CHAPITRE OriiNZlKME "iM
par réciimc de la population, ils obtinrenl du magistrat un terrain vague nommé Raemsveld, où ils bâtirent un nouveau couvent dont ils prirent possession en 1449. Leur église fut consacrée en 1451. Le chœur fut commencé en 1492 et achevé vers la fin du XV^ siècle. En 1577 l'église et la plus grande partie du couvent devinrent la proie des flammes. Tout fut réparé au bout de peu d'années, et le 29 octobre 1570 l'évêque de Déventer consacra le nouveau chœur. L'église et le couvent ont été assez maladroitement appropriés au Musée et à l'Académie de peinture.
Les Carmes, qui possédaient à Matines une maison florissante, avaient obtenu depuis l'an 1404, du chapitre de Notre-Dame, l'autorisation de venir faire la collecte à Anvers à de certains jours déterminés, et d'y prêcher pendant l'avent et le carême. Pendant longtemps le chapitre fut opposé à ce qu'ils eussent à Anvers un établissement fixe. L'opposition des chanoines était surtout fondée sur ce qu'eux-mêmes avaient besoin de tous les dons pieux que les habitants seraient disposés à faire, pour l'achèvement des immenses travaux de leur église. En 1479 les Carmes obtinrent de Marie de Bourgogne la promesse qu'elle leur ferait construire un couvent à Anvers, à ses frais, dans le cas où son époux serait vainqueur des Français.
La victoire de Guinegate ayant rendu cette promesse exécutoire, l'un d'eux, le frère van Kattendyk, arriva à Anvers pour s'entendre à ce sujet avec le magistrat ; mais le moment était mal choisi ; on était alors fort en peine pour trouver les moyens d'achever l'église de Notre-Dame. Le Large-Conseil assemblé déclara à l'unanimité que l'érection du nouveau couvent devait être différée « jusqu'à ce que l'église de Notre-Dame, et la châsse destinée aux reliques, fussent achevées. » Les Carmes ne se découragèrent pas. Maximilien obtint pour eux une bulle du pape Innocent VIII, datée du 22 décembre 1485, qui les autorisait à construire leur couvent ; lui-même y joignit un diplôme daté du 24 juillet
suivant; il chargeait le chancelier de Brabant de l'exéculion de ses volontés et ordonnait à l'amman, aux échevins et au Conseil de s'y soumettre. Sans attendre l'autorisation du magistrat ni celle du chapitre de Notre-Dame, ils s'installèrent, rue des Tanneurs, dans deux maisons qu'ils avaient achetées, et s'y construisirent une petite chapelle (i). Ils avaient su gagner à leur cause l'écoutête Jean Van Ranst, qui posa même la première pierre de leur couvent (i486). En vain le magistrat et le chapitre s'étaient adressés à Maximilien pour obtenir de lui le retrait, au moins temporaire, de son diplôme; les chanoines firent parvenir leurs doléances juqu'aux pieds du trône pontifical; rien n'y fit : Anvers se trouva doté, malgré son chapitre et malgré ses magistrats, d'un couvent de Carmes.
Entretemps s'était élevé, avec beaucoup moins d'opposition, le couvent des Pauvres Claires Ces religieuses avaient obtenu, en 1455, une bulle du pape Calixte III. Trois dames riches d'Anvers avaient acheté un vaste terrain au Vieux Rempart, où elles bâtirent un couvent dans lequel elles entrèrent en 1461 avec plusieurs religieuses du couvent de Sainte-Claire de Trêves. Ce qui fut leur église sert aujourd'hui d'écurie à la poste aux chevaux. L'institut supérieur de commerce et l'école moyenne ont été élevés sur l'emplacement de leurs jardins.
Plusieurs chapelles, auxquelles des hospices étaient annexés, furent construites par des corporations de métiers. Tels sont : l'hospice et la chapelle des Tanneurs (aujourd'hui consacrée au culte anglican) rue des Tanneurs, en 1419 ; la chapelle des Poissonniers (aujourd'hui convertie en magasin), dans la rue de ce nom, en 1443 ; la chapelle des Pelletiers (devenue propriété particulière) rue aux Laines, vers le même temps. L'élégante cha-
(i) L'abside de cette petite elia|)ell(' siilisisle encore, dans le jia^sage ijui sert d'entrée à la société lo. Phïlotuxc.
CIIAPITUE OriNZlÈME. ^271
pelle (les Foulons, rue de l'Empereur, un des plus jolis édifices d'arcliitecture ogivale que possède notre ville , ne fut construite qu'en 1505.
Mais la construction la plus considérable que le XV siècle vit élever à Anvers et dans toute la Belgique est, sans contredit, la magnifique église de Notre-Dame.
A la vue de ce monument dont les proportions colossales offrent dans toutes leurs parties un ensemble si barmonieux, on ne saurait douter qu'il ne fût commencé d'après un plan complet, fruit d'une conception unique et puissante. Mais quel est l'auteur de ce plan? En quelle année commença-t-on à l'exécuter? Ces questions demeurent sans réponse. C'est un fait étrange que l'absence de documents aux arcbives de la ville et à celles de l'église même, que le silence ou les contradictions des cbroniqueurs au sujet d'un édifice de cette importance. Le plan, s'il a existé, est perdu; il n'en est fait mention nulle part. Les rares écrits qui parlent de la fondation de l'église présentent les plus grandes divergences, des écarts de dates qui semblent inconciliables. Et pourtant le cartulaire de Notre-Dame contient une foule d'actes, provenant de l'ancienne collégiale, et dont quelques-uns remontent jusqu'au XÏI'' siècle.
Nous allons essayer de démêler la vérité au milieu de ces différentes versions.
M. Marsbal dit dans sa notice (d'après un document qu'il dit avoir vu aux arcbives de la ville, mais qui n'a pu être retrouvé), « qu'en 1237 le magistrat donna aux cbanoines de Notre-Dame deux bonniers de terrain, afin que leur église, qu'ils se proposaient de rebâtir, fût placée plus près du centre de la ville, et c'est à cette époque qu'on peut supposer que l'église actuelle fut bâtie. (*). »
(I) Marshal , Essai historique, etc., p. 38. M.; le Poitevin de la Croix a répété dans son Histoire, cette supposition erronée, p. i8G.
Nous ne tirerons pas de l'acte de donation cité par M. Marshal, la même conséquence que lui. Notre-Dame n'est point un monument du XIII^ siècle. Cet acte prouve seulement que, dès ce temps, les chanoines avaient formé le projet de se construire une église plus grande ; mais du projet à l'exécution il devait se passer un fort long temps.
Le secrétaire Caukerken, cité par Papebroch ('), dit, à l'année 1411, qu'il y avait alors plus d'un siècle qu'on avait commencé à construire le chœur; ce qui reporterait sa fondation avant l'an 1511.
Une chronique manuscrite, citée par MM. Mertens et Torfs, contient ceci : « Anno Domini mccclii, is men Onse Lief Vrouwen kerke eene capelle synde begonnen te bouweti. » Voilà tout, et il se passe de nouveau près d'un demi-siècle avant qu'on n'aperçoive quelque trace de construction. Selon la chronique du chanoine Snyders on commença à voûter le chœur en 1387, et Papebroch nous apprend, d'après Caukerken, que cette voûte ne fut achevée qu'en 1411. En 1406 les magistrats avaient abandonné au profit de cet ouvrage l'indemnité qu'ils recevaient pour leurs robes d'hiver {Wintertabbaerden) .
La première verrière (la troisième à droite) fut placée dans le chœur en 1391. Elle fut donnée par Guillaume de Berchcm, chevalier et sa femme Sapieniia Roggemans.
Selon Gramaye, la tour du nord, appelée stadstoren, fut commencée en 1422; suivant Diercxsens, ce fut en 1423, et dans une chronique manuscrite trouvée aux archives de la ville, on lit : « Anno 1429 tvord gefondeerd den toren van Onze Lieve Vroiiwe, genaemt stadstoren. »
Les fondements de la seconde tour, ou tour du sud, furent jetés, selon Papebroch, en 1430, suivant la chronique manuscrite déjà citée, en 1436.
(1) Papebrochius, Annales Antiverpienaes, tom. i, p. 258.
De la coiisiruclioii de la grande nef et des collatéraux, on ne trouve d'autre trace que le récit de Papehi'och, (lul rapporte qu'en 1419 ou 1420 on éleva de trois pieds le sol de l'église pour la mettre à l'abri des inondations. On employa à cet exhaussement les terres provenant des déblais pour le creusement des fondations de la grande tour.
Si cet exhaussement est réel, les proportions générales de l'édifice ont dû subir une grave altération. La largeur des entrecolonnements a cessé d'être en harmonie avec la hauteur des colonnes; défaut très-sensible, en effet, dans la grande nef et qui, dans le chœur, se trouve masqué par les stalles. On lit à ce sujet dans la Notice de M. Génard :
« On a beaucoup parlé de cet exhaussement, mais jamais on n'avait examiné la chose sur les lieux. Il y a quelques années la fabrique de l'église fit faire des fouilles dans le chœur et dans d'autres parties de l'église, et cette circonstance nous mit à même de constater en quoi consistait cet exhaussement. Les piliers du chœur ont perdu sept pieds à partir de leur base, les piliers des autres parties de l'église n'en ont perdu que deux et en d'autres endroits, h peine un pied et demi. De cette grande différence on peut conclure, qu'après la construction du chœur on a découvert que l'on avait pris un terrain trop bas pour le pavement, et qu'afîn de remédier à cet inconvénient, on a immédiatement résolu d'élever le terrain du reste de l'édifice. De cette manière les piliers du chœur furent complètement privés de leurs bases, et perdirent en même temps les belles proportions qu'ils avaient jadis. Le second exhaussement du pavé eut lieu au dix-huitième siècle. A cette époque on fit un remblai de deux pieds aux colonnes de la grande nef (1). »
(1) p. Gknard. Notice sur Tôglise de Notir-Danie , dans le recueil des inscriptions
27i HISTOIRE DE LA VILLE D'ANVERS.
