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Nous justifierons notre insistance en faisant observer que cet oratoire ne prit le nom de Sciint-Euverte qu*au moment où les reliques de ce saint ont été, à la fin du ix' siècle, rétabUes dans la petite chapelle de Notre-Dame-du-Mont , d'où, au coinmencemcnt du viu*^, elles avaient été transportées dans la crypte de Saint-Ëtionne, pour Itts soustraire aux profanations dont rapproche d'une armée de Sarrasins d'Espagne les menaçaient.
Suivons sa destinée dans le cours de la persécution à laquelle elle fut soumise pendant cette longue période de sor existence.
La victoire de Charles Martel, remportée dans les plaines du Poitou en Tannée 73!i, n'avait pas absolument découragé ces barbares: ils se répandirent dans la Provence et de nombreuses bandes se dirigèrent vers la Bourgogne.
Déjà la ville de Sens était menacée; une vive terreur se- répandit dans l'Orléanais.
Alors on enleva les reliques que pouvaient posséder les oratoires répandus autour des villes ; celles de saint Euverte, de l'oratoire de Notre-DamcHlu-Mont, furent déposées dans l'église souterraine de Saint-É tienne.
A ce moment, le siège archiépiscopal de Sens était occupé par im saint prélat, nommé Ebbo; suivant l'exemple des prélats, ses prédécesseurs et ses coutemponiins, il résolut de donner seul sa vie pour son troupeau : « Decrevit animam suam^ 9oln8, (lare pro ovibiis suis. •
Ici se place un miracle dont les conditions ne sont pas bien défmies; les historiens le racontent diversement.
Dans l'incertitude où nous laisse cette variété de récits, nous adoptons celui de Gallia chrisllana; cet ouvrage s'exprime en ces termes : « Le saint Ehho se rendit auprès des ennemis, qui prirent la fuite et se tuèrent entre eux. » (Accedit ad hostes quij versi fugam, miUuo se interfecerunt,)
Nous arrêtons ici l'exposé dci cette circonstance, plus légendaire qu'historique; nous nous heurterions contre les récits de ceux qui ne voient dans cette armée redoutable non des Sarrasins d'Espagne, mais des Normands.
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ti est, en effet, h cmtre que ces pillards n elaîent autres que dtes Nrirmand^, car on ajoute que les reliques et les richesse» du luinlji^au de ï^aint Eu verte no furent reportées dans l'oratoire d»î NolTe-DîVîne-du-Mtuil qu'eu l'année H55.
Le tfunbeuu du saint resta donc vide celle première fois perhlant l'espace de 1:^3 an^.
Si nous consultons Leinaire, nous apprenons qu'en Tannée 869 les Normiinds revini'ent et [que»' cette fois, ils brûlèrent Vb^\\s^* de Saint-Euverte, h la(|ucl!e on avait substitué ce nom remplaçant celui de Notrc-Dame-du-Mont* et cela en mémoire du grand miracle que nous avona déjà rapporté, qui a signalé Villation de ses restes de réglist: de Saint-lîtienûe à leur ancienne demeure.
On ne dit pas si les reliques, cette seconde fois^ furent souS-* Iraties à la rapacité et à la profanation des barbares; ce qu'il y a de eertaîn^ c'est que cette église ne fut reconstruite qu'en l'ajuiêc M 68*
Le tombeau fut de nouveau abandonné pendant un nouvel Space de 303 ans.
En rannée 1358, Robert de Kanoll, général de rannoc anglaitsci menai;a la ville d'Orléans.
Dès rannée i367i le prince de Galles» à la tête d'une armée de 20,000 hommes» s'approcha tellement de la ville d'où il comptait se diriger sur Paris^ ce qui aurait eu heu si les Oascon» ne l'avaient abandonné après avoir pris Bcaugcney, que les Orléanais avaient ju-is la précaution d abattre toutes les Colié{^ialeâ et chapelles de leurs faubourgs.
L'oratoire de Saint-Euverte fut de nouveau détruit : rebiti di* Vannée 1358 à l'année 136^, il fut détruit au moment du uiège de rannée 1448.
AiDâi, en admetUiut les chilTres d(» Lemaire, bien qu'ils diffîTenl des chiffres de quelques autres historiens, il en résulte qnt! oe tombeau, dont on ne dit [>as rjuc \v^ reliques qu*r! eonetiait en eussent été enlevées, esL resté abandonné et à dé- HO vert pendant un nouvel espace de IIM années.
Lc8 diodes restèrent on cet état jusqu'A une époque qui n'est pas détermine*' : l'oiMlnii-e cependant tut reconstruit, mai* H
fut de nouveau détruit de l'ond en comble par Tamiéc des Huguenots, sous la conduite du prince de Condé, en Tannée
Ce qu'on doit remarquer, ici, c*cst le peu d'importance manifeste de ce petit édifice, puisqu'on le voit si facilement détruit, et, ce qui est plus remarquable encore, si facilement reconstruit.
Ces reconstructions pi'^riodiques sont ducs à la piété de quelques fidèles ; on n'a pas conservé Icure noms, et cette lacune dans rhistoire de ce tombeau est regrettable ; mais cette continuité de destruction et de reconstruction atteste l'exiguïté du monument.
Il semble probable que hc sentiment religieux qu'inspirait la mémoire de saint Euverte au xvi'' siècle était refroidi, car ce ne fut que par la munificence de Henri IV, et les soins de deux frères, riches bourgeois d'Orléans, MM. Fougeu d'Escures, et seulement en l'année 1687, que Téglisc fut construite sur le modèle modifié avec le temps, telle que nous la voyons aujourd'hui.
Elle resta, en prenant une très grande importance non seulement parmi les collégiales do la ville, mais môme parmi les collégiales de l'Église gauloise, en paisible possession de l'exercice du culte jusqu'à la Révolution de Tannée 1789, qui Ta comprise dans la suppression de toutes les institutions religieuses dont le christianisme avait peuplé le territoire de la monarchie.
Vendue nationalement en Tannée 1700, elle servit à divers usages industriels, et, en Tannée 1805, elle devint une filature de coton, et la maison conventuelle reçut la famille du fabricant.
, Ce triste état de choses se maintint, quoique cet important immeuble ait été donné à Téglisc de Sainte-Croix après le Concordat, c'est-à-dire en Tannée 1801-180i2.
Cependant, et quoiqu'elle ait été achetée par la Société des missionnaires de France, en Tannée 1838, la basilique, encore imparfaitement réparée, n*a été rendue au culte qu'en Tannée 1859.
Si nous réunissons dans un total tous les chiffres que ces destructions, ces dégradations, ces abandons offrent à notre attention, nous arrivons, pour une période de près de douze siècle, à la quantité de 637 années pendant lesquelles l'église et le tombeau ont été successivement et alternativement détruits, dégradés et abandonnés.
Et si nous prenons en considération que cet état de choses a été dû, dans la première période, aux peuples les plus barbares, animés du sentiment de la vengeance que leur inspirait les violences de Charlemagne, et d'une insatiable avidité ; la seconde, à des sectaires enthousiastes et irrités ; la troisième, aux législateurs les plus violents et les plus implacables.
Si on considère que ce tombeau était, alors, par sa célébrité, enrichi de dons précieux dus à la dévotion des rois, des princes et des riches fidèles et que, cependant, les richesses qu'il contenait ont pu échapper à ces bandes ne respirant que dévastation et pillage ; à ces armées n'obéissant qu'au sentiment de l'outrage dirigé contre ce qui leur semblait la plus méprisable superstition, sentiment qui avait passé dans les actes des législateurs de la Révolution éclatée en l'année 1789.
Si ce tombeau a pu, au cours de si longues et si cruelles épreuves, conserver les dépouilles du saint jusqu'au jour où les membres de l'association des Missions de France l'ont restauré ; il faut voir dans l«i conservation intacte de ce tombeau, et surtout de ce qu'il contenait, un miracle plus éclatant que tous ceux attribués aux mérites et à la puissance de l'illustre et saint premier évêque d'Orléans.
Pour nous, nous ne pouvons dissimuler l'étonnement que nous a causé la sécurité et la candeur qui ont présidé à la publication des deux Mémoires sortis des savantes plumes de M. l'abbé de Tonjuat et do M. Charles Lenorniant, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Lors des fouilles pratiquées au moment de la restauration de la basilique, MM. de Torquat et Lenormant ont retrouvé deux sarcophages que, suivant eux, le seigneur Tetradius a fait construire dans l'oratoire de Notre-I)ame-du-Mont ; et, dans l'un d'eux, (juelques restes du corps de saint Euverte,
Notre ctonncmcnt n'a été mitigé que par cette eonaîAéraiion qu*il est des situations, mcuie scientifiques, auxquelles Théflitation n*est pas permise.
Nous ne nous attacherons qu*â deux passages du Mémoire de M. Lenormant, parce qu'il résume Topinion de M. de Torquat. En admettant le miracle do Tarchevêque de Sens, Ebbo, qui, par sa seule présence, repouî>sa les Sarrasins d'Espagne et les fit se mettre à mort entre eux, ce qui n'empêcha pas qne les restes de saint Euverte restèrent, de Tannée 732 jusqu'à l'année 855, dans la crypte de Téglise de Saint-Etienne« M. Lenormant reconnaît que la translation des reliques à leur ancienne demeure n'a pas été opérée avec une rigoureuse exaciUude.
11 y avait, suivant lui, dès ce temps, deux sarcophages; les deux qui ont été retrouvés : Tun est plus grand que l'autre ; c'est dans le premier que devaient se trouver les reliques du prélat.
En les rétablissant de Saint-Etienne à la chapelle de Nolre- Dame^u-Mont, au lieu de les placer dans ce sarcophage, on les plaça dans le moins grand : parce que, sans douie^ celui-ci était plus près du chevet de Véglise.
S'autorisant d'une lettre de Ri»jrer, ahbé do la collégiale de Saint-Euverle en raunée 1145, dans laquelle celui-ci décrit ces sarcophages, le savant autour du Mémoire rapporte un texte duquel il résulte que Tun était au-dossus de l'autre : « Alterum suj)er alterum. »
Ceux qui ont été découverts ol dont s'ooeupo le Mémoire que nous analysons dans cott«' partie de la discussion sont assez près Tun de l'autre, non longo a se intervallo^ ainsi que le dit la lettre de 1145; mais ils no sont pas de niveau : Tim est plus élevé que l'autre.
A ce sujet qui semblo causer quoique inquiétude à l'auteur, il accompagne ce texte : c Afterum sn]}er alterum, » d'un long ooi^imontairi» sur ridontilô absolue dans Vancientie lalinitè du sens dos nuits sf/p**r ol supp^a.
Il lait romar(|uor quo si oi's dfux saroophages sont, à la vérité, à une corlaino dislanoo Tun do lautro, l'un «»ccupe une place un peu plus élevée que l'autre
El comme les anciens grammairienfi employaient indiOe-
reiîiment super ot ^«pr«, auxquels ils donnaient le même sens^ -ciaoicjue super soit ce qui domine : quod eminely et qu'on objet peut éti-e près d'un autre sans le couvrir et que^ d'ailleurs, ffiipra indique radhésîon d'un objet à une autre place, immédiatement au-dessous, il s'ensuit que l'abbé Roger» dans sa lettre dû xj!** siècle, a employé le mot propre pour indiquer la position des deux tnmhcaux ou sarcophages.
Aprêîi CCS subtilités digues de la scolastique Ifi plus opintAtre. doublées de eitatious d'Horace et de Quinte-Gurce,rauleur s^autorise, pour voir dans ces sarcophages ceux qui ont reçu les corps de saint, Kuverte et du seigneur Tetradius.
La lettre de 1145 contient un autre passage dans lequel on Ut que, lorsqu'au xii^ siècle on a découvert les deux sarcophages, on a remarqué que le cinifut employé à leur construction était d'une excellente quîdité, d'un beau poli el rouge (eemetUo opiimo, piano et rubeo iïios); et comme ces qualités du ciment se sont retrouvées dans la seconde découverte, on doit en conclure qu'au xvm'" siècle on est en présence du tombeftu reconnu au xir, c'est-à-dire en présence du tombeau et des reliques de saint Euverte.
Ce rapprochement inspire à M. Lenormant une très savante 4i6ôUS»ioD sur l'usage observé dans la construction des tombeaux destinés aux illustralions de ces temps.
Ceux de snîute Hélèmv, de Constantin et autres empereurs »e distinguent par un ciment de cette couleur; et Ti^uteur s*empres8e d'ajouter : « La pourpre était un signe d'honneur qui convenait à Euverte, comme évéque,et àTetradius» a cause des magistratures qn'il a remplies, i
Nous avons mentionné, dans la descriptions des restes de» imïues découvi»rtes au champ du Haut- Mont, voisin du tombeau de saint Euverte. la même remarque sur le ciment aussi de couhur j'oygeâtrn, emplc»yé à cette construction.
Et les architectes, artistes et artisans du bâtiment sont d accord, sur ce point, qu<^ le ci nient longtemps enbmi dans les substruetions prend crtle teinte,
Ea% M. Lenormant, dans le même mémoire, au ch^^pitre :
Examen de Vnnthenlicité de la Vie (ie saint Euverte, publiée par les Bollandistes, adoptant la phrase que nous avons citée plus haut, de latiuclle il résulterait que saint Âignan n^est pas le successeur immédiat de saint Euverte : c Mtiltis episcopis decedentihus ad pontificale mumis accessit, » accepte la responsabilité de concourir à jeter le trouble non seulement dans l'histoire de Tépiscopat d'Orléans, mais aussi dans l'histoire de l'illustre évéque qui, par son héroïque fidélité h ses devoirs, est venu se réunir à la longue liste des pasteurs prêts à donner leur vie pour leurs troupeaux.
Il renversa les rôles : sous sa plume, l'histoire devient légende, la légende devient l'histoire.
Il re'use à Anianus la succession immédiate d'Euverte, il accepte le mirach» d'Ehbo, l'archevêqu** de Sens, après avoir accepté le miracle qui se place à la relation des restes de saint Euverte de l'église Sa int-É tienne à l'oratoire du Haut-Mont ; il associe Euverte à Tetradius «jui n'apparaît, dans cette litté^ rature du bas empire ci du moyen âge, non pas à Orléans, mais une seule fois à Trêves, au uKimrnt où il passe du paganisme au christianisme, à la suite d'un miracle de saint Martin de Tours, «jui cliassc un démon «lu corps d'un de ses esclaves.
Laissons ces naïvetés au membre de l'Institut de Paris ; pour nous, hundde travailleur, aciMimplissous notre tâche en rendant à l'épiscopat de saint Euverte et à celui de saint Aignan Thommage qui Imir est dû ; et le leur rendant, en restituant aux travaux historiques la dignité (|ue pas même les hommes en possession d'un titre scientiliqiie éclatant n'ont le droit de leur enlever.
