II. 2 juillet, M. Billard est élu Maire, pour la
Mal 1 nr» . A^.Hrac . et Oande Preaudcau t Procureur M. Xc-jias Lerof . Procureur , est nomme
Uli piuWs diefe 4e femHie. sur leur demande, sois* jntoiae a feter leur résidence «iani. la ville , avec !j prvmesse d^ètre exempts de taille et de toutes autres
habitants . dans leur assemblée du 2 3 juillet
I » 4 mat . MM. Billard , Maire . et Marie , Ecbetiq Joutes par le Corps municipal aux Etals
convoqués à Difoa po«r le 5 1 . Le même jour , les fco.br tans furent moites à une élection beaucoup plus importante. U tour d« Tiers-Etat de la ville.
arrive: et cette place, aussi lucrative qu'honorable, était ardemment désirée par la haute Bourgeoisie. Mais M. Billard y a^ait des droits bien supérieurs à tous ceux de ses compétiteurs. On a vu avec quelle sagacité depuis 26 années , il avait découvert d'énormes abus , avec quel courage M les avait attaques et (ait disparaître. Elu six (ois Maire, chacune de ses administrations avait été marquée par des améliorations dans le gouvernement de la ville. C'était lui qui avait reconnu la nécessité d'éteindre les dettes dont la communauté des habit ans était écrasée , et avait pris la plus grande part à leur extinction ; c'était à lui
DIX-SEPT1ÈMF. SÎKCLE.
enfin qu'on devait l'admission de la ville dans l'administration supérieure de la province, vainement sollicitée pendant près de 90 années. Aussi la presque unanimité des suffrages lui déféra-t-ellc ce poste émi nent, qui était , en quelque sorte, son propre ouvrage ; et, malgré son grand âge, il l'accepta. V. 1694 , n. m.
II. 8 juillet , élection de MM. Nicolas Crcté, marchand , Gouverneur du fait commun ; Edme Baudesson , Conseiller , et Laurent Borne , marchand , Echevins ; François Gaufilct , Procureur-syndic.
III. Les difficultés déjà élevées en 1642 et 1 670 , entre les babitans et les Administrateurs de l'Hôpital de la miséricorde de Paris, au sujet de leur minage , s'étant renouvelées , le 28 août un troisième arrêt du Parlement réprima, plus sévèrement encore que les premiers, les nouvelles contraventions. Ce dernier échec détermina enfin le Corps municipal à prendre le seul moyen qui pût concilier les intérêts de cet hospice avec le désir ardent qu'avaient les habitans de s'affranchir de l'obligation de conduire leurs grains au marché ; ce fut d'acheter de l'hospice son droit de minage , et de ne le percevoir que sur les grains volontairement exposés à la vente publique. Aux premières propositions adressées , à ce sujet , par le Maire aux Administrateurs de cet établissement , il les trouva parfaitement disposés à traiter à des conditions raisonnables. Ils ne pouvaient pas , en effet , se dissimuler qu'une grande partie des ventes de grains dans les greniers échapperait inévitablement à leurs agens. Les conditions principales ayant été arrêtées, furent soumises , le 10 septembre, à une as-
semblée des liahîlans ; ils applaudirent aux démarches du Corps municipal , et choisirent M. Thomas Marie , Avocat du Roi , pour aller terminer la négociation. Le 14 du même mois, par acte passe devant Boisseau , Notaire à Paris , les Administrateurs vendirent au* habitans le droit de minage de l'Hôpital, à la charge d'acquitter des rentes en grains et en argent ducs sur ce droit au Chapitre de S. -Etienne , ainsi qu'aux Religieux de S.-Marien , et moyennant une rente de 2000 livres. Peu de jours après , ce même droit fut afferme pour n'être levé que sur les grains du marché , et le prix du bail surpassa toutes les obligations contractées pour l'acquisition. V. 1 y3o , n. v.
I. La demande des Officiers municipaux pour que les 33,ooo livres dues au Roi , aux termes de l'arrêt du 1 5 mars 1 686 , fussent fournies par un octroi , fut enfin accueillie , après cinq années de sollicitations , par des lettres patentes du 14 avril ; qui accordèrent à la ville le droit de percevoir pendant huit ans, trente sols par muid de vin entrant dans la ville pour y être consommé , et trois sols par muid passant dessus et dessous le pont. Mais, en même temps, des ordres furent donnés aux Officiers municipaux , afin que , sans retard , les 33, 000 livres fussent portées au Trésor royal.
II. 24 jum » élection de M. Thomas Marie, Maire ; de MM. Louis Raffin , Avocat, et Edme Caillât . Procurctil . Kchevins Leur premier soin fut d'obéir
DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. S^l
aux ordres sévères du Ministre au sujet des 33,000 livres. Dès le 1 3 août , en la présence de M. Billard , qui résidait à Dijon , le nouvel octroi fut affermé 6,000 livres par an , à la charge par l'adjudicataire d'en verser , sur-le-champ , les deux premières années au Trésor royal. V. 1 693 , n. 1.
