‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 63 sur 108 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

avaient maintenues libres et respectées à côte de la France avilie et courbée sous le joug de ses feudalaires; ils ne voient pas que celte politique eut pour conséquence Pabsolutisme de Charles- Quint , pour dernière expression la tyrannie de Philippe II et les échafauds du duc d'Albe. Pour nous, qui n'avons pas à louer les princes de ce qu'ils ont fait dans le seul intérêt de leur dynastie et qui ne voulons leur tenir compte que de ce qu'ils font pour le bonheur et la dignité de leurs peuples , nous ne voyons dans les ducs de Bourgogne que les représentants, pour la France, d'une féodalité nouvelle, plus oppressive, plus sanguinaire, moins nationale que celle qu'ils remplaçaient; pour la Belgiqu.., que les ennemis systématiques de nos libertés communales , qui préparèrent les voies à la domination étrangère.

Les Anversois ne tardèrent pas à être fixés sur le véritable caractère de leur bon Duc.

Le 12 juin 145o une troupe de soldats flamands, faisant partie de ces bandes qui désolaient la France sous les noms d'Armagnacs ou de Bourguignons, surprirent une des portes de la ville, du côté de l'Escaut, se répandirent dans les rues et, profilant de l'effroi que causa leur apparition inattendue , se mirent à piller. Mais bientôt les bourgeois prirent les armes, les repoussèrent et, les ayant cernés au carrefour appelé \e petit Marché, les massacrèrent jusqu'au dernier, et jetèrent leurs cadavres dans un puits(i).

Certes, les Anversois, en repoussant une bande de brigands

(1) La tradition locale veut que ce puits soit celui qu'on nomme encore SchuUers put, où est établie la pompe publique qui décore le petit Marché. La partie de la rue des Brasseries [Cammerstrate] appelée Flemingsveld prendrait son nom des Flamands qui s'y étaient retrancliés, tandis que la rue Oudaen aurait retenu le sien du cri de ralliement Uoud aen ! (Tenez ferme l) que poussaient les bourgeois accourus pour les combattre. Il se peut ; mais les auteurs de YHistorisch onderzoek etc. citent un testament de l'an 1307 et un document de Tan 1343, où il est faitmen-

venus pour saccager leur ville, étaient dans leur droit. En leur faisant subir le sort réservé à eux-mêmes s'ils avaient eu le dessous, ils étaient dans le cas de légitime défense; en massacrant ces bandits ils s'étaient fait une prompte, sommaire, mais incontestable justice. Eh bien! le duc de Bourgogne n'en jugea pas ainsi. Il prit parti pour les soudards, sous prétexte qu'ils avaient appartenu à son armée , contre les bourgeois d'Anvers , disant que ceux-ci avaient bien eu le droit de les repousser, mais non de les mettre à mort; qu'il eût fallu se contenter de les faire prisonnniers et de les livrer aux tribunaux. Cet appel à la justice était de sa part une véritable hypocrisie; mais son orgueil avait été froissé de ce que ces misérables avaient appartenu au parti des Bourguignons. Il se contenta cependant d'exprimer son blâme et se réserva de se venger indirectement de ce qu'il nommait l'insolence des Anversois.

Toujours besoigneux au milieu de son luxe impérial, et toujours à la recherche de nouveaux moyens de battre monnaie, il avait fait amarrer dans l'Escaut occidental, en face deCalloo, un de ces lourds vaisseaux armés qu'on nommait Hulke, d'où ses officiers soumettaient à une taxe onéreuse l'importation du hareng (1). Les Anversois, s'appuyant sur leurs privilèges, refu-

tion du Flaemincs ou Vleeminx velt. Schutters put semble une corruption de s'Gorters put, qui rappelle un nom de famille. Dans un acte de vente de 1312 on lit :... een husinghe.... dat ghestaen ende gheleghen es tAntwerpen , in de Cammerstrate, tusschen Claus des Gorters huis, ane deen side, ende der Musinnen huis aen dander side... {Historisch onderzoek etc., p. 197). Quant à la rue Oudaen, on ne sait d'où vient son nom. Dans le recensement de 1480 elle est appelée Doud Dane. Dane veut dire blaireau ou chevreuil. Oudane, qui vient peut-être du français dos d'âne, est un vieux mot qui signifie un remblai ou digue pour retenir les eaux. (Mbrtens et ToRFs , lom. III, p. 117). Encore une tradition populaire à laquelle il faut renoncer !

(1) Ce droit était de deux sols six deniers pour chaque tonneau. Gachard, notes sur DE Barante.

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