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massai'iaii loiii près île là. Co qui |)oria au (*oml)lc réniolion |)Oi)nh'm\ co lut de voir la jeune l'eniuic de Tholouse, qui iynorail cueorc toute retendue de son malheur, parcourir les rues de la ville, les cheveux en desordre, appelant les Calvinistes au secours de son époux. Dix mille hommes furent bientôt sur pied et sous les armes. Le prince d'Oraniçe, dans ce moment critique, se montra à la hauteur de sa position. Des milliers d'hommes durent la vie à son courage et à son sanglroid ; Anvers lui dut d'échapper à un pillage général. Montant à cheval, il fut en un instant à la Porte Kouge, devant la plus effroyahle multitude que jamais homme ait affrontée. Il était presque seul et sans escorte ; Hoogstraete vint bientôt le rejoindre dans les mêmes intentions, te prince fut accueilli par des cris de malédiction. Mille \oix rauques de fureur le traitaient de valet du pape, de ministre de l'Antéchrist et l'accablaient de cent autres épithètes du même genre. Sa vie fut même menacée. Un drapier, transporté de colère, lui mit sur la poitrine le canon de son arquebuse en s'écriant : « Meurs, vil traître, toi par la faute de qui nos frères viennent d'être massacrés dans la campagne. » Une autre main sortant de la foule écarta l'arme meurtrière, tandis que le prince, impassible au milieu des menaces et des outrages, haranguait la multitude furieuse. Il lit observer que la bataille était déjà finie ; qu'il était trop tard pour rien tenter en faveur des révoltés; qu'une foule indisciplinée et en désordre ne pouvait rien contre des soldats aguerris et victorieux. La plupart se rendirent à ces raisons. D'autres voulurent à toute force sortir de la porte. Le prince donna ordre de l'ouvrir et quelques centaines d'hommes se précipitèrent au-delà du pont. Mais là leur ardeur se refroidit. De Beauvoir, qui avait entendu les rumeurs de la ville soulevée, rallia sa petite armée, et s'avança, tambours battants et enseignes déplovées, vers Dambrugge. Les Calvinistes, d'ailleui\s trop peu nombreux pour soutenir une attaque, rentrèrent à Anvers aussi précipiî animent qu'ils en étaient sortis. De lîeauvoir s'avança jusque contre le fossé de la Porte liouge, où il i)lanta la bannière de l'infortuné
Ui IllSTOHŒ DE LA VILLE D'ANVERS.
Tliolouse en faisant sonner une fanfare en signe de défi. Elle y resta jusqu'au soir, où, voyant que personne ne relevait la provocation, il se replia sur Dambrugge.
A l'intérieur le désordre allait croissant. La foule des Calvinistes s'était rassemblée sur la Place et le Pont de Meir, armée et prête à combattre. Ils en avaient barricadé toutes les issues à l'aide de pavés et de chariots renversés. Une bande s'était portée à l'arsenal {Eeckhof), en avait forcé les portes et amené des canons qu'on avait braqués sur chaque rue aboutissant au Meir. Tout semblait conduire à une épouvantable catastrophe. Du sein de cette multitude, exaspérée par le désir de vengeance, exaltée par le fanatisme religieux, on entendait sortir des voix qui menaçaient de piller les églises et les maisons des catholiques, de mettre à sac la ville tout entière et ses immenses richesses. Une panique indescriptible avait gagné tout le monde. Les cris des femmes et des enfants, attendant, pleins d'angoisse, le sort qui leur était réservé, eussent suffi, dit un lémoin oculaire, pour attendrir les cœurs les plus durs. (>)
L'activité et la présence d'esprit du prince d'Orange ne se démentirent pas un instant. Il avait mis sur pied ses huit compagnies de garde urbaine enrôlées en septembre dernier et les avait massées sur la Grand' Place, pour la défense du magistral et de l'Hôtel de Ville. Il avait convoqué toutes les autorités pour conférer avec lui, moins sans doute pour s'éclairer que pour faire supporter à chacun sa part de responsabilité. Accompagné du comte de Hoogstraete et de l'ancien bourgmestre Antoine Van Stralen , il se rendit au milieu des Calvinistes, en s'efForçant de leur faire entendre raison. Ce fut en vain; on ne l'écoutait pas, on vociférait des injures et des menaces; les meneurs exigeaient, avec d'efi'royables jurements, que les clefs des portes et de l'Hôtel de Ville leur fussent remises. Le prince feignit de
(1) PiETKU BoK, 111, 159, qui a joint à son ouvrage la Jusiifîcolion, publiée à cette époque par le magistrat if Anvers.
ciiAi'iriu-; viNC.T kt imkmk. uu
céder ot conseiiiii à iv qw los clefs fussent confiées aux mains d'Herluan Modot. Mais il ajouta aussitôt : « Voyez bien quel usage vous » allez en faire et n'oubliez pas qu'il y a au Dani six cents bons « cavaliers qui vous attendent. Pour moi, je vais me mettre en sûreté, » pendant qu'il en est encore temps, et ceux qui suivront mon » exemple s'épargneront un trop tardif repentir. »
Joignant immédiatement l'action aux paroles, le prince se retira de la place. Quelques-uns le suivirent : les autres avaient perdu l'envie d'aller se mesurer aux six cents cavaliers du sire de Beauvoir.
