CHAPITRE III
Orléans sous Philippe-Auguste. — Louis VIII. Louis IX.
L'histoire des règnes de ces rois ne peut être mise en rapport avec rhistoire d'Orléans que par le rapprochement de quelques grands actes accomplis et de quelques institutions qui se sont consommées sous l'autorité de ces princes.
C'est dans ce cercle étroit que nous devons nous renfermer.
La persécution que les Juifs ont eu à subir pendant le règne de Louis VIT, se renouvela dès la première année du règne de Philippe-Auguste (1181), alors âgé de quinze ans.
L'esprit d'hérésie agitait les lettrés, le clergé et les monastères; les Juifs étaient l'objet d'une pro fonde haine chez les populations chrétiennes.
Elles leur imputaient non seulement toutes sortes d'impuretés, mais encore des cérémonies où ils sacrifiaient des enfants, en les mettant en croix le vendredi-saint.
On racontait, au cours de cette année 1181, un miracle arrivé dans une des églises d'Orléans, sur deux hosties que le prêtre consacrait : Tune d'elles devint rouge et répandait du sang aux yeux de tous les assistants.
Elle se conserva, dans cet état de chair sanglante, assez longtemps pour que le roi, alors peu éloigné de la ville, put se rendre témoin de cette merveilleuse manifestation.
Ce prodige contribua à surexciter les colères de toutes les populations chrétiennes contre les Juifs ; le roi s'y associa, il rendit un édit qui les expulsait du territoire de la monarchie.
Tous les historiens sont d'accord pour attribuer cet acte à deux motifs : le premier, en punition de leur nationalité ; le
second et le plus sérieux, parce qu'ils exerçaient l'usure d'une manière excessive.
Tout en considérant Tédil du roi comme ayant eu pour mobile la croyance qu'en chassant les Juifs il n'était qu'un exécuteur de la sentence de leur proscription annoncée par les prophéties, il est certain que cette mesure était un moyen de combler les vides auxquels le fisc royal était souvent exposé, et d'obtenir une remise des dettes pour les victimes nombreuses, particulièrement dans les hautes i égions sociales, de l'avarice et du mercantilisme de la nation mosaïque.
On sait que, seule, elle était en possession du commerce et du maniement du numéraire.
On fait remonter, à cette époque, l'introduction, dans les relations économiques, de la lettre de change; ce mode de mandat de payer a été considéré comme un moyen adopté par les Juifs de dissimuler leurs ressources et d'échapper ainsi aux spoliations dont ils étaient sans cesse menacés.
Cette institution parut si ingénieuse qu'elle donna lieu, ainsi que nous nous en expliquerons plus amplement lorsque nous nous occuperons plus spécialement du commerce, à l'exercice de la profession de changeur de monnaies dont la création doit être aussi attribuée à la difTérence de la valeur et du coin monétaire, et aux variations arbitraires de la valeur du marc de l'or et de l'argent qui, surtout dans un centre du commerce fluvial aussi relativement considérable que l'était Orléans, rendait le change fréquent et même nécessaire.
Nous verrons, non sans étonnement, que celle profession, dès le XIV* siècle, était limitée tant pour son personnel que pour son exercice journalier.
Le personnel ne dépassait pas, à Orléans, le nombre vingt; tous à la nomination du chapitre de Sainte-Croix.
Cette fonction était un titre d'office vénal, et la finance était fixée entre le doyen ou le conseil du chapitre et ceux qui briguaient l'autorisation de l'exercer.
De son côté, le chapitre devait payer, à ce sujet, une redevance de 15 sous au Trésor du roi.
Enfin les changeurs, justifiables du bailliage du chapitre,
avaient leurs échoppes dans l'enceinte du cloître de la cathédrale et ne pouvaient opérer en dehors de cette enceinte.
Si on se sépare des lésuUats généraux de ces mesures prises contre la nation juive, et qu'on ne s y arrête que pour connaître ceux qu'elles eurent dans la ville d'Orléans, on verra que ces mesures furent suivies de la destruction de tout ce qui tenait au culte de la nation proscrite.
C'est ce qui arriva à l'égard de la synagogue dont on avait toléré la construction dans l'un des quartiers de la ville; ce pauvre temple passa par bien des épreuves.
Nous avons vu le roi Contran très ma! recevoir les Juifs qui venaient» a-t-il prétendu, lui offrir leurs hommages, afin d'obtenir la reconstruction Je leur synagogue une première fois détruite.
On ajoute que, malgré un édit du roi Dagobert qui le leur défendait, les Juifs rétablirent ce temple sur les ruines de celui qui avait été abattu.
Enfin, on dit rpm rhilippe-Augusto luî-mêrae les rappela, après redit qui les renvoyait, en recevant d'eux une somme considérable, destinée à payer les dépenses exigées par les préparatifs de la croisade qu'il allait entreprendre, se faisant une nrme de ia richesse des ennemis du christianisme pour les combattre.
