‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 86 sur 108 · C.llAl'irHK VINC.TIK.MK. i.TI · texte numérisé non relu

C.llAl'irHK VINC.TIK.MK. i.TI

aux libalious bacliiqiies, riiuilc sainte, à graisser les souliers; les vêtements saeerdolaux étaient lacérés et souillés d'ordure, les missels enduits de beurri- et livrés aux flammes, les tableaux décbirés, les statues pilées et foulées aux pieds ; vraies saturnales de l'enfer, dont les acteurs semblaient des démons revêtus de formes humaines, à qui la colère divine avait permis une nuit de se ruer sur les symboles d'une religion condamnée.

Pendant tout ce temps, les autorités étaient réunies, les Serments en armes sur la Grand' Place; mais personne ne bougeait, sous prétexte (c qu'une ordonnance avait défendu de rien entreprendre, en cas de troubles, sans le consentement du prince d'Orange. » Mais c'était là un prétexte stupide : fallait-il donc, en l'absence du prince d'Orange, laisser saccager toute la ville ? Il est plus probable que la cause de leur inaction était la crainte et l'incertitude si les pillards n'étaient pas soutenus par toute la population réformée de la ville. Quoiqu'il en soit, rien ne peut excuser les chefs de la commune de n'avoir pas pris des mesures pour empêcher cette œuvre de vandalisme.

Le lendemain, la canaille, sûre de l'impunité, revint occuper l'église de Notre-Dame. On recommença à briser ce qui était resté entier ou debout. C'est alors que fut brisé le grand Christ dont parle Schiller, et qui se trouvait au-dessus du jubé, à l'entrée du chœur. Les statues des apôtres, adossées aux piliers de la grande nef, furent arrachées, au moyen de câbles, de leurs piédestaux. Les autels furent renversés de la même manière. Des chevaux furent introduits dans l'église pour tirer les câbles, et comme leurs pieds glissaient sur les dalles, on enleva une partie du pavement. Tout cela se fit en plein midi, sous le regard de la population entière. Le chant des psaumes, hurlé par des voix avinées, semblait avoir pour but de mettre toutes ces horreurs sur le compte des Calvinistes. Quand ils jugèrent l'œuvre de destruction parfaite, les briseurs d'images abandonnèrent l'église ruinée, se dirigèrent vers la porte de Kipdorp et sortirent de la ville sans que per-sonne tentât de les arrêter. Ils se répandirent dans les campagnes

et saccagèrent toutes les chapelles, toutes les églises, tous les monastères des environs. Ils essayèrent même d'incendier l'abbaye de S^-Bernard après l'avoir pillée.

Cependant, dès le 20 août, le pensionnaire Van Wesembeke et l'échevin Jean de Pape étaient partis pour Bruxelles afin d'informer le prince d'Orange et la Gouvernante de ce qui se passait. Ils ne furent de retour que le surlendemain ; les instructions qu'ils rapportaient étaient renfermées dans des lettres scellées qu'ils remirent au magistrat, à l'Hôtel de Ville. Vers midi parut une ordonnance des bourgmestres et échevins qui enjoignait à tous ceux qui avaient emporté quelque chose des églises ou des couvents de le rapporter endéans les trois jours, chez les Quartiniers ou à l'Hôtel de Ville, sous peine de la hart.

Il se passa néanmoins une semaine, du 20 au 26 août, avant que l'autorité prît des mesures sévères et eflficaces. Pendant toute cette semaine on put croire que les rôles étaient changés, que les protestants étaient maîtres de la ville, que les catholiques, de persécuteurs étaient devenus persécutés. Le service divin était suspendu dans les églises dévastées. Ni l'autorité civile ni le pouvoir ecclésiastique ne semblaient assez forts pour empêcher le retour de ces excès, ni pour sévir contre les coupables. Le jeudi 23, Herman Modet s'était rendu à l'église de Notre-Dame, toujours pleine de monde, s'était frayé un passage à travers la foule et enjambant les décombres qui couvraient le sol, avait gravi la chaire, s'était mis à prêcher avec violence, non contre ceux qui avaient brisé les images, mais contre ceux qui avaient volé les biens de l'église. Le pensionnaire Van Wesembeke, accompagné d'un prédicant calviniste, Jean Taiïin, vint lui intimer l'ordre du magistrat de cesser sa prédication, il n'en tint nul compte et continua. Quand il eut fini, il entonna avec toute l'assistance le chant français des huguenots.

