‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 83 sur 108 · HANG PORTAM PRIMUS MORTALIUM INGRESSUS · texte numérisé non relu

HANG PORTAM PRIMUS MORTALIUM INGRESSUS

GAESAREAM NUNGUPAVIT DIE XXV NOVEMRRIS ANNO M.CCGGC.XLV.

Cette porte, d'un aspect monumental, est décorée extérieurement de quatre grandes colonnes doriques engagées, dans l'entrecolonnemenl desquelles est percée l'entrée unique en plein cintre. Au-dessus de l'entablement, un attique très-élevé supporte deux lions de dimensions colossales et largement ébauchés, soutenant un écusson, aujourd'hui vide de ses armoiries, qui étaient celles de l'Espagne. A droite et à gauche, dans des cartouches, se trouvaient les armes de la ville et du Marquisat. Derrière les lions deux colonnes ioniques, dont la base est baignée dans des ondes, représentent les colonnes d'Hercule ; une large banderolle court de l'une à l'autre avec la devise : plus ovltre.

Ces portes, au lieu de s'ouvrir sur le front d'une muraille plane, comme dans l'ancien système, s'ouvrent obliquement au bout d'un pont contourné et sont masquées par des bastions. L'un de ces bastions reçut le nom de Marie, en l'honneur de Marie de Hongrie ; un autre porte le nom de bastion S^-Jacques. Ils sont revêtus, ainsi que toute cette partie des remparts exécutée à cette époque, des pierres de taille provenant la plupart du démantèlement des anciennes murailles. La porte de Kipdorp et la porte Rouge, construites en 1552, présentent une architecture semblable, mais moins ornée. Le plan de Donato Boni comprenait, en même temps qu'un nouveau système de fortifications, celui d'un nouvel agrandissement de la ville. Ce fut le cinquième et le dernier. Le rempart qui s'étendait de la porte Rouge,

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le long des canaux de l'Ancre, des Vienx Lions et des Brasseurs, jusqu'à la porte nommée Jlcrman llaccxpoort (du nom d'une vieille tour située près de l'Escaut), fut reculé au nord jusqu'à son tracé actuel, aboutissant au fort S'-Laurent. L'espace compris entre les anciens remparts et les nouveaux fut désigné sous le nom de Nouvelle ville (Xieiiwstad).

Tous ces travaux furent entrepris et exécutés par un homme dont l'ingénieuse activité et l'initiative hardie ont plus fait pour Anvers que dix administrations communales successives. Nous avons nommé Gilbert Van Schoonbeke.

Le nombre des travaux publics auxquels se rattache le nom, demeuré populaire , de Gilbert Van Schoonbeke, est tellement considérable que nous ne pouvons qu'en énumérer ici les principaux. Nous prendrons pour guide un opuscule, publié par les auteurs de VHistorisch Onderzoek, etc., d'après un manuscrit conservé aux archives de la ville (1).

Les occupations de Gilbert Van Schoonbeke, dans sa jeunesse, avaient été d'acheter et de revendre des terres, des maisons et des rentes, d'affermer et de recéder des poids, des accises, des douanes et autres affaires de ce genre, dans lesquelles il avait acquis une grande expérience et une merveilleuse habileté. Ce n'était pas d'ailleurs un spéculateur ordinaire et qui n'avait en vue que son intérêt personnel, car à partir de l'entreprise qu'il fit pour la construction des remparts, il semble n'avoir eu constamment en vue que l'embellissement et l'assainissement de la ville et le bien-être de ses concitoyens. Ce qu'il réalisa sous ce rapport est vraiment prodigieux.

Par suite d'un accord fait avec la ville, lorsqu'elle fut entrée en possession des terrains destinés à la Nouvelle ville (Nieuwstad), d'une

(1) Cort verhael van de groote weldaden en beneficien door Gillehert Van Schoonbeke uen de stad Antiverpen gedaen in denjaere Onn Ileeren IMO iot denjaere iSSO, à la suite de Yllistonseh Onder^ek, p. 133,

étendue d'environ quatre mille deux cents verges, il les lit vendre au bénéfice de la caisse communale , et entreprit la construction des quais, des canaux, ponts et écluses et des bureaux de perception pour les accises.

Voyant la cherté des maisons s'accroître en proportion de la population , Van Schoonbeke comprit le parti qu'il y avait à tirer des nombreux terrains non bâtis que renfermait la ville. Il sut habilement les acquérir pour la plupart, et en peu d'années on les vit traversés par de belles rues, droites et larges, ou remplacés par des marchés ou des édifices publics.

La première propriété qu'il acheta semble avoir été un grand terrain vague nommé Raemhof, (i) à travers lequel furent tirées les rues du Roi et du Prince. En face de la première il perça la rue d'Hobokeu, vers Tan 1543.

11 acheta ensuite les terrains appelés Houblonnière, où il traça la rue de ce nom et celle nommée aujourd'hui rue OUo-Venius, autrefois Vuilnisstraet.

La rue des Lombards fut tracée à travers une propriété nommée les Vieux Lombards. Van Schoonbeke avait projeté aussi de la continuer jusqu'au Marché aux Souliers ; mais ce ne fut qu'en 1582 que l'abbaye de S'-Bernard donna l'autorisation de traverser les terrains dépendants de son Refuge (^). C'est alors que fut percée la rue nommée Pont S^-Bernard, aujourd'hui rue S^-Bernard.