A l'entrée de la nuit, on était convenu d'une sorte de trêve. D'Orange et le magistrat soumirent aux Calvinistes un projet d'accord, qui fut provisoirement accepté. Il portait que chacun demeurerait libre dans sa croyance, sans être inquiété ; que les clefs seraient confiées au prince et à Hoogstraete ; qu'aucune garnison étrangère n'entrerait en ville; que la garde urbaine continuerait à être chargée de veiller sur le repos public. Malgré cette trêve, les deux partis demeurèrent en armes, et pendant toute la nuit la place de Meir retentit des cris de « Vivent les Gueux! A bas les Papistes! »
Le lendemain matin, l'attitude des Calvinistes n'était pas moins menaçante que la veille. Ils avaient vu le prince d'Orange et les magistrats capituler avec eux, les bourgeois trembler, et ils se sentaient soutenus par la populace, prête à se ruer au pillage des églises, des couvents et des maisons des riches marchands catholiques. Ils se répandirent par bandes dans les rues et allèrent commettre des désordres dans les couvents des Dominicains, des Carmes et des Récollets. Ils forcèrent le chapelain de Notre-Dame de crier : « Vivent les Gueux! » Quelques Carmes auxquels on avait attaché, par dérision, des plumes de coq sur le capuchon, furent traînés jusqu'au Pont de Meir, au milieu des huées de la canaille. Dans l'après-midi, trois mille hommes environ partirent du Meir et se dirigèrent par le Kipdorp, vers la Grand' Place. Arrivés au Canal au Fromage, ils députèrent leurs chefs vers l'Hôtel de Ville où le magistrat était réuni
SOUS la prolection de la garde urbaine. Ces députés eurent l'impudence de lui proposer les conditions suivantes : 1" Que tous les prêtres, moines et papistes, chacun avec un escalin et un habit de lin, abandonneraient la ville; 2" que l'Hôtel de Ville serait livré aux Réformés, sinon, qu'ils le prendraient de force; 5" qu'on devait leur donner les clefs de la ville et celles de l'arsenal ; leur livrer des armes et de la poudre, et que personne ne pourrait quitter la ville sans la permission d'Herman Modet ou de ses délégués ; 4" enfin qu'on leur livrerait, pour en être fait selon la volonté du peuple (c'est-à-dire, pour être mis à mort), six magistrats, savoir: l'écoutête Jean Van Immerseel, Tamman Guillaume Van Halmale, le bourgmestre Henri Van Berchem, les échevins Dirk Brecht et Lancelot d'Ursel, ainsi que le fils de ce dernier, trésorier de la ville.
Ce qui prouve la gravité de la situation, c'est que le magistrat au lieu de repousser avec mépris de semblables exigences, fut forcé de les discuter. Sans rien céder il sut gagner du temps, sous prétexte que des résolutions aussi importantes ne pouvaient être prises sans l'avis du Burggraef et du Stadbouder, et qu'il fallait réunir d'abord le Large Conseil. On les satisfit en partie en leur remettant, comme marque de confiance, les clefs de la ville. Les Calvinistes en firent immédiatement usage en ouvrant les portes aux Queux de Renard, échappés par la fuite au massacre d'Austruweel. Les blessés furent transportés à l'hôpital.
Le prince d'Orange répondit aux propositions des Calvinistes par des contre-propositions dont les points principaux étaient : Que personne ne serait inquiété du fait de religion ; que chacun respecterait la Joyeuse Entrée et les privilèges de la ville; que tout ce qui s'était passé serait pardonné et oublié ; que les clefs seraient remises aux mains de Son Excellence; que les gouverneurs, les magistrats et les capitaines de la garde urbaine feraient le serment d'observer ces divers points.
Avant qu'on fût parvenu à s'entendre sur ces propositions, les Cal-
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viiiisles s'étaient portés à do nouveaux excès. Ils avaient envahi la prison du Sleen et rendu à la liberté tous ceux qui y étaient détenus pour dettes, pour hérésie ou pour désordres. Le prince et le Stadhouder se rendirent de nouveau au Pont de Meir ou l'insurrection se portait toujours et où retentissaient sans cesse les cris de : Vivent les Gueux! Papcnbloed en Burgersbloed ! A l'instant ils furent entourés et accablés d'injures et de menaces. Impossible de faire entendre raison à ces forcenés. Pour se tirer de là le prince dut leur promettre de leur accorder toutes leurs demandes. Seulement, il les supplia d'avoir patience jusqu'au lendemain.
Aussitôt qu'il eut recouvré la liberté, il se hâta de convoquer chez lui, à la maison d'Aix, le Large Conseil. Herman Modet eut l'audace de se présenter dans la salle, avec ses deux accolytes, Jean Tatlin et Isebranl Balk. Il se disait délégué du peuple, exigea une réponse immédiate aux demandes des Calvinistes, et annonça qu'il ne serait plus le maître de contenir ses hommes. A ce langage insolent le Conseil répondit avec dignité : que les demandes des Calvinistes n'étaient pas de nature à pouvoir être acceptées et qu'il ne consentirait jamais à laisser expulser de la ville le clergé catholique.
La fermeté de celte réponse donna à réfléchir aux Calvinistes. De toute cette journée, ils ne firent plus un mouvement off'ensif; seulement ils songèrent à s'assurer, pour le lendemain, l'appui des Luthériens. De ce côté encore, ils avaient été prévenus par la prudence et l'habileté du Taciturne.