Au milien de ces lacunes et de ces dates contradictoires, il est assez malaisé de se reconnaître. Essayons toutefois. («)
Une étude attentive du monument nous fait voir que les parties exécutées d'après le plan primitif, c'est-à-dire le chœur, la grande nef et ses doubles collatéraux, ainsi que les tours jusqu'à la première galerie, appartiennent au style ogival secondaire. On peut admettre que ce plan a été conçu et dessiné vers le milieu du XIV' siècle, et la date de 1352 assignée par la chronique citée plus haut au commencement des constructions, est parfaitement d'accord avec ce style.
Nous admettrons donc que l'église actuelle a été commencée en 1352, et que le plan primitif a été suivi pour le chœur, les cinq nefs centrales, et les tours jusqu'à la hauteur du cadran; mais il n'est pas impossible que les dates de 1237 et de 1311 n'aient quelque rapport à des travaux antérieurs et abandonnés. La différence de 1419 à 1420 ou 1422, pour le commencement de la construction de la tour du nord est peu importante ; elle peut provenir d'une suspension et ensuite de la reprise des travaux. Quant à la date de 1429, elle se rapproche de celle de 1430 donnée par Papebroch pour la fondation de la tour du sud. Il se peut aussi qu'après en avoir jeté les fondements, on ne commença réellement la bâtisse qu'en 1436, peut-être pour donner aux fondations le temps de durcir et de se tasser.
On remarque toutefois, dès l'époque de la construction du chœur, des irrésolutions et des tâtonnements qui feraient douter de l'exis-
funéraircs et monumentales de la ville et de la province d'Anvers, p. xxxni. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons de la restauration de l'église.
(1) M. Le Poitevin de la Croix dit dans son Histoire, p. 483 : ■< Le chœur commencé eu 1223, fut consacré en 1224, par Bucliard, évêque de Cambrai; détruit l)ar un incendie, il ne fut rebâti qu'en 1521. Ce fut Charles-Quint, qui en posa la première pierre en présence de Christian, roi de Danemarck.
11 était difficile d'accumuler autant de méprises en si peu de lignes.
CllAlMTUE UriNZlÈME. ^75
teiice d'un plan complet. Les architectes lui font subir des modifications qui, sans altérer le style général du monument et sans nuire précisément h l'harmonie de l'ensemble, ont produit cependant des irrégularités qui n'échappent point à des yeux exercés.
Les massifs sur lesquels reposent les arcs-boutants du chœur sont ornés, au-dessous des clochetons qui les surmontent, de gargouilles placées à environ 80 centimètres au-dessus du point où l'arc s'appuie, et où devait se trouver le conduit des eaux provenant du toit. Or, on sait que ces massifs doivent être construits avant les voûtes, afin d'être parfaitement séchés et durcis, pour ne pas céder sous la forte poussée qu'ils doivent supporter. On peut en conclure que la voûte du chœur eût dû se trouver plus élevée de 80 centimètres et que, pendant le temps qui s'écoula entre la construction des culées et l'achèvement du chœur, on avait résolu de donner à celui-ci une moindre élévation, à moins qu'on ne veuille supposer que l'architecte avait mal pris ses mesures. On remarque à l'intérieur de l'église une autre irrégularité, qui ferait croire à une nouvelle modification du plan, dans le temps qui s'écoula entre la construction du chœur et celle des transepts. L'appui des fenêtres est plus bas dans le chœur que dans les transepts. L'espace compris entre cet appui et les clefs de voûte des arcades est orné dans tout le pourtour de l'église, de panneaux en arcades simulées et trilobées, que surmonte un triforium découpé en quatrefeuilles encadrées. Par suite du prolongement inférieur des bases des fenêtres dans le chœur, cet ornement se trouve placé plus bas que dans les transepts et la grande nef. Chose singulière, cette différence de niveau est précisément de 80 centimètres , comme celle que nous avons remarquée à l'extérieur.
Les deux grandes nefs latérales, formant les collatéraux extérieurs, nous semblent n'avoir point fait partie de la première conception du monument , non que nous ne puissions admettre que l'architecte du XIV' siècle ait pu former le plan d'une église à sept nefs,
rii'y HISTOIRE DE LA VILLE D'ANVEHS.
mais parce que, dans ce cas, les triples collatéraux eussent aussi bien embrassé le chœur que la grande nef, et n'eussent pas présenté l'inégalité de largeur qu'on y remarque. En effet la nef latérale du côté sud, où se trouve la chapelle du Saint-Sacrement est plus large que la nef du nord où est la chapelle de la S**"- Vierge ; il n'est pas probable que le plan primitif se soit trouvé entaché d'une pareille irrégularité. Le chœur, de même que l'église, devait avoir deux rangs de collatéraux, mais le second rang a été converti en chapelles. Les cinq chapelles qui entourent l'abside, sont de forme hexagonale, les six autres sont carrées.
Voici, d'après les comptes de l'église, les dates exactes auxquelles ses différentes parties ont été construites ou achevées (•).
Le grand-chœur et ses bas-côtés avec les chapelles, ainsi que la salle du chapitre, les sacristies des chanoines et des chapelains, et la bibliothèque de l'église, de 1352 à 1420 ;
Les nefs méridionales situées entre le grand-chœur et la tour du sud, à commencer par la chapelle du S^-Sacrement, de 1425 à 1472;
Les nefs au nord, entre le grand-chœur et la grande tour, de 1472 à 1500.
Les travaux avaient été considérablement retardés par suite d'un incendie qui détruisit, en 1434, la partie méridionale de l'église. Papebroch, en rapportant cet événement, y joint les réflexions suivantes : « Qu'en l'an 1433 il y eût autre chose d'achevé que
(l) Nous devons la communication de ces dates à l'obligeance de M. le Chevalier Léon de Burbure , dont les patientes recherches ont jeté un jour tout nouveau sur riiistoire de ce vaste monument. M. de Burbure se propose de publier une monographie de Téglise de Notre-Dame : d'après les documents qu'il possède , ce travail ne peut manquer d'offrir un grand intérêt au point de vue de l'archéologie et de riiistoire. C'est encore à M. de Burbure que nous devons les noms des architectes qui ont dirigé les travaux de la tour, depuis la mort d'Appelmans, ot ipie nous citons plus loin.
CllAlMTilE UriNZlKMIv it"
le chœur et les transepts, c'est ce que je ne puis croire; quoique, dans l'une des verrières, entre la chapelle du vénérable (S'-Sacremenl) et la tour du sud on trouve en chiffres arabes la date de 1455. Cela ne prouve rien, si ce n'est que, cette année, on plaça ces vitraux, mais en un autre endroit, où, plus tard, on n'en n'eut plus besoin. Où aurait pu se trouver ce vitrail, si ce n'est devant le chœur, qui à cette époque, était encore séparé de la grande nef et des deux transepts, alors non encore couverts, par un mur qui dut être enlevé lors de l'achèvement du reste de l'église? A moins que l'on ne suppose que les transepts étaient bâtis jusqu'à hauteur du toit du chœur, et séparés des nefs par le mur susdit. On dit que les fossoyeurs rencontrent encore les fondements de ce mur entre les deux grands piliers qui soutiennent la coupole, auprès du bénitier. »
Le bénitier dont parle Papebroch se trouvait au milieu de l'église. L'auteur des annales croit que le vitrail dont il parle provenait de l'ancienne église et avait été formé de la réunion des vitraux de deux fenêtres.
Vers cette année 1454 la grande tour se trouvait à la hauteur de la seconde galerie, où fut placée, plus tard, le cadran. Jusque là on semble avoir suivi le plan primitif, car l'architecture est toujours celle du XIV^ siècle et se trouve en parfaite harmonie avec le style du chœur et de la nef. Il en est de même de la seconde tour, qui ne put atteindre qu'à la première galerie et dont les travaux furent arrêtés en 1474. Maintenant, à quel architecte ce plan est-il dû ? Jusqu'ici il a été impossible de le découvrir. On a fait grand bruit du nom d'Appelmans, qu'on s'est accoutumé peu à peu à regarder comme l'auteur de cette œuvre de génie. Mais Appelmans, qui mourut le 15 mai 1454, ne peut avoir dressé un plan dont déjà l'exécution était commencée en 1552. Les registres des comptes de l'église ne commencent qu'à l'année 1450-51 ; on y trouve qu'à cette époque les travaux de la tour étaient
dirigés par maître Pierre Appelmans, chef des tailleurs de pierre; voilà tout. Mais il n'est dit nulle part, sauf dans des écrits qui s'appuient sur une simple tradition, qu'il travailla d'après ses propres plans. Notre opinion est qu'il ne faisait que suivre les dessins de l'architecte inconnu de 1552. Ce serait déjà de sa part une grande preuve de sagesse et un mérite que n'eurent point ses successeurs, qui s'écartèrent du style primitif de l'église, et imprimèrent sur ce magnifique monument la marque de la décadence de l'art ogival.