Le vendredi, Modet recommença ses prêches à Notre-Dame. Ce jour là, divers monuments furent encore détruits, entre autres les armoi-

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ries lies ehevaliers de la Toison d'or qui oriiaiem le elioMir depuis la tenue du dernier Chapitre. Cette lois, récoutêle arriva avec ses liallehardiers et n'eut aucune peine à faire évacuer réglise, qui fut fermée.

Le même jour, les chefs des conniiunautés protestantes Flamande et Wallonne adressèrent au mai'istrat une requête dans laquelle ils demandaient que des temples fussent mis à leur disposition pour le lihre exercice de leur culte, c'est-à-dire, qu'on leur abandonnât quelques-unes des églises dévastées. Quoiqu'ils eussent fait précéder cette demande de protestations de respect et d'obéissance et désavoué hautement toute complicité dans les désordres des jours précédents, il était évident qu'ils avaient compté, pour le succès de leur démarche, sur la terreur inspirée par les iconoclastes. Ils s'étaient trompés. Le pensionnaire Yan Wesembeke répondit sans hésiter que le magistrat, pour des raisons urgentes, avait trouvé bon de faire suspendre momentanément toute prédication dans les églises de Notre-Dame, de S*-Michel, de S'-Jacques et de S^-Georges. Il ajoutait qu'il serait infiniment agréable aux autorités de voir les prédicants se conformer à cette défense. Les Protestants revinrent à la charge pour obtenir au moins qu'on leur assignat des locaux pour y prêcher librement. Le magistrat ne put refuser d'une manière absolue, et quelques jours plus tard nous voyons les prédicateurs Calvinistes installés à la Nouvelle-Ville et les Luthériens au Kiel. Enfin ils interprétèrent judaïquement la défense de prêcher dans certaines églises et dressèrent leurs chaires dans celles du Bourg et des Récollets, qui n'avaient pas été nommées dans la réponse de Van Wesembeke.

Il est facile de comprendre dans quelles perplexités la nouvelle des désordres commis à Anvers avait jeté la Gouvernante. Ils avaient soulevé d'ailleurs un sentiment d'horreur dans tout le pays, et le résultat devait en être fatal à la Réforme, et surtout à nos libertés. Philippe II, en les apprenant, était entré dans un violent accès de colère qui faisait présager une vengeance terrible; mais il dissimula ses projets jusqu'à ce qu'il fût en mesure de les exécuter. Il recommanda

à Marguerite de ménager les grands seigneurs, qu'au fond il rendait cependant responsables de tout le mal arrivé depuis un an dans les Pays-Bas.

11 n'est pas probable que, sans ces excès, le protestantisme fût parvenu à s'implanter d'une manière durable en Belgique ; mais il est certain qu'ils hâtèrent sa ruine. Les Protestants s'étaient imposés de fait à la Régente : leur nombre était considérable; leur organisation régulière. Les Calvinistes surtout avaient établi dans plusieurs grandes villes des consistoires, qui ressortissaient au grand consistoire d'Anvers. Ils ne demandaient qu'un peu de tolérance; mais le sac des églises avait rendu tout accommodement impossible.

Le samedi 25, la justice parut enfin se réveiller. Une potence fut élevée devant l'Hôtel de Ville. Le retour du prince d'Orange était annoncé pour le lendemain. Il arriva en efiet le dimanche, vers le soir, et fut reçu à la maison d'Aix par une garde de soixante hallebardiers, tous bourgeois de la ville. Le lundi matin il alla visiter les églises et les couvents saccagés et, après avoir contemplé ces désastres d'un regard consterné, il ordonna que les coupables dont on s'était saisi fussent immédiatement exécutés. Trois de ces misérables furent pendus au gibet de la Grand' Place.

Le même jour on commença à former une garde urbaine, composée de huit compagnies , chacune de deux cents hommes. Tous devaient être bourgeois et natifs d'Anvers. Chaque homme reçut une solde de dix florins par mois. Ils devaient prêter serment de respecter et de faire respecter les privilèges de la ville. Cette milice bourgeoise fut placée sous le commandement immédiat du prince d'Orange.

