‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 82 sur 108 · HALLE AUX VL\NDF.S · texte numérisé non relu

HALLE AUX VL\NDF.S

étages supérieurs. Les fenêtres au rez-de-chaussée, au nombre de six sur chacun des longs côtés, de deux sur les façades à pignons, sont en ogive, divisées par des meneaux flamboyants. Celles de l'étage

CIIAriTI'vK mX-NKl VlIvMlv :!Hr.

supérieur sonl earrées, divisées |)ai' uue croix de pierre. Les peliis eôlés, leruiiués en pii;ii()ns à t^radius, prcsciileiil plusieuis raiii^s supei'posés d'ouverlures de celle dernière espèce. Le c(Mé occidental de rédilice repose sur une voûte en anse de panier, jetée au-dessus du fossé du Bouri^-.

11 est évident, d'après la situation de cet édifice, que l'on avait renoncé coiiiplèteiiient à l'entretien du Bourg. Ses murailles, à l'intérieur, étaient devcnnes inaccessibles à cause des maisons qui s'y a|)puyaient. A l'extérieur elles tombaient en ruines ; et les fossés, dès longtemps envasés, étaient desséchés et ne servaient plus qu'aux ébats des enfants et des pourceaux. En 1516, la ville autorisa les particuliers à bâtir sur les murailles et dans le fossé même, en ne réservant au milieu qu'un passage, devenu une rue qui porte encore le nom de Fossé du Bourg. Les murs de la vieille fortei^csse saxonne, abandonnés de l'état et de la ville, disparurent, englobés dans des propriélés particulières, où l'on en retrouve encore des restes considérables.

La prison du Steen, qui depuis le XIII*' siècle était adossée aux murailles du Bourg, fut rebâtie en 1520. C'est de celte époque que datent les pignons en escaliers qui couronnent les tours du côté du marché aux Poissons, et la porte d'entrée, surmontée des armes de Bourgogne et d'Espagne, que nous avons reproduite dans la gravure page 22.

Quelques maisons des Corporations, remarquables par l'élégance et la richesse de leur architecture, fuirent aussi reconstruites à cette époque de prospérité générale. Nous ne citerons que la maison de la Vieille- Arbalète, Crand'Place, bâtie en 1513. Le pignon était surmonté autrefois de la statue équestre de S*-Georges, patron du serment. On remarque du même côté celle du Vieux serment de l'Arc, dont une partie de la façade conserve quelques traces d'architecture ogivale; le reste a été maladroitement modernisé. Les autres maisons des Serments et des Corps de métiers, toutes situées sur la Crand'Place, ont été reconstruites au XVIT ou même au XVIII^ siècle.

380 HISTOIRE DE LA VILLE D'AiNVEIlS.

Plusieurs nouvelles rues furent percées au commencement du XVh siècle. Nous citerons la rue du Vieux Poids vers le Coppenliol, à l'endroit appelé maintenant Bourse Anglaise, percée en 4500; la rue de l'Étang, Vernie straet, dont on a fait depuis rue de Vénus, en 1502 ; les rues de l'Amman, Jean Van Lier et du Patenôtre, en 1508; la rue Hoclistetters en 1528.

Le nombre toujours croissant des personnes qui se rendaient deux fois par jour à la Bourse, située rue aux Laines, avait depuis longtemps fait sentir la nécessité d'un lieu de réunion plus commode et plus vaste. Les marchands réclamaient auprès de la ville ; ils se plaignaient surtout de sa situation au milieu d'un tas de ruelles étroites et sombres, où il était souvent dangereux de passer, surtout le soir. En 1531 la ville acquit l'hôtel de la famille Van der List et y fit construire le magnifique édifice dont la perte récente fait encore saigner le cœur de tous les amis des arts. Quoique présente à toutes les mémoires, et cent fois reproduite par la gravure, la Bourse d'Anvers jouit d'une telle célébrité que nous ne pouvons nous dispenser d'en donner la description, d'autant plus que nous ne ferons que consacrer un souvenir.