III. Dans le même mois , il fut porte' aux libertés du pays la première des atteintes nombreuses qu'elles ont éprouvées sous le règne de Louis XIV. Le but du Monarque n'était pas d'ajouter à ses prérogatives ; maïs le luxe de sa Cour , la plus somptueuse de celles de l'Europe , et les guerres qu'il avait continuellement à soutenir , élevaient les dépenses de l'Etat à un degré que les impôts ne pouvaient plus atteindre. Successivement augmentés depuis son règne , ils étaient si exorbitans , que la moindre augmentation aurait tourmenté le peuple , sans accroître le revenu de l'Etat. On imagina donc d'exploiter au profit du Trésor celle soif ardente du pouvoir et des emplois qui , partout , se faisait remarquer lors des élections ; et l'on commença par une des places les plus recherchées. Un édit du Roi créa , pour la plupart des villes , des offices de Maire perpétuel et d'Assesseurs de ces Maires. Auxerre y fut compris pour un Maire et quatre Assesseurs. La finance du Maire était de 20,000 livres. Mats on lui donnait 800 livres de gages à prendre sur les octrois ; on ôtait au Bailli , pour le lui conférer , le droit de convoquer et de présider les assemblées des habitans; on lut attribuait aussi l'inspection et la direction de la milice bourgeoise ; enfin c'était à lui que , désormais , il appartiendrait d'allumer les feirx
de joie ; et c'était de lous ses attributs celui qui devait lui occasioncr plus de tribulations. 11 n'y eut cependant pas , pour cette place , l'empressement sur lequel on avait compte'. Probablement , ceux que leur fortune et l'amour des honneurs pouvaient y porter, étaient retenus par la crainte du ridicule auquel serait expose' celui qui , le premier , viendrait, avec de l'argent, prendre un poste jusque-là réserve' au mérite , à l'expérience , et presque toujours , la récompense de services eminens. Aussi , l'année s'écoula sans que personne osât franchir ce pas difficile. V. l'année suivante , n. m.
I. M. Marie , Maire , se rendit à Dijon , où , aidé de M. Billard , qui déjà y avait acquis une grande considération , il parvint , le 27 mars , à emprunter à constitution le surplus de la somme due au Trésor ; en sorte que, la ville ayant encore à recevoir les six dernières années du bail des nouveaux octrois , et conséquemihent plus qu'il ne fallait pour rembourser cet emprunt , la dette se trouva éteinte , sans que la population en eût été fatiguée , au moins directement.
II. 3i mars , audience solennelle du Bailliage pour la réception de M. Pierre-Paul Coignet de la Thuileric , Comte de Courson , remplaçant M. André de la Rivière , en qualité de Grand-Bailli d'Epée.
III. Le iG avril , enfin , Auxcrrc eut un Conseiller du Roi Maire perpétuel. Ce fut M. Jean Baudesson,
Avocat, qui, le ii mars , avait obtenu sa nomination , et avait prête serment le 5 avril, devant L'Intendant de Dijon. Il fut solennellement installe à l'Hôtel de Ville.
IV. Le 1 4 mai , le Corps municipal préside' par lui , étant informe que l'esprit de monopole avait gagné jusqu'aux tonneliers , et que , dans l'espoir de faire la loi aux propriétaires sur leur salaire , ils sollicitaient à Paris afin d'être autorises à s'organiser en maîtrise ou jurande , arrêta qu'ils seraient traduits au Conseil du Roi, pour arrêter leurs démarches évidemment hostiles à la Bourgeoisie. Quinze jours après , 3 1 tonneliers, intimidés vinrent apporter à M. Baudcsson un acte notarié par lequel ils révoquaient le pouvoir qu'ils avaient donné à ce sujet.
V. En l'absence de l'Evêqne , M. Colbert , le Chapitre avait ordonne plusieurs processions sans lui en écrire , ni consulter ses Grands-Vicaires. Ceux-ci l'en ayant instruit , il se pourvut au Conseil, qui, par arrêt du j6 mai, fit défense au Chapitre d'ordonner aucunes cérémonies religieuses , sans l'assentiment de l'Evêque ou de ses Grands-Vicaires , et le condamna à lui en faire excuse , par une députation de douze Ghanoines. Cet arrêt mit l'Evoque et les Chanoines dans un fâcheux état de mésintelligence, dont il fut tourmenté jusqu'à sa mort.
V|. Le 1 6 juin, M. Baudesson donna une seconde preuve de sa sollicitude pour l'intérêt de la ville. 11 arrêta , avec le Corps municipal , l'état de toutes les dettes contractées par l'administration , depuis le paiement intégral fait en 1678 , de celles antérieures ; et il fut reconnu que , dans les quinze années suivantes,
la ville s'était obérée de 43,368 livres. Il fut , en conséquence , arrêté que le Roi serait supplié d'accorder aux habitans une addition aux octrois pour payer cet arriéré , et empêcher qu'il ne s'en formât par la suite.
VI!. Le 28 , M. Baudcsson usa , pour la première fois , de son droit de convoquer et de présider l'assemblée des habitans. Il y fut procédé à l'élection de M. Etienne Boucher , marchand , Gouverneur du fait commun , de M. Jean Marie , Avocat , Echevin , et de M. François Grasset , Procureur-syndic.
VIII. Le 27 septembre , M. Baudesson reçut le serment de MM. Michel Gilloton, Pierre Richer et Thomas-Charles Angclesmc , qui , à son exemple , avaient acheté trois des quatre offices de Conseillers du Roi , Assesseurs du Maire. Il les installa le même jour.
IX. Le 1 1 octobre , un nouveau Magistrat se fit encore reconnaître par le Corps municipal. Ce fut M. Robinet , Seigneur de Chicon , investi pour 4, 4 00 livres , de l'office de Conseiller du Roi Commissaire aux revues du logement des gens de guerre.
X. Ces Officiers municipaux de nouvelle espèce , parvenus , moyennant quelques écus , à exercer sur leurs concitoyens des fonctions qu'auparavant ils n'auraient pu obtenir que de leurs suffrages , ne furent pas exempts de tracasseries , surtout de la part des autres Officiers, qui avaient pour eux le choix du peuple. Un jour que M. Baudesson, Maire, était absent , et que le Corps municipal était composé de MM. Boucher , Gouverneur , Raffin et Caillât , Echevins , et Grasset , Syndic , M. Gilloton , Assesseur , se présenta pour
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prendre part aux délibérations ; ces Messieurs le forcèrent à se retirer , prétendant qu'il n'avait de place dans le Corps de ville que pour les cérémonies publiques , et même après le Syndic. Il se pourvut au Conseil , et revint le 1 3 octobre avec un arrêt du ter septembre , par lequel il était maintenu dans le droit de concourir à toutes les délibérations, et de les signer avant le Syndic , avec défense aux Officiers qui l'avaient expulsé, de le troubler à l'avenir, à peine de 5oo livres d'amende par ebaque trouble. M. Gilloton exigea que cet arrêt fut enregistré , ainsi qu'il était ordonné. On protesta , mais on obéit.