On a cru jusqu'ici que cet Appelmans était un italien, de Bologne, nommé Ameliiis ou Amelio (^), qui, en se fixant aux Pays-Bas avait germanisé son nom (a ou da meta, Van den AppeLon Appelman) à l'exemple des savants en us qui traduisaient le leur en grec ou en latin. Des découvertes récentes tendraient à restituer à Anvers même l'honneur d'avoir donné naissance à cet architecte,
(1) Direclore operis quodam Joânne Amelio architecto prhui nominis, dit Gramaye, et Diercxsens, d'après Papebrocli et Caukerken, lesquels ont tout simplement copié Gramaye : ab aliis nominalur architectus Joannes Amelius, Bononiemh, ab aliis Petrus Appelmans, qui ecciesiam Sancti Georgii fabricare cœperat. » On voit qu'il avait été le premier architecte de l'église de S'-George. On y lisait son épitaplie, que MM. Mertens et Torfs rapportent ainsi :
Hier legh hrqraven Jan Appelman Metser vander metselnjen der kercken
In de stadt Antwerpen.
die den tooren tôt Onser Liever Vrouwe
toeleijde en sterft int Jaer m.cccc.xxxiiij, xv d. in mey.
11 est évident que cette inscription a été mal relevée. La première ligne se rapporte à Jean Appelman, père de Pierre, qui mourut en 1398. Les deux dernières se rapportent à Pierre, qui mourut effectivement le 15 mai 1434, puisque le paiement de ses gages cesse ce jour-là et que les gages de son successeur, Jean Tac , commencent à courir le lendemain. Les mots Metser et der de la seconde ligne sont mis probablement pour Meester ci deser; enfin, entre la seconde ligne et la troisième, il doit y avoir quelque lacune.
CllAPlTUE Ol'lNZlÈME. ^7»)
qui fut certainement un liomme de j^n'and mérite (i). On ne voit pas d'ailleurs pourquoi, au XV« siècle, alors que dans toutes nos villes s'élevaient, sous la direction d'artistes nationaux, des monuments de style ogival, on aurait eu besoin de faire venir un architecte d'Italie, où, à cette époque, ce style était complètement abandonné. On le comprendrait mieux s'il se fut agi d'un monument de la Renaissance, comme le tabernacle de l'église de Lcau.
Nous avons dit qu'Appelmans mourut en 1434 et qu'à cette époque la grande tour se trouvait élevée jusqu'à la galerie du cadran. De la base jusqu'à cette hauteur règne le style ogival secondaire dans toute sa beauté. Au-delà commencent les lignes tourmentées, les arcs surbaissés et surchargés d'ornements du gothique tertiaire ou llamboyant. A mesure qu'elle monte, son architecture devient plus lourde, et le pinacle disgracieux et bizarre qui la termine n'a plus rien de l'élancement aérien, de la svelte architecture du XIV^ siècle. C'est qu'elle ne fut terminée qu'en 1518, alors que la Renaissance avait déjà condamné comme barbare l'art catholique des temps féodaux.
On a retrouvé dans les comptes de l'église les noms des architectes qui dirigèrent les travaux de la tour depuis la mort d'Appelmans jusqu'à son entier achèvement. Appelmans eut pour successeur immédiat Jean Tac ; en 1449, le maître des maçons s'appelait Éverard; il remplit ces fonctions jusqu'au 13 novembre 1473, et fut alors remplacé par maître Herman de Waghemakere,
(l) M. de Burbure a retrouvé, dans les archives de la ville, les noms du père et de la mère de Pierre Appelman. 11 était fds de Jean et sa mère se nommait Mersoete Duys. Le nom même à'Appelman semble indiquer qu'il appartenait à une famille où sa profession était béréditaire : les piqueurs qui tenaient le rôle des maçons et des tailleurs de pierres, étaient appelés Appelleerders . Pierre Appelman travaillait déjà à l'église en li06. Laurent Volcmaer, marguillier, lui lègue par son testament une somme de 12 gros de Flandre; il le compte parmi les operarii dictœ fabricœ, avec sept autres.
le vieux, qui y travailla jusqu'en 1502; son fils Dominique lui succéda et en acheva la construction. De 1521 à 1530, le célèbre architecte Rombout Keldermans, de Malines dirigea avec Dom. de Waghemakere, les travaux du nouveau chœur de l'église.
Diercxsens affirme aussi, d'après un vieux registre des archives de l'église, que la tour était achevée en 1518 et que, dans cette année, on y plaça la croix. Bertryn, dans sa chronique, ajoute qu'à cette occasion on dansa autour de la croix sur l'échafaudage. Cette date est confirmée par les comptes de l'église ; cependant, à n'en juger que par le style de cet ouvrage, on serait tenté de croire le couronnement de la tour d'une époque postérieure. Quand on considère les monuments d'architecture gothique élevés à Anvers durant les premières années du XV^ siècle, la tour de S'-Jacques par exemple, il est permis de dire qu'à cette époque on faisait mieux que cela.
Des réparations eurent lieu en 1592 au sommet de la tour. Cette date nous semble parfaitement se rapporter au mauvais style qui caractérise cette partie du monument.
La façade du portail du transept nord fut reconstruite en 1612; celle du portail sud, en 1616, et celle du grand portail en 1619.
La tour du nord de l'ancienne collégiale Onze Lieve Vrouiu op H Staekske, qui servait de beffroi, ne fut démolie qu'en 1486. Les cloches qu'elle contenait furent placées dans la nouvelle tour : notamment les trois cloches de la ville dont nous avons parlé (pages 59 et 60). D'autres s'y trouvaient déjà; Ton n'avait pas attendu pour cela que la tour fût achevée. « Gramaye prétend que la première cloche fut bénite en 1440, mais il ne paraît pas qu'elle fut hissée. En 1459 une autre cloche, à laquelle on donna le nom de Marie, fut fondue sur le cimetière par Jean de Berchem et Jean de Broechem. D'après Valkenisse elle pesait onze mille livres, mais elle ne fut pas non plus montée immédiatement et sonna pour la première fois en 1467, lors de l'entrée solennelle du duc
Charles- le -Téméraire. La grande cloelie, nommée Carolus, tut fondue en 1507, baptisée le jour de TAssomplion, après vêpres, et montée en d509. Bertryn assure que, déjà en 1479, on commença à carillonner dans la tour. Gramaye dit que ce tut en 1481. D'après une chronique manuscrite, la grande horloge fut établie dans la tour dès Tan 1457 ou 1458. Toutefois les cadrans ne furent placés qu'en 1540, et alors un nouveau carillon commença à se faire entendre (*). » Quelques-unes des verrières de l'ancienne église purent être également transportées dans la nouvelle. Les confréries, les serments, les corporations de métiers renrichirent de chapelles, d'autels, de tableaux. Les souverains, les seigneurs, les riches marchands la décorèrent à l'envi des chefs-d'œuvre de l'art. Quand nous raconterons les événements dont elle fut le théâtre au XVI^ siècle, nous aurons une idée des trésors artistiques qu'elle renfermait, par l'énormité des dégâts qu'y commirent les iconoclastes.
Il est à peine nécessaire de dire que la coupole, telle que nous la voyous, est un ouvrage moderne. Il n'en est pas question avant l'incendie de 1535. L'année suivante on la rétablit. Elle était surmontée d'une grande statue du S'-Sauveur en cuivre doré.
Jusqu'en 1611 la grande nef et les transepts ne furent couverts que d'une voûte en bois. Les voûtes en pierre furent construites de 1611 à 1616.
Les travaux de la tour venaient d'être achevés, lorsque en 1520 le conseil de fabrique conçut l'audacieux projet de reconstruire le chœur, sinon toute l'église, sur un plan plus grandiose encore et vraiment gigantesque. Dominique de Waghemakere, architecte de la tour, et Rombout Keldermans, avaient fourni les dessins pour
(1) Mertf.ns et Tof'.FS, d'apir-s les chroniques de De Weerdt, Bertryn et Van ileyst, et les Annales de l'apebrucli.
^J8-2 HlSTOlI'vE DE LA VILLE IJANVEKS.
le chœur (•). Un architecte du nom de Pierre van Vyancn avait lait le plan d'une église entièrement neuve p). On se mit à l'œuvre sans trop savoir comment on mènerait à fin celte colossale entreprise, comme si Luther n'était pas né, et comme si l'on était encore au temps où la foi catholique faisait jaillir du sol les miraculeuses cathédrales du moyen-âge. Peut-être aussi comptait on sur des moyens analogues à ceux qui servaient à Léon X pour élever Saint-Pierre de Rome. La première pierre fut solennellement posée par l'empereur Charles-Quint, le 14 juillet 1521, en présence du roi Christiern de Danemark. On travailla avec ardeur pendant douze ans ; déjà le mur extérieur qui devait enclore le chœur et ses bas-côtés était arrivé à la hauteur de la grande nef actuelle; une foule de piliers s'étaient élevés jusqu'à la naissance des voûtes, quand un terrible incendie, qui éclata dans la nuit du 6 octobre 1533, vint détruire tous les travaux et menacer l'église d'une ruine complète. Nous empruntons au Geschiedenis van Antiverpen le récit de cette calamité « Les flammes, qui avaient attaqué d'abord les bas-côtés,
tirent des progrès si rapides qu'en peu de temps l'édifice entier présentait l'aspect d'un volcan. Déjà les soliveaux, les poutres, les chevrons et la toiture étaient entièrement brûlés, et le plomb fondu ruisselait des gouttières ; déjà la plupart des autels étaient réduits en cendres, et le grand portail, qui était en bois, avait pris feu; déjà les flammes montaient en épaisses colonnes vers la tour et enveloppaient les traverses et les contre-forts, quand le bourgmestre
(1) On lit dans les comptes de la fabrique de 1520 à 1521 :
Betaelt voor een clouwen coerden mode te trechen de mate van den nieiuven choore, xm */çj gr. brab.
