C.IIAIMTIIK VlXr.T-ClNoriivMK. ;,i
M'avaieiil cause aucnn mal cl (|iic le pont clail toujours debout, he leur côté, les Zclandais, ne recevant aucun avis des Anversois, ne l)oui;èrent pas. On apprit en même temps, le troisième jour, et la destruction du pont et son rétablissement.
A peine revenu de son étourdisseraent, Farnèse, avec cette pi'omplitude de résolution qui est une des plus précieuses qualités de riiomme de guerre, s'était mis à réparer les dégâts produits par l'explosion. Il mit personnellement la main à l'œuvre. Ses officiers, ses soldats, animés par cet exemple, firent des prodiges. Des vaisseaux intacts remplacèrent les vaisseaux brisés. Dès le point du jour le fleuve était de nouveau barré, si bien que les patrons des galères envoyées d'Anvers à la découverte, purent s'y méprendre de loin et croire le pont toujours entier.
D'autres tentatives du même genre n'eurent pas un résultat plus heureux. L'arrivée des brûlots anversois était désormais chose prévue ; quand on les voyait venir, on ouvrait le pont et, au moyen de longues perches, on les dirigeait vers cette ouverture. Ils passaient outre et s'en allaient à la dérive, objets de curiosité et de railleries pour les Espagnols.
Nous ne parlerons que pour mémoire d'une colossale construction, œuvre d'un nommé Van den Bossche, et dont on attendait des effets si heureux, qu'on l'avait surnommée Fin de la (juerre. C'était une machine flottante longue de 112 pieds et large de 50, si l'ormidablement armée, qu'elle devait, en éclatant, anéantir d'un coup et le pont, et les deux forts et Farnèse avec son armée. Quand on voulut en faire l'essai pour aller détruire un petit fort construit sur la digue d'Oorderen, la Fin (le la guerre s'enfonça dans la vase. Plus tard elle tomba au pouvoir de Farnèse qui la fit démolir.
Marnix, qui n'avait jamais fondé de bien grandes espérances sur toutes ces machines, n'éprouva pas non plus une très -grande déception en les voyant échouer. Ce qui l'ainigeait bien plus, c'était la mollesse que les Confédérés du Nord mettaient à secourir une ville qu'il
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considérait coïutne le boulevard de la Hollande el de la Zélande. Il commençait à comprendre que les Étals Généraux, tout en allacliani le plus grand prix à la conservation d'Anvers, en attachaient un plus grand encore à la conservation de leur flotte, sur laquelle s'appuyait toute leur défense, et qu'ils ne voulaient pas la risquer sur l'Escaut au milieu des batteries espagnoles. 11 s'agissait cependant de pourvoir au ravitaillement de la place, qui allait être obligée de se rendre i)ar famine. Pour cela, il fallait h tout prix rétablir les communications avec la Zélande. Marnix fit adopter le projet d'essayer de reprendre la digue de Cauwenstein, ou, du moins, de la percer, ce qui eût permis de naviguer avec des bateaux plats sur les inondations, depuis Bergenop-Zoom jusqu'à Anvers.
Aussitôt que Farnèse se fut rendu maître de la digue de Cauwenstein, il s'était hâté de s'y fortifier en y élevant, à des distances convenables, cinq forts, dont la garde avait été confiée aux officiers les plus distingués de son armée. Le premier de ces forts, érigé à l'endroit où la contre-digue, en se joignant à celle de l'Escaut, forme avec elle une croix, fut appelé fort S^"'-Croix. Le second, à proximité du château de Cauwenstein, fut nommé fort SMacques. Les autres reçurent les noms de forts S^-Georges, de la Palissade et de Slabroek. Le comte de Mansfeld était campé près de ce dernier et entretenait, par la digue, des communications avec le pont et le quartier général de Beveren.
Marnix concerta son plan d'attaque avec le comte de Hohenlohe. Trois fanaux, allumés de nuit au sommet de la tour de Notre-Dame, devaient avertir le Comte du moment où les Anversois feraient voile avec tous les vaisseaux armés qui se trouvaient dans le port. Marnix lui-même devait donner, du fort de Tholouse, le signal d'allumer ces fanaux. Malheureusement, les gardiens de la tour ne l'attendirent pas et allumèrent avant que les Anversois ne fussent prêts.
Les Zélandais, trompés par ces signaux, commencèrent l'attaque, occupèrent la digue et s'y maintinrent pendant plusieurs heures en déployant la plus grande bravoure. Mais comme ils n'étaient pas
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secourus par ceux d'Anvers, ils lurent bientôt obligés de se rembarquer, sans avoir eu le temps de percer la digue.
