CHAPITRE DEUXIÈME. IS
communiquer le Bourg avec la terre-ferme, rendiguement et la conquèle sur les eaux d'une vaste étendue de marais, formant aujourdliui les Polders de Merxem, Eeckeren, Wilmaersdonck, Oorderen et Austruweel, tels seraient les bienfaits dont le pays serait redevable au monastère de Deurne. Pour qui connaît les services rendus dans toute l'Europe par Tordre des Bénédictins, il n'y a rien là qui puisse être un sujet d'étonnement.
On ne sait rien de Tbistoire d'Anvers durant les années qui précédèrent l'arrivée des Nordmans. La mention d'un droit de tonlieu en l'an 726 est une preuve évidente d'un commerce d'une certaine importance. Toutefois ce n'était encore qu'une très-petite bourgade , dont la population ne s'élevait guère qu'à quelques centaines d'babitants, exclusivement livrés au commerce et à la pécbe. Peut-être quelques troupeaux erraient-ils dans les pâturages , déjà mis à l'abri des inondations de l'Escaut par la construction de la digue d'Eyendyck.
Cette prospérité naissante fut brusquement interrompue par l'arrivée des Nordmans. Ces pirates, maîtres de l'île de Walcheren depuis l'an 829, s'emparèrent en 837 du château des Anverpiens, pillèrent et incendièrent leurs habitations et renversèrent l'église bâtie par S*-Amand. Ils remontèrent la rivière de Schyn, alors navigable, jusqu'à Deurne, où ils détruisirent le monastère de S'-Frédégand. Par le Rupel et les deux Nèthes, ils pénétrèrent jusqu'à Lierre et à Malines, qui subirent le même sort. Ils revinrent ensuite mettre leur butin à l'abri dans le château d'Anvers, dont ils relevèrent les murailles et auquel ils ajoutèrent probablement de nouvelles fortifications. Les antiquaires croient reconnaître, dans les vestiges encore existants de ce vieux burg l'ouvrage des Nordmans.
Nous avons vu que ce château existait déjà , un siècle aupar-
avant, au temps de S^-Willibrord, mais que la date de sa construction était incertaine. On ne peut également établir que des conjectures sur sa forme primitive, car, quelle que fût sa solidité , il dut subir dans cette longue suite de siècles qu'il traversa, de nombreuses modifications, principalement à Fépoque où il devint le chef-lieu d'un Marquisat impérial.
Tel qu'il nous apparaît sous sa dernière forme, le château d'Anvers consistait en une enceinte demi-circulaire, dont la corde regardait le fleuve, et formée d'une épaisse muraille, flanquée de tours couronnées de créneaux. Les pierres semblent provenir des carrières du Hainaut, aux environs de Tournay, doù il était facile de les transporter par eau.
Les débris qui subsistent encore, consistent en une partie du mur d'enceinte du côté sud, une porte à voûte ogivale, et des restes plus ou moins considérables de quatre tours. La seule partie visible est la porte sous laquelle passe la Rite de la prison, et le pan de mur qui regarde le Marché-auxpoissons et sur lequel s'élève la vieille prison du Steen. On peut suivre aisément la trace du reste de son enceinte : les rues Pont des anguilles et Fossé du Bourg en marquent les fossés extérieurs. Du côté de l'Escaut ses ruines ont été rasées pour faire place au large quai qui s'étend de la jetée du Werf à la place S'^-Walburge.
Nous ne pouvons reconnaître, avec les derniers historiens d'Anvers (0, dans la voûte ogivale de la porte du Bourg un ouvrage des Nordmans. Elle appartient, selon nous, à une restauration bien postérieure et qui ne remonte pas au-delà de la première moitié du XÏI^ siècle.
(1) Mars-liall, Mertens et Torfs.