. Voyant qu'il n'y pouvait réussir, il fut assez prudent pour ne pas employer la violence. Mais le chapitre de Notre-Dame, qui était à la tête de l'état ecclésiastique d'Anvers , profita de ces dissensions pour se rendre à peu près indépendant, en s'appuyant sur la bulle du pape Urbain pour se soustraire à l'obédience de l'évêque véritable, sans cependant se soumettre à son compétiteur. Diercxsens prétend que les chanoines obtinrent d'Urbain VI des lettres qui les affranchissaient de l'obédience du siège de Cambrai, et qui leur permettaient de choisir eux-mêmes quelque autre prélat catholique-romain pour supérieur; mais il ajoute que de son temps ces lettres étaient perdues.

Cependant l'époque approchait où Anvers allait être rattaché de nouveau au duché de Brabant.

Wenceslas était mort le 7 décembre 1380. Sous son règne déplorable les dissensions civiles, excitées par l'orgueil des patriciens , par la turbulence des hommes des métiers ; envenimées par l'incurie, par la cupidité, par la mauvaise foi du souverain, avaient amené la décadence de l'industrie drapière, et causé la ruine

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presque complète de la plus puissante commune de ses états , de l'antique capitale des ducs de Lotliier, de ropulenlc cite de Louvain. Tels furent les malheurs dont ces sanglantes discordes remplirent la Flandre sous Louis de Maele, le Brabant sous Wenceslas, que, placée entre ces deux états, la ville d'Anvers, malgré la triste situation que lui avait faite le traité d'Ath, pouvait presque s'estimer heureuse du calme forcé que faisait peser sur elle le régime de la conquête. Elle échappait du moins à ces déchirements intérieurs qui minaient la prospérité du Brabant et devaient bientôt détourner à son profit le commerce maritime de la Flandre.

La duchesse Jeanne fut seule chargée, après la mort de son époux, de l'administration de ses Duchés. Elle les gouverna avec une douceur, une fermeté et une prudence qui rappelaient les hautes qualités des Ducs ses ancêtres. Comme elle n'avait point d'enfants, elle chercha à pourvoir aux éventualités que pouvait entraîner sa mort, en appelant à sa succession , par un diplôme daté de Tournai le 28 septembre 1390, sa nièce Marguerite, épouse de Philippe-le-Hardi , et leurs enfants. Philippe proposa aux États de Brabant de reconnaître pour héritier de Marguerite son second fils Antoine, comte de Réthel, que Jeanne avait depuis longtemps adopté. Pour parvenir à ce but, il promit de transporter Anvers et Malines au duché de Brabant, pour y demeurer réunis à perpétuité. Les États firent à cette proposition une réponse évasive. Ils étaient retenus par le traité conclu à Maestricht en 1355, entre le duc Wenceslas et l'empereur Charles IV, son frère , par lequel il avait été réglé que , dans le cas où Jeanne et Wenceslas décéderaient sans enfants, la succession de Jeanne passerait à la maison de Luxembourg. Mais le duc Philippe ne cessa de presser vivement les États, tandis que Wenceslas, roi des Romains, fils aîné de l'empereur Charles IV, les sollicitait en sens contraire. La déposition de Wenceslas (1400) fit pencher

la balance en faveur de Philippe. Au mois de septembre 1405 il se rendit à Bruxelles où, dans une nombreuse réunion des États, il sut les déterminer à reconnaître son fils Antoine comme successeur de la duchesse Jeanne.

Il fut stipulé en même temps qu'Anvers et Malines feraient désormais et à perpétuité partie du duché de Brabant.

La mort inopinée de Philippe-le-Hardi accéléra l'exécution de cette décision des États. Ce prince mourut le 17 avril 1404, à Halle, dans une auberge portant l'enseigne du cerf, où il avait été forcé de s'arrêter, surpris par la maladie, comme il se rendait de Bruxelles en France. Cet événement détermina la duchesse Jeanne à abdiquer en faveur de sa nièce Marguerite, à qui elle céda, par forme de donation, ses duchés de Brabant et de Limbourg (7 mai 1404). Marguerite, par un acte du 19, mai, désigna pour gouverner le Brabant de son vivant et le posséder après sa mort, Antoine, comte de Réthel, son second fds, qui fut reconnu par les États comme gouverneur ou Ruwaerd du Brabant. Ce fut en celte qualité qu'au mois de juin, dans une assemblée nombreuse des États, il jura de maintenir tous les privilèges du Duché.

Marguerite de Flandre, duchesse de Bourgogne, sa mère, mourut le 16 mars 1405. Il ajouta alors à son litre de Ruwaerd celui de duc de Limbourg.

