iH janvier , départ des prisonniers Hollandais
par suite de la paix générale signée à Aix-la-Chapelle dans le mois d'octobre précèdent.
il. 4 mars , installation de M. Garnier Notaire , en qualité de Substitut du Procureur du Roi de U ville , sur la démission de M. Martineau de Mormon t III. Le 21 avril, une compagnie qui n'eut, pour se faire remarquer , ni le luxe , ni le bruit , ni les privilèges de celle de l'arquebuse , mais dorit le but était beaucoup plus utile , se forma sous les auspices de M. de Caylus. Quatre Chanoines , les Abbés Mignot , Dulérains , Potel et Moreau , se réunirent à cinq laïcs , amis * comme eux , de la littérature et des sciences: MM. Berryat , médecin ; Robinet de la Coudre , Conseiller ; Lcpèrc , Directeur de la poste aux lettres ; Silvcstre de Sacy , Bourgeois ; Mérat , Apothicaire , et s'organisèrent en Société des sciences et belles lettres. Ils choisirent pour Président l'Abbé Mignot , et pour Secrétaire l'Abbé Moreau. Animés du désir sincère , en s'éclairant mutuellement , de répandre dans le pays le goût des sciences , ils arrêtèrent par leurs statuts qu'ils auraient une bibliothèque, et qu'elle serait ouverte au public un jour par semaine ; que l'objet principal de leurs études serait l'histoire ecclésiastique , civile et naturelle , ainsi que l'agriculture ; qu'ils auraient , dans Tannée , plusieurs séances publiques , destinées à la lecture des mémoires produits par les membres de la société , que , dans une réunion préliminaire , elle aurait jugés dignes de la publicité; enfin , qu'ils se procureraient, autant qu'il leur serait possible , parmi les savans de la Ca pitale , des associés libres , avec lesquels de précieuses
DIX. Ht lTItMr SIÈCLE. 4(i5
correspondances pourraient être établies. M. Trébuchct, qui cultivait avec xèle et succès , l'astronomie , étant alors à Paris , fut charge' par la société d'acheter pour la bibliothèque, non-seulement les livres nombreux que venaient de publier les Réaumur , les Lemonnier , les Nollet , etc. ; mais aussi les principaux instrument avec lesquels ces savans faisaient faire , à celte époque , des pas immenses aux sciences physiques. Dès le mois de juillet, la bibliothèque et le cabinet de physique étant disposés , le public y fut admis. La curiosité y amena la foule, qui s'émerveilla aux expériences du Docteur Berryal ; surtout à celles qu'il fit avec la machine électrique , probablement la première qu'on ait vue à Auxerre. V. iy5o , n. 11.
I. 3 jauvier , en exécution d'un arrêt du Conseil . les Officiers du Bailliage réunirent à leur siège celui de la Prévoté royale , en payant à ceux qui la composaient , 28,200 liv. d'indemnité, et il n'y eut plus , dans la plus grande partie de la ville, qu'un degré de juridiction.
II. Dans le même mois , la société des sciences et belles lettres ouvrit sa première séance publique , en présence de M. de Caylus , son protecteur. On y fil lecture de cinq mémoires, qui inspirèrent beaucoup d'intérêt : le. premier de M. Mignot , sur l'utilité des sociétés littéraires ; le second de M. Berryat , sur le» «aux de la ville ; le troisième de l'Abbé Potcl , sur la vie de M, André Colbert , dernier Evèquc; le quatritmie de l'Abbé Morcau , sur l étal ancien et m>u-
il 3o
veau dn commerce d Auxerre ; le doquièiiv ce M. Le- |H-re , sur les mesures en usage dans la ville ev le
Comté.
111 2; juin , élection d'y» Echevi* . M. Desoeu- \ tps , Procureur.
IN . ]<* même jour , M. Vîot , commissionnaire de vins . ayant abattu l'oiseau de l'arquebuse pour la troi- >ième année de suile , fut proclame Empereur ; en sorte que , MM. Berauit et Pocher vivant encore , la ville eut trois cordons bleus dans toutes les cérémonies publique*.
I. 3i mai, MM. Baudesson , Maire, et Potherat de Billy , premier Echevin , furent députes aux Etats ronvoqiutt à Dijon pour le i4 juin.
II. 4 |tjillel , élection dn Gouverneur do fait commun , M. Edme Boyard , commissionnaire de vins , rt de trois Echevins , MM. Melchior Choppin , Conseiller , René Buisson , Avocat , et Jean- Baptiste Monnot , marchand.