C'est ainsi que la tyrannie religieuse devenait un véritable ^stème économique et financier, un moyen de battre monnaie ajouté k tous les autres genres d'impôts, et que la liberté de conscience appartenait au plus offrant et dernier enchérisseur.
Cependant l'expulsion de la nation juive eut pour résulat, à Orléans, de faire disparaître la synagogue qui ne fut rétablie que dans nos derniers temps et depuis l'entier exercice de tous les cultes.
Le quartier qu'elle occupait fut transformé.
Renfermée, au midi, dans le parcours de la rue Bourgogne, depuis l'ancienne nie dite de la Véronique ou du Battoir-Vert» et aujourd'hui appelée la rue Parisis, jusqu'à la rue du Bœul-Saiiite-Groix ; à Test, par cette rue jusqu'à la rue
— Mi —
Semoi, aujourd'hui prolongeant la me des Gnsda-Ciseaiiz dont elle a pris le nom; au nord, cette rue jusqu'à la rue Parisia ; enfin à l'ouest, par des habitations ou monuments élevés sur ce même parcours, cette Ile fut attribuée d'abord à l'Ordre des Templiers, auquel bieni6l fut réuni l'ordre des Gheyaliers de SaintJean de Jérusalem, qui est venu se perdre dans l'ordre des GheTaliers de Malte.
Alors, ce lieu prit un aspect nouveau ; sur la rue Bourgogne on éleva une chapelle sous le vocable de Saint*Sauveur, par allusion aux services que Tordre auquel il était donné avait rendus pour recouvrer et conserver le tombeau du Sauveur. • Un hôtel de grande magnificence qu'on peut encore admirer» heureux mélange des conditions d'une habitation seigneuriale luxueuse et commode et de celles d'une construction propre à soutenir une attaque armée, consacré à la demeure des dignitaires de cet ordre, et à ses conseils fut construit dans le périmètre qui vient d'être décrit, et des habitations d'un ordre architectonique inférieur, mais encore très remarquables furent confiées à l'entour, même jusqu'au dehors de cette enceinte.
Ce fut, surtout, sous le règne de Philippe-Auguste que l'esprit de secte devint plus hardi ; les rigueurs déployées par le pouvoir royal pour le calmer produisirent leur effet ordinaire, elles lui donnèrent une nouvelle énergie.
Cependant, à cela près des superstitions, des préjugés et des intérêts de son siècle, il est certain que Philippe-Auguste fut un grand roi, et qu'il possédait d excellentes qualités.
Il a été surnommé : Dieu donnée et ces appellations indiquant le mépris ou le respect, la haine ou Tamour des peuples, sont rarement trompeuses.
En ce qui concerne Orléans, ce prince manifesta pour cette ville la même bienveillante affection que celle dont elle avait reçu de si éclatants témoignages de la part de Louis VII, son père.
Il confirma l'affranchissement des serfs que ce dernier avait accordé par les lettres patentes de 1180.
Cette manumission comprenait tous les serfs résidant à Orléans et tous ceux répandus dans le cercle de cinq lieues audelà de la ville.
Omnes servos nostros et ancillas, quos homines de corpore appellamtAS cuicumque sunt aurelianis in suburbiis, vicis et villulis ejus infra quintam leitcam existentibus, in cujus cumque terra manserint, scilicet magduni, Geminiaci, chaam et aliis ad prœposituram aureliamensem pertinentibuSj item ad viatoriam Cariacij ad Baillivam sancti Joannis de Breiis^ ad Baillivam sancti Martini super ligericum et ultra ligerim, sicut apud sanctum maximinum, et villulis aliis quique ad Ballivam Novillœ et Arrebrachii et Coldrelli pertinent manumittimus.
Passage que Lemaire traduit ainsi : < Louis le Jeune voulut affranchir et donner la liberté à tous les esclaves tant hommes que femmes de corps résidant à Orléans et, dans les cinq lieues à Tentour, savoir : Meung, Géminy, Cham (ces noms ont disparu de la topographie orléanaise), voirie de Chécy (1), la baillie de Saint-Jean-de-Braie, Saint-Martin-du -Loiret (Olivet), Saint-Mesmin, Neuville, Rebréchien, Goudray, et autres villages contenus dans les cinq lieues. »
De plus, Philippe-Auguste réduisit à la somme de 60 sous, les amendes auxquelles les habitants de la ville pouvaient être condamnés, et dont le chiffre, jusque-là, avait été laissé à Tarbitraire de ses prévosts.
Il limita aux villes d'Ivry, d'Étampes et de Lorris, les lieux où les habitants d'Orléans devaient être appelés aux plaids, tandis qu'auparavant ils pouvaient y être cités en quelque lieu qu'il lui plut de les faire tenir.
Mais les Bulgares, les Manichéens dont les doctrines, sous le roi Robert, avaient été, à Orléans même, le sujet d'un concile et qui montrèrent, alors, une telle opiniâtreté qu'elle
(1) Le mot voierie iadique une juridictioD ancienne confiée à un magistrat d*un ordre inférieur.