L'abbaye de Baudeloo possédait aussi à Anvers un Refuge, à travers lequel il traça la rue des Juifs, et la rue du Canal, aujourd'hui rue Rubens.

Il acquit en 1547 l'hôtel de la famille Van Spangen, sur l'emplace-

(1) Ainsi nommé des châssis {yamen) sur lesquels les teinturiers faisaient séelier leurs étoifes.

(2) On sait que Tliùtel actuel du Gouvernement provincial, ci-devant Évèclié puis Pi'éftHture, occmpe l'emplacement de l'ancien refuge de l'aJjhaye de S'-P.ernard.

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ment cliK|iiel l'ut dabli le Marché du Vendredi, qu'il relia aux rues voisines par les rues du S^-Esprit, du Faucon, du Lion, de la Montagne, la ruelle du Soleil (Zonslraetje) et le Ciddenbrug.

Il acheta de l'abbaye de S^-Micliel de grands terrains vagues dans lesquels il établit en 1544 des magasins pour les matériaux de la ville et les instruments de guerre (ce que Ton appelait den EecklioJ',)oi fit bâtir les rues avoisinantes nommées liet Sclielleken, het Steegshe et. Blauwboterhamstmet. En 1547 il acheta de la ville l'ancien Eeckhof, qui se trouvait aux environs du couvent des Récollets. Au milieu de cet emplacement il fit construire le Nouveau Poids et percer les rues appelées d'abord du Nord, de VEst et de VOuest, aujourd'hui rues de la Lunette, du Navet et de la Corne {Bril-, Raep- et IJoornstraet) ; puis tout le carré du Nieuwen Moriaen, avec une partie de la rue de Vénus.

Le Nouveau Poids de la ville fut inauguré le 42 mars 1548 par les Hanséates, qui y pesèrent une partie de chanvre.

Les étages de cet édifice furent destinés à des festins de noces, qui se célébraient alors avec beaucoup de luxe, et pour lesquels les habitations bourgeoises possédaient rarement des salons assez spacieux.

Par acte du 30 septembre 4551, la ville avait acquis de l'hôpital S'"-Élisabelh une partie des vastes prairies appelées Gasthuisbeemden. On y transporta en 1552 les jardins des Serments de l'Arc et de l'Arbalète, dont les anciens locaux furent vendus à Van Schoonbeke. En même temps il acquit l'hôtel de la famille d'Aremberg. Sur ces terrains il fit construire des galeries destinées aux boutiques de tapisseries (rapî55î>rs/?fl?îf/, à l'emplacement du théâtre royal actuel), derrière lesquelles il établit le nouveau Marché aux Grains (Brabandsche Corenmerkt), et lit tracer tout autour les belles rues d'Aremberg , de Floris, (•) des Fleurs, de l'Orgue et de la Cave. Dans le môme temps

(I) La rue d'Arcmljerg ne s'étendait que de la rue de l'Hôpital aux Quatre -Vent h, d'où sa continuation jusqu'au Canal sale se nommait Florhdrucl, du nom du célèbre peintre

la ville, pour favoriser l'entreprise de Van Schoonbekc, fit tracer une rue qui conduisait de la rue des Tanneurs à la galerie des Tapissiers (aujourd'hui Place du Spectacle).

Il acheta de l'écoutête Guillaume Van de Werve, Marcgrave du Pays de Ryen, un grand domaine, situé hors de la ville et nommé Hofter Beke, comprenant seize cents verges de terrains vagues, à travers lesquels il fit tracer de larges et belles avenues, plantées d'arbres, qui furent désignées ensemble sous le nom de Marcgrave lei, Avenues du Marcgrave; le reste des terrains fut mis en lots et revendu. Les riches négociants s'empressèrent d'en acheter pour y construire des maisons de plaisance. La principale et la plus longue de ces avenues a conservé le nom primitif: une autre, continuée aujourd'hui jusqu'à la chaussée de Berchem, a reçu, en mémoire du fondateur, celui de rue Van Schoonbeke.

Ce fut aussi Van Schoonbeke qui construisit toutes les maisons, formant aujourd'hui le côté sud de la Grand' Place, et situées autrefois dans la rue de la Lune, qui passait derrière la Halle aux Draps et l'ancien Hôtel de Ville. Il fit voûter le canal, reste des anciens fossés, qui longeait cette rue.

Afin de permettre aux particuliers de bâtir dans les conditions les plus avantageuses, il s'occupa de leur faire obtenir les matériaux de construction au plus bas prix possible. Charles-Quint l'encouragea dans ses vues généreuses et lui vint en aide. Il lui concéda deux fours à chaux sur les bords de la Meuse, près de Namur ; la chaux était amenée de là jusqu'à Anvers par les eaux intérieures. Il lui permit en outre de couper plusieurs milliers de chênes dans la forêt domaniale de Buggenhout.

Frans Floris qui y avait sa demeure. Le nom de rue aux Fleurs donné à la rue qui s'étendait du Tapissier spand à la porte S'-Georges, et dont la plus grande partie s'appelle aujourd'hui rue Léopold, n'est probablement qu'une confusion avec le nom de Floris. Pourquoi ne pas remplacer ce nom insignifiant de rue aux Fleurs par celui de rue Floris, qui lui appartient et qui a l'avantage de consacrer le souvenir d'une de nos gloires artistiques?

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