‹ Histoire de la ville d'OrleansChapitre 25 sur 59 · IX · texte numérisé non relu

IX

publié cett<^ charte donl rauihenticité n*a jamais élé doitleusr, empreinte desâciiliinenU les plus afteclueux et rcsmplie des corcessions les plus libérales et les plos généreuses.

Et, cependant, ces habitants auraient été de ceux que le roi aurait réprimés ; le roi : le souverain irrité qui aurait fait emprisonner les uns et mourir de mÛle mort les autres.

Les habitants n'auraient pu tenir le langage que la charte rapporte, et le roi n*aurail pu Tentendre.

C/cst sans doute en considération de ce rapprochement que

M. Guizot s'exprime ainsi à ce sujet :

« Cette ville d'Orléans est, sans contredit, une de celles qui

ont le plus constamment adhi'TA à lu couronne et lui ont donné les preuves du plus fidèle dévouement ; et, pourtant, elle n*a jamais été une ville commune, une ville à peu prés indépendante ; elle est toujours restée sous l'autorité des officiers royatix, investie de priviK-ges précaires; cl c^sl uniquement d la faveur de ces privilèges que se sont progrès* sivement, développées sa population, ses richesses et son importance. »

Enfin, s'occupanl plus spécialement de Tévénement prétendu de l'année 1137, il représente ce qu'on a appelé une conjuration de commune, comme une simple émeute, résultat de quelques ordres donnés par le roi, qui éveillèrent la susceptibilité des bourgeois, « auxquels ces ordres paraissaient une violation de leurs privilèges, mais qui ne détourna en rien Louis le Jeune de suivie la tradition de son père. «

Nous avons longuement insisté sur cette partie de Thisloire d^Orléans, parce qu'elle est d'une très grande importance et parce qu'étant défigurée par les historiens les plus illustres, noire humble plume, dans une telle circonstance, ne pouvait trouver assez d'argunienls pour soutenir une lutte dans laquelle elle eût élé trop inégale.

Nous devons nous arrêter encore à ce règne et sur un de ces événemenls mémorables qui Tout signalé et qui s*est accoraplî dans une ville du voisinage d'Orléans.

Les pénibles succès de la première croisade avaient mis les

vainqueurs dans une situation li^llement précaire qu'elle appelait de puissants secours.

Les monarchies occîdeutaleg se trouvèrent engagées, en Tannée liOl , h se liguer une seconde fois afin de venir en aide au nouveau royaume de Jérusalem.

Nous ne devons mentionner cette seconde croisade que pour expliquer ce qui s>st passé à Tégard de Louis VII, après les événements qui sy nUlochent et qui vont être rappelés.

Au cours de Tannée 114U-M41, une querelle survint entre le pape Innocent II et Louis VU ; il s'agissait depuis longtemps déjà de la grande controversée des îtwestîtures.

L*archevèqne de Bourges étant mort, le pape nomma, eontrairement au choix que le roi avait fait, un successeur h ce prélat.

L'archevêque nommé par le pape ne put prendre possession de son siège; Louis VII lui avait fait fermer les portes de Bourges,

Obligé de chercher un asile sans quitter les terres de son diocèse métropolitain» il s'était réfugié sur celle que le comte de Champagne possédait dans le Berrj\

Cet acte parut au roi uu défi que le prélat lui portait ; de son coté, le pape excommunia le roi.

Le comte de Vermandois avait épousé la sonir du comte de Champagne : Louis Vil Tavait déterminé h faire, pour cause de parenté, annuler son mariape afin qu'il pût épouser la sœur cadette de la reine Éléonore ; il voyait, dans ce mariage, une alliance politique qui lui donnerait une grande sécurité contre les attaques dont la royauté était alors sans cesse menacée.

Le comte de Champagne s'irrita contre le comte de Vermandois du mépris qu'il iaisait de sa scpur et de la ronduiif du roi ; il se plaignit au pape, et le pape excommunia le comte dn Vermandois.

Une guerre éclata entre le comte de Champagne et le roi, elle se fil comme on \n fera toujours, le roi ravagea la Champagne.

C*esl à cette occasiiu» qu':irriva TiuciMidie ile Téprlisp de y Unj'le- Français qui en prit 1*- nnm de yilry-!e-!iri)h\

Cette cruelle action ne larda pas à inspirer au roi de vifs remords ; la croisade était alors Texpiation adoptée par rËglise de tous les crimes et ipéme de tous les péchés commis par les grands et par les humbles du monde chrétien.

Le roi se réunit au pape dans le choix qu'il avait fait pour le siège de Tarchevôehé de Bourges; les excommunications fulminées contre le roi et le comte de Vermandois furent révoquées et Louis VII organisa la troisième croisade, qui était devenue possible par suite du secours que la seconde avait apporté à la première.

Éléonorc, sa femme, voulut l'accompagner ; le départ eut lieu en Tannée 1147, et en Tannée 1149 le roi revenait après avoir échoué dans cette entreprise.

Tous les historiens de la croisade ont révélé la conduite licencieuse de la reine pendant son séjour en Orient, la division qui s'introduisit dans le ménage royal et la nécessité non seulement d'une séparation, mais d'une annulation de mariage ; ce serait une bien vaine témérité que de revenir sur tous ces faits, mais il existait naguère encore de grandes obscurités sur certains points de ce grave épisode.

Nous nous bornerons à introduire ici quelques éléments propres à les dissiper.

Nous les emprunterons h un mémoire lu à la Société d'Agrigriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts qui l'a inséré dans ses volumes, eu résumant ses principaux passages.

Sous ce titre : Le divorce de Louis VII et d'Éléonore d* Aquitaine, l'auteur (1) a principalement examiné et discuté le degré de parenté, seul motif apparent de la poursuite du divorce, qui aurait vicié, jusqu'à le rendre nul, le mariage contracté entre eux ; et le véritable millésime de la délibération du deuxième concile, réuni dans la petite ville de Beaugency, qui a prononcé cette senl(»ncc.

Enfin, il discute les cousé(|uences de cette annulation et la responsabilité morale cl, surtout, la responsabilité

(1) M. Guerrier, professeur au Lycée d'Orléans, vol. des publications de la Société.

•politique encourue par Louis VII en la provoquant et en Vob- ^tenant.

Il fait remarquer qu'en droit canonique la prohibiLioa du mariage pour cause de parenté s'étendait jusqu'au septième , quoiqu'eii droit séculier elle s'arrêtât au quatrième inclusivement.

Qu'à cette époque alors qu'on voulait empêcher un mariage ^ou le dissoudre, on objectait ou on invoquait la parenté, f Dans le chapitre De la véritable cau^e du divorce, l'auteur étudie les anciens écrivains qui, dans l'intérêt de la grave ËMiâsemblée convoquée et réunie h Beaugency, veulent démoo- ^(irer l existence de ce lien qui unissait les deux époux avant leur mariage et le déclaraient incestueux.

Il reproduit les généalogies qui élaient au nombre de quatre* Nous devons nous borner, ici, à recueillir les résultats de ses Krecherches.

H Ces généalogies, malgré les variantes qui atténuent leur im- ^portance historique, ne se composent que d'un seul élément de parenté j produit d^alliances contractées depuis Hugues Gapet, dans la ligne maternelle de Louis VII, et dans la ligne paternelle de la reine Éléonore, femme de ce dernier, depuis Guillaume IV d'Aquitaine, dit Fier à Bras ou plutôt Fer à Bras^ Kifils de Guillaume 111, dit Tête dÉioupe,

Ces variantes dans les quatre ordres généalogiques conservés par les historiens, mais sur lesquels ils n'ont pu se lettre d'accord, offrent des degrés de parenté alternant entre le sixième, le cinquième et même le quatrième degré.

C'est donc avec la plus grande apparence de raison que

l'auteur fait remarquer le peu de confiance, au milieu de l'in-

bertitudo de ces descendants, qu'inspire la sentence du concile

lîeaugency, étant très difficile d*adopfer une seule des

es sur lesquelles peut reposer cette solennelle décision.

Cependant nous ne pouvons adopter, d'une manière absolue^

"fetLe opinion.

On varie, il est vrai, sur la chronologie et les noms des |ueux des deux époux ; mais ces hésitations sont toujours renermées dans le cercle de l'anathème prononcé par l'Église.

Quelle que soit la géiiéaiogie qu'où adopte, on retroure toujours les époux parents au degré prohibé» quel que soft ce depré.

Si on présentait une généalogie en dehon* de ce eerelc, on pourrait hésiter; or on n'en présente pas, et alors le doute n*est permis que du plus au moins, mais le reproche est toujours fondé.

L'auteur du mémoire aborde, bientôt^ la question de I& date du concile ; il nous apprend qu'un désaccord s*est élevé à ce sujet entre les historiens; ce millésime, qui n*a de véritable intérêt que pour le rapprochement qu'nn en fait avec le second mariage de Louis VIL flotte entre Tannée 1151 et Tannée 11S3; il démontre d'une manière qui nous paraît péremptoire et particulièrement parla mort de Sugerqui eut lieu en Tannée 1 1 51 , que le concile de Beaugency n a pu être célébré qu*au cours de cette année,

Louis VII n'épousa donc Constance, princesse de Castille, que deux ans après la dissolution de son premier mariage.

Ici se présentent ces questions : cette reine fut-elle mariée et sacrée à Orléans? en quelle église et par quel prélat?

Malgré toutes les considérations qui s opposent, même en se reportant à cette époque, à ce qu'on croie qu'une princesse étrangère ait pu venir, même sous la garde d'un Prélat français, ae marier en France, il paraît qull en fut ainsi.

Au moins tous les historiens s'accordent sur ce point, mais ils sont en désaccord sur l'église dans laquelle cette solennité eut lieu.

Delà famille de la princesse l'accompagnant et qui ait assisté à cette cérémonie, de la suite qui a du lui faire cortège et venir de la cour de Castille à la ville d'Orléans, il n'est pas dit un mol.

Et cependant ce cortège a dû être imposant et frapper les populations par le nombre et la magnificence,

11 a dû d'autant plus en être ainsi, que non seulement on dit qu'elle a été mariée, mais aussi sacrée dans cette modeste église.

Ces réflexions qui ne sont venues à TespriL d'aucun de nos

prédécessf'urs nous sfnibleni, cepeiiJîiût, aulûriser un grand doute sur celte partie de leyrs récits.

Mais nous ne pouvons que manifeslerle nôtre et nous incliler dcvaiu des affiruialiuris utianltiies qu'il est impossible de combattre aujourd'hui.

Le secuiid mariage, au point de vue du but que se proposait le roi en le contrariant, n^avait pas été plus heureux que le premier ; il n'en T'iail né qu'une tille.

La reine Constance mourut en Tannée 1160, *^l, disent les historiens de ce règne : « Louis Vil, ayant toujours présente û Tesprit cette parole de Tapôtre saint Paul : it vaut mieux se marier que brûler, épousa quin/^e Jours après ce second veuvage Alix de Champagne ; privé d'enfants milles, il cjaignail que le royaume de Frauce ne cessât d'être gouverné par uu héritier du sang des Capets, >.

Celle (ois il n*est [«as question du sacre de celte troisième reine ; et s'il a négligé cette cérémonie pour ce dernier mariage il a bien pu la négliger pour le second qui ne se conlraclail pas dans des condiUotis bien favorables à une solennité aussi éclatante et, ordinairement, considérée comme Thi^ureux augure d\in règne qui commence.

De ce troisième mariage naquit un iils qui fut Philippe- Auguste.

Les règnes de Hugues Capet, de Robert, de Henri b'^ de Philippe I'^', de Louis VI et de Louis Vil, dont nous avons, en ce qui touche Thisloirc de la ville d'Orléans, rapporté les actes et les faits les plus considérables, ont été accompagnes d'actes el de faits d*un ordre moins élevé, mais qui n'en sont pas moins dignes d'une granje attention.

Nous avons décrit Télat intérieur et extérieur de la ville depuis les Mérovingiens jusqu'aux Carlovingiens, et depuis cette dernière race jusqu'aux Capétiens.

l^s règnes qui ont suivi celui de Hugues Capet jusqu'à Philippe-Auguste nous semblent avoir exercé plus d'influence sur les mœurs que sur l'état social proprement dit.

Les populations des villes se sont accrues, la bourgeoisie a pris un certain caractère social qui a produit une classe à t'éiat

embryonnaire, il est vrai, mais qui annonçai! déjà un irènement dont les nouveaux possesseurs du sol devaient se préoccuper.

Nous avons signalé cet état lorsque nous avons parié des biens allodiauxet des familles allodiales.

Nous avon^; montré la multiplicité des accensements et des sous-accensements, transformant les morcellements du bénéfice en possessions précaires, mais cependant comme portant une atteinte considérable à la puissance de la suzeraineté elle-. même.

Enfin nous avons vu que Tamortissement contenu dans la charte do 1137, affranchissant les hommes du domaine du roi et de sa justice, les faisait sortir du servage et constituait une société nouvelle, juxtaposée à celle des posse^eurs du sol.

C'est dans la ville d'Orléans que ces faits, si considérables qu'ils constituaient une véritable transformation des éléments de la conquête et des conditions du droit public barbare, se sont accomplis, et que, franchissant ce cercle étroit, leur influence s'eskt bientôt étendue au loin.

L'éloignement des grands tenanciers engagés dans les croisades constituait sinon un affranchissement de droit et de fait, au moins avait pour conséquence de grands adoucissements aux exigences du droit féodal.

Les dépenses nécessitées par le départ, l'absence, la mort qui laissaient le fief dominant entre les mains de femmes et enfants, ont dû produire les concessions qui ont développé les atteintes portées à ce droit.

Mais rétat mattTiel des villes et leur état moral ne pouvaient changer encore.

Sans doute, les écoles étaient plus fréquentées par les enfants de la classe roturière ; les monastères, plus assurés de protection et de sécurité, s'abandonnaient davantage à l'étude, après avoir perfectionné leurs réglementations: mais cette époque était plus celle du recueillement que celle de l'action ; et, cepandant, si nous examinons la société du x' au xii* siècle, nous voyons que, si le mouvement a été paisible et latent, il n*en a été que plus efficace.

Livrons-nous à cette étude dans la ville d'Orléans que i'on peut prendre pour le centre^ à cette époque, de renseignement des lettres, et suivons l'impulâion civilisatrice qu'elle lonne en visitant ses nioimments religieux devenus bientôt niûnuments de charité, tn suivant les progrès de sa police mtérîeure, et ceux de ses écoles.

Ainsi, après avoir vu ce qu'elle était dans les temps de sa monarchie primitive, elle nous oITrira le tableau de ce qu*elle est devenue eu traversant les cruelles épreuves auxquelles elle a été soumise et Faurore des grandes institutions qu'elle préparait h un avenir prochain.

ÉaUSES, MONASTÈRSS.

Le nombre de ces monuments n'a pas sensiblement augmenté depuis le règne de Charlemagne jusqu'à celui de Philippe-Auguste*

Nous avons eu, déjà, le soin de mentionner une petite église située extra tnuros^ sous le vocable de saint Chéron, nous revenons, ici, sur son compte afin de constater le lieu qu'elle occupait.

M. Lottîn, rapportant un acte qu'il place à l'amiée 997, sous Tépiscopal d'ArnauU P' et qui aurait consisté à obtenir du roi, Tautorisation de faire restituer à cette petite église des biens que certains seigneurs lui avaient enlevés, nous dit que cette église existait dans la rue de la Bretonnerie oîi fut depuis le couvent des Récollei^s.

Pour être exact dans Thiatoire de cette église, remontons à une époque bien antérieure à celle où les religieux appelés irêcollets se sont installés à Orléans, dans le voisinage de rVéglise de Saint-Chéron,

Ces récollets ne sont antres que des religieux de Tordre [des Cordeliers qui s établirent à Orléans au cours de l'année fl240.

Cet ordre fut soumis à une réforme disciplinaire assez radicale pour que ses membres se dispersassent» et pour que, alors qu'il fut question de le reconstituer, ou fîl une recolkction de

ces religieux consentant à adopter la. nouvelle règle (ju'on voulait leur imposer.

De là vient le mot de récollets sous lequel les anciens cordeliers, réunis à nouveau, ont été désignés.

Jusqu'à Tannée 1240, Téglise de Saint-Chéron resta un petit prieuré isolé, dans lequel on célébrait tous les ans, le 28 mai, la fête de saint Cauraunus, dont on a fait, par un caprice que nous avons peine à nous expliquer, le mot Chéron.

On voit que cette église, devenue la chapelle d*une institution religieuse dont nous nous occuperons lorsque nous serons parvenu au jour de son établissement, a été remplacée par rhôtel faisant le coin de la rue de la Bretonnerie et de la rue transversale mettant en communication cette rue de la Bretonnerie sous ce nom de rue des Récollets, et la rue d'Escures, hôtel aujourd'hui exclusivement destiné à l'habitation du général de la division militaire dont le siège est à Orléans.

M. Lottin place d'après Lemaire, ditril, à l'année 1001, la fondation par le roi Robert, sur le territoire suburbain au nord de la ville, d'un monastère d'hommes, sous rinvocation de saint Vincent.

Il ajoute que ce roi avait établi dans ce qu'il appelle son palais du Châtelet une chapelle sous le vocable de ce saint qu'il avait en grande vénération, et que cette chapelle prit plus tard le nom de saint Louis.

Nous avons vainement recherché la justification de ce que nous enseigne, à ce sujet, cet écrivain dans le seul auteur respectable qu'il cite, car il invoque, en outre, des autorités innommées qu'il désigne par ces mots : manuscrits sur Orléans^ imprimés divers, qui ne peuvent être pris en considération.

Pour nous, c'est à l'auteur le plus compétent que nous noua sommes adressé, Charles de La Saussaie, qui cite Glaber et Helgaud avec complaisance et qui consacre un paragraphe spécial (36 au liv. VIII) aux œuvres de ce genre, dues à la piété du roi Robert ; et nous voyons que, dans l'énumération de ces actes, il n'est en aucune manière question de ce monastère, dont on ne désigne pas l'ordre, ni de cette église qui, dès cette époque, aurait existé sous ce vocable.

M, Lotlin ajoute que, lorsque les moines se furent éteints cette église, à cause de sa situation» prit le nom de Saint-Vincontrdes-Vignes.

Mais d'une architecture des plus simples, avant sa restauration, il semble que cette chapelle, car elle avait alors peu d'étendue en longueur et ne pouvait recevoir iir» grand nombre de fidèles, était manifeslemeiiL peu couforme à la mugniOcence du roi qui en a déployé une si remarquable dans la reconstruction de Téglise de Saint-Aignan, surtout lorsqu*on attribue à ce prince une dévotion très vive pour le saint auquel il la dédiait (I).