En même temps, sur l'invitation du prince, on Institua un conseil de huit bourgeois notables, chargés de rechercher les moyens de rétablir l'ordre et la paix dans la ville. C'étaient Charles et Corneille Van Bombergen, Herman Van der Meere, un riche juif espagnol du nom de Marco Perez, François Godin, Jean Carlier, Nicolas Duvivier et Nicolas Sellin ; ces quatre derniers étaient d'origine wallonne.

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Colle commission parvint, avec l'aide du prince d'Orange, à conclure avec les Calvinistes un accord en vertu duquel raulorisation leui" fui accordée de pivclier en trois endroits désignés, mais en dehors des églises catholiques, dans la Nouvelle-Ville. On leur concéda quatre prédicateurs pour la communauté flamande et deux pour la commu nauté wallonne.

Pour achever de calmer les esprits, le prince d'Orange prit sur lui de faire publier, le 51 août, une proclamation annonçant que le Roi « avait consenti , déclaré et confirmé que l'inquisition serait abolie et que tous les habitants des Pays-Bas étaient déchargés des peines portées contre eux par les placards et ordonnances relatifs à l'hérésie et à la religion. »

Par une autre publication, datée du 3 septembre, le magistrat déclare prendre sous une protection égale les Réformés et les Catholiques. C'étaient là d'excellentes mesures, mais les esprits étaient loin, de part et d'autre, d'être disposés à la tolérance, et chaque jour quel- (lue conflit venait exciter la haine mutuelle des deux partis.

Jusque là toutes les concessions avaient été obtenues par les Calvinistes. Les Luthériens, moins nombreux, mais plus anciens et plus calmes, réclamèrent et obtinrent les mêmes avantages. On toléra même qu'ils continuassent à prêcher dans l'église du Bourg.

11 n'en fut pas de même des Anabaptistes, également odieux aux Catholiques et aux autres Réformés. Lorsqu'ils voulurent, à l'instar des Calvinistes, se réunir dans un bois, entre Wilryk et Hoboken, le sire Van Berchem, alors écoutête du Kiel, vint tomber sur eux avec une troupe de trente cavaliers et les dispersa. Le souvenir de Munster pesait toujours sur ces malheureux fanatiques.

Cependant les lieux où les Calvinistes et les Luthériens avaient obtenu l'autorisation de prêcher étaient simplement des jardins ou des blanchisseries. Impatients de posséder des temples que les Catholiques ne pourraient plus leur disputer, les Calvinistes, les premiers, acquirent un terrain, à la Bascule, derrière le jardin des Arbalétriers,

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et le 24 septembre ils commencèrent à creuser les fondements d'une église pour la communauté wallonne. C'était un édifice en forme de dôme qu'on appela l'Église Ronde {de Ronde Kerck.)

Un autre temple, à l'usage de la communauté allemande, fut commencé sur un terrain vague, près de la tour des Tanneurs, dans les prés de l'Hôpital. Par opposition à l'autre, on l'appella la Longue Église (de Lange Kerck.)

Les Luthériens avaient aussi commencé l'érection de deux temples , l'un entre les rues Houdaen et Everdy, l'autre au Marché aux Chevaux. Tel fut le zèle avec lequel on travailla à ces divers édifices, qu'on vit de bons bourgeois aider les maçons, porter des briques et amener de la chaux. Pour couvrir les frais les dons abondaient. Les dames apportaient en offrande leurs parures et leurs bijoux. Depuis l'âge d'or du Christianisme on n'avait vu pareille ardeur religieuse.

Le prince d'Orange fit défendre aux Réformés d'élever leurs temples à plus de cinquante pieds du sol. Les Calvinistes n'en tinrent aucun compte et poussèrent si rapidement les travaux que vers le milieu de décembre la Longue- Église était terminée.

Cependant le Taciturne ne pouvait compter de voir confirmer par la Gouvernante toutes les mesures qu'il avait prises pour pacifier la cité. Marguerite ne les avait ni ratifiées ni désapprouvées : elle l'avait laissé faire. Pour éviter de se prononcer, elle chargea le prince d'une mission en Hollande et nomma au poste de Stadhouder d'Anvers Antoine de Lalaing, comte de Hoogstraete.