Elle consistait en une cour quadrangulaire de 51 mètres et demi de longueur, sur 40 mètres de largeur, autour de laquelle régnait un portique large de six mètres, à voûtes surbaissées et formé de trente-huit colonnes cylindriques en pierre bleue. Les colonnes, d'un très- faible diamètre, à bases octogones et à fûts couverts d'ornements sculptés, d'un dessin qui varie pour chaque colonne, portent quarante-quatre arcades cintrées et trilobées comme celles de la vieille bourse. Ce portique est surmonté d'un étage très-simple, percé au siècle dernier d'une suite de fenêtres carrées, et qui, intérieurement, formait une galerie bordée de boutiques et recevant le jour par le haut. On pénètre dans la cour par quatre entrées placées au centre des quatre faces et composées chacune de deux arcades pareilles à celles du portique.

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A rexiérioiir du bàlimcnl s'élèvent, aux deux côlés opposés, deux tours, l'une ronde, l'autre octogone, (i)

Commencée le li juillet i5ol, la Bourse était achevée avant la lin de l'année suivante. Selon toute probabilité, le plan lut fait par maître Dominique de \ya2;liemaekere, Tarcbitecte des tours de S'-Jacques et de Notre-Dame, alors architecte de la ville. Les travaux furent entrepris par les frères Adrien et Pierre Spillemans. On assure que ce bâtiment coûta à la ville trois cent mille couronnes d'or, ce qui équivaut à trois millions de notre monnaie. Soit que, dans l'origine, la nouvelle Bourse ne fût pas du goût des négociants et gens d'affaires, soit qu'il leur en coûtât de changer une vieille habitude, il fallut une ordonnance du magistrat pour les faire déloger de leur ancien local.

Cette nouvelle Bourse fut incendiée le 24 février 1581. Un feu mal éteint, dans une des échoppes de la galerie supérieure, amena ce désastre. L'embrasement général fut si rapide qu'en moins de temps qu'il n'en faut, disent les chroniqueurs du temps, pour réciter trois miserere, les quatre coins étaient en feu. C'est exactement ce qui se reproduisit dans la soirée du 2 août 4858.

On ne jugea pas alors comme aujourd'hui qu'il fallait recommencer un nouvel édifice sur de nouveaux plans : on se contenta de rétablir fidèlement ce que le feu avait détruit, et l'on fit bien, car le plan était excellent et répondait à tous les besoins. La gravure qui se trouve dans Guicciardini représente la Bourse telle qu'elle était en 1610. p)

On y lisait autrefois les deux inscriptions suivantes :

(1) CeUe dcsciiiition tcclinique est cmpninlcc à l7/?.s7o/rc de l'arcltilechire en Belgique, (te M. Schayes. On y aura rcHiarfiué une légère inexactitude : rentrée par la rue de la liourse ne se trouve pas au milieu de la façade et les deux entrées par les rues des Claires et des Israélites sont séparées par une colonne plus petite que celles du porliiiue intérieur. Ces deux dernières entrées ne furent ouvertes qu'en ir4G.

('2} Après la catastrophe du 2 août 1858 (pii délruisil la Bourse, elle eût pu facilement èlre relevée et rétablie, non telli; qu'elle était au moment de l'incendie, mais telle qu'elle élail en 1010. Personne n'v a songé. Fera-t-on mieux? Nous en doutons.

IIISTUIHE DE LA VILLE D'ANVEIlS.

S. P. Q. A. in iisiini iicgotialoium ciijuscuniquc nalioiiis ac lingua^, urhisqiie adeo sua' ornamcntum anno xM.D.XXXl. a solo exlrui. cur.

Ha;c mercatorum basilica, cum feb. die 24 anno 1581 fortuilo conflagrasset incendio, eodem anno a S. P. Q. A. reslaurata fui! : Pliilippo Sclioonhovio et Petro Alostano Coss.

LA nOl'RSE EN 1858.

Le bourgmestre Jean Van Straelen fit percer, en 1578, deux nouvelles rues à l'usage des négociants « afin de faciliter l'accès à la Bourse. » Ce sont la Courte et la Longue rue des Claires. C'est pour le même motif que fut démolie, en 1580, l'église des Beggards, afin que l'on pût tracer une rue allant de la rue Suderman jusqu'à la Bourse, en traversant le rempart S^^^-Catlierine. Cette rue a conservé le nom de rue. des Befj- (jards.

