CHAPITRE TREIZIÈME
sèrent de payer la taxe, et comme cette exigence portait entrave à la libre navigation du lleuve, ils équipèrent quelques navires et allèrent s'emparer de la hulke, qu'ils remorquèrent jusqu'à Anvers et qu'ils amarrèrent derrière les murs de l'abbaye de S^-Micliel. C'était hardi , mais ils n'avaient fait qu'empêcher la violation de leurs privilèges, ils se croyaient dans leur droit. Le Duc leur envoya des commissaires; ceux-ci, fiers et arrogants, indisposèrent si bien la bourgeoisie qu'on refusa de s'entendre avec eux. Il fait annoncer alors qu'il va venir lui-même faire une enquête sur ce qui s'est passé, et qu'il agira en conséquence. Quand ses quartiers-maîtres arrivèrent à l'abbaye de S'-Micliel pour y préparer ses logements, il y eut une grande agitation dans la ville. Le peuple courut aux armes ; la foule se porta vers l'abbaye ; on envahit la partie des bâtiments qui servait ordinairement à héberger les princes; on mura des portes et on en ouvrit d'autres, sans doute, comme le dit Monstrelet, parce qu'on se défiait de l'abbé et qu'on voulait mettre les Bourguignons dans l'impossibilité de se retrancher dans l'abbaye, close de toutes parts de solides murailles, comme dans une citadelle.
Nouveau sujet de colère pour le Duc. Les Anversois comprirent qu'ils avaient attiré un orage sur leur tête , et ils s'apprêtèrent bravement à y faire front. Ils prirent toutes les dispositions nécessaires pour soutenir un siège. C'était là probablement que l'astucieux prince avait voulu en venir. Il avait maintenant un prétexte pour traiter Anvers en ville rebelle. Ce ne fut pas par la force, mais par la famine qu'il résolut de la réduire. D'abord, il fil mettre la ville en interdit par Jean de Bourgogne, évêque de Cambrai. En même temps, il fil publier dans toutes les villes du Brabant, de la Flandre, du Limbourg et de ses pays d'Oulre- Meuse, un édil défendant sous peine de mort « de mener vivres » ou autres biens quelconques en la ville d'Anvers » ou de secourir
ses habitants de quelque façon que ce fût. Aussitôt tout commerce est arrêté. Les villes du Brabant, malgré les traités qui les liaient avec Anvers, n'osent contrevenir aux ordres du Duc. Les arrivages cessent, les approvisionnements s'épuisent, les vivres enchérissent rapidement et bientôt vont entièrement manquer. Au bout de quelques semaines, les premières étreintes de la famine commencèrent à se faire sentir.
Il arriva alors ce qu'on a presque toujours vu en pareil cas. Le menu peuple, que la faim tourmentait le plus cruellement, exaspéré par ses souffrances , s'en prit à ses magistrats des maux qu'il éprouvait, les accusa de connivence avec le Duc, des murmures et des plaintes passa à la violence et se mit à saccager les demeures de quelques échevins. Mais ces excès ne pouvaient qu'empirer le mal; chacun le comprit. La situation n'était plus tenable. On résolut de se mettre à la merci du Duc et d'implorer sa clémence. Une députation prise dans le peuple et dans le Conseil, se rendit auprès de lui à Arras et le supplia, à genoux , de vouloir bien accorder aux Anversois le pardon des offenses qu'ils lui avaient faites , l'assurant de leur profond repentir et de leur complète soumission.
Philippe n'avait nul intérêt à se montrer inexorable. Anvers lui était d'un trop bon rapport pour le traiter comme plus tard il traita Dinant. 11 se laissa donc fléchir aux conditions suivantes :
« Ceux d'Anvers devaient venir devant le Duc et lui dire : « Nostre très-redoubté seigneur, nous avons entendu, par ce que » vous avez fait remonstrer en la présence des trois estas devostre » pays de Brabant et autrement, que pour aucunes entreprinses et » estranges manières par nous tenus envers vous et vostre haul- » lesse, vous avez esté et estes mal content de nous, dont nous » avons esté et sommes très-dolens et desplaisans, et pour ce » venons par devers vous en toute humilité, et pour l'offence que