C'est pour cela que nous avmis insisté sur cette partie de nos recherches : et aussi, parce que nous avons rencontré dans le seul sujet «le l'oratoire de \ntrv-l)fime du llfvttMont le récit de toutes les persécutions, de toutes les épreuves subies par le chrislianisnn*. dans les tenq)s les jdus reculés, dans les temps inlennétliaires. et même dans ceux où le catholicisme avait été le plus tlorissant, où son autorité avait été sans limites, ch«îz tous les peuples de roccident.
Nous avons cru devoir nous attacher plus spécialement à
l'histoire de ce petit monument, comme au résumé le plus saisissant de l'état général de la chrétienté, dans le cours de ces loDgaes époques.
Il nous sera donc permis de ne plus nous arrêter à la monographie de chacun des nombreux oratoires groupés autour de la ville dans ce cycle du iv« au x*' siècle ; nous les nommerons en indiquant leur situation topographique sur le territoire de la banlieue et, cependant, en faisant connaître les particularités qui distinguent quelques-uns d'entre eux du plus grand nombre.
C'est ainsi que nous négligerons, dès à présent, Saint-Aignan Saint-Laurent, Saint-Georges et Saint-Avit, qui ont été l'objet d'une attention suflîsante.
Nous avons fait connaître Tantiquité de l'ancien oratoire de Saint-Marc ; et, dans une certaine mesure, nous l'avons considéré comme une crypte à ciel ouvert, à raison de sa situation isolée et cachée dans les bois qui couvraient de leur ombre cette partie des environs de la ville.
Nous devons ajouter à ce que nous en avons dit quelques détails caractéristiques de la destination primitive que nous avons attribuée à ce lieu et à cet oratoire.
Mais il en est encore une autre qui ne doit pas être omise ; on connaît encore aujourd'hui une place, auprès de l'église actuelle, espèce de carrefour, remontant à l'époque la plus reculée.
Déjà une croix avait été dressée dans cet endroit, elle occupe la même place que dans ce temps : l'une et l'autre étaient appelées la croix et la place des Chafaiids.
Cette croix, dressée sur un piédestal et s'élevant à une assez grande hauteur, avait pour destination de rappeler au sentiment religieux et au repentir, à la réconciliation avec Dieu, les condamnés à mort : cette place était le lieu de l'échafaud sur lequel des sentences de condamnation à mort étaient exécutées.
Peut-être, aussi, par mesure préventive, et surtout, alors, par obéissance à la tradition du vieux droit salien, comme pratique du droit de la vengeance, et de l'expiation, les
auppliciés étaient-ils exécutés sur la place la plus rapprochée ■des murailles de la ville, et les corps transportés à la place des Chafaxuls pour y être abandonnés à la voracité des oiseaux de proie.
Cette supposition est autorisée et môme justifiée par ce qui a été, plus tant, pratiqué dans In forêt aux environs de la ville et près d'un bourg appelé CorcolU\s où, encore au commencement du xvui*" siècle, les voyageurs se dirigeant d'Orléans a Paris pouvaient voir, suspendus aux arbres qui bordaient la route, les cadavres des suppliciés on vertu des sentences du bailliage et de la prévôté d'Orléans.
Cet usage s'est perpétué jusqu'à la Révolution de 1789, et une ferme construite en ce lieu a conservé le nom de la Ferme des Pendus.
Le territoire dit des Chafauds était dans le détroit de la justice de Saint-Àignan.
Si nous rentrons, pour un instant, dans le territoire de la collégiale de Saint-Aignnn, nous y rencontrons une chapelle appelée : le Oucifix, qui, avec le temps et avant même que la collégiale consacrât une partie de l'enceinte de aa chapelle, sous le nom de paroisse, au culte des chrétiens de son voisinage, fut décorée du nom d**, paroisse.
Si nous en croyons l'auteur de : Quatre jours dans Orlétms, le nombre des paroissiens ne dépassait pas le chiffre de 50.
Il paraît, cependant, qu'antérieurement à Télévation de cette chapelle au titre de paroisse, les fidèles étaient admis dans l'enceinte de l'église, ou plus vaste oratoire, de la collégiale.
Cet usage assez gênant pour les chanoines et qui pouvait avoir plus d'un inconvénient était restreint, pour les fidèles, à un très petit emplacement réservé près de la porte du chœur. Cette porte, ainsi qu'il est observé dans presque toutes les ■églises, était surmontée non seulement d'une croix, mais d'un crucifix, cVst-à-dire d'une croix portant l'image en bois <ie Jésus cruciiié.
lit lorsque les chanoiues cessiTenl diulmettre les panûssiens aux oUices dans leur oratoire, on conâtruisit une .petite
enceinte accolée au Diur méridional du Iranscpt de leur chapelle qui, avec le temps, avait pris plus (réteodue ; ou y transporta Tautcl placé au-dessous du crucifix du uhieur de cette chapelle de la collégiale, et on maintint à kiiouvclle paroisse le nom qu'on lui avait donné jusquo-là.
Nous avons puii<% déjà, d'une au Ire petite chapelle phicèe dans lenccinte du clniLiv Saint-Ai^nan, sous le nom de Saint- Marim-Cuiiise'de' Vache.
Rappelons ici rpie roratoirc, qui a regu les reliques de saint Aignan et qui \\n pris ce vocable que depuis la translation du c<*rps du saint, de Toratoire de Saint-Laurent dans celui-ci, était appelé Sainl-Pierre-aux-Bœuf : et que, pend^^nt les inva* fiions des Normands, les moines de Toui-s avaient transporté les reliques de saint Martin à Orléans:, qui furent d abord, et au commencement du louf< voyage dans lequel nous les avons suivies, déposées dans cette chapelle.
G*est à re moment que celle-ci prit le nom du grand sai^t Martin.
Jusque-là elle s'était appelée YÉiely à cause de son voisinage de VÉtal ou des étaux de bouchers, dont 1 uidustrîe avait pour siège la place près le cloitre Saint-Aignnn.
Cependant on lui a reconnu, plus tard, un autre emplacement: relui de Tune des maisons placées au sommet de la cùtc, qui s élevait du fossé transformé en la rue de la Tour- Neuve» dans la direction de la rue dite des Quatre -Degrés montajit jusqu^à la place du Cloître.
Cette chapelle est représentée comme ayant remplacé 1 église du chapitre détruite par le grand incendie de 900, dont il a été déjà fait mention ; mais cela semble inexact, puisqu elle a reçu les reliques de saint Martin en Tannée 886.
En tout cas, si elle a pu recevoir le chapitre après Fincendie dont il vient d'être parlé, et auquel elle a échappé, il fallait qu*elle eût un caractère monumental assez considérable pour ^servir au chapitre. C'est dans la chapelle de Saùit-Marfin- CuKSse-dC' Vache que le roi Robert, en sa qualité de chanoine de Saint-AJgnan, et revêtu d'une chape, a chanté tut lutrin pendant la célébraiioa d'une grand me^e.
Nous devons séparer eet oratoire d'un autre, placé sous le patronage de saint Armel et qui, construit sur le territoire de Téglise de Notre-Daine-des-Ormes-Saint-Victor, a été confondu avec cette dernière église, et qui a disparu dans cet incendie.
Nous ne reviendrons pas sur ce (jue nous avons dit^de Toratoire de Sainl-Aignan, d<*venu Xotre-Dame-du-Chemin^ espèce de succursale de la collégiale qui lui avait donné son nom pour recevoir la sépulture des morts, la place encore appelée cloître Saint-Aignan n'en pouvant plus recevoir tant elle était encombrée.
Nous passerons aussi, sans nous y arrêter, sur les oratoires appelés Saint-Mesmin, Saint-Serge et Saint-Bacchus, que nous avons fait suffisamment connaître ; et, traversant la Loire en suivant une ligne un peu obli(iuc, de la rive droite à la rive gauche en dcwscendant le coteau, où se trouve encore Téglise de Saint-Aignan, nous rencontrons une église paroissiale pour une très nombreuse et très industrieuse population.
Cette église est celle de Saint-Marcel ou Saint-Marceau.
Nous ne pensons pas (ju'on puisse faire remonter la fondation de cet oratoire au vi* siècle, et même (pi'elle soit de beaucoup antérieure au xn^.
Cependant M. Lottin et, après lui, les Quatre jours dans Orléans^ rapportant la tentative d'assas-sinat dirigée contre le roi Contran, «jui eut lieu en rannée îiSO, placent le siège de cet événement dans l'église de Saint-Marceau, d'Orléans.
Mais, outre qu'il n'y a que Crégoire de Tours qui parle de ce fait, considéré par une saine critique Cfunme une forme légendaire ayant pour uniijue but de rendre plus effectif et plus inviolable le droit d'asile attribué par l'église aux lieux saints, il ne se serait pas passé dans l'église de Saint-Marceau, d*Orléans, mais dans celle d«^ Saint-Marcel, de Chàlons, ville que Contran habitait et dans lacjuello il a éfé enterré.
C'est bien l'opinion de Sympborien Cuyon.
En l'exprimant, il l'accompagne d'un miracle : au moment où le meurtrier allait frapper le roi, son bras éprouva un tel engourdissement que le couteau s'échappa de sa main.
Cette erreur combattue et détruite, nous arrivons à Notre-
Dame-de-Recouvrance, et ne nous arrêterons que pour ajouter à ce que nous avons dit déjà de cet oratoire et à sa justification du sens tout à la fois historique et religieux que nous avons donné à ce vocable.
Cette diapellc à ex voto cumulait avec le vocable de Notre- Dame de Recouvrance, celui de Notre-Dame de Bon-Secours.
Nous savons qu'auprès de cette Notrc-Dame-de-Bon-Secours était deux autres chapelles, Tune dédiée à Notre-Dame-des- Miracles, l'autre à Saint-Paul, le prince des apôtres.
Ces deux chapelles furent, avec le temps, réunies en deux paroisses administrées par deux curés alternatifs.
Cet état de choses devait amener la fusion des deux paroisses en une seule, car, dit naïvement Lemaire, l'un aiTachaU ce que Vautre avait planté.
Cette fusion eut lieu au vii^ siècle.
Jusqu'ici on n'avait compté que les deux chapelles qui viennent d'être nommées ; mais iin ouvrage recommandable, paru ces jours derniers sous le titre : Antiquités de Saint-Paul^ dOrléans^ ajoute à celles de Saint-Paul et de Notre-Damedes-Miracles une troisième chapelle, sous le titre de Saint- Michel.
L'auteur cite, d'après un diplôme royal rapporté par les Annales Ecclesiœ aurelianensis, contenant, au profit de la collégiale de Saint-Pierre-le-Puellier, non seulement donation de Saint-Paul et Notre-Dame-des-Miracles, mais encore de cette chapelle de Saint-Michel, située dans un faubourg d'Orléans, € in suburbio xiurelianensi capellas duas^ unam sanctt Michaeli archangeli, aliam in honorem PaxUi apostoli. »
Si nous consultons les Annales de VÉglise d'Orléans, au chapitre vu, § 9, nous y lisons : c A Roberto rege, Arnulphus obtinuit pro ecclesiavollegiata sancli Pétri Puellarum, capellas sancti Michaelis et sancli Pauli, in suburbiis civitatis quœ nunc sunt parochix. • Arnulphc obtint du roi Robert pour son église collégiale de Saiut-Pierre-le-Puellier, les chapelles de Saint-Michel et de Saint-Paul, situées dans les faubourgs de la ville (m suburbiis et non in suburbio civitatis)^ aujourd'hui des paroisses, de laquelle église de Saint-Paul qui
juaov'à^ présent était appelée Notre-Dame-des-Miracles, etc. t De qua saneti Pauli eeclesia quœ eiiamnum beaUe Mariât demiraculis nuncupatur non sinit, etc. > Suit une reroarqae inutile ici.
Et au même chapitre, §26: Outre les églises de Saint-Michel et de Saint-Paul, le roi Robert donna aux chanoines de Saint- Pierre-le-Pucllier un grand nombre de domaines, c Roberius reXj prœter ecclesias saneti Michaelis et sancti Paulin multas etiam mllas canonicis sancti Pétri Puellartim donaviL »
Gomme on le voit, ces mots in suburbiis civitatis a'iaipliquent pas que la donation comprit trois chapelles les unes auprès des autres; et qu'une troisième existât auprès de celle de SaintrPaul et de celle de Notre-Dame-des-Miracles, particulièrement celle à laquelle cette œuvre donne le vocable de saint Michel.
Cette démonstration négative est justifiée par cette circonstance que la chapelle Saint-Michel, construite sur la place de l'Étape était, à cette époque, sur le territoire suburbain, quoiqu'elle fût, comme l'était d'ailleurs celle de Saint-Paul et de Notre-Dame-des-Miracles^ également très près des murailles de la ville.
Aussi, on ne trouve dans nos anciens annalistes, et notamment dans Lemaire, qui a consacré un chapitre spécial à ces deux dernières chapelles, où il rapporte cette donation du roi, de celles-ci et de la chapelle de Saint-Michel, aux chanoines de Saint-Pierrc-le-Puellier, rien qui ait le moindre rapport à l'interprétation du texte de La Saussaie, adoptée par M"® Foulques de Villaret.
M. de Torquat a mis cette église h la place qu'elle doit occuper, en la considérant comme une dépendance de la collégiale de Saint-Pierre-le-Puellier.
Continuant notre visite dans cette orientation ouest, nous rencontrons, adossée à la muraille de ville et au bas de la tour dite des Créneaux, la chapelle Sainte-Catherine.
On ne sait à quel millésime on doit faire remonter la construction de cette petite église qualifiée d'annexé de la chapelle de Saint-Pierre et Sainte-Lée ; par conséquent, elle devait
l*eïnonter a une date contemporaine, mi moins trt-s ra|iprriohèe de eelle où les oratoires de Sa îaL- Pierre et Sfuute-Léc c*nt été rèunm el, par conséquent, très aneionnc.
Reniontant au noï*d , dans cette ligne devenue , de lu ebapelte Sainte-Catlierine érigée en paroisse, la rua de Cê nom, nous arrivons à l'instant môme au devant d'un édifiée religieux qui fut déli-uit nn l'année KJ60, lorsqu'on ouvrit la porte Dunoise qui, avant, n était qu'un étroit guichet : cet oratoire était dédié à saint Evron.
Ce saint semble avoir été tout à fait étranger i\ la ville d'Orléans et même h ce qui fut considéré, dans la suite, comme le pays Orléanais ; ses reliques avaient, dit-on, été apportées de Bayeux, sans doute pendant l'une des invasions Noriande!<, il est même douteux qu'il figure dans la liste des Emiuts honorés en France.