Cependant M. de Bu2onnièrc% dont les études ont un caractère attentif qui leur donne un grand prix, s'exprime ainsi au sujet de la chapelle du Ghùtelet ; elle fut successivement dédiée à saint Etienne, h saint Louis et à saint Vincent.

Ainsi nous voyons que saint Vincent, loin d avoir précédé saint Lotiis^ suit ce grand roi, qui, lui-même, est précédé par saint Etienne.

Et comme Louis IX n'a été canonisé qu*en Tannée 1297, le nom de saint Vincent, au lieu de remonter^ pour cette chapelle, à la première année du xi* siècle, descendrait à un millésime bien postérieur à ce siècle.

M. Verguaud ne parle, dans les vocables de cette chapelle du Chàteletf que de saint Etienne; et de saint Louis, il passe saint Vincent sous silence.

Mais ce qui nous paraît singulièrement hasardé, de sa part.

(1) Oaaa soa ouvrage, parlant avec éloge de la restauration qui eut lieu, au cours des aouéei lB43-44t de cette église, M. de Buzonnière fait la descriptioa de ce c^u'elle était {intérieure ment ; ila'exprime aÎDai :

I M* Cartéroa, te jeuae et habile architecte à qui cette oeuvre a été coafiée, n'avait à aa disposition qu^ua vaisseau ingrat^ obscur^ écrasé; il se garda bien de le bouleverser. .» Les lignes circulaires étaient indiquées par les piliers de ta nef. i

Cette nef était fermée de chaque côté par des arcades plein cintre d'an asseji bel effet; en 1843^4I| on li prolongé d*nne arcade la nef, mais celte arcade, n'étant pas abaolament de la même étendue que le» autres, nuit i l*exiBemble de la ngavelle dlipoaitioû*

c*est qu'il fait marier dans celte chapelle, en Tannée 1160, Louis VII avec Constance de Gastille.

Lemaire fait, au contraire, célébrer ce mariage par Hugues, archevêque de Sens, dans Téglise de Sainte-Croix.

Il nous semble inutile d'insister sur cette diversité d'enseignement, après ce que nous avons dit plus haut à ce sujet.

Nous devons, cependant, faire remarquer que la version adoptée sur Téglisc de Saint Yincent-des-Vignes est empruntée à un ouvrage dû à Helgaud, moine de Saint Benoît-sur^Loire, mort en Tannée 1048, et qui est Tauteur de Y Abrégé de la vie du roi Robert {Epitome vilœ Roberti régis).

Cet ouvrage n'a été, il est vrai, imprimé pour la première fois qu'en Tannée 1577, et réuni à d'autres collections qu'en Tannée 1596.

Aussi, sans nous arrêter au mérite de Tœuvre qui n'a pas été exempte de critique, bornons-nous à dire que son ancienneté, le caractère des œuvres du temps auquel elle appartient, et surtout les remaniements que l'industrie du libraire lui a fait éprouver, permettent une défiance justifiée par le silence de Tauteur des Annales de l'Église d'Orléans, qui écrivait en 1615.

Si, poursuivant Tétude des faits intéressant plus la monographie que Thistoire proprement dite, nous voyons qu'en Tannée 1029, on répara l'église de Notre-Dame des Forges.

Déjà, nous occupant de cette église, lieu des solennités des diverses classes d'ouvriers dont la réunion générale, dans le même quartier, préparait leurs séparations en maîtrises et jurandes, nous avons expliqué par ces institutions nouvelles la chute des mots Notre-Dame des Forges, et nous avons aussi attribué l'adjonction des Ormes-Saint-Victor à cette circonstance du dépôt dans le sanctuaire de cette église, des reliques de ce saint, fort honoré dans la ville de Marseille, où elles seraient restées jusque-là.

On a expliqué diversement le don de ces reliques fait à la ville d'Orléans.

Examinons ce point qui, pour être réduit à un simple détail, ne manque pas d'un certain intérêt.

C'est en vain que nous avons interrogé les historiens anciens et modernes niir celle nouvelle ilènumiiialioi^ et {lîirlieuliêrement Symphorien Guyou (|ui, en sa qnnlilé de ciirri de vvUg |iarâkse, nous faisail esprn'r une rêyélation siitlslaisanle .sur cette cireonstanee.

Si nous eonsultons les recherches historiques sur Orléans, Qousy lisons : c 1029, le roi Robert fait relever les ruines de réglise de Saiot-Vietor d^OHéans qui avait été détruite lors du terrible incendie de 999, qui avait réduit la ville eu cendres.

Nous devons faire remarquer que Lemaire, sous l'autorité duquel ce texte est placé, ne dit pas un moi de 1 église de Saint-Victor; il ue parle de la rcsl.iu ration des églises après ce désastre que d'uue manière générale, et il attribue la restauration de ces monuments, qui alors devaient être d*une construction bien légère et Taeile à remplacer, à l'excellent évéque Amufphe.

Lemaire jiarle ensuite d'im autre inecodie de la ville qui aurait eu lieu en Tannée 1217, événement également mentionné par M. Lotfin.

Enfin ce dernier, à Tannée i^Wt, s'exprime ainsi : • Jean d'Orléans de Longueville. archevêque de Toulouse et évéque d'Orléans, consacre l'église Notre-Dame des Forgés de celte ville, sous le nom de saint Victor qui lui fut donné à cause de la translation des reliques du saîut martyr de Mai-scîlle.

L'auteur ne nous signale pas la source uù il a puisé ce renseignement, il renvoie aux ^nanuscriis sur Orléans, ious ceux qui existent.

Cependant Symphorien, qui, en sa double qualité de curé de cette f»aroiâse et en celle d'auleur de l'œuvre spécialement consacrée à Thistoire de TKglisc d'Orléans, devait <;n savoir tjuelque chose et qui était cerlaim-ment disposé à parler de ces reliques garde le silence à leur sujet et sur la cause des mots Saint Victor ajoutés à son vocable.

Ce n*cst que daus le registre du dernier curé de cette paroisse, M.Douvilîe, \ï\ûi\ï\c: Registre des fondations; offices et services que nous pouvons lire : • ISjuillel^ c*esUa première (è te de r Assomption, sous le titre de Notre-Dame des Forges/Cettc église

ayant été minée par les Anglais au siège de 1429, parce qu'elle était hors la ville, fut rebâtie, consacrée sous le titre de Notre- Dame-de-Saint-Victor, par messire Pierre, évoque d'Evreux, le 30 décembre 4624, en l'absence et avec la permission de messire Jean, évéquc d'Orléans, nommé archevêque de Toulouse.

» Et, quoiqu'elle ait été en partie ruinée par les calvinistes en 4687, elle a toujours conservé sa dédicace d'église de Notre- Dame et de Saint-Victor. »

Il n'est pas question jusqu'ici de cette translation de Marseille à Orléans, des reliques de saint Victor.

Le doute dans lequel on doit rester à cet égard s'accroit de ce qui a été écrit au sujet de ce vocable: < On répare l'église de Notre-Damc-des-Forges, les mots Notre-Dame-des-Ormes-Saini- Victor n'ayant certainement été donnés à cette église qu'à sa restauration, après le siège de 1429, àl'occasion duquel elle avait été détruite comme toutes les autres églises extra muras. »

Ainsi ces derniers mots, se référant par le sens du nom de ce saint, à la victoire remportée sur les Anglais, n'auraient désigné cette église que depuis et à Toccasion de la levée du siège.

Mais si les reliques disparaissent devant le grand événement, il semble, cependant, élre manifestement bien plus conforme aux usages des institutions religieuses d'attribuer ce vocable à la translalion de quelques reliques, tandis qu'il serait assez singulier (|ue eette pelite église, vouée au solennités religieuses de la classe ouvrière, où Jeanne d'Arc n'a pu entrer, puisqu'elle était détruite, comme toutes les églises suburbaines; qui n'a été reconstruite que très tard, puisqu'elle n'a été consacrée que le 30 décembre 1524, où aucune scène du siège n'a été signalée comme s'y étant passée ; il serait singulier que ce vocable n'eût pas pour cause le dépôt des reliques du saint dont elle a pris le nom.

Mais dans le silence du curé de la paroisse, historien des diocèse et églises d'Orléans, gardé sur l'existence même de ces reliques, il est impossible d'attribuer ce vocable à cette circonstance.

Il naît de là une assez grande perplexité qui autorise l'adop-

tîon de ce deroier patronage comme le résultat de Tenthousîasme général causé par la retraite définitive des Anglais, et qui a fait donner à l'une des églises de la ville délivrée le nom du saint qui exprime la victoire remportée par l'armée de Jeanne d'Arc.

Nous avons beaucoup parlé de l'église de Saint-Beûoit-du- Retour.

Nous avons dit qu'on avait considéré tout ce qui intéressait cette église et ce refuge donné aux moines de Fleury ou Saint- Benott-sur- Loire, comme se rattachant aux invasions des Nor^ mands.

A ce sujet, nous avons cité (1" vol., page 322) un passage de rœuvrc d'Adrewald , faisant remonter la fondation de Téglise et de l'asile à i'abbatiat de Medonius, c*est-à-dire à Tannée 750.

Il nous désigne cet asile qui ne peut être que celui connu sous le nom de Saint-Benoît-du-Retour; il s'exprime ainsi : € Il existait dans le quartier le plus écarté et solitaire de la ville une petite maison construite en Thonueur de saint Benoît >, (Farvula quidein sed in secreiiori ni eo putabaiur tempore loco cita eivitatis, in honore sancti Benedicii cansh^ucta).

Nous avons alors fait observer que ce millésime peut être contesté, parce qull faudrait, pour admettre que cette fondation appartînt h Tannée 7oO, qu'on fût bien eertain que ce fut Medon qui eût été alors le neuvième abbé de Saint-Benoît, en exercice.

Et comme il existe dans la liste chronologique de ces abbés une lacune de dix-sept noms de l'année 7Si à Tannée 819, on reste indécis sur celui que Ton peut reconnaître comme ayant été le neuvième.

En outre, nous avons fait disparaître le motif sur lequel re* pose le vocable du retour^ donné à celte fondation, en démontrant que, pendant les invasions des Normands de la Loire, jamais les reliques de saint Benoît n*ont été transportées du monastère de Fleury à Orléans,

En marchant à la suite des événements, dont nous ne croyons pas devancer la reproduction et Texamen, et arrivant

à l'année 1060, nous lisons, dans Lemaire, ce t«ite reprodait par M. Lottin en ces termes : c 1080, Raynier de Flandre, évéque d*Orléans, cède aux moines de Saint-BenoU on terrain dans la ville, où ils bâtissent une maison et une chapelle pour y déposer les reliques de leur patron, lorsque les circonstances les forceraient de quitter leur couvent et de se mettre en sûreté à Orléans.

» Cette donation fut confirmée par Philippe I*'. > M. Lottin ajoute : c Cette chapelle prit le nom de Saini^ BenoiMu -Retour, par rapport aux divers voyages que les religieux furent obligés d'y faire à différentes époques. »

Ici, le témoignage sous lequel s'abrite M. Lottin concorde absolument avec le récit que nous avons fait des încursionB des Normands de la Loire jusqu'au monastère de Fleury, et duquel il résulte que jamais les reliques de saint Benoit n'ont été transportées de l'abbaye de Fleury dans le sanctuaire d'aucune église de la ville d'Orléans.

Et, cependant, si cette condition manque, on ne peut s'ex-» pliquer même la pensée de ces mots du retour, ajoutés à ceux de saint Benoît, composant le vocable de la fondation de l'église et du cloître de ce nom.

Nous l'avouons, m ' -ré l'autorité de Lemaire, il nous est bien difficile de faire d^ • -idre la date de cette fondation du commencement du x* sièck- 011) à la fin du xi* (1080).

A la première de cesdales le danger était passé, à la seconde il n'était plus qu'un assez vi ux souvenir; alors la donation et le vocable adoptés étaient des effets sans cause.

Ces deux mots : du retour^ s'appliquent à un fait isolé, à un événement considérable dont on veut perpétuer le souvenir ; ils ne peuvent avoir de signification que par la joie que causaient le retour des reliques au monastère de Fleury, ou la crainte alors encore très légitime du retour de malheurs semblables.

C'est pourquoi, sans nous arrêter au motif sur lequel M. Lottin fonde Tadjonction aux mots de saint Benoit, ceux du retour, et tout en persistant dans la négation absolue de la présence des reliques de saint Benoit dans une église d'Orléans

pendant les invasions des Normands, nous pensons qiio le texte de Lemaire contient une erreur de date^ :?i frecjucnU^ dans les manuscrils de ce§ temp» et qu'il es! aujourdliiii impossible de rectifier (i),

A cette année 1082» M, Lottin rnlt&che un fait qui mérite qu'on s y arrête à un doulile titre,

Dabonj il se rapporte h unv piiroissfj connideridile de fa ville» et il soulève une quesLitin Insiorique que M. Lottin résout, il nous lo semble, dans un sens lieaucoup trop ahbok et que ne comporte pas letat de la propriété à cette époque.

Invoquant encore, dans cette occasion, un texte de Lemaire, il dit: « Une femme pieuse, nommée Maussende^ donne â Tabbaye de Saint- Mesnjin, lï'glise de Saint-Marceau. »

Il ajoute, d'ajirès La Saussaie : « Elle venait, de l'obtenir par sentenee arbitrale de Rîeher, arelieve*[ue de Senti, sur tes religieux de Bourgueil, qui lui en disputaient la propriété; » et encore : « Djios ce teuqis, il était d^isa^^^ que les églises, les ornements d'églises, les clocbes, etc., fussent dans le commerce comnie ie$ autres biens. »

II est difficile d'énoncer, ainsi i|u'il le fait dans ces dernières paroles, une proposition plus ciuitraire à Télat de la propriété immobilière, dans cette périruït; de rinstitution féodale.

Après ce qui a été dit à ce sujei, il in' nous reste plus qu'à examiner la queslinn qn»* soulève M. LoMin, en ce qui concerne les églises ccinsidérées <*onirue propriété privée.

En géûéml, les bîisiH(|iies, depuis le célél»re édil d<^ fîonstiintin, ont ap[(artenii a rKglise, eu vertu d*nne prise i\v possession par le clergé, ratitiée expressément ou IneilemeiiL par le pouvoir séculier, soit celui de TEmpiret soil celui du clief des vainqueurs, nprès fa conquête:

A ces époques diverses, l'état du sol n'était pa.s Ires défini ; il y avait des vagues, des latî fumUa, dont on |»ouvail s'emparer sans la moindre diriîcullé, ainsi que rvhi apparaît tVé-

(1) Un doit remarquer qu'au eu a des annalistes de VEylisc d'Or* Uam ne parle do cetto donation de runoée Id&K

quemmcnt à la chute de l*£mpire, ou au eommenceineat du règne des rois francs.

Les religieux s*omparaient d'un lieu désert ; les néophytes se réunissaient à eux, ils bâtissaient des cellules, une chapelle, et le territoire envahi restait à lassociation religieuse.

Mais cet ét^it de choses éprouva quelques modifications avec le temps.

La propriété prit un caractère nouveau sous l'institution des bénéfices, et ce caractère se prononça davantage à mesure que la propriété se morccllait par la loi héréditaire des fiefis et par Taccenscment.

Cet état se révèle sur le territoire de la monarchie dès Tannée 511, où nous apparaît le premier concile d*Orléans, dans lequel on lit le canon suivant :

< Toutes les églises qui sont construites en divers lieux et celles qui sont journellement en construction demeurent, selon la règle des premiers canons, sous la puissance de Tévéque, dans la circonscription duquel elles sont situées. » {Chnnes autem basilicœ qux diversa loca conslrticlœ sunt vel quolidiè construuntur.secundum priorum canonumregulanij ut in ejus episcopi in cujus terrilorio sit^ sunt, potestate consistent.)

Il va sans dire que l'évèque en jouissait pour lui, pour son clergé et pour les fidèles, mais qu'il no pouvait aliéner les églises.

Il en est de mônic des ornements et vases des églises et à leur usage.

Il est donc bien difficile de croire que do simples particuliors, quand mémo ils auraient appartenu aux familles aristocratiques do cos temps, îûont pu transniottro, par leur seule volonté, une ôf^liso à une insfilulioii rolifj^iouso. alors que cette église était ou qu'elle appartenait à un autre établissement religieux.

(iopondauf raulour nVsl ici quo l'écho dos annalistes qui Icuit précédé; coux-ci vont jusrju'à cilor une charte appartenant au cartulairo do Sainl-Mosmin, et cet acte ost textuellement rapporté dans les Annales Écclesiœ Aurclianensis,

L'auteur de cet ouvrage ajoiilf* que celle pieuse femme avait revendiqué cette église dans rauditoire de rarehevéque de Seos^ contre Ica moines de Bourgueil *(iii l'avaient usurpée : « Quam ipsa contra monachos Burguliemes eam murpantes ad tempus viceral, in audiPHtia Hicherii meiropolani Senonensis, >

Ces autorités sont assez respectables pour qu'on tienne grand compte de ce que rontienneut leurs riMivres.

On ne peut s'expli(|uer la proprié lé d'une église paroissiale entre les mains d'une personne séculière €(ue par des considérations tirées de l'interprétation des institutions encore indécises de ces temps.

Il faut d*abord résoudre cette incise singulière du texte de La Saussaie, nous apprenant que Téglise de Saint-Marceau avait été usurpée par les mrn'nes de Bourgucil, c'est-à-dire d*un monastère situé à une quarantaine de lieues de la ville d'Orléans, sur la limite de la Touraint* et de TAnjou.

Ou ne peut s expliquer cette singulière intrusion de ces religieux tourangeaux (fue par cette circonstance que les comtes de Paris et d*Orléaus, Hobert le Fort, Hugues et autres de cette lignée, étaient, en même temps^ abbés de Saint-Martinde-Tours.