Cependant on résolut de tenter une seconde attaque, mieux concertée. Cette expédition eut lieu le 26 mai. Elle devait être décisive. Les Anversois et lesZélandais débarquèrent presque en même temps sur la digue, sur un point situé h égale distance des deux forts de S' Georges et de la Palissade. Ils commencèrent aussitôt, sous le feu de l'artillerie et sous une grêle de balles, à élever des retranchements avec des fascines, des gabions, des sacs de laine et de terre qu'ils avaient apportés avec eux. En même temps les pionniers avaient entrepris la coupure de la digue. La flotte était munie d'une artillerie considérable, qui canonnait incessamment les forts et protégeait les travailleurs. Bientôt les Espagnols sortirent de leurs redoutes. Un combat s'engage, corps à corps, acharné, furieux, sur cet étroit terrain où à peine quatre hommes peuvent tenir de front. On se presse sur les deux versants et au pied de la digue, dans l'eau jusqu'à mi-corps. Marnix donnait l'exemple aux siens, et déployait un courage et une valeur que les écrivains catholiques eux-mêmes ont loués. « Si, pour ma personne, dit-il, je m'y suis comporté en gentilhomme de bien et d'honneur, je m'en rapporte à mes amis et à mes ennemis. »
Les Anversois avaient réussi, après cinq heures de combat, à s'établir derrière leurs retranchements improvisés, et à forcer les Espagnols à la retraite. La coupure avançant trop lentement à leur gré, ils déchargèrent à la hâte un vaisseau zélandais chargé de grain et portèrent les sacs par-dessus la digue h bord d'un bâtiment anversois, sur lequel montèrent Marnix et le comte de Hohenlohe. « Ils cinglèrent comme en triomphe vers la ville, dit Schiller. Leur présence remplit les habitants du plus grand espoir, et, comme si déjà la victoire leur eut appartenu, ils s'abandonnèrent à une joie immodérée. On sonna les cloches, on fit des décharges d'artillerie, et les habitants, hors d'euxmêmes, se pressaient hors de la porte d'Austruweel pour voir arriver les vaisseaux chargés de vivres, qui déjà devaient être en chemin. »
Mais ce qu'on vil arriver, au lieu des vaisseaux attendus, ce lut la Hotte anversoise en déroute. Lq départ de Marni.v et du comte de llo- Iienlohe avait été fatal aux Confédérés. Mansfeld et Mondragon les avaient assaillis avec des troupes fraîches, et enfin Farnèse lui-même était venu de Beveren au secours des Espagnols. Les Confédérés, de leur côté, avaient aussi reçu du renfort venant de Lillo avec la marée montante. Les troupes qui avaient si vaillamment combattu, se retirèrent sur les vaisseaux pour faire place aux nouveaux débarqués. Mais ceux-ci, en se voyant sur cette étroite digue, exposés de toutes parts aux coups des Espagnols, perdirent contenance après avoir combattu une demi-heure à peine, se sauvèrent dans leurs barques et entraînèrent les auxiliaires anglais et écossais. La déroute fut complète. La digue était perdue ; le fort du Boerenschans tomba au pouvoir de l'ennemi. Les Confédérés perdirent plus de deux mille hommes et trente vaisseaux avec toute leur artillerie. Du côté des Catholiques la perle s'éleva à plus de mille hommes, la plupart italiens ou espagnols.
