I. 1 4 mai , décès de l'Abbé Mignot , Grand-Chan
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trc de S.-Eticnne. Il était né à Auxcrre , en 1 688 , d'une honorable famille. Les vertus et le savoir que M. de Caylus , fort habile à apprécier les hommes , avait reconnus en lui , le déterminèrent à lui donner , très-jeune encore , un canonicat ; et depuis , ses confrères l'avaient élu Grand-Chantre. Jusqua sa mort , il jouit d'une grande réputation comme prédicateur ; il fut aussi un des collaborateurs de M. de Caylus pour doter le Diocèse des livres d'église encore en usage aujourd'hui. Sa science ne se bornait pas aux matières liturgiques ; ami de la saine littérature , il avait été , comme on l'a vu , un des fondateurs de la Société des sciences de la ville. Par son testament il légua au Chapitre sa bibliothèque composée de 3tooo volumes.
Dans le môme temps , la Société des sciences perdit encore l'Abbé Précy , qui ne s'était fait remarquer que par une longue et pesante satyre en vers , dont il avait courageusement écrasé les Jésuites , après leur chute.
II. Aussitôt après le décès de l'Abbé Mi gnot , le Chapitre s'assembla pour élire son successeur. Sur 3 7 suffrages , 25 furent pour l'Abbé Lctcllier , l'un des Chanoines ; les douze autres se partagèrent entre plusieurs sujets ; mais il fallait l'approbation de M. TEvèque , qui exigea la signature du formulaire , et l'Abbé Letellîer s'y refusa. M. de Cicé crut pouvoir nommer seul , et choisit l'Abbé Gaudet , ce qui fut suivi d'un procès au Parlement. Il n'y fut juge qu'en 1772 , par la nouvelle Cour instituée par M. de Maupeou. La nomination de l'Abbé Gaudet fut confirmée.
III. 1 3 juin, assemblée générale des Officiers de ville. MM. Briand de Fortbois et Colombet , Conseil-
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lers de ville , passent à l'Echevinage , et sont remplaces , comme Conseillers de ville , par MM. Viot , Notable , et Marie de S.-Georges.
Le même jour , les habilans reunis pour élire sept Notables , nommèrent MM. l'Abbé Gaudct , l'Abbé Lorieux , Liger-Tremilly , Duplessis , Boyard-Forterre , Monnot et Graindorgc , tous du parti dominant.
IV. Sur la fin de ce mois, l'Abbé des Maronites du Mont-Liban passa quelques jours à Auxerre , et dit la messe au grand autel de la Cathédrale. Il y eut foule pour entendre une messe célébrée en Syriaque , et avec les cérémonies de l'Eglise d'Orient.
V. 24 novembre , 1 Hôlel-Dieu recouvre 65o livr. de revenu. Au mois de décembre précédent , les administrateurs , informés par la tradition que , jadis , il dépendait de cet hospice deux domaines dans la Puisayc , cherchèrent dans leurs archives des traces de cette propriété , et trouvèrent l'acte du 27 mai 1721 , par lequel ces deux domaines avaient été vendus par leurs prédécesseurs , aux sieurs Moyeux et Pautre , pour 8,000 livres seulement , sans autres formalités qu'une autorisation du Corps municipal. Après s'être assurés qu'indépendamment des vices de forme , cette aliénation faisait éprouver une lésion énorme à l'hospice , ils traduisirent devant le Bailliage les héritiers des acquéreurs. Ceux-ci s'empressèrent d'arrêter l'action , et constituèrent au profit de l'Hôtel- Dieu une rente de 65o livr. , au capital de 1 3, 000 livr. Depuis , MM. Pautre ont obtenu des lettres patentes confirmât ives de cette transaction.
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I. 1 3 janvier , reprise du service de la milice bourgeoise pendant la nuit. Depuis trois années, les récoltes de grains ayant e'te' très-faibles , le prix du pain s'élevait au triple du cours ordinaire , et la misère du peuple était extrême. Malgré les secours abondans qui étaient distribués chaque jour , plusieurs maisons avaient été forcées et pillées par des voleurs. La sécurité ne fut rendue à la ville que par une garde aussi nombreuse et aussi régulière qu'en 1767.
