‹ Histoire de la ville d'OrleansChapitre 24 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Philippe X*. — i*' Concile de Beaugency. — Gondle de CSermont. — Pierre l'Ermite. — CSroiBades. — Iioois VU. — CSommune d'Orléans. — 2* Concile de. Beaugency.

Le règne de Philippe I" est célèbre par la réunion de plusieurs conciles.

Ce prince avait épousé, en Tannée 1071, Berthe de Hollande; trois enfants étaient issus de ce mariage.

En Tannée 1092, il vépudm sa généretise et religietise femme ^ et il s'unit à Bertrade qui avait demeuré près de quatre ans avec Foulque le Réchin, comte d'Anjou (1).

Tous deux avaient formé, dans la ville de Tours, le complot de leur réunion.

Le roi quitta Tours le premier, la comtesse d'Anjou le suivit et arriva dans la petite ville de Meung-sur-Loire, où elle rencontra une escorte envoyée par le roi qui la conduisit à Orléans.

Fleury raconte longuement les péripéties de cet épisode du règne de Philippe 1".

Nous voyons le concile d'Autun excommunier le roi on Tannée 1094, mais aussi Texécutron de cette sentence retardée du 16 octobre de celte année jusqu'à la Toussaint de Tannée 1095, pendant lequel délai le roi devait se séparer de Bertrade,

Nous ne croyons pas devoir insister sur le scandale causé par la persistance de Philippe et de Bertrade dans leur réunion, et par la timidité avec laquelle le pape, se cachant sous Tautorité du concile qui les avait excommuniés, retardait Texécution

(1) Réchin, le rechigné, le hargneux (Orderic Vital).

de cette sentence ; bornons-nous à dire que cette tolérance s'explique par l'état de l'Eglise, qui contraignit le pape Urbain II, et après' lui Pascal II, à montrer beaucoup de ménagement, particulièrement pour le roi de France, le seul qui semblât attaché au pape considéré comme le véritable chef de l'Eglise, dans ce temps où le schisme, encouragé par l'empereur Henri IV et par une grande partie des princes de l'Allemagne, mettait en péril l'unité du catholicisme.

Cette persévérance, ces tolérances se prolongèrent jusqu'au célèbre concile de Clermont, qui s'ouvrit le 18 novembre 1095.

Le roi y fut de nouveau excommunié, mais il ne tint pas plus compte de cette sentence que de celle fulminée par le concile d'Autun et cependant le pape, cette fois, prononça la â'entence déflnitive.

Un écrivain, contemporain de ces faits, considère la prolongation de cette union illicite comme d'autant plus inexplicable que le roi avait un autre avertissement plus imposant encore que les avertissements de l'Eglise.

« La France, dit Orderic Vital, florissait sous les lois de prélats religieux et savants ; cependant le roi Philippe résista effrontément aux avis qu'ils lui donnaient pour l'amender, et, infecté par l'adultère, il persista dans la méchanceté ; c'est pourquoi il fut exposé justement à la douleur des dents, à la gale et à beaucoup d'autres infirmités et ignominies. »

Orderic Vital attribue à cette triste situation le parti que prit Philippe P', avec le consentement des Français, de confier à son fils Louis, le soin du royaume.

Cependant l'Eglise ne pouvait pardonner à Philippe I" le mépris qu'il manifestait pour les excommunications dont il était frappé.

En l'année 1100, un nouveau concile convoqué à Poitiers, les renouvela.

Mais enfin la vieillesse anticipée par les excès, l'approche de la mort qui arriva en l'année 1108, engagèrent, dès cette année 1104, le roi à solliciter l'absolution de l'excommunication prononcée contre lui.

Voici en quels termes Fleury rapporte ce qui s*est passé à f*ette occasion :

« L'absolution du roi se fit en un autre concile que le légat du pape tint la même année à Beaugency, et dont nous ne savons que ce que Yves de Chartres en écrivit au pape : c Nous 1 fesons savoir à votre paternité que, le 30 juillet, plusieurs » évéques tant de la province de Rheims que de celle de Sens, » entre lesquels j'étais invité par Richard, votre légat, se sont 1 assemblés à une ville du diocèse d'Orléans, nommée Beau- » gency, pour donner au roi l'absolution, suivant la teneur de » vos lettres ; le roi s'y est trouvé avec sa compagne, et, con- 1 formément à votre ordre, ils ont offert de jurer sur les saints 1 évangiles qu'ils renonçaient à tout commerce nuptial et

> même à se parler, sinon en présence de témoins non sus-

> pects jusqxCà votre dispense. »

« L'absolution fut remise à Lambert, évêque d'Arras, chargé de recevoir le serment du roi et de Bertrade, ce qui eut lieu dans une nouvelle assemblée d'évôques réunis à Paris, où le roi se rendit pieds nus et en habit du pénitent. »

La situation prise par le roi Philippe I®', au moment où le souverain pontificat tendait à se soumettre le pouvoir Royal, dont il prétendait être le suzerain universel et dominant, et où il était affaibli par le schisme, dut être le sujet d'un grand trouble, et ne pas être étrangère à la réunion du concile de Glermont.

Aussi n'est-ce pas sans étonnement que nous lisons dans VHistoire de France de Henri Martin, cette proposition : c Le concile ne traita qu'incidemment l'affaire du roi Philippe, il eut à s'occuper d'intérêts bien autrement émouvants ; de son sein sortit un des plus grands événements de l'ère chrétienne, la première croisade.

Si, nous séparant de ce motif de la réunion de ce concile pour le chef de l'Eglise et pour l'Eglise elle-même, nous recherchons le rôle joué dans le préliminaire de cette guerre et dans cette guerre elle-même, par les habitants de la ville d'Orléans et par les habitants de son territoire, nous rencontrons des personnages dignes d'une mention particulière.

Remarquons d'abord que ce territoire s'étendait au loin ; il comprenait le pays ehartrain, se limitait au Berry, au filéaois, dont il comprenait une partie, et a arrêtait au Nivernais, qu'il entamait aussi, comme il le faisait du pays Blèsois.

II faut attribupr à deux causes le peu d éléments historiques appartenant à celte célèbre entreprise et intéressant plus spécialement la ville capitale de ce grand fief, espèce de royaume permanent dans le milieu du royaume, par la destination qui lui a été donnée d'être Tapanage des Ois puînés des rois de France.

La première tient à la qualité de domaine royal que FOrléanais a reçue et conservée depuis Robert le Fort; la seconde à la nature religieuse des bênénces répandus, non seulement dans la ville^ dans son territoire, et même dans la vaste étendue composant le domaine du roi.

D'où il suit que ceux de ses habitants qui se sont croisés appartenaient aux classes obscures de cette contrée, et que les chroniqueurs ont dii leur manquer.

Cependant nous pouvons, particulièrement pour la première croisade, rappeler quelques noms se diatinguant au milieu de ces multitudes, appartenaiil soit à la province, soit même à la ville d'Orléans.

Le premier qui s'offre à notre attention est Pierre TErmite.

