‹ Histoire de la ville d'AuxerreChapitre 23 sur 71 · X. Les précautions prises contre les habitans des · texte numérisé non relu

X. Les précautions prises contre les habitans des

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faubourgs n'empêchèrent pas la contagion de pénétrer dans la ville, et le 21 octobre, le nombre des malades , à l'hôpital S.-Hocb , était si grand , que , sur la demande du Prévôt de la santé , le Maire y envoya un commis aventurier et un Gapucin.de plus. V. n. xjv.

XI. Le 29 octobre , le Crieur de nuit étant mort , le Corps municipal arrêta « que , suivant l'ancienne » et louable coutume d'entretenir toujours les gens » de bien , par l'éveil du Crieur , à prier Dieu pour » les trépasses , et prendre garde aux accidens de feu » qui peuvent arriver , Simon Maréchal , sonneur de » la Cathédrale , remplacera le défunt , attendu le » rapport de sa pnidhommie , suffisance et expérîen- » ce , aux mêmes droits que son prédécesseur , par >» forme de dévotion. »

XII. Probablement la détresse de la ville, et l'irritation du peuple contre les dépenses du Collège , avaient déterminé le Corps municipal à supprimer la chaire de philosophie , car , à la rentrée des classes , au mois de novembre , les Religieux de S. Germain en établirent une , et la philosophie fut enseignée aux jeunes gens du pays , par le Prieur , Dom Philibert Tissu.

XIII. 19 novembre , l'arrêt du 20 juillet avait suspendu les poursuites des créanciers , mais il n'avait pas fait main-levée de leurs actes conservatoires; et comme il en existait sur tous les revenus communaux , les Officiers municipaux , ne pouvant plus disposer d'une obole , se trouvèrent dans l'impossthilitc d'administrer. Ainsi poussés à boni , e( re-

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marquant que presque toutes les saisies provenaient d'habitans de la ville, ils prirent une délibération portant qu'ils abandonneraient leurs fondions , aux risques de qui il appartiendrait, si ces habitans , sommes de retirer leurs saisies , s'y refusaient. Celte mesure leur réussit. Les créanciers Auxcrrois , voyant qu'ils s'exposeraient à l'animadvcrsion de leurs concitoyens , sans obtenir de paiement , puisque l'arrêt de sursc'anec y mettait obstacle , levèrent leurs oppositions.

Le 23 du même mois , un second arrêt du Conseil fut rendu contre d'autres créanciers, qui avaient formé opposition à l'arrêt de sursc'anec , accusant les Officiers municipaux de dilapider les revenus de la ville. Us furent renvoyés devant le Prince de Condé , et les Klats de Bourgogne , pour faire juger leurs plaintes en divertissement des deniers communs.

XIV. Le ifr décembre, enfin, la contagion cessa totalement , et les Officiers municipaux firent fermer l'bôpital S.-Rocb. Leur délibération à ce sujet porte : « que le R. P. Capucin , avant de se rendre dans » son couvent , est prié de se retirer à l'bôpital de » Sic- Marie-Madeleine , pour y prendre le lait. » Les sommes imposées aux habitans pour les dépenses de l'bôpital pendant celte invasion , se sont élevées à 2,4 1 8 livres.

XV. Le 23 , le Prince de Condé étant venu passer quelques jours à Mailly-Cbâlcau , les Officiers municipaux lui députèrent MM. Tribolé, Maire, et Louise t , Ecbcvin , qui lui présentèrent un mémoire justificatif sur l'accusation de dilapidation portée contre eux

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devant le Conseil. Ce mémoire contenait aussi le tableau des misères de la ville et des embarras de ceux qui en avaient l'administration. Son ordonnance en réponse fut sévère. Il leur déclara « que les Ma- » gistrats actuels devaient incessamment forcer ceux » qui les avaient précédés , et tous ceux qui avaient » manié les deniers de la ville , et n'en avaient pas » rendu compte , à remplir à cet égard leurs obli- » gâtions ; à peine par ceux en ebarge , en cas de » négligence , de répondre en leur nom de tontes » les poursuites des créanciers. »