Cette magiitrature ne s'exerçait que sur les ponis et les chaussées, et turcies.
Il y avait des seigneurs voyers qui, sans doute, avaient obtenu le privilège des péages sur les ponts et routes dont l'usage était soumis aux. droits de ponionage ou do barrage ; ces seigneurs avaient des prévôts appelés voyers.
leur inspira de justifier ces doctrines par l'épreuve du feu, supplice qui leur était d'ailleurs réservé, se manifestèrent de nouveau et dans les mêmes conditions.
Les Albigeois et les Yaudois divisés en de nombreuses sectes, et qui n'étaient eux-mêmes que la continuation des Bulgares et des Manichéens, mais qui ajoutaient à ces hérésies une doctrine sociale, s'organisaient et prenaient une attitude menaçante.
Le danger, il faut le reconnaître, était grand pour l'aristocratie féodale et pour l'Ëglise.
Alors se manifesta un religieux du nom de Dominique, qui, avec un chevalier, dont le nom Amauri de Montfort est tristement célèbre, organisa une résistance pour le triomphe de laquelle aucun moyen, quelqu'extréme qu'on puisse le suppo* ser, n'a été négligé.
L'un agit par les armes, l'autre en organisant un ordre religieux qui prit le nom de frères prêcheurs ou dominicains, et dont la mission eut pour objet unique : la conversion des hérétiques par la prédication, ou leur extermination par la guerre et les supplices.
On comprend que l'élément guerrier n'était que l'instrument de l'élément religieux dans ce combat à outrance, engagé entre rorthodoxie et les sectes hostiles ou dissidentes.
Les frères prêcheurs qui, dans la suite, prirent le nom de jacobins, de leur habitation, située dans la rue Saint-Jacques à Paris ; ou plutôt le célèbre moine Dominique, lui-même, furent représentés dans le clergé d'Orléans par un ardent disciple de ce fondateur de l'institution des frères prêcheurs.
Ce prêtre se nommait Rcgnaultde Saint-Gilles; il était doyen du chapitre de Saint-Aignan d'Orléans, très célèbre docteur en droit qu'il professait à l'école capitulaire de Sainte-Croix, dans la chaire des décrétalcsou du droit canonique.
Il faut voir avec quel enthousiasme parle Symphorien Guyon de ce SAINT Dominique du clergé Orléanais.
Après avoir raconté les premières années de la vie religieuse de Regnault de Saint-Gilles, il le représente dans ses rapports avec le vrai saint Dominique.
Il décrit les miracles dont sa vocation, pour entrer dans Tordre institué par celui-ci, a été précédée : les apparitions de la Sainte- Vierge parfumant son corps, lui frottant les reins de sa liqueur divine^ lui montrant l'habii qu'elle avait destiné aux religieux de Saint-Dominique, prenant ainsi la vie du disciple comme les justifications de son adhésion aux actes de la vie du maître^ ou plutôt rpnthousiasme que ces actes lui inspirent.
Regnauli de Saint-Gilles fut un tel adepte de Saint-Dominique que celui-ci quittant TUalie pour se rendre en Espagne le créa son vicaire général en France.
Celle distinction fait pressentir les doctrines et les actes de ce saint personnage (1).
Mais les hérésiarques réunissaient à Tesprit Mystique le sentiment de la propagande ; ils étaient organisés en armée ; il fallut les réduire par la force des armes.
Le midi était en feu, la croisade organisée contre les Sarrasins changea de direction, elle s*adressa aux Vaudois.
Le pays et particulièrement le midi éliiit donc aux prises avec ces bandes et avec celle des Vaudois, des Albigeois et d'une secte qui se joignit h eux sous le nom de Patarins.
Toutes ces hordes fanatiques prolongèrent leur existence bien au delà du régne de Philippe-Auguste et vinrent se fondre sous le règne de Louis IX ; le territoire d'Orléans et celte ville elle-même en furent infeslés.
L*une d*cllcset celle qui a clos les périodes et les courses de toutes, avait adopté le nom de Pastounanx,
(1) La quHlîLe qui apparlcnali à RegnauU de Saiut-Gilles de doyeo du ciiapiire ilc Saini-Aignan, assurait aprèi» son enlnïc dans l'ordre des frères prêcheurs l'ètablissemcnl à Orléans d'un dèmcmbremenl de cet ordre.
En Tannée 1218, il envoya à Orléans quelques ans de ses frères qui s*élablirent hom la villes auprès d'une pciilc chapelle sous le vorable de Sainl-Jeao et d*unc autre appdée Saml-Gcrmain-des-Fossés, doni il a él6 déjà question ; cet ardre racheta à Orléans le vice de son origine en donnant, ainsi que nous allons le dire, Tlioipilalilé à renseignemcnl du double droit, lorsque la cliaire des décrétâtes de Téglise capilulaire de Siinic-Croix fui élevé au titre d'Université.
