‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 8 sur 108 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Au-dessus do la clef de voûte se trouvent les restes mutilés d'une pelile ligure, qui n'a pas moins exercé la sagacité des antiquaires. Tous s'accordent à y voir Timage d'une ancienne divinité Scandinave. Son état de dégradation actuel permet à peine d'en distinguer le contour. Le peuple la désignait sous le nom de God Semcne et le souvenir s'en conserve encore de nos

,-=-:u^___^ jours dans cette interjection familière : « Och

Scmene God! » marquant la surprise ou la pitié. Le dieu Semen n'était autre chose qu'un ^^^4^^^**"^ symbole génésiaque, une sorte de priape boréal. En 1587 ou 88, les RR. PP. de la Société de Jésus en firent abattre toutes les parties saillantes, à cause de son indécence. Dans les siècles naïfs du moyen-âge, nos pères, moins faciles à effaroucher, n'y avaient pas vu sujet de scandale.

Outre cette porte ogivale, le bourg avait encore deux autres portes, ouvertes à une époque postérieure, l'une à l'est, vers la ville, dans la direction de la Rue du sac, l'autre donnant sur le Werf,

Au centre du bourg se trouvait l'église des SS. -Pierre et Paul, dont on voit encore quelques débris au fond de la place de ce nom. On sait que les Nordmans, sectateurs farouches du sanguinaire Odin , prenaient surtout plaisir à profaner les objets d'un culte qui leur faisait horreur et à convertir en râteliers pour leurs chevaux les pierres consacrées des autels. Tel fut sans doute le sort de l'église du Bourg. Après la retraite de ces barbares, elle fut rétablie par les moines de l'abbaye d'Epternach, auxquels S'-Willibrord l'avait léguée par testament. Ceux-ci la cédèrent aux moines d'Afflighem, qui la laissèrent tomber en ruines. En 1256 elle fut rebâtie et érigée en paroisse, sous l'invocation de S^^'-Walburge. Suivant la légende, S'"-Walburge avait habité longtemps la crypte de cette église, où plus

tard reposèrent ses reliques. Agrandie successivement en loOl, 1506 et 1574, elle avait été complètement restaurée dans les années 1755 et 1757. Les républicains français la fermèrent en 1796; en 1802, on en fit un entrepôt pour la douane, et enfin, en 1815, elle fut vendue pour être démolie. Avec elle disparut la plus ancienne église d'Anvers, et Tune des plus anciennes du pays.

Une partie des murailles du Bourg a été enclavée dans la construction de la prison dite de Steen. Dès le XIP siècle il existait là un bâtiment féodal ayant la même destination. Jean II, duc de Brabant , y fit enfermer les Malinois faits prisonniers auprès de Rupelmonde en 1505. Au XIII'' siècle déjà le Steen servait de prison communale. Il fui restauré ou plutôt complètement rebâti en 1520; c'est de ce temps que date rédifîce que nous voyons aujourd'hui. Sur ses sombres murailles planent d'effrayants et lugubres souvenirs, qui presque tous se rattachent à la sanglante période de réaction qui suivit l'insurrection des Pays-Bas contre la tyrannie espagnole. Les cachots souterrains, absolument privés de lumière, et où l'air nécessaire à la respiration ne pénétrait que par de petits trous ménagés entre les épaisses ferrures des portes, ont conservé leur aspect sinistre qui; donne le frisson. Dans Tune de ces géhennes se trouvaient les poteaux, garnis de carcans et de crampons de fer, où l'on attachait les prisonniers; dans une autre on conserva longtemps les crocs , les poulies , les lourdes pierres garnies d'anneaux, effroyables instruments des tortures. Une troisième , plus étroite , plus noire , plus sinistre encore que les autres, servait aux exécutions secrètes. Là on décapitait, on noyait dans des cuves, ou l'on torturait jusqu'à la mort les malheureuses victimes dont on voulait dérober le supplice à la pitié ou à l'indignation publique. Leurs gémissements et leurs

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