II. Dans le même mois , d'autres tribulations , plus difficiles à prévenir, consternèrent le parti Latin. Exclu de l'administration municipale , il n'y avait pour lui que prévention et défaveur , quand il y était question de ses intérêts. Mais il avait un précieux contre-poids dans la Magistrature du Bailliage et du Parlement , où il était en majorité , et celte ressource allait lui être enlevée! On apprit que l'état d'hostilité dans lequel la Cour et les Parlcmcns étaient depuis plusieurs années, avait cessé par la destruction du Parlement de Paris ; qui serait infailliblement suivie de celle des autres , ainsi que des Bailliages qui , comme celui d'Auxcrre , avaient fait cause commune avec eux. En effet , le Parlement de Paris ayant , depuis quinze jours , suspendu le cours de la justice , pour ne s'occuper que des troubles politiques , le Roi , par un arrêt du Conseil du 2 1 janvier , avait déclaré confisquées toutes les charges des Conseillers , leur défendait de faire les fonctions et de prendre la qualité de membres du Parle-
ment , les exilant tous ilans des lieux cl i fierons ; et depuis le 24 janvier , un nouveau Parlement , compose des membres du Conseil , rendait à la justice son cours ordinaire. V. n. iv.
III. Le 8 mars , M. de Livry , Evêque de Callinique , Abbe' de Ste-Colombe de Sens , offrit au Corps municipal de faire don au Collège de sa bibliothèque , en mettant pour condition que les livres ne seraient pas à la discrétion du public, n'étant destines par lui qu'à l'instruction des professeurs et des écoliers , et que même les professeurs ne pourraient en emporter aucun hors du local où ils seraient places. Le Procureur du Roi et le Principal du Collège furent députés à Sens , pour remercier le Prélat , et accepter sa libéralité. Déjà le Collège possédait une fort bette bibliothèque, établie dans les combles du principal bâtiment. 11 en était redevable aux Jésuites ; qui , pendant les 1 4<> années qu'ils l'avaient tenu , y avaient réuni tous les livres essentiels à l'instruction en matière de religion , d'histoire , de physique , et de saine littérature. Ces livres étaient renfermés dans de superbes armoires dont le P. Daubenton, leur élève et leur confrère , avait fait les frais (1). C'est à cette première collection que vint se joindre celle de M. de Livry , d'autant plus précieuse qu'elle rajeunissait en quelque sorte la
Ci) Ce Religieux , né à Auxcrrc en ié>^3 , claie confesseur de Philippe, Duc d'Anjou, lors de l'avènement «le ce Prince au Irène «l'Kjpngne ; il l'y suivit ; et c'est de là Que, n 'oubliant pas sa ville ualale , il contribua à l'établisse ment de la bibliothèque du Collège. Pour plus de détail sur sa vie , v Lebetif, i. a , p. 5i3-
première , en y ajoutant tout ce dont , depuis un demi-siècle , le domaine de la science s'était enrichi. M. de Livry vint lui-même présider au rangement de ses livres , après les avoir fait marquer du cartouche de ses armes , et de l'inscription Collège d'Auxerrc. Leur nombre s'élevaà 609 volumes, dont 38iVi-fu.Les mains impures auxquelles le Collège fut livre pendant la révolution , ont pillé cette riche bibliothèque , dont il ne reste plus que des débris.