Les Luthériens formaient un parti moins considérable par le nombre que par le rang et la qualité de ceux qui le composaient (^). On
(1) Il résulte d'une espèce de statistique des différents cultes, dressée probablement par des espions du conseil secret de la Régente, au mois de mars 1567, que les Luthériens, quoique moins nombreux que les Calvinistes, formaient un tiers de la bourgeoisie. Parmi leurs noms figurent ceux d'Antoine Van Stralen, seigneur de iMerxem et Dambrugge, le pensionnaire Van VVesembeke, les ci-devants aumôniers, Charles de Cocquiel et Jean Della- Faille, Christophe Pruynen, receveur de la caisse des fortifications, etc. Parmi les Calvinis-
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comptait parmi eux les deux précédents bourgmestres, Antoine Van Stralen et Nicolas Rockocx. Bientôt le prince lui-même allait ouvertement embrasser leur doctrine. La haine qu'ils portaient aux Calvinistes était plus forte encore que celle qu'ils professaient pour les Catholiques. Il ne fut pas difficile au prince de les amener à son bord, en leur persuadant qu'il dépendait d'eux, en ces graves circonstances, de s'attirer la bienveillance, et, par suite, la tolérance du gouvernement, en ne se rendant pas complices des violences des Calvinistes et en lui prêtant main-forte pour le rétablissement de l'ordre.
La nuit du 15 au 16 fut employée à ces négociations. Le matin, les Calvinistes apprirent que les Luthériens avaient pris les armes, mais non pas pour faire cause commune avec eux. ïls s'étaient réunis près {les murs du couvent de S^ -Michel.
Aux forces que le prince d'Orange s'était procurées de celte manière vint s'ajouter celle des négociants étrangers et des riches bourgeois, soucieux avant toute chose de sauver leurs richesses du pillage. Le bourgmestre Henri Van Berchem parcourut à cheval, et armé de pied en cap, les rues de la ville, faisant publier que tous ceux qui voulaient sauver leurs personnes, leurs biens et leur croyance, devaient prendre les armes et se joindre à lui. Les Espagnols, les Italiens, les Hanséates, les Allemands et les Portugais, et bon nombre de Catholiques anversois, s'armèrent à cet appel et le suivirent. Les prudents Anglais se contentèrent d'occuper l'hôtel de leur nation. Van Berchem réunit ainsi plus de dix mille hommes. Thomas Gresham, témoin oculaire, évalue
tes on remarque les noms de Charles et de Corneille Van Bouiborgen, chefs du consistoire; des imprimeurs Christophe Plantin et Guillaume Sylvius, de Jean Rubens, père de l'illustre peintre, etc. Le nombre des Calvinistes avait été considérablement accru par les Huguenots fugitifs de France, et par ceux qui arrivèrent de Yalencienncs, de Cambrai, de Tonrnay, d'Audenaerde, de Gand et de Bruges, après la soumission de ces villes. Tous les habitants de la rue de Tonrnay sont signalés comme Calvinistes, et tous les métiers, à l'exception do^ confiseurs, qui étaient tous Luthériens. On lit plus tard cette même observation à Amsterdam, à Rotterdam et à Dortrecht. Mertens et Torfs, t. IV. p. iOl.
CIIAIMIIIK VINC.r Kl' l MK.MK. U\)
à (|uaranle milli' lionimos les l'orccs aniiéos des doux partis, i)i(Hs à en venir aux mains. « Jamais, dit-il, hommes ne lurent plus désespérés, ni plus désireux de combattre. » Les Catholiques avaient mis, comme signe de ralliement, un ruban rongea leur bras; les Calvinistes un ruban vert. L'anxiélé, la fureur, le t'analismc éclataient sur tous les visages. La panique régnait dans la ville Les rues étaient désertes, les portes verrouillées, les volets fermés comme en pleine nuit. D'un instant à l'autre, on attendait le signal d'une épouvantable bataille.
Le bougmestre Van Bcrchem, qui commandait les Catholiques, avait rassemblé ses forces le long des remparts, entre la porte S^-Georges et celle de Cronenbourg. Il s'avança dans la rue du Couvent et s'empara de l'abbaye de S'-Michel et de la Monnaie, dont il l'emit la garde aux Luthériens. Ensuite, par la rue Haute, il gagna la Grand' Place et THôtel de Ville, qu'il lit occuper par ses gens. Il (it ranger les nations étrangères le long du Kipdorp et de la Longue rue Neuve. Les Calvinistes, au nombre de quinze mille, occupaient toujours le pont et la place de Meir et, comme nous l'avons dit, ils avaient des pièces de canon braquées sur toutes les rues aboutissantes.
Cependant personne n'osait prendre sur lui de donner le signal d'un combat dont les conséquences étaient incalculables. Le prince d'Orange, avec celte sûreté de coup-d'œil des esprits supérieurs, jugea que le moment était venu de tenter une démarche décisive. Il ne s'agissait en définitive, pour remettre les choses sur leur pied ordinaire, que de déterminer les Calvinistes à rentrer chez eux. Or, depuis vingtquatre heures, les positions avaient changé à leur égard. La force numériqu*?, qui leur avait d'abord donné tant d'assurance, était maintenant balancée par une lorcc au moins égale, bien organisée et bien commandée. Ensuite, deux jours et deux froides nuits de mars passés dans les rues, avaient un peu diminué leur première ardeur. C'étaient leurs adversaires maintenant qui brûlaient du désir d'en finir avec ces incorrigibles brouillons. Il fallait contenir les Catholiques, qui voulaient aller par force les expulser du Pont de Meir.
4r,o IIISTOIHK DE LA VILLK D'ANVERS.