Nous n*avons point à rappeler le zèle ardent, le dévouement héroïque et réloquence de cet apôtre de la guerre sainte ; nous n'avons à noua occuper ici que d'une question vivement agitée: celle du lieu de sa naissance,

Mous serons bref à ce sujet, qui ne manque cependant pas dlntérét et qui noua a paru toucher à Thistoire d'Orléans.

Jusqu'ici, il avait été admis sans conteste sérieuse que Pierre était né, sinon dans la ville d'Amiens, au moins dans la province de Picardie.

Cette tradition avait été introduite par Guillaume de Tyr, le véritable historien de la première croisade ; mais Orderic Vital avait ajouté aux mots : Pierie TErraite, les mots de Acheris.

On disait ce lieu situé dans le territoire de Moyenne ville,

et appartetiir h la famille des Vidâmes d'Amieûs, à laquelle on rattachait Pierre F Ermite, par alliance.

Guillaume de Tyr a donné à ce mot : VermUe, le sens, non seulement de la qualité d*ermîte qu'il aurait adoptée après son veuvage^ car on le représente comme ayant été marié, main il ajoute que ce mot exprimait le nom patronymique, Pierre étant ermite de nom et d'effet re et nomme*

Dans les familles noblei^, et on place Pierre TËrmite dans cette catégorie sociale, au xf siècle, on ne portait qu'un nom; ce n*est qu'au xn* siècle que s'introdyisit dans le cercle aristocralique le nom commun à tous les membres de la famille qui avaient soin de se distinguer par un nom de flef.

Cette coïncidence entre le nom patronymique et celui de Tordre religieux, dont Pierre a fait profession, serait l'effet d*un assez grand hasard ; cela n'est cependant pas absolument impossible, mais ce qui est bien plus certain, c'est que Pierre était ermite, et que c'est k cette qualité qu*il doit son illustration, parce que c'est à elle qu'il doit la part exceptionnelle qu'il a prise à la première guerre qui eut pour but la recouvrance du tombeau de Jésus-Christ.

Ce qui est non moins certain > et ce qui justifie les observations qui précèdent, c'est Tuaage pour les pei-sonnes nobles d'ajouter à leur nom de baptême, le nom du fief, et, pour les roturiers, l'usage d'ajouter à ce nom, le nom du lieu de leur naissance ; et c est ainsi qu'aux mots : Pierre l'Ermite, on a ajouté : d^Acheres, de Acheris.

A ce dernier mot, on a encore ajouté celui de Coucoupietre qu'on a rendu en latin par les mots Petrus ad cucuitum ou Pierre au capuchon (1).

Les historiens et les biographes de tous les degrés ont repré* sente Pierre d'Acheres comme un humble ermite du diocèse d'Amiens ; et la Société des antiquaires de Picardie, dont le

(1) Coucoupietre a été rattache à un mol du Langage du patois picard : chiOy hio^ qui veut dire : petit, coucoupietre voudrait dire • Petit'Pierre, ot, en effet, ce grand peraonaago était de rapparonce la plus chétive*

iége est dans celle ville, a obtenu en r«innéc 1854, d'élever ir une de ses places une sUitue reprùsenlant cet illustre religieux.

Cette possession d'état a été troublée en Tannée 1874 par la publication d une brochure d'un haut intérêt.

Elle est due aux recherches de Fun de nos amis encore

Ijeuûe, alors qui, par sa laborieuse et pénétrante intuition

^ et son amour des recherches historiques, s'est élevé au-dessus

de réducation populaire, que seule il a reçue, en produisant

^des œuvres remarquables d'érudition (1).

11 avait lu le passage suivant de V Histoire de Normandie : € L'an de rincarnation du Seigneur 107t>, au mois de niai^s, le moine Pierre d'Acheres, homme illustre par sa science et sa . hardiesse^ partit de France pour la Palestine, et conduisit» avec lui, Gautier de Poix avec ses neveux, Gautier sans Avoir €l Mathieu. »

L'auteur, Orderie Vitnl, cite quelques autres personnages et ajoute : < Cette troupe s'élevait au nombre de 15,000, » et en note : < de Acheris^ d'Acheres, village près de Laon; c'est le fameux Pierre VErmUe » .

L'auteur de la brochure fait remarquer qu'aucun des compagnons de Pierre d'Achcres n'était Picard ; tous étaient du paya charlrain.

Gautier de Poix ou de Poissi, Gautier sans Avoir, étaient du Thimerais ; ils ont dû, facilement , se réunir à Pierre d'Achere», c'est-à-dire d'un lieu voisin du territoire appelé le Thimerais, voisin lui-même du territoire de Pois ou Poissy,

Ajoutons cette observation que, dans ce temps, la Picardie était très distante du pays chartrain, et que, malgré le mouvement voyageur d'alors, ces voisinages des lieux indiqués par les noms des principaux campognons de Pierre démontrent, de la manière la plus saisissante, que le projet de départ a été médité et effectué dans une tout autre contrée que celle de la Picardie*

(!) Fahx Guilionj employé dans lea bureaux de la gare aux marehandlttes, àûrléana-

k ces considérations, il convient d'ajouter que Jacques d® VHry, désignant te lieu où mourut Pierre rErmite, s'exprime en t*vs ti'rmrs : • C'était un fionune pauvre et religieux : du rojfaume de France^ qui avait mené la vie érémitique, dans le diocèse d'Amiens. •

Cette distinction entre Tun et Tautre lieu, Tun de la naissance» l'autre de sa vie religieuse, est en parfait accord avec la géographie conslitiitionnelle de la monarchie.

Les limites du royaume de France s'arrêtaient, au nord, à la Picardie, et au nord-ouest, à ce qui forme aujourd^bm» te département d'Eure-et-Loir,

Cette distinction est trop incontestable pour qu*il soit nécessaire dlnsister à ce sujet :

Raoul de Caen, rappelant, dans son Histoire de Tancrède^ la mort d'un héros de la croisade, Anselme de Ribaumont, s exprime ainsi : • Son nom était célèbre à la cour du roi de France et même à celle de la troisième Gaule; c*est-à-dire probablement la Gaule méridionale. »

Parlant d'un épisode du siège de Jérusalem : c La blessure de Raimbauld du Cambréais, • il le désigne ainsi : t de la ^rre de France^ né à Chartres, t

Si nous appliquons le nom de Acheris à Pierre TErmîte, comme étant celui d'Acheres en Thimerais, nous rencontrons un écrivain : Balderic tni Bandri, évéque de Dol, né à Meungsur-Loire, et dont Orderic Vital vante le mérite ; ce dernier nous entretient de F*ierre TErmite sans rien préciser sur le lieu de sa naisvsance, silence qu'il fautnttribuerau voisinage de ce lieu^ du pays orléaBais ; quand on parle d'un compatriote, d'une personne de la contrée qu'on habite, on n'éprouve pas le besoin de signaler le nom de la contrée à laquelle appartient celui dont on parle.

Si maintenant nous cherchons avec quelque soin, nous trouvons d'autres Orléanais échappés à loubli dans la nomenclature de ceux qui ont pris part à la croisade.