Ce saint homme a été remarqué dans la contrée qu'il habitait par mn humilité et ses austérités ; on dit qu'il resta quarante jours sans prendre auenne nouriture, très probablement en mémoire des quarante-sept jours passés par Notre-Seigncur Jésus-Christ dans le désert.
Cette abstinence assurément fort exagérée, surtout pratiquée dans une extrême vieillesse, causa sa mort; et, en même temps, une telle admiration de la population à laquelle il appartenait, qu'elle le considéra comme un saint et qu'elle mit ses restes mortels au nombre des reliques des autres saints, objets de sa dévotion ; les reliques de saint Evron, après la destruction de sa chapelle, ont été déposées dans Téglise de la collégiale de Saint-Pierre- en-Pont,
Il existait encore tout près de là et hors les murs de la v\[]e une autre église dédiée à saint Sulpice,
Ciimprise dans une des accrues de la ville, elle a survécu à touicâ les insti tu lions de son voisinage qui viennent d'être nommées : elle succomba depuis le Révolution de 1789, et le sol qu*elle occupait re<;ut un groupe d'habitations bourgeoises d'un goût moderne assez élégant.
Ce groupe d'habitations était entouré de voies de communications, Tune allant, du levant au couchant, de la rue Sainte^
Catherine à Tancien cloître Saint-Sulpice, cette petite rue portait le nom du saint.
L'emplacement sur lequel on avait bâti ce groupe isolé avait conservé la dénomination de cloître Saint-Sulpice. ■
Les maisons à l'ouest donnaient sur la* rue Neuve, et on communiquait, du côté nord, du cloître à la rue Neuve, par un étroit et fangeux passage qui portail le nom (ï Étrille-Sac.
L'auteur de Quatre jours dans Orléans^ recherchant le sens de ces mots, l'explique en disant que : ce passage était tellement étroit qu'un homme chargé d'un sac ne pouvait y passer sans frotter les murs ci Tabîmer ; il ajoute cependant une variante à ces mots étrille sac : on appelait aussi cette ruelle TilleSac.
Quoique ces désignations, qui, aujourd'hui, paraissent vulgaires ou bizarres, touchent à des détails très accessoires de l'histoire des villes, ils ne sont pas absolument à négliger ; ils caractérisent le langage des temps anciens, et réfléchissent l'état de la civilisation des populations qui les créaient et les employaient.
Les mots tille ou étrille sac nous semblent mériter une certaine attention.
Pour nous, -la lettre p a été altérée et changée en la lettre / on disait pille sac ou étrille sac, pour exprimer qu'il était dangereux, à ceux qui avaient de l'argent à transporter d'un quartier à un autre, de passer en ce lieu voisin du coin Maugars ou des mauvais garçons, et assez mal fréquenté ou, môme, assez mal habité.
Le mot étriller prend également, dans le langage familier, l'acception de maltraiter.
Nous abandonnons facilement ce sujet pour nous occuper plus sérieusement de l'église Saint-Sulpice et dire en terminant ce qui la concerne : que toTit ce quartier, qui, par sa forme, sa distribution et les dénominations qu'il avait conservées, rappelait l'existence de cette ancienne paroisse, car,, malgré la multitude des églises qui rentouraient, Saint-Sulpice fut une paroisse, a été englobé dans le parcours de la rue Jeanned'Arc.
On voit, cepeadant, eocore quelques vestiges de ce que fut celle partie de la ville en pénétrant dans la façade habitée, qui bonle la rue Jeanne-d'Arc, du côté regaixlant le niidi| depuiis la rue Sainte-Catherine jusqu'à la rue Neuve.
Bien près de cette église se Irnuv.tit eelle qui exiiste encore sous le nom de Saint-Pierre-du-Martroi, et qui, alors, était placée sous le vocable de naiJit Pierre';)en-Seutelée, ou de saint Pierre et sainte Lee ; elle avniL été dédiée aussi à saint Pierre es liens, et son entrée principale porte une sculpture en bois représentant saint Pierre dont les mains sont chargées de chaînes.
Ce double vocable exige un court mais utile commentaire. Il nous semble impossible d'accepter les mots : en Sentelée, représentés par les mots latins dont ils sonl l-i traduction : semUa lata.
, Le mot semita ne veut pas dire, à proprement parler, chemin, il exprime les mots : sentier, petit chemin, ruelky et le mot lata exprime un terrain vide et spacieux,
II est vrai que la porte principale de Téglise ouvre sur une me, originairement fort étroite puisqu'elle aboutissait à une poterne qui, dans la suite des temps, a pris le nom do porte Sainl-Samson ; mais il est vrai aussi que l'oratoire, dans les temps primitifs, était hors les murs de la ville et, par conséquent, donnait sur un espace à peu près sans limites.
Il est constaté, par une charte de Hugues Gapet, sur laquelle nous reviendrons, qull existait à côté de l'oratoire de Saint- Pierre un autre oratoire sous le vocable de sainte Lée qui, par altération des copistes ou du langage, est devenu : sainte Lete^ êanctaLela, ainsi qu'on le lit dans la charte »
Il est très probable que la sainte honorée dont il s'agit ici était sainte Zeû, cette charitable et humble veuve, dont les mérites ont été révélés au monde chrétien par saint Jérôme ; il est vrai que cet illustre docteur parle aussi et en môme temps d'une sainte Leta^ fille d'Albin le païen qu'elle convertit ; qu'elle épousa Toxotius, pieux chrétien et qu'il naquit de cette union la grande sainte appelé Paitle.
On doit remarquer que, dans cette charte, il n est pas ques-
tion de Toratoire de Saint-Pierre, ce qui auO^serait à penser que l'église de Sainte-Lée ou Sainte-Lete était une chapelle (rès voisine de celle de Saint-Pierre, et que ce n'est que plus tard qu'elles ont été réunies.
Quelque doute sérieux que la réunion des deux mots : in semita laia, fasse nailrc dans Tcsprit et qui sera dVil leurs le sujet d'un examen nouveau lorsque nous en serons à lak pleine et entière application de la charte de Hugues CapeV nous acceptons Tensemble du vocable comme renseignement a'autant plus respectable qu'il nous vient d'une très dhcienne tradition.
• Quittant l'orientation du midi au nord et nous dirigeant de l'ouest à l'est, nous rencontrons la place de l'Etape.
Il nous parait indispensable de déterminer l'origine e^, par conséquent, le sens de ce mot, d'aulanl que cette étude se rpattache à l'histoire du commerce dans le temps du bas empire et du moyen âge.
Les érudits se sont appliqués à cette recherche, il ont voulu la reconnaître dans le mot grec slaphis, qui veut dire raisin, ou dans le mot latin siapxda, qui veut dire lieu de vente, et, même, dans le mot allemand slapeln, (pii veut signifier mettre en vente.
Nous nous sommes arrêté à une étymologie beaucoup plus simple et, par conséquent, plus exacte.
Le verbe latin sla7*e, qui veut dire 5'a7Te7er, correspond parfaitement au mot slallo, qui exprime l'action de s'arrêter; stator, veut dire sentinelle ; stationariiiSy une personne stationnaire, pour un temps plus ou moins prolongé.
Or, à l'époque où nous nous plaçons, en ce moment, le commerce s'exerçait presque exclusivement par la nation juive, condamnée à un déplacement continuel, personnifiée par la légende du Juif errant, sous le nom de Isaac Laquedein, ou Ashaverus,
En tout cas, il était exercé par des marchands ambulants, qui faisaient train demarchandis&s, soit à l'aide de crochets, ce qui les faisait appeler colporteurs, ou à l'aide de mulets, ou à l'aide de petits baquets.
Ils allaient de ville en ville, de bourg en bourg, de mai- ^ flOQ en maisùti.
Les populations de ces lieux étaient tributaires de l'industrie du dehors, on les appelait foram^^ du mut latin foras.
Les périodes courtes de paix, raccroissement du luxe rendirent ïe colportnge individuel iosuffisant,
Lea marebands i-ûmmenccrent à slaiionner, à des époques périodiques^ près des villes et des bourgs les plus populeux.
Les villes ne possédaient pas de phieê>* publiques et de voies de viabilité à leur intérieur qui permissent d'établir des baraques où ces marcbiinds pussent s*arrèter pour un temps même très court ; les octrois d'ailleurs entraînaient la perception de droits d'entrée ou de places, et les marchands trouvèrent leurs lieux de vente au dehors des villes*
A ce double titre, ils lurent des marchands forains, et le lieu de leur stationnement lut appelé champ de foire.
Ce furent là les premiers pas dans la voie du commerce à domicile.
Dans laseconde période de rélablissementdu commerce, ceux qui Texerçaient avaient des lieux de stations périodiques, où ils èlBLkui stables y où ilsavaientdes estables, des établissements.
Ainsi raction de s'arrêter dans un lieu déterminé prit le nom de stable, qui, par corruption, se transforma dans le mot eslable : Vs qui précède les autres lettres composant ce mot étant, dans le langage familier et vulgaire, prononcé comme si cette lettre formait la syllabe es, ce qui arrive encore dans le langage corrompu des classes populaires, et la seconde syllabe comme celle de pe.
Et enfin le mot Estape finit, en perdant son caractère originaire, à s'écrire comme il se pronon«;aît et comme il se prononce aujourd'hui.
Nous désignons encore ainsi les lieux où sarrétent les troupes pour prendre du repos ; elles marchent à^ étape en étape^, de station en staiion.
Et les marchands les plus sédentaires dans le langage classique du moyen âge et même de la Renaissance étaient désignés par le mot stationarius.
C'est ainsi que nous rencontrons dans les règlements généraux de l'université d'Orléans, parlant du libraire de cette institution, qui écrivait les thèses, les leçons des docteurs et les textes que ceux-ci et les écoliers lui demandaient, travail qui était payé suivant un tarif adopté par l'institution, cette phrase : t De stationariis ; statuimus quod nullus staiionaritis aliquas additiones librorum quihuscumque audeai. » (En ce qui concerne les stationnaires, nous avons arrêté qu'aucun stationnaire (lisez libraire, écrivain de l'université) ne soit assez hardi pour ajouter au texte de quelque livre que ce soit.)
Telle était à cette époque la place où s'arrêtaient et stationnaient les marchands qui venaient approvisionner la ville des objets indispensables de consommation.
Chaque côté de la ville avait sa station pour chaque denrée ou objet de commerce ; ces divisions nous apparaîtront à mesure que nous avancerons dans la formation de la société française, encore à son origine à la chute des Carolingiens ; cependant nous pouvons, peut-être en anticipant sur les temps à venir, dire que cette place suburbaine était destinée au commerce du vin.
Cette appropriation a pu autoriser les philologues modernes à adopter le mot grec staphis qui veut dire raisin.
Ce mot de Y Étape au vin est prématuré, appliqué à la période des premiers siècles de la monarchie du x® siècle ; les étymologies historiques se développent lentement.
C'est sur cette place que se trouvait la chapelle dédiée à saint Michel Archange, dont nous aurons souvent Toccasion de parler dans la suite.
Si nous continuons notre pèlerinage historique en visitant les autres lieux extra muros consacrés au culte chrétien, nous parvenons en suivant, le cercle de l'enceinte de la ville, aux oratoires Saint-Georges et Saint-Avit sur lesquels nous ne devons rien ajouter à ce que nous en avons dit, et passant sur les souvenirs qu'il ont laissés et que nous avons rappelés, nous nous arrêtons à l'oratoire appelé saint Martin-du-MaiL
11 ne semble pas nécessaire d'insister sur ce qui intéresse
celln pctîle église, qui tire la seconde partie de son vocable de ce que sou chevet était ndhèrent à la promenade tirant, elle-même, son nom d'un jeu appelé : pal-Tuait^ qui consistait à diriger des boules dans des directions plus ou moins variées, suivant les inspirations du coup d'oiil et Tadresse des joueurs, vers on bot déterminé pour que la partie fût gagnée, à Vaide d*une longue baguette, ou jr>fî/, servant de manche à un morceau de bois nplnli d'im cMé et rormant ainsi un long mûEîV/e/', dont on a composé le mot : pal-mail (I).
Et comme ce jeu était très populaire et qu'il ne pouvait s'exercer que sur un lieu où les joueurs ne pouvaient être troublés par une circulation plus ou moins active, on dut choisir les remparts des villes pour se livrer à ce plaisir qui réunissait à rexercice une certaine adresse dans la direction donnée aux houles conduites vers le but qu elles devaient atteindre.
Ce vocable n*a été donné que tardivement à l'église de Saint-Martin, que Ton dit avoir été appelée originairement de Lata Area.
Le bâtiment et les dépendances de Saint-Martin-du*Mail, supprimés en Tannée 1758, ont été immédiatement transformés en une fabrique de bomiets grecs, et dans la suite occupés par diverses industries : ils étaient situés à Textrémilé nord de la rue qui porte encore ce nom.
L'antiquité de cette église qui, cependant, fut réunie à l'église de Saint-Georges, elle-même réunie, à la date cilessns indiquée, à Téglise Saint-Michel, est constatée par le premier vocable qui vient d'être rapporté.
Si nous voulons rendre un compte exact du sens des mots dé lata area, nous éprouverons une assez grande incertitude.
En traitant des arènes^ nous avons vu que arena, syno- "nyrne d'area, et ce mot lui-même, avaient diverses et d'assez nombreuses acceptions dans les lexiques de la basse latinité, les seuls qu'il faille, ici, consulter.
(1) Le pal-maii noas semble ressuacilé, do nosjriursj sous le oom àù croque tj fort en vogue dans les maisons de plaisance.
Mais il semble que, dans le doute où jettent ces mots lorsqu'on recherche le sens qu'on y attachait dans ces temps reculés, on doit donner la préférence au sens des mots de cette latinité qui s'accordent avec les mots de la latinité classique.
Or le mot area dans le langage antique et dans le langage intermédiaire a le môme sens ; ce sens doit convenir au lieu qui avait inspiré le premier vocable donné à l'église de Saint- Martin-du-Mail.
Area était, dans l'acception la plus large et la plus générale de la basse latinité un champ d'une vaste étendue encore inculte et que le travail du laboureur n'avait pas remué, ager aut locus qui nec colitur nec aratur.
Ici les deux latinités se donnent un rendez-vons commun, d'accord avec Tétat du territoire suburbain auquel, dans le temps primordial de son existence, aboutissait le petit oratoire qui, plus tard, a quitté le vocable de Lata Area, pour celui de Sainl>Martin-du-Mail.
Le rapprochement entre les mots area et cœmeterium ne pouvait alors être admis, le grand cimetière établi au débouché de la rue Saint-Martin, du côté de la cathédrale, ne l'a été que récemment et ne peut avoir rien de commun avec la coustruction et la situation de cette église.