Les Liilhérieiis avaient donné leur assentiment aux articles préparés le 14, de commun accord par le prince d'Orange et le Large Conseil. Ils furent lus le matin de bonne heure aux troupes assemblées sur la Grand' Place et près de S'-Michel, et accueillis par de vives acclamations. Restait à les faire accepter des Calvinistes. A dix heures le prince d'Orange, accompagné du comte de Hoogstraete, du bourgmestre Van der Heyden et d'autres membres du magistrat, se rendit à cheval au pont de Meir. Les Calvinistes offraient toujours le même aspect menaçant. Pourtant, cette fois le prince put pénétrer au milieu d'eux et obtenir assez de silence pour se faire écouter. Il donna ordre de lire à haute voix les articles du traité; après quoi, prenant la parole, il parla avec autorité, avec calme, avec une éloquence persuasive. Il leur fit remarquer que ces articles leur donnaient la liberté des cultes et comme garantie l'assurance qu'Anvers ne recevrait pas de garnison étrangère ; que toute autre exigence était déraisonnable et que déjà le traité avait été approuvé par les Catholiques et les Luthériens, dont le nombre était double du leur. Il les conjura donc de l'accepter à leur tour, dans leur intérêt et dans celui du pays, et conclut en les engageant à répéter avec lui ses dernières paroles. Alors, d'une voix forte il s'écria : « Vive le Roi ! » La foule des Calvinistes hésita un instant, puis, subjuguée par l'ascendant de cet homme supérieur, convaincue par le langage de la raison, elle s'unit en une formidable clameur de « Vive le Roi ! »
La paix était faite; Anvers était sauvé. L'énergie et la sagesse du prince d'Orange venaient d'arracher la ville au plus grand danger qu'elle eût jamais couru. Une heure après, le traité était signé par les représentants des Calvinistes, des Luthériens et des Catholiques, et contresigné par le prince, le stadhouder et les magistrats. On déposa les armes de part et d'autre. Les arquebuses et les canons enlevés à l'arsenal y furent réintégrés. A trois heures de l'après-midi, la ville était entièrement renti^ée dans l'ordre.
Cependant un premier et rude coup avait été porté à sa prospérité
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coiimiiMciale. l/espiil élroil de Mari;iieiilc clail incapable crapprécier limiuense service que le prince d Orange venait de lui rendre. Elle couva exorbitantes et inacceptables les conditions auxquelles il avait sauvé du massacre et du [Jillaice la première ville de ses étals, et rel'usa de les ratilier. Par contre elle ouvrit l'oreille au conseil qui lui fut, dit-on, donné par le bourgmestre Van Bercbem, dMntroduire à Anvers une garnison étrangère. « De la part d'une telle régente et de pareils conseillers, dit un bislorien, Guillaume de Nassau devait- il s'attendre à beaucoup d'applaudissements pour sa conduite? Que leur importait, à eux, qu'une des villes les i)lus ricbes et les plus populeuses de la chrétienté eût été préservée du sac et du carnage ? »
Quand-on apprit cette nouvelle à Anvers, le découragement s'empara des meilleurs esprits. Frémissant encore au souvenir des jouivs précédents, ils en prévoyaient le retour avec terreur, car partout on entendait les murmures les plus sinistres. Les Calvinistes exprimaient hautement leurs regrets de ne pas avoir expulsé tous les prêtres et les Catholiques de la ville, dans un moment où ils étaient les maîtres. Ils juraient qu'à la prochaine occasion, qui ne pouvait tarder de se présenter, ils ne se laisseraient plus désarmer par des promesses. Une sorte de panique continuelle étendait ses ailes sombres sur la cité naguère si vivante, si riche, si animée. Les églises et les couvents étaient fermés ; le culte public suspendu chez les Catholiques et les Kcformés; les cloches avaient cessé d'appeler les croyants à la prière. On eût dit une ville frappée d'interdit, au temps de Grégoire VII ou d'Innocent JIL L'inquiétude et la défiance paralysaient le commerce. Personne ne se croyait plus en sûreté. Le mois de mars de l'année 1507 fut pour Anvers le commencement d'une décadence beaucoup plus rapide que n'avait été son élévation.
Peu de jours après les troubles que nous venons de raconter, commencèrent les premières émigrations. Beaucoup de négociants étrani;ers quiltèient la ville et se retirèrent avec leurs bureaux à Malines, il Bruges, ou s'embarquèrent pour l'Angleterre. On lit dans une lettre
