LE-BON
Après la mort d'Antoine de Bourgogne, le duché de Luxembourg et le comté de Chiny restèrent à sa veuve, Elisabeth de Gorlitz, qui épousa Jean de Bavière, prince-évêque de Liège, auquel ses cruautés valurent l'odieux surnom de Jean-sans-Pitié. Les duchés de Brabant et de Limbourg et le marquisat d'Anvers échurent à son fils aîné, qui prit le nom de Jean IV.
C'était un enfant de treize ans, faible de corps et d'esprit. Sa grande jeunesse, les dangers qui l'assiégeaient, causaient de vives inquiétudes, surtout aux Anversois , qui craignaient de voir encore une fois remettre en question le sort de leur cité. Mais l'union de toutes les villes du Brabant prévint les dangers qu'on redoutait. Les États s'assemblèrent à Bruxelles le 4 novembre, le lendemain des obsèques du duc Antoine. Cette assemblée était composée de douze abbés, de cent quinze nobles et de vingt-huit représentants des bourgs et des villes. Il y fut résolu que tous les Brabançons en général s'engageraient à veiller au maintien des privilèges et immunités dont les villes ou les habitants jouissaient en particulier, afin que cette jouissance leur fût assurée dans son intégrité par cette
espèce de garantie; disposition remarquable et qui nnarque un grand progrès, sinon encore dans les institutions, du moins dans l'état des esprits : ainsi cessait Tisolement où le système féodal avait placé les communes; ainsi s'établissait la solidarité de toutes les parties du pays , de toutes les classes de la population ; ainsi se formait le lien social qui devait préparer le lien politique destiné à former un jour de toutes les castes un seul peuple, de toutes les communes une seule cité, de toutes les fractions du sol une seule patrie.
Les Étals décidèrent aussi que la tutelle du jeune prince et la régence du pays seraient confiées à onze personnes prudentes et considérables, choisies dans leur sein, dont deux seraient prises dans le clergé, trois parmi les barons, deux parmi les chevaliers, et quatre dans les villes. Le conseil de régence fut donc composé des abbés d'Afïïigem et de Tongerloo; des barons Thomas de Diest, burggrave d'Anvers, Jean de Wezemael et Henri de Grimberghe ; des chevaliers Henri d'Héverlé et Thomas de Huldenberg ; les représentants des villes furent : Rasse de Gavre , de Louvain , Régnier Meurs, de Bruxelles, Nicolas van Steeland, d'Anvers, et Henri de Westhusen , de Bois-le-Duc.
L'empereur Sigismond élevait des prétentions sur le duché de Brabant et le marquisat d'Anvers, disant qu'après l'extinction de la maison de Louvain, ces grands fiefs impériaux avaient dû faire retour à l'Empire. Sous prétexte que le duc Antoine avait négligé de lui faire hommage de ces duchés, il considérait son règne comme non avenu et n'ayant pu fonder aucun droit pour sa famille. La veuve d'Antoine, Elisabeth, prétendait avoir droit à la survivance de son époux. D'un autre côté, le duc de Bourgogne, Jeansans-Peur, frère d'Antoine, intriguait pour se faire donner la tutelle de son neveu et h Mmnboiirie , c'est-à-dire le gouvernement de ses étals. La sagesse des régents sut écarter tous ces orages qui me-