Nous ne parlerons, ici, que pour ordre et par anticipation de l'église de Saint-Vincent, dont la fondation est beaucoup plus récente, et nous compléterons le cercle que nous avons parcouru, autour de la ville, par étudier l'église de Notre- Dame-des-Ormcs-Saint-Victor.
Cette église, à son origine remontant peut-être aux premiers temps de l'introduction du christianisme sur le territoire Orléanais, était la cellule d'un religieux solitaire, le nom de cella lui est resté longtemps après qu'elle eût été érigée en paroisse.
Cette cellule avait été établie dans un lieu désert qui inspirait de profondes et persistantes pensées contemplatives ; elle tombait au champ Saint-Euverte qui, alors, était le loca sanclorumj parce qu'il était le cimetière des premiers chrétiens
et plus partiealicrement des cénobites retirés sur cnltu hauteur alors isolée.
Le quartier où Rvail été construite la cellule, la cdte, était planté d'ormes jetant leur ombre sur cette vaste ét^*ndue ; cl, certainement» le sentier i|ni y conduisait était sombre et invitait à ce que, dani^le style mystique, on exprimait pac le mot peiuêes, suivant Jérémic : cogilationes pacis ; aussi ce sentier, lui*méme devenu une rue paisible, a conservé, jusqu'à ce jour la dénonynation de rue des Pensées, L'accroissement de la TÎlle et sa distribution intérieure à laquelle aucun changement intérieur n*nvait, cependant, été apporté, exigèrent que les ^ens de métier établissent leurs ateliers hors les murs d'enceinte.
Nous nous sommes, il n'y a qu'un instant, expliqué sur celte nécessité, pour les marchands d'objets de consommation.
C est ainsi que In place près de laquelle existait la collégiale de Saint-Aignan était le siège du commerce de la boucherie ; la place de la Porte-Renard, celui des talmeliers (1), le marché au pain ; et la place de TÉ tape, le marché au via.
(1) Tatemnrii^ talmelieri?, panificcs faiseurs do paio, alors de forme de boule, buulaogera ; le premier de ces mots vieat de tale^ talia^ taille, employé dans les rapports dos veadeurs et des acheteurs, pour constater û l'aide de deux morceaux de bois de même longueur et largeur, le nombre de» objets vend us et achetés et livrés à crédit payables à des époques fixées,
L'admiûifitration pudique du use se servait de ce mode de comptabilité pour percevoir Piropôt payable par fraction de livraisons.
De là le mot de la classe soumise â cet impôt, c^ui était : talltable et corvéable, llmpôt du corps ou de la corvée étant ac(|uitté â des époques périodiques constatées par la double taille,
Cependant Clieruel, bien à tort, semble n'admettre le moi tatmelicr qu'aux boulanfïers, et dit que ce mot de taîmelier est une corruption du mot tAlmtsier^ devenu lui-même, par aitératioa ; taraisier, parce que, dît-il, les bouJaûgera se servaient de tamis pour épurer leurs farines.
Cette Jifinition ne peut prévaloir sur celle de Du Gange : il y avait la taille au pain, mais aussi la taille du vin, ialia pants et vint ; la tnîlle de rhuile, talia oîeaginm.
Et d'ailleurs les bonlaniî^ers du moyen â^ n'avaient pas la déliciite industrie de passer la farine .iu famÎB ; on devait, au contraires les confondre avec le» Oerniers plus qu'avec nos putissier ou boukugens au f4iit four.
Avec le temps, les besoins sociaux s'accrurent, les corps d'état, du bâtiment, furent obligés de s'installer dans les larges fossés de la ville ou sur leurs talus.
Et plus tard encore, après la constitution des maîtrises et jurandes, tous les corps de métiers adoptèrent le patronage de l'Eglise placée au centre de leurs industries.
Alors la cella que, dit-on, une charte de Charles le Chauve, ce qui est contesté, a placée dans la propriété du chapitre de Sainte-Croix, y demeura cependant, et devint Notre-Dofne-deâ- Forges (1).
Ce mot exprime avec énergie la véritable situation des métiers à l'égard de la ville, et celle de la ville à l'égard des métiers.
Il est la justification, d'ailleurs de notoriété historique, de ce que nous avons dit de l'intérieur et de l'extérieur des villes, dans ces temps encore inaccessibles à la civilisation la plus rudimentaire (2).
Ce mot de Forges ajouté à celui de Notre-Dame-des-Ormes^ vient, ainsi que nous venons de l'établir, à propos de la définition du mot étape^ du mot foras^ forts,
(1) On rapporte dans Touvrage intitulé : Notitia GcUliarum^ d'Adrien de Valois, des teites rapportés par nous dans notre mémoire intitulé: Justice de la paroisse de Notre-Dame-des-Forges^ on texte qui met en doute, non pas que cette église ait été donnée à Sainte- Croix, mais que ce soit Charles le Chauve auquel revient le mérite de cette donation.
(2) Dans un document intitulé : Etat exact du revenu de la cure de Saint-Victor (1785), on lit :
Art. 4. — 11 y a à la croupe de l'église Saint- Victor, rue Bourgogne, une ancienne chapelle dite de Saint-Michel, dans laquelle le curé de Saint-Victor acquittait les offices des confréries du corps des métiers de charpentiers, maçons et couvreurs, payant au curé 70 fr., depuis sept ou huit ans que les corps sont supprimés, les offices ne s'acquittent plus.
Comme on le voit, les corporations de métiers ont persisté jusqu'à la fin du xviii" siècle à se mettre sous le patronage de Notre-Dame* des-Forges ; et le clergé acquittait une dette envers ces corporations quand il célébrait les offices que ce patronage exigeait. (Voir Mémoire de la Société archéologique, vol, V, p. 58 et 61.)
Nos glossaires dous définisseiit le mot : forgia^ fabfioa^ férraria^ en français, forge.
Ce mot prenait un sens plus étendu ainsi que FattesLe la phrase suivante : forgitarey construire le toit d'une maison, j^ieetum wdiflcii.
Le mot forgina exprime une officine, une boutique, o/yïcmffj ' ttUa operaria^ un lieu resserré où Ton travaille, où on vend*
Enfin, le mot forgUare est compose de deux mots latin : fùrU^ slave, travailler dehors.
Ainsi Notre-Darae-des-Forges était Téglise où se célébraient toutes les cérémonies religieuses de tous ceux qui» dans ces temps, avaient un établissement de vente, ou se livraient à toute entreprise de vente et particulièrement toute entreprise de travaux manuels.
Aussi tous les corps de métiers, forgerons, charpentiers, maçons, serruriers, cordiers, charrons, étaient groupés autour de Tôglise de Notre-Dame-des-Forges.
Mais avec le temps encore, ces corporations, prenant chacune un plus grand développement, se composant d*un personnel plus nombreux, se divisèrent en corporations distinctes.
Les couvreurs quittèrent Notre-Dame pour SaintrMichel (1), il en fut de même pour un grand nombre d'autres corporations, et Notre-Dame-des-Forges dtjvint Notre-Dame-des- Ormes; et comme, en Famiée 1524Jes reliques de Saint- Victor |ransportèes de Marseille dans cette église, on ne dit pas à quelle occasion, ce qui est, d'ailleurs, contesté parSymphorien Guyon, le plus compétent des annalistes Orléanais en cette matière, mais ce que la tradition a maintenu, Notre-Dame-des- Forges, puis Notre-Dame-des- Ormes, est déflnitivement devenue ?lotre'Dame-deS'OrmeS'Saint' Victor.
Cette église a subi les mêmes épreuves que toutes les autres Icomposant le cercle que nous avomi parcouru (!â).
fl) Voir la note ci-desaus.
(2) tt eiiste une circonstance dant rhiatoira <le cette paroîue, à Texigence de laquelle nous dooneroES aatiaiactîon par les quelqnei
Revenant sur nos pas en nous dirigeant vers le nord» rious rappellerons, à peu près où se trouve aujourd'hui l'église de. Saint-Paterne, l'existence d'un modeste oratoire placé alors sous le vocable de saint Pouair.
* On dit qu'un saint évêque que quelques-uns représentent comme ayant occupé le siège èpiscopal de Vannes ; d'autres, plus autorisés, en tête desquels Fleury, dans son Histoire de l'église, comme ayant occupé le siège èpiscopal d'Avranches, étant mort en l'année 590, ses restes furent déposés dans Téglise de Vannes.
Ces reliques y restèrent paisiblement et très respectées, lorsque les irruptions des Normands mirent les religieux qui en avaient la garde, dans la nécessité de les transporter d'abord au monastère de Marmoutiers, près la ville de Tours.
Elles étaient accompagnées de celles de saint Sanson, évéque (fe Dole.
On parle aussi d'autres reliques, que Ton appelle les re« liques de saint Maclou.
Toutes, dans la suite, vinrent jusqu'à Orléans, où elles re« curent une religieuse hospitalité.
Nous nous occuperons plus tard de ces dernières, nous ne
mots suivants, tirés de l'État de ses revente, déjà cité, et remontant à Tannée 1785.
c Le dimanche le plus près du 2 octobre, se fait dans l'église de Saint- Victor la fête de saint Léger Léodagrius. . . Il y a un puits de saint Léger près la sacristie qui n'existoit pas avant 1660, puisqu'on fesoit le tour do l'église, lequel tour étoit cimetière ; Ton venoit chercher de l'eau du puits de saint Léger pour les fièvres. »
Malgré cette note qui émane d'un ancien curé, M. Douville, nous lisons au livre intitulé : Quatre jours dans Orléans, publié en 1845; c Un puits se trouvait dans l'enceinte du cimetière, c'était celui où on prétend qu'Ébroin, maire du palais sous Thierry, fit jeter le corps de saint Léger, évêque d'Autun; il existe encore aujourd'hui et porte le nom du pontife martyr. »
On a longtemps attribué à ses eaux la vertu de guérir la fièvre et rhydropisie.
On attribue à la donation de Charles le Chauve d'avoir compris le puits public ayant existé devant la rue de l'Ételon, il est supprimé ; on l*api>elait pttiti des Forges,
!>ns nous entretenir, en ce momeot, que de celles de saint i'ouair.
Sans msister sur le doute qui s'est élevé dans Tespril de lelques açiographes sur la préférence qui doit être donnée k Tune ou l'autre ville d'Avraoches ou de Vannes» comme cheflieu du diocèse de Févéque appelé saint Pouaifi ce qui nous semble indifférent ici, nous dirons qu'àOrïéans, à Tendroitque aous venons de signaler, on a élevé, sous le vocable de ce prélat, un petit hospice auquel, dans ces temps et encore récemment, on donnait la dénomination iV aumône,
11 est vrai que cette fondation, due à la piété et à la charité de la corporation des écrivains, ne date que de Tannée 1220; lais cette circonstance ne nuit pas à la tradition qui nous enleigne que le corps de saint Pouair a été apporté, ce qui d'ailleur» se justifie par un nombre considérable de faits semblables aux différentes époques: celles des invasions des Normands.
Il est même très probable que, dès avant la fondation de celte respectable et savante corporation des écrivains» ce petit loratoire était accompagné d'un petit hôlel ou les pnuvres, les ^pèlerins, les souffreteux étaient accueillis et soulagés.
Cee établissements jettent sur ces temps difficiEes pour Thumanité un jour semblable au rayon lumineux pénétrant dans un souterrain; ils nous montrent la charité évangélique à côté de la rapacité du siècle ; le soulagement et la douce pitié à côté de la rudesse allant jusqu'à la cruauté.
Et ces deux hospices, l'un au nord, sous le nom de ce saint étranger, devenu sans doute, par suite de la destination donnée à la petite chapelle et au petit hôtel, que son nom protégeait : saint Pater et enfin saint Paterne, exprimant ce que l'humanité contient de plus grandes richesses en bonté et en aacrîûces.
Les frères de rhospiee de Saint-Paterne, correspondant aux frères pontifes, fratres pontifices, de la Moite-Saint- Antoine, établis au milieu de ce vieux pont offrant le spectacle imposant de Tattaque, de la défense et des combats, et cependant accompagné d'un asile donnant le repos aux voyageurs fati*
gués, l'hospitalité et la nourriture aux mendiants sans famille et sans abri; et à Tautre extrémité de la ville, dans un liea aussi préparé pour le combat, pour la défense, un hospice semblable, placé par une touchante allusion sous la protection d'un vieux prêtre étranger et inconnu.
Car nous devons insister sur ce point, ce nom de Pouair, transformé en celui de Pater et enfin en celui de Patemus, ne peut être celui de ce modeste prélat.
Dans la précipitation de la fuite, dans la différence des langages gaéliques des Bretons et latinisés des habitants de la Gaule, longtemps romanisée, les mots prenaient des accentuations trompeuses, et le mot Patemus ne peut être un dérivé de Potuiirj qui, lui-môme, n'a jamais pu devenir Pater.
Ces propositions nous paraissent d'autant plus démontrées que le territoire de Saint-Paterne était une dépendance du territoire de l'évêché.
C'est ce qui résulte du seul procès-verbal des assises tenues, chaque année, par le bailli du fief épiscopal de la Fauconnerie, constatant les limites du district ou de la circonscription de la justice qui lui était attribuée, comme conséquence de la constitution féodale.
"Ce procès-verbal est d'autant plus afQrmatif qu'il est plus récent, il porte la date du 17 octobre de Tannée 1746, et son titre est conçu en ces termes :
€ Assises des justiciables de la châtellenîe de la Fauconne- • rie, justice temporelle de l'évêché d'Orléans, de la paroisse » de Saint-Paterne, du faubourg de la porte Bannier et des » rues Caban, des Murlins et autres, tenues par nous, Edouard- » Nicolas Levéville, docteur en droit, avocat au Parlement, » bailliage, siège présidial et prévôté d'Orléans, bailli, juge » civil et criminel et de police de ladite châtellenie , membres > et ressorts en dépendant. »
Cet intitulé nous montre le territoire de Saint-Paterne compris et ne faisant qu'un avec le territoire du fief de l'évêché, ce qui, d'ailleurs, est conforme à ce que nous avons dit, lorsque nous avons tracé les divisions du territoire de la ville et représenté les possessions de l'évêché s'étendant de cette tour
de la Fauconnerie située au coin oriental «le la rue de l'Evèché et de la rue du Bourdou-Bknc , et que uouii avons décrit la ligne seiDÎ-cîrculaire s'étendant ati delà des quartiers composimt les paroisses actuelles de Saint-Vincent, Su iiit-Pa terne, au delà du faubourg des Aydes et venant aboutir à la Loire t en comprenant dans ce vaste périmètre le i|uartier composant la paroisse Saint-Laurent.
Ainsi donc, la justice de Tévôcbé renfermait dans son action le territoire de Saint-Paterne; et cependant, en même lemps^ la paroisse et avant que cette qualîOcation fût donnée à Téglise de SaintrPaterne, le prieuré avait sa justice et ses officiers de justice indépendamment de la justice et des officiers de justice de Tévêché.