Pour expliquer cette crise singulière , dans laquelle la ville se trouva , et dont elle ne put sortir que 3o ans après , je dois, en en signalant les causes , justifier cette centralisation des administrations supérieures si violemment attaquée aujourd hui , et qui n'en est pas moins une tutelle nécessaire sur les administrations locales , où les passions personnelles exercent trop souvent une dangereuse influence. Je trouve ces causes en grande partie détaillées dans une requête adressée plus tard par les Officiers municipaux euxmêmes. Depuis longues années , l'administration municipale avait contracté l'babitudc tracassière d'intenter des procès sous les prétextes les plus frivoles. Elle avait à cette époque quarante quatre procès à soutenir , savoir : un aux requêtes du Palais , huit à la Cour des Aydes , dix-sept au Conseil , et dixhuit au Parlement ; c'est-à-dire , qu'elle entretenait quatre fabriques de procédures , qui seules auraient ruiné une ville plus opulente. Presque toujours le Maire ou quelques Echevins étaient à Paris ou à

IJijon , pour solliciter le succès dje ces affaires , et étaient taxes à 6 et 12 livres par jour , indépendamtle leurs dépenses. Les frais de ces voyages sont évalués dans la requête a '2,000 livres par an. Pour se rendre les Magistrats favorables f et avoir auprès d'eux d'utiles protecteurs , tous les ans on achetait des meilleurs vins du pays , et le Maire ou un Ecbevin allait les distribuer aux Princes, aux grands Seigneurs , aux chefs mêmes de la Magistrature ; et cela avec une persévérance inconcevable , car la ville perdait presque toujours ses procès. La requête évalue ces cadeaux à 1 ,5oo livres. Une funeste étiquette du temps voulait qu'au passage d'un Grand , le Maire du pays ne se présentât à lui que les mains pleines; ces présens , dans la requête , sont portés comme une dépense annuelle de 1,200 livres. La crainte des vexations de la part , soit des fermiers des droits du fisc , soit des Officiers nommés par le Hoi , portait toujours les habitans à traiter avec eux , pour faire exercer les droits et les offices par des personnes du choix du Corps municipal. Il en résultait une administration moins malveillante , mais aussi des pertes énormes ; enfin , avec une telle gestion , la caisse municipale était à chaque moment épuisée, et l'on était réduit à emprunter à intérêt, sous la responsabilité personnelle des Officiers municipaux. A ces causes de ruine, imputables aux habitans , il faut en ajouter de plus graves encore, mais indépendantes de leur volonté. Depuis la mort d'Henri IV , les rébellions continuelles des Prim es et des Grands tenaient constamment la France en armes. Oe là , des levées exlra-

ordinaires d'hommes , de subsistances et d'argent; des passages de gens de guerre ; l'obligation d'entretenir des fortifications anciennes qui croulaient de toutes parts , et de faire perdre aux habitans la moitié de leur temps dans les corps-de-garde. Tel est le tableau fidèle de l'état de gaspillage et de misère dans lequel se trouvait la ville à cette cfpoquc. V. 1666, n. vin.

I. 24 janvier , suivant l'habitude , les Officiers municipaux font acheter 5o feuillettes de vin de dessert , et envoyent à Paris un Echevin , offrir des e'trennes aux protecteurs de la ville.

II. 4 mars » alignement donne pour la construction de l'Eglise des Ursulincs.

III. 11 avril, le Maire reçut du Ministre la commission donne'e par le Roi au Duc d'Enguien , pour remplacer , dans le gouvernement de la Bourgogne , le Prince de Conde' son père , commandant l'arme'c qui , dans le midi , allait être opposée aux Espagnols. Le Maire était charge' de faire enregistrer cette commission au Bailliage et de la faire parvenir au Duc. M. Navarc , Echevin , fut envoyé' à Dijon , pour la présenter luimême au jeune Prince , et lui demander la même bienveillance que son père avait toujours eue pour la ville.