L'attaque de la digue de Cauwenstein fut la dernière tentative faite pour délivrer Anvers. Dès lors, tout espoir d'être secouru était perdu. Marnix seul, quoique nul mieux que lui ne connût la profonde détresse où se trouvait la ville, parlait encore de continuer la lutte. Mais les pressantes instances du magistrat, les clameurs populaires et, plus encore, son désir d'épargner à Anvers Thorrible sort de Naarden, de Haarlem et de Maestricht, le décidèrent à entrer en communication avec Farnèse pour jeter les bases d'une paix honorable. Auparavant, et pour mettre sa conscience et son honneur à l'abri de tout reproche, il ordonna une enquête solennelle sur les moyens que l'on avait encore pour prolonger la résistance. En même temps un des échevins, Jacob Zuërius, fut dépêché vers les États de Hollande et de Zélande pour les informer de la nécessité où l'on se trouvait de traiter avec le joi d'Espagne. Voici quel fut le résultat de l'enquête sur les vivres ; nous l'empruntons à la justification de Marnix :
Au premier juin, « il se liouva en lout, seulement le nombre de
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(|ninze mille deux ccnl soixante cincq virtaiix, cliacmi de cent quaraiile liuict livres de pain : et quelques deux cent soixante et dix balles de ris, revenants en bledz à cincq cent virtaux : de l'orge mondée deux mille livres : de ciches ou i)ois d'Espagne environ quatre cent cinquante livres.... Ce qu'estant réduit en une masse, portoit pour quatre vingt quatre ou cincij mille testes, environ une livre de pain par teste l)Our un mois; et quand on presupposeroit qu'a la ville il n'y avoit que quatre vingt mille âmes, comme il y avoit pour le moins et beaucoup d'avantage, il monteroit a trente quatre livres par teste, qui seroit pour un mois et trois ou quatre jours en distribuant a cbascun une livre par jour. »
D'après ce calcul, la provision avait dû être complètement épuisée dès les premiers jours de juillet, et pourtant, l'accord ne fut conclu que le 27 du mois d'août! Pendant les deux mois et demi que durèrent les négociations, la disette atteignit des proportions effrayantes. On s'aida de quelques blés trouvés encore dans les faubourgs; on fit du pain avec de la drècbe, on mêla à la farine les ingrédients les plus étranges : « On y avait cuit avec le pain tout le maut (malt, drèche), fèves, pois, ciches, ris, que l'on avait pu recouvrer, et mesmes de la semence de canarie et de la paille, par ou le pain deveint si malplaisant, (d'autant mesme que plusieurs boulengiers ne le scavoyent cuire,) que par deux ou trois fois le peuple s'esleva tellement que le magistrat s'attendoit à l'Hôtel de Ville sinon un tumulte gênerai. »
Ce « degout et malplaisance du pain, qui contraignit les pauvres de consumer tout ce qu'ils avoient de réserve, plustôt que d'en vouloir manger » fut une des causes qui firent durer les provisions plus longtemps. « Avec le pain faillit quant et quant, et la chair, et le frommage et le beurre, et le poisson salé et tout ce qui pouvoit sustenter le corps humain;... et mesmes a l'occasion que le maut estoit tout consumé en pain, la bierre défaillit aussy bien que le reste. Tellement que et les povres et les mesgnies (domestiques) des familles de gentilshommes et riches bourgeois ne beuvoyent que de l'eauë, laquelle ceux qui
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avoyenl les moyens mesloyent avec un peu de vin, duquel on avoil diminué les dasses (taxes) pour ce regard; el dura ce mesnage encor bien longtans après Vaccord. »
« D'autre costé, continue Marnix, s'il y avoit faute de vivres, certainement celle d'argent estoit encore plus extrême. Si bien qu'il ne ne nous restoit un seul sols par manière de dire, pour donner le moindre contentement ny aux soldats, ny aux matelots, estant d'heure en heure menassez d'extrêmes altérations et mutineries. »
Ce qui est une preuve de la sagesse et de la bonne administration de Marnix, c'est que le pain, malgré sa rareté, ne l'ut jamais d'une cherté excessive, car le chiffre de 28 sols, cité par lui, est peu de chose en comparaison du prix où atteignit le pain dans d'autres sièges, notamment à Haarlem et à Leyde, au temps du duc d'Albe. Et pourtant, dans ces places, les vivres n'étaient pas aussi complètement consommés qu'ils l'étaient à Anvers à l'époque de sa reddition.
Une preuve d'habileté plus grande encore, c'est d'avoir su cacher à Farnèse, jusqu'à la dernière heure, l'extrême détresse de la ville. S'il l'eut connue, le lieutenant de Philippe II n'eût eu qu'à se croiser les bras, en attendant que la ville se rendit sans condition.
C'est dans cette négociation délicate, d'où devait dépendre le sort d'Anvers, et peut-être celui des Provinces-Unies, que la fermeté, le tact et la prudence de Marnix éclatèrent dans tout leur jour. 11 fit d'abord écrire secrètement par son ami Jean Van Damme, ancien bourgmestre de Courtrai, à Richardot, président du Conseil d'Artois et le plus iniluent des ministres de Farnèse. Van Damme manda à Richardot, comme de son propre mouvement et sous le sceau du secret, qu'il savait Marnix disposé à traiter de la paix, moyennant qu'il fût assuré qu'on lui donnerait de bonnes conditions. Richardot se hàla de répondre que le désir de Son Altesse était conforme à celui du bourgmestre d'Anvers, et il engageait ce dernier à venir s'aboucher avec le prince de Parme. Marnix écrivit alors directement à Richardot pour confirmer ses intentions pacifiques, mais déclara que ceux de la cité n'enten-
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(laienl (railor (\iw de plein accord avec ceux de la Hollande el de la Zélande. La ville, ajonlait-il, devait demeurer unie avec les pmvinciv'^ conledc-rées, car un traité particulier pourrait entraîner, avec l'anéantissenient du commerce d'Anvers, sa ruine et sa désolation. Dans la pensée de Marnix, Anvers était et devait demeurer la véritable métropole des Provinces-Unies, et ne devait se soumettre qu'avec elles, (détail une £?rande et noble pensée, mais qui aurait dû être mieux comprise et plus vigoureusement soutenue par les Confédérés du Nord.