C*esf ainsi que Balderie nous transmet le nom de Raoul seigneur de Beaugency, qui épousa Mathilde ou Mahand, Bile de Hugues le Grand, troisième fils de Henri 1*»^ et des faits donnant une haute idée de la bravoure de ce chevalier.

Ces [actes de bravoure se sont accomplis oon deulement au siège d'Ântioche, mais dans toutes les actions considérables de cette croisade-

II était accompagne <!♦• son frère Eud*:s, qui n'a pas laissé un aussi grand souveuiri parce «ju'il mourut bientôt sans postérité.

On y remarquait encore Everard du Pu)*set, c'est-à-dire de 06 fief qui Lient une grande place dans rhistoire féodale du pays Orléanais et du pays chartrain, et dont noua aurons à nous occuper transîtoirement; et aussi Etienne, comte de Chartres, de Blois et de Meaux.

C est donc avec quelque injustice qu'après avoir mentionné ces noms, et Herpin, eonitc de Bourges, Lemaire ajoute : t 11 ne se Ôt remarquer aucuns barons et seigneurs de l*év6ché d'Orléans ».

Aussi Syni|ihorien Goyon le lui reproche assez vertement; il cite», d'après un ancien auteur, Paul Emile, au livre De rébus gestis Francorum, un chevalier du nom de Foucher, Fulcerius, qu'il dit être de la ville iVOrlmm.

Cependant le nioine Robert^ dans son histoire des croisades, la fait naître h Chartres, tandis que Paul Emile, consacrant la dernière page de son livre au récit de ses hauts faits, le qualifie de gentilhomme Orléanais.

11 se présente donc une difficulté sur le lieu de la naissance de Foucher ; pour nous, le livre De rébus gesiis Francorum nous semble devoir être préféré, pour recueillir l'histoire individuelle des guerriers de ce temps, à rœuvrc du moine Robert qui, avec bonne foi, nous avertit que son oeuvre n^est pas de ttii ; qu il n'est l'auteur que du récit de ce qui s'est passé au concile de Clermont, auquel il a pris part.

Adoptant le récit de Paul Emile, nous croyons devoir nous arrêter à ce que nous dit, à ce sujet, Symphorien Guyon : « L'armée chrétienne, sous la conduite de Godefroy de Bouillon, (it un heureux voyage, . . Tous se rendirent en Asie où ils se coraportêrent si vaillamment, qu'ils prirent Nicomédie, NicéeJ auquel pays la guerre lut lort rude, et plusieurs combatè opiniâtres de part et d'autre» en Tun desquels auprès d'une

petite ville nommée Essercgorgue, un gentilhomme Orléanais nommé Foucher Fulcerius flt paraître sa valeur. . . et, 6nalement, combattant courageusement contre les Turcs, fut tué dans la bataille Tan du salut 1097. >

Nous avons cru devoir cet éclaircissement à cette phase de notre histoire, non seulement de la monarchie, mais du christianisme, sur la part qu y a prise TOrléanais et la ville d'Orléans, et combler ce que, jusqu'ici, on avait considéré comme une lacune.

Cette époque fut encore signalée par un fait historique qui eut pour conséquence de reodre le fief de Heung-sui^Loire une annexe définitive du grand fief épiscopat de la Fauconnerie.

Nous avons vu que, dans sa fainéantise et dans l'abattement où ravalent mis ses mauvaises mœurs, Philippe I* s'en était rapporté à son fils Louis du soin de ses affaires de la monarchie.

Celui-ci usa de son pouvoir avec une grande activité.

A ce moment, Guillaume le Roux, roi d'Angleterre, mais aussi duc de Normandie était c Tappui des tyranneaux qui troublaient le royaume ; c*est pourquoi Louis prit à t&che de les dompter afin d'avoir un prétexte favorable qui attirât vers lui riDclination du vulgaire et des ecclésiastiques, et ne fit pas ombrage aux seigneurs ; il prit pour sujet de quereller ceux à qui il en voulait, de leur faire restituer les biens de l'Eglise.

» De ce nombre était un seigneur du nom de Léonnet de Meung ; il ravissait les biens de 1 evéque d'Orléans.

» Celui-ci fut plus rudement puni que les autres, car s'étant enfermé dans un château (celui de Meung) avec quelques-uns de ces gens, le prince commanda qu'on y mit le feu, et comme ils se précipitaient par les fenêtres, les fit recevoir sur la pointe des dards et des épées »

Ce récit de Mézeray est bien plus court dans Henri Martin ; après avoir raoporté quelques-uns des hauts faits de la jeunesse de Louis VI, il ajoute : « Ce prince ne s'illustra pas moins » en prêtant le concours de ses armes à Téglise d'Orléans, op- » primée par le châtelain de Meung ; Léon fut vaincu et > tué ».

Ces détaîli rapides et qui n'appreonent rien aii regard du détenteur du fief de Meun^, ni nu regard de Tévècht'î d'Orléans auquel ce Oef a cependant appartenu en toute jouissance féodale, à la suite de cet événement, ce qui s'explique dans une oeuTre d'histoire générale, doivent recevoir ici plus de développements.

A l'occasion du privilège qu'avaient les évéques de se faire porter, au jour de la prise de possession de leur siège épiscopal, par quatre barons de leur mouvance, privilège sur lequel nous reviendrons avec étendue, nous avons recherché Fongine de ce privilège, et, plus pariiculitreraerit, l'origine de la pgs- -session du fief de Meung, dont Févêché d'Orléans a été in- Testi,

Ces recherches, qui intéressent rhisLoire d'Orléans, nous ont conduit à compléter cet épisode de la vie de Louis le Gros, et nous n'hésitons pas à les publier en ce moment.

Nous devons dès à présent désigner ces quatre baronies, sauf à ne nous occuper que de celle de Meung.

Le chanoine Hubert, dans ses Métnaires rnaniiscrits, pour êervir à Vhistoire d*Orléan$^ s'exprime ainsi :

< La mouvance derévêché,à cause de la Fauconnerie, était : tes paroisses de Sully, Meung^Pithiviera, Aschères-Rougemont, Haut-Villicrs, Nouan-le-Fusellier, Loury, Chamerolles et la Gorbillière. »

Il continue, à cause de Meung et h titre d'arriî^re-iiefs : € Cheray, Toury en Sologne, etc. »

Nous ne pouvons, en ce qui concerne le fief de Meung, adopter cette division des fiefs et arriL^re-liefs, désignée dans rétablissement de cette mouvance (1).

Cette affectation de diviser la mouvance de la Fauconnerie et de Meung en deux fiefs, et de les représenter comme ayant été, de tous temps, dans les possessions béiiéliciaires de l'évé-

fî) Nous usons ici des roauuacrits du chanoine Hubert, de Claude de Fonteooy, Extrait de l'histoire galhcnne, et de Jacques Bénit, «hânoîne de Saint Liphard de Meung, Dissertation sur un passage des annaUs de Nieote Gilles^ auquel est écrit que U roi Louii le G rot dùnna à Philippe^ son frète Udtardy la seigneurie de Meung,

ché, a pour conséquence nécessaire d'expliquer et de justifier le système adopté par Polluehe, consistant à prétendre que ce droit, dont nous venons de parler, de porter Tévêque était le résultat de Tinféodation des dépendances du bénéfice ou grand fief de la Fauconnerie.