IV. Les craintes que le sort du Parlement avait fait concevoir sur le Bailliage, se réalisèrent. Un premier Ëdit du mois de mai supprima les quatre offices de Conseillers sur le fait des Aydes et tailles , et les incorporant aux autres offices , chargea les Conseillers restans d'en remplir les fonctions. Par là furent éliminés les quatre Conseillers connus pour être les plus attachés à la cause des Parlcmens: MM. Robinet de la Coudre , Villetard de Prunières , Martineau de la Villotte , et Hay. Ce premier coup d'autorité ne suffisant pas pour ôter au parti Latin la majorité , un second Edit supprima les offices des dix autres Conseillers: MM.de Champton , de Berry, Baudesson de Poinchy , Housset , Disson , de Chazcuil , de Soleine, Didelet , Housset fils , et Robinet de Pontagny fils. Le même Edit supprima l'office de M. Grasset , Procureur du Roi , et celui de M. Martineau des Chesnés , second Avocat du Roi. Le Bailliage se trouva réduit de 29 Officiers à 1 3 , et composé de MM. de Bellombre , de la Rupelle , Briand de Fortbois , Thicrriat de la Maison-Blanche , Rondé , de Billy , Seurat , Biîletou , Raffin , Baudesson , Marie , Raffin de Char-
moy , Conseillers , et Marie , premier Avocat du Roi. On voit qu'une main exercée dans le choix des hommes avait su faire ce triage que , dans les oscillations politiques postérieures , on a appelé épuration ; et ce qui précède , fait suffisamment deviner la source des inspirations du Chancelier , qui , très-probablement , ne connaissait personne à Auxerre.
Quelqnes mois après , les 1 3 Officiers restans ne pouvant pas suffire à tous les services , quatre nouveaux offices de Conseiller furent créés et achetés , de l'avis des titulaires conservés, par MM. Choppin, Billctou de Guilbaudon, l'abbé Briand de Fort-Bois et Camclin ; celui de Procureur du Roi fut aussi rétabli, et acheté par M. Marie de Saint- Georges.
V. 27 juin , assemblée des Officiers de Ville. Messieurs Marie de Saint-Georges et Duché, Conseillers de ville , sont nommés Echcvins ; et MM. Doutreleau et Liger-Trcmilly , notables , sont élus Conseillers de ville.
VI. Par suite de la demande du Corps Municipal aux Etats de 1769 , les élus envoyèrent à Auxerre, en 1 770 et 1 77 1 , les Ingénieurs de la Province visiter la partie de la ville , sur laquelle , comme grande route , passaient toutes les voitures publiques , et dont il s'agissait de mettre le pavé aux frais de la Province. Ils remarquèrent combien cette route était fatigante et même dangereuse , d'abord en montant de la croix de pierre à la place des Fontaines ; puis en descendant , soit par la rue des Belles-Filles et de la Monnaye , soit par celle de la Tonnellerie , où était la poste aux chevaux. Ils apprirent que de fâcheux accidens y étaient
très-frequens. Convaincus que , quelque dépense qu'on voulût faire , on ne pourrait que diminuer et non détruire les défectuosités insurmontables de cette position, ils cherchèrent une autre direction pour la route, et la trouvèrent naturellement dans le chemin que , depuis 1767, les habitans demandaient à construire hors de la ville et sur le bord de la rivière , pour l'arrivage des voitures au port. V. 1667 , n. m. Sur leur rapport, leurs plans et leur devis, les Elus généraux virent une dépense considérable à faire ; mais l'intérêt général la réclamait , et il l'emporta.
Cependant les Ingénieurs, témoins du désir qu'avaient les habitans de conserver la route dans l'intérieur de la ville , avaient mis tant de mystère dans leurs opérations , que la nouvelle du changement projeté ne se répandit à Auxcrrc qu'au moment où les Elus allaient prononcer. Ce fut une désolation générale , surtout parmi les marchands , les artisans et les aubergistes. En effet, jusque là , la route, traversant le centre de la ville , y entretenait une grande activité , et procurait au commerce des occasions fréquentes de bénéfices et d'utiles correspondances. On crut que le changement de route, reportant au-dchors ces causes d'activité, la ville allait devenir une triste solitude. Le 19 novembre, tous les Officiers de ville réunis arrêtèrent qu'il serait adressé aux Elus une requête dans laquelle seraient développées les funestes conséquences que l'exécution du projet aurait pour la ville ; en déclarant que les habitans aimant mieux supporter la dépense du pavé de la route , que de lui voir donner une autre direction , on allait sans retard la mettre dans le 11 35
plus parfait état. Avant que celte requête fut parvenue aux Elus y le 2 1 du même mois , ils avaient ordonné la confection des travaux traces par les Ingénieurs ; et le 10 décembre , ces travaux furent adjugés àun entrepreneur. Toutefois cette requête leur étant présentée , les nombreux motifs opposés au projet ébranlèrent leur conviction. Ils ordonnèrent la suspension des travaux , et ar • rêtèrent d'examiner eux-mêmes et sur les lieux, tous les points de cette grave difficulté. V. 1773 , n. vu.