On place une première apparition de cette secte vagabonde à Tannre I2t4-I2l5, c'est-àndire au moment ou TéUte de la noblesse et de la bourgeoisie était allé combattre TEmpereur Otlon en Flandre et le roi d*Angleten*e en Anjou.
Cette apparition fut le signal J*un violent mouvement politique et religieux ; des milliers de bergers qu'on appelait alors des Pastoureaux^ ou qui se qualifiaient ainsi, se révoltèrent contre leurs seigneurs, prêchant le prochain avènement du Saint-Esprit (I).
Les congrégations vaudoiscs dit-on, très modérées en comparaison des Paatoureaux, restèrent étrangères à la ville d'Orléans et à ses environs ; mais au cours de rannoe 1251, ces fanatiques au nombre de 30,0«XI d'abord qui s'augmenta jusqu'à celui de ltXJ,O00, chiffres, dont il faut se méfier, Texagération étant le langage ordinaire dans les récits de ces temps, se précipitèrent depuis Amiens jusqu'à Paris sans qu*on leur opposât la moindre résistance
Le roi Louis IX était^ alors, prisonnier des Sarrasins et la reine régente croyait pouvoir entraîner ces bandes au secours de son fils.
Arrivée h Paris la bande se dirigea vers le midi et fit son entrée à Orléans ; là devait s'arrêter sa course.
Le chef appelé, on ne sait pas bien pourquoi, le maître de hontjrit^ ayant annoncé qu'il prêcherait dans une des rues d*OHéans et f évêque ayant défendu qu'on assistât à ce sermon, il arriva qu*un grand nombre de clercs ou écoliers suivant les leçons de l'église cathédrale, se conformèrent à cette défense, mais aussi comme cela ne pouvait manquer, qu'un assezgrand nombre d'autres se rendirent au lieu indiqué.
L'un d'entre eux inlcrrompil le discoureur, le traitant d'imposteur; cette injure, quelque mériiée qu'elle fut, irrita un pastoureau qui fendit la tête à l'écolier.
Cet événement fut suivi d'un grand tumulte; les pastoureaux"
(I) Leur prétendue doclrine était que les cultes de Dieu etde Jé^us- Cîirist avaient fait leur îemps et que !e culte du Saint-Esprit devait leur succéder.
se jetèrent sur les écoliers nppartenaQt en grande partie au clergé ils en tuèrent vingt-cinq et plusieurs autres furent blessés.
Alors l*évéque mit la ville en interdit, on cessa d*y célébrer le service divin ; la reine régente ordonna qu'on mit à mort les pastoureaux , ils furent défaits par les Orléanais réunis aux habitants de Bourges, à deux lieues au delà de cette ville, et auprès d'un village appelle Mnrtenirr.
Le chef qu'où uoinniait Uiigoire d'où probablement lui vient le nom de Maiti'e de hongrie, fut tué et les bandes se dissipèrent dans tes environs de Bordeaux.
Le souvenir du lieu oii cet événement se passa, à Orléans, eat conservé par le nom de la rue qui s'étend aujourd'hui de la rue Jeanne d'Arc à la rue des Grands Ciseaux, elle porte encore le nom de la rue des Pastoureaux,
Les scènes cruelles qui viennent d'être rappelées, afin qu'on puisse s'en rendre un compte fidèle, nous invitent à décrire la distribution de ce quartier de la ville où elles se sont passées, aujounJ'hui transformé à ce point que sans ce petit tableau, on ne saurait soup«;onner ce qu'il était dans ces temps.
Pour atteindre ce but il faut considérer la cathédrale dans sa partie occidentale, cVst-à-dire sur laquelle s'ouvre son portail, et se plaçant à l'angle nord de la place plantée d'arbres et ornée de la statue de Pothier, suivre par la pensée une ligne droite s'étendant de ce point nord à la rue placée au midi et appelée la rue des Grands-Ciseaux, nom qu'on a substitué à celui de Semoi, ou de la Biche qu'elle portait de toute ancienneté.
Puis, regardant du côté opposé à cette muraille en suivant comme on Ta fait en se représentant la clôture de la place, ayant fait partie du cloître Sainte-Croix, y suivre une autre ligne dans la même direction c'est-à-dire depuis l'angle nord du monument appelé Vlmatut musical^ jusqu'à l'angle midi de cette rue des Grands-Ciseaux.
Ce petit travail de rintelligence fera reparaître une voie de Communication qui existe encore, mais dans une forme absolument nouvelle, jadis ouverte au nord par la porte Pariais et
se continuant en changeaDi de nom^ par intervalles, jusqu'à la
Loire.
