‹ Histoire de la ville d'AnversChapitre 93 sur 108 · CHAPITRE VINGT-OIJATHIEMK. r>i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-OIJATHIEMK. r>i

parts el sautèrent du haut des nuirs dans les fossés; jjcaueoup de fantassins prirent la même route, mais ils ne faisaient que changer de c^enre de mort : ils périssaient noyés ou étouffés dans la vase. Ceux qui essayaient de traverser le fossé à la nage, étaient atteints d'une balle avant d'avoir rejoint l'autre bord. Tel fut entre autres le sort du seigneur de Thian, de la maison de Mérode.

A ce moment, l'arrivée du prince d'Orange fit cesser le carnage. Plus d'un Français ne pouvait échapper ; les Anversois, dans leur juste colère, voulaient massacrer jusqu'au dernier de ces félons, qui avaient voulu donner la Furie Française pour second acte à la Furie Espagnole. Le Prince les décida à se montrer magnanimes envers ceux dont la vie était maintenant entre leurs mains. On fit donc environ quinze cents prisonniers, au nombre desquels se trouvait Fervaques, évêque de Coutances, et bon nombre de seigneurs de la plus haute noblesse de France.

Quant au Valois, il avait attendu de l'autre côté du pont le résultat de son misérable guet-à-pens. Quand il vit des hommes sauter du haut des remparts dans les fossés, il rit d'abord, croyant que c'étaient des Anversois. Ses courtisans lui firent remarquer que ce n'étaient pas des bourgeois, mais des soldats français. En même temps il entendit une canonnade du côté de la citadelle. Les Français demeurés au Kiel, croyant leurs camarades maîtres de la ville, s'étaient avancés vers la porte de Croonenburg, qu'ils comptaient trouver ouverte : le canon des remparts les avait forcés de battre précipitamment en retraite. D'Alençon se retira au château de Berchem et le même jour il eut la bassesse d'écrire au magistrat d'Anvers pour se plaindre de la manière incivile dont on l'avait reçu, lui et ses gens, et pour le prier de lui renvoyer ses bagages et ses papiers; ce qu'on fit, mais sans l'honorer d'un mot de réponse.

Il est hors de doute que si, sept ans auparavant, lorsque la ville fut assaillie par les Espagnols, les Anversois avaient montré autant d'ensemble et d'énergie dans la défense, Anvers eût été préservée de la plus

terrible des catastrophes. Mais alors le parti national n était pas ori^anisé, et les Espagnols avaient encore pour eux les six années de terreur sous lesquelles le duc d'Albe avait tenu tous les esprits courbes. Ce qui étonne davantage, c'est que le prince d'Orange, avec sa rare sagacité, ait pu se faire illusion sur un personnage aussi méprisable que l'était le duc d'Alençon. Henri IV l'avait mieux deviné. On lit dans les mémoires du duc de Sully que, lorsque ce seigneur quitta le roi de Navarre pour aller avec Turenne, Esternay, Salignac et d'autres gentilshommes protestants, suivre le duc d'Anjou dans les Pays-Bas, le Roi lui dit en confidence : « D'Anjou me trompera bien, s'il ne trompe » tous ceux qui se fieront en lui, et surtout s'il aime jaiuais ceux de la » religion, ni leur fait aucuns avantages; car je sais, pour le lui avoir » ouï dire plusieurs fois, qu'il les hait comme le diable dans son cœur. » Et puis, il a le cœur double et si malin, et le courage si lâche, le corps » si mal bâti, il est tant inhabile à toute sorte de vertueux exercices, que » je ne me saurais persuader qu'il fasse jamais rien de généreux. (*) » La perte des Français, selon Van Meteren, montait Juste à quinze cents, et celle des Anversois juste à quatre-vingt-trois, ce qui faisait juste le chiffre de l'année 1583, et il admire naïvement cette coïncidence providentielle. Les chiffres donnés par Strada sont moins ingénieux cl pour cela nous semblent plus exacts. Cet historien rapporte, suivant des rapi)orts officiels qui lui ont été communiqués, que, pendant les deux joui^s qui furent employés à enterrer les corps des Français, on en retira à j^eu près cinq cents des fossés et Ton en releva dans les rues, dans les maisons et principalement devant la porte de Kipdorp, un peu plus de neuf cents ; qu'en y ajoutant le nombre de ceux qui furent noyés dans la Dyle en fuyant avec le Duc, on peut évaluer avec assez de certitude le nombre des Français qui périrent dans cette déloyale équipée, à deux mille. Ce nombre est encore trop peu élevé, en ce qui concerne ceux qui furent submergés pendant la fuite du Duc

(1) Si'LLY. Economies royales, cli. XV, p. 308.

r.HAPrrr,E viNr,T-ur\Ti\iKMK.

L't (|ue les liislorions évaluciil soûls à doux mille, (le seraiiMil doue entre trois et quatre mille hommes qui auraient payé de leur vie la tentative insensée du duc d'Alençon.

Le magistral d'Anvers lit creuser une immense fosse, dans les remparts mêmes, au pied de la tour qui subsiste encore, reste de Tancicnne porte de Kipdorp. Les cadavres des Français y lurent jetés pèle-mèle, nobles et vilains. Ce lieu fut longtemps désigné sous le nom, aujourd'hui oublié, de c< Tombe des Français, » (het grafder Franschen.) La nouvelle porte de Kipdorp était alors inachevée (elle ne fut terminée qu'après l'an d600); le magistrat fit sculpter sur la façade ce chronogramme qu'on y lit encore : aUXILIUM sULs DeUs. Il rappelle la date d'un événement dont Anvers peut à bon droit s'enorgueillir.

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