III. Le 23 , M. de Caylus publia , par un mandement à son clergé , un nouveau Martyrologe , c'est-àdire le tableau , pour chaque jour de l'année , des actions et des mérites des Saints les plus généralement honorés par l'Eglise , et particuNèrcment de ceux appartenant au Diocèse. 11 en avait existé un anciennement , mais il finissait au Xe siècle. D'ailleurs , lors du pillage des églises par les Calvinistes , ce qui en restait d'exemplaires avait disparu. Dflm Durand et Dom Martenne , travaillant à leur collection géne—
DIX-UUIT1ÀMË SlfcU,E. ^Gy
ïalc , en avaient trouve un à la bibliothèque du l\oi , et l'avaient insère dans leur collection. M. de Caykis , voulant le reproduire , avec les additions que les derniers siècles rendaient nécessaires , en chargea l'Abbé Lebeuf. Ce laborieux écrivain en fit un chef-d'œuvre de recherches et d'érudition. Sur chaque sujet , il offre une analyse succinte , mais pleine de faits , accompagnée de notes indicatives des sources à consulter. U termine l'ouvrage par un glossaire géographique de tous les pays indiqués dam le tableau par des noms latins du moyen âge. Le Pape Benoît XIV , à qui il fut envoyé , en conçut pour l'auteur une idée si favorable , qu'il voulut l'attirer auprès de lui. L'affaiblissement que l'Abbé Lcbeuf éprouvait déjà dans sa santé , lui en ôta , non le désir , mais la faculté. Par ce Martyrologe , M. de Caylus se trouva avoir renouvelé tous les livres essentiels dans son Diocèse. Il déclare lui-même , dans ses man démens , qu'il a été heureusement secondé par les Chanoines de son Chapitre. On cite particulièrement , à ce sujet , MM. Mignot et Potcl.
IV. Dans le mois de décembre , M. Fournier , imprimeur, public, pour 1752, le premier almanach de la ville cl du Diocèse.
I. Le 10 juillet , M. de Caylus commença les cérémonies en usage pour la béatification de Madame de Chantai , proclamée l'année précédente par le Pape Benpit XIV. Quoiqu'il eut il 3 ans, et que la chaleur
|f»8 CHAPITRE. Xl% ,
fût excessive , il suivit U procession de S. -Etienne a la Visitation , monta en cliaire et lit l'éloge de la bienheureuse.
II. i5 octobre, décès à Paris de Claude Prévôt, né à Auxerrc , le i-i janvier 1693. Entré fort jeune dans l'Ordre des Genovéfaius , à Paris , il s'y livra à l'étude des lettres , et y obtint des succès qui lui méritèrent d 'être appelé à l'emploi de Bibliothécaire de Stc-Geneviève. Ce savant modeste a beaucoup écrit , et n'a rien publié. La Biographie universelle, où il a un article , donne les détails de ses nombreux manuscrits. L'Abbé Lcbeuf a reçu de lui de précieux renseignemens pour la liste des Ecrivains Aujerrois.
I. Aux approches du Carême , M. de Caylus , ijai touchait au complément de sa 84e année , averti d'ailleurs par des infirmités que sa dernière heure ne tarderait pas à sonner , prit la mort pour sujet de son mandement , et le finit en disant qu'elle venait à lui à grand pas. Ce mandement , lu dans les paroissses du Diocèse , y fit couler bien des larmes. V. iy54, n. 11.
II. 22 juillet, élection de deux Echerins , MM. Etienne Housset , Conseiller , et Simon Pas qu eau , Procureur , élus le 24 juin , et agréés par le Ministre de la maison du Roi.
III. Les Elus généraux , voulant (aire communiquer facilement Y Auxerrois avec la Champagne , firent faire le tracé de la route par Egriselles et Monttgnylo-Roi. Ce projet fut amèrement critique' par plu-
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sieurs notables de la ville , dans une requête qu'ils adressèrent au Corps municipal , l'invitant à se joindre à eux. Le Maire en fit le rapport dans la séance du 1 1 novembre. Conformément à son avis , il y fut arrêté qu'il serait formé opposition au projet ; qu'il serait demandé que la route fût ouverte par Monéteau , où elle serai/ plus commode , plus jacile , moins coûteuse et plus intéressante pour le public ; qu'à cet effet il serait présenté requête à M. l'Intendant , par le porteur de la délibération , à qui elle servirait de pouvoir. Ce député n'eut pas à se féliciter de sa commission. 11 reçut en réponse une ordonnance de l'Intendant, qui annula la délibération; fit défense au Corps municipal de recevoir à l'avenir aucune requête sur des matières supérieures à sa compétence ; comme aussi de faire aucuue députalion sans que lui Intendant l'eût autorisée ; ordonna que le voyage du députe fût payé par ceux qui l'avaient envoyé ; qu'enfin cette ordonnance fût lue dans une assemblée du Corps municipal convoquée exprès , et inscrite en entier sur le registre des délibérations. La réclamation au fond était juste , mais la forme en était maladroite. La route fut exécutée conformément au projet.
IV. 1 1 novembre , audience solennelle du Bailliage pour la réception de M. Lemuet de Bellombre , Lieutenant général d'épée. 11 avait été pourvu de cet office dès le 20 mars 1 74-5 , et reçu au Parlement le 29 du même mois; mais, depuis ce temps, son installation avait été refusée par les autres Officiers du Bailliage. Us avaient formé opposition à l'arrêt de réception , en donnant pour motif que l'Kdit de création
de son office ne le qualifiait que de Lieutenant gênerai d'épec du Bailliage , et que , dans l'arrêt de réception , on avait ajoute el siège présidial. Il fallut huit années de procédure pour aboutir à nn arrêt qui déclara le motif de l'opposition puéril , et condamna les opposans aux dépens.