C*est ce que constate un annuaire remontant seulement à Tannée 174^î, intitulé : Étal présent de la ville d'Orléans et ses dépendances, où, sous le titre de : Justices seigneuriales de la ville et faubourgs d'Orlèam avec les noms des officiers des justices^ où nous lisons: * Justice de levêché .: bailli, Levéville, avocat; procureur fiscal, Bouthier, procureur; greffier, Lion jeune, »
Et plus loin : « Justice de SaintrPaterne : bailli, Doulceron, avocat; Bonin^ procureur fiscal; Lambert, huissier^ greffier. »
L'existence de ces deux justices agissant en môme temps sur le même territoire , démontre non seulement l'origine diî prieuré do Saint*Paterne» devenu paroisse; laliénation que Tévèché, possesseur primitif et originaire, lui a faite du droit de justice, mais aussi et surtout la précarité de celle conces- Bion.
Le procès-verbal des assises annuelles dressé par le bailli de la justice de révèché devient manifestement un acte consenratoire interruptif de la prescription du droit de Tévôché sur le territoire de Sarnt-Paterne ; une protestation du droit de reprendre ce droit qui avait été concédé.
Ce caractère est, ici, d'autant plus manifeste et ces précautions d'autant plus nécessaires, que le droit de justice, conséqiteuee du droit de seigneurie^ ne résultait daucune charte ou bulle épiscopale ; qu ainsi la création de la Justice n'exislait
pas, cet acte mettant en pratique ce brocard dn droit féodal : le fief ne fait pas la justice.
Une autre conséquence, très considérable ici, résulte de cet état de chose hybride, c'est que la concession du droit de justice dans ces conditions ne constituait pas le démembrement du fief y et qu'ainsi le prieuré de Saint-Paterne n'exerçait ce droit et n'était en possession du fief quQ comme représentant le prélat justicier.
On voit donc que tout concourt à démontrer que Taumône ou hospice de Saint-Paterne existait, à ce titre , avant de prendre le nom du prélat breton dont les circonstances malheureuses de ces temps avaient fait apporter les reliques à Orléans, et que ce nom fut arrangé pour le mettre en rapport avec le caractère charitable et tout paternel de l'institution à laquelle il était donné.
Enfin, entre l'oratoire Saint-Pouair ou Saint-Paterne et la porte Bannier, c'est-à-dire les dernières limites de la ville, ' mais bien avant son accrue de ce côté, se trouvait, sous le vocable de saint Mathurin, un autre établissement religieux, hospice consacré à recevoir les pauvres aveugles.
Ce saint n'était pas seulement le patron des afQigés de cette infirmité, et en cela nous devons prendre cette institution, fondée à Orléans comme intéressant spécialement cette ville universitaire et commerciale , en grande considération; saint Mathurin était encore considéré comme le protecteur des voyageurs et des messagers, de tous ceux qui, par les nécessités de leurs offices, étaient exposés aux dangers des voyages.
L'institution de saint Mathurin, fondée à Orléans à l'entrée et à la sortie de la ville, parlavoieterriemie, correspondait d'une manière touchante avec Notre-Dame-de-Recouvrance, fondée à l'autre sortie de la ville et à son abordage par la voie fluviale.
Les frères Mathurins avaient été institués par le pape Innocent III, en l'année 1200, pour la rédemption des captifSjiiire donné à cette fondation, justificative au plus haut degré, de ce que nous avons dit plus haut et à l'occasion de l'oratoire appelé Notre-Dame-de-Recouvrance, des dangers qu'ofi'raient les voies de communication.
Aussi nous verrons les Missi ou Nuncii peditœres, les messagers de V Université, se constituer en une confrérie sous le patronage de saint Mathurin.
Mais comme cette fondation n'appartient qu*au xni^ siècle, nous n'insisterons pas, en ce moment, sur la part d'attention qui lui revient dans la nomenclature des institutions charitables et religieuses de la ^banlieue, au nombre desquelles elle n'a pris place qu'après la période gallo-franque et dans les temps primitifs de la période française.
Ce n'est donc que pour compléter le tableau de l'état religieux de la ville dans ces temps que nous avons réuni le petit prieuré de Sainl^Mathurin à ceux qui l'avaient précédé sur le territoire suburbain de la ville, et où nous aimerons à le retrouver dans les temps qui vont suivre.
A ce tableau manquerait l'état descriptif des établissements religieux et des paroisses de l'intérieur de la ville s'ils n'étaient pas ici le sujet d'une attention particulière ; nous allons rentrer dans ses hautes murailles et la visite que nous allons faire, en parcourant ses étroits et nombreux quartiers, nous fera facilement comprendre que la persévérance des premiers chrétiens n'a pas ralenti la foi de ceux qui les ont suivis, et que le combat engagé entre eux, la persécution , les superstitions du druidisme et la| poésie du paganisme, a été suivi d'une victoire complète attestée par les monuments élevés au christianisme, dépassant par leur nombre ceux élevés aux lieux où le combat avait été livré.
ÉGLISES DE l'intérieur DE LA VILLE.
Après les églises de Saint-Etienne, de Sainte-Croix, de Saint-Pierre-Empont et de Saint-Pierre-le-Puellier, la plus ancienne semble certainement être celle de Saint-Germain, le grand évoque d'Auxerre (l'Auxerrois) qui, attiré à Orléans par la haute renommée de saint Aignan, vint l'y visiter.
Et comme saint Aignan, pour lui rendre honneur, a'avaBQa au-devant de lui, il le rencontra dans la rue Bourgogpie, an moment où le saint prélat se rendait à la cathédrale.
Les deux prélats se saluèrent et, pour donner un témoi* gnagne du respect que sa vertu et sa sainteté lui inspiraient, saint Aignan pria saint Germain de ressusciter un jeune homme qui venait de mourir.
De son côté, voulant rendre à saint Aigifan le même témoignagne de vénération, saint Germain, usant de son pouvoir sur la bonté de Dieu, fit ce que son illustre collègue lui avait demandé et le jeune mort fut rendu à la vie.
Pour perpétuer le souvenir de ces deux événements : la visite et le miracle, saint Aignan, à la place même où ils venaient de se passer, fît élever une petite église qui devint paroisse, sous le vocable de saint Germain.
Nous avons fait connaître ce petit monument, devenu, depuis la Révolution de 1789, un étal des bouchers de ce quartier, aujourd'hui remplacé par une habitation particulière, formant, avec quelques autres qui la suivent et les murailles de l'ancien monastère de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (l'Hôtel de la préfecture du Loiret), la petite ruelle encore appelée la rue Saint-Germain.
Cependant, il paraît qu'un doute s'est élevé sur le lieu où les deux prélats se sont rencontrés ; on a pensé que Tévêque d'Orléans s'était dirigé vers la partie nord du territoire que nous appelons aujourd'hui la place de TEtape; et que,s'étant avancé jusqu'à Tendroit où se trouve Tancien monastère, construit depuis, et depuis occupé par les frères Prêcheurs ou Jacobins, et maintenant la caserne de l'artillerie, il y rencontra son illustre confrère.
On a pensé que cette supposition était justifiée par l'existence, sur cette partie de la banlieue, d*un oratoire aussi placé sous le patronage de saint Germain.
La foi de nos ancêtres leur a inspiré un égal respect pour Toratoire élevé dans l'intérieur de la ville, et pour l'oratoire élevé hors de ses murailles.
Afin de concilier toutes choses, l'oratoire de l'intérieur a été
appelé Saint-Germain-des-Juifs^ parce que le quartier de la ville où il avait été construit était, en grande partie, consacré à la demeure des Juifs qui avaient leur synagogue dans la rue du Bœuf-Saint-Paterne, ouvrant sur le porche de Toratoire de Saint-Germain ; et l'autre oratoire, construit sur les remparts, fut appelé, pour cela, SainirGermain-des-Fossés,
Après Téglise Saint-Germain, il convient de placer, dans cet ordre d'idée, Talleu SainUMiesmin.
A ce sujet, nous croyons devoir insister sur la chronologie des évoques d'Orléans depuis la mort de saint Aignan jusqu'à l'avènement de Clovis, dont nous avons, sans la pi*éciser, signalé l'incertitude et le désordre ; et cela avec d'autant plus de raison que cet état de choses religieuses tenait à l'état général de la Gaule et, particulièrement, de la Gaule centrale.
Il existe certainement une lacune de plus d'un demi-siècle entre l'épiscopat de saint Euverte et celui d'Eusebius, nommé évéque d'Orléans par Clovis. «
Bien que les historiens de l'Église d'Orléans parlent de huit évoques comme ayant occupé le siège de cette ville depuis l'année 453, à laquelle on place, sans conteste, la mort de saint Aignan, jusqu'à l'année 510 à laquelle Eusebius y fut élevé par l'autorité exclusive de Clovis, il est de toute évidence que cette partie de notre chronologie épiscopale ne peut être admise.
Cette liste si indécise qu'elle est manifestement arbitraire, commence par un prélat du nom de Prosper.
La Saussaie s'exprime sur son compte dans ces termes : < En ce qui touche Prosper, nous n'aurions rien de certain si Sidoine AppoUinaire, évêque de Glermont, en Auvergne, ne lui eût écrit {De Prospéra nihil haberemus certum, si ad eum scripsisset sanctus Sidonius Appollinaris épiscopus Arvernensis); d'où nous reconnaissons, ajoute La Saussaie, que Prosper a succédé peu de temps après, proximè, à saint Aignan. >
Il reproduit, aussitôt, une lettre ayant cet en-tête : Sidoine à l'évêque Prosper,. c SidoniiLS domino papx Prospero, »
Il résulte de cette lettre que Prosper aurait demandé ^à Si-
doine d'écrire rhisloiro d'Aignan, qu'il compare à saint Loop et à saint Germain, c Lupoparem Gennanoque non imparem^ vis celebrari laudibm xummis mnctum Anianum. »
Si on en croit Lcmaire, Sidoine donne à Prosper la gloire d'avoir succédé î\ saint Aignan, non seulement en la chaire épiscopale, mais en sainteté; Symphorien Guyon, de son côté, reporte sur saint Aif^nan la gloire d'avoir un si excellent successeur.
Et cependant, malgré l'affirmation résultant de cette lettre émanée d'un personnage aussi imposant que Sidoine Appollinaire, La Saussaie témoigne une certaine inquiétude sur cette succession de Prosper, au siège épiscopal d'Orléans, peu de temps après la mort de saint Aignîin.
Il rapporte une autre lettre, cette fois écrite par une autre illustration de ces temps : Mamertus Claudianus, Mamert Claudien, évêque de Vienne, adressé à Agretius, archevêque de Sens, contemporain do Prosper, de laquelle il résulte que celui-ci, en qualité d'cvôque dT)rléans, aurait souscrit au concile de Carpentrîis; d'où il se croit autorisé à placer ce saint personnage dans la liste des évêques de la ville, comme successeur immédiat de saint Aignan; il prolonj^^e son épiscopat jusqu'à l'année 4G3. « Unde nobis certum redditur, sanctum Prosperum, ad minus decem annts sedisse. »
Mais ces conciles provinciaux et plus encore les souscriptions sont, pour la plupart, considérés comme apocryphes, et Symphorien Guyon place ce prétendu concile soixante ans après la mort de ce prétendu évcciue d'Orléans, qui, cependant, est représenté comme y ayant, sinon assisté, au moins souscrit.
Il semble inutile de reproduire les justifications ajoutées par La Saussaie, de la proposition (pi'il avance touchant l'existence et l'épiscopat de cet évéque ; elles ont le caractère le plus légendaire, telle que celle-ci rapportée par Lemaire, qui place au temps de cet épiscopat un voyage de sainte Geneviève, de Paris à Orléans, où elle venait faire un pèlerinage au tombeau de saint Aignan, et prier pour obtenir le retour à la santé d'une jeune fille estant aux abois de ta mort; et qui obtint ce bienfait de la puissance du saint évoque, et laissa elle-môme,à
Orléans, lo souvenir do miracles semblables opérés par sa propre sainteté.
Viennent ensuite quatre autres évéques : Magnus^ Febatm^ Grniianus^ Monitor^ c'est-à-dire : Le Grand, Febat, Gratien et Moniteur.
La biographie de ces prélats m réduit, chex La Saussaie, h leurs propres noms; nous n'avons que leurs noms, dit-Il, « nch mina lanium kabtn%m^*
Il en vient un cinquième : l>ago, ce nom est accompagné de la même observation; outre son nom, nous ne connaissona rien de lui : • Nihil prxter ejtis nomine comperimm, »
Mais entre les précédents et le dernier, on place saint Flou,
Ce nom rappelle le miracle qui se produisit à Télection de B&int Aignan; Flou n*est autre que cet enfant qui, avant même que de pouvoir parler, proclama que la volonté de Dieu était qu'Anianus fût le successeur d'Evurtius.
On n a aucun actef de son épiseopat, mais il figure au Martyrologe romain; on assure que ses reliques ont été déposées dans réglise de Saint-Aignan ; enfin on éleva une église sous son vocable en changeant celui qui avait été donné à un oratoire ou chapelle dédié à Notre-Dame*de-l a-Daurade, Maria Dcaurata^ autrement Sainte-Marie-de-la-RèglCf aliàs Maria Regularis; et, enfin, Notre-Dame-de-la-Conception (1),
Mais le sentiment populaire avait donné à cette petite instiiution religieuse le vocable de fenfant miraculeux^ devenu
(1) Nol^ue doane rétymolagie et te sens pratique deB mots Ikai^ ruta et du mot Regularisf^ que Lemaire traduit : le premier par le mot Dorade j le secoûd par \q mol de la IC>ijU^
M, Verguaud passe cGtie église soua sileace*
M. Uo Torqual» qui consacre un mot fugitif à Téglise, ne s'explique ai fiur le premier^ ni sur lo tecoud vocable.
M. de Buionniore enseigne qu'il faut distinguer entre Nolrc-Damfriio*la^CQnception et Saint-PloUf qu'il dit, comme Ta dit aprèa lui M. Lottin, avoir été appelé Notre- Dame-dcs-Fi^sés,
M. Lottin s'exprime ainsi, à Tannée 1152 ; < Cette églito est biîtia an snleil levant de la ville, appuyée but la muraille romame d@ la
éYèqne de sa ville natale, ainsi qu'à la me où elle arait été établie, Tune était église, l'autre la rue de Saint-Floa.
C'est ainsi que nous arrivons à Févèquc Eusebius.