1. À peine l'biver avait-il interrompu les travaux des champs , que le peuple tomba dans la plus profonde misère. Les causes en sont données dans une délibération du Corps muuicipal , du 4 février. Il y est dit que « l'année précédente était de celles du siè- » tic qui allait finir , celle où la stérilité était la plus » grande ; qu'on pouvait la dire universelle dans le » royaume , par le manque de toutes choses utiles et » nécessaires à la vie des hommes , des blés , vins , » fruits et légumes de toute espèce. »
A la suite de cette délibération , on fit le recensement des personnes déjà sans pain , et leur nombre s 'éleva à 2,4oo. Le clergé s'assembla sur-lechamp , au palais épiscopal , et sur le vu de cet épouvantable inventaire , il se chargea d'en nourrir 6oo , jusqu'à la cessation du fléau. Les i ,8oo autres
ifi CHAPITRE XIII,
furent distribuées entre les familles aisées» proportionnellement à leurs facultés. Chacun de ces malheureux reçut du Maire un billet portant le nom de la personne chargée de pourvoir à ses besoins , et la ration d alimens qu'elle lui devait , suivant son sexe et son âge.
Les maux du pays semblaient être à leur comble ; cependant ils s'aggravèrent encore. Louis XTV avait sur pied ces grandes armées avec lesquelles il faisait (ace à la plupart des puissances de l'Europe r et il fallait les nourrir. La rareté et la cherté des subsistances décuplant les dépenses prévues ,
ordinaire en grains fut demandée aux villes ; A uxerre eut à en fournir à Tannée d'Allemagne 670 sacs, ou 2,680 bichets , mesure de la ville. Les livrer en nature était chose impossible. Heureusement , dans ces circonstances , il se trouve , presque toujours , des gens hardis et entreprenans , qui , pourvu qu'un large bénéfice leur soit assuré , savent trouver ce que le commun des hommes chercherait inutilement. Les sieurs Collinet etBuissouet se chargèrent delà dette de la ville qui dut être très -considérable. (1) V. 1695, n. vu.
H. Du 7 au 14 lévrier , par suite d'un mandement de l'Evcquc , le clergé des églises va successivement faire l'office dans celle des tfordeliers , et y célébrer
(1) Suivant une table historique du prix des grain* , donnée par M. Garoier *,dans sa traduction du traité dt Smith sur les richesse*
Jcs nations , t. a , p. 87 , en iGçj \ , le setier de froment à Paris se vendit (k> f. 99 c , ce nui fait pour le bicliet d'Auxeire ( \ décalitre?) 16 f. 14 c » équivalant à plus de la moitié d'un marc d'argent, qui n'était qu'à io litres.
* M «iamicr, fils d'un notaire d'Auxmc, est mort l'air de Franc*.
DIX-SEPTIÈMK SIÈCLR. 3^7
la canonisation de S. Jean de Capistrau et S. Pascal- Baylon , tous deux de l'ordre de ces Religieux.
III. Dans le môme mois , M. Billard mourut à Dijon , peu de temps avant 1 expiration des trois années pendant lesquelles il participait à l'administration de la province , en qualité d'Elu général. Il mérite d'être signale comme le citoyen le plus courageux et le plus utile à son pays , qu'Àuxerre ait eu pendant le siècle dans lequel il a vécu.
IV. Au mois de mars , le Roi fit , pour les places d'Officiers de la milice bourgeoise , ce qu'en 1 692 , il avait fait pour celles de la municipalité. Un Ëdit les érigea en offices avec finance. Il fut publié et affiché ; mais ces places , cessant d'être le prix de l'estime et de la considération , personne ne voulut les payer. Celle de Procureur du Roi près le Corps municipal , créée dans le même temps , fut plus recherchée. Sa finance n'était que de 8,800 livres, et ses gages de 5oo livres. M. Jean-Baptiste Morin s'empressa de l'acheter , et se fit recevoir le 9 mai. Quand à celle de Greffier de la municipalité , aucun acheteur ne se présentant , un arrêt du Conseil ordonna que la ville en paierait la finance , sauf à elle à disposer de l'office. On fut réduit à le vendre aux enchères , et le sieur Crcté le prit pour la finance.
V. Jamais le printemps n'est attendu avec plus d'impatience et accueilli avec plus d'enthousiasme, qu'à la fin d'un hiver passé dans les privations , par suite de la stérilité de l'année précédente. Les promesses d'abondance que prodigue ordinairement cette belle saison , ne font pas cesser les maux , mais elles en font
J48 CHAPITBE XIII,
apercevoir le terme , et encouragent à les supporter. 11 n'en fut pas ainsi dans les premiers mois de cette année. On était déjà à la fin de mai , et la terre semblait avoir perdu la faculté de produire. Depuis la fin de février , elle n'avait pas reçu du ciel une seule goutte d'eau , on ne voyait pas encore le moindre signe de végétation ; les Mes, surtout , paraissaient anéantis ; le peuple était au désespoir. Tels sont les motifs exprimés par l'autorité» municipale pour obtenir une procession générale afin d apaiser l'ire de Dieu. Elle eut lieu le 3i mai , avec la plus grande solennité. L'Eveque , M. Colbert , y officia , et les châsses de toutes les églises y furent portées. Ces vœux furent certainement exaucés , car il n'existe rien dans les archives de la ville f qui donne à penser que , l'hiver suivant , on ait été obligé de porter aux pauvres aucun secours extraordinaire , et le prix des grains ne fut plus qu'au tiers de ce qu'il était au commencement de 1694*
VI. Une des quatre charges d'Assesseurs du Maire était restée vacante ; mais enfin elle fat achetée par le sieur Germain Joly , installé le 1 1 juillet.