152 HISTOIME DE LA VILLE D'AXVEIIS.
d'un négociant anversois à un de ses amis, datée du 26 mars 1507 : » En trois ou quatre jours les principaux marchands ont quitté notre ville, par suite d'une grande émeute des Calvinistes, par laquelle le prince (d'Orange) a été en grand danger, tandis que d'autres sont dans la plus grande crainte de voir leurs maisons pillées par la populace. »
Le 29 du même mois l'agent anglais Clough écrivait à son maître Thomas Grestiam, à Londres : « Il est étonnant de voir comment le monde s'en va d'ici, celui-ci vers telle ville, celui-là vers telle autre, aussi bien les Papistes que les Protestants, car on pense que, de quelque manière que les choses tournent, cela n'ira pas bien ici, alors qu'on voit toutes les personnes riches et aisées qui pourraient tenir les affaires sur pied, prendre la fuite. »
Arrivés à cet endroit de notre récit, nous sommes comme le voyageur qui a longtemps gravi les pentes accidentées d'un vaste plateau, et qui, parvenu au point culminant, se retourne pour embrasser d'un coup-d'œil le chemin déjà parcouru et celui qu'il lui reste à faire. Si la montée fut longue, plus d'un souvenir riant en a marqué les étapes, car la voie que nous suivions était celle du progrès, conquis par la liberté et le travail. Mais à ce sommet élevé, au lieu de la sérénité des hautes cîmes qui baignent leur front dans l'azur, nous n'avons trouvé que les nuages amoncelés où se forment les tempêtes. Devant nous le versant opposé descend vers la plaine par des gorges sombres et des escarpements abruptes. Nous avons suivi pendant neuf siècles le développement lent et continu d'une bicoque de marchands, devenue l'une des plus belles, des plus opulentes et des plus fières cités de l'Europe. Nous allons suivre maintenant, de catastrophe en catastrophe, le chemin rapide et désolé de sa décadence, dont les beaux-arts, ces enchanteurs décevants, viendront parfois nous voiler la tristesse. La reddition de Valenciennes venait de porter un coup décisif au parti anti-catholique. Noircarmes avait inauguré le système de réaction sanguinaire que le duc d'x\lbe devait bientôt venir [)0usser à ses
Hliis rigoiirouses conséquencos. î.cs excès dos iconoclastes, la (léfeclioii iruiie grande partie de la noblesse, avaient laisse le parti de la Réforme isolé ; maintenant il était déconragé. Les succès de Noircannes, de Beanvoir, de Pardien, des comtes d'Egmont, de Mansfeld, d'Aremberg, de Berlaymont, de Megliem, prouvaient que la chance des armes ne leur était pas favorable. Le prince d'Orange, désavoué par la Uégente, suspect aux Catholiques, mystérieux dans ses projets, commençait à perdre de son prestige. Il courait des bruits sinistres relativement h l'arrivée prochaine du duc d'Albe avec une armée espagnole. Les plus compromis s'éclipsèrent sans bruit; parmi eux le fameux Herman Modet. Ils se retirèrent en Angleterre, où non seulement ils étaient sûrs d'être tolérés , mais d'où ils espéraient encore pouvoir être utiles à leurs coreligionnaires en intéressant en leur faveur la reine Elisabeth. Plusieurs négociations eurent lieu entre les Calvinistes anversois et la reine d'Angleterre, qui essaya vainement, par ses représentants à Madrid, d'amener à quelques idées de tolérance l'implacable fanatisme de Philippe IL
Vainement aussi nos magistrats représentèrent à la Régente combien l'envoi d'une garnison étrangère devait causer de maux à la ville. De quel poids étaient pour la sœur de Philippe II, nos antiques privilèges, les concessions de nos anciens ducs, nos libertés séculaires et les intérêts de notre commerce?
Marguerite répondit que les ordres précis du roi lui défendaient de ratifier aucune espèce de traité fait avec les Réformés ou les émeutiers et que, s'ils voulaient éviter la colère de Sa Majesté ils devaient se préparer à recevoir la garnison qu'elle était bien déterminée à envoyer à Anvers. Il fallut se soumettre, à moins de se jeter dans la rébellion, qui n'eût plus été désormais qu'un acte insensé. Le 27 avril, nos députés signèrent à Bruxelles un accord par lequel le culte catholique devait être désormais seul toléré, les temples protestants fermés, les prêches interdits, et un nouveau serment de fidélité au Roi exigé «le tous les habitants. Le Large Conseil reconnut même à la Couver-
nante le droit d'introduire à Anvers autant de soldats étrangers qu'elle le jugerait convenable.
Il est facile aujourd'hui d'accuser de faiblesse et de pusillanimité nos magistrats, dont tant de rudes épreuves avaient ébranlé les esprits ; mais l'historien qui pénètre au fond de la situation, doit reconnaître que la résistance était impossible ; qu'elle n'eût épargné à la ville aucun des malheurs qui l'attendaient et lui en aurait probablement attiré de plus terribles encore.
Le prince d'Orange, voyant qu'il n'avait plus rien à faire à Anvers, jugea le moment venu de se mettre à l'abri de l'orage. Il partit le il avril pour Bréda, accompagné d'une centaine de personnes, et bientôt après se retira en Allemagne, après avoir inutilement essayé d'entraîner avec lui son ami le comte d'Egmont. Le comte d'Hoogslraete, mieux avisé, le suivit dans sa retraite, ainsi que les comtes de Berg et de Culembourg.
Le reste de la noblesse, d'Egmont le premier, s'efforça, par sa soumission à la Bégente et son zèle à poursuivre les hérétiques, à faire oublier que son exemple avait encouragé la révolte. Ainsi se trouva dissoute la fameuse ligue dont Marnix avait rédigé le manifeste.
A partir du 43 avril, les prédications protestantes cessèrent entièrement. Le 14, des huit compagnies de la garde urbaine, quatre furent licenciées et désarmées. Le 17, on publia que tous ceux qui avaient pris part au pillage des églises, à l'envahissement du Steen, à l'émeute du pont de Meir, devaient venir se justifier devant les magistrats. 11 va sans dire que personne ne se rendit à cet appel. Enfin, le 27, la garnison dont on parlait depuis si longtemps, fit son entrée à Anvers. Elle consistait en huit compagnies Wallonnes, sous le commandement du comte de Mansfeldt, composées pour la plupart de gens de sac et de corde, parmi lesquels la force et la terreur pouvaient seules maintenir une ombre de discipline.