Mais rien ne peut venir en aide à cette proposition ; il a pu se faire que, dès la fin du ix"" siècle ou au commencement du x^ siècle jusqu'au xiv^, il se soit passé quelques actes de donation ou quelques actes de confiscation, comme en ce qui touche le fief de Meung lui-même, dont Tévôché ait profité; mais il est certain que ce fief, d'où dépendaient tant d'autres arrièrefiefs, ne lui a appartenu qu'à la suite de confiscation.

C'est ce que pose en principe le texte de Mézeray qui vient d'être rapporté, et ce que disent plusieurs érudits très accrédités chez les historiens les plus attentifs.

Le chanoine Hubert, parcourant, suivant sa méthode, les lignées des seigneurs de Meung, nous apprend que cette sefgnerie, de 1026 à 1030, appartenait à Pierre, surnommé Mauregard, qualification caractéristique, dont le moyen âge usait largement, qui rend très vraisemblable le fait qu*on lui impute de s'être rendu coupable de félonie, cause de la confiscation du fief donné à l'évêché d'Orléans qui en devint le suzerain.

Ce Pierre de Meung était, dit-on, vicomte d'Orléans, et avait hérité ce titre de son père.

Passant à la quatrième lignée, Hubert nous apprend que Pierre Lionnet, seigneur et baron du Cheray, tenait en fief la terre de Meung, de l'évêché d'Orléans, sous le règne de Louis le Gros.

Il s'autorise, pour avancer cette proposition, du témoignage de Suger {Histoire de la vie de Lotus Vf).

11 prétend que la confiscation de ce domaine n'a pas été pratiquée sur ce Lionnet, mais sur Pierre de Meung, dit Mauregard, qui se rendit coupable de félrmio envers le roi Robert ; que Lionnet, possesseur à litre de vassal, par suite de la confiscation de l'évôché, s'étaut revoit»} contre l'évêque, « en élevant quelque prétention sur quelques domaines de la

châtellenie de Meuag^ comme étant le bien patrimonial de se ancêtres, » on usa des dispositions de rinstitution féodal^ pour enlever à Lioonet, mt^me la qualité d'usufruitier du Jîef» et pour en faire passer la possession entière entre les mains du seigneur suzerain.

C'est» d'ailleurs, ce que nous enseigne Claude Fontenoy, qu* qualifie, d après Suger, Lionnet dn Meung de vassal de l'évèque (dans son ouvrage De admtnistratkme)^ et qu'évidemment, Mézeray a consulté, il 8*exprime ainsi : € S*ètant enfermé dans flon château de Meung nu il a^était fortiOé, et dont il s*était emparé sur Tévêque, il y fut assiégé par le prince Louis, fils de Philippe I**, qui le pressa tellement, que, g'étant cnfeniié dans Téglise, il y périt avec quelques soldats qui 8*y étaient jetés avec lui ; le feu qu1l aurtiit mis au château se serait communiqué à Téglise, dont ils voulurent s'échapper et se jeter en bas» où ils furent reçus sur les piqucvS de leurs ennemis, de 1107 à 1120 ».

Si cette version, la plus sérieuse, est adoptée, l'entrée dans la mouvance de la Fauconnerie ou de l'évéché d'Orléans compte deux périodes; de plus elle a un double caractère.

Pierre de Meung a été dépossédé : de détenteur relevant du roi, il n'a plus été que l'usufruitier au regard de Tévêché, au profit duquel la directe lui avait été enlevée.

Pierre Lionnet ou Léonet de Meung, qui avait succédé à Pierre de Meung, perd à son tour l'usufruit et la qualité de vassal de Tévéché, et cela donne à la cause qui vient d'être rapportée un véritable caractère d'évidence.

Enfin révênement du combat continue jusque dans Tégltse aù plusieurs ont été tués, où de grandes profanations ont certainement été commises, reçoit une nouvelle juslification de cette circonstance que cette église a élé réconciliée par Jean II, évéque d'Orléans, assisté de Raoul, archevêque de Tours, de Gualon, archrvéquo de Paris, à leur retour du concile de Troyes, en 1104, au moment même où l'évèque d*Orléans, par la confiscation .sur Pit^rro Lénnet, recevait le complément de la confiscation laite sui" Pierre de Mcung,

Nous ajouterons à ces détails nilribués à la [lolitique de

Louis le Gros, désireux de se concilier Tinfluence du clergé et de lui assurer ramoor des populations, l'empressement très remarqué qu*il mît à se faire sacrer : cette solenaité eut lieu cinq jours après la mort de son père.

Il faut attribuer ces actes et cette précipitation à la turbulence à laquelle la mollesse de Philippe I*^ ayait habitué les hauts barons de la monarchie.

Jusqu'ici, datis ce qu*nn a appelé les peliles guerres de Louis VJj celui-ci avait agi plus en quah'té de prince héritier qu*en vertu de son autoriié particulière ; mais la répression des abus du pouvoir féodal, les désordres, les violences qui se commettaient chaque jour, lui imposaient le devoir de faire reconnaître cette autorité par la consécration qui lui assurait des droits incoiilestables.

Cette situation a été surtout signalée dans les guerres que Louis eut à soutenir contre Hugues le Beau, sire du Puyset, et Miles ou Milon de Brav, sire de Montlhéry.

Le Puyset, ainsi que son nom Findiqne, est une colline d'autant plus remarquable qu'elle estsituée dans l'immense contrée k plus parfaitement plane du territoire de la monarchie, près de la petite cité du domaine royal appelée Janville^ à 45 kilo* mètres sud-est de la ville de Chartres.

Montlhér}% à ll2 ttîlom êtres sud-est de Versailles et, par couséqucnt, sur la ligne directe conduisant d'Orléans à Paris, à 100 kilomètres de la première de ces villes.

Avant son élévation au trône par la mort de Philippe I*, Louis s'était servi du seigneur de Puyset pour réprimer la révolte du seigneur deMeung; mais son père avait été en guerre avec ce seigneur du Puyset, liîs de celui qui avait été rallié de Louis, et cette guerre avait été malheureuse pour le roi, forcé de lever le siège qu'il avait mis devant le Puyset, et qui, attaqué par ce vassal en pleine campagne, avait été mené battant du Puyset à Orléans.

Hugues le Beau, qui semble avoir été le fils d*Ebrard, Tennemi dp Philippe F% pillait faut le voUinage^ délrotmsaU les passants et tp'annmiit les ecclésiastiques ; il avait été excommunié par révéque du Sens.

G est à celui-là que Louis VI fit d*abord la gueriTi il prît le château du Puyset, et retiot prisonnier Hugues le Beau dans la tour de Château-Landon.