La muraille fermant le nluître depuis rette porte Pariais^ cVst-à-dire ouvr»inl sur le chemin rotiduisnnt à Paris, jusqu'à la rue des Grauds-Ciseaux, protégeait iiiif inné rie du chapitre, devenue la maison ou tifohf'Dteu ; et après un assez larga vide que l'on peut apprécier aujourd'hui, putstju'ellps exiï^tent encore sous une autre forme mais au même emplacement^ quelques habiLalions, autrefois celUiles de» chanoines et la petite chapelle baptistère, ap|ielée Saint-Pierre-Lantin,
Celte chapelle, coumie aujourdlmi, la maison d'habitation qu'on a pratiquée dan» ses murailles, s'ouvrait sur une ruo appelée du cloître qui a conservé sa largeur et qui, faisant un coude et se divisant ainsi de l'ouest à l'est, sous le nom de Saint-Pierre-Lfiiilin, mettait la parfie orientale du cloître en communicalioD avec la rue Parisis ou Saini-MaHin de la Mine.
Cette petite rue, à celle isisue, était fermée par une porte cochère dont on voyait il y a peu de temps les gonds scellés dans les murailles.
D'autres habitations qui existent encore prolongeaient le cloître, jusqu'à la rue des Grands- Ciseaux.
Si maintenant oo considère la ligne composant avec la muraille qui vient d'èlre dècrile du cloître Sainte'Croir» et composant, avec celle-cit la rue Parisis, on voit qu'auprès de la porte ainsi appelée, et en lace les maisons devenues rH6tel- Dieu se trouvait une conslruction serv«uL aux gens d'armes, lorsque la défense de la ville Texigcait.
Ce bâtiment avait le nom de Sarbacane ou Baràacanes^ exprimant une espèce de tour de défense, avançant au-delà des murailles d'une ville. Du Cauge nous apprend que ce mol était synonyme des mots : ante mural, pro murale; mur extérieur, murus exierior.
Ces défenses élaierit espacées des aulnes bâtiments se prolon* géant du nord au midi par une impasse que nos pères appelaient dans leur langage, assez grossièrement imagé le cul de scu: des Sarbacanes.
Ces bâtiments qui étaient cerlainement des écuries pour les chevaux des gens d'armes, des magasins de fourrages et des Ateliers où se tpavailltuent la baurellerie et les instrumenta de charroyage^ et même les armes nécessaires, pour les hommes «le guerre, s étendaient jusqu'à une rue étroite, appelée de ce "voiginage, la rue de llennequins ou des Uannequins^ très justement nommée du mot hannari, hennart^ exprimant les mots ^hêvai, mulet, et junlifié par les mnU hennir.
Les constructions que nous avons vues avant l'ouverture de la rue Jeanne d'Are, toutes de formes les plus disgracieuses et «ervant à Texercice des professions les plus humbles, quand elles n étaient pas consacrées aux plus immorales industries, se prolongeaient jusqu'à une rue appelée, dans les derniers temps, la rue des Eperonuiers.
Ce nom indique d'une manière évidente la véritable destination de ce quartier, où on voit réunis tnus k-s noms rclatiïs au travail de la Féronnerie.
Plus loin nous voyons en efîi^t, upparailre la rue des Grands- Ciseaux, qui était aussi dans une de s^'s fli visions : celle parallèle à la rue des Eperonniers, appelée la rue de la Clouterie, nom qu'elle a perdu depuis peu pour prendre celui des Grands- Ciseaux.
Aussi là se trouvaient les ouvriers armuriers, bourreliers, éperonniers» cloutiers, couteliers, et plus loin la rue de TAiguillerîe.
On ne sera pas étonné de voir cette rue close au milieu par une église placée sous le vocable de Saint-Eloi, patron de toutes les parties du travail de la forge.
Il est vrai que, originairement, cette église était dédiée à Saint-Maurice qui était le patron des gens d*armes, mais qui, avec les progrès de la civilisation et l'iiistitutiou des maîtrises d'arts et métiers a dû réder sa place à Saint- El ni, aussi pensofifl^nous que ce dernier vocable nappartîenl guère qu*à une époque t relativement assez récente.
^^Cependant nous acceptons le nom de ce snint pour donner ^e idée de ce qu'était <:ette ligne parallèle à la muraille du cloître de la cathédrale dans les temps les plus anciens.
Les appréciations de l'origme et du sens pratique de tousces molfl^ noussembleot ab^alumenL justifiées par le vocable d'iiae autre chapelle que nous rencontrons sur cette ligne, elle-même
que nous traçons ici.
Celte église était appelée Saint-Martin de la Mine.
Nous avonâ eu déjà l'occasion de nous occuper de cette église et des sens de ce mol de fa Mineh\ùi\lh à celui de Martin.
A ce sujet noua nous snmiiies tenu dans le sentiment de l'hypothèse, mais insistant davantage sur ce quartier et sa des* tination aUribuée aux ouvriers de 1m méUlhirgie, nous croyons devoir ajouter à ce que nous avons dit en rattachant ce moi à ce genre d'industrie.