I. La foudre qui venait de briser le Bailliage, grondait aussi depuis long-temps sur la Société des Sciences. Cependant son influence dans la ville ne s exerçait guère que sur l'almanach , où chaque année on Usait des observations astronomiques de M. Trébuchet et des notices historiques de Fahbé Potel ; mais on soupçonnait quelques-uns de ses membres de fournir des articles à la fameuse Gazelle Ecclésiastique , dans laquelle le Jansénisme exprimait , avec une amère énergie , ses malignes lamentations ; c'en fut assez. Elle espérait encore que les lettres patentes promises par M. de Livry viendraient la consolider, lorsqu'au milieu d'une séance ordinaire, le 7 janvier, M.dePontagny, Subdclégué de l'Intendant , se fit introduire , et remit au Président une lettre de M. de laVrillière, Ministre de la Maison du Roi , adressée à l'Intendant. Elle portait que le Roi voulait que les séances de la Société fussent suspendues ; que ses Membres fussent invités à attendre l'autorisation de S. M. avant de les reprendre;
ajoutant qu'eues n'avaient été autorisées que par une lettre de lui , écrite de Compiègne , le 1 1 juillet 1 749. Après cette lecture, on se sépara. Cette dernière séance est signée de onze Membres : MM. de la Cou dre , directeur; Marie , Avocat du Roi ; Bussière , Avocat ; Moreau , Chanoine ; Lesserré , chirurgien ; Houssett médecin; Liger, aussi médecin; Mérat, pharmacien; Pasumot, professeur de physique; Potel, chanoine , et Marie de Saint-Georges , Procureur du Roi.
11. Le 5 avril , le moment de procéder à l'assiette de la taille pour Tannée, approchant, les Eche ins, par une sollicitude remarquable r prirent une délibération par laquelle il fut enjoint aux Asséeurs d'y comprendre tous ceux qui, exclus dn Bailliage par les Edits, avaient perdu l'exemption.
ili. 21 avril. Depuis un an, le sanctuaire de la cathédrale était interdit. Le maître-autel , ainsi que celui qui est derrière , avaient été refaits à neuf, et mis dans l'état où nous les voyons. On avait posé au-dessus la statue de S. -Etienne nouvellement érigée , les décorations qui l'entourent , et les grilles qui ferment le sanctuaire. Ce jour , M. l'Evoque, en présence des Curés, des Corps Religieux de la ville et de toutes les autorités , fit solennellement la consécration de ces deux autels.
IV. Tandis qu'il n'y avait plus que des perplexités pour les Latins , un des personnages les plus marqnans de ce parti , M. Baudesson , ancien Maire, parvint cependant à obtenir , non à Auxerre , mais à Paris et à Dijon , justice et même faveur. Depuis six années , la place de Maire n'était ni remplie , ni va-
cantc. Le Minisire , M. le duc de la Vrillièrc , sentit qu'il fallait enfin sortir de cet état ; prononcer sur les mémoires reçus , à ce sujet , par son prédécesseur , et rendre à M. Baudesson sa place, ou l'en priver , en motivant cet acte de rigueur sur des faits graves et certains. Il prît de nouveaux renseignemens , et s'étant convaincu que la calomnie avait dicte' le mémoire contre cet Officier; qu'il n'était pas un seul des reproches qui lui étaient faits , sur lequel il n'eût donné des explications satisfaisantes , fit le rapport de l'affaire au Conseil des dépèches. Il y fut décidé , le 3 mai , qu'il serait écrit aux Ëlus généraux « que le Roi , ayant * jugé cet Officier irréprochable , son intention était » qu'il fût de nouveau institué Maire d'Auxerre. » Le même jour , M. de la Vrillièrc fit partir la dépêche.I*s Elus généraux ne mirent pas moins d'empressement à réparer les inexplicables lenteurs qu'avait éprouvé cette affaire. Au reçu de la lettre , ils rendirent un décret portant que, par ordre du Roi, M. Baudesson était nommé Maire d'Auxerre; et comme bien informé de toutes ces démarches , il était à Dijon , ils reçurent à l'instant même son serment.
