CHAPITRE TREIZIEME
de contrepoids à la féodalité. Dans le système nouveau dont les ducs de Bourgogne vont préparer l'avénenient, il n'y a plus de place ni pour la féodalité, ni pour les communes. Le moment où Pliilippe-le-Bon réunit toutes nos provinces sous un même sceptre, marque pour la Belgique l'instant précis où commence cette transition.
Philippe-le-Bon fît son entrée solennelle à Louvain le 5 octobre 1450. Sa Joyeuse Entrée contient quelques dispositions très-importantes pour Anvers. L'article 2 stipule que les originaux des chartes et privilèges relatifs aux droits et aux libertés du Brabant, qui jusqu'alors avaient été conservés à Nivelles et ailleurs , seraient rassemblés et transportés à Anvers avant la Chandeleur prochaine. Ils devaient y être déposés dans un coffre fermé de trois clefs différentes , dont l'une serait entre les mains du Duc et les deux autres confiées aux villes de Louvain et de Bruxelles , en sorte que le coffre ne pourrait être ouvert que les trois clefs présentes. Dans la prévision qu'il faudrait recourir souvent à ces pièces et qu'on ne pourrait toujours réunir sans difficulté ces trois clefs , le Duc ajoute que chaque ville devra faire une copie , qu'elle conservera, des actes qui la concernent.
Anvers était donc destiné, dans la pensée du Duc, à devenir le dépôt général des archives du Brabant et du Marquisat. Mais cet article ne reçut pas son exécution sous le règne de Philippele-Bon. La Joyeuse Entrée de Maximilien d'Autriche (3 janvier 1478) nous apprend que les chartes du Brabant n'avaient pas encore été réunies à Anvers, malgré les stipulations de ses prédécesseurs, et se trouvaient, à cette époque, conservées au château de Vilvorde.
Les autres articles de cet acte célèbre, relatifs au droit des Brabançons d'ester en jugement à Anvers, à la liberté du commerce avec l'étranger , à la protection à accorder aux marchands
qui assistaient à nos foires annuelles, ne sont que la confirmation de privilèges antérieurs. Un écrivain fait remarquer que « quel que » fut d'ailleurs l'éloge que l'on pourrait faire de la Joyeuse Entrée » de Philippe-le-Bon, il ne mènerait qu'à en réprouver plus sévè- » rement la violation; et nous aurions à enregistrer bientôt une » foule d'outrages faits par le souverain aux règlements qu'il pro- » mulguait lui-même avec tant d'orgueil et si peu de générosité » réelle (i). »
Il est assez difficile de comprendre ce qui a pu valoir à ce duc de Bourgogne le surnom de Bon. La bonté était le moindre de ses défauts. Le nom de VAsseuré que lui donnèrent ses contemporains lui convenait beaucoup mieux (2). Ce n'est pas non plus sa justice que nous pourrons louer : l'ambition et l'orgueil en étouffèrent trop souvent la voix. Nos bistoriens qui l'admirent et s'inclinent devant sa magnificence rappellent complaisamment que les orientaux, éblouis par le faste de ses équipages, l'avaient surnommé le Grand Duc d'Occident; ils vantent son habileté politique qui jetait les fondements d'une monarchie rivale du royaume de France; mais ils oublient que ce grand luxe était alimenté par l'or de nos provinces, écrasées d'impôts et de tailles; ils perdent de vue que celte politique qu'ils exaltent était basée sur la ruine des vieilles institutions qui avaient fait la grandeur, la force et la gloire de nos communes, qui pendant quatre siècles les
(1) Le pseudonyme, auteur de Y Histoire du Marquisal d^ Anvers, publiée dans la Bibliothèque nationale, édit. A. Jamar.
(2) « Une habileté froide et calme, prudente jusqu'à la ruse, persévérante jusqu'au courage, l'avait fait surnommer Philippe VAsseuré. » Kervyn deLetten- HOVE. — « Du duc Jehan vint le bon duc Philippe , qui fut surnommé Philippe l'Asseuré. » Olivier de la Marche, II, 16. — Le même chroniqueur dit ailleurs : « Le duc Philippe de Bourgogne eut deux noms acquis et donnés. Le premier » fut Philippe l'Asseuré , et en longue conlinuance d'expériment de ses mœurs » et vertus , il fut nommé le bon duc Philippe , et lui est ce titre demouré. »