Item. Betaelt meester Rombout ende meester Doininicus tsaemen op patioen van den nieuwen choore, xxxvii ff x se.
(2) On lit dans les mêmes comptes :
Betaelt ende (jeyeven Peeter van Vijanen voir syn patroen van der nieuwe kerchen dat Jnj heworpen haddf ex gratia, xxxiv so.
r.HAriTllE uriNZlÈME. 283
I.aiicelol d'rrsel accoiiriil sur le lieu du sinistre et entreprit d'éteindre l'incendie.
>^ La tàclie n'était pas facile. La multitude, frappée de stupeur, avait déjà perdu tout espoir de conserver l'église et allait abandonner le monument à son triste sort. D'Urscl cependant ne se laissa pas décourager; il se hâta de rétablir l'ordre et de diriger les moyens de secours. Ses paroles, mais avant tout son exemple et son dévouement, firent renaître le courage dans tous les cœurs. Trois cents hommes intrépides étaient là; ils attaquèrent l'ennemi avec vigueur et s'etforcèrent, en versant l'eau à flots, de maîtriser l'incendie. Enfin, grâce au zèle, à l'admirable sang-froid et à l'habile direction du noble bourgmestre, au point du jour on était maître du feu; mais l'élément destructeur avait fait des ravages effrayants. Aussi serait-il bien difficile de décrire le triste état où se trouvait l'église : cinquante-sept autels ne présentaient plus que des masses calcinées, et la toiture carbonisée se trouvait sur le pavé sous un monceau de cendres. El telle avait été la fureur des flammes, que plusieurs piliers étaient fendus de haut en bas (i).»
La grandeur du désastre fut égalée par le zèle de la fabrique et des habitans pour le réparer. Des dons et des aumônes furent recueillis partout ; dès l'année suivante , la coupole était reconstruite. « Adrien Michiels coula, d'après les dessins du peintre Gommaire van Neerbroeck, la statue du Sauveur qui, jusqu'en 1795, en décora l'extérieur. Les confréries, les gildes et les corporations rivalisèrent de zèle pour relever les autels détruits. Dominique de Waghemakere dirigea les travaux et employa toutes les ressources
(1) Gescliiedenis van Antiverpen, t. iv, p. 332.
Les auteurs de ceUe Histoire se sont trompés quand ils n'ont vu , dans rédilice dont Cliarles-Ouint posa la première pierre, qu'une rliapelle destinée à faire pendant au cliœur de la Circoncision. Les comptes de l'église ne laissent aucun doute à cH égard.
(le son talent pour restaurer un temple qu'il avait connu dans toute sa splendeur (•). »
Quant aux travaux du nouveau chœur, on désespéra de pouvoir les achever jamais, et ils furent abandonnés.
Telle que nous la voyons aujourd'hui, après trois incendies, deux pillages et les reslaurations maladroites qu'elle a subies, la cathédrale d'Anvers est encore un des plus beaux monuments de la chrétienté. On remplirait un volume s'il fallait réunir tous les témoignages d'admiration qui l'ont saluée de siècle en siècle. Nous choisissons de préférence, comme moins suspecte de partialité, l'opinion d'un écrivain étranger et protestant, juge très-compétent en matière d'archéologie. Voici ce qu'en dit l'illustre auteur û'Ivanhoë et de V Antiquaire :
« La cathédrale d'Anvers est un des plus vastes monuments gothiques de l'Europe. Ses hautes arcades, ses longues nefs semblent l'ouvrage de demi-dieux, tant l'art et le travail surpassent tout ce que les temps modernes ont produit. »
Nous n'avons pu qu'indiquer les constructions les plus importantes qui s'élevèrent à Anvers sous le règne de la maison de Bourgogne. Nous devrions citer encore l'ancienne église S^-Jacques, bâtie en 1413 ; l'église S^-Georges, qui subsistait depuis Tan 1200 et avait été érigée en paroisse en 1304, mais qui ne reçut des fonts baptismaux qu'en 1477 ; l'église et le couvent des Clarisses, construits entre les années 1455 et J4Gt. Il faudrait mentionner encore l'achèvement du rempart S'-Georges, et deux tours ajoutées à la porte de ce nom. Mais nous avons hâte d'arriver à un autre édifice religieux qui ne vient qu'en seconde ligne parmi les églises d'Anvers, mais
(1) p. GiîN'AUD, notice déjà citée. Nous renvoyons à cette notice pour la découverte, faite il y a (juclques années, des restes des travaux du nouveau chœur. Seulement nous ne nous expliquons pas pourquoi, dans le plan qui raccompagne, Taxe du nouveau cliœiu' forme un angle avec celui de l'église.
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que la Belgique compte au nombre de ses plus superbes monuments. Nous voulons parler de la nouvelle église de S*-Jacques.
Commencée dans les dernières années du XV*-' siècle, elle clôt dignement cette période de l'histoire architecturale de notre cité et ouvre d'une manière splendide la période suivante. Sa construction se rattache à la création des nouvelles paroisses, nécessitées par rextensiou que la ville avait prise depuis le dernier agrandissement.
Jusqu'en 1477 Notre-Dame fut la seule paroisse de la ville. Il y avait bien, dans l'enceinte des remparts, deux autres églises, S'MValburge et S'-Georges ; mais dans la première on ne pouvait administrer ni le sacrement du baptême ni celui de l'extrêmeonction ; dans la seconde il ne se trouvait pas de fonts baptismaux. Quant à S'-Jacques, quoiqu'elle portât le nom d'église, ce n'était qu'une chapelle où l'on ne faisait ni baptême, ni enterrement. Les habitants de ces quartiers s'adressèrent au Saint-Siège pour demander que ces trois églises fussent érigées en paroisses, se basant principalement sur l'insuffisance du clergé de Notre-Dame pour administrer les Saints Sacrements à une population si fortement accrue et qui augmentait chaque jour. Le pape Sixte IV prit cette demande en considération ; il chargea les abbés de S^-Michel et de S'-Bernard et le doyen de S'-Gommaii^e, de Lierre, de s'entendre avec le chapitre de Notre-Dame et le magisti^at d'Anvers pour ai)lanirles difficultés que pourrait soulever la création des nouvelles paroisses. Le chapitre de Notre-Dame y était naturellement opposé, parce qu'il y allait perdre une partie de son revenu ; mais l'intérêt des habitants l'emporta sur cette considéi^ation égoïste, et en 1479 les trois églises de S'^-Walburge, de S'-Jacques et de S^-Georges furent érigées en paroisses.
Cependant, l'église S'-Jacques était loin de répondre par son étendue à sa nouvelle destination. On résolut immédiatement d'en construire une autre, suiMe même emplacement, et l'on voulut qu'elle
ne cédât pas en beauté à l'église de Notre-Dame. Dès l'an 1478 les legs et les dons pieux affluèrent à cet effet. En 1491 on jeta les fondements de la tour, d'après les plans d'Herman De Waghemakere. « Environ six ans plus tard, en 1496—1497, le peintre Henri Van Weluwe exécuta sur panneau le projet d'après lequel l'église devait être réédifiée ; maître Herman De Waghemakere, le vieux, eut la gloire de mettre le premier la main à l'œuvre nouvelle, et il ne cessa de la diriger et d'en fournir les plans jusqu'à l'époque de sa mort, arrivée en 1505. Le conducteur des travaux de la tour et du temple était Thierry De Coffermakere, le vieux : il exerçait le métier de maçon.
« Après le décès de maître Herman, le vieux, son fils, Dominique De Waghemakere, lui succéda. En 1512—1513 nous voyons associé à ce dernier Herman le jeune, son frère. Les comptes de 1515 à 1515 ne se trouvant plus aux archives de S^-Jacques, nous ignorons si Dominique travailla encore, pendant ces années, avec son associé; ce qui est certain, c'est qu'à partir de 1516 jusqu'à 1525 exclusivement, nous trouvons le seul maître Dominique à la tête des travaux. Cela résulte de comptes de ces années, comptes dont il n'existe plus, du reste, qu'un tiers dans le dépôt de la fabrique. En 1525 maître Rombaut Keldermans, le vieux, dirigeait la nouvelle bâtisse, de concert avec son maître Dominique De Waghemakere. Adrien Spillemans était le conducteur de leurs travaux : celui-ci avait succédé à Thierry De Coffermakere, le vieux, qui était encore chef des ouvriers en 1522, et probablement encore l'année suivante... (*) »
On ne sait pas au juste en quelle année fut interrompue l'édification de la tour, les comptes faisant défaut depuis Noël 1525 jusqu'à la mi-mars 1555. A cette dernière date on n'y travaillait
(1) Théodore Van Lerius, Notice des œuvres d'art de l'église paroissiale ei ci-devant insigne collégiale de S^-Jacques à Anvers. — Nous renvoyons à rettc notice, d'une reniaiquahle exactitude, pour tout ce qui conceine les œuvres d'art renfermées dans cette église.
plus. Eu 15:25 ou mettait la dernière main au bellVoi de la tour, d'où les cloches, suivant une chronique contemporaine, se firent entendre pour la première fois le 8 juin 1526.