La duchesse Jeanne mourut le 1"^ décembre 1406 à Bruxelles, et Antoine recueillit la souveraineté entière du duché de Brabant avec le titre de duc de Lothier et de marquis du S*-Empire. Il fit son entrée solennelle à Louvain le 18 du même mois, et à Anvei^ le 2 janvier 1407.

Philippe-le-Hardi laissait deux autres fils : l'aîné, Jean de Nevers, que l'histoire connaît sous le nom de Jean-sans-Peur, hérita des deux Bourgognes et des comtés de Flandre et d'Artois ;

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le titre de comte de Ncvers passa au plus jeune, nommé Philippe.

Le jour de son inauguration à Anvers, Antoine de Bourgogne jura une Joyeuse Entrée en irente-trois articles, dont le vingt-huitième portait la disposition suivante : « Notre cité d'Anvers, avec » toutes ses dépendances, sera dès à présent unie derechef à » nos bonnes villes de Brabant, avec tous les droits et coutumes » qu'elle possédait à la séparation , et pour y rester jointe à tout » jamais. » Cette stipulation fut renouvelée depuis à chaque Joyeuse Entrée.

Ce nouveau règne fut accueilli à Anvers avec la plus grande joie. Le retour au duché de Brabant semblait devoir ramener tous les avantages qu'on avait trouvés autrefois dans cette réunion. Malheureusement Antoine de Bourgogne était un prince étranger à nos mœurs et fort indifférent à nos intérêts. Il est dans notre histoire peu de règnes aussi nuls que le sien. On peut dire qu'il ne s'occupa de nos provinces que pour en tirer de l'argent. Il avait de sa race l'orgueil sombre et cruel, les tendances au pouvoir absolu et l'amour du faste. Avec ce caractère, antipathique à l'esprit de nos communes, il y a lieu de s'étonner qu'il ait respecté nos privilèges, contre lesquels il vint plusieurs fois se heurter avec impatience, mais sans tenter de les violer. Il faudrait lui en savoir gré, si cette conduite eut tenu à d'autres causes qu'à son insouciance et à la mobilité de son humeur.

Lorsqu'en 1410 il voulut faire la guerre à Renaud, duc de Gueldre et Juliers, il convoqua les États de Brabant pour leur demander le service ordinaire, mais il ne voulut pas leur faire connaître l'ennemi contre lequel il se disposait à marcher. Les États refusèrent net. Quand il s'adressa aux villes en particulier, il essuya partout même refus. Il fît la guerre sans le secours de ses bonnes villes et ne leur témoigna pas autrement son mécontentement qu'en refusant, au retour de l'expédition

(d'où il revint d'ailleurs victorieux après avoir forcé le duc de Gueldre à lui venir rendre hommage dans son camp), d'entrer dans aucune d'elles, et il partit pour Paris, où il alla rejoindre son frère, le duc de Bourgogne, qui s'était emparé de la régence du royaume, pendant la démence du roi Charles VI.

Cette manière d'agir inspira aux Anversois une médiocre estime pour le duc Antoine. Forts de l'appui qu'ils avaient rencontré près des autres villes, ils agirent en mainte circonstance comme s'ils n'avaient plus ni prince ni seigneur. C'est à cette époque que les Bourgmestres furent institués par les échevins et le Conseil , sans qu'on eut même daigné prendre l'avis du Duc (0. Pendant trois ans ils refusent de payer les gages des commissaires du Duc chargés de renouveler la Loi et de leur communiquer les comptes de la ville. Ils font, de leur autorité privée, construire un pont de pierre sur le fossé du Bourg, et exigent que les portes en demeurent ouvertes tout le jour et qu'ils y aient leur lihre passage pour mener les marchandises de la ville au port. Pour échapper au paiement des droits prélevés à l'importation sur les bières étrangères, ils vont eux-mêmes à Haarlem brasser une espèce de cervoise dont ils faisaient une grande consommation et l'introduisent sans payer aucun tonlieu. Enfin, ils se sont permis, nous ne savons pour quel motif, de briser le grand sceau de la ville. Tous ces points et plusieurs autres dont nous parlerons ailleurs, sont l'objet de la charte du 28 mai 1411, que nous avons citée déjà à propos du Bourg (2). Le Duc s'y montre fort bon prince , amnistie les Anversois de tous leurs empiétements d'autorité, tout en stipulant qu'à lavenir ses droits souverains seraient respectés, et règle fort équitablement tous les points en contes-

[i] Voir chapitre VII, p. lOo.

(2) Page 21.

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