IV. 3 juillet , on s'aperçut que la contagion recommençait ses ravages dans les faubourgs ; en vain on prit les précautions ordinaires en fermant les portos ; le 8 on la trouva dans la ville môme , et en peu de jours elle y fit des progrès cITrayans. L'hôpital S.ftoch avait c'te ouvert , mais il n'y avait qu'un aven-

turicr pour recevoir et soigner les malades. Le i5, le Prévôt de la santé vint à l'hôtel de ville se plaindre de ce peu de soins , et représenter que n'y ayant ni chirurgien ni prêtre , les malades mouraient sorts êiïc ni medicameniès ni administrés. On s'empressa d'y envoyer le sieur Claude Hcuvrard , Chirurgien , un Capucin , un second aventurier , et bientôt après deux Ucligieuscs de l'Hôtcl-Dicu.

Le 3o , l'alarme devint si générale , qu'une partie de la population s'enfuit, et que les Chanoines de S.- Etienne convinrent entre eux, par un acte capitulaire, qu'il leur était permis de quitter la ville , à la condition que l'absent ne perdrait que trois livres par mois , au profit des présens. Le 20 août , ces derniers arrêtèrent qu'aucun deux n'irait dire la messe dans une autre Eglise , sous peine de huit livres de marance ; ils se recommandèrent en outre de n'admettre de pénitens à leur confessionnal, qu'avec prudence et discrétion , et le 29 , la porte du chœur cessa de s'ouvrir pour tout autre que les Chanoines. La mortalité continua pendant tout le mois de septembre , et tint les esprits dans un tel état de terreur , surtout après la mort du sieur Jodon , célèbre Avocat , et celle du sieur Hcuvrard , Chirurgien de 1 hôpital S.- Roch , que le premier octobre arriva sans qu'il eût été possible d'assembler les habit ans pour l'élection des Echevins qui devaient entrer en place à cette époque ; et que le 3 , le Maire , M. Tribolé , cessant de paraître à l'hôtel de ville, huit Echevins l'imitèrent dans sa fuite.

Cependant les intérêts des habitans n'avaient jamais eu plus besoin d'administrateurs zélés que danscettecir-

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constance ; aux dépenses ordinaires se joignaient celles que commandait impérieusement la maladie contagieuse ; et quand les six Officiers municipaux restes à leur poste, pouvaient à peine suffire aux besoins de chaque jour , ils reçurent , le 3o octobre , une lettre des Elus généraux , leur annonçant que , par suite de ce qui avait été décide aux Etats de lieaunc , le 18 novembre 1 636 , la province allait être imposée à 240,000 livres en argent, et pareille somme en blé pour la nourriture des garnisons pendant l'hiver. Effrayes de ce surcroit de tribulations , ils sollicitèrent le Maire et leurs autres collègues de se reunir à eux pour aviser au moyen d'en sortir. Leurs démarches ayant été inutiles , ils arrêtèrent le 7 , qu'en protestant de rendre les Officiers absens responsables de leur conduite , ils en informeraient le Prince -gouverneur , ainsi que le peuple dans une assemblée générale.

Heureusement , comme les années précédentes , à mesure que la température se rafraîchissait par les approches de l'hiver , la contagion atteignait moins de personnes , et cédait plus facilement aux procédés curatifs. Cette amélioration dans l'état physique de la ville faisait rentrer les absens , et le 1 4 » M. Ythicr L#eclerc , Gouverneur du fait commun , qui remplaçait le Maire , ayant annnoncé qu'il avait obtenu de M. le Lieutenant général , l'autorisation d'assembler le peuple \ il fut arrêté qu'il le serait pour le lendemain 1 8. L'assemblée eut effectivement lieu , et fut nombreuse. De vifs reproches y furent adressés aux Of-

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ficiers qui , plus attachés à leur santé qu'à leurs devoirs , avaient abandonne l'administration dans un instant aussi critique. Des réflexions de cette nature exprimées par le peuple , le sont toujours dans un style amer et menaçant. Tel fut , sans doute , celui qui se fit entendre dans l'assemblée , car le Maire et tous ceux qui Pavaient imité dans sa désertion , reprirent leurs fonctions.