Quant à réglise, les travaux avaient été poussés avec vigueur jusqn'en 1525. Nous empruntons encore quelques dates à la notice citée plus haut : .< En 1505 — 1504 nous voyons encore maître Dominique De ^yag■hemakere chargé de dresser les plans de sept chapelles : cinq de ces chapelles sont commencées la même année.... En 1507 l'ut achevé le nouveau chœur ; c'était le second, mais non le dernier en date. En 1506—1507 on posa la clef de voûte de la chapelle S^'^-Anne et de celle du S^-Sacrement : cette dernière a été considérablement agrandie depuis cette époque. En 1515-1516 on travaillait au transept du côté du midi , et Josse Coen et Jean Smecaert avaient achevé la partie primitive du grand portail extérieur, encore existant. Dix-neuf autels ornaient l'église en 1524, ce qui prouve que les travaux avaient été poussés avec vigueur. »
L'interruption des travaux semble dater de 1526. En 1552 on avait repris l'œuvre inachevée. Comme à tous les édifices religieux alors en construction, la Réforme lui avait été fatale. Non-seulement la naissance des sectes nouvelles avait tari en grande partie la source des dons volontaires, mais les parties de l'édifice déjà livrées au culte, furent saccagées par les iconoclastes. Elle eut à souffrir aussi, le 9 janvier 1557, d'un effroyable ouragan qui causa de si grands dommages qu'il en coûta plus de six cents florins (Carolusguldeus) pour les réparer. A diverses reprises, notamment en 1518, en 1522, en 1556 et en 1575, la fabrique avait obtenu des octrois royaux pour l'établissement de loteries au profit de l'œuvre ; elle avait été autorisée à acquérir et à aliéner des héritages ; toujours pour le même motif, c'est-à-dire pour remédier à sa position financière, obérée par suite des énormes dépenses qu'elle s'était imposées, elle fut libérée des redevances qu'elle payait au chapitre de Notre- Dame pour les enterrements, ce qui acheva de mettre l'église
288 HISTOlllE DE LA VILLE D'ANVEIIS.
S^-Jacqiies en pleine possession de ses droits paroissiaux. Cependant la construction n'avançait guère. Tout ce que l'on pouvait faire était d'empêcher la ruine des ouvrages déjà achevés. Les travaux ne furent sérieusement repris qu'en 4602. On posa, cette année, la première pierre du grand chœur actuel. « La grande nef, occupée en 1581 par les Calvinistes, n'était point achevée à cette époque : on résolut d'en reprendre la hâtisse, et la première pierre en fut placée le 19 juin 1618. Le 13 juin de l'année suivante, on reprit la construction du transept : cette partie de l'église avait été commencée dans le siècle précédent, mais les travaux en ayant été interrompus, elle se trouvait en 1619 entièrement découverte du côté du midi. Le menuisier Jacques Verdyck fournit aux tailleurs de pierres les dessins et les modèles des fenêtres construites en ce temps-là, aussi bien dans la grande nef que dans le transept.
« La chapelle de S^-Alphonse, incorporée en 1664 dans celle du S'-Sacrement, fut bâtie en \Q^Q, dans le bas-côté méridional du chœur : les sept autres chapelles encore existantes dans le pourtour du chœur, furent élevées successivement, à partir de cette époque, jusque vers 1656.
» Enfin le XVII^ siècle vit agrandir et terminer les chapelles du S'-Sacrement et de Notre-Dame, et élever celle où se célèbrent les mariages. Il vit aussi l'achèvement du grand portail extérieur et l'édification de celui du midi. Quant au portail extérieur septentrional, c'est un malheureux legs du XVIII*' siècle ('). »
Ainsi la construction de l'église S^-Jacques dura cent soixante-dix ans. Entre le temps qui s'écoula depuis la pose de la première pierre en 1491 et l'achèvement de l'édifice dans la seconde moitié du XVIP siècle, une révolution immense s'était opérée dans l'art. Le style gothique avait été non-seulement délaissé par la Renaissance,
(1) Th. Van Lerius, op, cit,, p. 8—9.
cette sœur de la Uél'onne, mais méconnu et proscrit comme barbare. Il y a donc lieu de s'étonner que les arcbiteclcs, chargés de continuer l'œuvre dllerman et de Dominique De Waghemakere et de Rombaut Keldermans, aient eu la sagesse de respecter le plan de ces maîtres. En effet, l'église S' -Jacques appartient tout entière, sauf quelques détails d'ornementation de peu d'importance, au style ogival tertiaire, dont elle est un des plus magnifiques produits. Fort simple et, si l'on excepte la tour, à peu près dénuée d'ornements à l'extérieur, elle présente à l'intérieur le coup-d'o3il le plus imposant. On ne peut qu'admirer, dans ce vaste vaisseau, la beauté des proportions, l'harmonieuse grandeur de toutes ses parties, la largeur des nefs, l'élévation des voûtes, la savante distribution de la lumière qui pénètre partout avec tant d'abondance, et jusqu'à la sobriété élégante de sa décoration architecturale.
Notre-Dame, plus grande et d'un style plus pur, ne présente point, au même degré, la réunion de toutes ces qualités ; aussi beaucoup de personnes, à Anvers, donnent-elles à S^-Jacques la préférence sur Notre-Dame.
La tour, si elle eût pu être achevée, aurait pris rang parmi les monuments les plus élevés de l'Europe ; elle devait surpasser celle de Notre-Dame de plusieurs pieds. Le tronçon qui existe fait vivement regretter que ce projet hardi n'ait pu être mené à terme.
Parmi les travaux d'utilité publique exécutés à Anvers sous le règne de Philippe-le-Bon, il faut mentionner en première ligne le canal d'Hérenthals, destiné à conduire dans la ville, qui manquait d'eau douce, les eaux du Scliyn, et en même temps à établir une communication avec la Campine. On trouve dans les archives de Westerloo des plans et des cartes, dressés en 1440, dans le but de rendre navigables la grande et la petite Nèthe et de les relier à Anvers par un canal. Mais ce projet remontait de plus haut. Dès l'an 1431 on avait commencé à creuser le canal allant du Meir à la Tour Bleue et auquel la rue du Canal et le canal Sale
290 IIISTOIHE DE LA VILLE D'ANVEHS.
doivent leur nom. Nos annales manuscrites disent qu'en 1454 on commença à amener en ville les eaux du Schyn ; Papebroch dit que ce fut en 1459, mais il parle de la brandie qui coule aujourd'hui dans les fossés, hors de la porte de Lillo. Il ne s'agit donc pas là du canal d'Hérenthals.
Les tisserands de cette dernière ville comprirent de quelle utilité serait, pour l'écoulement de leurs produits, le canal projeté. A leur demande Philippe-le-Bon en octroya l'autorisation par une charte du 6 octobre 1462. Ceux d'Anvers en poussèrent le creusement jusqu'à une demi-lieue au-dessus de Deurne. En 1473 la ville fit l'achat d'un moulin appartenant à la dame Isabelle van Immerseel (*), et y fit construire une écluse au moyen de laquelle les eaux du Schyn (de la branche la plus considérable de cette rivière, qu'on nomme het Groote Schyn), grossies de celles de deux ruisseaux nommés de Breede Beek et de Weseîsche Beek , furent dirigées sur Anvers. Ceux d'Hérenthals ayant négligé de se mettre à l'œuvre de leur côté, les travaux en restèrent là. Pour Anvers le but principal , qui était d'avoir de l'eau douce , se trouvait atteint. La pénurie d'eau potable y était si grande à celte époque, que, dans les années de sécheresse, les bestiaux y mouraient de soif. Les eaux du canal furent distribuées entre les différentes brasseries, qui se trouvaient encore alors dans la rue des Brasseries (Kammerstraet) .
Cependant le projet de conduire le canal jusqu'à Hérenthals n'était pas définitivement abandonné. Il avait même été question de le pousser jusqu'à Moll, où se trouvaient anciennement beaucoup de fabricants de drap. La partie achevée fut désignée sous le nom, qu'elle porte encore, de canal d'Hérenthals.
Les constructions nombreuses que nous avons mentionnées et dont
(1) On trouve encore près de là quolques restes de l'ancien cliàteau-fort des seigneur: d'Immerseel.
CllAl'lTUKUriNZlKMK i'M
la plupai'l élaienl de proportions monuniciUalcs, avaient considéral)loment changé l'aspect de la ville. Essayons de nous la représenter un moment telle qu'elle était vers la lin du W° siècle.
Le Bourg demeurait toujours séparé du reste de la ville par ses épaisses murailles et ses fossés. En 1410 le duc Antoine avait fait restaurer ses remparts; on peut encore reconnaître, dans les parties subsistantes, derrière les maisons du Fossé-aux-AnguilIes, les traces de ces réparations, faites en briques. L'année suivante le duc autorisa les Anversois à se servir de la porte donnant sur le Werf pour le transport de leurs marchandises (i). En 1477, une quatrième porte fut ouverte au fond de la rue du Sac et un troisième pont jeté sur le fossé du Bourg.