Marguerite, qui n'avait osé se rendre à Anvers lorsque le prince d'Orange et nos magistrats la suppliaient de venir calmer par sa
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pivsoiu'o rinquiéludc dune population qui, alors, n'était pas encore ilésairoclionnée, se résolut à cette visite lorscju'elle n'avait plus à y rencontrer que de la haine, contenue il est vrai par la crainte et le déploiement de la Ibrce militaire. La troupe de Mansfeld n'avait été que son avant-garde. Elle entra en ville le lendemain 18, accompagnée du duc d'Aerschot, des comtes d'Egmont et de Berlaymont des chevaliers de la Toison d'or, de ses conseillers, et de cinq cents cavaliers. On ne dit pas si beaucoup de cris de joie lurent poussés à son arrivée, ce qui, d'ailleurs, ne prouverait rien. Elle alla droit avec son cortège, à l'église de Notre-Dame, où le clergé la vint recevoir en grande pompe et lui souhaiter la bienvenue. Après avoir assisté au Te Deum, elle alla se loger au Prinsenhof (ancien hôtel Van Lier). Ce n'était pas, du reste, une simple visite que Marguerite était venue nous faire. Elle voulait voir de ses yeux rétablir le culte catholique dans son ancien lustre et effacer les traces des profanations commises l'année précédente. Cette occupation la retint dans nos murs jusqu'au 18 juillet. Tout ce temps fut employé à faire purifier les églises et à les bénir de nouveau; à faire rebaptiser par des prêtres catholiques les enfants baptisés selon le rite protestant; à faire abattre les temples et fermer les écoles des Réformés ; à renouveler les processions et les autres cérémonies extériem-es du culte. De temps en temps aussi on décapitait, pendait, étranglait, rouait ou brûlait vif quelques malheureux, convaincus, par la plus sommaire des justices, d'avoir pris part aux émeutes; car avec le comte de Mansfeldt était entré en ville un personnage que nous avons oublié de mentionner, et qui, à une époque si féconde en bourreaux, s'était acquis dans ce genre une effroyable célébrité : le prévôt Spelleken, plus connu sous le nom delà Verge Rouge. Quelques familles catholiques, qui avaient fui précédemment dans la crainte des Calvinistes, se hasardèrent à rentrer; mais, en bien plus grand nombre, des protestants paisibles, nullement impliqués dans les derniers troubles, auxquels la Gouvernante avait permis de quitter la ville avec tout ce qu'ils possédaient.
456 HISTOIRE DE LA VIEEE D'ANVEIIS.
faisaient leurs préparatifs de départ. Beaucoup de riches marchands profitèrent de cette dernière lueur de tolérance pour transporter en pays étranger, avec leurs capitaux, leur industrie et leur activité, qui faisaient la richesse de notre port.
Enfin l'on vit se dresser de nouveau sur notre cité le spectre terrifiant de l'Inquisition, un moment écarté par l'union des confédérés. Le 24 mai la Régente publia un édit qui rappela les plus mauvais jours du règne de Charles-Quint. Il punissait de mort et de confiscation de leurs biens tous ceux qui auraient prêché en public ou pris part aux cérémonies de l'un des cultes réformés; qui auraient prêté leurs maisons pour des réunions religieuses; qui auraient logé ou même simplement assisté les prédicateurs; les imprimeurs de livres hérétiques; les artistes dont le pinceau ou le burin aurait ridiculisé l'église catholique, en un mot tous ceux qui se seraient rendus coui)ables d'actes du même genre. Les fautes plus légères entraînaient des peines moins rigoureuses. Cet édit déplut fortement à Madrid. « La peine et le mécontentement » du bon roi Philippe furent extrêmes « de ce que l'on avait fait une chose si illicite, si indécente, si contraire à la religion, chrétienne. (•) » En effet, « l'édit ne proscrivait pas le droit d'honorer Dieu en secret, selon sa conscience ; il souffrait qu'un homme fut impunément hérétique au fond de son cœur et au foyer de sa famille, aussi longtemps qu'il ne déclarerait pas publiquement sa foi. C'est ce que ne pouvait admettre l'Inquisition, qui pénétrait dans l'intérieur des maisons et lisait dans le secret des cœurs, exposant au grand jour les pensées cachées et les punissant à l'égal d'actes publics. Marguerite avait encore des leçons à recevoir en fait d'intolérance. (2) « Aussi, redit trop bénin et tolérant fût-il révoqué le 25 juillet suivant. Il n'était plus besoin d'édits quand on avait le code de l'Inquisition d'Espagne.
(1) Gachard, Correspondance de Philippe II, tom. I, pp. 550 et 551.
(2) Prescott, Histoire de Philippe If, t. 11, pp. 317-318.
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La réaction triompliail donc sans conleslalion , non vsculenient à Anvers, mais dans loulc la l>olgi(ino. Unolqncs villes de la Hollande coiilimiaienl senles encore à résister; mais bientôt, entraînées par l'exemple d'Anisieidani ipie Bréderode avait abandonne, elles se soumirent et reçurent des garnisons. La voie était préparée au duc d'Albe. Voici le tableau que trace de la situation du pays, immédiateavant l'arrivée d'Alvarez de Tolède, l'historien cité plus haut :
a Des forteresses redoutées des habitants s'élevèrent dans les principales villes, et les cités rebelles, condamnées à en payer les frais de construction, furent encore chargées de l'entretien des garnisons placées chez elles. Les soldats de Marguerite parcouraient le pays et, s'ils trouvaient quelque part des Réformés réunis pour entendre la parole d'un de leurs ministres, ils chargeaient ces malheureux, les foulaient aux pieds de leurs chevaux, les massacraient sans i)itié ou les chassaient par bandes devant eux, les réservant pour le supplice. Les plus petites villes n'eurent pas à pleurer moins de cinquante de leurs habitants, égorgés de cette manière et le nombre des victimes s'y éleva parfois jusqu'à deux ou même trois cents. On ne pouvait voyager sur les grandes routes sans y être frappé de l'horrible spectacle de cadavres pendus à des gibets, ou sans y rencontrer des troupes de malheureux exilés fuyant la terre natale. Les confiscations, comme toujours, accompagnaient la persécution....