CIIAI'ITUK DIX-M'U'VIK.MK. .'{8')

La siinplioilo, la ^ramleur cl une convenance parlaile à sa destination distini^uaienl la Bourse d'Anvers, qui devint le type et le modèle des édillces du même genre qui s'élevèrent ailleurs. Guicciardini en |)arle en ces termes :

« La ville d'Anvers a vingt deux places, tant grandes que petites. La principale est celle des Seigneurs ou de THôtel de Ville. La plus belle est celle des marchands, qui est appelée la nouvelle Bourse, ayant deux tours et deux horloges, si belle et si bien appropriée à la réunion des marchands, que probablement sa pareille n'existe nulle part, étant libie du passage des chariots, de chevaux et de tout autre empêchement ; ayant de fort belles galeries et fermée de tous côtés par quatre portes. Au-dessus de ces galeries, il y en a d'autres de même grandeur bien couvertes et de tous côtés pleines de boutiques. On les appelle la galerie aux tableaux (Schildery pandt) parce qu'on y vend particulièrement des tableaux de toute espèce Disons maintenant, car c'est

chose bien digne qu'on la sache, d'où vient ce nom de Bourse qu'on a donné avec tant d'à propos à celte i)lace. A Bruges il y a une place, Ion bien située pour tous les quartiers de la ville. Tout auprès se trouve une vieille maison, bâtie autrefois par la noble famille Van der Beurse, et portant sculptées au-dessus de la porte ses armoiries, qui sont trois bourses. De cette maison, de celte famille et de ces armes, la place a pris son nom, comme cela arrive d'oi^dinaire. Et parce que les marchands demeurant à Bruges l'avaient choisie pour leur lieu de réunion, comme ils le font encore de nos jours, lorsqu'ils se transportèrent aux marchés d'Anvers et de Berg-op-Zoom, ils donnèrent ce même nom, par analogie, aux lieux où ils se réunissaient dans ces villes pour traiter de leurs affaires. Ce nom de Bourse parut à Anvers si agréable et si propre, que bientôt les Français, lui donnant un autre sens, le transportèrent à Rouen, ensuite à Toulouse, nommant ainsi certaines places, galeries et boutiques arrangées d'après la manière de ce pays (d'Anvers) |)our la commodité des marchands. La même chose a été faite lécemmenl i)ar les Anglais à Londres ; le fondateur de la

très-belle maison de là a été sir Thomas Gresham, un honorable bourgeois de cette ville royale. Lorsque cet ouvrage fut achevé, la reine Elisabeth vint elle-même à Londres, pour le voir, et s'en montra hautement satisfaite ; mais pour qu'il ne parût pas avoir été fait sur le modèle de la Bourse d'Anvers, elle l'a appelé Change Royal, défendant strictement de lui donner un autre nom. Toutefois ce nom de Bourse a eu tant de pouvoir, que l'ordre de la reine n'a pas été sulfisant pour l'empêcher, et qu'on l'appelle communément Bourse.

» A Anvers il y a aussi une place nommée Bourse Anglaise parc* que la ville l'a fait faire pour l'usage des marchands Anglais, avec de beaux portiques et galeries, en l'an 1550. (i) »

La Bourse construite à Londres par Thomas Gresham sur le modèle de celle d'Anvers fut élevée sous la conduite d'un architecte anversois que les historiens anglais appellent Henrike, ce qui n'est probablement qu'une altération de l'orthographe du nom flamand de Hendrickx. La charpente de ce bâtiment fut exécutée en Angleterre, mais sous la direction d'un charpentier anversois. Les piliers en pierre bleue furent taillés à Anvers et embarqués pour Londres entièrement achevés. La statue de la reine Elisabeth qui, avant l'incendie du Royal Exchange, en formait un des principaux ornements, fut également exécutée à Anvers d'après un modèle envoyé de Londres. (^)

L'ancienne Bourse d'Amsterdam fut également construite, en 1608, sur le plan de la nôtre.

