COMMEUCE. — XV« ET XV 1*= SIÈCLES
Le commerce aiiversois avait beaucoup souffert, durant le temps de notre réunion au comté de Flandre, par suite de la partialité de Louis de Maele et de Philippe-le-Hardi envers Matines, de la privation des étapes du sel^ de l'avoine et du poisson, et du malaise général entretenu dans les esprits par une situation violente. Lorsqu'Anvers eut fait retour au Brabant, et surtout lorsque les étapes lui eurent été rendues, ces causes de stagnation disparurent. Les ducs de Bourgogne, s'ils ne furent pas favorables aux libertés communales, favorisèrent la liberté du commerce, en rachetant des péages, en assurant, par des saufsconduits, la sécurité des transports, en supprimant autant que possible, les douanes intérieures. C'est ainsi qu'en 1411 le duc Antoine autorisa la ville à émettre des titres de rentes viagères pour en appliquer le produit au rachat des péages sur les eaux intérieures de la Hollande et de la Zélande.
Pendant longtemps Anvers eut à lutter contre la jalousie des villes rivales, Maliues et Bruges.
Les Malinois n'avaient pas accepté comme irrévocable la décision par laquelle Antoine de Bourgogne avait tranché la question des étapes en faveur d'Anvers. Quinze jours avant l'ouverture de la foire d'automne, ils réussirent, nour ne savons par quel moyen, à faire monter considérablement sur leur marché les prix du sel, de l'avoine et du poisson, afin d'attirer ces marchandises chez eux. Cette mesure prouvait plus en faveur de l'esprit tracassier des Malinois qu'en faveur de leur bon sens, car si le haut prix des marchandises est favorable aux vendeurs, il ne l'est pas aux acheteurs, et ce sont surtout les acheteurs qu'il faut savoir attirer au marché. Quoiqu'il en soit, ceux d'Anvers se trouvèrent lésés dans leurs intérêts et, fatigués de recourir à l'intervention du prince contre les manœuvres de leurs perfides voisins, ils résolurent de se faire justice eux-mêmes. Ils firent construire à Boom un fortin, d'où ils empêchaient tous les navires de se rendre à Malines.
Ce furent alors les Malinois qui se plaignirent. Antoine de Bourgogne les invita à produire leurs titres. Ils montrèrent les chartes du duc Jean II et du comte Louis de Maele ; mais les Anversois produisirent des titres bien autrement anciens, nombreux et concluants. Antoine leur donna pleinement raison et les confirma dans la possession des étapes par la charte du 28 mars 1410 (N. s. 1411) dont nous avons parlé plus haut (*). Cette charte stipulait qu'aux Anversois seuls appartenait le droit de fixer le prix des marchandises.
Un an après, Anvers et Malines étaient de nouveau en guerre. Les deux villes prétendaient, à l'exclusion l'une de l'autre, pouvoir tenir la foire de la S'-Bavon (Bamismarki). Cette fois encore le droit était du côté d'Anvers. Sa foire de la S'-Bavon était célèbre depuis près de deux siècles. Les Empereurs et les ducs de Brabant l'avaient reconnue et protégée. Cependant les Malinois furent soutenus par Philippe de Charolais, fils de Jean-Sans-Peur, qui, en l'absence de son père, gou-
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voniait lu Flandre. Il lit publier une défense ù tous les Flamands de vendre ou d'acheter à la foire d'Anvers, sous peine de conliscalion de leurs biens et de trois années de bannissement des états de Bourgogne.
Les Anversois, de leur côté, obtinrent d'Antoine de Bourgogne un sauf-conduit particulier pour tous ceux qui se rendraient à leur foire. Dans le cours des hostilités entre les deux villes, ceux d'Anvers avaient capturé deux navires, chargés de laines anglaises, en destination de Malines. Jean-sans-Peur, excité par les Malinois, fit saisir dans toute la Flandre les marchandises et les crédits appartenant aux Anversois, jusqu'à complet paiement par ces derniers des dommages occasionnes à ceux de 3Ialines.
