CHAPITRE TREIZIÈME
naoaient la minorité du jeune Duc. A TEnipereur ils donnèrent des apaisements au sujet des hommages, qu'ils promirent au nom du jeune prince pour Tépoque de sa majorité; ils écartèrent du même coup les réclamations d'Elisabeth. Le duc de Bourgogne leur causa plus d'embarras. Mais bientôt ils jugèrent qu'il devait tenir bien plutôt à une bonne somme d'argent qu'à un vain titre de tutelle. Ils fermèrent la bouche à ses envoyés par un don de vingt-cinq mille couronnes d'or et l'héritage d'Antoine demeura sans con testation à Jean IV.
L'histoire de ce prince ne touche directement à celle de notre ville que par les continuelles demandes d'argent que valait à Anvers sa réputation de richesse. Livré à la dissipation et à la débauche, uniquement occupé de ses plaisirs, habitué au faste dont les princes de la maison de Bourgogne avaient fait un moyen de domination, les revenus ordinaires du duché de Brabant ne pouvaient lui suffire, et pourtant ils avaient valu jadis aux comtes de Louvain le titre de Riches-Ducs , comme l'indiquait leur vieux cri de guerre.
A l'exemple de sou père, il engagea à la ville le produit des accises prélevées à Anvers. Une première fois, en 14-05, le duc Antoine avait autorisé les Anversois à percevoir les accises ; ce privilège fut prolongé en 1412 pour seize ans, et ce temps n'était pas écoulé quand Jean IV le prolongea de nouveau, en 1420, pour quinze ans. En échange de ces avantages la ville prit à sa charge le paiement de diverses rentes viagères qui étaient à la charge du Duc, montant ensemble à onze cent soixante-douze couronnes d'or de France, deux cents nobles d'Angleterre et deux cent cinquante écus de Dortrecht (0.
(!) MERTE?fs et ToRFS , t. II, p. 108. Les couronnes d'or de France valaient environ fr. 11,88 de notre monnaie. Le vieil ccu de Brabant et de Hollande était d'or à 22 carats. 2 grains, cl pesait deux cslerlings, douze as.
De quelques avantages commerciaux que les Anversois tenaient de lui, et dont nous parlerons ailleurs , on ne peut dire que Jean IV les leur accorda, mais qu'il les leur vendit, ce qui mettait leur reconnaissance à l'aise. Nous ne parlerons pas des faits étrangers à notre sujet qui remplissent l'histoire de ce prince , de son malheureux mariage avec la romanesque Jacqueline de Bavière, de son divorce et des guerres qui en résultèrent et où il fît preuve d'autant de lâcheté qu'il avait montré ailleurs d'incapacité et d'impuissance. Peu s'en fallut pourtant que nous n'en fussions les victimes. Dans un traité qu'il conclut en 1419 avec Jean de Bavière, oncle de Jacqueline, il lui cédait le marquisat d'Anvers et la prévôté d'Hérenthals. Heureusement ce traité fut considéré comme nul. Les États de Brabant intervinrent : Philippe de S*-Pol, frère de Jean IV, fut nommé Ruwaerd ou régent, de l'assentiment des communes (28 novembre 1420). L'année suivante, le Duc luimême reconnut le nouveau régent, et au commencement de 1422, « le Duc, le régent et les Etats conclurent un traité par lequel » il fut statué : l*' que le nom et l'office de régent seraient abolis et » que le comte de S'-Pol se contenterait d'une somme de vingt )) et un mille florins d'or; 2° que le Duc reprendrait l'administra- » tion du Brabant, accorderait l'oubli du passé et confirmerait les » droits et les privilèges des États , qui lui accorderaient un sub- » side de cent quatre mille livres d'or (0. »
C'était toujours avec de l'or qu'on apaisait les réclamations de ces magnifiques besoigneux de la maison de Bourgogne.
Un seul fait dans le règne de Jean IV mérite de notre part un éloge sans restriction : c'est la fondation, en 1426, de l'Université de Louvain. Cette école, qui bientôt acquit une célébrité européenne, fut un bienfait immense pour la ville que ses discordes
Dewez, Histoire générale de la Belgique, t. IV, p. 42.