Ce seigneur arriva ici le 4 octobre. Le même jour le prince d'Orange partit pour Bruxelles, après avoir résigné ses pouvoirs entre les mains du comte.

CHyVPITUE XXf,

COMBAT I) AUSTRUWEtL. — NOUVEAUX TROUBLES. — RÉACTION. — LE DUC D'aLBE. — CONSTRUCTION DE LA CITADELLE.

Le nouveau Stadhouder d'Anvers avait été l'un des premiers signataires du Compromis des nobles et l'un des convives au fameux sou- |)er du comte de Culembourg. C'était un Gueux, comme Marnix et Bréderode. Ainsi son choix n'indiquait aucun changement dans la politique de la Régente : seulement, il était catholique, tandis qu'au fond le prince d'Orange était déjà retourné à la doctrine luthérienne, dans laquelle il avait été élevé.

De nouveaux désordres étaient imminents.

Le 9 octobre parut une ordonnance du magistrat qui enjoignait à tous les étrangers, habitant Anvers depuis moins d'un an, de quitter la ville endéans les trois jours. Cette mesure avait pour but principal de diminuer le nombre des Calvinistes. Ceux-ci sentirent le coup et, au lieu d'obéir, suscitèrent une émeute. Le 19, après midi, la populace commença à envahir le cimetière de Notre-Dame. On parlait dans les groupes, non-seulement de saccager les églises et les

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couvents, de chasser les prêtres et les moines, mais de piller les maisons des principaux riches. Quelques-uns ayant rencontré des échelles servant aux incendies, s'en servirent comme d'un bélier pour enfoncer les portes de l'église. Celles-ci ne tardèrent pas à céder ; une bande de vauriens y pénétra, prêts à recommencer les exploits des iconoclastes. Ils se mirent à briser ce qu'on avait récemment restauré. Pour n'être pas dérangés dans leurs opérations ils refermèrent les portes derrière eux.

Cependant le stadhouder, l'écoutête, les bourgmestres, aussitôt qu'ils eurent connaissance du tumulte, avaient réuni la garde urbaine et s'étaient rendus en armes sur le cimetière. Hoogstraete demanda aux mutins ce qu'ils voulaient : « l'église et l'Hôtel de Ville, » répondirent les plus impudents. Alors il ordonna à ses gens de jeter par terre les portes de l'église; il y entra, l'épée à la main. Les pillards essayèrent de se sauver par une fenêtre brisée; ceux qui ne purent s'échapper furent tués à coups de mousquet ; cinq furent pris et conduits en prison.

Ces misérables, appliqués à la torture, déclarèrent avoir été soudoyés par un nommé Perkemont, qui fut immédiatement arrêté. Leur procès fut bientôt fait, Perkemont et ses complices furent condamnés à mort par le tribunal du Vierschaer et subirent la peine du garot sur la place de l'Hôtel de Ville.

L'intervention des gardes urbaines avait rendu cette milice odieuse à la populace. Elle se vengea par le surnom de Papenknechten dont elle les poursuivit. Il existe une ordonnance qui défend, sous peine de bannissement, de proférer cette injurieuse apostrophe.

Les mesures prises par le magistrat dans l'intérêt de l'ordre avaient eu pour résultat d'augmenter les terreurs des Catholiques, qui, après la dévastation des églises, croyaient les Protestants capables de tout. Plus d'une fois le bruit se répandit que toutes les maisons des riches allaient être pillées et qu'on avait tramé le massacre général des Papistes. Les bourgeois timorés vivaient dans des

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transes continuelles. Di'^s rentrée de la nuit on allumait des lanternes devant elia([ue porte; on se barricadait dans sa maison; beaucoup de i^ens n'osaient se coucher. 11 y en avait qui appelaient de tous leurs vœux une garnison étrangère : les Gildes ni les métiers n'en voulaient pas entendre parler.