De leur côté, les seigneurs de Mootihéry, après avoir renouvelé contre Louis VI une conjuration appelée le ligue des BaranSy allaient jusqu'à menacer non seulement le domaine du roi, mais Tautonté royale elle-même; cette conjuration avait pour but de renfermer le roi dans les territoires de Paris, d'Orléans, d'Élampea et de Senlis, c'est-à-dire de transformer le domaine royal en un bénéfice sinon moindre que les bénélices qui Tauraient entourés, au moins n'ayant ni plus d'étendue ni plus d'inEuence que les bénéfices des autres tenanciers.

Le roi soutînt ces attaques en justifiant par son activité, son intelligence et son courage, les noms à'Émiîlé et de Baiail* leur en attendant celui de le Gros^ qu'on lui donna plus tard.

Il n'est pas nécessaire de rien ajouter à ces détails se rattachant à de^ causes d'alliances et de fiançailles royales rompues, el d'une telle importance qu'ils nous éloigneraient de la ville d'Orléans; nous avons rappelé ces événements comme inséparables, par leur voisinage de cette ville, de tous ceux qui ont dû l'intéresser et même l'atteindre.

Nous avons dès à présent et désormais, bien autre chose à penser que de nous attarder a des faits d'armes d'un ordre aussi inférieur que ceux des temps passés ; le xn' siècle nous 'met en présence d'un bien autre spectacle*

Nous avons déjà signalé le mouvement ascensionnel de la nation et des grands eux-mêmes vers la civilisation,

La vie politique qui n'apparaissait qu'aux extrémités du royaume, parles alliances qu'y contractaient les familles prîncièrcs et les institutions dont les grands tenanciers prenaient l'initiative, reflue vers le centre, Orléans et Paris.

On a attribué cette renaissance à Louis VI, qui fit asseoir la chevalerie sur le trône et en réalisa les préceptes la lame au poing.

Sans vouloir diminuer le sentiment de haute estime que mérite ce prince» nous devons dire que le germe de ce retour

à la civil iâation était déposé « avant liit^ dans Tespril dos peuples et des princea eux-mêmes.

Ce mouvement aboutit à rinstitiitioti CommunislCy mot qui a changé d'acception et même de sens dans le langage du xjx" siècle, mais qui, alors, en avait un national et digne de respect.

11 est dû aux institutions religieuses qui Tont préparé et propagé. Les réglemeutaLions des monastères, rinstitutton des bénéflces séculiers accordés aux évècbés et remontant au XI* siècle, et bientôt après les commandats, inspirèrent aux corps de métiers qui, dès celte époque, se composaient et dans certaines contrées, particulièrement les contrées industrieuses du Nord, prenai«^nt une grande extension, Tidée de l'association et aussi lïdée d'une réglementation commune.

D'uo autre côté, le clergé introduisait, dès avant ce temps^ le registre de Vélat civil ; par le registre du baptême, il substî* tuait ce registre à la taille sur laquelle le seigneur tenancier marquait par une rainure, dont le double restait entre le mains du casati^ le nombre des enfants et le nombre des bestiaux nés dans la métairie.

Cet acte du clergé venait lui-même du droit romain, censé- j quence de Tétude des Décrétales et du droit canonique (1).

Ce mouvement régulateur des affaires de rintérieur des

(1) Lea actes de Tétat civil, par lea actei de baptême, doivent re» monter aux premier» jouri de la primitive égliae.

Les diacres ont du m trouver daoa l*irapéri©u«e, dans Tindispenoable nécessité d'adopter cette méthode de séparer la famille chrétienne, des antres familles p a je ânes, juives et achiamatiqueâ ; sans cela ils auraieat coafoadu le boa grain avec l'ivraie.

La loi romaine^ qui remontait aux plus anciens jours de la fondation de Rome semble tenir plus de Tuiagd que de la législature proprement dite, cependant on la voit pratiquée en vertu de cotte néceseîté à laquelle î'inatiQct le plus ordioaire a donné satiefactioti ; mais, c'est surtout au clergé catholique que cette institution est due, et ftU|iuel Tord 0 nuance do Vill ers Cote retg (1539), Ta empruntée.

Juflque-lft les registres des paroisses et la preuve testimomalo étaient lea éléments pour constater Tétat civil des roturiers.

familles, d'abord le plus rudimentaire, 8*étendit dans les villes commerçantes, où déjà la famille s'organisait par radopUon du nom de son chef; au le sentiment de transmettre le fruit de son travail à ses enfants inspira de se soumettre aux actes de Vétat civil dressés par le clergé^ et à l'ordre apporté par les institutions religieuses dans l'administra lion de leur richesse : la tyrannie féodale fit le reste.

Pour que ce germe d'un ordre nouveau se développât et arrivât h son complet épanouissement, il fallait un ordre légal; pour que ce bien, commun par lassïociatioo et particulier par !a famille, prospérât, il fallait qu*il fût administré, et par conséquent, il fallait le soustraire au caprice, h l'arbitraire et à la rapacité du maître féodal; il fallait fonder des institutions qui assurassent la liberté de tous.

Ce furent ces combinaisons diverses, mais dont la réalisation dépendait de garanties nouvelles, qui amenèrent le mouvement communiste.

Nous n'avons pas à. nous occuper de ce mouvement, nous devons nous borner à rendre compte de ce qui, à ce sujet, s'est passé dans la ville d*Orléans, et à mettre fin à une erreur historique qui s'évanouit devant les actes les plus authentiques.

Nous avons dit, en traitant de Vadministration municipale sotts Vadministration romaine ^ qu'il était plus que douteux que jamais elle eût été établie dans la Gaule centrale et, en particulier, à Orléans-

Nous verrons cette proposition adoptée par les autorités les plus illustres et les plus compétentes.

Et, cependant, en ce qui touche le mouvement communiste qui aurait éclaté à Orléans, tous les historiens, sans exception, ont adopté cette erreur et l'ont propagée.

Pour le moment, nous arrêtant à Henri Martin, nous reproduirons ce texte que nous rencontrons à la page 264 du troisième volume de son lli^toii'e de France,

« Rien n'est moins toudè que Tupinion vulgaire qui a fait de Louis le Gros le fondateur drs communes (ici l'auteur critique le préambule de la charte de 1814, où cette proposition est avancée).

» Il ne chercha pas, systémaUquemeot, à propager les com* munes chez les autres et n'en voulut pas chez lai.. . Le régime communal ne parvint donc pas à s'implanter entre Seine et Loire ; nous verrons plus tard les efforts malheureux d'Or* léans >.

Ici et dans ses derniers mots, l'auteur commet une erreur qui tient h ce qu1l ne connaissait pas les documents qui vont être rapportés, méconnaissance partagée par les autres historiens.

Ceîa peut, aussi, s'expliquer par les préoccupations de certains penseurs qui, en haiuedes institutions de lancien régime, les englobent dans la même réprobation, préoccupatioQ dont îl faut se séparer et même à laquelle il faut être inaecesaible quand on accepte la tâche d écrire rhistoire.

