‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 71 sur 108 · CHAPITRE QUATORZIÈME. 2ol · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. 2ol

« La Gilde ne songea point dès son conimcneemenl

à organiser des réeréalions, et probablement se bornait-elle à fêter le jour de son palion par des banquets comme nos ancêtres en donnaient dans les occasions de grandes réjouissances. Ces banquets absorbaient la plus grande partie des revenus de la corporation, ce qui provoqua, en 1G78, des plaintes de la part des membres contre les doyens. Cette année-là les dépenses du banquet , à la fêle du patron , s'élevèrent à la somme de 1500 florins, somme énorme quand on considère qu'elle équivaudrait de nos jours à peu près au quintuple de la valeur. On se plaignit de ce que les dépenses excédaient celles des années précédentes. Cependant la Gilde avait un revenu de 1800 à 2000 florins, dont régulièrement au-delà de la moitié était dépensée au banquet de la fête du patron; le reste était employé pour les frais de la messe de ce jour, pour les représentations dramatiques et les dépenses d'administration. »

Il est certain que l'argent de la Gilde aurait pu être dépense d'une manière plus avantageuse pour les arts et pour les artistes. Toutefois, cela n'empêcha pas la Gilde de S*-Luc de conserver parmi ses membres le feu sacré qui inspira Quentin Metsys. Quant aux Chambres de Rhétorique, si elles contribuèrent pour une large part à l'adoucissement des mœurs, à répandre dans toutes les classes le goût des plaisirs intellectuels , leur influence littéraire fut stérile, en ce sens qu'il n'est pas sorti de leur sein un homme ni une œuvre que nous puissions citer. Nous dirons ailleurs quelle fut leur action philosophique et politique.

Ce n'est pas nous écarter de notre sujet que de montrer ce même goût pour les exhibitions splendides se manifestant dans les cérémonies religieuses. Disons un mot des processions , où se déployait tout le luxe dont la piété des fidèles avait doté nos édises.

Une procession au moyen âge, à une époque où* les pouvoirs spirituel et temporel se mêlaient partout, n'était pas une simple cérémonie accomplie par les seuls ministres du culte. Les autorités civiles y intervenaient directement. Elles étaient instituées par acte du magistrat. C'était en même temps une fête de la commune et de l'église.

Ainsi, la procession de Notre-Dame, que nous voyons encore sortir aujourd'hui le dimanche après l'Assomption, fut instituée par un acte du magistrat de l'an 1599. La veille, après midi, Messieurs de la Loi, c'est-à-dire l'écoutête, l'amman, les échevins, les receveurs, les clercs et généralement tous les fonctionnaires de la ville, se rendaient au son des trompettes, de rHôtel-de-Ville à l'église, où Messieurs du Chapitre chantaient les vêpres, après quoi l'image miraculeuse de la Vierge était solennellement portée au milieu de l'église et Ton chantait devant elle le Salve Regina. Durant toute la nuit suivante l'image était gardée par des confrères des Gildes.

Le lendemain matin la procession sortait par le grand portail de l'église, et parcourait à peu près le même trajet que de nos jours. Elle avait douze stations, à chacune desquelles les porteurs de l'image étaient renouvelés. Elle marchait dans l'ordre suivant : d'abord, les corporations des métiers, portant des cierges, ornés d'écussons à leurs armes; puis, les soeurs hospitalières de l'infirmerie duClapdorp; les béguines avec leurs voiles blancs; les sœurs des hospices de S'-Julien et de S'^'-Anne; les sœurs blanches de la rue des Brasseries ; les sœurs du tiers-ordre ; les sœurs de l'hospice Tersieken; les sœurs de l'hôpital S'^-Élisabeth ; les nonnes des autres ordres; le clergé de Notre-Dame; les chanoines de S'-Michel (qui avaient obtenu en 1545 du chapitre de N.-D. 1 autorisation de porter l'aumusse et le surplis); les dominicains; les Serments; les Gildes ou confréries religieuses, le magistral,

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et eiilin, riinage de IVolre-Dame, suivie d'une foule imnicnse de reiunios de (oui rang.