L'église commencée par les Augustins saxons en 1514 fut achevée et ouverte au culte, sous l'invocation de S'-André, le 20 juin 1529. Elle avait été érigée en paroisse par une bulle du pape Adrien, le 14 septembre 1523. La tour ne fut achevée qu'en 1559. Elle était alors surmontée de la statue de S*-André, laquelle fut renversée par un

(1) Nous n'avons pas suivi exactement, cette fois, pour cette citation de Guicciardini, la version de Belletorest, qui nous a paru un peu trop diiîuse et obscure.

(2) Tlie life and limes of Sir Thomas rireshaiu, cité par M. Lepoitevin.

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ouragan pou do temps après. Dans la nuil du 30 mai 1755 le clocher s'écroula, par suite du peu de solidité de ses fondements. On le reconstruisit le 27 août de l'année suivante ; les bourgmestres Jean de Knyfl' et Charles Van de ^yerve, assistés de deux chanoines de la cathédrale, en posèrent la première pierre.

Cette église, d'une extrême simplicité à l'extérieur, présente à l'intérieur un vaste et beau vaisseau, dans la forme ordinaire d'une croix latine, divisé en trois nefs, sans chapelles latérales. Seulement deux chapelles s'ouvrent sur le transept, dans le prolongement des nefs latérales, aux deux côtés du chœur. Le style ogival y domine encore, mais fort sobre d'ornementation ; on sent qu'il ne tardera pas à être abandonné. La tour, carrée jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, supporte une coupole octogone, surmontée elle-même d'une coupole plus petite.

Le !'• mars 4526 l'église et la tour de l'abbaye de S^-Michel, dont nous avons parlé ailleurs, furent réduites en cendres et rebâties en

L'ancienne église du couvent des Dominicains, construite entre les années 1262 et 1271, se trouvait dans un terrain trop bas, inondé à chaque forte marée. Elle était d'ailleurs devenue trop petite, non pour le nombre des religieux, mais pour s'accorder avec les idées de magnificence qui avaient remplacé depuis longtemps l'humilité monacale. On entreprit de la reconstruire en 1540 sur un plan beaucoup plus vaste. Le sol fut exhaussé de quinze pieds. En 1571 elle était entièrement achevée. La foudre y causa de grands ravages en 1679 ; elle fut rétablie sur le même plan en 1681.

L'église des Dominicains, aujourd'hui paroissiale sous l'invocation de S'-Paul, est le dernier grand édifice de style ogival qui fut élevé à Anvers. Voici comme la décrit M. Schayes :

« Elle présente un magnifique vaisseau de 81 mètres de longueur dans l'œuvre, divisé en trois nefs par deux rangs de colonnes cylindriques à chapiteaux ornés de feuilles de chou frisé. Les bas-côtés sont

sans chapelles, et il n'y a que celui de droite qui soit percé de fencHres, toutes à meneaux flamboyants. Les fenêtres de la grande nef forment des ogives simples et sans divisions intérieures ; à leur base règne, comme dans l'église de S* -Jacques, une suite de balcons découpés en figures contournées. Le chœur, presque aussi vasle que la nef centrale, est éclairé par un grand nombre de longues et belles fenêtres lancéolées; sa voûte est surbaissée et à compartiments prismatiques, tandis que celles des nefs sont ogivales et à nervures croisées. On n'observe d'autre apparence de transept qu'au bas-côté droit une chapelle carrée, d'environ six mètres de profondeur. L'extérieur de l'église, d'une construction fort régulière mais très-simple, sans balustrades ni arcsboutants, n'offre de remarquable que le grand portail, orné avec assez de recherche dans le style flamboyant le plus tourmenté, mais dont la partie supérieure est restée inachevée ou n'existe plus. »

Quand Anvers fut devenue la principale place de commerce de TEurope occidentale, il lui fallut un palais digne de sa richesse et de son rang. Le vieil Hôtel de Ville, symbole et gardien des antiques privilèges de la commune, portait la marque des temps féodaux et ressemblait plutôt à une prison qu'au siège d'une puissante municipalité. Dès l'an 1542 le magistrat avait formé le projet de le remplacer par un édifice plus vaste et plus convenable. On avait songé d'abord à le construire sur l'emplacement de l'ancienne Halle aux draps; dans ce dessein la ville avait acheté à l'église de Notre-Dame le pâté de maisons compris entre le Grand marché, le Vieux marché aux Grains, la rue de la Mouture et le marché aux Gants ; ensuite elle les avait revendues sous la condition qu'elles ne pourraient être rebâties par les acquéreurs. Le but de cette mesure était de pouvoir racheter plus tard ces maisons lorsque leur état de vétusté les aurait dépréciées. Cette spéculation, suivant Van Caukercke, coiita à la ville une rente annuelle de deux mille florins. H paraît cependant que ce i^lan n'eut point de suite et qu'on en adopta un autre, soit parce que l'achat de ces maisons eût entraîné trop de frais, soit parce que l'emplacement fût