I. 3 avril , mort de M. de Caylus à Régcnnes. Le lendemain , son corps fut transporte à Àuxenre , et exposé à la vénération publique , dans le Palais épiscopal , jusqu'au 9 , que se firent ses obsèques avec la plus grande solennité. Des le surlendemain du décès » le Ministre , craignant probablement qu'un cloge de ce Prélat ne fût une nouvelle occasion de dispute entre les deux opinions sur la bulle , fit notifier au Chapitre défense de s'occuper de cet éloge. V. n. vi.
II. 24. juin , élection du Gouverneur du fait commun , M. Jean-Baptiste Monnot , commissionnaire de vins , et de trois Echcvins » MM. Thomas Coullard , Avocat , Louis Doutreleau , Avocat r et Antoine Paradis , commissionnaire de vins.
III. 4- juillet , le Chapitre est informé tpie le successeur de M. de Caylus est M. Caritat de Condorcet t Evéque de Gap , transféré à Aux erre ; et s'empresse de lui adresser son hommage.
IV. 14 juillet , MM. Baudcsson , Maire , et Hoos set , premier Ecbevin , sont députés aux Etat* convoqués à Dijon pour le 1 3 août.
V. 1 o août , M. le Prince de Condé , se rendant aux Etats , arrive à Aiixerrc , et est logé chez M. Btati-
desson. M. de Tavanncs , Lieu tenant du Gouverneur de la province , avait , à l'avance , régie l'ordre de service pour sa garde. Les Chevaliers de l'arquebuse à cheval avaient été an-devant de lui jusqu'à Régennes , et s'étaient rangés en bataille à son passage , pour lut faire le salut des armes. Sur la route , la maréchaussée seule -escortai t la voiture. A la porte S.-SU mon , après l'offre des clés par le Maire , ce fut la milice bourgeoise qui prit la garde du Prince; et elle la conserva jusqu'à la sortie de la ville , le lendemain matin. Ce second jour , les Çhevalicrs de l'arquebuse allèrent l'attendre à la porte de S.-Bris , où ils lui présentèrent les armes.
VI. 6 septembre , service solennel à la Cathédrale , pour M. de Caylus. Le Chapitre l'avait annonce , des le 3o août , par un mandement ; dans lequel , pour satisfaire ses sentimens de vénération et de reconnaissance envers Je Pontife que venait de perdre le Dio~ c«\se , et remplacer l'oraison funèbre interdite par l'ordre du Roi , il rapportait sur les actions , les écrits et les mérites de l'£véque , tout ce dont l'éloge le plus complet aurait pu présenter le tableau.
VII. t2 du même mois, enregistrement au Bailliage , publication et affiche dans la ville , d'une Déclaration du Roi , du 5, qui abolit toutes les procédures commencées conjure ceux qui résistent à la bulle; impose un silence absolu sur cette matière , et charge le Parlement de veiller à l'exécution de cette loi. Elle n'était que le complément d'une révolution qui venait de se faire dans le système du gouvernement à cet égard. Le Parlement avait été d'abord exilé pour avoir
4*2 *:h API rBF \1* .
*- on damne les erilesiaélMnjrs qui refusaient les sacre-
K ulle . \Iais Lows , après avoir perdu un de ses petits-fcis . en avait tu naître ue antre (depuis Inouïs XVI; le /$ août ; et la joie qu'il en avait conçue Tarait
rappeler le Parlement de son exil . et à le laisser libre de condamner le refus des saeremens. A la nouvelle de ces ev eue mens inattendns , le cierge d'Auxcrre , qui * était effrayé de I avènement de M. de Condorret . connu pour un des zèles partisans de la bulle . se Iran quillisa , espérant trouver une sauve-£arde ilans les dispositions des Ministres . ainsi que dans la nouvelle Déclaration do Roi.
MU. 12 novembre . arrêt du Conseil qui autorise les Officiers municipaux à faire plusieurs dépenses . impatiemment attendues par les habitans. Le désir qu'ils avaient eu, en lySej, de voir établir un ou deux moulins à vent sur la montagne S.-Gcorges . pour faire moudre leurs grains . quand les eaux étaient rares ou glacées , n'avait pas pu être satisfait : 1rs hommes dci l'art , après plusieurs essais et observations , avaient déclaré qu'il y avait impossibilité d'en édifier utilement un sur ce mont, où nous en voyons deux aujourd'hui. On n'en avait pas moins perçu , pendant dix ans , l'impôt destiné à cette dépense ; et 12,100 liwcs étaient restées , depuis phisicurs années , sans emploi. Enfin , dans une assemblée des habitans , il avait été arrêté qu'il serait demandé au Conseil l'autorisation d'employer cette somme , i» à construire un corps- de -çarde dans la cout
de l'Hôtel de ville, pour servir aux troupes passant par Aiixcrrc , dont la garde , jusque là , était placée dans la halle au poisson ; ce qui avait , plusieurs fois , occasionne des incendies ; 2° à faire au pave de la ville une rc'paration très nécessaire ; 3° à acheter des pompes à incendies ; 4° à reparer les murs de la ville, qui s'écroulaient dans beaucoup d'endroits ; enfin , à continuer les promenades commencées autour de la ville sur les glacis des fossés. Toutes ces demandes étaient accueillies par l'arrêt. V. 1 756 , n. vm.