V. Le premier objet dont il fallut s'occuper , fut l'exécution d'un arrêt du Conseil, du 16 octobie précédent , qui terminait un grave procès concernant le commerce des vins. Le 4 m&i 1 63y, l'administration municipale , pour accroître ses ressources , avait obtenu des lettres patentes qui l'autorisaient à instituer vingt courati ers (courtiers) , réduisaient le droit de courtage à trois sols par muid de vin , pour celui vendu dans les caves , et à deux sols pour celui vendu dans les étapes et marches , mais ajoutaient au monopole de la ville , les reliage 9 tirage et chariage des vins , pour lesquels il lui était atribué vingt sols par muid. La Cour des Aydcs , s'apercevant des entraves que ce monopole mettrait à la liberté du commerce , n'enregistra les lettres qu'avec de fortes restrictions. Le Corps municipal , qui fondait de grandes espérances sur son produit, et Pavait deja affermé au sieur Laurent Armand , obtint du Conseil d 4 Etat un arrêt qui leva ces restrictions. Mais lorsqu'on voulut l'exécuter , tous ceux qui se mêlaient de courtage , tous les tonneliers et les cbarrctîers qui ne pouvaient plus se permettre , soit d'acbeter des vins , soit de les relier, les tirer des caves , ou les ebarroyer.

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sans être brevetés de la ville , et lui payer des droits , s'élevèrent vivement contre cette mesure , qui , effectivement, comprimait infiniment l'industrie. Un grand nombre d'individus, parmi lesquels se fit remarquer un nomme Ragot, continuèrent d'agir comme auparavant, et les Officiers de l'Election se refusèrent à les poursuivre. Il fallut de nouveau se pourvoir au Conseil ; deux arrêts, des 12 mars et i5 mai 1 638 , autorisèrent l'administration municipale , ainsi qu'Armand son fermier , à faire emprisonner les contrevenans , comme perturbateurs du repos public , avec injonction a l'Ëlection de leur faire leur procès et de les punir comme tels. Cette rigueur, loin d'intimider les mecontens , ne fit que les irriter. Ragot et tous ceux qui s'associaient à sa désobéissance , formèrent opposition à ces arrêts ; une instruction contradictoire auConseil en fut la suite. A l'instigation des premiers opposans , tous ceux qui , de Pans , venaient s'approvisionner à Auxcrrc , les PP. Jésuites , ceux de l'Oratoire , ceux de la Cbarité , les Dominicains , le Corps des marchands de vin et le Prevot des marchands , intervinrent , réclamant la liberté du commerce. Leurs demandes furent accueillies par l'arrêt du 16 octobre; il fut permis aux inlervcnans et à tous autres de faire faire les reliage , tirage et chariage de leurs vins par qui ils le voudraient , de faire leurs achats directement et sans couratiers , sauf , s'ils en voulaient un , à ne prendre qu'un de ceux bre'vetes par la ville , avec la condition que , soit qu'ils en prissent , soit qu'ils s'en dispensassent , ils seraient tenus de payer le droit de courtage , que

le Conseil éleva à cinq sols dans les caves , et quatre dans les marches.

Le règlement fait par l'administration municipale pour les couratiers , et qui fut exécuté , mc'ritc , par la sagesse de ses dispositions , d'être connu. « Quand » ils conduiront des acheteurs , ils les conduiront de m cave en cave , sans acception de personne ; ils ne » recevront des vendeurs et des acheteurs que ce qui » leur sera volontairement haillé ; (ils avaient leur » droit de courtage) ils laisseront au vendeur un billet >» signe' d'eux , contenant la quantité' vendue , le prix » et la promesse de paiement ; ib tiendront registre » de leurs opérations , et en remettront un extrait n a la Mairie tous les mois ; ils ne pourront acheter » du vin en herbe , (avant la récolte) à peine de con- >. fiscation ; en cas d'empêchement , ils ne se feront >. représenter que par un d'entre eux. »

VI. Dans le cours de cette année , on renouvela presque entièrement la charpente de la flèche de l'horloge , qui menaçait de tomber.