Les rues nouvelles ouvertes depuis la fin du XIV*^ siècle sont généralement plus droites et plus larges que celles des autres villes au moyen-âge. Le magistrat d'Anvers avait compris de bonne heure l'inconvénient des rues étroites, tortueuses et mal aérées. Tandis qu'ailleurs, vers la même époque, chacun bâtissait sur son terrain, et même un peu sur le terrain de la ville, comme il l'entendait, à Anvers les nouvelles constructions étaient soumises à des règlements sévères. Personne ne pouvait bâtir sans en informer préalablement les éclievins ; le contrevenant encourait une amende de six gros et était condamné à démolir ce qu'il avait élevé sans autorisation. Les auvents, les façades en saillie, devaient être couverts en tuiles ou en ardoises. Dès l'an 1391 il fut défendu de couvrir les maisons en chaume; une ordonnance de l'écoutête Jean Van
(1) (Vest en ce sens qu'il faut entendre ce que nous avons dit à la page 07 de (l't ouvrage que, « la porte connnuniquant du Bourg au Werf ne fut ouverte qu'en 1111. » Cette porte doit avoir existé bien des siècles auparavant, mais le libre |)assagc n'en fut autorisé qu'à cette époque.
Le panorama de la ville, imprimé en tète du vnliunc, est la reproduction d'une copie, faite en 1505, d'un dessin exécuté vers U30, et ([ui se trouve aux arcbives de la ville.
Immerseel et des écbeviiis ordonne qu'endéans les trois ans tous les toits de chaume soient remplacés par des toits d'ardoises ou de tuiles. Il ne semble pas toutefois qu*on ait été très-sévère dans
MAISON K.\ r.OlS DU XV^ SIIX.LK,
l'application de cette ordonnance, car on voyait encore au XV''
siècle et même au XVI*' bon nombre de toits couverts en paille.
L'exhaussement des maisons au moyen d'étages surplombant les
uns sur les autres avait été un des résultats de l'accroissement
CIIMMTIU': uriNZlK.Mlv -2i>;!
de la populalion. L'aisance de la l)Oui'geoisie se lisait dans la hauteur des pignons, ornés d'arabesques sculptées, cl encadrés dans des ornements de style ogival. L'introduction du verre à vitre, l'emploi des cheminées, sont encore des améliorations introduites au XIV" siècle dans les maisons bourgeoises, et qui ne se généralisèrent que lentement. Les cheminées, auparavant, ne se rencontraient guère (juc dans les châteaux ou dans les hôtels de pierre [steenen) de la noblesse urbaine. Les bourgeois comme les manants laissaient la iumée de leur unique foyer s'échapper par la porte ou par la fenêtre dégarnie de vitres, quelquefois aussi par un trou pratiqué au comble de l'édifice.
« Au XIII'^ et même au XIV'^ siècle, dit M. Schayes ('), lorsque l'emploi du verre à vitre était encore d'un emploi fort rare dans les habitations d'un ordre inférieur, il ne devait y avoir aux maisons ordinaires qu'un petit nombre de fenêtres; plus tard, au contraire^ les ouvertures y furent très-nombreuses ; dans les maisons en bois, la façade, au rez-de-chaussée surtout, ne se composait, pour ainsi dire, que d'une seule suite de fenêtres carrées, à croisillons, et séparées les unes des autres par un simple montant en pierre ou en bois. Les vitres, découpées en losanges, en carrés à angles coupés, en ellipses et autres figures, et enchâssées souvent de manière à présenter des compartiments du dessin le plus compliqué, étaient fort petites et d'un verre épais plus ou moins opaque. »
La plupart de- ces façades, celles du moins dont l'exposition était favorable, étaient couvertes de vignes; ce qui, avec les toits de chaume, les poules et les pourceaux vaguant dans les rues, devait donner à la ville un air passablement rustique.
Au XIV*^ siècle presque chaque ménage engraissait un ou plusieurs tmrcs, alin de préparer la provision de viande salée pour l'hiver.
(I) IJistoirp de Varclùlcdure en Belgique.
Ces animaux couraient une partie du jour dans les rues, se vautrant dans la boue et fouillant de leur grouin les tas d'infimondices. Pour dinfiinuer un peu leur nombre on inséra dans le Keurboek la disposition suivante : Dorénavant aucun boulanger ni personne d'autre ne pourra tenir plus de douze porcs. Et on les fera sortir le matin avant le lever du soleil , et après le lever du soleil on les fera rentrer. Et le soir, après le coucher du soleil, on les fera de nouveau sortir pour rentrer avant la nuit, sous peine de xx s. (i) »
Nous rencontrons aussi d'excellents règlements pour la propreté des rues. Dès le XIV^ siècle il était défendu, comme de nos jours, de jeter des ordures — fumier, cendres, décombres, — dans les canaux ou les fossés, sur les cimetières, les marchés ou les rues. Tous les quinze jours chacun devait nettoyer la rue devant sa porte et enlever les immondices. Une personne spéciale était commise à la propreté des marchés et des ponts. Pour transporter les immondices hors de la ville, on pouvait mettre en réquisition les charrettes (à l'exception de celles des meuniers) appartenant aux particuliers. On leur payait une indemnité d'un sou par charrette.
Comme presque toutes les maisons étaient en bois, les incendies étaient fréquents et terribles ; en quelques heures des quartiers entiers devenaient la proie des flammes. Ce n'était pourtant pas faute de précautions ni de règlements de la part des magistrats. L'ordonnance de 1391 que nous venons de citer avait principalement pour but de parer à ce danger.
Nous avons déjà dit qu'à onze heures du soir on sonnait la cloche appelée diefUok ; c'était le signal du couvre-feu. Tous les cabarets, toutes les auberges devaient être fermés et tous les habitants éteindre leurs feux et leurs lumières. Personne ne pouvait sortir de sa maison sans une lanterne allumée, à l'exception des
(1) Corc van Aniwcrpen, art, Ivj.
CllAI'lTUE uriNZllOMK. "2'.^'^
bateliers noiivellenieiu arrivés et des ^cns de la campagne. Aussitôt que la cloclie avait sonné, les veilleurs de nuit commençaient à parcourir les rues. Ils étaient au nombre de douze, formant trois escouades de quatre hommes chacune, marchant ensemble pour plus de sûreté. Chaque (escouade avait son quartier à surveiller. Ils s'arrêtaient à chaque coin de rue et criaient pour avertir les habitants de veiller aux risques d'incendie. S'ils apercevaient quelque part du feu ou de la lumière, ils frappaient aux portes jusqu'à ce que les gens fussent éveillés.
Entre autres mesures préventives contre les incendies, il était recommandé aux brasseurs et aux boulangers de bien surveiller leurs fours. Les boulangers ne pouvaient avoir dans leurs maisons plus de cinquante fagots à la fois.
Quand on éprouvait une sécheresse prolongée, ou qu'il régnait un vent violent, les craintes devenaient plus vives, et des sergents de ville {stads-hmpen) allaient de maison en maison enjoindre aux bourgeois, par ordre du magistrat, de déposer devant leurs portes des échelles et des seaux d'eau. Lorsque le cri sinistre : « Au feu ! » s'était fait entendre, le tocsin appelait toute la population sur pied. Si c'était la nuit, chacun était tenu immédiatement, afin d'éclairer les rues et de diminuer le désordre produit par l'épouvante générale, d'allumer une lanterne au-dessus de sa porte ou d'en suspendre une à la fenêtre de son grenier. Ceux dont les maisons étaient couvertes de paille devaient étendre sur leurs toits des draps de lit mouillés ; chacun devait veiller à préserver sa maison de la chute des flammèches emportées au loin par le vent. Les boulangers et les brasseurs avaient ordre de livrer leurs tonnes et leurs seaux, pour transporter l'eau. Aux premiers coups du tocsin, ils devaient les déposer pleins d'eau devant leurs portes, avec des chaînes et des brancards pour les porter. Les ouvriers de tous les métiers étaient obligés d'accourir au plus vite pour travailler à éteindre le feu, sous peine d'amende ou même de la perte du métier.
Par suite du préjugé que « le feu attirait le feu » les boulangers avaient ordre d'éteindre immédiatement leurs fours.
Malgré ces sages mesures il était rare qu'un incendie se bornât à une seule maison. Celui de 1397 réduisit en cendres toutes les maisons comprises entre la rue de l'Empereur, le Kipdorp et la Longue rue Neuve.
Les puits publics étaient entretenus aux frais du voisinage. Ils étaient garnis d'une chaîne et d'un seau. Les pompes et les fontaines étaient encore inconnues.
Un progrès important s'était réalisé : c'est le pavage des rues. On se rappelle que le premier pavé avait été placé à Anvers en 1306. Quoique cette amélioration ait dû être vivement appréciée par les habitants, un temps assez long s'écoula avant qu'elle ne s'étendît aux principales rues. Le Meir fut pavé en 1324 , VEyendyk ou Kipdorp en 1378, le Werfen 1404, le Marché aux Bestiaux en 1415. Suivant Gramaye on ne commença à paver les belles rues de la ville agrandie, telles que la Longue rue Neuve, la rue de l'Empereur, la rue Haute, la rue des Brasseries, la rue des Tanneurs et la rue Porte aux Vaches, que vers l'an 1472. Le Marché aux Poissons, qui avait été transféré du nord du Bourg à son emplacement actuel vers 1417, ne fut pavé qu'en 1510. Avant cette époque il devait offrir l'aspect d'un véritable cloaque.
Nous aurons bientôt à signaler les progrès nouveaux que le commerce fit faire à notre, ville. Reprenons, au point où nous l'avions laissé, le récit des événements.