Entin les deux souverains bourguignons, s'apercevant que toutes ces mesures violentes ne faisaient que nuire à la prospérité de leurs états, sans amener une solution, résolurent d'en linir une fois pour toutes avec cette question des étapes et des foires. Ils nommèrent une commission mixte, pour examiner à fond l'affaire. Comme toutes les commissions, celle-ci traîna en longueur, jusqu'à ce que l'empereur Sigismond évoquât directement le débat devant lui. D'abord, abusé par de fausses informations, il donna raison à Malines; mais bientôt, mieux renseigné, il confirma Anvers dans la possession des étapes et de ses deux foires, déclarant nuls tous privilèges et octrois impériaux antérieurs à cette date (21 janvier 1415), et contenant des dispositions contraires. Pour contenter les Mahnois, l'Empereur leur accorda deux nouvelles foires annuelles, la première le lundi avant la Purification, la seconde le lundi avant la fête de S^-Jacques.
Nous avons rapporté ces débats relatifs aux étapes et aux foires, parce qu'ils nous prouvent quel grand prix Anvers attachait à ces marchés. C'est que les étapes monopolisaient, pour ainsi dire, sur son marché le commerce de l'avoine, du sel et du poisson. Les foires étaient l'occasion des transactions les plus nombreuses. Leur importance, déjà très-considérable s'accrut encore, dès que la possession en
fut irrévocablement garantie à Anvers, « Les marchands de toutes les villes environnantes, disent MM. Mertens et Torfs, s'en réjouirent, car tous avaient plus ou moins intérêt à fréquenter nos foires, parce qu'ils étaient assurés de pouvoir s'y fournir de toute espèce de marchandises, ou d'y trouver des acheteurs pour leurs propres denrées. »
Ce fut surtout quand Philippe-le-Bon eut réuni sous une même domination toutes les provinces des Pays-Bas, que nos foires devinrent plus brillantes. Les hostilités de ville à ville, de province à province, avaient cessé. Les routes étaient devenues plus sûres ; le brigandage et la piraterie étaient efficacement réprimés; les marchands jouissaient d'une protection puissante ; le marché intérieur s'était agrandi de toutes les possessions de la maison de Bourgogne. Sans doute, en protégeant le commerce anversois, Philippe-le-Bon agissait par intérêt personnel, car Anvers était pour lui la poule aux œufs d'or : mais nous ne pouvons lui en faire un reproche, car le véritable intérêt des princes est toujours celui de leurs sujets.
Il faut rendre aux ducs de Bourgogne cette justice : leur politique commerciale fut aussi libérale que les idées du temps le comportaient, et conforme à la politique traditionnelle des comtes de Flandre et des ducs de Brabant. Elle consistait à laisser aux marchands la plus grande liberté possible; à accueillir tous les peuples avec une faveur égale ; à faire en sorte que le commerce ne souffrit pas des démêlés internationaux, que la guerre même le respectât ; à n'user qu'avec la plus extrême réserve des monopoles, des restrictions, des prohibitions, des droits différentiels, de toutes ces protections trompeuses qui ne s'adressent qu'à quelques privilégiés au détriment du plus grand nombre. Leur principe fut celui de la libre concurrence.
C'est qu'Anvers était surtout un marché, c'est-à-dire un terrain neutre où les marchands de tout pays et de toutes religions devaient se rencontrer dans des conditions de parfaite égalité, et sous la garantie d'une protection aussi impartiale qu'efficace. C'est l'idéal que réalisèrent nos foires. Elles furent le véritable véhicule du commerce, et
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le représenlèienl presque loul entier jusqu'au nionieiit où la découverte de l'Amérique et de la route aux Indes par le cap de Bonne-Espérance vint changer sa direction et donner au commerce maritime une impulsion nouvelle. Nos relations directes avec les pays éloignés n'avaient qu'une importance secondaire. Les Anversois préférèrent toujours aux hasards des expéditions lointaines, les profits plus modestes, mais beaucoup plus certains, réalisés sur des marchandises importées par les navigateurs des autres pays. La part des Anversois dans ce grand mouvement d'affaires était d'ailleurs assez belle. Ils profitaient d'abord du séjour prolongé dans leur ville de cette masse d'étrangers, dont les dépenses étaient proportionnées aux gains qu'ils réalisaient ; ensuite, ils demeuraient maîtres du marché intérieur. Le courtage, la commission, le change, l'emmagasinage leur procuraient d'autres bénéfices, tandis que la ville et l'état profitaient des droits de grue, de pesée, d'entrepôt, des tonlieus et des impositions de diverses natures. La population ouvrière trouvait en même temps un travail lucratif dans les transbordements et les transports de cette immense quantité de marchandises.