Cet épiscopat n'a de considérable que cette circonstanee : qu'il est le premier acte de ce genre du pouvoir de Gloria qm se plaça, pour la Gaule centrale, au rang de GonstantiDy honorant TËglise, en restaurant le culte ébranlé par les malheurs des temps, comme le fondateur de l'Empire d'Orient l'avait honorée en apaisant les hérésies qui la troublaient et en
première enceinte; la consécratioa jea fut faite par Pierre I*', Arêque de la province, b
Il dit que cette église avait été appelée Notre-Dame â^enire te murs et les fossés.
Cet évêque de la province était sans doute l'archevêque de Selia.
Mais si cette église, située au soleil levant de la ville, s'élevait . entre les murs et les fossés, elle devait être entre le mur et U fàmi remplacé par la me de la Tour-Neuve.
U n'est pas probable, et mémo il est impossible d'admettre que la muraille romaine eût doux fossés, Tun à l'extérieur, Tautre' à rinlfr» rieur.
Tout ce que dit M. Lottin semble peu admissible; il ne connaît pas le vocable originaire; il ne distingue pas entre l'oratoire de Notre-Dame^le-la-Conecptioa et Tégliso de Saint-Flou.
Cette égliso était à l'intérieur, ainsi que la distribution de ce quartier le démontre.
Cet évêquo était naissant au moment de l'élection de saint Aignan, c'est-à-dire en Tannée 389; il était donc presque centenaire en l'année 483, lorsqu'il succéda à Monitor, et il avait quatre-vingt-dixhuit ans lorsqu'il mourut en -kïG.
11 est difticile que le souvenir de ce saint homme, désigné au souvenir de ses concilovcns par le miracle do l'élection de saint Aignan et par plusieurs autres qui lui sont attribués, ait sommeillé jusqu'à l'année 1152, c est-à-diro peudant i58G ans, pour se réveiller dans l'esprit de générations qui Tauraiont perdu de vue et parftdtenient oublié.
U est plus naturel ou do reporter Tépiscopat Je Flosculus ou Flou au temps qui a s^uivi celui de Monitor et sa mort, et plus sage encore de reléguer ce prélat avec ceux considérés comme l'ayant précédé depuis saint Aignan, dans la légende et dans les ténèbres de ces temps d'anarchie et même de barbarie.
ré^levanl à la persécution qui Tavait si profondément et pendant si longtemps éprouvée*
Nous avons nieutionrié, h l'occasion de la reconstitution de 1 cpi^coptit dans la ville d*Orh';ans, le don fait par Clovis à Etispicius, ce religieux qu'il avait amené de Verdun, accompognô di' son neveu Maxirainus, du lieu de Mici, situé k quelque distanee d'Orléans, euLre le Loiret et la Loire et presque U remlmuclnjre de la rivière avec le fleuve*
Nous avons vu Euspicius bAtir k cet endroit un monastère qui devint célèbre, auquel le nouveau roi avait ajouté un terrain situé à rintéricur de la ville, sous sa muraille occidentale.
Nous avons parcouru fréquemment la rue étroite et sombre dans laquelle avaient été enfermés le petit bâtiment et là petite chapelle que les religieux y avaient fait bâtir, et auxquels, suivant la charte en vertu de laquelle ils la possédaient^ ils ATaient donné le nom de VAileu-Saint-Mesmin^ attestant ainsi la munificence du prince qui les leur î^vait donnés, francs de touted redevances Uscales, de quelque nature qu'elles pussent élre.
On rappela aussi eïamtrum^ hosie ou refuge.
Cet asile, pour les cas d'attaque trop faciles à prévoir dans ces temps, était situé dans la rue dite de Hcnnequins, ouvrant du cùté du couchant sur une petite place qui, sans doute, a'^existait pas encore, connue sous le nom de place de Quatre- Coins, dû h sa forme de carré parfait.
Au levant, elle aboutissait au cloître Sainte-Croix.
Le nom des Ifenfiequins ou Ifannequins tirait aou origine de la dcjstînation qu'on lui avait donnée par suite de son adhérence h la porte Parisis, où devaient se trouver tout préparés, pour les événements très fréquents qui nécessitaieilt une prise d'armes, las écuries des gens de guerre ou des habitants eux* in«*mes, et lou» les harnais nécessaires à une sortie pour prévenir ou repousser une attaque.
Nous rapportons ici le résultat des recherches auxquelles ont donné lieu les mot^ hennequins ou hannequins^ que, non sanaune apparence de raison, on a voulu rapprocher des mots
hannartj hennart, henné y tons correspondant à la race chevar Une.
Ce qui rend ces définitions très probables, c*est qne ce passage étroit, comme il convenait alors aux lieux préposés à la protection du petit nombre contre le plus grand, était, ainsi qu*il vient d'être dit, adhérent à la porte de la ville ouvrant sur la principale voie de communication avec le dehors ; et que, dans la suite, ce quartier a été consacré aux diverses cor- 'porntions de métiers s'occupant de la bourrellerie, de la maréchalcrie et de la ferronnerie, sous le patronage de saint Eloi, dont l'église était placée entre la rue de la Clouterie et la rae des Eperonniers.
Nous avons parlé de la chapelle de TAlleu-Saint-Mesmin.
Malgré sa destination tout accidentelle, ce lieu de prière n*en fut pas moins mis à la disposition des fidèles, et la fréquentation [de ceux-ci fut telle qu'avec le temps il devint paroisse.
Nous retrouverons l'alleu dans une circonstance considérable, au sujet d*un prétendu combat judiciaire ou duel qui aurait eu lieu au xiu® siècle dans son enceinte, contentons-nous de constater que cet établissement religieux, supprimé comme paroisse et vendu nntionalement, est entré dans le parcours de la rue Jeanne-d'Arc sans laisser le moindre vestige de ce qu'il était.
L'ordre chronologique que nous nous sommes imposé nous jnet en présence de l'oratoire placé sous le vocable de saint Liphard.
Nous avons parlé de ce saint que Ton dit être un descendant de Rigomer, roi du Mans, au temps de Clovis; on le place au nombre des comtes ou vicomtes d'Orléans, et on dit que, préf('»rant la vie religieuse aux grandeurs du siècle, il se réfugia sur la petite montagne appelée Magânnum^ et purifia la contrée des eaux marécageuses dont elle était infectée.
Ces eaux, maigre leur limpidité et leur fraîcheur actuelles, étaient et sont encore appelées les Mauves, les mauvaises eaux, mnlœ aqiiœ.
Liphard construisit une chapelle autour de laquelle se sont
réunis des habitants en assez grand nombre pour former un groupe de maisons composant un gros bourg.
Ce bourg est, aujounl'hui et depuis longtemps, une bien jolie petite ville sous le nom des mots elliptiques Magnum Dunum.
Quant à la petite chapelle construite sous le nom de Saint- Liphard, dans la ville d'Orléans, elle était située rue Bourgogne, dans Tcspace qui s'étend de la rue des Gobelets à Tancien cloître Saint-Etienne.
Là, dit-on, était la maison dans laquelle Liphard est né (4).
La chapelle devint paroisse ; ce qu'on a peine à s'expliquer, lorsqu'on jette un coup d'œil sur ce quartier rempli d'églises ayant ce titre.
Si nous consultons ce qui s'est passé à l'égard des monuments religieux fondés dans la ville, au temps où la monarchie, divisée en royaumes, comptait celui d'Orléans, et où Contran avait le titre de roi de cette ville, nous voyons un nouvel oratoire s'élever à l'angle nord des murs de la ville.
Cet oratoire était l'œuvre de ce prince qui, assure-tron, avait une grande dévotion pour saint Symphorien auquel il le dédia.
Bientôt après, cette porte prit le nom de Saint-Samson dans les circonstances que nous ferons connaître.-
Sous la protection du roi Contran, cette petite église prit une importance assez grande, car on lui donna l'émolument et, par conséquent, la propriété de trois autres églises, ses plus proches voisines, dont nous avons amplement parlé : Saint-Pierre, Sainte-Lée et Saint-Sulpice, mais absolument contiguës à l'oratoire de Saint-Symphorien.
Cette dernière église a bienlùt été détruite par les Normands, sans doute à cause do son adhérence à la porto de la ville, objet d'une atta(|ue plus vigoureuse et plus persévérante que les autres partioe de l'enceinte.
(1) Il eat un froro nommé Léonard, qui so fit ermite dans lo torritoire d'Ormes, près Orléans.
Cette ruine des bâtiments l'ayant à peu près fait disparattre, le nom du saint, sous la protection duquel elle était placée, a disparu ; il a été Remplacé par celui de Saint-Sanson.
Ici se présente l'occasion de faire apparaître ce saint, dont les reliques, accompagnées de celles de saint Maclou forent déposées dans cette église de Saint-Symphorien.
Les reliques de saint Sanson restèrent dans l'église où elles avaient été placées à leur arrivée; celle de saint Maclou le furent dans une petite église construite sur une petite place, faisant face à l'église de Saint-Symphorien. • Mais interrogeons à ce sujet une grave autorité : celle des Annales de VEglise d'Orléans^ c Annales Ecclesiœ aurelia^ nensis, »
Nous lisons, flans la monographie de Tévèque Léontius, le passage suivant :
Parlant du concile tenu à Orléans, en l'année 536, La Saussaie s'exprime ainsi : c A ce concile souscrivirent entre autres prélats éminents par leur sainteté, les évoques Gallus, de l'Auvergne; Elouterius', d'Anlosiodore (ville de l'Aquitaine); Lauto, de Constance ; Perpetuus, d'Avranches, qui fut le prédécesseur de Paternus; et Leontius, celui-ci ainsi énoncé : < Leontius episcopus aurcUanensis Ecclesiœ, SKScripsit. *
> On trouve un autre évoque nommé Leontius, de Burdigale (ville de l'Aquitaine), qui assista au troisième concile de Paris avec Sanson, évêque de Dole, qui fut le cousin de Maclou, évêque breton (comme le rapporte Sigebert dans sa chronique), avec Paternus, que j'estime avoir été évêque de Vannes, quoique Binius le dise évoque d'Avranches, et que les actes de l'église de Vannes, qui nous ont été envoyés représentent comme contemporain de Sanson.
» Mais il existe, dans notre ville des églises au nom de Saint- Sanson-de-Dole, de Saint-Paterne, de Vannes et même de Saint-Maclou. Celle de Saint-Sanson, autrefois chapitre de chanoines réguliers de Saint-Augustin (Charles de La Saussaie écrivait en Tannée 1615, et la collégiale de Saint-Sanson n'avait plus la même communion et le même ordre de religieux), proche laquelle est le prieuré et l'église paroissiale de Saint-
Maclnu ; le prfeuré et paroisse de Saint* Paterne est situé vers la ville des Parisiens. ■
fnvenUur athis Leonlius Burdegalemis qui inierfuU coucitio flfy Parisiensi, cum Samone Dolensi archiepis(fopo (cujus mnciiis Macloimis brUannm episcoptts fuit consanftdneiis^ u( refert Sigeberius in chronico) et cum Patenio^ çuem existimo esse episcopum venetensem {licet Binitis nolet esse, Abrincensem), cujm acla ex vcneiensi ecclesia ad nos ssa testantur eum fui.^se contemporanctim santi San-
%ù etc.
Comme on le voit, ce que dit La Saussaie n^est qu'une courte biographie des trois évèques qui viennent d'être' nommés ; cette considération nous a engagé h insister comme complément de ia mention que nous avons faîte de saint Pouaîr ou saint Paterne, sans cependant modifier en rien les considérations que le nom de ce personnage nous a suggérées, et qui nous imblent justifiées par le partage de l'exercice du droit de justice entre révéché, par ses officiers^ et le prieuré de Saint-Paterne, par les siens.
Et nous obéissons encore à cette autre considération, que le passage de La Saussaie réunît ces trois évêques comme appartenant h la môme contrée, et, par conséquent, au même événement qui a réuni leurs reliques à Orléans.
Remarquons que La Saussaie ne parle pas, dans ce passage, de Tépoquc à laquelle ces reliques avaient été apportées à Orléans; il écrit au moment où ce fait est accompli depuis des siècles; it se trouve en présence des églises qui ont pris, au lieu du nom de Saint-Pouair, celui de Saint-Paterne; au lieu de celui de Saint-Symphorien, celui de Saint-Sanson; et de la nouvelle église qui, ayant reçu les reliques de saint Maclou, e^t connue sous ce nom.
Remarquons qu1l exprime une assez grande hésitation sur le oom de la ville qui aurait été le siège épiscopal de saint Pouair,
Pour noua, qui étudions dans un sentiment d'une parfaite et eomplèle indépendance, nous n'attribuons à ces auteurs qua le titre de guides, dont noua avons la liberté d'abandonner la
ronte qu'ils ouvrent devant nous, poor en prendre une autre qui nous paraît plus sûre. Si nous examinons la situation de TEglise de Bretagne dans ces temps, nous comprenons Teffroi des populations morines de la Bretagne et la précaution que durent prendre les moines de préserver les reliques qu'ils possédaient de la profanation dont elles étaient menacées.
Mais si nous voulons fixer Tépoque à laquelle ces restes sont «rrivés à Orléans, nous pensons que cela serait très difficile; il suiBt d'ailleurs qu'elles y soient venues dans une de ces Incursions pour qu'il soit indifférent de s'attacher à une époque plus qu'à une autre.
Nous pouvons poser le chiffre 878 ; mais allons plus avant dans ce sujet.
M. Tabbé de Torquat parle d'abord des restes de saint Maclou, évèque de la ville d'Aleth, aujourd'hui SaintrMalo, par suite de l'altération, dans le langage populaire, du mot Mœlou,
II dit que, cette année 878, les moines bretons, fuyant les bandes des Normands, vinrent à Orléans où ils fondèrent une petite chapelle qui reçut les restes du saint.
Cette petite chapelle était située sur la petite place, qui en prit le nom de cloître Saint-Maclou et qui, aujourd'hui, a pris le nom de place de la République.
La statue de la République occupe précisément le terrain où se trouvait le porche de l'église, remplacé par une habitation particulière, précédée d'un petit jardin, depuis abattue.
Ici nous croyons devoir exprimer une obser\-ation sur le genre des reliques déposées dans ce lieu consacré, par le sentiment religieux, à les recevoir.
Le mot Maclou a donné lieu à beaucoup de commentaires; on l'a considéré comme un euphémisme des deux mots : Magnus clavHS.
L'extrême facilité avec laquelle la crédulité publique accueillait comme rt*liques iiou seulement des corps humains desséchés ou quelque partie de ces corps, mais même des objets de l'usage le plus familier et le plus vulgaire qui passaient pour avoir appartenu à un personnage de l'ordre religieux.
éleré, dans l'opinion publique, au titre de saint, avait engagé, dans ces temps, à honorer tout ce qui passait' pour avoir cette provenance.
S'il en était ainsi de ces objets, combien, h plus forte raison, en devait-il être de môme des objets considérés comme ayant été unis à Jésus-Christ.