CHAPITHE XVf.
SUITE DE L HISTOIRE POLITIQUE ET CIVILE. - HÈGNES OE CHARLES-LE- TÈMÈRAIRE ET DE IMARIE DE BOURGOGNE. — MAXIMILIEN d'aUTRICHË GOMME RÉGENT DE PHILIPPE-LE- BEAU. — MONNAIES.
Le prince qui succédait à Philippe-le-Bon n'avait ni ses vertus politiques ni ses qualités privées. Sombre, violent, brutal et cruel, il poussait jusqu'à la démence l'orgueil héréditaire de sa race. Il s'aliéna le peuple par sa dureté, la noblesse par sa bauteur, ses amis par ses emportements, et compromit par la fougue insensée de ses passions le solide édifice si patiemment et si babilement élevé par son père. Du reste, sobre, chaste, tempérant, généreux, loyal, capable de tout dans l'excès de sa colère, excepté d'aucune chose qui ressemblât à une bassesse.
Venu à une époque où la féodalité s'écroulait, il la résuma tout entière en lui. Vassal du roi de France, il répétait qu'issu de Charlemagne, il n'avait pas à courber la tête devant les successeurs de Hugues Capet. Plus puissant en réalité que le Roi, il voulut être roi et il eût réussi, si son aveugle témérité n'eut lassé sa fortune.
Dès son début en Belgique il rencontra de vives préventions, secrètement excitées par les intrigues de l'astucieux Louis XI, jaloux et inquiet de l'extension considérable qu'avait prise dans ces derniers temps la puissance de la maison de Bourgogne. Des séditions éclatèrent dans plusieurs villes de ses états, à Gand d'abord, puis à Malines, à Bruxelles et à Anvers. La prudence et l'exemple de quelques exécutions énergiques, rétablirent ce que les tyrans appellent l'ordre ; mais nulle part l'afFection ne vint remplacer la haine et la méfiance.
Charles-le-Téméraire fit son entrée à Anvers, à la lueur de mille flambeaux, dans la soirée du 5 septembre 4467. Par le luxe de sa toilette, il semblait vouloir éclipser le faste déjà si grand du duc son père. Il portait, par dessus son armure d'argent ciselé, un manteau brodé, parsemé de tant de perles, de rubis et de diamants qu'il fut évalué à plus de deux cent mille couronnes; son cheval était couvert d'un caparaçon de drap d'or violet ; les harnais et les brides étaient de cordouan rouge. Selon la coutume des princes, il alla loger à l'abbaye de S'-Michel, où l'attendait un triste souvenir. Sa femme, Isabelle de Bourbon, y était morte deux années auparavant, et y attendait encore un tombeau qu'elle ne reçut que plus tard, après la mort du Téméraire, de la piété de sa fille Marie.
Le lendemain, 6 septembre, eut lieu la cérémonie d'inauguration. Sa charte de joyeuse entrée reproduit à peu près les dispositions de celle de Philippe-le-Bon ; elle ne contient rien de particulièrement important pour Anvers ; mais les Anversois durent lui savoir bon gré de l'article V, qui institue en son absence un Conseil et un Chancelier de Brabant, et de l'article VII, qui stipule que tous les membres de ce Conseil devaient être nés Brabançons et posséder la langue tkioise ou flamande.
Durant les dix années de son règne orageux, ce prince n'eut personnellement que peu de relations avec notre ville. Notre histoire intérieure se borne à quelques démêlés avec les Hanséates, relatifs aux péages de l'Escaut, et à l'institution des ofiices des Chefs-hommes et
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des Quartin'wrs [Ikwfdmamwn dcr poorterij, Wylnnecslcrs), doiiL nous avons parlé ailleurs, et des examinateurs {Kcurders), dont les fondions étaient à peu près celles de nos visiteurs de douanes. Ils élaient au nombre de trois. Cet oUiee, gênant pour le commeree, ne tarda i)as à être supprimé.
Au moment où les institutions communales entrent dans leur période de décadence, à Anvers elles semblent prendre un caractère de plus en plus démocratique. Jusqu'en l'an 1470 les fonctions de receveurs des rentes et accises (Rent- en Accynsmeesters) avaient été exclusivement remplies par d'anciens échevins. 11 fut décidé cette année-là par le magistrat qu'à l'avenir les receveurs, qu'on commence à désigner à cette époque sous le nom de trésoriers, seraient choisis dans les métiers, de même que les trois chefs-hommes de l'accise de la bière et les trois de l'accise du vin. Ce changement se fit à la très-grande satisfaction du peuple, soit qu'il eût eu quelque motif pour enlever sa confiance aux receveurs patriciens, soit qu'il vît avec plaisir diminuer l'influence des familles échevinales.
Du reste, ce qu'il y avait de bon dans ces mesures était dû à l'initiative de la commune elle-même. Avec le caractère qu'on lui connaît, Charles n'était pas homme à s'occuper beaucoup du bien-être de ses sujets flamands ou brabançons. Il ne les prisait qu'à cause de leur richesse, mais il les détestait pour leur fierté et leur turbulence. 11 regrettait que les opulents bourgeois de Bruges et d'Anvers ne fussent pas taillables à merci comme les vilains de ses domaines féodaux de la Bourgogne. Mais à chaque demande de subsides, à chaque taxe nouvelle qu'il essayait de mettre sur les marchandises, ils avaient l'insolence de se récrier et d'invoquer leurs vieux privilèges. Ses extorsions toujours renouvelées rencontraient de la part des villes et des états une répugnance toujours croissante. Il était rare qu'elles n'excitassent quelques tumultes ou quelques séditions et le plus souvent le sang coulait dans ces mêlées. Charles espérait un jour |)Ouvoir briser ces obstacles incommodes, faire un feu de joie
de tous ces parchemins surannés qu'à son avénenfent il avait juré de respecter, seulement par politique et par pure formalité, et, une fois qu'il aurait reconstruit le royaume de Lothaire, une fois la Suisse domptée, l'Alsace et la Lorraine conquises, il comptait bien de sa main victorieuse serrer le frein à toutes ces petites républiques indociles et tapageuses, si mal façonnées à porter le bât du despotisme. La mort ne lui laissa pas le temps d'accomplir ces beaux projets, mais cette dernière partie de sa tâche, sa fille Marie la transmettra, avec l'héritage de Bourgogne, aux princes de la maison d'Autriche. La mort de Charles- le-Téméraire, tué devant Nancy le 5 janvier 1477, à l'âge de quarante-quatre ans, entraîna pour la Belgique les plus graves conséquences. Il laissait aux faibles mains d'une jeune fille, avec son vaste héritage, l'immense fardeau des haines qu'il avait accumulées autour de lui et des innombrables difficultés qu'il s'était créées. Si misérable et si digne de pitié qu'ait été la fin d'un prince dont la puissance et la renommée avaient effacé celles de tous les rois de la terre, personne ne le plaignit, si ce n'est son généreux ennemi, le duc René de Lorraine, et, sauf sa fille, personne ne le regretta. Il avait accablé ses peuples d'impôts, sa noblesse de fatigues et n'avait montré que du mépris pour les libres institutions de ses pays flamands. Les atrocités commises à Dinant, à Liège, à Franchimont avaient laissé dans l'esprit de la bourgeoisie une profonde impression de terreur et de haine. Jusqu'à ses soldats avaient partagé ce sentiment, quoiqu'il fût le plus brillant et le plus vaillant homme de guerre de son siècle. « Le duc Charles n'aimait personne, dit l'historien des ducs de Bourgogne, sa colère était violente, mais froide, hautaine et outrageante;... tous ses peuples et tous ses soldats avaient fini par l'avoir dans une haine extrême. » Cette aversion, le peuple la reportait sur ceux qui le gouvernaient, et quand on n'eut plus à redouter les vengeances qu'il exécutait personnellement avec une si implacable férocité, elle se fit jour sans contrainte. Dans les séditions qui éclatèrent à sa mort dans presque toutes les villes de
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Belgique, 011 peul reconnaître la main peiiide de Louis XI, qui convoitait la dépouille de son redoutable vassal.
A Anvers les troubles commencèrent au mois de mars 1477. Le peuple accusait les mai;istrats d'avoir complote avec le duc de Bourgogne ranéantissement des privilèges de la commune et l'augmentation des impôts. Sa colère se tourna particulièrement contre les frères Nicolas et Pierre Van der Voordt, trésoriers de la ville, qui avaient acheté l'accise de la bière. A tort ou à raison on leur reprochait d'avoir dilapidé le trésor public, et on exigeait qu'ils rendissent un compte immédiat des recettes et des dépenses. Les métiers prirent les armes et occupèrent sans désemparer, pendant l'espace de six ou sept semaines, leurs chambres et la place de l'Hôtel-de-Ville « buvant outre mesure de la bière et d'autres boissons dont ils refusaient de payer l'accise. (') » Cependant le magistrat n'opposait à leurs réclamations insolentes que le silence du dédain. A la fin ils se lassèrent de n'obtenir aucune satisfaction ; un soir qu'il était rassemblé, ils s'emparèrent de l'Hôtel-de-Ville, firent prisonniers le seigneur de Ranst, le bourgmestre Henri Van de Werve, les échevins Jean Van 3Iechelen, Jean Schoyte, Walraven Drake; le receveur Guillaume Van Riethoven et les trésoriers Pierre et Nicolas Van der Voordt, objets particuliers de la haine populaire. Tous ces personnages furent conduits d'abord dans les chambres des métiers des merciers et des bateliers; ils furent ensuite transférés et étroitement enfermés dans la tour des Poissonniers.