La Mine a du être mise sous la protection du saint dont Téglise était construite dans ce quartier où les oiétaux étaJent, plus spécialement l'objet du travail de ses habitants, comme, plus tai-d, une nouvelle église élevée dans le voisinage de celle-ci a dû être placée sons le patronage de Saint-Eloi,
Ces deux rues des llennequius et des Eperonuiers se reliaient dans leur direction à un carrefour qui s'ouvrait devant la me des basses grui lit ères.
On dit, «H cette vci-siori est très vraiseniblablc, que ce carrefour était occupé par un bâtiment carré et très vaste* entouré de ruelles donnant dans les deux rues qu'il terminait à cette extrémité de leur parcours ; que cette l'orme lui avait fait donner le nom des quatre coins, et que ce bâtiment fut détruit à la suite d'une scène violente qui s'y est passée pendant les guerres du protestantisme.
Ce bâtiment a été abattu, et il a laissé vide une assez agréable place que nous avons vue entourée d'habitations du Xlll*^ siècle et même de constructions plus modernes d'un assez bel eiïet^ et qui a gardé le nom de la constniction disparue.
La rue des Pastoureaux qui jusque là avait été appelée rue iîo6T venait aboutir du coté nord (à cette maison carrée, comme elle aboutit encore à la rue Jeanne d'Arc, où elle est parallèlement précédée par la rue Saint-Eloi et suivie par la rue de la Vieille-Monnaie, tirant ce nom du premier établissement monétaire accordé par Charles le Chauve*
Et maintenant que nous avoûB fait connaître les dispositions du Heu théâtre de cet événement tragique, on peut se représenter i*horrible confusion dans lesquels se passèrent les actes de violence qui s échangèrent entre les deux partis se heurtant encombrée dans ces ruelles presque sans issue.
Les cris, les imprécations, les exclamations, les plaintes arrachées par la colère ou par la douleur» les cadavres gisant sur ce sol ensanglanté, tel est le spectacle qu'ont présenté ces longues et tristes journées.
Cette partie de l'histoire d'Orléans se référant aux premiers Capétiens, et particulièrement au règne de Louis IX dans lequel les écoliers ont joué le principal rôle, nous conduit, directement, à rhistoin? de renseignement publie dans cette cité déjà, dès cette époque, Tasiledes lettres et du droit canonique par l'étude des décrétales, et du droit Romain par l'étude du droit canonique.
ÈGOLK CATHÉDRALB* — CHAIRE DES DÉCRET ALES.
Nous voyons ces clercs tous étudiants à l'école cathédrale d*Orléajas animés d*un si Itcnu zèle pour les doctrines adoptées par réglise et aussi par raulorité de la foi, qu'un très grand nombre d entr eux ne tenant aucun compte de la défense de Tévéque se précipitèrent dans une lutte qui s'annonçait comtne un véritable cumlmt engagé avec des sectaires fana tiques révoltés,
Ces clercs étaient les devanciers de ces nations d^écolters qui bientôt se grouperont dans les uaiversîtés de la France, et ces professeurs des décrélales les devanciers, si, déjà, ils n étaient à leur hauteur, des savants <loctours qui ont enseigné le double droit canonique et civil, avec tant d'éc-lat et qui ont préparé la liberté du clergé gallican par renaeignenieul et la pratique de la loi Évangélique, et Tunité iiatiouale par runité de la loi.
Cet état préparatoire mérite d'autant plus d'attention à cette p|}asc de l'histoire de la ville universitaire par excellence, qu'il se lie au p^saé, nous instruit du présent et qu'il explique l'ave* nir de cette grande institution,
Nons n'Avoïia pas le iJesseio île rnppeler pour la discuter la grande querellp (}iii, au cours de l'année 1:^30, amena la dissolution deriiiiivcrsité de Paris,
Ce fait célpbrpt con»éc|uence des troubles suscités par les vio lences des frères prêcheurs ou dominicains qui assure -t-on, firent brûler dans un seut bûcher 1^3 manichéens^ s'accomplit le lundi gras de rniiin'e 1229, à la suite d'une émeute que les écoliers de la province de la Picardie firent éclater on ne sait sur quel motif, mais se rattachant sans aucun doute aux ardentes controverses religieuses df-^ L^es temps.
Le [trieur de la chapelle du faubourg Saint-Marcel ou Saiol- Marceau, sVîtant plaint d'une violence exercée par ces écoliers sur Tun des habitants de son bénélice, obtint de la reiae Blanche et alors régente pour la minorité de Louis IX son fils, que les écoliers fussent chassés par une troupe de ces mercenaires alors appelés CoUereaux^ Tard-Venus ou Routiers.
Ces hommes heureux' d*avoir cette besogne à accomplir ne prirent pus le soin de distinguer entre les écoliers accusés de 8'ètre rendus coupables, et les écoliers qui n'étaient pour rien dans ce fait reproehé à leurs condisciples, ils tuèrent et blés sèrent un grand nombre de ceux qu'ils rencontrèrent à quelque province et quelque nationalité qu'ils appartinssent.