Passant rapidement sur le règne de Louis VI, dont les acte» nous intéressent peu, quelles que soient les intentions généreuses ou égoïstes qu^on lui suppose, examinons ce qui sVsl passé à Orléans, ville à laquelle on a attribué l'intention de se constituer en commune.

C'est à Suger {Hisloria Frmicorum), le ministre de Louis VI et de Louis VII, que nous devons la révélation de ce fait, trop légèrement accueilli.

A cet auteur succédèrent Duchesne (Quercetanus)^ cet auteur très abondant écrivait au xvii" siècle, Augustin Thierry el Henri Martin (1),

La situation de Suger est le seul argument par lequel on peut expliquer runaniraité des adhésions données au texte attribué k cet auteur ; cependant M. Guizot a tellement hésita j qu*on ne peut le réunir à ceux qui viennent d'être nommés.

(l) Dans le volume VI de la sixième eéria de la Retme des SociSih $aiMin$€Sf M« Anatole do Bartliélemy, membre de riostîtut, appréciant on mémoire que nous avons publié dans le XVI° volume des Mê^ moires de la Société d'Agriculture^ sciences et arts d' Orléans ^ s'exprime ainsi : t Sur le simple récit de Suger, Augustin Thierry, Henri Martin ont aÛirmé que la commune fut éliiblie inaurrectionaelloment à Orléans, et presque aussitôt abolie; M. Bimbenet, par une étude attentive et judicieuse rétablit les faita dans leur véritable jour, etc. »

Voici le texte de Suger : i Louis VU, ayant appris la mort de son père, fortifia les villes et les châteaux du duché d'Aquîtaîûe, et pour s'opposer au brigandage des pillards et aux complots des factieux, il se hâta de revenir en France; Tenant donc à Orléans, il arrêta la sédition de quelques-uns des habitants de cette ville, il humilia énergiqucment l'orgueil de ceux qui, sous prétexte de sa commune, s'étaient élevés à cette témérité, qu'ils en étaient arrivés jusqu'à l'insurrection contre le roi {qui sub obtentu cammunilalis in taniam prmsumptionem elati, quasi contra regem insurgere videbantur), qui, irrité, livra les chefi de cette audacieuse entreprise k la justice, afin qu'ib fussent punis par une vengeance en rapport avec le crime (ultioni condignœ tradidit puniendos). »

M. Thierry s'exprime ainsi : c A Orléans, l'organisation urbaine était analogue à l'ancienne curie pareillement immémoriale; ily avait dix prud'hommes administrateurs, jugesélu» annuellement par les bourgeois, t II ajoute en note : • Il n'est pas douteux qu'Orléans eut un municîpe ; l'événement de 1137 ne se borna pas à une simple sédition, à un essai promp* iement réprimé, mais la commune fut constituée et presque aussitôt détruite. »

M. Henri Martin vient ensuite: t Les habitants d'Orléans se soulevèrent et jurèrent la commune entre eux, ils ne purent toutefois ou n'osèrent tenter de soutenir un siège contre le roi; Louia entra, sans résistance, dans Orléans avec ses chevaliers et Rt mourir de malemort les chefs de ta rébellion, disent les Chroniques de Saint-Denis. •

t Des concessions successives apaisèrent les ressentiments des Orléanais, si durement traités. >

Nous avions bien raison de faire remarquer que ces récits , réfléchissent les sentiments politiques de ceux à qui ils apparliennent.

Le texte de Suger se borne à dire que le roi humilia l'orgueil des chefs de cette conjuration^ et qu'ils furent livrés à la justice pour être punis comme ils le méritaient.

M. Thierry, qui avait adopté les opinions libérales de la révolution de 1830, croit à la constitution déûnitive de la

commune, bientôt détruite, et à une puaition dont il ne déteroiine pas le caractère.

Et M. !Ienri Martin, qui professait les principes d'une déino-T cratîe radicale, en haine du système monarehique, veut que leaj révoltés nient succcomi)é sous le glnivc des chevulien* du rai, et qu*ils aient péri de makmort (1).

Heureusement, il n'y a rien de vrai dans tout cela.

Nous possédons dans les archives de la ville, au eartulairel 11,988, une charte de 1137^ accompagnée de deux traductions,! Tune du xiii* siècle» l'autre du xv' siècle.

Nous voyons dans l'ouvrage de Thaumas de la Thaumassière, intitulé: Coiistumes du Beauvoisis, assises et bot usages du reyaulme de Jérusalem et attitrés coustumcs^ une autre traduction de ce texte que ce savant dit au chapitre des anciennes coutumes d'Orléans, être • ti7*ez d'un livre eii ; Veslain écrit environ fan 1260, communiqué par 3f. Prousti^ de Chambourg, conseiller du roy^ docteur et professeur en droits à rUniversité d'Orléans. »

Nous sommes donc en présence du texte de cette charte

(l) Symphorieu Guyon semble no pas adopter, dans son eotier, la récit emprunta aux Chroniques de Saint^Denis : t En Tannée 1137, dit-il« arriva dant Orléans une fâcheuse sédittou par la prélentioa de quelques habitanta, lesquels, sous prétexto du droit de commune et de Wurgeoisie, s'attribuaient des droits qui ctioquaieet Vautorité royale,.* Le roi, passant par Orléans^ apaisa cette sédition par sa présence et par soQ autorité^ faisant châtier les chefs et principaux auteurs de ce soulèvement, i»

Puis il commet cette erreur historique en ce qui concerne Orlêamt^ par ce qui suit ; « 11 n*y a rien que les habitants des villes conservent, avec tant d'ardeur que leurs droits, privilèges ot coutumes, » Et it cite la révolte des babitants de Sens qui eut lieu dix ans après celle qui aurait eu lieu à Orléans.

€ Les habitants de cette ville ont, dit-il, tuô cruellement Herbert, abbé do Saint-Pierre-le-Vif, gL le roi, en punition de cet exécrable homicide, fit précipiter une partie des meurtriers du haut d'une tour, a

On voit ici deux choses très différentes de ce qui s'est passé à Orléans ; Sens n^élait pas dans le domaine du roi et la répression a été de la plus extrême sévérité*

de H37, éclairée par ces traductions qui se contrôlent réciproquement.

Cette charte appartient donc h l'année môme où les Orléanais se seraient révoltés, et où le roi revenant, de l'Aqnitaine (du Poitou) en France^ les aurait sévèrement châtiés ; le texte, en ce qui touche le millésime, dit: « De notre règne le V*: • {Mitlesimo centesimo iricesimo septimo regni nostri quinio).