VII. De toutes celles d'Officiers de la milice bourgeoise dans la province entière , il n'en avait pas été levé une seule ; en sorte que les Ministres déconcertés à ce sujet , mais habiles à réparer leurs désappointemens , firent rendre par le Conseil , le 20 juillet , un arrêt portant que ces Officiers seraient nommés à l'avenir comme par le passé , et que les villes paieraient les finances attachées à ces charges. Auxerrc y fut compris pour 1 3,ooo livres. V. 1695 , n. 11.
DIX -SEPTIÈME SIÈCLE. J.ff)
VIII. i5 août , assemblée des habitans ; MM. Giù loton , Assesseur , et Jacques Chrétien , Procureur , sont nommés Echevins.
LX. 3o septembre , MM. Baudesson , Maire , et Marie , Echevîn , sont députés aux Etats convoqués à Dijon pour le i4 octobre.
X. 1 1 octobre , M. le Prince de Condé et M. le Duc d'Enguien , traversent la ville , se rendant aux Etats. Ils avaient couché à Régenncs , où le Corps municipal avait été les saluer.
XI. 20 ; jusqu'alors l'Hôtel- Dieu n'avait pas eu de Chapelain ; le Curé de S.-Georgcs en était l'Aumônier : ce qui donnait souvent lieu à des plaintes , soit des Religieuses de r Hôtel- Dieu , soit des habitans de S.-Georges. L'Abbé Brosse , Curé de S.-Sauveur , frappé de cet inconvénient , légua à F Hôtel-Dieu , deux domaines situés dans la Puisayc , à la condition expresse qu'un Chapelain , nommé par les administrateurs , y serait entretenu pour se consacrer exclusivement au service des malades. V. 1721 , n. 11.
XII. Le père Courtot , savant Cordelier , lait imprimer et publier à Auxerre , un ouvrage intitulé la science des mœurs , qui fut fort estimé* Ce Religieux , né à Vexclay , avait fait son noviciat à Auxerre, et reçu le bonnet de Docteur à Paris. Depuis, il avait été Provincial de son ordre , puis Définiteur général à Rome , où il avait compose plusieurs ouvrages recherchés. Dans ses dernières années , il voulut revenir à Auxerre , où l'attirait la riche bibliothèque du couvent , et s'y chargea de la direction des novices jusqu'à sa
CHAPITRK Xllï ,
I. 8 janvier, déclaration du Roi établissant la capitation, nouvel impôt , auquel sont assujettis tous les privilégiés , même les nobles et le cierge. Ceux qui ne paient que 20 sols de taille , ou moins , sont les seuls déclares exempts. V. 1 698.
II. La ville se trouvant obligée de payer i3,ooo livres , pour les finances des offices de la milice bourgeoise , le Corps municipal voulut , en tirer quelque parti , en les mettant à l'encan. Les habitans furent assemblés à l'effet d'en délibérer , et approuvèrent la mesure , en réservant cependant l'office de Colonel pour être exerce par le Maire; et par ce moyen conserver à l'autorité municipale la surveillance immédiate de la milice. Les dix-buit autres Offices , savoir : un de Major , buit de Capitaine , et neuf de Lieutenant , furent vendus , et les prix réunis ne sclcvcrent qu'à 8,775 livres. Ces nouveaux Officiers prêtèrent serment devant le Maire le 3o mars.
III. Le 10 avril , à la procession , et au sortir de S.-Germain , le Maire voulut , suivant l'usage , croiser les rangs des Conseillers pour reprendre le sien ; M. Seurat , l'un d'eux , l'arrêta par la manebe , et encouragé par ses confrères , s'obstina à le repousser ; le .Maire et le Corps de ville se retirèrent , dressèrent un procès-verbal , sur lequel les Conseillers furent traduits au Conseil du Roi. V. n. vi.
IV. 5 mai , testament de M. Edme Leclerc , Seigneur des Barres , Président au Présidial , par lequel
il lègue à l'Eglise S. Etienne 200 louis d'or , pour que chacun an , le jour de S. Edme , il y soit célébré un salut , et que les Magistrats du Bailliage qui y assisteront, reçoivent, savoir: les Dignitaires, les mômes honoraires que ceux attribues aux Dignitaires du Chapitre , et les Conseillers , les mêmes que ceux payes aux Chanoines.
V. Le 3 et le 4 mai , M. TEvôque présida rassemblée du cierge' du Diocèse, dans le chœur de la Cathédrale , et y fit arrêter la rédaction définitive des ordonnances synodales préparées dans l'assemblée de 1 679, et observées jusqu'à celles de 1 738.
VI. Le 24 juin , au moment où les habitans étaient réunis pour nommer aux quatre places devant bientôt vaquer dans le Corps municipal , M. Baudesson , qui présidait , leur donna lecture d'une lettre que le Prince de Condé lui avait écrite, dès le 28 mai , et dans laquelle il lui mandait qu'il savait qu'incessamment on aurait à élire un Gouverneur du fait commun , deux Echcvins et un Procureur du fait commun ; qu'il désirait que l'élection désignât pour ces places , MM. Lige r , marchand ; Martineau , Conseiller ; Angelesme , Assesseur; et Caillât, Procureur; ajoutant qu'il voulait que sa lettre Jûl rendue publique , et que ceux qui assisteraient à V élection lui feraient plaisir de leur donner leurs suffrages.