D*un autre côté, nous avons vu quel mélange se produisait à notre attention dans les dignités ecclésiastiques de divers diocèses de ces temps; rappclouH cette singularité. Nous lisons dans Lemaire :

« Jean I'', évoque d*Orîéans, Uvtv ilc Uaoul, archevêque de Tours» lequel j avw sa dignité d*arclievé(]iir, tenait les dignités d'archidiacre et de prévost, en leglisc dlh*léiiiis. i

Ces interpositions étaient, il est vrai, blâmées ; elles étaient élevées à Fétat de simonie {hoc est furpis iftrrî proprinm), et absolument étrangères aux us et ctKïtume.s de TEi^lise (cl ah Scclc^iœ eoMsueiudinc alt'enum), mais elles existaient. (t#oucile de Cologne)

D'un autre côté, ïr tftntiafftf^ dniis le sens du tfomriinc public, d'abord appelé le domnîne de in couronne et qui, distinct du domaine royal, devint bientôt le d«unaine composé

des choses vraiment publiques, telles que les routes, les chemins, les fleuvoH, les rivières, leurs francs bords, la mer, ses rivages, les églises et monuments publics, ce domaine n'existait pas encore.

Il est donc très présumable et même certain que les églises construites sur les terres allodiales, ou sur les terres données par les tenanciers de grands fiefs, restaient, à titre d*u8ufruiit dans la possession des fondateurs de ces églises; celles-ci avaient un caractère domanial mixte.

I^ur destination principale leur donnait le caractère dominant de monument religieux, à ce point de vue confié an clergé et déposé entre les mains de Tévèque et considéré comme tel ; tout ce qui intéressait Tordre religieux y trouvait asile.

Mais aussi celte destination comprenait tout ce qui intéres* sait la communauté des paroissiens.

L'église était le lieu de délibérations pour les affaires communes, où s'accomplissait lacté de procédure appelé moniioire, par lequel on enjoignait ceux qui connaîtraient l'auteur d'un crime, de le dénoncer.

Le tribunal où se rendait la justice, où s'accomplissaient les autres formes judiciaires : le serment, les épreuves de l'eau, du feu ou de la croix.

Plus tard, c'est sous le porche de l'église (jue se prenaient les délibérations sur les afTaires comuuines ; on voit encore dans quelques villages le porche d'anciennes églises disposé sous un large auvent en salle de conseil (i).

Nous pensons donc (prou doive accepter sans restriction, mais sous le bénéfice de ces observations, la note de M. Lottin; et nous pouvons voir, à la fin du \f siècle, dans l'église de Saint-Marceau, un monument religieux appartenant à un simple particulier, pour le fond du droit, et cependant immu-

(1) Jusqu'à Charlemngnc, les églises étaient souvent transformées en greniers d'abondance, on y dépos-iit les récoltes dont le superflu devait être conser>é pour provenir rinsuffisance de la récolte prochaine.

tablemeoL affecté à Texercice du ciiUe, et qui a pu être enlevé à l'usurpatioD des inoiiies de BourgueiL

Nous arrivons à l'année 1090, liien avant laquelle a dû s accomplir un acte d'une certaine importance dans les dispositions de lo ville d'Orléans et qui, certainement, a présagé son accroissement matériel .

A cette date se rencontre, tirée d'un inventaire des biens du prieuré de Saint- Laurent, dressé en Tannée 1035, ïme pièce datée de cette armée 1000, porlant cet inlitulé : UUera sunclt Johann t's episcopi a tire fia tiens f s de exemptione monachorwm Sancti'Laurentii, anno ! 090, Suivi de ces mots : prau mon en cours de Rome de In cure de Sainl-Laurenî, de sou annexe amc Notre- f}ame-de-Recouvrance .

Il résulte de ces derniers mots que si les habitants de la banlieue d'Orléans dans laquelle était, encore, l'oratoire de Recouvrance, comme il était impossible qu'il en lût autrement, avaient une paroisse, ce n'était pas celle de Saint- Laurent.

On ne dit pas il csl vrai, quelle était la paroisse à laquelle les habitants du ternttiire annexé dés avant Tannée 1090 ; étaient attachés, mais celte séparation n*en résulte pas moins de ce texte.

Il y avait donc dans cette réunion le principe d'une accrue de la ville.

Cette proposition se justifie par un acte ahsolnment contemporain du premier, (pii démontre également que si les remparts de la ville n'ont pas été étendus jusqu'aux dernières limites du prieure de Saint-Laurent, cela a tenu à des considérations diverses qui sont restées inconnites, mais qui démontrent que cette accrue, par Taltribulion d'une paroisse extramaros, à des habitants suburbains mais attachés à une paroisse intra-muros, déterminait cette accrue, et qiTun acte administratif de eette nature, à cette époque, ne pouvait être que le signe des rapports nouveaux entre les habitants de Tintérieur et les haliilanfs de Texte rieur.

Cela est si vrai, qu'en Tannée lODI , il intervint un régie* ment accordé par Jean I*', évéque d'Orléans, qui permettait au

prieuré dn Saial-Laureirit d'établir un vicairi!, pour dcsser^r

leur éplise. eviMpmmenf t^ell*' di* Notre-Damo-d<^-Recoavrancc, oratoire sucriirsal*- dp la rure de Sairil-Laurent dnpuis son annexe, mais à quelques conditions imposées au prieuré.

Nous ne nous occuperons^ irî, i}ue de celle qui coDâîslait h donner au commis de clit^fcier deux peaux de chèvres, pour lui faire des bottes qu'il chaussait le jour des Hameaux où il allait placer la croix liulst^e, à la croix placée h la dernière limite du territoire de la ville du côté du prieuré et paroisse de Saint- Laurent.

Et ce qu'il y a de remarqua hic cest que cette cérémonie qui avait lieu dans les temps antérieurs, près du coin Maugars. puis sur la place du Marché 4le la Pnrte-Rcnard, u fini par s'étendre jusqu'à la croix Morin, même avant la séparation dos deux paraisses, Sain Ir Laurent Pt Notre-Dame-de- Recouvra nce.

Cette première accrue devait t^trc déjà marquée par une enceinte de murailles dont l époque de sa construction est assez incertaine mai.s qu'on s'acconie à placer à Tannée 1300, ne fut terminée qu'en Tannée 13!â9.

Il est inutile de revenir ici sur ne que nous avons dit deTassistancc donnée par la sainte Vrerpe, représentée par la statae en bois, à Tuii des Uahitants du bourg d'Avenu m attaqué par des Normands ou par une autre bande de pillards ; nous nous contenterons de rappeler le texte qui dit que cette statue a été dans cette nerasron, |ilacéc par les habitants sur la porte du bourg, in porta staluerunL

(Vincent de Beau vais : in spécula historiaii). (Cité par Lent a ire).

Quclqu'ait été Tétat de ce quartier à légard de la ville, on voit que dès Tannée 1090, un premier pas avait été fait pour arriver à sa réunion avee la ville.

Nous avons vu également que le territoire du bénélice épiscopal, dit de la Fauconnerie» comprenailj dans le vaste demi" cercle qu'il décrivait, depuis le territoire de la paroisse de Saint- Vincent, parcnuranl le territ<»ire des Bouries noires et blanches^ les Murlins, le faubourg Saint-Jean et le faubourg de la Madeleine et le territoire de Saint-Laurent.

Mais ce« temps sont pleins dr caprices et dlacertitudc, ei & rot'casioii de la pw^paratloii en deux [lartres du terrritoire d^Aveuuin, l'un reslant k la paroisse de SainULaurent, l'autre allribuè à la ehapelle de Notre*Dame*dp-Recouvraûce, nous devons (compléter ee que nous avons ilîL an sujet des rapports de l église de Saint-Laurent avec cette ehapelh*.

Saint-Laurent, petit monastère dont saint Aignan a été abbé, faisant parité du bénéfice de révêehé, imns a pu, sans en ROrtir, devenir un (ief religieux, et même un fief séculier.

Nous trouvons la trace de ces mutatinns, pour celles remontant à rorigine de cette institution» dans les documents relatifs à Téglise et dans ceux intéressant rhisloîre d*OHéans.

Ces documents sont plus obscurs pour ce qui concerne la sa situation purement féodale.

Dans les rares papiers qui nous sont restés de la justice de Saint-Laurent, on rencontre une note informe, d'une écriture ne remontant pas an delà de la Vm du xvi" siècle, ainsi conçue :

• Extrait dos chartes concernant Orléans : (fontran, roi d'Orléans, fonda le prieun^ de Saînl-Laurent-des-Orgerils en considération des victoires qn'û gagna, le jour de Saint- Laurent, Fan .^. (i)t au faubourg d^Orléans, lequel il fonda sur la terre et barounie des Orgerils, appartenant audit seigneur bartm, lequel lut confisqué pour avoir été rebelle au roi Gon* tran, cl s'être mix du parti cùntraire; auquel prieur il donna ladite baronnte et seigneurie des Orgerils, circonstances et dépendances, aucun droit de cliaulfage en la forèl de Pluviers (Pilbiviers), aucun droit de péage sur la rivière de Loire, en retendue dudit prieuré, »

Si nous ajtMitous foi h cette note, nous devons croire que, depuis la coni|uête et même avant, et jusqu'à la bataille gagnée par Gontran, le territoire des Orgerils nVîtail connu que sons ce nom » qu'il est tombé en partage, î\ titre de bénéfice, à quelque s*»igneur de la conquête, *^t que ce ne fut qu'à certaine circonstance du règne de Gontrnu ijue ce bénéfice confisqué fut attribué à Tordre religieux qui devint Baron 4es

\\\ Ce millésime eat resté ea bbnc.

Orgerils, titre que Tabbé représentant et personnifiant rin&tîtution religieuse prit dans les actes de celle-ci.

Il n'y a rien dons tout cela que de conforme à ce qui se passait dans ces temps.

Il a même pu se faire que le bénéfice confisqué ait été altribué à l*évèché d'Orléans, comme, plus tard, lui (urent attribués, en pareil cas, les bénéfices de Meung et de Piihiviers.

Cependant celle note nous est suspecte por plus d'une considération.

En premier lieUt nous remarquons qu*indépendammeat de ce qu'elle ne nou« donne pas le millésime de la bataille qu'aurait livré Goulran pn\s de la ville d'tïrléans, bataille dont il n'est fait mention nulle part, elle ne nous donne pas sa moindre indication sur la charte dont elle seule révélé Teidstence ,

En second lieu, son style qui ;i|)partient évidemment au xvi' siècle, les mots purtî conlrafre se révélant, surtout, dans les récitas et dans k^s actes des guerres de la Réforme, et les mots circomtanves et dépendances^ aucun droit de chauffage Pïi la fonU di^ Pluviers, égalejncnt introduits dans le style juridique et de la pratique bazochienne et notariale de ce temps.

Il faut, aussi, prendre en considération que cette substitution d'un abbé Baron h un Baron de la conquête, semble exclusif de raltrihutinn du liénélire, h révèché, et que, il ans la suite, l'abbaye de Saiot-Laurent, entrée dans l'ordre de Cluny, est devenue une dépendance du prieuré de La Charilé-sur-Loire.

Ces élémenLs de doute et d'hésitation peuvent se résoudre par les motifs suivante : il est certain que sous les épiscopats d'Eu verte et d'Aignan, il existait au lieu des Orgerils et au* dessus de raneienne crypte que les premiers chrétiens y avaient pratiquée un modeste monastère; que cette institution a du être ruinée par les Huns, ayant occupé ces hauteurs depuis le 20 mai jusqu'au 8 des calendes de juillet, c'est-à-dire t'espace de trente-quatre jours, temps plus que sulfisant pour que ces barbares aient détruit tout ce qui existait autour de la ville.

Il est très admissible^ aioai qu'il vient d'ôtre dit, qu'après leur retraite, la confiscation ait été opérée et que le monastère et son territoire aient été restaurés, ainsi d'ailleurs que cela est évident, puisqu'il a existé et qu*il a pu s attribuer le titre de baronnie.

Il est également très admissible, quoique aucun acte n'en apparaisse, que ce monastère et son territoire aient été placés dans la mouvance de l'évÀché, ce qui était de droit, à moins de dispositions expressément contraires dans les actes d'institutions.

Enfin Tincorporation de Saint-Laurent*des-Orgerils dans Tordre de Cluny, tenant au mouvement constitutionnel des ordres monastiques, était indépendante de l'attribution féodale du territoire, et appartenait à un système particulier qui était absolument étranger à la loi féodale.

Aussi le prieuré baronoie prétendait-il à Texercice du droit de toute justice, baute, moyenne et basse, dans toute l'étendue de son domaine, en tèraoig:na^e du quel privilège il avait ses four^^hes patibulaires dressées près de son église.

Mais il faut ajouter ici que ce droit lui a toujours été contesté par la prévôté d'Orléans et que ces conflits ont été sans cesse renaissants depuis le commencement du xv* siècle, époque à laquelle seulement ils ont été régulièrement constatés, la procédure écriie (1) n'étant pas née dans les temps antérieurs.

Il nous a paru nécessaire de déterminer la véritable situation féodale du prieuré de Saint-Laurent et nous î^avons fait autant que les institutions juridiques, encore mal installées, nous Vont permis, parce que cette situation va réfléchir sur la division du territoire féodal, en deux parties religieuses à peu près égales-

Si nous consultons Lemaire, nous voyons que le cercle dans lequel était renfermé le bourg d'Avenum, non encore entouré de murailles, ce qui a été exécuté vers le ix"" siècle autant qu'on

(l) Montesquieu, pir oppotition à la preuve par témoÎQB et aux otdâlies, qualiôe de procédure 9ecrète la procédure écrite.

peut le supposer, et ainsi que nous l^avoas dii, était assez peu étendu.

Cet auteur s^exprime aiasi: « Du costé de roccident procbftl la porte Dunoise étoit aociçonemeot un gros bourg dos et fermé de murnilles (Lemaire écrivait au milieu du xvii'' siècle), lequel s'éleudoit depuis les fossés jusques et au delà de l'église de Saiul-Paul et de Notre-Dame -de- Recouvrance qu*il reofermoil- >

ÂinAÎ ce bourg s^étendait depuis les murailles et fossés d'Orléans à Touest jusqu*à la rue de Hecouvrance qui, elle-même, était un fossé.

Cette description est bien incomplète, ou ne voit pas son étendue du sud au nord ; nos annalistes modernes ont comblé cette lacune en rexagérant» confondant trop ce qu*était alors cette partie suburbaine avec ce qu*elie est devenue après la seconde accrue de la ville,

Beauvats de Préau ou Polluche s'exprime ainsi : t Ce quartier est renfermé entre la Loire au midi» Tancienne ville à rorient, la place du Martroy au nord et les rues qui descendent depuis cette place jusqu'à la rivière à Toccident. »

Enfin M. de Torquat, au premier chapitre de ses Quatre jours dans Orléam , nous dit: « Le bourg d*Avenum comprenait Tespace renfermé aujourd'hui entre le lycée, la moitié de la place du Martroi, le inarclié de la Porte-Renard, la tour de Saint-Paul, le chevet de I église de Notre-Damc-de-Recouvrance et la rue Saiote-Catherinc*

Nous ne discuterons pas sur les termes qu'emploie Lemaire pour limiter ce bourg par les murailles à Toucist de la ville etqu'il appelle le fossés aujourd'hui la rue Sainte-Catherine,

Nous avons, plus haut, contesté rexiatence de ce fossé, au* jourd*hui cette rue, parla raison que celte voie de communi* cation descendait des hautes terres et ne s'arrêtait qu'à la Loire; et^ aussi, parce que le bourg d*Avenumi depuis longtemi>s clos de mur, protégeait la ville à louestt et que ce bourg-; était lui-même défendu, de ce côté, par le torrent appelai Flamberi, et par la tour qui dominait l'entrée de ce petit golfe, tandis que le chemin, longeant les murailles de la ville,

à Touest, était protégé par la porte de Saint-Pierre-en-Sentelée, et la porte Dunoise, et même par la tour des Créneaux.

Et enfin parce que ce fossé auquel, ainsi que nous l'avons vu, on a donné une assez grande profondeur et qui dut être très large, n'aurait pas permis des rapports faciles entre le bourg et la ville.

Tel devait être l'état des choses et on comprend que les chapelles de Saint-Paul et de Notre-Dame-de-Recouvrance, qui n'étaient que des lieux de piété consacrés aux ex voto, ne pussent satisfaire aux exercices du culte pour cette population s'étendant des murailles de la ville, et qui, d'abord flottante, est devenue sédentaire, exigeait un monument plus vaste consacré à la religion, que ne l'étaient les deux chapelles de Saint-Paul et de Notre-Dame-de-Recouvrance.

Cette population n'était autre que celle qui animait le bourg d'Avenum,

Nous verrons bientôt comment satisfaction fut donnée à ce quartier, encore séparé de la ville ; nous devons, quant à présent, ne nous occuper que d'une redevance mise à la charge du prieuré de Saint-Laurent et dont l'acte de 1091 nous révèle l'origine, sa date, son principe et ses causes, et en même temps les limites nrimitives du prieuré de Saint- Laurent en remontant de l'ouest à l'est jusqu'aux murailles de la ville, et en reculant de l'est à l'ouest devant ses accrues successives de la ville , et , par conséquent les limites successives de la ville dans cette orientation; et celle du prieuré de Saint-Laurent, où cette redevance a dû être acquitlée.

Cette redevance exhale un tel parfum de moyen âge qu'on prend un vrai plaisir à s y arrêter, d'autant mieux qu'elle donnait lieu à l'acquit d'un autre droit qui ajoute à ce caractère et en double l'intérêt.

Elle consistait à remettre au chefeier de Sainte-Croix deux peaux de chèvres pour lui faire une paire de bottes, et cela chaque année, au jour du dimanche des Rameaux, afin, évidemment, de le garantir du /roid pendant qu'il allaitattacher la croix boissée ou buisée à la croix qui devait recevoir ce

signe religieux, en mémoire de l'entrée triomphale de Notre- Seigneur Jésus-Christ à Jérusalem.

Voyons d'abord ce qu'était le chevecier, mot dont on a fait un seul mais qui, originairement, se décomposait ainsi : cA«/cier, en latin capicerius^ primiceri^ le chef cîrier ; recelésiastique chargé du soin de pourvoir l'église de cire.

On a donné à ce mot un autre sens ; on a prétendu que cet ecclésiastique, chanoine et dignitaire de l'élise, était ainsi désigné parce qu'il était inscrit le premier sur la table des membres du chapitre, qui, alors, n'était autre qu'une planche enduite de cire sur laquelle on écrivait à l'aide d'un style (i).

Nous pensons qu'il faut donner la préférence à la première définition, par celle raison que, dans les cérémonies religieuses, on faisait un abondant usage de la cire, à ce point que la collégiale de Saint-Aignan avait accenséla fournitur^es cierges et des torches, c'est-â-dirc affermé, en la forme d'un contrat féodal, cette fourniture à l'instar d'un domaine agricole.

Ce dignitaire de Téglisc avail la mission d'attacher tous les ans la croix buisée à la croix placée au lieu où se fait tons les ans la procession de cette croiXy et où était chanté le répons de tierce.

