CHAPITRE DEUXIÈME
ils renversaient le formidable amas de superstitions qui s'était l'orme sur notre sol du mélange du polythéisme romain avec les croyances odiniques et celtiques. Parfois, pour prix de leur zèle, ils recueillaient la j)alme du martyr, comme S'-Liévin, massacré par les paysans de Houthem, aux environs de Gand.
Le premier de ces apôtres qui vint visiter les Anversois, fut S'-Eloi , évèque de Noyon et de Tournay , qui , vers Tan 40G , descendit des sources de TEscaut jusqu'à son embouchure. S'-Ouen , son disciple et son ami , qui fut élevé plus tard au siège épiscopal de Rouen, écrivit sa vie. En racontant Fapostolat de S'-Eloi, il parle des Anversois comme d'un peuple barbare , chez qui la lumière de Tévangile n'avait jamais pénétré , et qui opposa aux prédications du saint la plus vive résistance (0. Il nous a conservé une allocution pastorale, adressée aux Flamands et aux Anversois, qui offre un curieux tableau de la situation morale des riverains de l'Escaut en ce temps-là (2). On y trouve la preuve que ceux mêmes qui acceptaient la foi nouvelle, ne renonçaient pas pour cela à leurs anciennes superstitions, dont ils faisaient avec les dogmes chrétiens un bizarre et monstrueux mélange.
A S*-Eloi succéda S'-Amand , évéque de Tongres ou de Maestricht, que les hagiographes regardent comme le véritable apôtre des Anversois. Il fonda, vers 660, l'église comprise dans l'enceinte du Bourg, et dédiée aux apôtres S'-Pierre et S'-Paul et
(1) ...Fland relises, atque Andoverpienses , Frisones et Suevi et barbari quique circà maris littora degenles , quos velut in extremis remotos nullus adliuc predicationis vomer impresserat , primo eum hostili animo et adversa mente susceperunt. Et ailleurs : « Jurji instantiœ Andoverpis decertavit. » Yila saiicli Eligii , apud S. Audoeno, lib. II., Cap. 3 et lo. Acta SS. Belgii , lom. 3.
(2) Ce discours est trop connu pour que nous le reproduisions ici. On en trouvera le texte dans Scliayes , la Belgique avant et pendant la domination romaine, t. II, et la traduction dans Edw. Le Glay, Histoire des comtes de Flandre et dans VHistoire d'Anvers de M. Le Poitevin de la Croix.
plus tard à S''-Walburge. En 695 arrivèrent des moines irlandais du monastère de S'-Golomban , et, selon toute apparence, S*-Willibrord , l'illustre apôtre des Frisons, prêcha aussi à Anvers. Ce n'est donc qu'au Vil!*' siècle que s'acheva la conversion des Anversois au christianisme.
S'il faut en croire la chronique manuscrite que nous avons citée plus haut (0, les moines du monastère de S'-Frédégand , à Deurne, contribuèrent activement à la propagation du christianisme dans ces contrées. Voici ce passage : « Ensuite est venu » S^-Willibrord , qui a converti tout le Brabant au chrislia- » nisme. Et alors fut fondé dans cette franchise de Deurne » un couvent de l'ordre noir (ordre de S'-Benoit) , et ces » moines allaient avec un très-grand zèle répandre partout la foi » chrétienne. Ils percevaient les dîmes et firent construire la » digue de Deurne vers le Bourg, qu'on nomme Eyenclyk, pour » l'entretien de laquelle on payait au pont de Deurne un droit » de barrière que les moines percevaient. »
Le pays fut encore redevable à l'inlluence de ces moines d'un autre bienfait. Après avoir rapporté la fondation du chapitre de Notre-Dame, le même chroniqueur ajoute :
« En reconnaissance de ce que ces moines et ces chanoines » avaient fait pour le service de Dieu, le peuple s'en alla tra- » vailler pour eux, et même on alla endiguer le Waterland , de » manière que la marée ne put plus venir jusqu'à Deurne et » que tout ce pays fut desséché (was doen al drooghe rietlant) » et devint habitable. »
Ainsi, la conversion d'une grande partie de ses habitants au christianisme, la construction d'une digue ou chaussée faisant
(1) Elle est rapportée dans le Register der Oude Mandementen, aux archives de la ville et citée par MM. Blertens et Torfs , tome 1, p. 129 et 130.