Le 9 , ce décret parvint au Corps municipal. H était accompagné de deux lettres , l'une de M. de Latourdu-Pin , Commandant de la Province , l'autre de M. Amelot, Intendant; toutes deux contenant l'ordre de reconnaître sans difficulté M. Baudesson pour Maire d'Auxerre . et même de le députer aux Etats de la Province qui allaient s'ouvrir, en révoquant toute nomination contraire, s'il en existait. Ce concours extraordinaire du Commandant et de l'Intendant pour un même
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objet, et le style impératif tic leurs ordres, firent que, surle-champ, M. Baudesson fut proclame Maire, et comme tel, député aux Etats par les Echevîns réunis auxConscillers de ville. Mais le nouveau Bailliage, voyant avec dépit le succès imprévu de M . Baudesson , chercha et crut trouver un moyen de prolonger les tracasseries que ce Magistrat endurait depuis long-temps. Il n'avait prêté ser ment que devant les Elus généraux , et les art. 4 et 5 de l'Edit de 1 77 1 prescrivaient aux Maires, avant d'entrer en fonctions, de le prêter devant le Parlement. Sans remarquer que l'art. 1 2 contenait une exception pour les pays d'Etats , le 1 1 , le Bailliage , étrangement aveuglé par l'esprit de parti, rendit , sur le réquisitoire de M. de S. -Georges, Procureur du Roi, une sentence portant « défense au sieur Baudesson de faire aucune fonction » de Maire et Juge de police , jusqu'à ce qu'il ait été » reçu et pourvu en la Cour du Parlement ; défense à *» tout Officier de la ville et à tous autres de le recon- » naître en cette qualité, à peine d'interdiction. »
Probablement les Officiers du Bailliage espéraient qu'en maintenant ainsi les attributions du nouveau Parlement, cette Cour, où M. de Cicé était en grand crédit , parviendrait à faire révoquer l'ordre du Roi, et rendrait à leur parti la toute puissance dans Auxcrre. Mais leur sentence irréfléchie produisit l'effet contraire. La nouvelle en fut promptement transmise à Dijon , où les Etats étaient assemblés. M. Baudesson , qui en faisait partie , ainsi que M. de Cicé , la fit circuler rapidement. Les Elus généraux qui , par cette sentence étaient supposés avoir commis un excès de poûvoir, en recevant le serment de M. Baudesson , s'en plaignirent
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comme personnellement offenses. Le sentiment qui domina dans les trois chambres fut celai de l'indignation contre ces Juges imprudens qui , M. Baudesson étant absent , sans savoir quand et comment il entrerait en fonctions , lui faisaient défense de le faire , et cela dans des termes qu'à peine il aurait mérites s'il les eût exercées irrégulièrement. Dans la Chambre du Tiers, et même dans celle de la Noblesse , il n'y eut qu'une voix pour reconnaître dans leur sentence une insulte aux Elus et une atteinte aux privilèges de la Province, comme à l'autorité du Hoi. Ces deux Chambres émirent le vœu de porter plainte an Roi de la témérité du JBailliagc ; et que S. M. fût supplice de casser la sentence. Dans la Chambre dn Cierge, il y eut plus de difficultés; M. de Cicc' fit tous ses efforts pour qu'on examinât la nomination laite par les Elus, et qu'à cet effet il fût forme une commission ; mais huit ou neuf membres seulement se réunirent à lui , trente-six opinèrent pour adopter le vœu des deux autres Chambres; et dix-huit Députes des trois Ordres furent charges de porter le décret à M. Latour-du-Pin , en le priant de l'appuyer de tout son crédit auprès du Roi*
On parla beaucoup dans le temps d'une singulière réponse qui fut faite à M. de Cicé dans cette circonstance. Il disait tout bas à AI. le comte de Tavanes, l'un des trois Elus qui avaient nommé M. Baudesson, vous ne savez donc pas qu'il est Janséniste! — " Eh » bien! Monseigneur , s'il vous demande la tonsure , » laites lui signer le formulaire ; quant à nous , nous ne » craignons pas les Jansénistes- »