Cet ecclésiastique pouvait s€|p faire reprégenter par un clerc qui prenait le titre de commis du chevecier.

On conçoit que, dans cette saison encore froide et souvent pluvieuse, il étïiit bon de donner à l'ecclésiastique chargé de cette mission un préservatif contre les indispositions que pouvait lui causer une semblable course.

Voici, d'ailleurs, comment s'accomplissait cette cérémonie.

La procession partait de la cathédrale à l'heure voulue et se dirigeait par la rue Bourgogne, vers Textréraité de la ville ; cette marche devait toujours avoir lieu de l'est à l'ouest (de l'orient à Toccident).

Le chevecier ou son commis, représentant Notre-Seigneur Jésus-Christ dont on figurait la marche triomphale, était

(1) Ce mot do chevecier étail, dans ce cas, synonime de primicier : primus m cerà (le premier sur la table de cire).

monté sar un âne, et tous les fldëles et le clergé le suivaient tenant en main des rameaux, pourquoi on appelait ce jour-là P&ques rhaxmels ou fleuries.

Nous verrons bientôt quels emplacements successifs occupa cette croix.

Il nous semble convenable de rechercher l'origine de cette redevance.

Pour atteindre ce but, il est indispensable de s'occuper de la redevance de la lamproie, et de faire connaître le motif qui en a rendu tributaire Tévêque envers le chevecier.

Avant tout, déflnissons le mot lampreda qui exprime bien le poisson appelé lamproie.

Si nous consultons Du Gange, nous voyons que Tusage de la letmproie était si ancien, que ce mot était devenu générique dans une certaine mesure, et que, dans les institutions monastiques, il é^t synonyme de distributio et s'appliquait à tout ce qui, à titre de casuel, advenait aux plus dignes des membres des chapitres et de TÉglise : t proventibus fortuiiis dignitatum, 9 nous dit l'auteur du Glossaire.

€ Pour l'église de Ghartres, cette distribution avait lieu, sous le nom de lampreda, après la Purification de la sainte Vierge, au chapitre général réuni dans la cathédrale. »

Du Gange rapporte un grand nombre de cas où la lampreda était refusée à ceux jugés n' ayant pa^ mérité d'y prendre part.

Mais quelque sens qu'on ait donné à cette institution partout ailleurs qu'à Orléans, celui qu'il avait dans cette ville a été parfaitement défini par une sentence de l'année 1430 que nous rappelons ici, non pour fixer son origine à ce millésime, mais au contraire pour constater sou antériorité à ceUe époque, et, par conséquent, l'antiquité de sa mise en pratique.

Gette sentence, en efi'et, a été rendue à l'occasion des contestations survenues sur l'inexécution de quelques autres droits que nous ferons connaître, nous en tenant ici à la redevance qui, à l'avantage de se révéler, dans sa singularité, réunit celui de fixer l'époque à laquelle ont commencé les phases de la division du territoire de Saint-Laurent-des-Orgeriis, jusqu'au jour où ce territoire a été divisé en deux paroisses.

Maintenant, nous pouvons assister à la cérémoniCi dans Taccomplissement de Tobligation imposée à réTÔché et qui consistait dans la délivrance de la lamproie qui devait être préparée pour le chevccier.

Si le prieure de Saint-Laurent devait indemniser l'église de Sainte-Croix, dans la personne du membre de son chapitre qui attachait la croix buisée à la limite de son territoire à l'orientation de Test, ce qui, d'ailleurs, était pour le prieuré néceasaire, cette cérémonie ne pouvant s'accomplir que de l'est à l'ouest, l'évoque qui, peut-être, aurait dû y présider devait on certain casuel au prêtre qu'il se substituait.

La sentence de l'année 1430 nous donne, à cet égard» le renseignement le plus satisfaisant ; on y remarque ces lignes : c I celui évêque est tenu de payer au commis du chevecier, le jour de Pâques Rhaxmels ou Fleuries, une lamproie pour le répons de tierce que le dit commis chante au lieu où se fait, le dit jour, la procession de la croix boissée. >

On voit que la première redevance devait être délivrée avant la cérémonie, et que la seconde était préparée à point, pen* dant qu'on l'accomplissait.

Après avoir posé le buis, disposé en forme de croix, sur la croix en bois ou en fer qui devait la recevoir, le cortège reprenait le chemin de la cathédrale ; mais il s'arrêtait à la maison de la lamproie, où l'attendait celle-ci, réduite en une succulente matelote.

L'un des descendants des derniers habitants de cette maison, au moment où cette redevance a cessé de pouvoir être exigée, alors siège d'un modeste commerce de détail, nous l'a montrée plusieurs fois, elle était située rue Bourgogne, absolument en face de la rue Neuve (1).

La destination spéciale de cette maison était très convenable, alors que la croix buisée était placée au carrefour appelé le Coin-Maugars ou des Mauvais-Garçons^ dénomination justifiée

(1) Cette année mémo, la maison où se prenait le repas de la lamproio, ot qui était encore lo siège du même commerce de détail, a été détruite et remplacée par une luxueuse buvette.

par Tisolement de ce quartier, alors en dehors de la ville, composé de ruelles tortueuses où il était, sans doute, dangereux de s'aventurer après le couvre-feu.

A mesure que Tenceinte de la ville reculait du côté de l'ouest et que la croix buisée changeait de place, jusqu'à ce qu'enfin elle occupât le carrefour dit de la Croix-Moririj la maison affectée au repas de la lamproie aurait dû être changée, mais les habitants de la maison rue Bourgogne ont tenu à rester en possession de l'hospitalité qu'ils donnaient au chevecier ou à son commis, et ils l'ont exercée jusqu'à la Révolution de 1789.

Ces deux prestations n'étaient pas les seules qui établissent et entretinssent des relations entre l'évéché et le chapitre et même entre l'évéché et les églises urbaines et suburbaines.

L'évèque devait encore au chapitre, dans la personne du chevecier, et aux marelliers ou marguillers, une autre redevance connue sous le nom de past.

L'existence de cette prestation ne nous est révélée que par une sentence de l'année 1442.

Cette date nous engage à placer ici ce souvenir comme remontant aussi aux temps les plus anciens de la constitution du culte chrétien à Orléans.

Cette sentence s'exprime ainsi : t L'évèque est tenu de payer la vigile de la Sainte-Croix^ en mai, au commis de la chevecerie de ladite église, unie au corps d'icelle église, un past de viande bon et notable, appelé dîner,

11 n'est, ici, question que de la chevecerie, mais dans une transaction intervenue en la même année 1442, sur une autre redevance, celle du coulon blanc, on lit : t Semblablement, confesse mon dit seigneur l'évèque devoir un past de viande au commis de la chevecerie et aux marelliers d'i celle église de Sainte-Croix et disner, la vigile de Sainte-Croix, en mai et aussi, les dits de chapitre confessent devoir au dit disner, aux dits commis et marelliers, un blanc manger, soit de chair ou de poisson (1).

{})Pasi, pastus^ convivium, à^pascere, paître, manger. Blanc manger : composé d'amandes et d'une gelée faite de suc de viande et autres choses. (Richelet.)

Nous venons de parler du coulon blanc, autre prestation mise à la charge de Tévôque, qui vient d'être mentionnée, il senible qu'à ce titre, à cause de son antiquité et de son caractère mystique, elle doit être décrite.

Après plusieurs siècles d'observance, l'évêque occupant le siège d'Orléans, en l'année 1430, se refusait à Tac^omplissement de «on obligation.

Ne nous en étonnons pas outre mesure ; cet évêque, Jean de Saint-Michel, n'était pas Français; il était Écossais, et nous ne devons pas être surpris que l'arrivée menaçante des Anglais l'ait engagé à fuir le siège épiscopal.

Aussi Lemaire, avec l'ironie que, déjà, nous avons signalée, en parlant de ce prélat, se borne-t-il à dire : « Notre histoire orléanaise du siège des Anglais nous apprend comment il s'est porté au secours des habitants, et assistait les princes et seigneurs qui amenaient des forces et des vivres; et qu'à la levée d'i celuy il institua cette procession, appelée Feste de la Ville, le 8 may 1429. »

Jean de Saint-Michel se refusait donc à la prestation du coulon blanc.

Ce refus avait donné lieu à une citation de l'évêque devant le roi, siégeant en son conseil, et, le 27 avril 1430, il intervint une sentence de cette haute et souveraine juridiction, enregistrée à la prévôté d'Orléans, suivant la procédure en usage dans ce temps, dont nous croyons devoir reproduire le dispositif :

€ Exposé nous ont, en complaignant, nos bien amés, les doyen et chapitre de l'église de Sainte-Croix d'Orléans, comme à cause de la fondation et dotation do la dite église, laquelle est de fondation royale, les complaignants aient plusieurs beaux droits, prérogatives et noblesses, et soient en possession et saisine que notre araé et féal conseiller, évoque d'Orléans, à cause de son évêché, est tenu bailler et administrer, le jour de la Pentechouste, un coulon blanc, vif, oblies et fleurs (1) et

(Ij Oblies. Oblatœ nomen inde datum pani tenuissimo ox farina et aqua confecto ad ignem, ferrais praelis tosto ; nostris vulgo : ohliée^ oblies.

autres choses appartenant à faire le dit jour, pour la représentation du mystère du Saint-Esprit. >

Nous sommes mis, par ce texte, en présence d*un des actes religieux et d'un des usages les plus curieux de ces temps.

Il est à remarquer que le nombre des chanoines était de cinquante, c'est-à-dire d*autant de membres que de jours écoulés depuis la résurrection de Jésus-Christ, jusqu'à la descente du Saint-Esprit.

L'évêque, en offrant au chapitre un coulon, c'est-à-dira un pigeon blanc, sans tache, représentait le Sauveur animant les apôtres de son esprit, dont cet oiseau est la figure symbolique.

On peut donc se représenter la scène de la descente du Saint" Esprit, jouée dans la cathédrale d'Orléans : les cinquante chanoines réunis, Tévêque survient, il laisse le pigeon en liberté et ce gracieux volatile plane sur rassemblée.

Les fleurs ajoutent à la majesté du saint lieu, le lys était celle que Tévôque devait au chapitre.

A la suite de ces mystères, les oblics sont distribuées et ce repas frugal par la forme de la matière qui le compose, du pain transformé au corps et au sang du Sauveur, mettait tous les assistants en communion et complétait le symbole de la fusion de tous les peuples, par l'unité de la croyance et la fraternité évangélique.

Ces signes de l'union du chef du diocèse et du chapitre se rencontrent encore dans une autre prestation qui ne nous apparaît, comme les autres qu'à l'occasion de divisions se glissant dans ces corps religieux dont la mission est de donner l'exemple, l'un d'une autorité douce et paternelle, l'autre d'une soumission pieuse et filiale.

Voici ce que nous apprend une protestation de Jean d'Orléans, prélat dont nous avons dit, déjà, qu'il était on mémo temps évoque d'Orléans et archevêque de Toulouse :

€ Le 15 avril 1525, à l'issue du sermon, environ deux heures après-midi, l'évêque accompagné du bailly de la justice delà chàtellenie de la Fauconnerie, de Jehan Dupuy, clair {sic), notaire juré, et de plusieurs autres notables personnes, s'est

transporté derrière l'église cathédrale d'Orléans, an lien do prétoire de rofficialité, où se tenait le siège ordinaire de la justice, afln, et en la manière accoutumée et par récréation, de frapper une raquette un ou plusieurs esteufs (du mot latin stupens, étoupe, dont on faisait les balles qui servaient à joaer à la longue paulme) neufs, que les chanoines de ladite église étaient tenus de lui fournir.

> A cet endroit se trouva maître François Lhuillier, chevecier de la cathédrale, qui lui a présenté deux palettes en façon de bdtonnées et des esteufs neufs.

> Monseigneur et son bailli font observer au chevecier que celui-ci était tenu de lui fournir des raquettes et qu'ils ne voulaient recevoir lesdites bâtonnées pour raquettes.

Nous n'avons rien à ajouter, le droit est reconnu et le chapitre, par son chevecier, veut montrer, en donnant des bâtonnées pour raquettes, le désaccord qui régnait entre le chapitre et le prélat.

Si nous revenons sur cette redevance du prieuré baronnie de Saint-Laureut, de deux peaux de chèvre, nous sommes conduits à un événement que nous venons de pressentir, celui de la division en deux paroisses, de la paroisse de Saint-Laurent qui, jusque-là, s'étendait depuis sa dcrni(TO limite à l'ouest jusqu'aux murailles do la ville, dans la môme orientation, à l'égard de celle-ci. Pour préciser l'époque à laquelle cette séparation a été effectuée, nous devons, il est vrai, consulter des actes bien postérieurs en date à cette époque.

Mais ces actes, par leur nature et par leurs millésimes, permettent de connaître le millésime auquel appartient la constitution de la paroisse de Notre-Dsme-de-Recouvrance.

Le premier nous appiend que le prieuré et la cure de Saint- Laurent étaient parfaitement distinctes ; et qui pourrait le croire? que le curé était détenteur de la cure à titre censuel.

Cette proposition ressort du litre d'un acto intervenu entre lo prieur ot le curé lo vingt-quatrirme jour de juin de Tannée 1409. Ce titre est exprimé en ces termes : t accord entre le prieur et te curé sur te fait du cens que ce dernier lui devait chaque année. •

Au mois de mai dû Tannée 1433, le prieur constaLnit qu'il prenait connaissance de cet acte dans les registres du notaire qui Favait re^.u; premier signe du combat judiciaire qui allait s'engager à ce sujet.

Ces actes, exclusivement renfermés dans les limites des rapports nés de raccensemenl île la cure par le prieuré, ne doivent trouver place ici que parce qu'ils se rencontrent dans un inventaire de l'année 1*535, qui, eu nous faisant côn naître celte première division du prieuré et de la cure et celte particularité curieuse d*une cure donnée â cens, nous conduit à connaître la seconde division dont la date est ici recherchée.

On lit, en efîct, au trente-quatrième sac des procédures suivies par le prieuré, le passage suivant : « Lettre de Jean, évèque d'Orléans, touchant l'exemption îles moines de Saint-Laurent, an 1090 {LiUera Johannis epimopi aiirelmncnsis, de exemptione monachonim Sancii Laureniii^ anno 1090. provision en cour de nome de la cure de Saint-Laurent, de .^on annexe à Notre-Dame-de-Recouvrance, le 15 novemlire 1599, teui{fuUy nous avons déjà remarqué ce mot avec son i Rnal), monseigneur Rohert (le prieur) présenta, à la cure du prieuré par la résignation de messire André Bourdieu, curé, Etienne Collas, sa provision entre les mains du prieuré de Saint- Laurent, en Tannée 1599. •

Si, nous arrêtant à cette mention, nous en pesons les expressions, nous voyons que, dés la première époque, ï'évcque d'Or* léans reconnaissait V exemption au prieuré, c*est-à-dirc le privilège de ne relever (|ue du pjipe et d'échapper ainsi à la discipline de l'évéclié.

Et aussi que Tannexe de Notre-DaraenJe-Recouvrance est, sinon antérieur, à cette exemption, au moins qu'elle lui est contemporaine.

Tous nos historiens Orléanais^ rapportant cette lettre de Févéque Jean 1*"', en lui donnant In date d** 1091, s'accordent à y voir le droit accordé au prieur de nommer un vicaire pour desservir une église, sans être obligé d*cn demander Tautorisation à l'évoque*

Il nous semble qu'il n*en peut être ainsi.

La lettre épiscopale n*a d*autrc but que celui de reconnaitre Vexefnption du prieuré.

Tout ce qui suit n'est qu'un commentaire, de Tacte de promotion à la cure de Saint-Laurent, en Tannée 1599, et on peut ajouter que, loin de démontrer la confusion de lacune de Sainl- Laurent et la (|ualité d'église paroissiale, comme succursale, attribuée à Notre-Dame-de-Recouvrance, cette lettre démontre le contraire.

Le mot annexe implique une situation nouvelle, et, par conséquent, une situation ancienne qui était la séparatioa opposée à la réunion à l'annexion .

Cette déOnition est justifiée par ce qui s'est passé jusqu'au jour de la séparation définitive du territoire composant, aujourd'hui, les deux paroisses.

Pendant le long espace de temps tel, que nous n'avons aucun élément sérieux qui nous permette d'en préciser le commencement, et qu'arbitrairement, il nous le semble, on fait remonter h l'année 1090 ou 1091 . Jusqu'à l'année où la séparation des deux paroisses a été accomplie, les habitants de ce quartier populeux sont restés, à ce sujet, dansdes relations tenduesjusqu'àl'hostilité. Nous ne nous arrêterons pas aux détails constatant cette longue querelle qui a donné lieu à des procès, à des transactions entre le prieur et le curé de Saint-Laurent et les héritiers d'un des curés et le prieur ; bornons-nous à dire qu'il serait difficile aujourd'hui d'expliquer ces nuances entre les droits contraires d'un prieuré et d'une cure qui étaient à sa collation, et aussi que ce n'est pas sans étonnement qu'on voit, eu consultant nos annalistes ou en dépouillant les sacs des procureurs et les papiers du prieuré, se dérouler une longue série d'années employées par les habitants du territoire formant la paroisse de Notre-Dame-de-Recouvrance à revendiquer, contre le prêtre qui, certainement, était leur curé, ce territoire comme leur appartenant, et lui dénier le droit d'avoir, dans cette église, des gagiers et des marguilliers.

Ces difficultés, sans cesse renaissantes, indiquent manifestement l'éloignement qu'éprouvaient les habitants du bourg d'Avenum, attachés à d'autres églises que celles de Saint-Lau-

rent, h devenir paroissiens de celte égliseï ce qui n'aurait pas [eu lieu si cette confusion et ce mélange absolu entre les deux quartiers avaient existé de toute antiquité.

Lc5 rapports indécis et contentieux cessêrent;ea l'année 1719, époque à laquelle eut lieu la séparation définitive de la cure de Saint-Laurent de celle de Notre-Danie*de-Recouvrance (1).