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jui^é trop étroit pour le bàliiiicnt colossal qu'on voulait y élever. (M

La première pierre du nouvel Hôtel de Ville fut posée le 27 févriei' 15()1, par l'écoutète Jean Van Inimerseel, en présence de l'anunan, des bourgmestres, éclievins et conseillers; le bourgmestre Rockocx posa la deuxième pierre. Corneille de Vriendl, surnommé Floris, frère du célèbre peintre Frans Floris, en avait fait les dessins et en dirigea les travaux. (-) Vers la (in de l'année 1564 il était entièrement achevé, et le 27 février 1565 il fut inauguré par une messe solennelle, suivie d'un grand banquet.

L'ancien Hôtel de Ville fut démoli et le terrain qu'il occupait vendu par la ville à des particuliers. Les maisons qui y furent construites recurent, en mémoire de l'édifice détruit, divers noms qui le rappelaient, tels que : le Gre/je, la Librairie, la Trésorerie, le Secrétariat, etc. L'emplacement du nouvel hôtel avait été empris sur le terrain même du Grand Marché, de manière que les maisons du côté de l'Ouest, qui auparavant faisaient face au Marché, se trouvèrent dans une rue nouvelle; comme elles appartenaient presque toutes à des corporations, on nomma cette rue GildenJiamerslraet.

En 1563 le magistrat obtint du roi Philippe II l'octroi d'un emprunt de 500,000 florins Carolus, en outre des 600,000 que la consti^uction de ce vaste et somptueux bâtiment avait déjà absorbés, et les dépenses allèrent encore au-delà.

L'Hôtel de Ville est le premier grand monument construit à Anvers dans un autre style que le style ogival, qui avait i^égné pendant cinq siècles dans tout l'Occident, et que la Renaissance venait de détrôner.

(1) Mertens et ToiiFS. Vul. iv, cli. III.

(2) On lisait autrefois sur une pierre tumulaire clans l'église S'-Jacques Tinscription suivante : Hier leet he(jraven den eermmen Pauwel Luijdincx, die bouivnieefiier was van dese stadtliuijse ende horse, slerf den 4- deceniher io86, ende Laureniia Iloeckx, sijn huysvrou, sterf den 30 april io9o. — Celte inscription pourrait faire supposer à tort que Luydincx fut l'architecte de la Bourse et de l'Hôtel de Ville, tandis qu'en réalité il ne fit que diriger les travaux de restauration, de la Bourse, après l'incendie du 24 février ir)81, <:t rHùtel de Ville, incendié lors de la Furie Espagnole (4 novend)re 15'()).

894 IlISTOmE DE LA VILLE D'ANVERS.

C'est un palais florentin, moins l'élégance et le goût. Il impose par sa masse et frappe par la richesse des matériaux, plus qu'il ne plait par la beauté de son architecture. Sa forme est celle d'un quadrilatère; il est entièrement isolé et revêtu extérieurement de gros blocs de pierre bleue et blanche. Le même style règne sur les quatre façades, qui se composent d'un soubassement rustique, surmonté de deux étages et d'un attique. Entre les fenêtres des étages rognent deux rangs de pilastres, d'ordre toscan au premier, d'ordre dorique au second. Sur trois côtés du monument, le soubassement est revêtu de marbre rouge, qui nous paraît sorti des carrières de Saint-Rémi. Au milieu de la façade principale s'élève un avant-corps, orné de colonnes de marbre et composé de cinq ordres d'architecture élevés les uns au-dessus des autres. Il se termine par un frontispice élevé, au centre duquel, dans une niche, était placée la statue du fabuleux Salvius Brabo, remplacée en 1585 par celle de la Vierge, patronne de la ville. Aux deux côtés du frontispice se dressent des obélisques, revêtus de lames de cuivre. Plus bas, dans des niches latérales, sont les statues symboliques de la Sagesse et de la Justice. Les écussons d'armoiries de l'Espagne, du Brabant et du Marquisat, complétaient l'ornementation de cet avant-corps, dont l'ordonnance élégante et légère contraste avec le caractère un peu massif du reste de l'édifice. Un grand aigle doré, à deux têtes, surmontait autrefois le pignon central.