Ces ouvertures préliminaires furent interrompues par l'indiscrétion d'un sieur Van der Werve, qui, revenant du camp de Beveren, y avail entendu parler de la correspondance entre Marnix et le prince de Parme. Marnix eût désiré n'admettre dans le secret de ses relations diplomatiques qu'un ou deux membres principaux du magistrat. Maintenant la Commune entière en voulut être instruite, ce qui rendait les négociations à peu près impossibles. Elles furent momentanément suspendues; ceux de la Commune envoyèrent de leur part des députés en Hollande et en Zélande pour connaître l'intention des Confédérés « tant au regard du secours attendus que sur le point de l'accord. « Cette mission fut confiée, par les Cbefs-Hommes et les Quartiniers, à Jacques l'Hermite et à Daniel Van der Molen, et par les Corporations, à Pierre van Panhuys et à Bonaventure de Molenaer.
En même temps Marnix délibéra avec les Colonels et les Capitaines pour rechercher les moyens de prolonger la défense jusqu'au retour des députés, qu'on espérait voir revenir avec de bonnes nouvelles. On n'€n trouva pas de meilleur que de faire sortir une moitié de la population pour sauver l'autre ; « car il estoit impossible de pourvoir aux nécessités, n'estoit que la ville fût allégée de trente ou quarante mille bouches, et principalement des personnes suspectes ou inutiles à la guerre. » Marnix olfrit, pour donner l'exemple, de faire sortir, avant tous autres, sa femme et ses enfants. Mais cette résolution fut vaine. Aucune autorité dans la ville n'était assez forte pour la mettre à exécution. On ne parvint jamais à expulser plus de quaire ou cinq cenis
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étrangers et vagabonds; encore, chassés par une i)orle, rentraient-ils par une autre.
Il en fut ainsi de la plupart des moyens proposés. La même cause de faiblesse que nous avons déjà signalée, c'est-à-dire l'absence d'autorité réelle résultant de la confusion des pouvoirs, rendait impossible toute mesure qui exigeait de la résolution et de l'énergie.
Le peuple, inquiet, souffrant, découragé, accueillait avec une avide crédulité les nouvelles les plus alarmantes. Des malveillants ou des traîtres entretenaient son agitation. C'est ainsi que le bruit se répandit qu'on voulait exterminer en une nuit tous les Catholiques. Cette rumeur, si absurde qu'elle fût, faillit à provoquer une lutte terrible. Non seulement les Catholiques, mais les Luthériens aussi se mirent en armes et demeurèrent pendant plusieurs jours et plusieurs nuits sur le quivive. Ce ne fut pas sans peine que Marnix parvint à rassurer les Catholiques en faisant arrêter et écrouer à la prison du Steen l'inventeur et le propagateur de cette stnpide calomnie, un capitaine du nom d'Edouard de Ghistelles.
Durant toutes ces lenteurs, Farnèse resserrait le blocus d'Anvers. A la fin de juin il s'empara de Borgerhout et de tous les châteaux fortifiés autour de la ville, tels que Berchem, Sterkenhof, Cantecroy, Stralenhof, Lanternehof, Gallifort, Hoboken. Le mince espoir qu'on avait fondé sur la récolte croissant dans la campagne, s'évanouit. Les soldats espagnols l'avaient foulée et détruite. Personne ne pouvait plus sortir des portes de la ville sans s'exposer à être fait prisonnier ou mis à mort. Des séditions partielles avaient lieu chaque jour dans différents quartiers. Le peuple demandait à grands cris qu'on fît la paix. Le 6 juillet, les vivres se trouvèrent si complètement épuisés, qu'il n'y avait plus que <•< ce qu'on tirait avec grande peine, difficulté et trouble, des maisons des particuliers. » Enfin la position n'était plus tenable. Le 8 juillet, le Large Conseil décida qu'on enverrait des députés au prince de Parme pour traiter de la paix, tant au nom de ceux d'Anvers que de ceux de Malines, qui avaient demandé d'être compris dans la négocia-