D'autre part les Réformés n'étaient guère plus rassurés, et s'efforçaient d'obtenir de la cour de Madrid quelques garanties. Ils avaient envoyé au mois d'octobre une requête à Philippe II, par laquelle ils offraient au gouvernement un subside de 300,000 florins d'or si l'on voulait leur accorder la liberté de conscience. Ils sentaient que la tolérance dont ils jouissaient ne pouvait durer, qu'elle était due uniquement à la position dillicile où se trouvait la Régente, et qu'un acte énergique du pouvoir royal y pouvait mettre tin d'un jour à l'autre.

Cette offre de 500,000 florins, Philippe, malgré les besoins de son trésor épuisé, la rejeta avec mépris. Il ne crut pas un instant à sa sincérité, et s'imagina qu'elle n'avait d'autre but que de lui en imposer sur la puissance du parti protestant par l'énormité de la somme, ou d'avoir un prétexte de faire publiquement parmi les sectaires des levées d'argent, qui auraient servi ensuite à organiser la révolte.

C'est dans cette situation tendue que s'acheva l'année 1566, témoin de tant d'événements extraordinaires, et qui demeura dans la mémoire du peuple sous le nom iVannée des merveilles {Wonderjaer).

Cependant Philippe avait envoyé l'ordre de lever des troupes en Allemagne et de faire occuper les grandes villes par des garnisons étrangères. Le i^oi annonçait hautement l'intention de venir lui-même rétablir l'ordre dans les provinces. Le moment était venu pour les confédérés de se soumettre ou de lever l'étendard de la révolte. Les plus prudents se soumirent, sentant venir l'orage. Les autres se révoltèrent, soit par patriotisme, soit qu'ils se sentissent trop compromis pour revenir sur leurs pas. De ce nombre fut Bréderode, qui alla s'enfermer dans sa ville de Vianen, sur la Leck. Louis de

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Nassau alla lever un corps de troupes dans le Palatinat et la Suisse.

Sur ces entrefaites, le Taciturne était revenu à Anvers.

La partie la plus remuante de la population étaient les Wallons calvinistes. 11 y avait dans le nombre beaucoup de gens sans aveu, vivant d'expédients au jour le jour. Le prince d'Orange les fit expulser de la ville.

Ces exilés se réunirent à Dambrugge, où ils furent bientôt rejoints par d'autres perturbateurs. Comme signe de ralliement ils avaient attaché à leurs chapeaux des queues de renard, ce qui fait qu'on les désignait sous le nom de Vossestaerten. De là, ils se répandirent en pillant dans les villages et les campagnes environnantes.

Un corps d'insurgés, fort d'environ deux mille hommes, sous le commandement de Marnix, seigneur de Tliolouse, frère du célèbre Marnix de S^'^-Aldegonde , avait tenté de s'emparer de l'île de Walcheren, où l'on croyait que Philippe devait débarquer. Mais il fut repoussé par les habitants. Marnix remonta. alors l'Escaut jusqu'au village d'Austruweel, à une demi-lieue d'Anvers, où il s'établit, à l'abri de quelques retranchements élevés à la hâte. Les exilés anversois allèrent se placer sous son commandement.

Le petit camp d'Austruweel devint le rendez-vous de tous les mécontents des environs. Plus de trois mille hommes s'y trouvèrent bientôt réunis. D'autre part on disait que Bréderode, qui venait d'entrer en campagne avec six mille hommes, devait venir rejoindre Tholouse et marcher avec lui sur Bruxelles.

Ce voisinage entretenait à Anvers une vive agitation. Le magistrat était d'avis d'envoyer contre Tholouse les milices urbaines; mais Orange et Hoogstraete s'y refusaient, sous le prétexte plausible que la présence de ces soldats en ville était nécessaire pour tenir en respect la populace et les Calvinistes, qui entretenaient des intelligences avec le dehors et qui ne manqueraient pas de profiter de leur absence pour se soulever. On demanda du secours à Bruxelles.

La Duchesse chargea de cette expédition Philippe de Laniioy. sei-

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gneur di^ Hcaiivoir, avec trois cents mousquetaires et une partie de ses i^ardes du corps. Elle y joignit les bandes d'ordonnance des comtes d'Areiiiberg et de Berlaymont, ainsi que les soldats ramenés de l'île (le Walcheren, après l'échec de Tholouse, par Valentin de Pardieu, seigneur de La Molle. Le comte d'Egmont y joignit quatre cents de ses vétérans wallons.