» Les habitants émigraient en foule du pays et il y avait à craindre que les plus belles provinces fussent bientôt dépeuplées. La Régente, qui avait commencé par se réjouir de ce mouvement, à la pensée d'être bientôt délivrée de ses ennemis, s'alarma de voir partir un nombre aussi considérable de travailleurs. Ils passaient en Angleterre où la politique d'Elisabeth les accueillait, sachant bien que, s'ils étaient pauvres, ils apportaient avec eux une connaissance des arts mécaniques qui devait contribuer plus que l'or et l'argent, à la prospérité du royaume. (') »
ir,8 IlISTOll'vE DE LA VILLE D'ANVEHS.
Tels étaient l'ordre et la paix que Marguerite se vantait d'avoir rétablis dans les Pays-Bas, si bien qu'elle trouvait étrange que le Uoi n'en fût pas satisfait et qu'il voulût encore quelque chose de plus. Elle ne comprenait pas ce que le duc d'Albe venait faire, sinon lui enlever son autorité. Aussi était-elle fort mécontente de son arrivée. Cependant la nouvelle de l'approche du farouche guerrier augmentait la crainte générale, et les émigrations se faisaient en masse. On évalue à plus de cent mille le nombre des personnes qui quittèrent la Belgique du mois de mars au mois d'août 1567.
Longtemps avant l'arrivée du duc d'Albe le bruit avait couru que le Roi lui-même devait venir aux Pays-Bas pour y achever l'œuvre de la pacification. A Anvers on l'avait si bien attendu, que le 13 juillet on avait fait une procession solennelle pour obtenir du ciel qu'il fît un heureux voyage et qu'il arrivât promptemenl. Enfin le 12 août quatre navires partirent de notre port pour aller à sa rencontre jusqu'en Zélande. L'astucieux monarque avait entretenu Marguerite dans cette erreur pour lui donner le change sur la véritable mission du duc d'Albe. Il parut n'avoir entièrement renoncé à ce voyage que lorsque déjà son lieutenant touchait aux frontières des Pays-Bas.
Certes, l'espèce d'ordre rétabli par Marguerite ne méritait pas le nom de paix ; mais enfin, elle avait obtenu des résultats immenses : la confédération des nobles était dissoute, le protestantisme proscrit, tout le pays soumis jusqu'à l'abjection, le culte catholique relevé et triomphant. Le temps, une bonne administration et une sage politique auraient pu consolider son œuvre et rendre inutiles et impuissants les projets tramés au dehors par le prince d'Orange. Il fallait pour cela respecter simplement les privilèges et les franchises que notre pays avait possédés de tout temps, et y joindre une liberté nouvelle, que le moyen âge n'avait point connue : la liberté religieuse. Ce fut précisément le contraire que fit Philippe. Ce n'était pas assez que la révolte fût apaisée , il fallait que toutes les libertés du pays fussent détruites et qu'un si terrible châtiment fût infligé à la rébellion, que le seul souve-
(.IIAIMTIIE VINGT ET l MEME. i.V.)
nir on rendit désormais le retour impossible. Voilà la lâche qu'il eonlia au duc d'Albe. Le Tibère de l'Espagne n'aurait pu se choisir un plus digne lieutenant.
Le zèle féroce, l'inflexible rigueur avec lesquels ce dur et laiialique soldat remplit sa mission de vengeance, ont voué à l'exécration de la postérité le noni de Ferdinand Alvarès de Tolède, duc d'Albe. Son ellVoyable notoriété nous dispense de le dépeindre. Nous dirons seulement quelle trace de sang et de ruine il a laissée dans l'histoire de notre cité.
Aussitôt qu'on eut appris à Anvers qu'il avait franchi la frontière du Luxembourg, avec une armée de 10,000 Espagnols et un corps de mercenaires allemands, des milliers de pei^sonnes prirent la fuite. Avant même d'entrer h Bruxelles, il envoya le comte de Lodrona, avec une troupe de 3,600 hommes, relever la garnison vs^allonne dont nous avait gratifiés Marguerite, et dans laquelle il n'avait guère de confiance. Ils arrivèrent le 14 août. Les soldats, au lieu d'être casernes, furent logés chez les bourgeois. D'abord ils se comportèrent assez bien ; mais il n'en fut plus de même, dès qu'ils cessèrent d'être régulièrement payés.
Le 22 le duc d'Albe fit son entrée à Bruxelles. Quand il eut montré à la Régente les pouvoirs dont il était porteur, elle comprit que son règne était fini et qu'elle n'avait plus qu'à demander son rappel. Dissimulé autant que cruel, d'Albe commença par sourire aux illustres victimes dont il voulait endoi^mir la défiance; puis, quand il les tint sous ses grifi'es, il jeta le masque. Le 9 septembre, jour de l'arrestation des comtes de Bornes et d'Egmont, on arrêta aussi l'ancien bourgmestre d'Anvers, Antoine Van Stralen. Un corps de cavalerie entoura sa voiture, près du Luilhagen. On le conduisit d'abord à Lierre, puis à Bruxelles, où il fut enfermé à la prison du Treurenberg. Son crime était d'être luthérien et d'avoir aidé, en compagnie d'Orange et d'Hoogslrate, à sauver Anvers du pillage.
Os arrestations, l'institution de l'infâme Tribunal de samj, les or-
iOO IIISTOIIIE DE LA VILLE D'ANVERS.
donnances qui remettaient en vigueur les placards impériaux, et la publication des décrets du Concile de Trente, portèrent la terreur à son comble. Les émigrations redoublèrent. Outre les cent mille citoyens que la seule arrivée du duc d'Albe avait déjà engagés à se mettre en sûreté, vingt mille autres, qui redoutaient sa vengeance, s'empressèrent de s'y soustraire par une prompte fuite. Est-il besoin de dire qu'Anvers, dont le commerce presque entier, ainsi que nous l'avons vu, était entre les mains d'étrangers, fut de toutes les villes de Belgique celle qui en souffrit le plus? C'était sa vie même qui s'en allait avec ces émigrants. Pour ceux qui restaient, rien ne peut rendre les sombres couleurs sous lesquelles l'avenir se présentait à eux.