IX. Sur la fin du même mois , une troupe de comédiens demanda à élever un théâtre sur une des places publiques , pour y jouer des comédies et vendre un orviétan incomparable ; ce que la génération existante n'avait jamais vu. Les Officiers municipaux leur en donnèrent la permission ; mais le Chapitre qui , attendu la vacance du siège , gouvernait le Diocèse , s'en alarma ; ne vit dans cette nouveauté qu'une occasion de scandale , et publia un mandement , nonseulement lu au prône des paroisses , mais imprimé et distribué avec profusion , pour détourner les fidèles de ces spectacles. Cette mesure eut son effet ; un écrit du temps assure que ces comédiens curent si peu de spectateurs , que la faim les chassa de la ville plus promptement que la censure.
X. Dans le cours de cette année , les Chevaliers de l'arquebuse, dont le nombre était de 3i , et qui avaient pour Capitaine M. d'Avigneau de Cruxy , et pour Lieutenant son frère , Lieutenant général du Bailliage , firent , pour la décoration de la vaste salle haute de leur pavillon , l'acquisition d'une précieuse
collection de portraits historiques ; dont elle fut complètement garnie , depuis le carreau jusqu'au plancher. Indépendamment de la série entière des Rois de France , et des quatre derniers Ducs de Bourgogne , on y voyait les plus célèbres Généraux français , tels que Coligny , Montmorency , Créqui , de la MeîHerare , Turcnnc , et beaucoup d'illustres Princes français , allemands , espagnols ; en tout 1 80 portraits de dimensions égaies , et encadrés dans une boiserie treshabilcment travaillée. Ce musée historique était un objet de curiosité pour les voyageurs instruits (1); mais Tannée révolutionnaire qui désola Auxerrc , au mois de juin 179^ * Y ^ut conduite par de lâches habit ans , et avec eux en fit un monceau de cendres.
I. Taille , 28,65i livres 11 sols 3 deniers ; taillables , 1 64 1 ; insolvables , 238 ; exempts ; 99 , total , 1978 familles : 78 de moins qu'en 1 725. V. 1 785 , n. 1.
II. Pendant les deux années précédentes , Mandrin , fameux chef de voleurs , avait audacieusement exploré plusieurs provinces , et particulièrement la Bourgogne ; mettant à contribution les Receveurs des deniers publics, et souvent de simples particuliers: tantôt campant militairement dans la campagne , et désolant les voyageurs sur les routes ; tantôt s' introduisant jusque dans les villes , et y mettant à mort quiconque osait lui résister. (2) Son expédition dans
(il V. l'almatiacli «l'Auaerce pour 1 7.».». (a V. C*u»r> cflf lires , I. ai , |». >i.
DIX- HUITIÈME M Bd. F..
Aulun avait répandu F épouvante à Auxcrrc ; et la garde de la ville y avait clé reprise , comme au temps dès guerres civiles. H s'était ensuite retire' dans les montagnes de la Suisse ; ce qui avait un peu tranquillise les esprits , et rendu au repos la milice bourgeoise ; lorsque , le 23 janvier , le Maire reçut <le M. de Tavannes une lettre datée du si , pat laquelle il le prévenait « que ces scélérats se préparaient à faire » une nouvelle irruption dans le royaume ; qu'on ne » saurait trop avoir d'attention à mettre la ville en » sûreté' ; qu'une garde devait être constamment aux » portes , pour veiller sur tous ceux qui s'y présente- » raient ; et que , sur l'avis qu on aurait de l'approché » des brigands , il fallait fermer les portes , sonner le •» tocsin , et faire prendre les armes à tous les habi- «* tans. >» On conçoit facilement avec quelle promptitude cet ordre fut exécuté.
III. C'est dans cet instant d'alerte , et le 28 , au point du jour , que l'Abbé de l'Islc , Grand- Vicaire de M. de Condorcet, se présenta à la porte de la ville, et y subit l'examen scrupuleux auquel tout étranger était assujetti avant d'être introduit. L'ordre à ce sujet était d'autant plus sévère , qu'on était prévenu que Mandrin était toujours précédé d'habiles espions , couverts des costumes les plus rassurans. Enfin la portefut ouverte à l'Abbé , qui se rendit de suite au Chapitre , et y présenta la bulle de translation de M. de Condorcet , du siège de Gap à celui d' Auxerre , ainsi que sa procuration "pour prendre possession. Èllc eut lien le lendemain matin sans difficulté ; et le soir du même jour, a huit heures , M. de Condorcet lui •me'-
CHAPITRE XIV , me , après s'être fait connaître à la porte de la ville , fut conduit au Palais épiscopal.
Dès le matin du jour suivant , le Chapitre , après avoir fait annoncer aux habitans l'arrivée de leur nouvel Evêque , au son de la grosse cloche , lui envova des députés chargés d'exprimer le désir qu'avait le corps entier de le saluer. Sa réponse fut qu'il était prêt à le recevoir , et aussitôt le Chapitre fut admis. Dans les complimens d'usage , il y eut un peu de froid et d 'embarras , mais beaucoup de politesse , et il y fut convenu que , le surlendemain dimanche , après vêpres , on procéderait à l'intronisation. Elle se fit avec le cérémonial accoutumé, l'Evêquc étant accompagné de M. de Villebrcuil , Grand-Archidiacre de Sens , assisté de deux Chanoines du même Chapitre , cl de Me Legris , Notaire , aussi de Sens. Ainsi la ville et le Diocèse se trouvèrent placés sous la houlette d'un nouveau pasteur.