Ce premier coup de main avait trop bien réussi pour que les meneurs s'arrêtassent en si beau chemin. Le lendemain ils firent de nouvelles arrestations, et pour donner à leurs violences une ombre d'équité , quelques prisonniers furent relâchés ; les autres furent séparés et enfermés dans les chambres des métiers, sous la garde des confrères des serments.
M) Bihliotheqno des aiiliquilf's hrlfjiqui's, d'après la clironiquc du notaire Bcrinjn.
302 IIlSTOlPiE DE LA VILLE D'ANVERS.
La ducliesse Marie se trouvait alors à Gand, où sévissait une révolte non moins formidable, dont furent victimes les chanceliers Hugonet et Humbercourt. Lorsqu'elle apprit les troubles d'Anvers, elle envoya dans cette ville Adolphe de Clèves, seigneur de Ravestein, et les seigneurs de Perwez et de Culembourg, avec la mission d'apaiser les révoltés par les voies de la douceur et de la persuasion. Ces seigneurs firent convoquer le peuple sur la Grand' Place et lui dirent : « Bonnes gens, notre bénigne dame Marie nous a envoyés » devers vous, non pour vous faire remettre dans le fourreau l'épée » de la justice que vous en avez tirée, mais pour vous engager » à n'en pas frapper aveuglément. Laissez aux magistrats en qui » vous avez placé ou en qui vous placerez votre confiance, le soin de » punir les coupables. Vous-mêmes, bonnes gens, devez craindre )> de vous rendre coupables de quelque délit, en portant atteinte » à vos antiques privilèges. Combien facilement cela n'arriverait-il » pas en procédant avec trop de hâte et de violence et dans le » cas où vous ne prendriez pas en considération toutes les formalités » qui doivent être observées pour la mise en jugement d'un bour- » geois d'Anvers? Et en ne respectant pas vous-mêmes vos privi- » léges, ne perdez-vous pas le droit d'attraire en justice ceux que » vous accusez de les avoir violés ? »
Les envoyés de la Duchesse ajoutèrent encore h ces paroles beaucoup de choses qu'ils crurent propres à calmer l'effervescence de la multitude et à rendre moins périlleux le sort des prisonniers. Ils montrèrent aussi des lettres de la Duchesse dans lesquelles elle intercédait pour la liberté des magistrats qu'on détenait en prison. Mais à peine daigna-t-on les écouter et les trois seigneurs repartirent pour Gand sans avoir rien obtenu.
Pendant la semaine de Pâques la révolte sembla se rallumer avec une nouvelle fureur. Le 10 avril, pendant la nuit, de nouvelles arrestations eurent lieu. Le chevalier Guillaume Van Liere, Guillaume Van ïichelt, Gérard Van Eycke, Jean Coelgenssone, Adrien Stedinck
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et Henri Van Kerckhoven furenl mis en prison; mais on ne tarda pas à les relàclicr. Le penplc demandait à grands cris le renouvellement du magistrat. II exigeait que la nouvelle Loi fut composée de membres pris par moitié dans la noblesse et dans la bourgeoisie. La Duchesse fit cette concession dans l'espoir d'obtenir la liberté des prisonniers. Jacques ^Yielan(U se fit reconnaître en qualité d'écoutète; Jean Van Halmale fut nommé bourgmestre de l'extérieur et Jean Pels, doyen du métier des bateliers, bourgmestre de l'intérieur. Or, le métier des bateliers avait été le boute-en-train de la révolte.
Leur premier soin fut d'essayer de rentrer dans les voies légales. Ils demandèrent l'élargissement des prisonniers ; mais ce fut inutilement. Au nom seul des frères Van der Voordt la multitude poussait des cris de rage et de mort. Il fallut livrer ces malheureux à la justice. Le 15 avril on les soumit à la torture ou, comme on disait alors, au rigoureux examen {scherpe examinatie). Le 21, ce fut au tour de Guillaume Van Riethoven, d'Adrien Stedinck et de Jean Van Houbraeken de subir la question. Ces derniers étaient accusés d'avoir fait augmenter l'accise sur la bière. Le 23, Van Rietboven fut de nouveau attaché au chevalet et torturé durant deux heures; mais on ne put rien tirer de lui qui pût servir de prétexte à une condamnation à mort.
Quelques jours après eut lieu le renouvellement de la Loi. La duchesse Marie avait confié ce soin à l'écoutête Jacques Wielandt et au seigneur Van Halmale. Il est facile de voir, en lisant les noms des nouveaux échevins, sous quelle influence cette liste fut composée. Pour la première fois on vit siéger dans l'échevinage des hommes pris dans les corps de métiers (•).
(1) Voici ces noms : Bourgmestre de l'extérieur : Jean Van Halmale ; bourgmestre de l'intérieur : Jean Pels, doyen des bateliers. Écbevins : Jean Van Immerseel ; Jean Pauwcls (ce dernier ayant remercié, fut renijjlacé par Henri Vermolen) ; Nicolas Happaert; Cornelis in de Roye Tonne (nom d'une enseigne : c'»'.st quelque tavernier) ; Gaultier Van der Vorst,
Ces nouveaux magistrats, quoique élus dans des circonstances extraordinaires, comprirent la dignité de leur cliarge. Ils voulurent sauver la vie aux frères Van der Voordt ; mais ils luttèrent en vain contre la soif de sang qui semblait s'être emparée du peuple. Le d'-mai, les deux malheureux comparurent devant le tribunal des échevins, au Vierschaere. Une foule d'hommes armés entouraient le siège de la justice et restèrent là depuis huit heures du matin jusqu'à trois heures de relevée. Les juges ne trouvaient pas de charges suffisantes pour prononcer une condamnation à mort contre les deux trésoriers ; mais sous l'empire de la terreur que leur causait la colère populaire, ils n'osèrent les acquitter. Ils eurent la lâcheté de les abandonner au bon vouloir du peuple, mais non pour être mis à mort; preuve entre mille que la justice cesse d'être la justice quand elle n'est point dans les conditions d'une pleine sécurité et d'une parfaite indépendance.
Trois jours après, les métiers se réunirent dans leurs chambres, au Grand Marché, et s'y constituèrent en tribunal. Comme on s'attendait à voir sortir de cette réunion une double sentence de mort, tous les magistrats s'y rendirent et supplièrent avec larmes qu'on n'ôtàt point la vie aux frères Van der Voordt. Mais le peuple voulait une seconde représentation de la tragédie qui venait de se dénouer à Gand par la mort des chanceliers Hugonet et Humbercourt. Les deux infortunés trésoriers furent condamnés, dans ce plaid populaire, à la peine capitale, et le 6 mai, sur un échafaud dressé au milieu de la place du Grand Marché, ils eurent la tête tranchée, aux cris de joie féroces d'une multitude innombrable.
Jusqu'à quel point ces deux victimes de la justice populaire étaientelles innocentes ou coupables ? Il serait difficile de le dire ; mais à voir l'insistance et l'intensité du sentiment de réprobation qui
alias Ghys, tanneur; Jacques Mennaert, pelletier-, Nicolas Boel et Jean Van der Biest, tanneurs. Les receveurs sont Jean Van Aljthen et Corneille Van de Zype.
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les accablait, il semble qu'ils portaient le poids (Tim trésor de baines, de[Hiis loni^tenips amassé contre ceux qui, à Anvers, avaient soutenu les projets libcrticides des ducs de Boiirgoi^ne.
Restait à statuer sur le sort des autres prisonniers qu'on avail, le même soir, transférés à la tour des Poissonniers. Le lendemain le receveur Guillaume Van Rietboven fut décbargé des poursuites criminelles et assigné civilement. Il fut condamné à se rendre en cbemise, ime cbandelle de cire à la main, dans la cbapelle de Smacques, au Kipdorp, où il devait demander |)ar(lon à Dieu et au peuple d'avoir mal administré les finances de la ville. Cette sentence fut exécutée; après quoi il fut ramené à la piison du Steen où il demeura jusqu'au 9 août. Alors seulement il fut rendu à la liberté. Des sentences civiles furent aussi prononcées contre Adrien Stedinck et Jean Van Houbraeken. Le 51 mai les écbevins Jean Van Meclielen, Godefroid Van der Dilft et Jean Van Ranst comparurent devant le Vierscbaere. Ils furent reconnus bourgeois de la ville, et leur affaire remise à quinzaine. Cette quinzaine se prolongea jusqu'au 5 septembre, où ils furent de nouveau conduits devant le tribunal : personne ne se présentant pour les accuser, l'écoutête ordonna leur élargissement sans caution.
L'ordre se rétablit peu à peu, sans violence. La Ducbesse ratifia les sentences prononcées pendant ces jours de trouble et accorda des lettres de grâce aux juges qui avaient compromis leurs devoiis en n'observant pas dans les procédures toutes les formalités voulues. Elle comprit que des mesures de rigueur ne ré|)areraient pas le mal accompli et ne lui ramèneraient pas l'affection populaire. D'ailleurs, ce n'était pas contre l'autorité souveraine, mais contre le magistrat que le mouvement avait été dirigé : la Duchesse agit sagement en laissant la commune se pacifier elle-même. Les derniers à se soumettre furent les merciers.
Le 16 juillet une brillante cavalcade, composée de quarante bourgeois notables et d'un grand nombre de marchands, conduilc p;ii'