‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 66 sur 108 · CHAPITRE TREIZir^lME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZir^lME

(ouclicr par ces arguments sonnanls, tout en feignant de ne se icMulre qu'aux prières de iMadame Isabelle de Portugal, sa femme. Jusqu'en 1440, les portes n'avaient donc pas été enlevées, elles Anversois se rachetèrent de cette dure obligation, qui eût exposé leur ville à voir se renouveler le danger qu'elle avait couru cinq ans auparavant.

Celle rigueur posthume n'avait eu probablement d'autre but que d'exlorquer de l'argent à la ville. Outre les 6,000 pbilippus à ajouter aux 40,000 déjà payés, les receveurs du Duc trouvèrent encore moyen d'en soutirer 2,000, comme part d'un subside de 50,000 demandé aux Étals de Brabanl, et environ 430 livres gros tournois, comme montant des termes des rentes que le Duc possédait sur la Halle-aux-Draps.

Ce fut seulement après ces derniers arrangements que l'évéque de Cambrai , Jean de Bourgogne , se rendit à Anvers pour relever la ville de l'interdiction ecclésiastique dont elle avait été frappée.

Le luxe prodigieux de Philippe-le-Bon, qui faisait pâlir l'éclat de toutes les cours souveraines de l'Europe , sans en excepter la couronne impériale, coûtait cher aux villes de ses états. On en jugera par les sommes énormes qu'il tira de la seule ville d'Anvers. Dans le subside de 325,000 écus consenti en 1433 par les États de Brabanl, la part d'Anvers fut de 817 écus. Le 8 novembre de la même année elle paya 3,000 Peeters d'or dans l'emprunt de 30,000 peeters fait en Brabanl; une somme égale de 3,000 peeters fut encore payée dans le commencement de l'année suivante. En 143o la ville avait encore consenti, d'abord 3,200 florins nouveaux, appelés Philipsgiilden, dans l'emprunt de 40,000 florins, et plus tard 10,000 pbilippus {Philipsryders), Pour réunir ces sommes, la ville émit de nouvelles rentes viagères. A l'exemple de ses prédécesseurs, le Duc lui donnait en garantie le revenu des accises. En 1441, la ville fut même mise en possession de

1 ,000 écus revenant annuellement au Duc pour la rente des accises. Celte cession fut renouvelée en 1446, 1452 et 14o3. La pénurie des finances du Duc allant toujours croissant, il obtint, en 1425, des États l'autorisation de donner divers domaines en engagère, jusque concurrence d'un revenu de 4,000 pliilippus.

En vertu de cette autorisation, il donna en engagère, la même année, du consentement et avec l'intervention des États, à la ville d'Anvers la moitié des mille écus qu'elle lui devait annuellement pour ses accises.

« Cette charte , dit l'auteur auquel nous empruntons ces détails ('), est de la plus grande importance pour l'objet qui nous occupe, car c'est d'elle que date un droit nouveau sous le rapport des accises. Il y est stipulé que, jusqu'au remboursement de 1,671 florins payés par Anvers, la ville non-seulement n'aurait à payer que 500 écus au lieu de 1,000, mais surtout qu'elle aurait, à perpétuité, l'autorisation de lever les accises qu'elle jugerait nécessaires, de les augmenter ou diminuer, sans avoir besoin du consentement de personne.

» Ce droit fut maintenu par tous les successeurs du Duc, et aucun octroi ne dut plus être demandé par Anvers pour s'imposer des accises , jusqu'à ce que la révolution contre l'Espagne et la reddition de la ville au prince de Parme, vinrent lui enlever, en 1585, une grande partie de ses privilèges, et la frustrer surtout de la franchise de régler elle-même ses impôts. »

Dans le subside accordé par les États en 1444 d'une somme de 176,000 philippus, la part d'Anvers fut de 2,000. Lors

(I) Notice historique sur les impôts communaux de la ville d'Anvers, par Kreg- LiivGER , arcliivisle de la province (VAnvers. Bruxelles, 1845, p. 60.

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du subside de oOO,000 philippus consenti en 1446, la ville fit une avance de 600 francs d'or, outre sa part à payer dans le subside même. Quoiqu'elle se trouvât chargée d'une dette de 800 saints dor (0, destinés à payer les intérêts des rentes viagères émises au profit du Duc, elle trouva encore moyen de lui prêter en 1452 huit mille écus. Si ces nombreux emprunts prouvent l'incurable pénurie de la caisse ducale, ils prouvent aussi pour Anvers une augmentation considérable de la richesse publique.

Les derniers subsides payés au duc de Bourgogne avaient servi à dompter la puissante commune de Gand. Le 25 juillet 1455 cette reine des cités flamandes avait été laissée pour morte dans la plaine de Gavre. Vingt mille de ses enfants étaient couchés sur le champ de bataille; trois cents à peine furent faits prisonniers^ et le bon Duc commanda qu'ils fussent mis à mort. De ses vingtsix échevins, quatorze avaient été tués ou mortellement blessés. Elle dut payer à son vainqueur 4,000,000 de francs , qui en représentent au moins 20 de nos jours, et perdit les plus précieuses de ses libertés, sa juridiction et le droit de nommer ses magistrats. Qu'on rapproche ces faits de la manière dont furent traités Liège et Dinant, et Ton verra que cette politique si vantée de Philippele-Bon fut aussi odieuse dans ses moyens que désastreuse dans ses conséquences. Qu'on n'objecte pas l'éclat de sa cour, la renaissance des arts sous son règne, l'édification de la cathédrale d'Anvers , de l'hôtel-dc-ville de Louvain et de tant d'autres monuments splendides qui sont le produit d'une époque et qui ne doivent rien au duc de Bourgogne. C'était l'industrie de nos villes qui défrayait son luxe, et il ne prit des beaux-arts qui

[I) Environ 42,o00 francs de noire monnaie

florissaient partout autour de lui, que ce qui pouvait flatter son orgueil et servir son ambition; et cette ambition, à laquelle on a cberché tardivement à donner un but plus élevé, n'eut en vue que sa grandeur personnelle et celle de sa maison. Imbu des idées françaises de son temps, il avait enrichi et favorisé la noblesse, mais il haïssait la bourgeoisie et méprisait le peuple, qui n'avait que de l'aversion pour celui dont le long règne fut une perpétuelle conspiration contre ses antiques libertés.

Les travaux publics considérables qui s'exécutèrent à Anvers sous le règne de Philippe-le-Bon, et dont nous parlerons au chapitre suivant, sont dus uniquement à l'initiative de la ville, des corporations ou des particuliers, qui non-seulement n'obtinrent du prince aucun subside, mais furent même souvent obligés d'en acheter l'octroi ; et il est permis de supposer d'autre part que les nombreuses exactions auxquelles toutes nos villes furent exposées, les mirent dans Timpossibililé d'exécuter bien des projets utiles et que réclamaient impérieusement les besoins nouveaux que le progrès des temps avait fait naitre.

Philippe-le-Bon mourut à Bruges, le 16 juin 14-67, à l'âge de soixante-douze ans. Son fils , le comte de Charolais , si célèbre depuis sous le nom de Charlcs-le-Téméraire , lui succéda dans le marquisat d'Anvers comme dans ses autres titres et souverainetés.

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