Ici commence une ère très -différente de celle qu'on vient de parcourir. Pour en bien apprécier les graves évenemens , il importe , d'abord , de se rappeler l'état du Diocèse , au moment où elle a commencé. On a vu le zèle et les talens avec lesquels M. de Caylus s'était occupé à rendre sa doctrine dominante ; en même temps qu'il allait au-devant des maux de ses Diocésains pour les guérir , ou , au moins les adoucir , comme de tous leurs besoins pour les satisfaire. Ces efforts , continués avec une rare persévérance , pendant un demi-siècle , avaient nécessairement , et maigre les efforts contraires des Jésuites , des Lazaristes et dr tous ceux restés soumis aux décisions du chef de
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l'Eglise , donné à la grande majorité de son Diocèse , toutes les opinions du Prélat , ainsi que ses craintes et ses espérances , dans la controverse qui agitait et l'Eglise et l'Etat. Son clergé, surtout, qu'il avait renouvelé presqu'en entier, le peuplant de prêtres élevés dès l'enfance dans sa maison , et sous ses yeux , avait pour lui le dévouement des enfans soumis au plus tendre des pères. Les étrangers qu'il y avait admis , étaient des hommes de science et de mérite , que leurs opinions conformes à la sienne , sur la condamnation de Jansénius et de Quesnel par le Pape , avaient mis en disgrâce auprès de leurs Evêqucs. Ainsi, il faut le dire, et tous les historiens l'ont remarqué , à l'arrivée de M. de Condorcet, Auxerre était un des foyers les plus ardens du Jansénisme ; on l'appelait le refuge des pécheurs. Mais il parait également qoe la plupart des collaborateurs de M. de Caylus avaient constamment donné l'exemple d'une conduite pure , d'un zèle ardent pour le service des autels , et qu'ils avaient par là , plus encore que par leurs instructions , acquis sur les esprits dans le Diocèse , un ascendant difficile à balancer , en sorte que leurs opinions presque généralement admises dans le pays , y avaient toute la vigueur que peut donner une conviction profonde.
Changer cet état de choses était une œuvre , sinon impossible , au moins fort difficile. Si on l'entreprenait, il fallait y apporter plus de prudence que de zèle, plus de patience que d'empressement ; et surtout il fallait plutôt chercher à captiver les esprits qu'à les effrayer. Mais vouloir , tout-à-coup , sans avoir encore acquis aucune influence personnelle, persuader au Dîo-
(IIAI'ITUK XIV t
cèsc que celui qu'il avait cru voir vivre et mourir eu saint , n'était qu'un hérétique ; c'était certainement tenter l'impossible. C'est cependant ce que M. dp Condorcct , et plus encore l'Abbé de l'Isle , son Grand- Vicaire , paraissent avoir voulu.
Après que tous les corps de la ville eurent été présentés au nouveau Prélat , douze vieux prêtres , exiles à Auxcrrc depuis longues années , demandèrent à le saluer. 11 y consentit ; mais ils ne furent introduits que l'un après l'autre ; subirent une espèce d'interrogatoire , et reçurent tous en définitive sa déclaration , qu'ils eussent à choisir le lieu où ils voulaient se retirer , étant déterminé à ne pas les souffrir dans son Diocèse, Vu vieux prêtre de Dijon , quand il lui dit : *• où voulez-vous aller ? >» lui répondit : « au ciel, Mon- « seigneur; » et il mourut deux mois après. Les autres écrivirent au Ministre qu'ils avaient obéi aux ordres du Roi , en se fixant à Auxcrrc ; qu'ils y étaient depuis long-temps ; que tous fort âgés , et la plupart infirmes, ne pouvaient pas , sans uue criante injustice , être contraints d aller chercher un autre asile : ils n'obtinrent pas de réponse ; mais l'Evcqup reçut assurément l'ordre de respecter leur fâcheuse position. Tous finirent leurs jours à Auxerrc.
Le Chapitre le pria de renouveler les pouvoirs qu'avaient les Chanoines de prêcher et de confesser, et que son avènement faisait cesser; il gaida le silence. Invité à officier , il s'y refusa , et n'assista à aucun office , pas même pendant les fêtes de Pâques. Les Cures de la ville n'obtinrent pas plus de confiance , et il leur en donna des preuves en arrivant. Des Us
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premiers jours , il fil afficher aux portes de toutes les églises qu'on ferait , sous son autorité , les dimanches et les jeudis , dans la chapelle du Séminaire , des catéchismes r qui seraient suivis de premières communions. Cette nouveauté' attira beaucoup de monde. Les Cures , ainsi troubles dans une des plus importantes attributions de leur ministère , après lui avoir fait d'inutiles remontrances , obtinrent , à Paris , une savante consultation de dix anciens Avocats, considères dans le barreau , qui établirent sur les lois de l'Eglise , comme sur celles du royaume, que l'instruction des enfans , pour les disposer à la première communion , appartient exclusivement au Curé ; que si l'Evéque n'a pas de motifs pour l'interdire , il ne peut , ni directement , ni indirectement , lui retirer une instruction , qui , pour lui , est moins une prérogative qu'un devoir. Munis de cette consultation , qu'ils firent imprimer, les Curés se pourvurent au Bailliage, qui en référa au Parlement f et le 18 mars , intervint arrêt faisant défense au Supérieur du Séminaire de continuer le catéchisme , et de recevoir les enfans à la première communion.