' (l) Nouâ croyons devoir rappeler ici à titre do renBmgneineDts quelques-uns des principaux droits féodaux dont jouissait ou prétoudaît Jouir le prieuré baronnie do Saiat-Laurent-dea-Orgeril», les uas étaient ecdésiaatiques, les autres séculiers. Parmi les droits religieux nous voyons le droit de chape, On nommait ainsi, nous dit Deni/.art, un habit ecclûaiastique que plui^ieurs cothôdraîea et abbayes avaient le droit do demander à j'évèque ou à Tabbé, au moment où il devient titulaire; on appelait, chape tfn ornement complet de cinq couleurs A ce sujet, en ce qui concerne l'abbaye de Saint* Laurent, nous trouvons dans Tinventaire cette mention : t Lesdits jour et au treistièroe jour de juin 1430» Contrault passé â Masse-Beaufils, de seize mines de terre en deux pièces^ et drouet (droit) de champart de deux jarbea, une, et le droit de chape du prieur quand la cas y advient passé par Gilles Courttn, notaire de Cbâtelet. » Cette mention nous montre à quels abus on était arrivé dans Fap- K plication du droit féodal, le droit de chnpe était tfan&p(irté dans les B înféodatioDs séculières et des biens ruraux, et celui qui était le débiteur du droit en devenait le créancier.

Comme seigneur séculier territorial et fluvial par son droit dans la partie de la Loire longeant le fief, le prieuré exerçait le droit d'aubaine et de déshérence.

(in cite quelques cas où ce droit a été appliqué, particulièrement à regard d'un curé de Cercottes à la collation du prieuré.

Le prieur se prévalait de ce droit comme conséquence de sa qualité de libre Justicier^ no relovant que du Parleraent de Paris. Nous avons vu que son bailly pouvait condamner à mort, et qu'en I gifne de ce droit, devant Féglise, s'élevaient de gros piliers en pierre ^tde taille^ qui n'étaient que les fourches patibulaires du prieuré, ^1 n avait, par suite, le droit de confiscation

^Ê Entre auties droits féodaux ordinaires, on remarque les droits de

^pchampart^ obties cens et une redevance ainsi formulée 4 1/4 minet

B* d'orges ; quatre poules et la sixième partie d'une poule et deux sols

parisis pour la saulce (ce dernier droit est très fréquemment énonce

dans les actes de ces temps).

MOnUBfENTS RELIGIEUX.

Si nous nous occupons des nionumenls consacrés, à l'extérieur et à l'intcneur de la ville, au culte chrétien» nous voyons que leur nombre ne s'est pas augmenté, grâce à la quantité de ceux que, dans les premiers temps, la piété des fidèles avait élevés; il n'était guère possible quon en établit de nouveaux.

Il en est de même des monuments afTectés aux ordres monastiques.

Revenant sur les premiers et les plus considérables, nous rappellerons que l'église de Saint-Aignan qui accompagnait cette collégiale, a été, de la part du pouvoir royal et du pouvoir épiscopaU Tobjet de dons d*une grande magniOcence.

Saint Aignon, comme Jeanne d*Arc lest devenue, était et est resté le symbole vénéré de la nationalité gallo-romaine, gallo-franquô et enfin de la nationalité française.

Cette dernière perpétue ce que les deux nationalités précédentes avaient, dans leur reconnaissance, consacré depuis ces temps reculés.

L'évêque Aldéric fonda, en Tannée 1028, la petite église connue sous le vocable de Saùiie-Colombe, depuis longtemps comprise dans Tenceinte du monastère des Dames religieuses du Calvaire, situé dans Tunpasse de ce nom.

On a môme donné à celte petite église le titre de paroisse, sous ce vocable non encore défini et qui nous semble désigner le Saint-Esprit, la sainte, la divine Colombe.

il est, ainsi que nous l'avons fait remarquer, difficile de comprendre cette multitude de monuments religieux auxquels ce titre de paroisse était donné, si rapprochés les uns des autres qu'ils se touchaient et qu'ils divisaient leurs populations dans de telles proportions qu'elles disparaissaient aux yeux du clergé chargé de les administrer.

Cette réflexion devait être faite et elle Ta été en effet; elle a servi d'explication à ce mouvement de mélange des paroisses les unes avec les autres, et à Tat tribu tion des ressources des unes aux autres.

Nous ne devons pas abuser de la fréquence de ces mouve-

menU, mais nous croyons devoir signaler celui qui eut lieu Jûu profit de l'église de SainUAignan, nûm'cllcincnt restaurée.

Au moia de juin 1038, l'évéque Isambarl donna à cette église les autels des épitses de Tillay, Santilly et Ruan, toutes situées dans la Beaucc ïa plus riche (1).

Ici, nous devons faire une observation : par cet acte, l'évèque d'Orléans avait la prétention de sanctionner et de régulariser, au point de vue où t( se plaçait, la donation que ûous avons dt!Jà mentionnéo, faite de ces autels, à cette collégiale par le roi Robert.

' Nous avons vu ce roi donner à la coiiêgiale de Saint-Pierrele-Puellier, l'église de Saint-Paul et celle de Saint-Michel, sur laquelle donation nous nous sommes exphqué.

Et nous croyons devoir insister sur une réflexion que nous avons déjà exprimée et que nous inspire celte émulation a cette époque, se luanifestanl avec une grande vivacité, entre le pouvoir épiscopal et le pouvoir royal, d'actes de munificence envei^ les églises, et qui n'était certainement qu'une protestation respective de chacun de ces deux pouvoirs, pour lacon* eervation du droit dinvestilure, alors le sujet de leur rivalité et de Texercice de ce droit qu'ils s'attribuaient exclusivement chacun de son côté.

On remarque cependant quelques variétés dans la consommation de ces actes : si le pouvoir épiscopal renchérit par wne. intervention postérieure à Tacte de donation ou de permutation émané de Tautorilé royale, comme pour le consacrer et lui donner le caractère Ic^al qui lui manque, on voit, mais plus rarement, des évéques, après une donation, la faire consacrer par le pouvoir royal.

C'est ainsi que Tévêque, fondateur de la petite église de Sainte-Colombe, l'ayant donnée à Téglise de Chartres, fait confirmer cet acte par le roi Robert.

(\\ U nous ûBtf aujourd'hui, bien difficile do défi air le véritable leas de ces actes do dQnatio'i\s d'axUels ; nous croyons qu'ils eipriment tous les profits attachés aux actes religieux célébrés sur cer« Uins autels désignés daos les églises et consacrés à des saints auxquels une puissance était plus spécialement attribuée.

Le roi et les prélals n'étaient pas les seuls qui enrichissent les églises et rendissent hommage aux saints qu'ils avaient le plus en vénération ; un simple chanoine du chapitre de Saintr Aignan, nommé Âcard, avait, dès Tan 1000, donné à son institution quatre arpents de vignes et un pressoir, situés au quartier dit de rOrbette, aujourd'hui campagne riveraine de la route dite de Bourgogne, et quelques moulins^ établis sur la Loire auprès du clos de la Grève, c'est-à-dire auprès de cette tle dont l'extrémité inférieure venait aboutir au milieu de la porte de la Tour-Neuve.

Cette donation fut confirmée par le roi Philippe I"" en Tan 1093*

On doit remarquer le long espace de temps écoulé entre la donation et la confirmation royale ; la donation a eu lieu sous le règne de Robert, et c'est son arrière-petit-fils qui a régularisé la donation remontant au règne de son trisaïeul : aussi nous soupçonnons quelque erreur dane ces millésimes.

Mais ce qui intéresse surtout ici l'histoire d'Orléans, c'est la désignation des moulins, dont on ne fixe pas le nombre, compris dans l'acte du chanoine de Saint-Aignan.

Ces moulins étaient établis sur le parcours des eaux navigables et flottables et sous les ponts, et ces cours d'eau et ces ponts étaient entre les mains des seigneurs de fiefs (1).

On s'étonne de ce que quelques-uns d'entre eux, placés sur le fleuve coulant entre les rives dépendant du bénéfice de la collégiale de Saint-Aignan, aient pu y être construits par d'autres que par cette collégiale elle-même et être incorporés à ses biens par un de ses membres.

Ces rapprochements entre une propriété privée établie sur un cours d'eau faisant partie d'un bénéfice et faisant retour au tenancier, au moyen d'une donation consentie à son profit par le propriétaire de l'immeuble, ce contrat de bienfaisance luimême, nous paraissent constituer une contradiction si manifeste avec le régime légal de la féodalité, qu'elle nous paraît rendre ce contrat impossible.

(1) Les moulins à vent étaient encore inconnus en Occident ; ce ■ont les croisés qui les ont introduits à leur retour.

On ne peut pas même expliquer une possession à titre de propriétaire d'un immeuble, dans une pareille situation, par Valleu roturier, ou la propriété acquise au moyen de l'amortissement ; il faut, à notre sens, qu'il y ait une lacune dans le document rapporté, ou une erreur dans l'interprétation qu'on lui a donnée.

Le long espace écoulé entre l'acte de donation et l'acte de ratiQcation par l'autorité royale que nous avons signalé fortifie cette observation (i).

Déjà nous avons parlé de ces moulins dont les derniers, placés devant le coteau de Saint-Laurent et ayant appartenu à cette collégiale jusqu'à sa suppression, n'ont disparu que très tard, protégés qu'ils étaient par les actes qui ont suivi la Révolution.

L'usine était établie sur un bateau formant un carré plus large que long; sa force motrice consistait en une roue à aubes plus longues que larges.

Ces établissements flottants, arrêtés au rivage par des câbles puissants ou même des chaînes de fer, pendant les grandes eaux, changeaient de place suivant l'élévation ou la baisse de celles-ci.

Dans cette dernière situation du fleuve, les moulins étaient poussés au large, et retenus par des ancres et les meuniers se faisaient des chutes d'eau en creusant les sables qu'ils parvenaient à maintenir par des pilotis.

Ces travaux devenaient fort gênants et quelquefois dange reux pour la navigation alors fort active.

Ce genre d'industrie avait établi des mécaniciens sous les arches des ponts ; ces usines étaient connues sous le nom de Moulins à arches ou Moulins pendants, parce que ces mécanismes étaient attachés à la voûte de l'arche.

L'ancien pont, celui du moyen âge, avait eu ses moulins

(4) Elle prend un caractère bien plus sérieux des sources auxquelles M. Lottin a puisé le renseignement que nous examinons en ce moment ; ces sources sont ainsi désignées par lui-même : Manuscrits sur Orléans^ tous ceux qui existent ; imprimés divers.

pendants ; les moulins en pleine eau les ont fait disparaître , nous en avons vu de ces derniers eu amont et en aval, en assez grande quantité (1).

Ce pont comptait dix-neuf arches (3) ; il était, ainsi que nous Tavons dit, partagé à son milieu par deux atterrissements appelés, Tun en amont du pont : la motte Saint-Antoine ; Tautre en aval : la motte aux Poissonniers.

On voit combien la batellerie devait être composée de vaisseatix ou chalands, ou même de radeaux étroits et de chargements peu élevés pour passer sous ces ponts ; le pont de Beaugency nous donne une juste idée de ce que pouvaient être ces instruments de navigation.

Ce pont comptait trente-neuf arches et ne mesurait que 440 mètres de longueur ; on comprend quelle difficulté il présentait à la navigation.

Il ne compte plus aujourd'hui que vingt-six arches y compris une arche marinière, et une partie de son parcours interrompu et dont les deux extrémités sont reliées par des traverses en bois.

Lés moulins donnés par le chanoine de Saint-Aignan étaient un don précieux ; ces sortes d*immeubles, ballottés par les eaux du fleuve, étaient dans la mouvance des autres liefs religieux ou séculiers; quelques-uns existaient sur le Loiret, dans les eaux appartenant à la collégiale de Mici, Saint-Mesmin.

Sur les Mauves, il en existait également, tous appartenaient à Tévêque, seigneur de Meung, et aux Cordeliers, institution

(1) En 1435, les moulins pondus placés sur lo pont d'Orléans ot qui appartenaient au roi, sont emportés par les glaces et la desserre, il ne resta plus que le moulin de la Commanderie (qui devait appartenir à Tordre hospitalier de Saint- Jean do Jérusalem) ou du Mardereau porté sur les chalands, et le petit à matn, près les mottes Saint- Antoine et des Poissonniers (Lottin).

(2) Le pont actuel n'en a que neuf et mesure 333 mètres de long sur 15 de large.

On ne retrouve plus rien sur les emplacements occupés par ces moulins, ni sur leur nombre ; en 1834, il on existait encore deux, devant le coteau et en face de l'église de Saint-Laurent.

- lU —

f de religieux, qui ne fureïitT il est vrai, installés dans cette ville tqa*eii T année 1459.

Toutes ces usines ont été remplacées par des bâtiments con-

Fflidérables outilU^s de savants m6<*anisnics, qui, longLemps, mit ffait la lorUme de ce pim occup*; par une piquilalion industrieuse et amie du travail.

Si de ces actes de pieuse (générosité prodigués aux grandes I institutions religieuses de lu ville, nous cnnstdérons ces actes Pintéressnnt les institutions religieuses des environs, nous voyons que le pouvoir royal, même dans ces temps où letude des lettres ne jetait cncnre qu'une lueur faible et vacillante, prenait plus encore en considération rencouragement qu1l devait aux institutions qui s'étaient constituées les centres de ces études, que le sentiment religieux lui*même dont ils pouvaient être animés.

Saint-Aignan était déjà une des célèbres écoles de la monarchie et Saîut-Benuit, sous Tinducnce du chapitre de Saint- Aignan» entrait dans la même voie et devait y dépasser Tiusti* tutionqui, par son exemple et ses bienfaits, l'y introduisait.

Nous avons fait remarquer que non seulement le roi Robert aimait les lettres, mais qu*il les cultivait, à ce point qull doit être considéré comme un des premiers poètes du moyen âge.

C'est manifestement dans cet esprit et appréciant rinHuence que devait exercer rinstitulion des Bénédictins sur la propagation de cet élément de civilisation qu'il se montra aussi généreux envers elle, en lui donnant tout ce qui, dans ces temps, paraissait le plus précieux et le plus enviable.

Ces objets étaient des reliques qu'il tira de Saint-Benis, en France (1), (pieiques chasubles dont saint Denis, lui-môme, s'était revêtu; quelques-unes de saint Rustique; la dalmatique de saint Elcuthcre; les vêtements de saints martyrs empourprés de leur &ang, et d'une corde avec laquelle saint Denis TAréopagite avait été attaché (2).

(1) Ce mot en France juatiHe tout ce que noun avoua dit à et lujet à roccaBJon du Heu de la naissance de Pierre l'Ermite.

(2) Oa voit que la côb fusion entre saiat Denis rArôopngito etaaint Deais de Paria ôtail comité toment adoptoe dans ces temps.

Philippe I*' ne se montra pas moins généreux que son père.

c II tint en Tannée 1077 son parlement à Orléans, et, dans cette assemblée, il donna Tabbaye de Saint-Benoît, Téglise de Saint-Symphorien d'Âutun qui possède des reliques de ce saint.

> L'année suivante, il visita cette abbaye pour laquelle il avait une grande dévotion, sachant bien qu'elle était honorée des reliques du glorieux patriarche des moines de Saint- Benoît. 9

Ce fut aussi en Tannée H07, et en présence de Louis VI, qu'eut lieu la solennité relative à ces reliques, jusque-là déposées dans une chasse de cuivre, placées dans une chasse plus grande richement élahourée d'or et de pierres précieuses.

Le roi Philippe P"^ n'assista pas à cet acte de dévotion, il approchait de la mort^ moins il s'y fit représenter par son fils.

Il mourut cette année dans la ville de Melun ; il avait désigné l'église de l'abbaye de Saint-Benoît pour être le lieu de sa sépulture, n'étant pas digne, disait-il, à cause des fautes de sa vie, d'être enterré à Saint-Denis.

Cette volonté fut exécutée ; on voyait dans la grande nef de l'église de Saint-Benoît, sur la pierre tombale du roi, sa statue de grandeur naturelle, couverte de l'armure du chevalier.

Originairement, cette pierre couvrait la tombe du roi reposant auprès du sanctuaire, aujourd'hui elle gît de côté et d'autre, suivant la nécessité de réparer les ruines de ce majestueux monument.

De ce lieu et presque aussitôt après avoir rendu les derniers devoirs à son père, Louis VI vint à Orléans, où, le troisième jour du mois d'août de cette année 1107, ou 1108, ou 1109, car on varie, à ce point, sur le millésime de la mort de Philippe I", il fut sacré roi dans l'église de Sainte-Croix par Daimbert, archevêque de Sens.

Quelques autres permutations d'églises à églises ont été opérées à cette époque, quelques institutions monastiques, particulièrement Saint-Mesmin de Mici, reçurent de grandes

largesses des rois et de quelques fidèles ; mais, au moment où nous sommes parvenu, nous ne devons plus nous attacher qu'aux autres circonstances historiques qui, au milieu du mouvement général du christianisme à ce moment, intéressent plus spécialement l'église d'Orléans.

DÉTAILS HISTORIQUES. — ÉTAT MORAL DU CLERGÉ. — MANUMI88I0N. — INSTITUTIONS DE BIENFAISANCE. — INONDATION. — ACTES d'AUTORITÉ.

Après avoir jeté un coup d'œil sur l'état des églises à l'extérieur et à l'intérieur de la ville, et sur les grandes institutions religieuses dont elle était le siège, que leur voisinage et surtout les rapports d'origine rattachaient les unes aux autres, il serait convenable d'étudier l'état moral de l'épiscopat, du clergé et des membres des congrégations monacales.

Nous ne croyons pas devoir entreprendre cette tâche.

A cette époque que nous qualifierons de transition, l'Église catholique subissait l'une des épreuves auxquelles toutes les institutions, même celles de la religion, sont soumises.

Le schisme était à Rome ; de cette capitale du monde catholique il s'introduisit dans ses provinces.

Une ambition désordonnée de posséder des bénéflces s'était emparée de la classe dominante, et l'intrusion, depuis Charles- Martel, d'un assez grand nombre d'antrustions dans les bénéfices religieux et dans l'épiscopat, avait inspiré cette ambition même aux membres du clergé et des ordres monastiques.

Alors on connut dans l'Eglise une hérésie nouvelle : Vhéréàie simoniaqiie.

Dès le xi'^ siècle, cette hérésie dégradait l'Église ; l'illustre Hildebrand, bien avant qu'il parvînt au souverain pontificat, sous le nom de Grégoire VII, avait engagé contre elle une guerre qu'il soutînt avec un grand courage et une admirable persévérance ; il la légua, cependant, à ses successeurs, comme lui aux prises avec le principe du schisme d'Occident.

Alexandre II, à l'instigation de Hildebrand, déjà dirigeant le souverain pontificat, avait, en l'année 1063, envoyé Pierre Damien en France, en qualité de légat.

Gelm-ci convoqua un concile à Ghàlons, dans le but de faire cesser ces négligences reprochées à Tépiscopat, et, aussi, à toutes les parties des institutions religieuses.