Les moines bretons croyaient posséder un des clous de la vraie croix, mis au nombre des choses les plus saintes, de la religion: les mots longtis, magnus, ayant alors la synonymie de grande célèbre, saint; ils ont pris la fuite emportant ce précieux instrument de la passion du Sauveur, et la crédulité superstitieuse, perdant de vue ce qui avait ou aurait été l'objet de son culte, l'a personnifié dans un saint évéque auquel elle a donné le nom de cet objet lui-môme.
Le magnus clavtis ou clavis, le saint clou, est devenu Maclou, et bientôt Halo.
Cette erreur du populaire de ces temps de profonde ignorance a été relevée dès avant le xvi^ siècle; la polémique de la Réfonne a pris l'initiative de eetta explication du mot Maclou.
Cette pensée a été adoptée dans le monde érudit et nous croyons la rencontrer exprimée par Polluche, dans l'œuvre de Beauvais de Préaux, son fidèle interprète, où nous voyons au chapitre de Y Eglise Saint-Maclou : « On lit dans le martyrologe de cette église, écrit au commencement du xvi® siècle : c'est le martyrologe de l'église paroissiale de Monsieur Saint-Maclou, fondée en Vhonneur de la croix de Noire-Seigneur ei Rédempteur Jésus-Christ. »
Ainsi l'interprétation de ce mot, dont on a fait un nom propre, nous est donnée non seulement par un livre appartenant au christianisme, mais encore par un livre appartenant à l'église paroissiale elle-même, où le saint était honoré, où la relique était déposée et conservée.
Si nous voulons préciser les rapports matériels ou religieux de l'oratoire qui avait été dédié à saint Symphorien, qui le fut bientôt à saint Sanson, et de celui dédié à saint Sulpice et à saint Maclou, avec les fidèles auprès des habitation^dMqaela
ils ont été construits ; surtout si on rapproche par la pensée, comme ils l'étaient matériellement, ces oratoires des paroisses accumulées dans ce quartier, nous avouons qu'une solution nous paraît bien difficile; aussi adoptons-nous le parti de nous en tenir, quant à présent, à une simple nomenclature, en con- * servant à ces très modestes monuments les noms et les qualifications qui leur ont été donnés, et en les considérant comme mode de catégorie et sans y attacher une importance sérieusement historique.
En suivant la rue dite de Saint-Sanson, en se dirigeant de Touest à Test, on rencontrait en peu d'instant une autre rue étroite, dont les habitations qui la bordaient des deux côtés étaient d'une architecture si primitive que, même dans les temps modernes, on l'appelait la rue des Basses-Gouttières; à l'issue de cette rue, on entrait dans la petite place carrée, à cause de cela dite des Quatre-Coins, dont il vient d'être question.
Remontant encore vers le cloître Sainte-Croix et en l'atteignant, on se trouvait, en inclinant à droite vers le sud, dans une rue qui, jusqu'au temps le plus récent, était et a été appelée rue de Saint-Martin-de-la-Mine.
Ce nom lui venait de ce que, dans son parcours, il existait une église sous le vocable de saint Martin.
La date de la construction de celte église est^très incertaine, ainsi que l'origine et le sens des mots de la mine ajoutés au nom du saint, sous le patronage duquel elle a été placée.
Nos annalistes les plus spéciaux, sans doute pour éviter la difficulté que présente l'explication de ces mots, se sont peu occupés de cette église , il nous semble qu'il n'y a guère que M. l'abbé Dubois qui, par ses notes, a suggéré à M. Vergnaud l'idée de la mentionner dans son Indicateur Orléanais.
Il nous dit qu'elle a existé jusqu'en Tannée 1408, époque à laquelle elle aurait été réunie à rAlleu-Saint-Mesmin, et cependant nous voyons qu'au moment où Lçmaire écrivait, c'està-dire au milieu du xvii^ siècle, il la mentionne dans la liste des paroisses de la ville, comme appartenant à celle de Saint- Pierre-Lentin, ce modeste baptistère des enfants naissants.
Dans cette note de M. Yergnaud, sur Saint-Martin-de-la-Mine, il essaye de déterminer le sens de ce dernier mot.
Il dit avec raison que Texistence de plusieurs églises dans la ville, sous ce vocable, rendait nécessaire de les distinguer par des dénominations différentes ; et comme celle-ci était moins considérable que les deux autres, le mot de la mine, qu'il dérive du mot latin minor, lui a été donné, équivalant aux mots: le petit Saint-Martin.
Il ajoute que, dans l'acte de réunion de Téglise Saint-Martinde-la-Mine à la paroisse de VAlleu-Saint-Mesmin, celle-ci était désignée par les mots: sanctus Maximtnus de Allodio, tandis que l'église de SaintrMartin-de-la-Mine était désignée par les mots : sanctus Martinus de Àtrio.
Suivant lui, ces mots : de atrio, indiqueraient que cette église était basse, obscure et comme un souterrain : c A moins, ajoute-t-il, qu'on ne prétendît que ce mot exprimât sa situation, qui était proche l'une des portes du cloître Sainte-Croix. >
Pour nous, nous pensons que, suivant l'usage qui nous semble affirmé par un grand nombre d'exemples, de placer un oratoire dont la destination semble avoir été spéciale, de sanctifier les lieux d'inhumation, ou même de servir aux cérémonies religieuses qui précèdent ces solennités, le mot atrium, dans la basse latinité étant synonyme de cœméterium, il est probable que là, dans les temps les plus reculés, il existait un cimetière que la chapelle de Saint-Martin desservait.
Cette supposition, qui nous semble justifiée par le mot : de atrio, l'est aussi par cette considération que l'église de Sainte- Croix, étant tout à la fois épiscopale et capitulaire, les cérémonies religieuses des enterrements pour les personnes étrangères aux chapitres et appartenant aux paroisses voisines ne pouvaient y être célébrées ; et que, particulièrement pour le quartier, la petite chapelle de Saint-Martin placée dans un périmètre (lui ne devait pas, alors, être très habité, recevait les morts de son voisinage, et s'ouvrait pour les cérémonies du culte aux fidèles {\m vivaient en dehors du cloître de la cathédrale, ou même dans son enceinte.
Nous raisonnons, ici, dans l'hypothèse où le mot de atrio
existerait dans l'acte cité par M. Vergnaod et qu'il ne rapporte pas, dont il n'indique pas la provenance ; mais nous fie pouvons que nous récuser dans Texplication du mot : de la mine, ajouté au nom du grand et saint patron de cette paroisse.
Ce qu'il y a de certain, c'est que les mots : saini Martin de la mine ont survécu à tous les autres vocables qui se sont plus ou moins altérés ou qui même ont absolument disparu, qu*il y a quelques mois il existait encore, et que, sans un motif même apparent, il a été remplacé par le mot Parisis.
Or cette désignation qui avait un sens appliqué à une petite et courte voie de communication de la ville au dehors, par une porte appelée la porte Parisis, parce qu'alors elle s'ouvrait sur la voie se dirigeant sur Paris, n'en a plus aujourd'hui où toutes ces dispositions sont changées depuis des siècles, surtout si on la transporte à une rue éloignée de cette première partie de l'ancienne enceinte de la ville. Les souvenirs histo* riques ne se délèguent pas.
Nous sommes arrivé au terme de cette nomenclature des églises élevées par la foi de nos pères au culte chrétien, dans cette première période de rKistoire de la ville ; et, en même temps, nous avons franchi la première période de rétablissement du christianisme dans la contrée, dominée par l'antique cité celtique, gallo-romaine et gallo-franque.
Nous devrions, peut-être, avant de clore ce paragraphe, consulter les différents quartiers que nous venons de parcourir pour y rechercher les tombes des aïeux, y découvrir par les variétés de leurs démonstrations les témoignages de respect et de regrets donnés, dans ces temps reculés, à ceux qui succombaient sous le fardeau des années ; dans la jeunesse ou le milieu de la vie ; dans les luttes que la foi engageait avec la persécution ; dans les combats, ou dans les massacres des invasions de la barbarie.
Cette tâche nous semble inutile à entreprendre.
Les tombeaux de la race celtique, enfouis dans les profondeurs de la terre, ne se sont pas encore montrés aux yeux les plus clairvoyants de la science; et la myopie dont nous sommes
affligé, dans cette partie des études archéologiques, nous inspire une ti^p légitime défiance de notre regard pour que bdus osions nous engager dans cette voie, où ceux qui l'ont parcourue n*ont encore guère rencontré que le doute ou Terreur.
Nous avons, d'ailleurs, donné tout ce que l'étude des temps écoulés depuis l'expansion du christianisme dans la Gaule centrale, et c'est là l'essentiel, nous apprend des cimetières chrétiens.
Nous les avons rencontrés, tantôt dans les cryptes, tantôt dans les églises, et, pour le commun des fidèles, dans de petits champs consacrés exclusivement par la religion, et ouverts à à l'ombre des églises
Alors que nous atteindrons les temps où la police des cime^ iières a été instituée, nous retrouverons ce sujet intéressant ; alors nous serons conduits plus sûrement à l'étude des usages des générations ayant appartenu aux siècles précédents que nous ne pourrions l'être par les vagues conjectures de la science encore indécise.
Nous pensons que nous devons clore cette partie de notre programme en considérant la situation de la ville au point de vue de ses moyens stratégiques de défenses, si différente à la chute des Carolingiens de ce qu'elle était à la chute de l'empire et préparer ainsi, avec ce qui précède, toutes les transitions et les transformations auxquelles nous devons assister en traversant les autres phases historiques qui vont s'offrir à notre attention.
LE CHATELET, LA TOUR NEUVE, LA TOUR BLANCHE, LA VIEILLE PORTE BOURGOGNE, LA PORTE PAR1SI8, LA PORTE 8AINT-8AN80N.
Le Châtelet existait à Textrémité sud-ouest de la ville ; ses murs étaient contigus à la porte , mettant celle-ci en communication avec le pont et aussi avec les terrains sur lesquels étaient établies la rue des Hôtelleries et, remontant la pente
du coteau du sud au nord jusqu'au Martroi, la rue de rÂigufllerie.
On a décrit cet endroit en ces termes : c Le côté occidental » formait une concavité qu'on peut évaluer à 25 mètres ; à la » place de ces fossés se prolongent maintenant les mes de • rAiguillerie et des Hôtelleries-Sainte-Catherine. »
L'auteur, H. de Buzonnière, ajoute la mention de trois portes flanquées de tourelles s'ouvrant de ce côté, savoir : 1<^ la porte du Ghâtelet; ^ la porte Dunoise; 3° la porte de Saint-Sanson.
Nous avons fait remarquer plus haut Texistence, dès ce temps, du bourg d'Avenum aboutissant, du côté de Test, aux murailles de la ville ou n'en étant séparé que par une étroite distance.
Il résulte de ce qui précède que ces poternes , ces portes, ne pouvaient ouvrir sur un fossé de cette profondeur.
Et comme on ne peut admettre l'existence de pontrlevis dont l'invention et l'usage sont d'une époque plus récente (4), il est évident qu'on n avait pas établi cette séparation entre la ville et le territoire sur lequel a été bâti le bourg d'Avenum.
S'il en a été autrement dans sa partie est , si la rue du Bourdon-Blanc et la rue de la Tour-Neuve remplacent un long fossé ayant servi de conduit à des eaux descendant des hauteurs de la ville, c'est qu'il était, par cela seul, plus nécesssdre de lui donner, de ce côté, ce moyen de défense.
Ces détails nous ont paru nécessaires pour fixer les rapports du Châtelet avec la première enceinte, V enceinte romaine^ et aussi les rapports de ce monument avec les territoires suburbains les plus rapprochés des murailles et du pont que le Châtelet était destiné à surveiller et à proléger.
Cela dit, rappelons les opinions de nos annalistes.
(1) M. Boucher de Molandon, dans une excellente brochure où il décrit la tour Neuve, parle de deux ponts-levis qui auraient été au nombre de ses défenses ; mais il ne se place qu*à Tépoque de la restauration de cette tour par Philippe-Auguste, et de Tétat dans lequel elle était au moment de sa destruction ; nous parlons ici en nous plaçant à Tépoque de sa construction (voir Cheruel^.
M. de Buzonnière, à la page 28 de son premier volume^ s'exprime ainsi :
c En 511, Clodomir, par la mort de Clovis, roi d'Orléans, » jetait les premiers fondements du Châtelet ou palais fortifié » qui devait, dans ses formes brutes et sévères, révéler le ca- > ractère sauvage de la puissance incertaine des rois de la 9 première race. » Il insiste à la page 39.
Notre historien Lemaire s'exprime avec bien plus de sens : € L'antiquité du Châtelet paraît, dit-il, aux anciennes mu- » railles qui répondent aux anciennes portes Dunoise et Saint- » Sanson, Parisis et à l'ancienne porte Bourgogne ; » en d'autres termes, à l'ancienne muraille.
Il* justifie cette proposition en racontant une anecdote qui, bien que viciée par un caractère légendaire très accusé , n'en contient pas moins un fait historique incontestable.
D'après l'auteur des Annales d'Aquitaine, Lemaire, sous rinfluence des idées ou des convenances sociales de son temps, nous raconte qu'en l'année 810, le nouveau maître dont le pouvoir avait pris, grâce au concours des évoques galloromains, une plus grande consistance, et qui était â Orléans sans doute pour préparer, de concert avec Eusebius, les queslions qu'il devait soumettre au concile convoqué dans cette ville pour Tannée suivante, re(;utla visite d*Adelphius, évoque de Poitiers; ce prélat était accompagné d'un religieux que Lemaire appelle Fridolin, et qui probablement s'appelait Fridolinus.
Le roi les invita à dîner ; le repas eut lieu au Châtelet.
Dans ces agapes, surtout lorsque l'hôte était un souverain ou un personnage considérable, au moment où on se mettait à table, il était d'usage que celui-ci remplît une coupe de vin, et qu'après en avoir aspiré une petite quantité, il passât la coupe à ses convives, en observant le rang de préséance à l'égard de chacun.
Clovis se servait alors d'une coupe en cristal d'un grand prix ; il la passa à Fridolin qui la laissa tomber ; la coupe se brisa en quatre.
Le roi ne put contenir le mouvement de "colère que lui causa la maladresse du saint personnage; celui-ci ne se déconcerta
4)a8; il profita de Foccasion pour éprouver la foi, peut-être douteuse, du Sicambre, en lui démontrant que trois parties sefparées peuvent cependant ne faire qu'un; et, se signant, il demanda à Clovîs s'il croyait à la sainte Trinité, et le roi ayant répondu afTirmativement, les quatre parties de la coupe se réunirent, et colle-ci parut plus belle qu'elle n'était avant (l'avoir été brisée.