La décision du Roi sur le vœu des Etats ne se fit pas
par arrêt du 22 du même mois, déclara la sentence du Bailliage contraire à l'article 1 2 de l'Edit , nulle et comme non avenue ; ordonna que M. Baudesson exercerait les fonctions de Maire et de Juge de police, par suite de son institution et de son serment prêté devant les Elus , pour être obéi en cette qualité par tous ceux qu'il appartiendrait; fit défense aux Officiers du Bailliage de rendre de semblables sentences à l'avenir , et à tous Juges supérieurs de prendre connaissance de cette affaire , le roi s'en réservant entièrement la connaissance. Enfin le Conseil ordonna que son arrêt fût signifié à la requête du Syndic des Etals au Bailliage; que mention en fût faite sur le registre de la Compagnie, et qu'il fût imprimé et affiche dans la ville.
Le 1 7 juin, en effet, le Syndic des Etats vint à Auxerre, fit faire les significations et transcriptions ordonnées , ainsi que l'affiche de l'arrêt dans tous les quartiers. Il est difficile de supposer un degré d'humiliation plus bas que celui où descendirent ces nouveaux Magistrats qui , avant la révolution de la première année de leur magistrature , s'étaient exposés à une répression aussi sévère. Mais cette première conséquence de leur faute devait être suivie d'une seconde bien plus favorable encore au parti Latin. On en eut à Auxerre le pressentiment dès le 23 du même mois. Les notables allaient s'assembler pour faire ces réélections annuelles à la faveur desquelles i5 au 3o personnes se concertaient si bien que le pouvoir municipal ne sortait pas de leurs mains ; lorsque les Echcvins reçurent un ordre du Boi, faisant défense de tenir aucune assemblée
générale , ni de procédera aucune élection jusqu a nouvel ordre. V. n. ix.
V. Dans la nuit du 29 au 3o juin, depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever , un ouragan furieux ravagea la ville et les environs. Des coups de vent d'une impétuosité'extraordinaire renversèrent plusieurs arbres des promenades , et un grand nombre de cheminées dans la ville. Deux flèches élégantes en pierre et de forme gothique , qui , avec d'autres ornemens d'architecture, couronnaient l'arcade portant le cadran de l'horloge , furent brisées. C'est pour les remplacer qu'à été construit le modeste toit en ardoise qui couvre cette arcade.
VI. Le 1 4 août, par suite des changemens qui avaient eu lieu dans le personnel du Corps municipal , celui du bureau du Collège , périodiquement renouvelé par ce même corps , se trouva composé de manière à ce que ceux à qui les professeurs déplaisaient se trouvèrent en majorité. Habiles à tirer parti des événemens , ils résolurent , pour l'année scolaire suivante , de renouveler les tentatives de 1764 , que le Parlement d'alors avait rendu vaines , mais qui probablement seraient mieux accueillies par le nouveau. Ils ne furent pas arrêtés par la réponse qu'avait faite le Roi à l'égard des professeurs en place , dans l'espoir que la faveur du Ministre l'emporterait sur la volonté du Souverain , et décidèrent qu'en conformité de la Déclaration de 1 763, cinq de ces professeurs seraient remplacés par des maîtres ès-arts de l'Université de Paris. On donna aussitôt à cette délibération tout ce qui devait en assurer l'exécution , sans recours possible de la part des professeurs : approbation par le Corps municipal ,
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homologation du Bailliage, et confirmation par le Parlement. C'est le 22 août qu'intervint l'arrêt confirmatif ; et le Procureur généra] , en l'adressant au bureau du Collège , invita les administrateurs à payer à chacun des professeurs exclus une indemnité , à condition qu'ils se retireraient sans difficultés. V. n. vm.