1. Le 4 janvier , le Prince de Condé , à qui les Officiers municipaux restés en fonctions , pendant que le Maire et huit de leurs collègues les avaient abandonnées , avaient rendu compte de cette défection , vint à Auxerre pour avoir une connaissance exacte de ce qui s'était passé, et des causes de cette mésintelligence. On peut croire qu'il aperçut que les torts de part et d'autre se compensaient , car il ne prit -aucune mesure , et manifesta le désir que le

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Maire le suivît à Paris , pour conférer avec les Ministres sur les moyens d'améliorer le sort de la ville. V. i64i » n. i. Il ne parvint pas môme à rétablir l'harmonie entre le Maire et ses collègues , qui ont laisse' , dans une délibération du 6 janvier , des traces remarquables de leur antipathie. Le Maire , de'fe'rant au désir du Prince , demande qu'on lui remette les papiers , mémoires et instructions qui peuvent rendre son voyage utile aux habitans t et des deniers pour le faire. On lui répond qu'il a la clc' des archives et peut y prendre ce qu'il jugera nécessaire , mais en présence de MM. Leroi , Boucher et Chacherc ; qu on ne peut pas lui donner deniers , attendu que , loin que le Receveur en ait de libres , il est en avance de 4>5oo livres. Malgré cette pénurie qu'on lui oppose , on arrête de faire l'achat de 60 feuillettes de vin pour être distribuées à Paris , non par lui , mais d'après les ordres du Prince de Condé. Le Maire proteste , signe , puis biffe sa signature.

II. Sur la fin du même mois , une grande injustice , audacieusement commise , fut sollenncUcment réparée. La taille spéciale pour la nourriture de l'armée , par suite de la décision des Etats de Beaunc , devait être répartie sur tous les habitans, sans avoir égard à aucun privilège. Cependant, en faisant cette répartition , les Officiers de l'Election avaient oublie d'y comprendre les Magistrats du Bailliage , ceux des eaux et forêts , et de toutes les Justices royales , ils s'étaient oubliés eux-mêmes ! en sorte que la partie opulente de la population laissait à la plus pauvre le poids entier de cet énorme impôt. Heureusement ,

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la collecte des tailles se faisait sous la surveillance des fabriciens des paroisses , à qui les rôles étaient envoyés. L'oubli des Magistrats , très-nombreux à cette époque , fut bientôt aperçu , et l'indignation des contribuables fut extrême. Les paroisses furent aussitôt assemblées ; elles se réunirent ensuite par dès députes de ebacune d'elles , qui adressèrent au Procureur général du Conseil une plainte amère contre cette révoltante opération. Le 19 janvier , le Conseil annula tout ce qui avait été fait; ordonna qu'une nouvelle répartition comprendrait tous les privilégies sans exception , conformément au décret des Etats; et chargea les Officiers municipaux de faire imprimer, afficher et publier au prône des paroisses cet arrêt. Ce qu'il y a de fort singulier dans cette circonstance , c'est que le Maire était Lieutenant criminel , que la plupart des Echevins étaient également du nombre des Magistrats contre qui justice était faite ; qu'obligés d'accuser réception de l'arrêt , ils ne purent pas se dispenser de mettre dans leur délibération un mot de remercîment pour le pays > et qu'en effet , elle porte que M. le Procureur général sera remercié de son zèle à faire cesser la foule du peuple.

III. q février, mort de M. Chevalier , Lieutenant général. Ce Magistrat , profondément versé dans IVtude du Droit, en avait applique les principes essentiels à la coutume d'Auxerre , dans un commentaire manuscrit, qui fut long-temps consulté par le Barreau. Son savoir et ses vertus l'avaient placé au premier degré de la considération publique , dont ses contemporains

lui ont donné la preuve en l'appelant quatre fois aux fonctions de Maire.

1 V. Dans l'été , Charles-Louis , Prince palatin , passa et séjourna à Anxcrre. Ce jeune Prince , qui avait été dépouillé du Palatinat parla France, et s'était réfugié en Angleterre , y ayant appris la mort du Duc de Saxc-Wcimar , prétendit avoir droit à sa succession. Encouragé par l' Angleterre et la Hollande , il voulut se porter sur le Rhin , et pour y être plus tôt, traverser la France sous un travestissement. Son secret avant été découvert , il fut arrêté à Moulins en Bourbonnais. 11 était difficile qu'on ne le devinât pas; il s'était déguisé en laquais , mais il avait une suite qui remplit vingt-quatre hôtelleries dans Auxerre. Il fut conduit à Vinccnnes , d'où il ne sortit qu'après avoir renoncé à ses prétentions.