Ce simple récit, que nous ne reproduisons que parce qu'il détermine la véritable situation du monument, démontre que la tour existait bien antérieurement à l'avènement de Glovis, qu'elle n'a pu être construite par son successeur; qu'encastrée dans la muraille romaine, elle était d'une commune origine et ne faisait qu'une avec elle.
Abandonnons pour le moment le Châtelet, dont on n'a conservé aucune description remontant à ces temps reculés ; qui a subi, au double aspect intérieur et extérieur, des transformations successives que nous signalerons à leur temps, et, continuant notre examen des tours principales espacées sur l'étendue de la première enceinte, arrêtons-nous à la tour de la Fauconnerie, remplacée par le palais épiscopal.
Malgré cette dénomination, nous n'hésitons pas à considérer la tour comme faisant partie de la muraille romaine.
Le mot Fauconnerie n'a rien qui se réfère à un usage cynégétique romain, ni mémo à une expression romaine; on ne trouve dans les lexiques classiques de la langue latine que le seul et unique mot falco, faucon^ oiseau de proie.
En revanche, on trouve dans les glossaires du latin du moyen âge une série de mots se rattachant non seulement au mot faucon^ mais à l'institution de la Fauconnerie, alors au nombre des prérogatives de la plus haute aristocratie (1), dignitas palaUna, dignité du palais; on y parle de la chasse au faucon, venalio cum fakonibus, chasse, dit le Glossaire de Du Gange, absolument inconnue aux anciens : ve/eri6t« prorsùs incognita.
C'est donc une grave erreur de dire comme le chanoine
(1) Voir Cheruel au mot vénerie.
Hubert {Histoire de FOrléanais), parlant des domaines et châteaux donnés par les rois aux évéques : c Le principal de ces » domaines est la chàtellenie de la Fauconnerie, ainsi nom- 9 mée parce qu'elle était un ancien château des empereurs » romains où étaient logés leurs oiseaux pour la chasse. »
C'est ce que nous enseigne également Jean de Franchieres, grand prieur d'Aquitaine , dans son Traité de la fauconnerie, où il dit : c qull espère que son livre sera d'autant plus re- » commandable que les anciens nous ont moins donné de con- » naissance de ce sujet, car ils en ont si peu écrit qu'on doute » s'ils l'avaient pratiqué (1). i
Il est donc certain que cette tour, toute romaine, n'a pris le nom de Fauconnerie que depuis l'ère germanique, et lorsque les évéques du moyen âge, dont un grand nombre n'abandonnaient pas les habitudes séculières et même guerrières, en ont eu la pleine et entière possession (2).
Nous n'insisterons pas, quant à présent, sur l'étendue dans et hors la ville de ce bénéfice; nous dirons seulement que, dès les premiers temps de la concession qui a été faite à l'évéché et, sauf quelques autres tenures d'un ordre inférieur, il semble avoir compris tout le territoire contenu dans le périmètre semi-circulaire partant du faubourg Saint-Vincent à la Croix- Fleury, se prolongeant jusqu'au faubourg de la Madeleine, y compris le territoire de la paroisse Saint-Laurent, longeant la ville dans son pourtour jusqu'au bas des murailles et, par conséquent, jusqu'au bas des tours de défense dont ces murailles étaient accompagnées.
Alors à peu près déserte, sans culture, boisée jusqu'aux portes de la ville; progressivement perdue pour l'évéché, à mesure de l'extension que prenait la ville, soit par la générosité des évoques, soit par des accensements à des conditions que la marche du temps a rendues insignifiantes, cette partie du domaine bénéficiaire avait, cependant, le droit de haute, moyenne et basse justice sur toutes ses parties.
(1) Voir aussi Vicat : Vocabularium juris utriusque,
(2) Histoire ecclésiastique, discours sur cette ^istoiro depuis J'an 600 jusqu'à Tan 1100, au paragraphe clercs, chasseurs et guerriers
Aussi la cour de la Fauconnerie était-elle accompagnée la tour du plaidoyer^ annexe nécessaire du siège de la sei-^ gneurie pour le détenteur d'un bénéfice d'une aussi grande^ étendue.
Si nous allons plus avant du côté nord de la muraille de la ville, nous rencontrons la porte Parisis, et la tour de l'Allea- Saint-Mesmin et enfin la tour de la porte Saint-Sanson ; auxquelles nous ne nous arrêterons pas pour nous transporter jusqu'à la tour dite des Créneaux ou des Carneaux, où fut transportée la cloche du beffroi, auparavant placée dans la clocher de l'église de Saint- Pierre-Empont qui, lui-même, était une tour accompagnant et destinée à protéger l'église et les bâtiments de cette collégiale.
Il n'est, toutefois, question de l'une et de l'autre que pour faire connaître l'antique origine de toutes les deux et surtoat de celle dite des Carneaux et, plus tard, de Vhôtel commun^ qui domine encore la ville, dont il est, dans la perspective, l'un des ornements.
Il ne nous reste plus, dans cette série, qu'à parler de deaz autres tours, celle dite de la Tour-Neuve, l'autre dite de la Tour-Blanche,
On attribue la construction de la première à Tévôqae Gautier.
Elle .occupait l'angle sud de la ville ; il nous suffit de l'avoir nommée, nous la suivrons dans sa destinée historique jusqu'à l'année 1794, où elle a été détruite.
Cependant il est intéressant de donner sa description telle que nos annalistes, résumés par M. Vergnaud, l'ont décrite :
€ Cette tour formait l'angle sud-est de la ville, lors de la première enceinte ; on ne sait rien de positif sur sa construction primitive, mais on conjecture avec vraisemblance qu'elle a été réparée ou, au moins, augmentée de hauteur, dans le IX* siècle pour résister aux incursions des Normands, i
De nos jours, M. Boucher de Molandon a publié des documents d'un grand prix sur cette tour ; ils consistent dans un devis des réparations qui lui ont été faites, sous le règne de Philippe-Auguste.
Ce devis est en latin ; nous prenons la liberté île reproduire ici lu traduclion, ou, au moins, Tanalyse, qu'en a faite M- Boucher de Molandon,
« Aux termes de ♦e devis, la tour devait avoir 14 toises de hauteur, 20 pieds de diamètre intérieur et les murs la pieds d*épais9eur. Elle devait être ontouréo d*un fossé de 20 pieda de profoodeur et de -40 de large, perrevéau dehors; deux pQUts tournants devaient lui donner accès et un hourdis (i) en fer et en hois couronner son sommet crénelé. Ces travaux» confiés à un entrepreneur nommé Guillaume, devaient coûter 1,400 fr., somme cousidéraJ>le pour Tépoque* »
11 ajoute : cSabaseou tolus, plongeant dans de larges fossés, était baigne par les eaux du fleuve, et sa télé, crénelée, dominait de sa masse imposante les tours de la ville et les êditices d'alentour. »
Ces créneaux ou inoucharabys, dont parle ici notre docte concitoyen, peuvent appartenir à la fin du xn** siècle, au retour dcss croisades, mais non à Tépoque primitive à laquelle on doit fairtî remonter la construction de la Ti>ur- Neuve. Le mot moucharabys, emprunté au langage oriental, démontre l'origine de ces ornements arcfaitectoniques; les larges fossés pierres le démontrent aussi.
Il en est de même de la description que M. Boucher de Molandon attribue à M* Vergnaud*ilomagnesi, lorsqu'il nous dit; € La tour avait environ it toises de hauteur, plusieurs étages et 24 pieds de diamètre intérieur; on y accédait par deux ponts-levis, ouvrant dans des murs de plus de 12 pieds d*é paisse ur. >
Ces ponts-levis non plus que les créneaux n'appartiennent au temps antérieur à la féodalité; et (rnilleurs M. Vergnaiid ne donne pas les mesures rapportées par M. de Molandon et ne parle pm des ponts-levis» le devis ne parle lui-même que des pontd tournants, iornaUles^ ce qui n'est pas la môme chose.
(1) Ce mot : hourdiSy traduction du mot latlû t hordamcntum, oiprime^ dans ce devis, uqq galerlo de bols ou de for (M. de MolLiadoa) .
c Elle avait, dit-il, 103 pieds de hauteur et 42 pieds de diamètre à sa base ; 1 épaisseur de chacun de ses murs était de 8 à 10 pieds ; sa forme était circulaire, et sa base bien plus large que son sommet.
> Elle occupait, sur le quai qui conserve son nom, la place qui se trouve vis-à-vis les chantiers de la maison n^ 30 (1). »
Mais M. Vergnaud ajoute un renseignement venant, fort à propos, se réunir à ce qu'il a dit de la Tour-Neuve d'Orléans.
Vers le même temps, on éleva à Beaugency une tour da môme nom, et qui se trouvait absolument dans la même position, relativement à La ville.
Le dernier historien de la ville de Beaugency (â) décrit en peu de mots les défenses dont cet oppidum était alors en touré.
c La ville était défendue par des fossés profonds et nne enceinte de murailles flanquées de tours rondes et carrées; parmi ces tours, celle qu'on appelait la Tour-Xeuve, était la plus reman]uable. Elle était eu pierres de taille, forme ronde, avec des murs de i^SO d'épaisseur; comme la tour d*Orléans qui portait le mémo nom. elles avaient été, probablement, construite l'une et l'autre pour prolégt?r le cours du fleuve contre les invasions des Normands. La tour de Beaugency avait 38 mètres de circonférence, elle était plus importante que celle d'Orléans, qui n'en comptait que i4; cette tour a été détruite en 1824. »
Si nous continuons la description qu'en donne M. Vergnaud,
(1) Depuis, cette maison a pu subir des transformations et ne plus être désignée par le même numéro ; mais si on attachait qaelque importance à retrouver cette place, on le pourrait en prenant en conndération hi construction du quai éloignant, aujourd'hui, les eaax de la Loire des anciennes limites do la ville.
\2) M. Lorrin do Chafnn. qui a longtemps exercé la profession de notaire :\ Boauironoy, où il est mort notaire honoraire, membre de la Léixion d'honneur, après avoir été maire do cette ville (1852 àl8&5).
II a été, comuio hisiorion, le continuateur do M. Pellieux, qui était médecin dans ootlo ville, dont rouvrajre a été édité en 17^; celui de M. Lorrain, on 18ôt).
nous voyons, en rédnisant en mesures décimales les i 03 pieds de hauteur elles 42 pieds de diamètre donnés à cette tour, qu'elle avait 34 mètres de hauteur et 13 mètres de diamètre à sa base.
On peut donc, grâce à ces recherches et malgré la construction du quai, dont l'effet a été de repousser la Loire assez loin des anciennes murailles de la ville, se représenter cet édifice et se faire une idée de Taspeçt assez sombre de ce quartier, même dans les temps les plus rapprochés des heureuses transformations données à toutes les parties de la ville, et particulièrement, à celles ombragées par ces monuments stratégiques.
On dit que les larges fossés pleins d'eau la défendaient encore en Tannée 1562, et que, malgré cette protection, le prince de Gondé, chef de l'armée protestante, s'en empara au cours de cette année; qu'il démolit son toit conique, et qu'elle ne rentra dans le domaine royal ou dans l'apanage du premier prince de la maison régnante qu'au retour de la paix.
On cite un passage du chanoine Hubert, attestant, au xvn* siècle, avoir vu les larges fossés pleins d'eau, dont la présence nous étonne lorsqu'il s'agit d'une tour très rapprochée des murailles et dont la base était baignée par les eaux du fleuve.
Mais enfin cette place, quelles que fussent ses dispositions, semble avoir été d'une telle importance au point de vue de la défense du fleuve, la seule route que les pirates normands suivissent pour se livrer à leurs déprédations, qu'elle avait un gouverneur particulier qui, sous le titre de capitaine de la Tour-Neuve, était chargé de sa garde et de son administration.
Cet office semble avoir été une sorte de propriété particulière ; comme, avec le calme qui a suivi les guerres du xvi° siècle et surtout alors que les incursions des barbares du Nord n'étaient plus qu'un souvenir perdu pour les populations et relégué dans les fastes de l'histoire nationale, cette tour et ce commandement n'étaient plus, l'une qu'un monument délabré, l'autre qu'une sinécure sans l'apparence de la moindre utilité, on raconte qu'en l'année 1579, le dernier capitaine de la Tour-Neuve, nommé
^neas Goustelly, se démit de sa fonction en faioeur des AtfMiants d'Orléans^ démission et attribution que les rois Henri m et Louis XIII approuvèrent.
Tel a été le sort de cette tour dont la construction n'a. paa suffisamment protégé la ville d'Orléans, pas plus que sa voisine n*a suffisamment protégé la ville de Beaugency pendant les malheurs des i\^ et \sf siècles, et qui, abandonnée, mutilée et délabrée n*a été détruite, tant les administrations publiques étaient inertes, dans cette longue période écoulée jusqaç-là, qu*en Tannée 1798.
Il est probable que la Tour-Blanche ^ encore aujourd'hui dans une dépendance de la maison ouvrant à l'est sur la me de la Tour-Neuve, et à louest sur la rue de YEcu-Verij par conséquent, dans le voisinage le plus rapproché de la Tout' AVwré», n'était qu'un satellite de celle-ci.
Ces deux sentinelles avancées des murailles de la ville justifient Tobservation que nous avons faite sur la nécessité de porter, plus particulièrement, les défenses de la ville à l'est, parce que là était la place de Tattaque, tandis qu*à l'ouest, les pentes du terrain n'offraient pas aux assaillants les mémea avantages que les hauteurs de Test.
C'est ce que démontre encore l'existence dans le voisinage do la Tour-Neuve et de la Tour-Blanche, et, sur la même ligne, les fortifications de la vieille porte Bourgogne, ainsi qualitiêo depuis la nouvelle accrue de la iiille de ce côté, déployant ainsi, par leur proximité les unes des autres, un front do défenses dos plus diflicilos à surmonter.
Au noni ot au nord-ouest, la muraille, d'ailleurs flanquée de quelques autres tours moins puissantes, encastrait deux autres portos, aussi forlomont construites et préparées pour une vigouronso rôsislanco.
1/uno d'elles était la porto Parisis, l'autre la porte Saint- Sausou, que nous avons déjà fait connaître, nom qui fut donné à coUo-ci quand, après la presque destruction de la chapelle Saint-Symphorion, duo aux assi^uls que les Normands avaient donnés à la ville de ce oôlô, elle fut reconstruite, et qui possédait toujours le^ reliques du saint prélat breton.
On le voit, ce qui avait surtout préoccupé l'admimstration de ces temps, qu'elle fut dirigée par des chefs de guerre ou par les évoques, c'était la protection plus spécialement assurée à la ville du côté du fleuve, et du côté des hauteurs dominant le territoire de son assiette, s'abaissant alors jusqu'au rivage du fleuve.