On vit généralement , dans cette singulière démarche du Prince, une preuve de la faveur dont M. Baudesson jouissait auprès de lui. On pensa que le procès au Conseil , entre les Officiers de la ville et ceux du Bailliage , par suite de la scène du 10 avril , ayant mis
ces deux compagnies dans un état de vive hostilité , M. Baudesson avait craint que les nouveaux membres du Corps municipal ne se refusassent à suivre ce procès; et même que le Conseiller élu premier Echevin , ne fut ou M. Seurat , ou quelqu'autre Conseiller aussi ardent que lui ; qu'en conséquence il avait imaginé de recourir ainsi à la bonté' du Prince , en lui indiquant les quatre personnes qui lui convenaient le plus, et dont, à coup sûr, le Prince n avait jamais entendu parler auparavant. Alors , comme aujourd'hui , on était disposé à se raidir contre l'ordre d'un Grand, s'il n'avait pas le droit de le donner ; mais le Prince se bornait à émettre , en termes fort gracieux , son désir ; il fallait se rendre. C'est ce que firent les habitans.
Quinze jours après , on apprit que , le 3o , un arrêt du Conseil avait , par provision , maintenu l'usage invoqué par le Corps municipal , et fait défense aux Officiers du Bailliage d'innover à cet égard jusqu'au ju* gement du fond. V. 1701 , n. iv.
VU. Le 6 août , un événement plus sérieux occupa les esprits. Sur la somme promise aux sieurs Collinet et Buissonnet , à raison des blés qu'ils avaient fournis à l'armée d'Allemagne pour les habitans , en 1694 • «I leur cuit encore dû 1 1 ,ooo livres. Après des demandes réitérées et des ordres de l'Intendant , auxquels il n'avait pas été possible de satisfaire , un huissier de Dijon et quatre recors se présentèrent à l'Hôtel de ville, avec un nouvel ordre de l'Intendant , portant qu'on eût à leur payer de suite la somme due , sinon qu'ils étaient autorisés à saisir et vendre les meubles des quatre principaux habitans de la ville. A cette ap-
DIX-SEPTlèME SIÈCLE. 35J
parition , grande sensation dans Auxcrrc , surtout parmi les plus riches. La caisse municipale était vide , et les premiers en place n avaient pas leur coffre en meilleur état ; ce fut un marchand , le sieur Ligcr , Gouverneur du fait commun , qui apaisa l'orage. Il offrit de payer à l'instant 2,000 livres, si Collinet et Buissonnet accordaient de nouveaux délais à la ville pour le surplus ; ce qui fut accepté par eux.
VI IL 16 août , service funèbre à la Cathédrale, pour M. le Comte César de Chastellux. Tout le Clergé et les Corps séculiers y assistèrent.
I. Les Officiers commensaux qui avaient perdu , devant le Conseil du Roi , l'injuste procès par eux gagné au Bailliage, sur les taillables, en 1689 , renouvelèrent leurs efforts , et se pourvurent auprès de l'Intendant , en modération des cotes qu'on leur avait imposées. Le Corps municipal , à qui leur requête fut communiquée pour avoir son avis , l'exprima rudement , dans une délibération du 8 février ; voici sa réponse : « ils sont les plus riches de la ville ; » ils n'ont acheté des charges sans service , que pour >. s'affranchir des impots ; enfin , leur demande fait « horreur au pauvre peuple. » L'Intendant rejeta leur réclamation.
II. 5 avril , M. Morin , depuis deux ans , Procureur du Roi de la ville , cherchait l'occasion de prouver aux habitons qui en doutaient , l'utilité de son ministère ; et crut l'avoir trouvée en déchiffrant les
plus vieux titres des archives. Dans un acte de 1 260 , il put en lire assez pour se convaincre que les habilans avaient le droit de pécher dans le biez des moulins des Religieux de S. -Mari en. Glorieux de sa découverte , il s'empressa de reprendre possession pour les habitans , en faisant pécher dans le biez. Le* Religieux, étonnes , examinèrent aussi le titre de 1260 ; cl l'étudiant mieux que M. Morin , ils trouvèrent qu'en effet il concédait la pêche aux habitans , mais à la charge de fournir à l'Abbaye , chaque année , six livres de cire blanche ; ce qui était alors une charge énorme. Ils en prévinrent les Officiers municipaux, qui n'hésitèrent pas à désavouer M. Morin , et renoncèrent au droit , par une délibération expresse.
III. Quels que fussent les soins du Corps municipal pour éviter que la ville ne retombât dans Tétat de pénurie et d'arriéré dont elle était sortie en 1678 et 1692 , les exigences du gouvernement l'y replongeaient sans cesse. Ainsi > le 19 août, on reconnut que , malgré les octrois obtenus , et l'emploi fidèle de leur produit , il était encore dû 10,000 livres et plus sur l'ancien arriéré; 12,000 livres exigées par le fisc , pour le rachat des cens et rentes de la Communauté des habitans; i5,4<x> livres également demandées pour la suppression des offices de jurés mouleurs et mesureurs de charbon , dont personne n'avait voulu ; cl 6,339 livres restant ducs aux sieurs Collinet et Buissonnct , sur le prix des Lies par eux fournis. Toutes ces sommes étaient ducs à des traitans , qui , alors .comme aujourd'hui, savaient faire payer le prix du temps. Il devint donc indispensable de déterminev
les habitans ù supporter encore une augmentation aux octrois ; sans quoi on serait expose » chaque jour , à des mesures de rigueur , connue celle employée Tannée pre'cc'dente , par les sieurs Collinet et Buissonnet. Les habitans assemblés , le 3o décembre , adhérèrent , non sans difficulté , à la proposition du Corps municipal. V. 1697 , n. 1.
