COUP-DOEIL SUR L EPOQUE PRECEDENTE. MOEURS. — ASPECT DE LA VILLE
AU XV^ SIÈCLE. — TRAVAUX PUBLICS. — CONSTRUCTION DE l'ÉGLISE DE NOTRE-DAME.
L'année même de la bataille de Gavre est celle qui vit la chute de Tempire romain d'Orient (0. Elle marque dans l'histoire universelle la limite précise où finit le moyen-âge, où commence Tère moderne. Cette longue période, qui s'étend depuis la prise de Rome par Odoacre, jusqu'à celle de Constantinople par Mahomet II, jetait son dernier éclat, en Italie à la cour des Médicis, en Flandre à celle de Philippe-le-Bon; mais déjà une teinte de vieillesse et de caducité s'étend sur elle. Toutes
(1) Ce rapprochement appartient à M. Kervyn de Lettenliove. Nous nous faisons un plaisir de reproduire ici les quelques lignes qui terminent le troisième volume de sa belle Histoire de Flandre : « L'année 1433 fut la plus triste du XVe siècle ; ') elle vil aux deux extrémités de l'Europe le triomphe de la force sur la civili- ') sation, représentée ici par les traditions expirantes des lettres, là, par les pro- » grès sans cesse croissants de l'industrie et des arts. Les Ottomans de Mahomet II » envahissaient Constantinople au moment où les Picards de Philippe effrayaient par » leurs violences ce peuple et ces cités que Téloquent historiographe de la maison » de Bourgogne (Georges Chastelain) appelle lui-même très grave peuple, et villes ') de granl pollicie, lesquelles il convient régir en justice et eu droit. »
les institutions politiques et sociales qui avaient fait son originalité et sa grandeur : la Papauté et l'Empire, la Féodalité et les Communes, sont atteintes d'une sorte de décrépitude, présage d'une révolution prochaine. L'Europe du moyen-âge attend sa rénovation; mais les réformes et les changements qui s'opèrent ne devaient pas avoir pour notre pays les résuKats heureux qu'ils promettaient, et devaient nous laisser le regret du passé glorieux qu'ils tendaient à remplacer.
Avant de clore cette période de notre histoire, nous éprouvons le besoin de jeter sur elle un dernier regard pour en découvrir les faces encore inaperçues, ou que nous avons négligées pour ne pas entraver le récit des événements.
Les mœurs, au XV siècle, perdent quelque peu de la rudesse que nous avons signalée dans les siècles antérieurs; mais, faut-il le dire? ce n'est pas au profit de la morale. Des rapports de plus en plus nombreux, amenés par le commerce, avec les peuples policés du Midi, principalement avec les Génois, les Pisans , les Florentins et les Vénitiens ; la richesse devenue plus grande et le bien-être se répandant davantage dans toutes les classes , les relations sociales s'adoucissent et la politesse remplace peu à peu la défiance hautaine et toujours armée des siècles féodaux. Le goût des arts et des lettres pénètre dans la bourgeoisie, mais le luxe y pénètre avec lui. La magnificence de la cour de Bourgogne , l'éclat de ses fêtes , la prodigalité devenue pour le prince un moyen de gouvernement et enseignée par son exemple à la noblesse, furent pour la bourgeoisie riche l'objet d'une fâcheuse émulation, pour le peuple le sujet de dissipations fréquentes. Le jeu, l'ivrognerie, la débauche, consacrées dans les habitudes princières , passèrent de là dans les classes inférieures. La noblesse avait ses tournois, ses cours plénières; la bourgeoisie eut les concours de ses serments, de ses chambres