L'intérieur est peu remarquable. Nous dirons avec M. Scliayes : « Les escaliers et les corridors annoncent plutôt une prison que le palais municipal d'une grande et opulente cité; il n'y a guère à citer là que la salle qui sert actuellement à la célébration des mariages, avec des portes en bronze ciselé, et la magnifique cheminée sculptée dans le cabinet de M. le Bourgmestre. »

La maison Hanséatique, dont les dessins furent également donnés par Corneille De Vriendt, fut commencée le 5 mars 1564 et terminée en 1568. La première pierre en fut posée par les bourgmestres Henri de Berchem et Jean de Schoonhoven. Cet immense bâtiment, dont la Ion-

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i;iieiir n'a pas moins de deux cent cinquante pieds sur deux cents pieds de largeur, était destiné au logement des marchands hanséates et à l'entrepôt de leurs marchandises. Le rez-de-chaussée servait de magasins; les deux étages, dont chafun oflVe, sur les grands côtés du quadrilatère trente et une fenêtres de front, contenaient ,les appartemenls. Au centre de la façade orientale s'élevait une tour carrée, ornée de deux galeries servant d'observatoire, et portant à son sommet l'aigle impérial, dont l'image se reproduisait aux quatre angles du toit et sur chacune de ses nombreuses portes. La tour a été démolie, les aigles ont disparu, mais pour le reste la maison hanséatique subsiste encore et appartient toujours aux trois villes de Brème, Hambourg et Lubbeck, seuls débris survivants de celle célèbre confédération.

Gramaye prétend que cent soixante-seize villes contribuèrent aux frais de ce superbe Comptoir, dont nous ne voyons plus, en quelque sorte, que le squelette. Les villes hanséatiques fournirent soixante mille florins ; Anvers en donna trente mille, promettant en outre de payer encore la moitié de ce qui manquerait plus tard pour l'achever, à condition pourtant que les Hanséates se chargeraient seuls de la décoration intérieure.

Les négociations de la Hanse avec le conseil et l'échevinage d'Anvers, au sujet de la translation du comptoir de Bruges en cette ville, formellement entamées en 1516, s'étaient terminées par l'accord du 9 février lo4o, par lequel la Hanse et la ville d'Anvers se promettaient réciproquement : 1" liberté du commerce ; 2° protection légale ; S"" liberté d'association et de juridiction, sauf le droit de vie et de mort réservé au souverains légitimes des parties contractantes; 4" affranchissement de presque toute espèce d'accise; 5" garantie effective de tous les privilèges hanséatiques en Brabant.

Il se passa cependant encore un long temps avant que l'on fùl d'accord sur tous les points litigieux, que l'on eût réglé les privilèges nécessaires et que l'on eût remplacé les vieux comptoirs, connus sous les noms de Moriaeii el de Hambourg (situés au vieux Marché au Blé)

.'300 IIISTOIUE DE LA VILLE D'ANVEUS.

y)ar la nouvelle et somptueuse résidence que nous venons de décrire.

En vertu d'une nouvelle convention arrêtée entre la ville d'Anvers et les Hanséates le 22 octobre 1565, la première s'engagea à payer, pour la construction de cet édifice, la somme de 30,000 carlins en six termes, et les Hanséates celle de 60,000 carlins. Cette maison serait la propriété des Hanséates, qui auraient, en outre, h proximité, une place libre pour se promener, contracter et négocier (une bourse). Pour peser les marchandises qu'ils auraient importées, on leur promit une balance spéciale ; mais toutes les marchandises qu'ils achèteraient dans la ville ou dans les Pays-Bas devaient être pesées dans la balance publique. Le conseil de la ville d'Anvers dégreva le blé et la farine des Hanséates de Timpôt ordinaire de vente et de réexportation ; il leur fit en outre d'autres concessions d'accise et de tonlieu ; il promit de leur fournir des greniers à bon marché, des ouvriers, des pilotes et des bateliers.