A ce moment, le diocèse d'Orléans était divisé par un schisme : deux prétendants se disputaient le siège épiscopal.

Nous pourrions nous étendre sur les longues discussions, les graves accusations qui se sont élevées entre ces candidats ou qui ont été portées contre eux ; nous croyons devoir, dans un sentiment des convenances, nous borner à celles qui portaient sur la simonie et sur les résultats regrettables de Tinfluence exercée dans cette élection par Tautorité royale elle-même.

Cet état se prolongea avec tous ses éléments déplorables et scandaleux.

Il comprend, depuis Tannée 1066, les épiscopats de Reignier, Reinerius, qui mourut en Tannée 1082 ; d'Âmoult, Amulphus, dont le commencement et la fin de Tépiscopat ne peuvent être déterminés, mais que Ton doit considérer comme ne s'étant pas prolongé au delà de Tannée 1090, de Jean I^; qui, frère de Raoul, archevêque de Tours, celui-ci cumulant avec cette dignité le titre de prévôt et d'archidiacre de Téglise d'Orléans, fut élu au cours de cette année 1090.

Ce fut sous lui, nous Tavons vu, que Texemption et le pouvoir de nommer un vicaire, sans recourir à l'autorité de Tévêque ont été Tune reconnue, l'autre donné au prieuré de Saint-Laurent, à Tégard de Notre-Dame-de-Recouvrance.

Cet état de choses comprend, enfin, Tépiscopat de Sanction, Sanctio ou Sanson, dont Tannée de Télection est contestée, mais qu'il faut placer à Tannée 1100 et avant celle de Jean II.

Cette élection fut vivement combattue entre ces deux ecclésiastiques.

Jean II, pour nous servir de l'expression de Lemaire, était ellement diffamé, que son compétiteur l'emporta, malgré l'influence que le roi voulait exercer pour faire élire Jean IL

Cependant Sanction encourut la peine de l'interdiction pendant la première année de son épiscopat ; cette sentence fut prononcée par l'archevêque de Lyon, alors légat du pape, et bientôt Jean, qui, bien loin d'avoir renoncé à devenir évéque

rOrïï^atis, au contraire, avait poursuivi rinierdiclion de son idversairc, obtint un ordre du roi prescrivant qu'on Televât à cette dignité.

Elle lui fut donnée le jour où on côlébrait la fCte des Saints ^Innocents.

^^ Ses ennemis se vengèrent de la contrainte à laquelle ils avaient ^Kobéi par celle épigramme :

H « ^ ■ Noi

EUgimm puerum, puerofum [esta co(fnlt*H^ Non morem nostnim, sed rtf^isju&sa seqaenteH.

Noos avons elu un enfant h la fôte des enfants. Non suivant notre règle, mais suivant les ordres du roi. »

A cet empêchement d'un âge incompatible avec Tépiscopat, venait se réunir le vice de cette haute inlluence, et, plus encnrt*, une vie privée qui Ten rendait indigne*

li paraît, car l*^s dates des «H^'^nements, de Texistence et de (k mort des hommes les plus considérables de cetle époque Ronl restées absolument incertaines, que Jean II est mort en raonée 1134.

Cet épiscopat fut marqué par un schisme non moiîis MÛirmc jue ne le fut le schisme de la papauté ; un ecclésiastique nommé Henri a prétendu au litre d*évêque et on assure qu'il fut sacré ^cn celte qualité.

Ce qu'il y a de certain, c'est que, pendant Tépiscopal de

Jean II, qui, depuis son sacre, il faut s'empresser de le dire^

ivail réformé sa vie, Henri porta le lilro d'évêque et qu'il

Jflgure au nombre des prélats d'Urléans au carlulairc Ue Sainle-

Iroix.

Les écrivains qui ont traité du clergé et de l'Eglise d'Orléans, ont en grand désaccord sur le rôle qu'y a joué Henri ; La Bussaie, sans placer ce personnage au nombre des évoques, pnlercalle au milieu de Tépiscopat de Jean II.

Il dit qu'on trouve, aux années î 120, tl22, 112G et 1127 ou j% environs {circa), un certain Henri comme ayant élé évoque

l'Orléans : « Interea Henricus quidam episcùpm AureUarîemù

\irenttur >

- HQ -

Cet eccl(''5iasiiqiie a pris ce titre dans un acte constatant un bienfait dont il aurait été Fauteur,

Ce nom et cette qualiti*^ se retrouvent dans un autre actô h la date de 1122. par U^quel Gilles de Loury, clerc (ecclésiastique}, un chevalier tKïiîjniù Jeau, Adam «H Henri, frères dudil Gilles de Loury, donnent à Hugues doyeu et îi Manassès chevecier de I*égli5e de Sairile-flruix ^ parents de VMtjue Henri [comantiuinei Ht'Hrici epificopis), lout ce qu'ils possèdent dans l'église de Ghilteurs.

El quoique La Saussaie ne [daci* pas Henri dans la liste des évoques d*Orléans, cependant, coiimïe il l introduit au milieu de répiscoput de Jean II, de ll'M h 1156, et qu*il termine sa biographie par ce» mois : « Cet Henri siégea sous les souverains pontifes, Catixle H, Honoré II, et sous le régne de Louis le Gros, ■ il semble bien Tadmettre au nombre de ces prélats.

Les auleurs qui ont suivi, ne pouvant lever le doule que leur causait cette inter[ïolalioti d'un évéque durant rcxercice de révoque légitime, ont cherché h Texpliquer.

Lemaire a tranché lu question en donnant k Henri la qtialité de chorevéque; mais ces préluls rnélis, qualifiés d'i^v^quvs errants^ devenus un embarras pour lepiscopat, n'existaient plus dés le x*^ siècle.

D'ailleurs, il considère celle confusion de ces deux êvftques administrant en même lenips le diocèse d'Orléans, comme une erreur de dates commise par Baronius et les autres écrivains de rbistûire de TËgiise.

Pour nous, en considérant les ardentes conipéiiiions de ces leni[rs, les difficultés qu*a éprouvées Jean U, lors do son élection, la répugnance que le clergé avait à se soumettre & son aulorité, nous pensons qu'fi ce niomenl il y avait deux «Wéques se partageant les esprits pi les adhésions du clergé d'Orléans, comme il y avait deux papes se partageant le monde catholique.

Nous ne nous arrêterons pas an successeur de Jean II , nommé Hélie, et nous contenterons de citer cette phrase empruntée k Lemaire : « Comme le soleil maître des astres souffre Féclipse, ainsi les personnes élevées en dignité, la svnropc

de la corruption ; notre iîélie qui porte en langue grecque le nom de soleil, commence à *lisparaUre se relàohanL et s'abandonnsut aux délices et voluptés.

Hanassès II lui succéda, et, dans celui-ci, Téglise d'Orléans retrouva un chef digne de la [»ei*sonuifiêr par fes heffes actions de piété, de charité, de zèle et de ftbérah'fé (1146).

Ainsi, depuis Tannée 1066jusqu*â celte dernière année 1146, l'église d'Orléans a parcouru une sorte de désordres que nous avons évité de révéler dans tout ce qu'ils avaient de funeâtes pour le sentiment reli|uncux elproirla religion elle-même.

Sur les trois principaux historiens de la ville d^Orléans. un seal, Lemaire, ne fait qu'cfileurer ce qui, pendant ce long espace de temps, concerne Fépiscopat ; les deux autres, au contraire, ne négligent aucun incident, quelque scandaleux qu'il soit, quelque réprobation qu1l mérite.

Symphorien Guyon particulièrement, et cela évidemment dans un sentiment bien mnl compris d'atténuation, s'y arrête avec une bien malencontreuse prolixité, y joignant le récit plus affligeant peut-être de miracles dont le merveilleux est poussé jsusqu*à Textravagance.

Empressons-nous d'aborder une série d'institutions plus conforme à l'esprit évangélique et au devoir de ceux qui ont la mission de le répandre et de le pratiquer.

Malgré ce qui vient d'être dit, c*esl à cette époque que remontent, de la part du pouvoir religieux et du pouvoir royal» les premiers essais de manuniission et les premiers établissements publics charitables, en vue de Tamélioration des familles du scr\%age et du soulagcmeiit des souffrances, de la maladie» de rindîgence et des inlirmités de In vieillesse.

il nous paraît convenable de les rap[irocber,de les confondre dans le même examen.

MANUHJSSIOM.

Telle est la puissance de la loi évangélique que, sous Tépiscopat de l'un des évèques d'Orléfuis ap|iarlenarit à la triste période dont nous venons de donner idée, réglise d'Orléans prit llnitiative de ralTrancnissemcnl des familles du servage.

En Tannée 1097, le wége épiscopal élanl occupé pnr Jean I*», fui f^neastré dans le jambage du grand portail de Téglise de

Sainte-Croix, celte courte, mais belle inscription : Ex beneflcio iÇ. t P^>" Joamicm eptscopum^ et per Albertum, S, f cmalum fneius ejtiii liber Léfberfus, leste hac mncta ecclesia (1).

* Par la grâce de la sainte croix^ Letbcrt a été rendu libre par Jean, évèque, et par Albert» vassal de Sainte-Croix, témoin cette sainte église. •

CVst donc Albert qui, par le ministère épiscopal, aOranchissiit ee casafus, cet homme de la glèbe, nommé Letbert, et Albert, vassal de l'église, était lui-même un affranchi.

On se demande comment un vassal a pu être en même temps possesseur d*homm69 de glèbe et a pu jouir de ce pou* voir de les affranchir.

Cette question qui nous préocupe s^est présentée h Vespril de Lemaire.

Elle a même fait Tobjet d*im exumeu sérieux de la part de Cujas et d'Yves de Chartres.

Il parait résulter de leurs discussions que ce vassal était un possesseur d*ulleu.

Lemaire n'est pas de cet avis; il pense qu'Albert, dont il eëi question ici, était un affranchi de Sainte-Croix,

Mais il donne de cette proposition une si pauvre justiOcation, qu'il nous est impossible de ladopter.

Invoquant, à ce siïjet, un ancien historien de la ville de Chartres, Rouillard, il explique la situation du vassal Albert, affranchi lui-même cl affranchissant Letbert, en disant que ces vassaux affranchis devenaient des casait^ comme étant du corps de fégllset ne pouvant reconîiailre autre juridiction que celle de l'église.

Ainsi, d'après? cette manière de voir, ce ne serait pas au chapitre de Sainte Croix que reviendrait le mérite de cet affranchissement, mais à son ancien homme de corps Albert ; et l'église de Sainte-Croix dont il était, par raffranchissement, devenu le

(l) U est presque inatiïe de faire remarquer que k croix qui rait la lettre «, compose avec cet s les mots SancW Cr%*€is*

fcasalus et hors la juridiction de laquelle il ne pouvait faire i aucun acte de la rialure de ceux qu'elle devait consacrer, n'était là qu*un instrument qui légalisait raiïranchiasenient de son l^assaK

SymphorienGuyon examine aussi la question née de la qualité d^afTranchi et de vassal donnée à cet Albert, et il enseigne que le mot casatus avait perdu de la rigueur de son sens primitif; qu*on Faltribua aux hommes libres, et cela depuis le vm' siècle.

De telle sorte, dit-il, qu'Albert, mentionne dans cette inscription, vassal de l'église de Sainte-Croix, homme de condition librCy tenait en llef de révèque d'Orléans quelques terres du pays de Pithiviers en Gatinais.

Il cite un acte que celui-ci avait signé et dans lequel il prenait les qualités suivantes : Albert ca^alus au camp de PUhivîers, casatus de Piveriis Castro casatus, et dans lequel étaient prélents avec lui d'autres vassaux de la même église-

Aussi cet acte d'alTranehissement, de cette nnnée 1097, n*egi pas attribué à Téglise d'Orléans, mais on \n produit sur la pierre encastrée au pilier de la cathédrale pour montrer Téglise affranchissant ses hommes de corps et leur permettant d'affranchir à leur tour

Malgré tous ces raisonnements, nous croyons devoir mentionner ici un autre exemple de manu mission, ne fùl-ce qu*à cause de sa singularité.

La collégiale de Saint-Aignan d'Orléans possédait auprès d'Étampes une terre nommée Juchalo, depuis noMiméc C halo-la* Reine. La reine Adule, l'une des femmes que Louis Vil époupa, la désirait. Le roi, pour lui complaire, échangea cette terre avec la collégialô en lui donnant trois villages près Orléans: Arte* nay, Autroche etExart.

Cet acte eut lieu en Tannée H74 et contenait, outre le droit de toute justice et d'imposer la taille; tous les serviteurs et toutes les servantes habitant le territoire soumis à la justice TArtenay,

11 excepta de ces personnes un nommé Hugues et ses enfants. rque le roi retenait, ajoutant par extraordinaire que si le vieil-

lard ou ses enfants se mariaient avec quelque serrante de ces villages, les enfants qui en proviendraient seraient partagés par moitié, Tune appartenant au roi et l'autre à léglise de Saint- Aignan.

Mais nous devons faire remarquer que le fait de cette donation et de cet échange ne nous est donné par Fauteur auquel nous rempruntons que comme lui ayant été communiqué par un chanoine de Saint-Aignan, possesseur de pièces atêikentiqties, et qui lui ont été très utiles pour Taccomplissemcnt de son œuvre.

En présence de la définition que le Glossaire nous donne de ce mot : casatahabitaculumcum certa terrœ quantiiate idanea ad unam familiam alendam, case, chaumières, à laquelle est attachée une certaine quantité de terre suffisante pour nourrir une famille, nous avons peine à nous rendre.

Il est vrai qu'avec le temps les mots prennent des acceptions adoucies, et du Gange nous montre en assez grande abondance les nuances que le sens des mots et, particulièrement, celui de casaius ont éprouvées.

D'ailleurs le texte de l'inscription ne présente rien d*équivoque.

Il faut donc voir ici un signe consolant de l'adoucissement des mœurs et du sort des classes soumises à la dure loi de la conquôte.

Le clergé avait donc pris une noble initiative, qui, en même temps, fut adoptée par le pouvoir royal.

Mais nos anciens annalistes semblent exagérer, sinon le nombre, au moins l'importance de ces affranchissements ; ils disent que le chapitre de Sainte-Croix obtint en l'année 1204, du roi Philippe Auguste, des lettres patentes lui permettant d'affranchir tous les serfs de son bénéfice (1).

Il semble que ces lettres patentes n'ont pas été suivies d'un grand effet, car en 1224 le chapitre renouvelait sa demande d'autorisation à Louis IX, qui la lui répondait favorablement,

(1) On rapporte des lettres do ce prince concernaat la maaamissioQ des habitants d'Orléans que nous examinerons bientôt.

foettant toutefois un prix h chaque maïiiuiiissioD, qui devait être payée au prorata des facultés île ceux qui Toblenaient,

Celte Gondilion devait réduire l affranchissement h une bien faible proportion numérique.

On continue, et on écrit que le 11 juillet 1223 Tabbé de Saiat-Mesmin a afîranchi 20O hommes de corps des domaincfl de cette collégiale, mais qu'il aurait retenu sur eux le droit de justice, laille, cens^ etc, îoj

Les deux annalites Lottin et Symphorien Guyon, qui nous révèlent ce grand acte de mise en liberté, considèrent évidemment cette retenue ou réserve comme une modiOcation au bienfait de l'affranchissement.

Tous les deux commettent une grave erreur.

L'affranchissement du servage, loin de soustraire ceux qui en étaient Tohjet aux droits de justice, taille, cens et autres, suivant la coutume qui régissait le lieu de leur habitation, les plaçait, au contraire, dans la catégorie des habitants du Bef q\ii ne Tavaient jamais perdue ou qui l'avaient recouvrée.

Les classes que la condition de l'alleu ou celles que, depuis longtemps, la nature des choses humaines avait fait sortir de lamaifi despossesseui-s de bénéfices, classes déjà mitoyennes entre celles soumises à la servitude, qui se continuait pour les pa)^ans, et la demi-liberté dont jouissaient des manants dans les bourgs et les villes du territoire féodal, étaient soumises à ces droits qui constituaient les conditions sociales de ces temps*

Les classes du servage, au contraire, en étaient exemptes ; la justice n'était pas faite pour lui : il était dans les choses du tenancier ; étant corvéable, c*est- à-dire soumis au service du corps, il n*était donc pas soumis à la taille, car, comment exiger une redevance en argent de celui qui ne possède rien et qui ne peut produire que par !e travail corporel?

Le roturier, au contraire, était taillable, à propreraentparler, car ayant le pouvoir de remplacer le service du corps par rimp6l, et, par la nature même de ses occupations et par le contrat d^affranchisscment, nï*tant {il us dans la main, et V homme du détenteur du Oef, il acquittait par la taille le service que le serf acquittait corporellement.

Cet impùL ou plutrH ceLle redevance représenUit d'auUiDt plii& le service de corps qu*n était arbitrairement fixé et qui! s élevait tniites les iois que le tenancier croyait avoir un motif pour l^aufjfmcnter,

il semble donc que les mots iaiUables et corvéables à merci et miséricoi^e n*ont été employés, dans cet ordre, que parce qu'ils se présentent plus facilement dans le langage familier, et qu'on aurait dû dire : corvéables et taillables, et, en tout cas, que ces mots s'appliquaient à deux classes difTérentes : celle des serfs, celle des roturiers, ce dernier mot ayant perdu, avec le temps, sou sens primitif, pour ne garder qu'un sens traditionnel exprimant l'origine de la clause nouvellement sortie du servage.

Enfin, et bien certainement les mots qui exprimaient la réserve du droit de jusiice^ de la taille et du cenSt ne constituaient aucune atténuation à Tacte d'alTranchissement ou de manumission.

Nous venons de voir Louis VII affranchir les Orléanais de la main morle^ c* est-à-dire de cette classe d^hommes vivants considérés comme morts au point de vue de leur participation à la vie sociale et même h la vie de famille. Nous verrons Louis IX faire disparaître entièrement la barrière qui séparait les habitants soumis aux mêmes lois religieuses et à la même loi politique eu deux parties tellement distinctes, qu'il leur était impossible de se réunir.

Ces bienfaits de Télément religieux et du pouvoir royal lurent bientôt suivis de bienfaits d'une autre nature.

Louii VI, en Tannée lilâ, avait fondé une léproserie dans le quartier suburbain d'Orléans qui, depuis, a été appelé le faubourg Bannier.