Le collège des docteurs demanda justice ; mais il ne put l'obtenir ni du pouvoir royal, ni du pouvoir judiciaire, ni du pouvoir épiscopal.
il suivit de ce déni de justice une dispersion qui rendit déserte l'université de Paris dont les écoliers et le corps enseignant ae répandirent dans les écoles de la monarchie.
Celle d'Orléans, plus près de Paris et déjà célèbre, fut un des centres d'enseignement qui profita le plus abondamment de eette dissolution de (ait^ bien plus quelle n'obtint cet avantage d'aucun des pouvoirs publics dont l'université de Paris dépendait
Ces détails historiques empruntés h Mathieu Paria moine bénédictin de l'abbaye de Saint-Albans du diocèse de Lincoln, auteur de plusieurs ouvrages très estimés, cntr'autres, de la Chronique universelle de Wesiminsier et la grande histoire
les Anglais, ffistorifj major Anghrum, sont ut^compagnés d'une réflexioado cet auteur, qu'il l'aut prendre en grande considération.
Il attribue ces Irouhlesh l(i jalousie de l'Anj^leterre qui voyait» avec peine, l'éclat que jolait l'uiiiv^Tsité de Paria et qui pensait devoir par la séparation des eeoli<?rs enriehir runivereité d'Oxford» des docteurs enseignaids de Paris.
Cette cause est, ce nous semble, justitiêe par ce qui se passa à Orléans, en l'an née 123G.
A ce moment, tout semblait assurer à Pécole cathédrale
cette ville la situation fbirissaute qu'elle avait su conquérir, Bt qui n'avait fait que s'aceroitre depuis Tannée 1230.
Elle comptait parmi ses élèves les enfants des plus nobles familles de la mrmarcliie frîinrait^e et des <Hats voisins.
Ce fut à ce moaieat quiiii trouble qualifit" de lamenîable par tous les bistorieus, séleva dans la ville d'Orléans entre tout
clergé, dunl tous les docteurs l'égents de Pécole cathédrale ^faisaient partie, et les habitants.
La retberehc de lîi (tausc à laquelle «'e trouble devait être attribué n*amena rien de certain, on parle de Pinlervention d'une femme de bftsse rond Uf on qui IVxcita et parvint à lui donner une bien funeste iuq sortance.
I Cette sédition prit, en eOet, un tel d^'veloppement que plusieurs jeunes ècolipi-s appartenant aux plus illustres familles furent tués dans la ville par ses habitants ; elle ne cessa que sur un ordre du roi prudenmieut donné de Tapaiser en obtenant des compositions de la part rb-s deux partis. IVec ce^savil mata sediiio, donec regium 3[a/idatum, per utrarum partium mhmtates, faclis compositionibns, iumuUum pruduntev tem-
rarei,
G\'st qnV'fi <>lî'nt, sr les habîtnnis avaient mis à mort plusieurs écoliers, ceux-ci avatiMil mis à ninrt plusieurs habitants.
On eit»* parmi les premiers un neveu de Thibault, comte de Champagne et roi de Navarre ; un proche parent de Mauderc, duc de Bretagne, et le neveu du comte de la Marche.
Un plus grand nombre d écoliers d*une naissance moin»
remarqiiahle, succombèrent dans ce combat, les uns tué» daas les rues, les autres jetés dans la Loire, les plus heureux fureot ceux qui prirent la fuite.
Si on insiste sur \n recherche de tous ces événements intérieurs, malgré leur caractère apparent de troubles spéciaux et concentrés dans le cercle étroit de querelles de sectes^ on peut leur donner une origine d'un ordre plus élevé et plus coasiderable; nous nous permettrons de rattacher la colliâion qui éclata dans lecole d'Orléans it»MJ, à la cnllision qui éclata dans l'université de Puris en rajincc 1440, et toutes les deux à la ligue féodale complotée dès I année 1226.
On sait que profitant de la minorité de Louis IX pour affaiblir le pouvoir royal qui» dès ce temps, dominait la puis^nce féodale, eelle-ci s'était liée avec le roi d'Angleterre.
Cette ligue avait été organisée par Thibault VI comte d« Chaoïpagne, Pierre de Dreux, dit Mauclerc, comte de Bretagne et Philippe comte de Boulogne, Hugues de Lusignan comte de la Marche etc.
Or parmi les écoliers qui ont succombé dans la sédition élevée à Orléans en 12S6, et dont on ignore la cause, se trouvent précisément un neveu fie Thibault, comte de Champagne, un proche parent de Mauclerc comte de Bretagne, et le neveu du comte de la Marche.
Cette coïncidence peut, ce nous semble, jeter quelque lumière sur Tubscuritc qui couvre la dissolution de l'université de Paris, et sur celle tentée de l'école cathédrale d'Orléans.
Ces institutions d'enseignement, particulièrement Tuniversité de Paris, à cette époque, comptaient parmi le^î grands pouvoirs politiques deTétat et leur existence ou leur suppression étaient mises nu rang des éléments de hur grandeur ou de leur affaiblissement.