Première traduction : < Encores nostre père à la Pasque prochaine devant sa mort avait otroié que il (hii) ne ses sergents, nulles mains mortes ne requeroient qui devant sept ans arriéres trespassez avandroient et nous, iceque nostre père avûit ûtroîé en rémission de son âme, otroîames. t

Deuxième traduction \ « Item nostre père h Pâques preuchiennes avant sa mort avoit concédé que luy ne ses sergiens ne requerrient aucunes main mortez qui fusaient avenues avant sept ans, dernier passez, et nous cclla mesmes ainsy comme nostre père Tavoit concédé pour le remède de son âme, leur avons concédé. »

Texte de la charte : < Item paier noster in proximo Pmcha anie mortem 5ua?n, concesseral quod nec ipse nec servieiites 8ui aliquas mortuas maniis requircreni que anle septem annos retroactos evenissent^ et nos hoc idem sicut paier noster concesseral pro remedio anime ipsim concesstmus, »

Première traduction : € Encore parce que notre sergent grevoient et raemboient les Lorjoîs, pourceque à la mort nostre père, que ils avoient accoustumé jurée (juré la commune), et Il borjois juroîent que ils n'avorent pas ce fet; et nous i ce plet laissâmes tout ester einsint que nous, ne nos sergens por ceste chose, riens daux ne requerrons. »

Deuxième traduction : t Car nos sergiens grevoîent les bourgoîs et les ranssonnoient en leur imposant que à la mort de nostre père ils avoient ensemblemeot juré communauté, mais y ceux bourgoîs nous ont jurez qu ils ne Tont pas fait, pour ce de tout en tout i celle oclasîon avons delaysée que nous, ne nos sergionsj pour cest octasion ne leur requerront ne leur demanderont plus aucune chose. »

Texte de la charte : < item quia servie^Ues nosiri burgemes

gravabant et redimebant, imponentes eis quod in morte.^ patris nostri communiam conjurasseni, ipsi burgenses hoc 7wn fecisse nobis Juraverunt et nos oclasionem illam penitus dimisimm ut neque nos neque servienies nostri amptitts aliquid ab eis pro hac octasione requirant, »

Ces passages de la charte dé^ndent la question agitée ici, de savoir si, en effet, la ville d'Orléaos, à la mort de Louis VI, se serait révoltée contre Faiitorité de Louis VU, et s'il est venu à Orléans combattre ot châtier les coupables.

En premier lieu, on remarquera que la ville d'Orléans étaîtj dans le domaine du roi ; que tous les béncfices répandus dans] la ville et dans ses environs par la munificence royale avaient été accordés à des institutions religieuses, et nous avons fait déjà remarquer que le vasselîige et la ser\itude agricole et uibaine, dans ces conditions, étaient affranchis de la dureté du vasselage et de la servitude des bénéfices ou fiefs séculiers, et, d'ailleurs, qu'il en était ainsi dans le domaine du roi.

Cette proposition est irtcontesLable; les insurrections communièrcs étaient inconnues dans ce domaine : loin de là elles tendaient toutes à soustraire les habitants à rautoritô des suzerains et à les placer sous l'autorité du roi ; la qualité de bourgeois du roi était le signe de raffranchissement du servage féodal.

Ajoutons que, partout où cet acte de rébellion a eu Heu, la répression était suivie du dernier supplice ou de la peine de Vessii ou bannissement pour les coupables, et pour les villes de la suppression de tous les privilèges et de toutes les fran» chises.

On voit ici le contraire se produire.

La charte fait connaître lexistence d'une lutte engagée entre les officiers du roi et les habitants, les premiers s'étant opposés à la révolte organisée par les seconds ; et loin, cependant, que ce soient les habitants qui succombent dans cette lutte, ce sont les officiers du roi sur qui tombe tout le poids de rindignution royale.

Et d'ailleurs le texte de la charte n egt-il pas en contradiction manifeste avec le récit adopté par les historiens?

Le môme souverain s'exprime dans cette charte, indépendamment des termes pleins de bienveillance et des dispositions généreuses sur lesquelles nous allons insister, et dont elle est remplie, comme s'il entendait parler pour la première fois de cette révolte qu'il venait de détruire et de châtier. Il faut opter entre ce texte et le récit : La charte est c in nomine Domini; » elle est donnée aux bourgeois d'Orléans pour « hoster les grevences de la ciU des coustumes ou imposts qu'elle avait à supporter (pro gra* lancina cimtatis auferrendo).

Le roi s'oblige envers les habitants à ne rien changer à la monnaie d'Orléans (un hôtel de monnaie avait été établi à Orléans, ainsi que nous l'avons vu, par Charles le Chauve) : c Nous avons concédé, dit-il, que la monnoie qui couroit du temps de la mort de notre père ne sera point muée (changée), «t n'endurerons point qu'elle soit muée ne affaiblie > {et eam neqv^ mutari neque alleviari paciemur).

Il transforme cette faculté qui, on le voit, a précédé l'usage qu'en a fait Philippe IV, dit le Bel, en un impôt insignifiant: c Tous les trois ans, pour la rédemption ou le rachat d'i celle monnoie, nous prendrons de chacun muy de vin et de blé hiemal (1), deux deniers et de chacun meuy d'avoinne un denier, comme il se fesoit du temps de nostre père » {in tertio autem anno pro redempcione ejusdem monete de singulis modiis oini et hiemalis annone binas deniarios capiemus, etc).

Il défend à son prévôt et à ses sergents de prononcer une sentence et mémo de donner un ajournement devant lui sans son autorisation ou celle de son écuyer d'écurie :

(1) Nous avons déjà parlé de cette diatinction ; nous ne voyons pas d'inconvénient à la rappeler. Le blé d'hiver (blé méteil), hy berna-' gium, blatum hiemale ; le blé froment n'étant d'usage que dans la saison d'été (60 muids de seigle, contre 16 muids de blé froment, frO' menti modii 16^ mixtœ annone modii 60. — Co n'est que depuis quelques années que les paysans de la Sologne usent du blé méteil, ils ne se servaient que de farine d'avoine et de blé noir : panis ave nacense.

€ Nisi ex prœcepto noslro vel dapiferi nosiri submo^ neat » (1).

On voit, ici, se révéler la vérité sur la prétendue révolte des habitants, faussement dénoncés par les ofQciers du roi, et qui, pour détourner les reproches que leur adressaient les villes vexées par leurs déprédations et Tabus de leur autorité, accusaient, et alors il en était souvent ainsi, ces villes de conjurer une commune.

Pour prévenir le retour de ces accusations, le roi veut que toutes lui soient soumises, et qu'il n'y soit donné suite que quand elles lui paraîtront sérieuses.

Dans ce cas il veut que le bourgois d'Orléans soit traité avec douceur : < Se pour forfait ou pour quelsconquez cause nous les aiens submonété, se n'avéra voulu faire nostre plaisir ou n'avéra peu (ou n'aura pas pu) nous ne le retendrons point, se il n'avait esté surprins au présant forfait, > c'estrà-dire s'il n'était pris en flagrant délit.

Hors ce cas, l'accusé aura la licence de retourner et demeurer en sa maison, pour un jour [habeat licentiam redeundi et per diem unum in domo sua morandi). Mais aussi ce coupable, pour Tavenir, t tant luy comme toutes ces choses seront en nostre volenté » {deinceps autem tara ipse sicut omnes ejus res in nostra voluntate erunt) (2).