IV. Au mois de novembre, le Bailliage enregistra et fit publier et afficher le fameux Edit sur les armoiries; vrai chef-d'œuvre de fiscalité, en ce qu'il procura au trésor beaucoup d'argent , sans que le peuple y ait contribué. Mais la Noblesse se vit obligée d'en donner , à peine de perdre ses écussons et la laveur de la Cour. Le Clergé n'eut pas même la faculté de s'en affranchir ; le plus petit bénéficier fut obligé de faire enregistrer ses armes s'il en avait , et d'en prendre s'il n'en avait pas. 11 en fut de même des Provinces , des Villes et même des Communautés d'arts et métiers. Quant aux Bourgeois , ils étaient seulement autorisés à en prendre; mais la modicité du droit fixé pour eux à 20 livres seulement , était une tentation adroitement offerte à l'orgueil , et à laquelle , dans l'idée de s'assimiler aux Gentilshommes , succombèrent beaucoup de familles d'Auxerrc , comme dans les autres villes ; dont les descendans ont encore les cachets , signes irrécusables de l'amour propre de leur auteur.
1. Le 22 janvier , la demande des habitans , à l'égard des nouveaux octrois , fut accueillie par le Con
scil , qui les autorisa à lever , pendant huit ans et six mois , dix sols par muid de vin vendu en gros ou en détail dans la ville ; cinq sols pour l'entrée de chaque moule de bois ; par charretée en proportion ; et vin^t sols par charretée de charbon. Il n'y eut d'exempts que les Hôpitaux , le Collège et les Capucins. Cette perception fut affermée à Dijon , le 27 avril , au sieur Koch Ligcr t d'Auxerre , moyennant 4<>,ooo livres , payables moitié dans un mois , et l'autre moitié six mois après.
II. 12 mars , Déclaration do Roi portant que les Etats de Bourgogne ont racheté tous les offices de Maire , Echcvin et Assesseur ; qu'en conséquence , les Elus généraux sont autorisés à faire exercer ces offices par des personnes dont les commissions seront révocables. Par l'effet de cette mesure, M. Baudcsson fut rrmboursé par la province des 20,000 liv. de sa finance. -Il fut néanmoins maintenu dans ses fonctions par les Elus généraux ; mais il perdit sa perpétuité , et ses gages de 800 livres.
III. Nouvelles dissensions entre les habitans , au sujet de la taille. Le rôle de pied , arrêté en 1682 , avait pu , pendant quelques années , servir de base à la répartition des impôts , et inspirer de la confiance aux contribuables ; mais les changemens survenus depuis dans le personnel et la fortune des habitans , avaient de nouveau livré cette difficile opération à l'arbitraire des assécurs , et fait renaître tous les soupçons , tous les murmures. Une seconde cause irritait encore les esprits. L'arrêt duConscil du 26 février 1680, qui , sur la demande même des Officiers municipaux
et des babitans , avait ordonne que le recouvrement de la taille fut fait par des collecteurs cboisis dans chaque paroisse , et responsables seulement du contingent de cette paroisse , par une négligence impardonnable , ou dans des vues malveillantes , n'avait pas été' exécuté ; on avait continué à n'en charger que quatre personnes , et les désordres que le Conseil avait voulu faire cesser , désolaient plus que jamais la population.
Un parti nombreux , dirigé par les sieurs Louis Blonde et Jean Manical , s'éleva contre cet état de choses. Leurs réclamations auprès du Corps municipal n'ayant pas été écoutées , ils s'adressèrent aux Elus généraux de la province ; et dans leur plainte , ils accusèrent les Officiers de la ville de s'être , au mépris des réglcmens , emparés de l'assiette de la taille , en faisant opérer les quatre assécurs sous leurs yeux , prenant voix délibérative , et l'emportant toujours par leur influence comme parleur nombre ; ajoutant que , de ce travail irrégulier , il résultait des rôles d'une injustice révoltante. Ds se plaignaient aussi de ce qu'un des quatre asséeurs était toujours pris parmi les Conseillers du Bailliage , quoiqu'ils fussent parvenus à se faire exempter de la taille.
Dès le 29 mars , les Elus généraux , frappés de la gravité de ces faits , et voulant s'assurer de leur exactitude , ordonnèrent que cette plainte fût soumise aux babitans réunis en assemblée générale , sous la présidence de l'Intendant , M. Fcrrand. Peu de jours après , il vint à Auxerrc , se fit représenter les rôles , ainsi que les procès -verbaux de répartition ; fit cxpli-
qucr les Magistrats inculpes sur les reproches qui leur étaient faits , et enfin présida rassemblée. Elle fut très-nombreuse , et à peine la lecture de la plainte était-elle achevée, qu'une immense majorité , adhérant aux demandes qu'elle contenait , vota des remercîmens à ceux qui avaient eu le courage de faire connaître la vérité. Sut le vu de cette délibération et l'avis de l'Intendant , les Elus généraux en référèrent au Conseil. V. n. vn.
IV. Au mois de mai , au moment où Ton se félicitait d'avoir , par de grands sacrifices , affranchi la ville de ses dettes , on eut le chagrin d'en subir de nouvelles. On reçut l'ordre de fournir encore i fooo bichets de blé pour l'armée ; ce qui , d'après les tables de M. Garnier , a dû coûter i/j. à i5,ooo livres.
V. 20 juin , MM. Baudesson , Maire , et Martineau , premier Ethcvin , sont députés aux Etats convoqués à Dijon pour le 4 juillet.
VI. 24 , assemblée générale dans laquelle sont élus MM. Edmc Dormoy , Gouverneur du fait commun , François Grasset , Procureur , et Lemuet , Conseiller,
Echevins.