Cet asile devint dans la suite un monastère de Tordre des Chartreux, de nos jours transformé en un très bel établissement consacré à l'éducation des jeunes ûlles confiées aux dames du Sacré-Cœur de Jésus*

Déjà et du temps des Mérovingiensi la Icpre avait été Tobjet d'une attention qui avait fait établir à Lyon un hospice spécialement destiné à recevoir ceux qui en étaient aiteiiiU, ce qw

nous a autorisé à faire remarquer que introduction de cette cruelle maladie était, dans rOecident, antérieure aux croisades.

Mais si ces maladies cutanées se sont répandues dans nos contrées au milieu des malheurs publics et des misères privées, elles prirent un caractère épidémique depuis la première de ces guerres.

Aussi.on attribuée Louis Yll, enl'année l!84{1)Je dond*une logta qu'il possédait h Boigny, domaine riche en bois et terres labourables, désitrnée, depuis ce temps, sous le nom de commanderie (2), située à Test de la ville.

Ce domaine devint, entre les mains des commandeurs, une magnififiue résidence depuis la révolution de 1789 ; ses dépendances ayant été raorcelées, ses bâtiments ou détruits ou transformés, il n'est plus qu'une agréable habitation particulière.

Les historiens de la ville d'Orléans anciens et. tout dernièrement, un mémoire contenu au 9*" volume des publications de la Société archéologique de V Orléanais ^ sous le titre ; Recherches sur la Léproserie de Boigny. et un ouvrage intitulé : Les Lépretix et les Chevaliers de Saint-Lazare de Jérmalem^ représentent la commanderie de Boigny comme ayant été la maison mère de cet ordre céli?bre et le siège de la grande maîtrise, pour l'ordre tout entier, composé de huit langues ou nations.

Les ordres de chevalerie nés des guerres des croisades , distinctes de la chevalerie proprement dite, se composaient de trois divisions.

La première, celle dite du Temple, date de Tannée 1118, époque à laquelle, après n'avoir été qu'une association reli-

(1) La charte de donatioo, datJo arbitrairement de l'année 1152 ou 1154, n'est pas représentée.

(2} Ce mot tire son origiae de celui de commendamus^ par lequel commençaient tous lea ordres que les chefs de l'ordre dnnnaiont à leurs délég^uéa, dans l'origine appelés pnkepfeurs^ d'où les dénomioaiioni de commandeurs^ et pour les délégués aux diveraes réBidences appelées ellet^nièaiee cQmmanderies.

giettse, sous le nom de Frères hospitalier» de Saint-Jean de Jérusalem^ et cela depuis rentrée des chrétiens dans la ville de Jérusalem (1090); elîe se constitua en armée permanente consacrée à la défense des saints lieux,

Ce4j frères s'établirent dans une hnlntation près du Temple; de cette cirronstance, on les appelait les Frères hospitalieri du Temple^ et enfin les Templiers,

En Tannée llti>, les progrès désastreux de ta Ifcpre* raiii^ tude et les occupation!» toutes milttatres des chevaliers du Temple rendirent nécessaire In fondation d*un nouvel ordre de chevalerie exclusivement voué aux soins à donner à ceux qui étaient atteints de celte effroyable maladie, cet ordre ae plaça sous le patronage de Saint-Lazare.

Enfin un troisième ordre, celui-là tout militaire» a dû surgir au milieu dea désastres des croisades : ce fut celui dit de Malte,

A une époque qui semble ne pouvoir être déterminée, Téglise de Saint-Marc cl son territoire ont été donnés à I*ordre des chevaliers du Temple.

Si nous recherchons la justification de cette proposition, nous reconnaissons quelle offre une assez grande incertitude; mais ce qui n'en présente aucune, c'est la possession du territoire de Saint-Marc par les reprcsentonU de ret ordre, et la dénomination de commanderie de Saint-Marc donnée à ce territoire.

Nous possédrms quelques registres contenant Vinventaire des titres de l'ordre de Saint-Jean ou de Bfatte.

Dans le premier de ces registres, sous le miltcsime 1136, on rencontre une charte de Louis Vit portant confirmation et amortissement d'un don fait aux frères de la chevalerie du Temple , d'une certaine place que Payen de Gisdi, le donateuri possédait au marché d^Orléans, pour rebâtir un four qui y était auparavant.

Ici nous sommes en présence, à Orléans, de la chevalerie du Temple, 1

Dans un autre acte nous voyons qu'au moment o(i la synagogue a été convertie en église, on institua des prébendea

affectées à des clercs qui devaient la desservir, et que dans la mention de cette charte les Ànnidea Eccieske Aurt^lianemi^ ajoutent que Philippe- Auguste, dans la suite po^tm^ par un acte daté de Tannée 12'25, la donna aux frères hns|»iialiers, devenus Tordre des chevaliers de Tordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, appelés aujourd'hui chevaliers de Malle : donavH fratrihm hospkîaUirm, et est hotUf t*tiuitum Ordhm Hancti JoannU hieroBolifmitant, gui mciiti'im's diatftfur.

Si en présence de ces textes, des doutes pouvaient s'élever sur cette Commanderie de Saint-Murc attribuée aux chevaliers du Temple, ils seraient levés par ce qui se rencontre au même inventaire, folio 4 où on lit:

'( 1199, charte de Philippe II, dit Auguste portant donation, par lui faite aux frères de ThÔpîtal de Saint-Jean-de-Jérusalem, de Téglise de Saint-Sauveur, où les Juifs avaient tenu leur synagogue, tout ainsi qu'il Tavail donnée aux chantres et chanoines de ladite église, pour la tenir, à toujours, par lesdits hospitaliers, avec la Tuéme liberté qui avait été Jiccordée âuxdits chanoines par ledit don, c'est-à-dire que lesdits frères la tiendront après le décès ou Tabandonnement de colle dudil chantre, ladite charte donnée à Salien {poitr Suthj, Apud Sodacum Vidijo Sulhj ; note en marge du texte de la Charte.) »

Un dernier acte vient se réunir h ceux qui viennent d'être cités, on ïïih Tinven taire ;

u Décembre 1200, lettres de Tofficial de la cour (I) du doyen d'Orléans, portant donation faite par Etienne le Maréchal cl Thifaine, sa femn»*, aux maîtres et frères de la chevalerie du Temple de cinq sous parisis de. rente par an, sur trois quartiers de vigne qu'ils avaient aux Bordas, près le pressoir de Perrin de Bézilly, pour en jouir lesdits Trniplicrs, paisiblement a toujours, à la charge de célébrer Tanniversaire di*sdits donateurs, tous les ans, m leur église de Saint-Marc, près Orléans, puis ils veulent et accordent qu\iprès leur décès, les trois quartiers de vigne, appartiennent auxjits Templiers, i.

(i) C'est ainsi qiTon désignait le chapitre de la cathédrale.

Les chevaliers de Saînl-Jean, devetius chevaliers de Rhodes, puis chevaliers de Malle, h mesure que les chréliens reculaienl devant les Sarft&ins, ne furent donc en possession de Péglise de Saint-Marc et de tout c^^ qui en dépendait, que lorsqu'ils furcni mis en possession des biens des Templiers, c'est-à-dire à partir de rannée 1313, où cet ordre fut supprimé (1),

On voit ici, se manifester une grande différence entre Tidée que Ton s*esl faite de la situation de la Conimanderie de Boigny, représentée comme seule^ en possession de ïa sollicitude et de ïa munificence royale, dans le territoire et dans la ville d'Orléans» Tandis qu'à côté d'elle dans la ville, siège de répiscopat, existait la Couimanderie d'une autre institution de mÛme origine qu'elle, mais de fondation antérieure, plus puissante, à ce point que le pouvoir royal, lui-même dut compter avec elle et crut prudent de Fanéantir.

Celle-ci reléguée dans un désert, et ne rayonnant que dans un espace étroit, marécageux et perdu dans une forêt; cellc-Ui installée dans un palais en possession d*nn quartier central d'une ville, et d'un vaste territoire suburbain sur lequel s'élevait une anticfue église paroissiale, et dont les possessions ont servi, après la suppression violente, à enricliir celle qui lui a survécu.

(1) Il se pourrait, cependant qu*à la décadence de ces deax ordres et peu de temps avant la suppression des Templiers, tous les deux fussent réunis.

Cest ce que rend probable et môme évident, cette note du cartulaire des chevaliers de Malte, ainsi intitulé :

ce 1148, cartulaire des Chartes, lettres et autres titres contenant les dons et acquisitions faits de différents seigneurs et autres notables personnages, par les frères de la ciievalerie du Temple, et les frères de rhôpital de Saint-Jean-de-Jérusalcm, des terres, domaines, ju^^tices et autres biens qui composent Tancien domaine de la Commanderie d'Orléans, lesdits Chartes et Titres datés depuis Tannée il48, et y compris un (fo r«, 8 du 1" registre).

Ainsi, dès avant le retour de Louis VII, de la croisade, Texistence à Orléans, d*une certaine quantité de chevaliers du Temple et de Saint- Jean-de-Jérusalem, est plus que probable.

Ces détails devaient fixer notre attention, ils se rattachent spécialement à l'histoire des institutions célèbres qui ont eu leur siège dans la ville, et, par conséquent, à l'histoire de la ville elle-même ; ils éclairent un de ses points douteux, et dirigent le jugement qu'on doit en porter et qui semblait s'égarer.

Cependant, nous devons nous hâter de revenir à ces fondations charitables, se montrant comme le lever du jour où la religion évangélique triomphera de la barberie des mœurs et accomplira l'œuvre de la fusion des races encore ennemies et à jamais irréconciliables.

Ces grandes maladreries n'étaient pas les seules que l'on dut à la munificence des rois, nous pouvons en citer d'autres qui ne nous apparaissent, il est vrai, qu'indirectement.

Nous citerons la maladrerie d'Olivet, mentionnée en ces termes, dans la nomenclature des commanderies et à l'occasion de celle de Boigny : commanderie et économat de Boigny son revenu consistait en la maladrerie et hôpital d'Olivet^ valant 2,000 /r. (1).

Celle de Saint-Mesmin et celle d'une institution religieuse dont nous avons déjà parlé et placée sous le vocable de Sainte- Marie de l'hospice, Sanctse-Marix de hospitio.

Nous avons déjà dit, en parlant de la maladrerie fondée en l'année 1112, dans le lieu suburbain, devenu le faubourg Bannier, qu'elle avait été confiée aux frères religieux de l'ordre des Augustins.

Polluche nous apprend qu'en l'année 1289, tout ce qui concerne la juridiction spirituelle de cette maison fut donné à Vévêque d'Orléans.

Ce prélat était Pierre de Mornay qui a gouverné le diocèse d'Orléans de l'année 1288 à l'année 1297.

Dans la monographie qui lui est consacrée, Syniphorien Guyon ne parle pas de cette grave circonslancc, qu'il semble avoir omise à dessein.

(1) Cette nomenclature no date que de l'édit de 1672, en vertu duquel elle a été pressée.

Le même silence est gardé par les autres écrivains Orléanais, et le seul qui nous le fait connaîti'e et dont Tœuvre nous reporte aux précieuses notes de Polluche, ne nous apprend pas la cause de ce coup d'autorité, et qui ne doit être autre qu'un de ces relâchements dans la discipline, très fréquemment signalée dans Thistoire de ces institutions.

Beauvais de Préau ajoute que : pour le temporel il fut réglé que le maître et les frères en rendraient compte à la ville comme représentant les fondateurs.

Le texte nous cause un assez grand étonnement, le fondateur nous ayant été sifi:nalé dans la personne du roi Louis le Gros, que la ville ne pouvait certainement pas représenter.

Le texte continue et c'est ici que nous apparaît un hospice désigné sous le nom de Léproserie de Saint-3Iesmi7i,

Une habitation, aujourd'hui propriété privée, d'une assez belle construction, existe encore sous cette dénomination; elle est placée sur le coteau et s'ouvre sur la route reliant le bourg d'Olivet au bourg de Gléry.

Nous voudrions pouvoir préciser l'époque à laquelle cette maison hospitalière a été fondée, rien ne nous l'indique, et rien dans nos anciens annalistes ne nous en ferait même soupçonner rexistcncc si ce n'est col ni qui vient d'être cité et Lemaire, et encore très trausituirenient et comme par occasion.

On voit aussi dans la note de Beauvais de Préau que cette Léproserie cuuliée d'abord à Tordre des Augustins, alors qu'elle leur fut enlevée, sa juridiction spirituelle fut remise à l'évéché, et les bâtiments aux Chartreux, ce fut à cette condition que les malades qui s'y trouveraient au moment de la prise de possession de cet ordre, ainsi que tout le mobilier, seraient transportés à la maladrerie de Saint-Mesuiiu.

Nous devons faire remarquer (jue nulle autre part que dans la mention du revenu de la conmuuiderie de Boigny, consistant dans les produits de la maladrerie d'Olivet, s'élevant à 52,000 fr., il n'est parlé de celte maladrerie.

Or, la maladrerie de Saint-Mesmin n'est située qu'à une petite lieue du bourg d'Olivet, à une très petite distance de

régiise elle-même située à Textrémité ouest de ces commune et paroisse, et dans ces temps reculés où ces délimitations, surtout dans les campagnes, n'étaient pas déterminées, il est possible qu'on ait étendu le territoire du coteau jusqu'à la maladrerie dite, depuis, de Saint-Mesmin.

Cette supposition nous semble d'autant plus admissible que le territoire de Mici, qui a pris le nom de Saint-Mesmin, alors qu'un bourg y a été bâti, était au midi, comme au nord, limité par les eaux du Loiret et par celles de la Loire.

Pour en terminer sur ces maisons hospitalières exclusivement consacrées à la maladie de la lèpre, nous devons maintenant nous attacher à celle dite de la Madeleine.

Cette institution religieuse était un démembrement de la fondation du fameux Robert d'Arbrissel.

Elle remonte à l'année 1106.

Fidèle à la pensée de son fondateur, cet étaolissement, aux portes d'Orléans comme ailleurs, a réuni les deux sexes, et là, comme ailleurs, sans doute, l'autorilo et la direction des deux maisons celle des hommes et celle des femmes ont été données à la supérieure de cette dernière.

Le monastère des femmes était, dans le territoire suburbain, placé sous le vocable de Sainte-Marie de l'hospice : Sancta- Maria de hospitio. Les religieuses étaient désignées par ces mots : les monains de l'hostel lès Olliens.

Près de là était un autre établissement monastique sous le vocable de Saint-Jean de l'habit, ou de Vhabitation, il consistait dans un petit monastère et une petite église, et confié à des religieux que Lemaire qualifie de claustraux.

Ces religieux, sous la direction des Dames de la Madeleine de l'hospice qui recevaient des filles repenties, recevaient des infirmiers et des lépreux.

Ces deux établissementssubsistèrent, ainsi, jusqu'aux guerres politico-religieuses du wf siècle ; le petit monastère dit de Saint-Jean de l'Habit fut détruit en l'année 1562, et à partir de ce moment pour nous servir des expressions mômes de Beauvais de Préaux, au lieu d'un monastère d'hommes, qui, suivant les premiers règlements devait toujours être joint à un n 9

mona«tt*^re de flllp*», on rfa plu» connenré qti*nn religieux pour confesser et administrer les sacr<?mcnts h ces deraières.

Lu révolution di- 17HD, fit di^paraitrc cclli^ inniHon religieuse, la seule de Tordre de Foutevrault^ qui ait existé à Orléans (1).

lIOTËt OU MAJSO:(-D&EU

Les fondations royales devaient plus particulièrement» s'appliquer h la maladie de la lèpre, que tout autre genre de maisons hospitalières, pour deux raisons péremptoiros.

La première est qifen ouvrant ces refuges, les rois payaient une dette coiitracttie envers les braves qui les avaient suivis en Orient où ils avaient contracté cette elTrayable maladie.

Ces hospices qui tie peuvent être comparés k l'hôtel des Invalides émanaient ccpendnnt de la môrne pensée, et ou peut dire dea princes, à qui on les doit ce rjue Montesquieu dît de Thopital militaire élevé par Louis XIV » à ta sortie d*uDe visite qu'il lui avait faite : t JViimcrais autant avoir fait cet établissiement si j'étais prince, que d'avoir gagné trois batailles, on y trouve partout la main d*un grand monarque, le crois que c*est le lieu le plus respectable de la terre,

La seconde était la rajudité avec laquelle le contûct la communiquai t, et la nécessité de séquestrer, ceux qui étaient atteints; mais on comprend qu'aussitôt la disparition delà maladie, les léproseries durent être supprimées.

Mais dans ces temps ou les soins ingénieux étaient inconnus, oii la distribution des villes, par une stratégie appliquée au mode d'attaque et de défense en usage, était composée de rues étroites et sombres, où les liabitations que nous avons décrites et dont on peut voir encore des spécimens dans les anciens quartiers des villes de province les plus moderniséesi

(1) NotfQ Cd&citoyûQ M. Ludovic de Vau/elle», ancien conseillera Ift cour d'appol dOrléua», |>ropnéLairo de rancien monastère de la Madeleine, origmalreineot dédié à Sainto-Mane de Thoi^jnce, aujour* d'hui transforiné en Ttinô des plus grâciouses maiiions do plaisance des borda de la Loire, a publié en Tannée 1873, un volume rappelant tisns le style le plus littéraire Texisteace de cette iostitulioa*

où la science du médecin était encore entre les mains des empiriques et des manœuvres tenant du sortilège, où Tart du chirurgien aurait été rejeté comme une profanation, dans ces temps, les maladies engendrées par les défauts de soin dont le corps doit être Tobjet, devenaient facilement épidémiques (1).

Les annales de la ville d'Orléans signalent plusieurs invasions de ces épidémies gui durent jeter un grand effroi dans la population.

Il en apparut une en l'année 99o, dont le nom sufOt à la représenter comme ayant été bien cruelle, on l'appelait le mal des ardents.

Son atteinte était soudaine, les entrailles étaient comme incendiées, quelque autre partie du corps tombait en pièces.

Elle ne fut pas particulière à la ville d'Orléans, mais elle y sévit surtout, ainsi que dans le Limousin, dans le Périgord et dans YAquitaine.

On a porté à 40,000 le nombre des victimes qu'elle fit dans ces contrées.

Cette fois la maladie et les populations furent abandonnées à elles-mêmes.

On attendait alors l'an 1000, qui devait être le dernier de la création, et on n'avait pas d'autres secours que ceux d'une foi vive qui devait préparer tous les êtres vivants à une fin pro chaine, aussi parle-t-on peu de cette épidémie à laquelle on a donné le nom de peste et dont les désastres ont disparu, chez les historiens, dans les nombreux phénomènes et accidents, considérés comme les avants-coureurs de cette catastrophe apocalyptique (2j.