Avant la fin de ce procès , et dès le 28 février f M. de Comlorcet avait rendu une Ordonnance par laquelle il révoquait tous les pouvoirs donnés par ses prédécesseurs , ou en leur nom , aux prêtres non pourvus de Cure , et résidant dans le Diocèse. En si peu de temps , tant de mesures violentes , sans avoir eu le temps de connaître les choses ni les personnes , ne purent qu'aigrir , irriter; et si la plaie que l'Evèque croyak voir était réelle , ik en rendait la cure bien
ciupiTHfc xiv, plus difficile. Cependant , comme alors la puissance et le crédit d'un Evèquc avaient encore une grande importance , il n'en vit pas moins tous ceux qui n'avaient pas suivi , contre les Jésuites , la bannière de M. de Caylus , très-disposes à suivre la sienne; et leur nombre dans la Magistrature , comme dans les hautes classes de la société , sans atteindre la majorité, fut bientôt considérable. Un grave événement lui en donna la preuve , et eut encore le déplorable résultat d'élever l'esprit de contradiction entre les deux partis , jusqu'au degré de l'hostilité la plus acharnée.
Le Curé de Pcrrigny était traduit à l'Ofucialitc. comme accusé d'avoir mal parlé en chaire contre M. de Condorcct. M. Marie de S.-Georges , le 3 avril , dans une réunion des Conseillers du Bailliage , proposa de prendre connaissance de la plainte sur laquelle l'Official informait. Aussitôt , M. Robinet de la Coudre dit que , si on s'occupait ainsi de venger M. de Condorcet , on devait le même zèle à la mémoire de M. de Caylus , qui venait d'être outragée par le Curé de Montigny -le-Roi , également dans sa chaire. La compagnie décida qu'elle connaîtrait des deux affaires . et l'on invita le Procureur du Roi , M. Regnaudin . à venir en conférer ; mais sous divers prétextes , il refusa. Sur ce refus , la compagnie le dénonça au Procureur général.
Néanmoins , deux plaintes pour les mêmes fait* ayant été portées directement au Bailliage , l'une , le 8 avril, par un anonyme; l'autre le 16, par M. de la Coudre ; le Procureur du Roi poursuivit , et lit entendre les témoins indiqués dans ces plaintes: mais
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ensuite, prétendant que des dépositions des témoins entendus sur celle de M» de la Coudre , il ne résultait aucune preuve , il lui fit notifier qu'il eût à lui en fournir d'autres, sinon qu'il le poursuivrait comme dénonciateur calomnieux. M. de la Coudre s'empressa de demander justice de cette singulière sommation au Bailliage, qui en référa au Parlement. Le 3o avril , le Parlement fit un premier examen de l'affaire , et lui trouvant de la gravité , la renvoya au G mai , pour entendre les gens du Hoi. M> d'Ormesson, Procureur général , demanda au Procureur du Roi des explications , et le fit dans des termes qui alarmèrent M. Hcgnaudin. Jl en fut si effrayé que , dans sa réponse, il reconnut ses toits, tant à l'égard de la Compagnie , a l'invitation de laquelle il s'était refusé , qu'envers M. de la Coudre par sa sommation. Le 6 mai , M. d'Ormesson donna lecture de cette lettre au Parlement qui ordonna que M. Hcgnaudin viendrait en personne rendre compte de sa conduite; que toute l'instruction sur la plainte de M. de la Coudre serait apportée au greffe de la Cour , pour y être examinée ; et renvoya le procès au 3 juin. V. n. v.
IV. Les œuvres de M. de Caylus venaient d'être publiées, lorsqu'on vil paraître un volume intitulé Supplément aux Œuvres de M. de Caylus. Ce volume reproduisait tout ce qu'il avait écrit dans sa jeunesse en faveur de la Bulle Unigeniius. On y trouvait aussi la circulaire mise au jour, sous le nom du Chapitre , en 1717* sur cette Bulle. Le Chapitre porta plainte au Bailliage contre la publication de ce dernier écrit qui semblait être l'ouvrage du Chapitre , quand il il 3i
48a CHAPITRE XIV ,
avait été reconnu , dans le temps , qu'il n'avait été fabrique que par cinq à six Chanoines contre les réclamations du Corps entier. Par sentence du 26 mai , le Bailliage prononça la suppression de cet écrit , et ordonna que sept Conseillers iraient au Chapitre , y faire enregistrer la déclaration du Roi , du 5 septembre 1754 . qui ordonnait le silence sur la Bulle. Le même jour , les députés du Bailliage se présentèrent au Chapitre , et y firent enregistrer celle Déclaration.