De retour à l'église, la grand'messe était célébrée au maîtreautel, et raprès-midi les vêpres, après lesquelles la sainte image était reportée avec les mêmes cérémonies dans la chapelle de la Vierge.

Il va sans dire qu'une partie des frais de cette procession était supportée par la caisse communale. Les comptes de la ville en font foi. En 1599, la ville fil peindre deux bannières , Tune représentant l'image de la S'^-Vierge, l'autre les armes de Bourgogne. Elle avait encore à sa charge les gages des musiciens. Le vin et la bonne chère jouaient aussi leur rôle dans cette cérémonie. On lit dans les comptes de la ville, à la date du 12 juillet de l'an 1404 :

« Item, de ce que ce même jour Técoutête, les receveurs, » les échevins et leurs serviteurs de la ville ayant été réunis » dans le chapitre de Notre-Dame, y mangèrent et burent » joyeusement, fut dépensé en nourriture et en boisson xj esca- » lins VI deniers gros flamands. »

Une autre procession, remontant à une époque beaucoup plus reculée, avait été, jusqu'à l'institution de celle de Notre-Dame, la principale fête de la ville. Nous voulons parler de la procession du S'-Prépuce.

Comment l'église de Notre-Dame était entrée en possession de cette singulière relique, nous l'ignorons. Ce que les chanoines publièrent à ce sujet ne soutient pas la critique, et une dissertation sur cette matière n'entre pas dans notre plan (0. Nous

(1) Ceux qui voudraient s'édifier sur 1 aulhenticilé de cette relique peuvent consulter Le Roy : Notitia Marquisalus S. R, J, , Papebrochius, Diercxsens, BoLL\pîDos , et le résumé de l'opinion de ces savants au tome III du Geschiedenis van AiiUverpeii. Nous ajouterons seulement qu'outre le S'-Prépuce d'Anvers, on en conservait un, déclaré authentique par le pape Innocent 111 ,

lie parlerons que de la procession. Elle se célébrait le dimanche après la Pentecôte, avec une magnificence que celle de Notre- Dame ne put de longtemps égaler. Quelques semaines auparavant on envoyait des messagers en Brabant et dans les Flandres pour aller inviter les abbés des principaux monastères à venir l'honorer de leur présence. Le compte de la ville de Tan 1524 (0 nous apprend que cette année elle fut accompagnée des abbés du Parc, de Grimbergen , d'Everbode , de Tongerloo , de S'-Bernard et de S*-Michel. Les cinq premiers reçurent de la ville quatre mesures (gelten) de vin, coûtant xxnu escalins. L'abbé de S'-Michel, qui dit la messe, reçut six mesures, coûtant xxxvj escalins. Dans la semaine qui précède, nous voyons que la ville donne aussi quatre mesures de vin à des échevins de Louvain, de Malines, de Berghen-op-Zoom , de Diest, de Tirlemont et de Bruxelles, venus probablement à Anvers pour faire leurs dévolions à la sainte relique et assister à la procession. En 1404 on y voit de plus les abbés deBaudeloo et de Ninove, le prévôt de S'-Pierre à Gand, et le doyen de Notre-Dame à Anvers. Ce dernier, quoiqu'il n'eût pas rang de prélat, participait au vin de la ville.

Devant la relique, enfermée dans une châsse d'argent recouverte de riches fourrures, on portait quatre grands cierges de cire fournis par la ville. Les porteurs avaient des chapeaux de cuir pour préserver leur chef contre la cire en fusion. Messieurs de la Loi et leurs serviteurs qui accompagnaient la procession , rece-

à l'église de S'-Jean de Latran , à Rome , un à Aix-la-Chapelle, un à Avil , en Auvergne, et un au Puy, en Languedoc.

(1) C'est le plus ancien compte de la ville qui soil conservé dans nos archives. Il a été récemment publié par M. Merlens. Il renferme des particularités extrêmement curieuses et fait vivement regretter la perle des comptes antérieurs.

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