VII. Sur la fin du même mois , il y eut de grandes cérémonies religieuses à l'église de la Visitation, au sujet de la canonisation de madame de Chantai , prononcée par une Bulle du pape Clément XIII. Elles furent les mêmes que celles faites pour saint François de Sales , au mois de mai 1 766.
VIU. Le 7 septembre , les Administrateurs du Collège firent signifier aux cinq professeurs en disgrâce toutes les décisions qui les expulsaient ; avec offre de 160 livres pour chacun d'eux; ce qu'ils acceptèrent. Je ne peux pas me dispenser de faire remarquer que le parti Latin, dans cette circonstance, eut absolument le même sort qu'il avait fait éprouver aux Jésuites dix ans auparavant.
IX. M. de Latour-du-Pin , comme il lavait promis aux trois Ordres des Etats de Bourgogne, rendit compte au Roi de ce qui s'était passé à ces Etats , à l'occasion de la sentence du Bailliage contre le Maire, et du sentiment d'irritation qu'elle avait inspiré à la presque unanimité de l'assemblée. Le comte de Tavanes, l'Intendant Amclot et tous les protecteurs de M. Baudesson , s'étaient joints à lui pour appeler l'attention du Monarque sur une ville où un seul parti occupait tous les emplois publics ; ce qui amenait toujours l'oppression du pays. Ces réflexions déterminèrent Louis XV à user du seul
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moyen qui , dan* les temps de faction , puisse en tempérer les excès ; ce fut de balancer l'influence d'un parti par celle de l'autre. Tout ce qui s'était passé depuis quelque temps prouvait que le Corps municipal partageait sans réserve les sentimens du Bailliage : en conséquence , ne voulant pas toucher à l'organisation trop récente de ce corps de Magistrats , on résolut de dissoudre celui de la municipalité ; et en le réorganisant, d'en prendre tous les élémens dans le parti opposé. C'est dans une telle pensée que , le 23 juin , le Roi avait suspendu les élections. Mais , le 1 7 octobre , il rendit une Ordonnance motivée pour le bien de son service ei celui des habitons d'Âuxerre , par laquelle il déclare que l'autorité municipale ne sera plus exercée dans cette ville , que par un Maire , quatre rLchevins , quatre Conseillers , un Procureur-syndic , un Substitut et un Secrétaire ; que les Echevins ne pourront être choisis que parmi les Avocats , les Médecins , les Procureurs , les Notaires , les Chirurgiens , les Marchands et les Bourgeois ; ( ce qui en éloigna les Ecclésiastiques et les Officiers du Bailliage) ; que les Echevins ne resteront en place que deux années ; que les autres Officiers y seront conservés jusqu'à révocation ou démission. Enfin il est dit que, dans la suite , il sera procédé aux élections dans les temps accoutumés , mais que , pour cette fois , le Roi nomme pour Echevins , MM. Pasqueau, Avocat; Thiénot, médecin; Mératv Procureur f et Arnauld de Vogines , marchand ; pour Conseillers de ville , MM . Coullard , Avocat ; Coullaut du Marteau , Bourgeois; Desœuvres, ancien Procureur , et Soufflot, commissionnaire de vins ,
pour Procureur-Syndic, M. Leblanc; Substitut, M. Lefèbvrc, Notaire; Receveur, M. Deschamps, et Secrétaire, M. Faultrier-Briaville.
Ces choix furent faits de telle manière que la phipart de ceux qui avaient été éliminés en 1 76*6 , furent rappelés au pouvoir, et que , des vingt-six personnes qui, depuis ce temps , se le passaient alternativement , il n'en fut pas conserve une seule , si ce n'est le Secrétaire Faultrier , qui, pendant vingt-cinq ans , inébranlable à l'Hôtel de ville , en ouvrit et ferma les portes successivement aux Grecs et aux Latins* Cette Ordonnance ne parvint à M. Baudesson , Maire, que le 27; mais le même jour il convoqua tous ceux qui faisaient partie du Corps de ville supprimé. Aussitôt qu'ils furent réunis. M, de Pontagny, Stibdélcguc de l'Intendant, ayant été introduit, requit la lecture et l'enregistrement de l'Ordonnance ; ce qui fut fait de suite , et Ton se sépara; le lendemain , les nouveaux Officiers municipaux furent installes.