Le 24 octobre, le duc d'Albe se rendit dans nos murs, escorté de trois cents lanciers à cheval et de mille fantassins. L'objet de sa venue était l'étude du terrain propre à la construction d'une citadelle, • destinée à tenir la ville en respect et à fournir h ses soldats un abri contre la fureur des citoyens, si jamais ceux-ci osaient relever la tête. Comme les princes souverains, il alla se loger au Prinsenhof.
La construction d'une citadelle avait été décidée depuis longtemps; un tel ouvrage était dans la logique naturelle du despotisme. Elle devait faire le pendant de celle dont Charles Quint avait doté sa bonne ville de Gand.
Il ne s'agissait plus que d'en déterminer l'emplacement. 11 s'en présentait quatre : le premier au Werf, où l'on pouvait relever les ruines du vieux Burgt en l'agrandissant ; le second au Croonenbourg et sur une partie des terrains de l'abbaye S^-Michel ; le troisième au Kattendyk; le quatrième à l'entrée du Kiel, hors la porte de Croonenbourg. Les deux premiers furent abandonnés comme devant entraîner trop de dépenses, h cause du grand nombre de maisons qu'il eût fallu démolir, et sans doute aussi, en ce qui concernait le Bourg, parce que la ville même qui l'entourait pouvait lui couper toute communication du côté de la terre. Au Kattendyk la situation était magnifique parce qu'on dominait l'Escaut de manière à pouvoir empêcher les bâtiments
CIIAI'ITUK V1M;T KT l'iMK.MK. iC'l
vi'iiaiil lie la incr d'arriver jusqu'à la ville. Mais le lerraiu parut trop bas, et la tacilité d'iuoiuler les envirous en perdant les digues, parut être un dani^er pour la défense ('). Ou s'arrêta donc au troisième, qui est celui où la citadelle se trouve encore.
C'était alors un terrain couvert de jardins, de maisons de plaisance et de moulins à vent. Le lendemain de son arrivée, le duc d'Albe en alla faire l'inspection. On se mit immédiatement à démolir toutes les constructions sur un espace de quinze à vingt mille verges. On promit à ceux qui se trouvaient lésés par ces expropriations forcées, de leur céder en échange les terrains à provenir du nivellement des remparts et des fossés de la partie des fortifications qu'il fallait déplacer.
Les plans de la citadelle furent dressés par l'ingénieur Paciotto, d'après les avis du marquis Vitelli et du colonel Serbelloni. Ce fut Paciotto qui dirigea les travaux. La nouvelle forteresse avait la forme d'un pentagone régulier, dont les angles étaient couverts par des bastions. Ces bastions reçurent les noms qu'ils ont conservés jusqu'à nos jours : i" bastion Ferdinand; 2' de Tolède; 3" de Paciotto; ¥ du duc; iy-dWlbe.
La surface intérieure de la citadelle, non compris les remparts, est d'environ 12,000 toises carrées. Le plan primitif a été respecté. L'aire intérieure est la même qu'au temps du duc d'Albe. Seulement les bastions ont été agrandis, terrassés et casemates, et les cinq faces du pentagone couverts par des ouvrages en demi-lune.
Les travaux furent commencés le 27 octobre (1567) et poussés avec tant d'ardeur qu'au printemps suivant le côté nord était achevé. L'ouvrage entier fut terminé en moins de deux ans. Il coûta au delà de 1,400,000 florins, dont 400,000 mille furent mis à charge de la ville: somme qui fut lépartie entre les habitants à raison du centième denier.
(Il Le g<'iiic Diiitlerno en :i jugé Ion! jiiiticiiicnl, et ;i l'Iicinc où nous ocrivon.s ou ,t niiiimcnrj" à nM em)il;icnnf'iit l;i cMiisliiirlinii (riinc socoïK.i»' t;l vaslc riladcllc, - mais dans nue aiihv p«'n<«'f f|iic (flic (jiii liiiiçjcail le dur dWllir,.
Avant même que la citadelle ne fût achevée on y transporta cinquante pièces de canon tirées de l'arsenal, les boulets de pierre et de fer ainsi que la poudre qui se trouvaient à la Porte Rouge et quelques munitions que l'on conservait à l'Hôtel-de-Ville. Ainsi la ville fut promptement désarmée. La garnison du nouveau fort fut composée d'Allemands et d'Espagnols, pour lesquels les bourgeois durent fournir 1400 lits. Quelques jours après on y introduisit encore deux compagnies d'Allemands, dont les literies et les objets de ménage furent mis à la charge des fripiers.
Le 12 novembre on commença à démolir l'ancienne tour de Croonenbourg dont nous avons parlé ailleurs. Le couvent des Chartreux du Kiel fut rasé et transporté à un quart de lieue plus loin au bord de l'Escaut. On démolit aussi les remparts depuis la porte S'-Georges jusqu'à l'Escaut. La porte des Béguines, qui se trouvait à l'entrée de la rue de ce nom, fut reconstruite à son emplacement actuel, ainsi que le rempart qui la relie à la porte S^-Georges. L'espace entre le côté nord de la citadelle et la ville demeura ouvert. Ce fut là le sixième agrandissement d'Anvers. Il n'y avait pas lieu cette fois de s'en rejouir ni d'en être fier.