V. Le 3 juin r M. Regnaudin comparut en la Chambre du Conseil du Parlement , et y renouvela l'aven de ses torts , se recommandant à la clémence de la (^our. Le Rapporteur fit remarquer qu'il y avait deux plaintes; qu'il résultait cependant de l'examen des informations que le Lieutenant criminel, M. ÏVicher , n'en avait fait lire qu'une seule aux témoins; que telle était probablement la cause du silence de ceuxci sur les faits exposés dans l'autre. Sur cette observation , intervint arrêt qui , avant de statuer sur le sort de M. Regnaudin, ordonna que M. Richcr viendrait aussi , à la quinzaine, rendre compte de sa conduite ; que toute l'instruction par lui faite serait recommencée a ses frais par le plus ancien Officier du Siège. Celui-ci voulant recommencer l'instruction , le Greffier par lui commis remarqua sur la minute de la première information , que le mot seize avait été mis par surcharge sur le mot huit. Un procès-verbal lut dressé et envoyé, avec la pièce surchargée, au Parlement.
Le 29 juillet , iVJ. Richer comparut devant la Cour, et y déclara qu'il n'avait fait lire aux témoins que la
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plainte du 1 6 , celle du 8 , suivant lui , ne contenant que les mêmes faits ; qu'à l'égard de la surcharge , on ne pouvait pas la lui attribuer, n'étant pas le dépositaire de la minute sur laquelle elle existait. Le premier Président lui dit de se retirer, en recommandant aux Huissiers de le garder à vue. Aussitôt le Procureur général se rendit plaignant , et de la surcharge , cl du fait avoué qu'une seule des plaintes avait été lue aux témoins; concluant à ce que la nouvelle instruction fût continuée à Àuxerre, et à ce que M. Richer , ainsi que son Greffier fussent décrétés d'ajournement personnel. La Cour alla plus loin , elle ordonna la con* tinualion de l'instruction à Auxerre, et décréta de prise de corps M. Richer et M. Yon, son Greffier. M. Richer fut aussitôt conduit à la conciergerie. Après 43 jours de détention , le 1 1 septembre , il présenta requête pour obtenir, au moins , la liberté provisoire ; se prévalant de sa conduite antérieure, et de celle de sa famille dans laquelle était l'office de Lieutenant criminel depuis 1 9.0 ans. Sa demande fut accueillie , et le décret de prise de corps converti en ajournement personnel.
Cette affaire , et une infinité d'autres de même nature, n'eurent pas de suite. A la grande satisfaction de MM. Richer , Rcgnaudin , Yon , de leurs familles et de la majeure partie de la population, une Déclaration du Roi , du ij décembre , quelques jours après enregistrée au Bailliage, publié»' et affichée dans la ville , prononça une amnistie générale pour tous les faits concernant la Bulle, et ordonna que toutes les procédures suivies a ce sujet restassent sans effet.
I. 3o janvier, Ordonnance de M. de Gondorcet faisant défense aux Cures de commettre des Ecclésiastiques pour faire dans leurs Eglises des instructions familières , à moins qu'ils n'ayent e'te' approuvés par lui. Les Curés de la ville se pourvurent au Parlement , se fondant sur ce que l'Ordonnance de 1 695 n'exige l'approbation de l'Evèque que pour les prédications. V. n. vi.
II. i4 février , Mandement pour le Carême , dans lequel M. de Condorcct dit aux fidèles : « Demeurez attachés aux successeurs de Pierre , et au Corps des premiers Pasteurs , ri écoutez que leur vois. » Les Curés qui le reçurent pour le publier au prône de leur paroisse, s'y refusèrent. Tous, comme de concert, tous Pasteurs du second ordre, se crurent injustement offensés par la phrase qui suppose que les premiers Pasteurs sont les seuls dignes de la confiance des fidèles, et dénoncèrent le Mandement au Bailliage. Le 27, le Bailliage, en leur en donnant acte, en référa au Parlement , qui , par arrêt du 6 mars , reçut l'appel comme d'abus du Procureur général, dit qu'il y avait abus dans le Mandement , en ce qu'il était offensant pour le Clergé du second ordre, et ordonna que l'arrêt serait imprimé et affiché tant à Auxerrc que dans toutes les paroisses du Diocèse ; ce qui fut exéctité.
III. 2.5 juin , élection de deux Echevins , MM. Gaspard-Nicolas Coullaut de Berry , Conseiller , et Louis
Auguste Bcrault, Procureur, agréés par le Koi le 7 juillet , et installes le 1 8.
IV. 20 juillet, publication et affiche de deux Déclarations du Roi , du même mois , Tune qui proroge indéfiniment la levée du vingtième, l'autre qui en établit un second , à commencer du premier octobre. V. 1760, n. 11.
V. 2 septembre, Arrêt qui, sur le pourvoi des Curés , contre l'Ordonnance de l'Evêquc, du Jo janvier , dit qu'il y a abus , et défend d'y donner suite.
VI. 9 septembre, réception solennelle du nouveau Maire , M. Jean-Claude Baudesson , Avocat , nommé à cette place par les Elus généraux sur la démission de son père.