(1) On appelait les médecina des Mires ^ parce que dans leurs pratiques professionnelles ils usaient de formules qu'ils tenaient de la sorcellerie et du miracle.

On enseignait à Técole de Montpellier, au xvi« siècle, qun pour guérir l'épilepsie il suffisait de prononcer les noms des trois rois qui allèrent, à son berceau, adorer Jésus-Christ. (Cheruel.)

(2) Plus tard et lorsque la lèpre avait sinon disparu, mais au moins était arrivée à son déclin, nous retrouverons pour des maladies épidémiques passagères, la création do deux maladreries, connues encore

Mais déjà un vénérable ecclésiastique nommé Etienne de Garlande, en Tannée 1150, donna au chapitre de Téglise d'Orléans, dont il était le doyen, deux maisons qu'il possédait près la Porte-Parisis de la ville et appuyées sur la muraille d'enceinte, afin de les transformer en un hôtel exclusivement destiné à recevoir des malades.

Ces maisons devinrent THôtel-Dieu, qui fut d'abord appelé Vinflrmerie des chanoines Sainte-Croix.

Cette appellation n'était, on le voit, que l'expression de la vérité, ce bienfait était dû au moyen du chapitre, le chapitre tout entier concourut à cette fondation par les sacrifices qu'il fit, et nous voyons, au moment où cet établissement a dû être achevé et propre à l'usage auquel il était destiné, les chanoines abandonner à l'Hôtel-Dieu le revenu de deux prébendes pour augmenter celui des pauvres et payer leur nourriture.

Louis Vil se réunit au doyen et aux chanoines de Sainte- Croix, au cours de l'année 1152, il permit aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu, qui étaient des religieux de l'ordre de Saint- Augustin, de prendre dans la forêt, c'est-à-dire celle d'Orléans, par chaque jour une voiture de bois.

Lemaire fait observer en premier lieu que les hôpitaux sont toujom^s contfgus des églises cathédrales, ensuite, que dans les temps les plus reculés, l'église s'est toujoui^ occupée de secourir les pauvres et les malades ; que ce soin, avant qu'il y eut des établissements publics destinés à les recevoir, était confié aux diacres, et qu'au cinquième concile d'Orléans, dans le septième et huitième canons, il est fait mention des hôpitaux et d^s soins que les Évéques prenaient des pauvres.

Enfin il nous apprend qu'en l'année 1170, sur la demande de l'Évoque d'Orléans, Manassès II, et sur celle du chapitre, le pape Alexandre III confirma tous les actes de pieuse générosité qui viennent d'être rappelés.

sous les noms de grand et petit sanitas^ ce raot seul qui exprime celui de santé nous montre que ces hôpitaux ne devaient avoir, comme ils n'ont eu, qu'une existence temporaire.

Il termine ce qui intéresse la fondation de THôtel-Dieu en mentionnant ses actes de générosité de quelques autres bienfaiteurs de cette institution, la première dans la ville d'Orléans qui fut destinée à la charité publique.

L*Hôtel-Dieu reçut de l'Evêque Manassès, agissant, il est vrai, en qualité d'exécuteur testamentaire de Etienne de Gallerande, Tingénieux et charitable donateur des deux maisons confondues pour n'en faire qu'une seule, et qui continuait après sa mort l'œuvre de sa vie, abandonna à rilôtel-Dieu le domaine des ardreis composé d'un moulin, de prés, d'étangs et de bois, et de plusieurs métairies, faisant partie du territoire de la paroisse de Chanteau.

Plus tard et au cours du xv* siècle, Jean Vistc sous-doyen du chapitre de Sainte-Croix, fit donation h l'Hôtel-Dieu de la terre et seigneurie de Gidy en Beauce.

Ces actes en attirèrent d'autres.

Louis IX à son retour de la première croisade, et en l'année 1286, voulant se rendre compte de l'état des villes du royaume, vint à Orléans, et là, comme il l'avait fait partout ailleurs il laissa des marques de sa charité, il disposa une maison qui put recevoir vingt- trois pauvres, il payait leur nourriture, le loyer de la maison dans laquelle étaient logées des personnes pieuses pour les instruire.

Les pauvres étaient renouvelés chaque année, on les baptisait à Pâques, ils y séjournaient de 225 à 300 jours.

Si on continue ce long paragraphe des recheTches historiques, on voit qu'elles attribuent une autre institution à ce saint roi, et qu'il fit construire pendant son séjour à Orléans, au nord et hors de la ville une petite église dédiée à Saint- Hathurin, et à côté un petit hospice pour les pauvres aveugles.

Le saint roi marquait ainsi son affection pour une ville, ajoute M. Lottin, qu'il donna eu domaine à son épouse, Marguerite de Provence, ainsi que celle de (ihaleaneuf, les territoires de Chécy, de Neuville et de (lU^ry.

Nous ne rapportons ce texte emprunté ainsi que nous venons de le dire aux recherches historiques de M. Lottin, que parce

qu'il nous reporte au souvenir de Saiut-Louis, et parce qu*il a été adopté par le grave et conscieut auLeur de Thistoire architeeluralc de la ville d*Orléaûs ; mais nous ne le voyons consigné nulle autre part cl on ne rapporte aucun document sérieux qui s'y réfère*

Ni Lfinaire» ni Symphorien Guyon, ni La Saussaie, ni Polluche, représenté par Beauvais Préaux, ne parle de Thospice de Saint-Mathurin, comme étant une fondation due à la charité de Sainl-Louis.

Lemaire, particulièrement, t[iii a consacré un chapitre spécial, non seulement ix l'entrée des rois, mois aussi/ h celle des princea et des grands persoimages des principaux règnes, depuis Charles le Chauve, ne dit pas, à ce sujet, un moi de Louis IX.

Il ne reste aucune trace ni par les documents historiques, ni par les indications arcliéologiques, ni même par la tradition de l'existence de cette habitation à laquelle aurait été donnée une desliimtï**n qui l'imrait cerLainemenL rendue le plus vénérable et le plus inviolable monument de l'antique cité.

Mais si nous revenons à l'institution de l'Hô tel-Dieu, il ne nous restera plus qu'une observation à produire sur l'ensemble de ces fondations.

Il s'en fallait de beaucoup qu elles fussent alors, et pendant bien longtenips encore, dans un état satisfaisant d'administration intérieure.

Les malades, alors qu'ils étaient nombreux, occupaient jusqu'à quatre le même lit, et lorsque Tun d'eux venait à mourir, ses compagnons assistaient côte à côte à son agonie.

La construction de la petite église placée sous le vocable de sancliis Petrtis Lactenlhtm^ Saint-Pierre des enfants, à la mamelle, date de la transformation des deux maisons données par le doyen du chapitre de Sainte-Croix, Etienne de Garlande en r hôtel appelé V infirmer i*^ du chapifre, et nous indique ainsi qu'on y recevait des fenmiea eaeeintes, et que dès cette époque on n'atLèndaitpns que les chrétiens fussent adultes pour leur administrer le sacrement du baptême.

Cet hôtel occupait le nord du cloître Sainte-Croix, réglisi

fut placée au midi, elle a donné son nom à la rue Saint-Pîerre- Lantîiii el^^e nom lui est reste t|iioique depuis la révolution de iT89. époque de sa fermeture comme égUse, aprKs être devenue église paroissiale, elle ail été tour à tour salle de spectacle, temple de Féi^lise réformée, et enfin, ce qu elle est aujourd'hui habitation particulière,

î.\ TOUR NEIVE,

Nous avons vu n quel usage a été appropriée, à Torigine de la race capétienne, la tnyr neuve^ orfiiinaireiuent forteresse de défense opposée aux couri^es tluviales des Normands, devenue prison d'Etat, dont Charles de Lorraine a été la première victime, expiant ainsi la bieiï imiocente faute d'élre le liLs de Louis d'Outremer.

Noua avons Fripporté quelques autres exemples de cette destination donnée à ce monument.

Louis VI, presque aussi sévère pour les religieux de Saint- Dem's que Philippin I'^ l'avait été pour les juits habitants le territoire de la Monarchie, dont il les chassa, et de la ville d'Orléans, d'où, à cette occasion, sortirent !0 ou lt,000 familles, nombre qui nous parait a vrai dire, très exagéré, mais enfin que nos anciennes traditions nous ont transmis, fit, en Tannée 1109, incarcérer, dans cette tour, les religieux de cette collégiale.

Cet acte d'une excessive violence avait d'autant plus ce caractère que le motif sur lequel il reposait jinvait rien df euupable et ne consistait au contraire (jue dans l'exercice légitime d*un droit en usage dans toutes les erunniunautés religieuses, ces religieux avait élu un abbé qui ne convenait pas au roi.

Cet abbé était précisémeut Suger, eet illustre moine qui, bîent(3t devint l'ami et le ildéle ministre de Louis VI, et continua à ce doubla titre d'atlminîsïrer les adaîres royales sous le règne de Louis VIL

On affirme que ces religieux ne recouvrèrent leur liberté que par rinlerventîon du papr* Pasrbîd 11,

Ce fait exorbitant même pour le temps auquel il se senut passé, n'est pas rapporté par le?» Iiistorieru^ de la Monarchie, il est rapporté par Lemarre qui remprunte k un écrirain nommé DoubltU auteur des Antiquités de Satnt-Denis.

Nous Tavouons» cet liLâtoîricn nous inspire peu île confiaocei si les religieux de Saiiit-Dotus avaient dû être transportéâ de leur monastère à la tour neuve d'Orléaus, l'abbé élu, cause de cette violence, à plus forte raison, les aurait accompagnée; il ii*est question de cela nulle autre part, que dans le chapitre de la tour neufve par Lemaii^.

Si cepeudanl, ce fait éLait vrai, il doit s'être référé à quelque intrigue ou cause politique de ce temps, ou bien c*eut été de la part de ce roi^ pousser bien loin, la guerre des invesUiares»

RÉOniE LÈQkL

Ou voit par l'anecdote qui vient d'être rapportée ai on y ajoutait foi, que ce régime n*avait pas été l'objet d'une institotion bien régulière; aussi ne voyons nous dans Tétat plua calme des grands de cette époque et des populations, non pas' TelTel d'un régime légal quelconque mais Teffet de radoucissement des mœurs par ralîcrmissement du pouvoir royal, par la mise en pratique, plus régulière, de la constitution féodale, et par l'Influence plus rationelle de l'enseignement religieux et des lettres.

Cependant nos annalistes Lotttn et Lemaire font remonter au règne de Philippe P** une sorte de justice royale, presque aussi logiquement instituée à Orléans, qu'elle Ta été dans les règnes suivants.

LottÎQ prétend donc qu'en Tannée 1060, c Ce roi établit à Orléans un prévôt qui fut logé dans uue maison particulière au nord il II chàti^b*t et ries prisons. »

Il ajoute : • Ce juge prononçait sans appel, et ses décisions étaient exécutées sur le champ,

1 Le premier qui fut pourvu de ceLle charge s appelait Malbert, sa maison était à Topposile de la nmimn de Vours, elle

Mt encore iiiijôurci*hiii dans le marché à la volaille, et eet ilpée par un vannier (1), > Tout cela il est vrai existait encore au temps où M. Lotttn Bêcrivait : le cliàtelet a élé abattu en Tannée 1604. et jus- ^■qu*eni812, transformé en mnî.soris dliabitalions traversées par ^nine rue empruntée à la cciur du monmnenL et h une partie BSe son enceinte.

On voit qu*il dût en être ainsi par les restes des pilastres et ^de quelques ornementations dont ils sont encore chargés, de H]a porte monumentale i onstruite par le duc d'Orléans en l^année 1752,

La prison existait également; elle a été consumée par cet incendie.

H Les prisonniers, tant leur sort était intolérable^ résolurent I d*y mettre le feu> au péril de leur vie ; ils exécutèrent ce dessein au jour qui vient d'être indiqué » et, pendant cet effroyable événement^ tous ces malheureux, dont il ne périt pas un seul et dont un seul réussit à s'échapper, furent conduits au couvent ^des Ursulines, alors abandonné depuis la suppression des ^Kinaisons monastiques, jusqu'à Tannée 1792, époque à laquelle elle servait déjà de Dépôt de mendicité qui, du monastère de Saint-Charles, près Téglise de Saint-Jean-le- Blanc, y avait été transféré.

Déjà même ce couvent des Ursulines était converti en une Maison de détention pour les femmes condamnées à la réclusion, et pour les hommes condamnés correctionnellement.

Depuis, h cela près de quelques mesures administratives et réglementaires, ce vaste édiflce n a pas changé de destination ; c*est à cet événement qui 9*est manifesté à dix heures du soir, dam la nuit du 20 au 21 décembre de Tannée 1808, qu'est due

(1) Celte dernière partie descriptive de la situation do la maisoE l>révotaîo et de la maison Je Fours était encore il y a quelques moLi telle que l'a écrite M. Lottin, depuis cette année même, ce quartier a changé totalement d'aapect, niai& la nraisfin dite de V&urSy existe encore, occupée par U tneme modeBie lûduatrle que celle ()tii vie&t d'être indiquée.

!a translation du Palaiâ-deJusLicc et de la Geadarmerie (f)« mais, cepertdaat, qui fi*eut Heu que bien plus tard ; ce qui s'explique par !étal politique et oiililaire de la France jusqu*à Tannée 1816, et dont riofiuenne s'est fait ressentir jusqu'à Tannée 1821, ou les plans du Palais-de-Justice actuel ont été arrêtés.

Il ne reste phis de cette ancienne maison de douleurs (2) qu'une inscription mutilée par le temps, que nous avocust assisté d'un de nos savants collègues de la Société d^agricuUure, sciences, belles-lettres et arts, M. le docteur Cbarpignon, relevée et transcrite, en prolilant d'un éclialTaudage dressé pour la réparation de la muraille, et dont les dernières traces des caractères dont elle était composée se voient encore, en ce moment, à une élévation de près de 12 mètres,

Avec une attention soutenue on peut lire :

oh l quï là mort a la vis est semblable 1 qu'elle a ses traits vivement imitez !

si la vie est vicievfie ov lovablb , la mort retient les mêmes qualites ;

81 qv'vn chacvn, bans 8at01r la magie, pivt voie sa mort av miroir de sa vie.

Comme on le voit, là était rinfirmerie, salle aux expériences de la médecine et des rares éludes anatomiques de ces temps qui se pratiquaient in anima vili^

(1) En 1191. leit rûllgtdiiaeB u'étaient pas encore expulséei du bâtimeiit qu'eltea avaient occupé depuis l'année 1622, au cours de laquelle elles y avaieat été lustallée^ ; ou les força à le quitter le 0 mars de cette année 1791, et on y plaça la tiaute-cour natioualef tribunal révo> lutionnaire, qui diepamt eu l'année 1193.

(2) Celui qui écrit cm lignes a encore présent i la pensée ce sinistre édifice faisant, un trait- d'uuion entre le Châtelet et la maison prévotaîe et en face duquel était la maison du bourreau.

Il a encore devant les yeyx les lucarnes carrées^ barricadées par de Corta barreaux de fer, auxquels étoieat appendus de longs sacs en toile, sollicitant de la pitié des passants, pour les pauvres prison-^ niertf un aupplément à ce qui leur manquait de uotirriture, ou les petites ffiaudises de rindigence : du tabac en poudre ou à macber.

Celle inscription n'est pas précieuse, seulement an point de vue du renseignement qu'elle nous a transmis, elle nous révèle encore les croyances superstitieuses du moyen -âge, entrant à portes ouvertes jusque dan» le sanctuaire de la religion et dans Tasile de la cbarittS et nous rappelle le mh'oir magiquêy à Taide duquel on pouvait voir les événements à venir.

Cette nuit le froid était excessif à ce point que malgré le voisinage de la Loire, l'eau qu'on lui empruntait, gelait pendant le court trajet qu'elle avait à faire, portée de mains en roains, jusqu'au foyer de l'incendie.

Aussi le bâtiment tout entier fut reduil en cendres.

Dans la suite des temps, en Tannée 1791, disparut l église de Saint-Hilaire, dont les rois de la troisième race avaient fait leur paroisse.

Et au moment où nous écrivons nous avons vu tomber la maison prévôtale, hôtel modeste, d*une architecture assez régulière et assez artistement ornementée, ne datant que du siècle de Louis XIII, mais qui a pu exister dès avant cette époque et avoir été l'olijet d'une réparation qui a modifié son premier aspect.

Enfin la maison du linurreau est restée réunie à la maison voisine, toutes deux remises à neuf et devenues une seule habi^ talion de paisibles commentants.

Mais rien de tout cela n'existait au \\f siècle* M, Lottin ne tenant aucun compte des changements survenus dans Tordre politique et dans Tordre social a pris ce qui était ou n'était plus depuis peu, et a représenté les choses détruites par une longue suite de siècles» comme il les voyait au moment où il écrivait*

Aux xtJ* et %uf siècles, pas'plus dans le domaine du roi que dans les fiefs, tes prévôtés n'étaient régulièrement organisées, et Lemaire connaissait bien cet état de choses lorsque, parlant du régime légal même postérieur à ce siècle, il s'adressait cette question : t mais pourquoi se trouve un si grand nombre de prévosls s'entre suivre, et aucune fois deux et trois en une année, et qu'on divisait la juridiction des prévostés en deux; c'est qu'ils se baillaient par bail de justice au plus et dernier

enchériflseiir, à six mois, à nn an et pins ; ce qni a été nn des prindpanx points qni arrêta le SaintrSiège h canoniser notre saint roi Louis, qoand Ton reconnut qu*il vendait la justice ; et par ainsi la justice était corrompue par faveur d'amis, dons et promesses. >

Cette magistrature, d'ailleurs à vrai dire, n'existait pas même au xn* siècle, au moins pour Orléans, ainsi qn'nn acte de l'année 1856, émané de la chancellerie de Philippe le Bel nous le prouvera bientôt^

Gomment aurait-elle existée ? elle n'avait aucune règle de décision; le régime coutumier que les rois de ce temps cherchaient à faire prévaloir sur le droit salien et même sur le droit romain n'avait pas encore réussi au xaf siècle à dominer le droit salien, et la solution des procès était encore confiée au jugement de Dieu par les épreuves appelées Ordalies.

Nous n'avons rien h ajouter au redressement de l'erreur dans laquelle est tombé H. Lottin ; mais il nous a paru eonforme à l'accomplissement de notre tâche de restituer aux institutions et aux époques elles mêmes, auxquelles appartiennent leur véritable caractère.

Page 1