Outre les saufs-conduits généraux accordés à tous ceux qui se rendaient à nos foires ou en revenaient, et les privilèges de la franchise foraine, Philippe-le-Bon délivra des saufs-conduits spéciaux aux marchands des différents pays : aux Français et aux Orientaux en 1437 ; en 1452 aux Vénitiens. Les Anglais et les Hanséates en possédaient depuis longtemps. Il en accorda de même aux villes maritimes de la Hollande et de l'Allemagne.
Le second dimanche avant la Pentecôte, et le second dimanche après l'Assomption, la proclamation de la franchise foraine était faite, au son de la trompe, au nom du duc de Brabant et du magistrat d'Anvers, du balcon d'une maison située en face de l'Hôtel de ville, par l'officier de l'Amman nommé la Petite-verge. Sa durée légale était de quatre semaines; mais le samedi avant qu'elle n'expirât on annonçait, avec la même cérémonie, une prolongation de quinze
jours. (•) Étaient exceptés des privilèges de la franchise foraine, les rebelles au Duc, les ennemis de la ville, les contumaces et les bannis.
Ces foires anversoises étaient dans un rapport très-étroit avec la navigation et l'industrie. Les marchands étrangers choisissaient cette époque pour importer les productions des pays éloignés; les fabricants anversois et brabançons, pour écouler leurs produits. De toutes les villes et bourgades du Marquisat, du Brabanl, du Limbourg et du pays de Liège (et même de la Flandre, malgré l'importance du marché de Bruges), on voyait venir les drapiers, les chaussetiers, les cordonniers, les fabricants de tapis, les tisserands, les armuriers, les fourreurs, qui venaient échanger leurs draps, de qualités et de couleurs si variées, pour lesquels l'Europe entière était alors tributaire de la Belgique, les fines toiles, les chausses, les gants, les selles, les harnais, les habits fourrés, les velours, les riches tapisseries et les armes de luxe, contre les laines, les cuirs, la soie, le lin, les bois précieux, le nacre, les couleurs, les métaux et d'autres matières premières, importés par les Anglais, les Vénitiens, les Hollandais, les Allemands et les Hanséates.
Beaucoup de ces opérations se faisaient par voie d'échange direct, pour éviter la perte du change sur les monnaies, et parce que la quantité d'argent monnayé, alors en circulation, était loin de représenter la valeur globale de toutes les marchandises. Toutes les petites industries locales des villes avoisinantes y trouvaient un large débouché, et les fabricants de tous les pays y trouvaient ce sujet d'études et de comparaisons instructives qu'offrent aujourd'hui nos expositions universelles. Il est inutile d'ajouter que, de tous les points du pays, particuliers ou marchands qui avaient quelque affaire à traiter àAnvers, s'y rendaient de préférence à l'époque de la foire.
Ainsi, deux fois l'an, à la Pentecôte et à la S'-Bavon, Anvers offrait
(1) Rechten en Costuymen van Antwerpen, titre XLIX. Le titre L traite de la foire aux chevaux.
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Hoiidant six soniainos, un spectacle d'une animation extraordinaire, dont on ne trouverait plus d'exemple aujourd'hui en Europe qu'aux célèbres foires de Leipsig et de Nijni-Novogorod. C'était grande fête surtout i)0ur les hôteliers, les rôtisseurs, les taverniers, les marchands de vin, et pour toutes les petites Industries interlopes qui s'exercent avec fruit partout où abondent les étrangers.