Ici l'arbitraire du prince absolu, du propriétaire du territoire et de tout ce qu'il porte reprend ses prétendus droits, mais ne semble pas avoir un caractère cruel, et ne pas se séparer, d'une manière absolue, de l'esprit bienveillant que

(1) La traduction du xiii« siècle traduit le mot dapifer par le mot sénéchal ; la traduction du xv« siècle, qui nous paraît préférable, par écuyer d'écurie ; le luxe dos rois, alors, était dans les écuries.

(2) C'est-à-dire soumis à telle amende qu'il lui plaira : in nostra voluntate, voluntas, synonyme do talia ad voluntatem. Dans ce cas et quand lo roturier, pour un fait coupable, était à la volonté du suzerain, colui-ci pouvait le soumettre à telle taille ou amende que bon lui semblait, et même y ajouter l'emprisonnement, Vessil, le bannissement et même la mort ; mais, ici, les termes de la charte semblent bien exclusifs de ces peines extrêmes.

respire la charte dans 3oa ensemble el même dans tous ses détails; au contraire, il accorde au coodatoué un jour pour qu'il mette ardre à ses aiïaires, pour embrasser sa femme, ses amis et, peut-être, pour se ménager un refuge qui le soustraie à la sentence prononcée contre lui.

Le roi défend à ses officiers et sergents T usage qu'ils avaient introduit d'avoir des espions qui dénonçaient les habitants des villes.

Ici, se manifeste, à la v«3rité, la crainte qu'inspiraient aux seigneurs féodaux les conjurations commuoiiiites, crainte que la ville d'Orléans ninspire pas au roi.

I Encore cooimaudumes nous à nostre prevost par aucun sergent de sa meson et aucun sentant de sa table qui sont appelés bedeaux et accuseurs et aussi écouteux, contre lucun bourgeois ne puisse fere nulle dareçon * {peraUqu&m de

' servientii/us suis de domo et mensa sua qui bedelU vel asciillaiores appellaniur contra burgensem alique nihil omnino ditracimiave possit) ; r'est-à-dîrc qu'il était défendu, à Taide de ces moyens odieux, d'intenter une accusation, le mot ratiotiare étant synonyme de liligare, plaider, agir en justice : in jure agere^

II continue ces témoignages de sa bienveillance par une concession qui a une pks grcande portée qu'elle ne le semble au premier abord; voici la disposition de la charte que nous devons transcrire avant d*en faire connaître le véritable sens.

Première traduction : t En aprez establismes que se aucun des bourgois, son sergent de sa maison et de sa table (ici le mot sergent est synonyme de servant ou serviteur) qu'il loerra, ferra ou le batte ra, que il n*en face uucune amende à nostre prevost. »

Deuxième traduction : c En aprez nous avons ordonné que rie aucun bourgois aura frappé {avec une courroie, une lanière }u un fouet ou bateu) son servant de su. njiusou et de sa table, pour cella ne fera aucune amende à notre prevost. »

Texte de la charte : < Prmterea cotislilmmîts lU si aliguis burgensis, servienkm suum de domo et mema 5wa, quem

ipse precio conducit, percusserii aut verberaverit^ ntUlam inde preposito nostro facial emendacionem. » On voit que les traductions vont, ici, plus loin que le texte, par les mots : loerra et ferra^ elles y ajoutent le mode qu*on pouvait em ployer pour frapper les serviteurs à gages.

Il résulte manifestement de ce texte que les nobles avaient le droit de frapper leurs domestiques de service, qu'il faut distinguer, dans le langage de ces temps, des domestiques ou gens admis à un titre familier quelconque dans la maison, et que les gens de service étaient obligés de souffrir sans se plaindre devant le prévôt du seigneur, des mauvais traitements qu'ils auraient éprouvés.

Qu'à la différence des nobles, les roturiers bourgeois qui avaient des gens de service ne pouvaient les frapper qu'à la charge de la punition d'une amende qu'ils payaient au prévôt.

La différence était telle entre un noble et un roturier, que rien ne devait les confondre ou même les rapprocher, tandis que, au contraire, la classe roturière conservait encore quelque chose du caractère du servage, et qui, si elle était distincte de celle-ci, n'en restait pas moins encore rapprochée à ce point, qu'elle n'avait pas les mêmes droits sur les classes de la domesticité que les nobles.

La charte de 1137 anoblit donc, dans une certaine mesure, les membres de la bourgeoisie ; désormais, les gens de service chez les bourgeois pourront être frappés par la lanière, loerra^ ou par le bàLon, ou par le poing ou le pied, et ils n'auront aucune action pour réprimer ou même prévenir de pareils traitements.

De plus, le roi fait le sacrifice, au profit des bourgeois d'Orléans, de cette partie fiscnle de son trésor.

Enfin, le roi affranchit les bourgeois du droit de mainmorte.

Nous avons rapporté cette disposition de la charte qui nous semble exiger un certain commentaire, c'est pourquoi nous nous croyons dans la nécessité de la rappeler de nouveau.

Elle a été ainsi traduite au \y^ siècle : t Nostre père à Pasques prochiennes, avant sa mort, avait concédé que lui ne

scfi sergiens ne requerrienl nucunes lUîiins mortes qui russicni avenues avant sept ans dernier passés ; el nous ceiles mesmes ainsi que noslre père Tavait concédé ponr le remède de son âme, leur avons concédé, «>

Cela veut-il dire qu'il remet seulement le droit de main morte pour le temps de sept années écoulé avant la mort de son père, el au jour de Pâques qui a précédé celte mort, el qui! donne un effet rétroactif à rabolition de ce droit, remontant à sept ans au delà de ce jour de Pûques ?

Ce texte nous apprend que le droit d*amorlissemcnl, contrairement h. ce qu*ont enseigné quelques feudisles, conformément à l'enseignement de Denizart existait avant Tordonnance de saint Louis {V2^\).

Le roi remet aux habitants d*Orlôans le droit de main morte, c'est-à-dire le droit appelé amortissement que mut homme ou tout éiablissomenl et inslilution de main morte devait an roi, alors que celui-ci permettait à un seigneur de fief d'en aliéner une partie plus ou moins considérable.

Ce droit d'accensement était la conservation du vasselagc, le îîgneur cerisier n'ayant pas, par Vaa-etjsemenly le droit de diminu«*r le nombre des vassaux du roi, et aussi son domaine.

Cette cbarte avait h) caractère d'une véritable manumission.

Le vassal censitaire, dims le domaine du roi qui renonçait son droit de main morU', devenait libre.

C'est ainsi que Louis Vil préparai! en 1 137, pour les habitants d'Orléans, Tacle d'affranchissement que Philippe-Auguste, son fils, d'accord avec lui, rendit définitif, par Tédit de 1180,

El si mainterianl, on revient au récit de la révolte attribuée aux habitants d'Orléans, on trouvera la charte rédigée et publiée h son occasion, tellement incompatible avec ce récit quil faudra nier le fait lui-même, ou rauthenticité de cet acte.

A la négation accompagnée de serment, le roi n^aurait pas

manqué d'opposer ce que, lui-même, savait aussi bien que ses

%'âssdux qu'il venait de combattre et dont il avait fait punir du

dernier supplice les plus coupables, il n'aurait pas rédigé et

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