Le 3o, le Maire écrivit au Ministre pour obtenir le retrait de la défense de tenir des assemblées des habîtans, défense qui pouvait nuire aux intérêts de la ville; il reçut , peu de temps après , un nouvel ordre du Roi qui leva cette défense.
X. Ainsi éloigné de la municipalité , le parti Grec n en fut que plus ardent à profiter de ses avantages dans radnwistration du Collège et dans la nouvelle Magistrature. On avait expulsé du Collège cinq professeur» sous le prétexte qu ils n étaient pas de l'Université de Paris; on put encore, en supprimant la chaire de physique, se débarrasser de M. Pasumot; mats à le-
gard de l'abbé Leroi , Principal , du Sous principal , des deux maîtres de quartier, et même du professeur de seconde , qui était de l'Université' de Paris , tous les moyens directs ou indirects manquant , Ton ne pouvait s'en dc'fairc que par un procès criminel. Oraux yeux de leurs adversaires , les Jansénistes étaient des hérétiques , des factieux , des ennemis de toute supériorité'spirituelle et temporelle; leur laisser l'instruction de la jeunesse dans la ville , c'était y perpétuer la discorde et l'hérésie ; il fallait donc, à tout prix, la leur arracher; et puisque la voie criminelle était la seule qui put conduire à ce terme , on ne craignit pas de saisir cette arme terrible. Dans les derniers jours d octobre et les premiers de novembre , deux dénonciations anonymes furent portées contre les chefs , professeurs et employés du Collège , les accusant d'avoir fait lire aux écoliers de mauvais livres, tels que l'histoire de Poii- Hoyal , la vie du Diacre Paris , les Nouvelles Ecclésiastiques et des écrits contre le Gouvernement ; d'avoir tenu des assemblées nocturnes, et introduit des femmes dans la maison. Le Bailliage ayant été saisi de ces dénonciations , de nombreux témoins et particulièrement des écoliers furent entendus. V. 1773, n. 11.
XI. Pendant que ces querelles, nées de controverses religieuses , mettaient deux partis dans un violent état d'hostilité , un troisième , celui des amis du plaisir , se forma dans Auxerre. Ils se réunirent en grand nombre ; par leurs soins , leurs avances et avec l'autorisation du Corps municipal, une grande vinée, située à l'encoignure de la rue du Poncelot et de celle des Petits-Pères , fut transformée en salle de spectacle. Dès le mois de novem-
lire 1 une troupe de comédiens vint se fixer dans la ville et assurer aux amateurs , non-seulement des représentations dramatiques et musicales , mais aussi des bals parés et masqués.
I. La salle de spectacle ne fut d'abord pour la ville qu'une cause de désordre de plus. Lors des premières représentations , le public Auxerrois , naturellement malin et frondeur , s'y livra, sans retenue , tantôt à de bruyantes approbations , tantôt à de grossières improhations; souvent c'était tout à la fois des bravos et des sifflets , et quand les avis étaient ainsi partagés , il s'ensuivait des querelles particulières et des rixes. En vain , le 8 janvier , le Corps municipal rendit une Ordonnance de police, calquée sur celles des spectacles de Paris; aucune force n'était à sa disposition pour la faire exécuter. En charger la milice bourgeoise , c'était inviter les perturbateurs à apaiser leurs propres désordres; et la Maréchaussée se refusait d'entrer dans la salle , sans un ordre du Commandant de la Province. 11 fallut donc s'adresser à M. Latour-du-Pin , qui , le 1 7 , approuva l'Ordonnance et en recommanda l'exécution au Prévôt. Elle fut imprimée , publiée et affichée ; la Maréchaussée fut introduite dans la salle. Néanmoins le tumulte allait recommencer; mais aux premiers cris, deux ou trois mutins ayant été expulsés, le calme se rétablit, et l'éducation du parterre fut achevée.