Depuis des siècles la foire se tenait sur le cimetière de Notre-Dame et dans les rues avoisinantes. Certaines marchandises se groupaient, l)ar coutume ou par privilège, en des endroits particuliers, d'où le marché aux Gants et le marché aux Souliers ont retenu leurs noms. Les joyaux, les objets d'or et d'argent étaient exposés dans le cloître du couvent des Dominicains. Le chapitre de Notre-Dame, auquel appartenait le cimetière, retirait de fort beaux bénéfices de la location des échoppes et des emplacements. Il avait bien soin de stipuler, chaque fois qu'une nouvelle communauté religieuse s'établissait en ville, qu'elle ne pourrait laisser stationner les marchands sur son terrain.
Le chapitre fit construire, en d460, une galerie en bois, entourant un espace carré, sur le modèle des cloîtres qui, dans certains couvents, entouraient le cimetière et servaient aux processions intérieures. Ces cloîtres portaient le nom de Pand. Ce fut aussi le nom que le chapitre donna à ses galeries, destinées à servir de bazar, pendant la foire, pour les livres, les gravures, les tableaux, et les ouvrages de fine n)enuiserie. Les rues nommées Lange et Korte Pand straet, en ont retenu leur nom flamand, fort improprement traduit par Courte et Longue rue du Gage (i). Elles furent percées en 1560.
L'imi)ortance de notre foire aux chevaux était allée aussi en augmentant. En 1427 la ville avait fait construire une vaste écurie qu'on appela den Roskam, et où chacun pouvait placer gratuitement ses
(i) On a commis dans la tiaduction de rc nom la môme bévue que pour la rue des Brasseries, Cammer&iraet, dont on a fait rue des Peignes. Pand est un vieux mot llamaud qui -ii'.nilie ffulrric Vund slract signifie donc rue de la Galerie.
chevaux. L'ouverture de cette foire était accompagnée de la cérémonie suivante :
« Le samedi avant la Pentecôte, à onze heures avant midi, comparaît l'Amman de cette ville, avec deux échevins de la Loi, et l'Officier de la Grande-verge ayant sa baguette à la main, au marché aux Chevaux, près du comptoir ('), à la place ordinaire où, (après que la trompette aura été sonnée deux fois par la Petite- verge, un des massiers, l'huissier ou l'un des serviteurs de l'Amman) la Grandeverge demande publiquement à l'Amman, de la part du duc de Brabant, s'il peut arrêter tous les chevaux qui se trouvent au marché ou qui y viendront encore, avec défense à tout le monde d'acheter ou de vendre lesdits chevaux, jusqu'au temps où cet arrêt sera levé; le tout sous peine de l'amende stipulée, savoir de soixante réaux d'or de 18 sous chacune, chaque sou valant 5 gros de Brabant.
Après cela les deux échevins annoncent qu'à la requête de l'Amman, ils autorisent la Grande-verge à mettre arrêt, au nom du duc de Brabant, sur tous les chevaux qui se trouvent au marché ou qui y viendront encore, avec défense etc. comme ci-dessus.
Après quoi la Grande-verge annonce à haute voix, de la part du duc de Brabant, qu'il met arrêt etc. comme ci-dessus p). »
Cet arrêt était levé, avec le même cérémonial, le mercredi après la Pentecôte, à sept heures du matin. Pendant ces quatre jours, le Duc seul, c'est-à-dire le Souverain ou ceux qui avaient sa procuration, pouvaient acheter des chevaux, pour lui ou ses bandes d'ordonnance.
La sagesse de notre législation commerciale, la tranquillité que notre ville sut conserver au milieu des troubles violents qui agitaient les autres pays, jointes à l'excellence de notre port, eurent pour résultat non seulement d'attirer les marchands étrangers sur notre marché,
(1) Toofj, en tlaiiiand. C'était rondroit où se faisaient les payenienls. (ii) Rechtf.n en Costuymen van Amw-erpen, titre L. '0^ I, Il et JIL
CIlAinTIlE l)l\-liHTlKME. :U0
mais de les engager à venir se fixer h Anvers. Nous ne parlons pas de ceux qui n'y faisaient qu'un séjour temporaire et qui conservaient leur nationalité en s'y constituant sous forme de Nations, mais de ceux qui s'y établissaient définitivement, comme avait fait Pierre Pot, et devenaient citoyens d'Anvers. En 1444 toute la gilde marchande de Middclbourg vint s'établir dans nos murs. Les guerres suscitées en Zélande par Jacqueline de Bavière, la guerre civile des Hoeks et des Cabelliauws, l'insurrection de Bruges contre Philippe-le-Bon, en 1437, déterminèrent beaucoup de marchands de la Zélande et de la Flandre à émigrer pour Anvers avec leurs biens, parce que nulle part ils ne trouvaient un séjour plus tranquille et plus avantageux.
