ENSEIGNEMENT PUBLIC. — ÉTAT DES LETTRES
L'enseignement, qui est à la vie intellectuelle ce que les artères sont à l'entretien du mouvement dans l'ordre physique des corps, organisé d'une manière imparfaite et encore rudimentaire sous le règne de Charlemagne, disparut absolument pendant les guerres de la famille de Louis P"" et les invasions des Normands.
Theodulphe avait écrit dans sa lettre au clergé de son diocèse {ad clerum suœ diocesis), art. 30 que les prêtres dans les villes et les bourgs aient des écoles {prœsbyteri per villas et vicos scholas habeant), et que si quelques pères de famille veulent leur confier leurs enfants pour qu'ils soient instruits
(1) Commune^ dit Gilbert do Nogeat, est un nom nouveau et détfestable, voici ce qu'on entend par ce mot : les gens taillables ne payent plus qu'une fois l'an à leur seigneur la rente qu'ils lui doivent; s'ils commet tentquelquo délit, ils en sont quittes pour une amende loyalement fixée ; ainsi l'arbitraire faisait place au droit : c'est là le caractère glorieux de la révolution communale (Cheruel).
fl 3.
dans les lettres, que les ecclésiastiques les reçoivent, qu'ils ne refusent pas à instruire ces enfants, mais qu'ils les instruisent avec charité {et si quilibet fidelhun suos parvulos ad discenda^ liUeras eis commendare vult eos sttscipere et docere renuant sed cutn summa charitate eos doceant), se rappelant ce que dit rÉcriture sainte : « Ceux qui auront été savants brilleront comme les feux du firmament et ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la justice luiront comme les étoiles dans toute l'éternité », (et qui docti fuerint fulgebunt quasi splendor flrmamenti et qui ad justiliant erudiunt multos fulgebunt quasi slella in perpétuas œternitates.
Et ce grand prélat ajoutait que ceux qui instruisent n'exigent aucune rémunération, si ce n'est ce que les parents, suivant leur volonté, voudront leur donner par un sentiment de reconnaissance : « Ctim ergo eos docent^ nihil ab eis prêta ^ pro hac re exigant, nec afiquid ab eis accipiant excepto quod eis parentes, charitatis studio, sua voltmtate obtulerint. »
Mais un grand publiciste du xvni* siècle a pu attribuer la chute des codes des lois barbares, du droit romain et des capitulaires à cette cause que nous avons eu l'occasion de citer déjà, tirée des c règnes malheureux qui suivirent le règne de Charlemagne, des invasions des Normands, des guerres intestines qui replongèrent les nations victorieuses dans les ténèbres dont elles étaient sorties et qui produisirent cet effet vraiment effrayant : on ne sut plus lire ni écrire. »
C'est ainsi que, dans l'introduction au livre appelé les Miracles de saint Benoist, nous lisons cet intéressant passage : « Pendant plus d'un siècle, c'est-à-dire depuis la fin du IX® siècle jusqu'au commencement du xi% l'histoire des Miracles de saint Benoist ne trouva pas de continuateur dans le monastère La France était alors en proie à de grands fléaux;
l'auteur de cette introduction rappelle tous les malheurs de ces temps ; mais ce fut surtout, dit-il, dans les dernières années du x« siècle, sous le célèbre Abbon, que l'abbaye de Fleury, devenue un véritable foyer d'études religieuses, historiques, et
littéraires s'éleva à son plus haut degré de prospérité et de splendeur (1).
Il faudra donc aussi remettre Tétude de cet important sujet historique.