I. Depuis plusieurs années , la Compagnie des garçons avait cessé d'exister , mais , au mois de février , 36 à 4-0 jeunes gens des premières familles , résolurent de profiter d'un séjour du Prince de Condé pour la rétablir. Alors , comme aujourd'hui , la jeunesse était fatiguée de n'avoir qu'à obéir , et saisit cette occasion de se donner quelque importance. Ces jeunes gens se réunirent donc , le 8 février , dans le Couvent des Capucins , pour aviser aux affaires concernant la Communauté des garçons , cl à la conservation des droits, privilèges, immunités , franchises et libertés desdùs garçons. Ils élurent quatre chefs , Erard Gi-

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rardin , Capitaine , Jehan Berault , Lieutenant , Claude Navarre , Enseigne , et Nicolas Baudin , Sergent ; auxquels chefs les garçons ont promis rendre tous devoirs , honneurs et obéissance ez choses concernant les affaires de la Communauté. Le Capitaine se présenta ensuite au Prince pour qu'il voulût bien confirmer cette organisation. Le Prince demanda l'avis du Corps municipal , qui donna son consentement , à condition que les chefs de cette Compagnie prêteraient serment devant le Maire , et que la (Compagnie ne s'assemblerait qu'avec son autorisation. Le Prince mit ces conditions dans son approbation du 25 du même mois , et le dimanche 1 1 mars , le serment fut reçu en grand appareil.

II. M. de Broc , nommé à l'Evêché d Auxcrre, dès l'été de 1637 t avait reçu ses bulles en 1639 , mais il était tellement occupé près du Cardinal de Richelieu , qu'il ne put se faire sacrer que le 4 mars de cette année, et ne vint prendre possession que le Jeudi-Saint , 5 avril. Il se rendit d'abord , suivant l'usage , à S.- Germain ; d'où il fut conduit à la Cathédrale , par le fondé de pouvoir du Roi , et les trois autres Barons du Diocèse , portant près de lui le fauteuil sur lequel il aurait pu s'asseoir.

III. Un Présidial venait d'être établi à Montargis, et dans son ressort l'Edit de création avait compris cinq Justices distraites de celui d'Auxerrc , savoir Bléncau , Ncuvy , Lavau , Fambollc et Mon ti liez. Cette distraction, effectuée dans le moment où le Duc de Nevcrs poursuivait celle du Donziais , alarma les habit ans. 1/ installation du nouveau siège devant avoir

lieu le 3o avril , un Echevin , un Conseiller , un Avocat et un Procureur furent envoyés à Montargis pour s'opposer à la distraction. Les Commissaires donnèrent aux députes acte de leur opposition , réservèrent à la ses droits , mais installèrent le Présidial. donne de suites à cette opposition.

IV. 9 septembre, assemblée des babitans. M. Claude Fermer , Conseiller au Bailliage , est élu Maire , et M.Edme Potin .Bourgeois , Gouverneur d u fait commun .

V. 29 octobre , le Chapitre de la Cathédrale , sur la proposition du Doyen Amyot , arrêta, à une faible majorité' , qu'à l'avenir le camail des Chanoines serait simple , et n'aurait plus la bordure de petit gris qu'il avait eue jusque-là. La minorité , qui voulait conserver la bordure , appela de cette décision. Son appel fut porte' , par forme de compromis , devant 1Evèque,de M. Broc , qui confirma la décision ; puis par appel de la sentence arbitrale, devant le Bailliage d'Auxerre , où elle fut maintenue ; et enfin , au Conseil pnve du ÏVoi. Cette cause ridicule divisa le Chapitre en deux partis , que le public appela Bordés et Débordés t et fit naître entre eux de bien plus graves contestations. V. i643, n. 1.

VI. 27 novembre , les Béguines du grand hôpital de la Madeleine , ayant indisposé contre elles les au-

et le public , il fut question de les remplacer de la Charité. Le Maire et les Administrateurs furent chargés d'en conférer avec l'Evèque , auquel il est probable qu'on s'en rapporta. V. •643, n. 11.

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