VII. i3 août , arrêt du Conseil, qui, sur l'avis des Elus généraux , ordonne qu'à l'avenir , et à commencer par Tannée présente , chacune des huit paroisses de la ville élira deux collecteurs sachant lire et écrire ; que les quatre paroisses des faubourgs en éliront chacune un , sachant aussi lire et écrire ; ce qui se fera tous les ans le dimanche avant la S. Jean ; que dans l'assemblée, devant toujours avoir lieu à cette
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époque , les habitans éliront quatre prudhommes pris alternativement entre tous les taillables , dont sera nécessairement un Avocat ou un Procureur , et jamais un Conseiller , à moins qu'il ne s'agît d'une imposition dans laquelle les Conseillers dussent être compris , pour ensuite l'assiette de la taille être faite par ces quatre prudhommes, concurremment, pour chaque paroisse, avec les collecteurs choisis par elle. L'arrêt ordonne que le Maire , ou celui qui le remplacera , pourra assister à l'opération , mais sans voix délibérative ; et fait défense aux asséeurs et collecteurs de se cotiser , ainsi que leurs parens et alliés , jusqu'au 4e degré , à une moindre somme que celle qu'ils avaient les deux années précédentes , proportionnellement à la somme imposable , sous peine de 2,000 livres d'amende.
VIII, Les ressources extraordinaires qu'à chaque instant les Ministres se créaient , n'avaient pas seulement pour effet la misère du peuple , mais encore de l'irriter contre les Magistrats. Ceux-ci, pour satisfaire à ces exactions , étaient contraints de les reverser sur la population ; ce qui pour les ignorans , comme pour les malvcillans , était une occasion de supposer des prévarications. Les Officiers municipaux l'éprouvèrent le 19 octobrtJUne délibération du 20 porte « que , la » veille , quelques particuliers ont tenu des propos » injurieux sur leur compte ; qu'un certain habitant , » dans une académie, à proféré qu'ils volaient et pil- » laient la ville ; qu'ils étaient tous des mallôtiers , » des caboliers. >' Ils arrêtèrent que ces calomniateurs seraient poursuivis. Il est probable qu'une punition fut infligée; mais, dans de telles circonstances , le remède
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augmente le mal , en irritant davantage ceux qui souffrent.
IX. Le 5 décembre enfin , un remède plus efficace fut annonce. La paix conclue à Riswick , entre le l\oi , la Hollande , l'Espagne et 1* Angleterre , les 20 et 2 1 septembre , fut publiée avec la solennité' accoutumée. Dans l'espoir d'un meilleur sort , le peuple put se livrer aux réjouissances , avec plus de cordialité que lorsqu'il y était invite pour des victoires. Le soir du même jour, ces réjouissances devaient se terminer par un feu d'artifice , préparé sur la place S.-Etienne ; et les habitans s'y rendirent en foule. Mais la guerre commencée en 1695 , entre le Bailliage et le Maire , n'était pas encore terminée. A l'heure convenue , le Corps municipal alla chercher l'Evêque , pour , concurremment avec le Maire , allumer le feu. L'Evêque étant arrivé , le Lieutenant général , M. Marie , prétendit que c'était à lui à concourir avec l'Evêque , à cette cérémonie. A ce sujet, violent débat, pendant lequel le Maire fit reporter à l'Hôtel de ville toutes les pièces d artifices, au grand désappointement du public. Singulière manière de célébrer la paix !
X. 25 décembre , publication et affiche d'un arrêt du Conseil , du 1 7 , qui , attendu la paix récemment conclue , ordonne que la capitation ne sera levée que pour les trois premiers mois de 1698.
I. La paix publiée le i5 décembre n'était pas générale , et laissait encore des inquiétudes à l'égard de
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l'Empereur, qui n'y avait pas accède ; mais le 3o janvier , on reçut le traite conclu avec lui le 3o octobre , et sur-le-champ , il fut public. Cette fois , l'enthousiasme fut vîf et sincère , la France n'avait plus d'ennemis armés contre elle ; heureuse position dont elle avait cessé de jouir depuis plus d'un demi-siècle. On conçut , d'autant mieux , l'espérance d'un heureux avenir , que la lettre du Roi à l'Evôquc d'Auxerre , pour le Te Dcum , et qui fut lue au prône des paroisses , contenait ces paroles remarquables : « le soulagement » que mes peuples en ressentiront , et le plaisir que je » me fais de les rendre heureux , me dédommagent » suffisamment de ce que je fais pour eux ; et l'éclat de *» la plus grande gloire ne l'emportera jamais sur le » désir que j'ai de récompenser le zèle que mes sujets » m'ont fait paraître. » Quand de telles paroles retentissaient alors dans un cœur français , tous les maux étaient oubliés.
Le soir de cette heureuse journée , le public vit avec plaisir rétablir , sur la place S.-Etienne , les pièces d'artifices si brusquement soustraites à son divertissement , le 5 décembre. Tout donnait à espérer qu'on s'entendrait mieux. L'Evèque était absent , le Maire et le Lieutenant général avaient tous deux occasion d'exercer ce qu'ils regardaient comme une précieuse prérogative. Mais il y eut encore désappointement. M. Marie , Chanoine , prétendit représenter l'Evêque , et à ce titre , devoir allumer le feu , avec son frère , le Lieutenant général. Le Maire soutint que les prérogatives étaient personnelles , le Lieutenant général fut de l'avis de son frère. Envain des
hommes sages voulurent , par un expédient , concilier ces pitoyables susceptibilités ; aucun des contendans ne voulut céder , et le Maire 6t , encore une fois , reporter à l'Hôtel de ville les pièces d'artifice. En sorte que le public n'eut d'autre divertissement que le spectacle d'un débat aussi ridicule.