Les Hanséates, de leur côté, s'obligèrent à faire obtenir chez eux les mêmes avantages aux Anversois.

Si, par rérectlon d'un nouvel établissement, par le renouvellement et l'amélioration des statuts, l'ancienne domination mercantile de la Hanse avait pu être maintenue, certes elle l'aurait été ; mais déjà dans l'intervalle de 1562 à 1572 on s'aperçut que les espérances dont on s'était bercé ne se réaliseraient pas. La rentrée des sommes dues pour la construction de la nouvelle résidence souffrait de grandes difficultés. Dantzig disait que le splendide édifice, avec ses clochers, ses donjons et ses tourelles ressemblait à un palais plutôt qu'à une habitation de marchands. Aussi le Comptoir se vit-il dans la dure nécessité de contracter des dettes, qui furent en 1572 de 13,756 livres de gros ; en 1576 de 14,374 ; en 1578 de 10,340, joint à la dette étrangère, qui s'éleva à 13,000 thalers. (i)

(1) Alïmkyeu, Ilisloire du Co/npioir hanseuliquc d'Anrers. Smviorrs, t. 111, p. :2"(» cl suiv.

CllArnilE l)l\-NKl VIEMK. ;w7

Nous verrons dans un autre chapitre que la décadence de la Hanse teutoni(|ue suivit d'assez près le moment où, par rorgueillcuse construction du comptoir d'Anvers, elle semblait arrivée à l'apogée de sa splendeur.

L'expédition de Martin van Rossem, quoiqu'elle eût été déjouée par la vigilance des habitants, avait démontré à l'évidence que la ville n'était pas en état de résister à une attaque sérieuse, ni même à un audacieux coup de main. Les murailles du XIV" siècle, avec leurs tours crénelées, leurs portes massives surmontées de donjons, pouvaient être de bonne défense avant que l'invention de l'artillerie eut introduit dans l'art de la guerre une révolution radicale ; depuis lors, elles ne présentaient plus aucune sécurité. Dès l'an 1507 on avait formé le projet d'entourer les remparts d'un retranchement extérieur; mais, de délai en délai, on avait tardé jusqu'au moment où l'alerte causée par la présence de Van Rossem était venue montrer la réalité du danger. Le projet fut alors repris et reçut son exécution, en vertu d'une ordonnance impériale du 16 août 1542. Le plan des nouvelles fortifications est attribué à un italien, Donatus Boni Pellizuoli, de Bergame; probablement que Virgilius Bononiensis, auteur du plan topographique connu sous ce nom, y contribua. Le magistrat fit immé diatement mettre la main à l'œuvre. On avait eu l'occasion de reconnaître combien les habitations trop ra])prochées des remparts en entravaient la défense en masquant les opérations de l'ennemi et en le couvrant dans ses approches. En février 1545 il fut interdit de construire des maisons en dehors des murs à une distance moindre de 3,500 pieds. L'église de S'-Willebrord , où Van Rossem s'était retranché, fut démolie jusqu'en ses fondements, et vses matériaux servirent à la construction d'un épaulement destiné à couvrir la Porte- Rouge. Dans le même temps on commença à démanteler les portes de hipdorp et de S'-Georges et à les reconstruire, la première dans une antre direction, mais au même emplacement; la seconde à une cinquaiilaine de pas plus loin au sud-esl. Ces travaux, ainsi que

398 HISTOIUE DE LÀ VILLE D'ANVEHS.

le percement de la rue de la Porte S'-Georges, tracée à travers les jardins de l'hôpital S'-Élisabeth, furent conduits avec tant d'activité que le 25 novembre 1545 Charles-Quint put faire son entrée par cette dernière porte, qu'à cause de cette circonstance on nomma longtemps la porte Impériale : Keizers Poorte, ainsi que l'indiquait autrefois l'inscription suivante qu'on lisait sur sa façade intérieure :

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