A l'approche de ces troupes le prince d'Orange fit détruire le pont de la porte de Slyk, afin de couper de ce côté la communication entre les insurgés et les mécontents de la ville. Cette mesure de profonde prudence lui fut reprochée plus tard par les deux partis.

Le 13 mars, de grand matin, De Beauvoir partit de S'-Bernard où il avait donné rendez-vous à ses troupes, en leur recommandant de marcher en silence, sans drapeaux ni tambours, jusqu'à ce qu'elles fussent arrivées en présence des ennemis qu'il comptait surprendre. Deux heures après, il était devant Austruweel. Tholouse s'attendait si peu à cette attaque, qu'il crut, en entendant les trompettes qui sonnaient la charge, que c'était un détachement des troupes promises par Bréderode qui arrivait. La vue de la croix qui flottait sur les bannières le détrompa. Alors, «comme un brave et généreux gentilhomme qu'il estait » dit Pontus Payen, il mit sans perle de temps ses hommes en ordre de bataille, leur recommandant d'attendre pour faire feu que les ennemis fussent assez près pour qu'on pût distinguer leurs visages.

Ces ordres ne furent point écoulés. Les bandes indisciplinées qui l'accompagnaient, frappées de terreur par cette attaque imprévue, tiraient au hasard et bien au-dessus de la têle des assaillants, tandis que les Catholiques avançaient avec le calme de vétérans et liraient avec justesse. Ils emportèrent les retranchements par une seule et vigoureuse charge. Plusieurs centaines d'hommes furent tués dans le camp même, d'autres culbutés dans l'Escaut; six ou huit cents se réfugièrent dans une ferme; les Catholiques y mirent le feu et tous ceux qui s'y trouvaient furent brûlés vifs ou tués à coup d'arquebuse. Mar-

A-lil mSTOlIŒ 1)K LA VILLE D'ANVERS.

guérite avait dit à de Beauvoir : « Ce sont des mécréans qui ont perdu tout droit à la pitié. Ne leur laites donc pas de quartier; exterminez-les par le fer et le feu. »

Elle fut bien obéie. Le carnage fut complet. De celte grande troupe de rebelles qui, le matin, faisait trembler Anvers, à midi il ne restait plus un homme vivant. La férocité des soldats de Marguerite s'assouvit sur le corps du malheureux Tholouse, qui fut « haché en cent pièces, nonobstant l'offre de deux mille escus qu'il faisoit pour rançon. » (*)

Trois cents hommes avaient déposé les armes et s'étaient rendus à discrétion. De Beauvoir les fit fusiller.

Cependant le bruit de la mousqueterie avait été entendu à Anvers et y devint le signal d'un effroyable tumulte. Une foule immense s'était portée sur les remparts au nord de la ville, d'où l'on apercevait le combat. Les toits des maisons, les tours des églises étaient encombrées de spectateurs, palpitants d'émotion. « Les acclamations des vainqueurs et les cris de désespoir des vaincus, arrivaient à des milliers d'oreilles sympathiques aux rebelles que Ton frappait d'un châtiment terrible. 11 y avait dans Anvers quarante mille ennemis de l'église romaine. De ce nombre la majeure partie se composait de Calvinistes, et de ces Calvinistes plusieurs milliers, du haut des créneaux, contemplaient le désastreux combat. » (-)

L'exaltation devint bientôt irrésistible. Vers dix heures des masses de sectaires commencèrent à se précipiter du côté de la Porte Rouge (on se rappelle que le pont de la porte de Slyk avait été détruit par ordre du prince d'Orange), pour porter secours à leurs frères , qu'on

(1) Lettre de Beauvoir à Marguerite, dans Gachard « Correspondance de Marguerite d'Autriche. »

(2) MoTTLEY. Dans le récit de cette émeute, nous avons emprunté quelques passages à riiistorien américain, parce qu'il a parfaitement dramatisé celte scène, tout en demeurant fidèle à la vérité historique. Nous l'avons seulement un peu abrégé. Les originaux que nous avons confrontés sont : Bor, llooft, Strada, Gachard, Correspondance, etc.

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