VII. Le 7 novembre, M. de Condorcet , au lieu d'être averti par les arrêts rendus contre lui , que ses conseils l'exposaient à la réaction d'un parti puissant ; et entraîné par un zèle qu'il faudrait admirer , si le moment eut été favorable , monta en chaire en présence d'un nombreux auditoire, pour y lire un Mandement à ses diocésains sur la foi et sur la soumission qu'ils devaient à l'Eglise. Voulant ensuite en développer les motifs , il parla des maux sans nombre faits à la religion par la désobéissance que des hommes , d'ailleurs estimables , avaient opposée aux décisions données par le souverain Pontife , depuis quarante ans , sur les controverses religieuses. Il fut long-temps écouté avec attention , l'onction de ses paroles semblait même pénétrer les cœurs , lorsque , pour mieux expliquer ses intentions , il lut le mandement que venait de publier l'Archevêque de Paris , et par lequel
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dos peines rigoureuses étaient prononcées contre tous roux qui ne se soumettraient pas à la Bulle Unrgenitus; il ajouta qu'il y adhérait sans reserve. A ces mots t presque tout le Cierge se leva et se retira; beaucoup de laïcs en firent autant; des murmures même furent entendus.
Le soir du même jour , les Chanoines en Cha pitre liront rédiger , par deux Notaires , un procès-verbal contenant leur déclaration de ce qui s'était passé, et leurs protestations contre les propositions de l'Eveque , comme étant une infraction au silence ordonne par la Déclaration du 2 septembre 1754,* comme contraires aux maximes de l'Eglise gallicane; injurieuses aux dépositaires de l'Autorité du Roi , et capables de troubler la paix publique. Le lendemain, des Commissaires du Chapitre présentèrent au Bailliage une requête pour avoir acte de ces protestations , ainsi que de l'appel comme d'abus qu'ils interjetaient du Mandement et de sa publication.
On mit beaucoup de solennité dans cette démarche. C était le soir ; tous les Officiers du Bailliage prévenus, étaient réunis dans la Chambre du Conseil. Le Trésorier du Chapitre , M. Clément , assisté de trois Chanoines et d'un Procureur, se présenta au Palais , sa requête à la main. Des députés du Bailliage lui demandèrent l'objet de sa visite; sur sa réponse on le fit asseoir, ainsi que ceux qui l'accompagnaient , dans le banc des Avocats. A peine les députés furent-ils rentrés dans la chambre du Conseil , que toute la compagnie en sortit et ouvrit l'audience. Alors M. Clément prononça un discours sur l'événe-
ment de la veille . à la Cathédrale ; pais le Procureur, après avoir lu le procès-verbal des notaires et la requête, les remit au gens du Roi , qui se retirèrent avec les Conseillers dans la chambre du Conseil. Un quart d'heure ne s'était pas écoule , que le Bailliage reprit séance. Le premier Avocat du Roi demanda acte de ce que , pour le Procureur général , il interjetait appel comme d'abus du mandement de l'Evêque , et de sa publication. Aussitôt M. Boucher de la Rupclle, Lieutenant particulier , recueillit les suffrages , et de suite prononça la sentence ; par laquelle le Bailliage, en donnant acte aux gens du Roi de leur appel , fit défenses provisoires aux Curés de la ville et du Diocèse , Vicaires , Communautés et autres , de publier ce mandement ; à tous imprimeurs , libraires ou colporteurs de l'imprimer ou débiter , et ordonna l'impression et l'affiche de la sentence.
Tou6 ces faits furent en outre transmis par le Chapitre à M. de S.-Florentin , et par le Procureur du Roi au Procureur général. Peu de jours après , un Exempt de la Prévôté de l'Hôtel vint à Régennes , présenter à M de Condorcet un ordre du Roi de se rendre , de suite , au couvent des Bernardins de Vauluisant , et d'y rester jusqu'à nouvel ordre. L'Exempt l'y conduisit le même jour. V. 1757 , n. v.
Le 1 3 du même mois , le Bailliage donna une preuve de son impartialité , et de son désir de maintenir la paix publique. Entre plusieurs pamphlets mis au jour pour critiquer un autre mandement de l'Evcque sur les missions , la lettre à un ami se fit remarquer par son style amer et insultant. Le Procureur du Roi
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en porta plainte au Bailliage , qui en prononça la suppression , comme attentatoire au respect du à l'Kvèque , et ordonna l'impression et l'affiche de la sentence.
VI H. Ce ne fut que dans le cours de cette année qu'on put exécuter les divers travaux extraordinaires
autorises par l'arrêt du Conseil du 12 novembre 1 y->4- Le corps -de-garde fut construit dans la cour du Pa~ lais , et la dépense s'éleva à 5,665 livres 6 sols. On au pave des principales rues des réparations pour 5,o3u livres. Le glacis des fosses , depuis la porte du Temple jusqu'à celle d Lglény , fut nivelé' et plante de tilleuls , ce qui coûta pour les terrassiers et l'achat des arbres 2, 10,2 livres. . >m&£}
1757. > . **çic^n i *
I. Le H janvier , toute la population fut dans la consternation à la nouvelle que le roi avait été dangereusement blesse par Damien , qui lui avait porte à la poitrine un coup de couteau. Tels étaient , alors , l'amour des français pour Louis XV, et leur confiance en Dieu , qu'à l'instant même , la grosse cloche de la Cathédrale s'élant fait entendre , sans autre convocation , tous les Gups et le reste de la population remplirent l'Eglise , et l'on commença les prières des $o heures , pour obtenir la guenson du Itai, Le 29 , on sut qu'elle était parfaite ; aussitôt une messe d'actions de grâces fut célébrée avec un empressement aussi gé* néral. ..,»>/m