II. 24 juin, élection de MM. Etienne Léger, Avocat , et Didier Dubiez , marchand , nouveaux Echo vins.
III. 17 novembre , publication et affiche d'une or* donnance de l'Intendant , faisant défense de faire sortir de la province aucuns grains ni légumes , et prononçant la nullité de tous marchés qui auraient pour objet d'en faire sortir. En effet , à Paris , le prix moyen du froment , dans les dix années antérieures , ne s'était élevé, malgré l'excessive cherté de 1694» qu'à a4 livres i4 sols le setier: mais les récoltes de 1697 et 1698 ayant été très- médiocres , le prix du froment avait monté à 27 livres 16 sols en 1697 ; et au moment de l'ordonnance , il était déjà à 33 livres 10 sols. L'hiver suivant, il fut porté à 4» livres 1 7 sols. Néanmoins , cette mesure donne à croire que les récoltes de la province pouvaient nourrir ses habitans , puisqu'elle se séparait ainsi des autres. On la verra souvent prendre cette précaution ; d'où je conclus que la Bourgogne , quoiqu'une partie de son territoire fut mise en vigne , avait , dans la proportion des populations , plus de blés que l'Uc de France. En comparant, en eifet , le petit nombre de mercuriales que m'ont fourni nos archives , avec la table de M. Garnier , j'ai toujours trouvé le prix du froment beaucoup moins cher à Auxerre qu'à Paris.
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IV. 20 décembre , arrêt du grand Conseil au profit de M. l'Evêque Cotbcrt , contre le Duc de Nevers , qui , nonobstant l'hommage rendu par son père , en 1061 , à M. de Broc , voulait méconnaître la suzeraineté' de l'Evêque d'Auxerre , sur les Bai on i es de Donzy et de S.-Verain; et qui fut condamné à lui en faire également hommage , avec aven et dénombrement.
J. Le 18 mars , sur la demande de l'Evêque , les Officiers municipaux firent démolir une arcade qui faisait jadis la clôture du Chapitre , en descendant de l'Evêché à la rivière , du côté de S.-Germain , ainsi qu'un cabinet qui élait au-dessus. Cette lourde construction s'appuyait , d'un côté sur le mur de l'Archevêché , de l'autre sur celui de la maison de l'Abbé Cbapotin. Le Chapitre , en consentant à cette destruction , pria l'Evêque de laisser dans son mur un signe de cette arcade ; il y est encore.
II. Election d'un Gouverneur du fait commun , M. Jean Gentil , marchand , et d'un Echevin , M. Loiset , Procureur.
III. Le 29 août , dans la soirée , grande agitation parmi les vigneron». Un arrêt du Conseil , en date du 1 i mai , autorisait le Corps municipal , conformément aux désirs des Bourgeois , à établir des gardes-vigniers , et à lever sur la Communauté une taille spéciale à ce sujet. Un jour était indiqué pour faire l'adjudication de cette garde ; lorsque les vignerons , dont elle avait pour objet de surveiller la conduite , s'irri-
Jb) CHAPITRE XIII t
tèrent et se réunirent dans le dessein de s'y opposer. Des attroupemens se formèrent dans plusieurs quartiers , et la police , informée qu'ils s'étaient donné rendez-vous au grand cimetière , le fit fermer , ce qui les contraria , sans les décourager. On sut que , le lendemain , ils devaient s'attrouper ailleurs , pour concerter leur révolte. Le 20 , dès le matin , les Officiers municipaux , après avoir entendu les rapports de tout ce qui avait été fait et projeté par les séditieux , députèrent MM. Liger et Loisct , Echevins , auprès de M. le Lieutenant général v Marie , et du Procureur du Roi , pour les prévenir que , si on ne se hâtait pas de se mettre en garde contre les attroupemens , ils finiraient par une émotion populaire. En même temps , tous les Capitaines de quartier furent convoques à l'Hô» tel de ville. Là, il fut convenu que chacun des Magistrats et des Capitaines surveillerait dans son quartier les principaux moteurs de ces mouvemens , qui étaient connus ; qu'au premier signe de rassemblement toute la milice serait sous les armes , et tomberait sans pitié sur les factieux. Ces dispositions , prises et annoncées hautement , déconcertèrent les plus obstinés , et rendirent le calme à la ville , tenue pendant vingtquatre heures dans de vives alarmes.
Néanmoins , la garde des vignes n'eut pas lieu. Cette mesure , qui était en vigueur dès le xiv* siècle , (V. t. 1. , p. a4i.) et que les guerres civiles seules avaient fait abandonner , était alors si ardemment désirée par les propriétaires , qu'ils s'élaient exposes à la haine populaire pour l'obtenir ; elle leur fut cependant refusée par les Officiers du Bailliage. Ces Ma
gistrats plus intimides des menaces des vignerons , firent publier et afficher une ordonnance contenant défense à tout habitant de se rendre adjudicataire de la garde , aux Officiers municipaux d'en faire l'adjudication, et à tous autres de prendre la qualité de vigniers.
1. 3o avril , assemblée provinciale des Jacobins dans leur couvent d'Auxerre. Pendant huit jours , un •d eux fit un sermon à la Cathédrale ; et le huitième , ils y vinrent tous en procession , célébrer une grandmesse.
H. Le 23 mai , le Corps municipal s'assembla à l'effet de nommer deux députés aux Etats de Bourgogne , convoqués à Dijon pour le 22 juin. L'usage immémorial était de déférer cette mission honorable au Maire , et au premier Ëchcvin. M. Moi in , Procureur du Roi , qui probablement aspirait à cet honneur , fit une harangue pour attaquer cette habitude , non à l'égard du Maire , il ne lui fallait qu'une place ; ce fut celle du premier Echevin qui fut l'objet de sa •dissertation. Il prit pour texte: horno liber è naiurâ , Dieu a jait l homme libre de sa nature , et partit de la , pour faire écrire , en six pages in-folio , sur le registre , une invitation à ses collègues de s'élever à la hauteur de son indépendance , en nommant, pour second député , tout autre que le premier Echevin. On ne répondit à son savant discours , qu'en portant tous les suffrages sur M. Lemuet , premier Echevin.