Une ville surtout semblait fatalement prédestinée avoir ses éléments de prospérité transportés à Anvers : c'était Bruges. Chaque pas qu'elle faisait dans la voie de la décadence était marqué par un progrès chez sa rivale. A Bruges, les excès d'une démagogie turbulente effarouchaient les marchands, qui trouvaient à Anvers sécurité et repos ; ils indisposaient encore plus les souverains, qui tenaient compte à Anvers de l'esprit d'ordre de ses habitants et de la prudence de ses magistrats. Ce qui porta à Bruges le coup le plus funeste, ce fut la grande insurrection de 1488 contre Maximilien. On sait que les révoltés poussèrent l'audace jusqu'à se saisir de la personne de l'Archiduc et à l'enfermer, gardé à vue, dans la prison du Cronenbourg. Durant ces troubles, qui durèrent quatorze mois, les marchands étrangers, au lieu de s'arrêter au port de l'Écluse, avaient remonté l'Escaut jusqu'à Anvers, où ils avaient appris à connaître la supériorité de notre port, et les nombreux avantages que présentait notre marché. L'empereur Frédéric III mit les Brugeois au ban de l'Empire, et Maximilien lui-même, violant un serment arraché par la contrainte, fit cruellement expier à toute la Flandre les outrages qu'il avait reçus. Le commerce, de plus en plus effrayé, continua d'émigrer et de prendre la route d'Anvers. En vain Maximilien, revenu à la clémence, essaya-t-il de relever Bruges par des arrangements avec la ligue Hanséatique. La Hanse elle-même, l'un
des agents les plus puissants du commerce étranger, devait liiiir par transporter ses comptoirs de Bruges à Anvers.
Les Flamands crurent, par un nouvel acte de violence, pouvoir empêcher ce résultat de leur esprit turbulent. Ils contestèrent la libre navigation de l'Escaut occidental aux navires qui se rendaient à Anvers. Les Brugeois, aidés des Gantois, firent construire un fortin sur la digue nommée Kloppersdyk, aux environs de Calloo ; ils le munirent de soixante pièces de canon, et de là forcèrent tous les navires à payer un droit. Les Anversois résolurent de les chasser de ce poste. Les Malinois, également lésés dans leurs intérêts, leur offrirent leur assistance. Mais avant d'agir, ceux d'Anvers jugèrent prudent de mettre leur port à l'abri d'une attaque de la part des Flamands, par la construction d'un fort sur la digue d'Austruweel. De son côté Maximilien leur envoya une troupe de soldats, qui se joignirent à notre milice communale. L'expédition fut mise sous fie commandement de l'écoutête Jean Van Banst, seigneur de Cantecroy. Le succès fut aussi rapide que complet. Au bout de cinq ou six jours les Anversois rentrèrent triomphants dans leurs murs, après avoir détruit de fond en comble la forteresse flamande.
Cette victoire, en apparence peu importante, fut accueillie à Anvers comme une faveur divine. L'image de S*-Georges, patron de nos Serments, fut promenée processionnellement par la ville, et l'on résolut de célébrer par des réjouissances annuelles, un événement que l'on regardait comme un avantage décisif remporté sur Bruges, notre rivale. C'est là l'origine de l'ancienne kermesse paroissiale de S'-Georges.
Les peuples étrangers qui au XV" siècle avaient leurs comptoirs à Anvers et des résidents désignés sous le nom de Nations, étaient les Anglais, les Allemands, les Hanséates, les Italiens et les Portugais.
Les plus anciens sont certainement les Anglais. Comme ils fournissaient la matière première de la principale de nos industries, la fabrication des draps, ils avaient toujours été accueillis avec une faveur d'autant plus grande qu'ils emportaient, en retour, de nos produits