Les composUions imposées par la sagesse de Louis IX, au indemnités amiahlement débattues, ne furent pas prises en considération par les membres de l'aristocratie féodale, la sagesse du roi fut trompée, et les nobles qui, d'ailleurs, luttaient jusqu'à la révolte avec le pouvoir royal ne tinrent aucun compte de ses intentions bienveillantes et modérées.
Revenant aa drûit de la vengance, qui étail celui Jes Salieus ileurs ancêtres, cl qui n*6tnil qu'affaibli, ils reparurent à Orléans |€t massaGrèrcnl un grand nombre d'habitants, et même qnelqoes marchands étrangers que leur trafic y avait attirés.
Le calme rùtabli, récole d'Orléans qui n'était pas encore raniversilé de lois, mais qui n'était déjîi plus Técole cathédrale» ne larda pas à reprendre le rang qu'elle avait certainement perdu, pendant et quelque temps après ces déplorables événements.
Cet état transitoire nous semble très fuYorable pour considérer ce centre d'enseignement dans son passé qui présageait un glorieux avenir.
Nous avons louché celle partie de rhisloire de renscigneinenl [et des lettres h Orléans en nous occupant du régne de Charlemagne, de Tépiscopat de Théodolpïie et de Jopas^ et an poursuivant notre étude spéciale, jjondant les régnes des successeurs de ce grand homme et de ces hommes éminenls, jusqu'aux invasions des Normands.
Nous avons vu jusqu'à ces temps désastreux, l'école d'Orléans» ; celte partie intégrante du clergé, cultiver Tétude des lettres et mémo Tétude du droit romain; il devient évident que renseignement n'élail dans la pensée de Téglise, qu'un des devoirs et même un dcsatlributs du ministère ecclésiaslique.
Ces propositions ne vont pas, on le voit, jusqu*à nous faire ado|iter celles que nos devanciers et parliculiéiemcnt Lemaire ont exprimées sur Tantiquilé de l'étude des sciences et des lettres que cet écrivain fait remonter aux druides et qu'il suit à travers les siècles jusqu'à l'institution de l'Université, qu'il confond avec ces écoles druidiques, celles des rhéteurs romains qui y auraient enseigné sous l'aulûrité de l'empire, et celles des écoles cathédrales ou capilulaires.
Plus réservé que nos devanciers, dans Tappréciation des anciennes gloires de la Genabum des celtes, de l'Aurelia de l'empire, nous ne daterons renseignement des lettres, par ses rhéteurs, que du viii" siècle ; el celui des décrétales que du x% époque, où nous nous arrêtons pour les considérer, Tun et rautre, au momeiu de leur renaissance.
Josqae-là, Tëcole d*Orlétiis pissait pour la plus avaneée dans la science de la loi romaine.
Adrewald, ce moine bénédictin de Flenry-aor-LiHre, que nous avons eu Toccasion de citer» nous donne à ce sqet. un singulier et précieux témoignage dans le premier liTre de Touvrage intitulé : Miracula saneti BenedicU.
Il raconte une contestation engagée entre son monastère et celui de Saint-Denis-de*Paris, et met par ce rédt en Mdenoe rignorance profonde de maîtres es lois de l*Uniyersit6 de cette dernière ville , qui les mettait en leur qualité is jugeg de Im loi ialique^ dans Timpuissance de décider des contrats établis diaprés les prescriptions de la loi romaine, ce qui obligea les parties eu litige à se rendre au plaid tenu k Orléans, eo quùd iolicœ legii judices ecdesiasticai m $ub Romana OMisftfiilas, lege dUcemere perfecU non pouenî, visum at^ mitm dami nicis placitum aurelianis mutare.
Mais ces envoyés, ces représentants de Tabbaye de Saint- Denis, s*étant rendus dans cette ville, les maîtres et magistrats de Tune et Tautre part usèrent le temps en longues et amères discussions, venienUi itaque ad condictum locum, uiogiitri
et judices, utraque ex parte^ acerrime decertabanî (1).
Cet état de choses eut un résultat regrettable: celui d*empêcher la sentence d'ôtre rendue, et par conséquent, de mettre k répreuve la science des maîtres es lois et des juges d'Orléans, et les parties fatiguées de ce retard, adoptèrent un mode plus expéditif de vider la contestation : elles confièrent la décision au jugement de Dieu ; c'est pourquoi étant convenues que leurs témoins respectifs seraient renvoyés, et que deux combattants armés de boucliei*s et de bfttons, décideraient de la justice de la contestation, « Tandem adjudicatum est ut ab utraque parte testes exirent qui post sacramenti fidem^ scutis et baculis decertentes^ fidem controversiœ imponerent. »
(i) 11 parait que, dans ce temps, chacune des parties avait ses juges, comme elle avait ses témoios ; et, en effet, il y en avait uni d'Orléans que du GÂiiuais : tam ex aurelianensi quant ex vastinensi provincia.
Et cela se passait à la fin du règne de Louis le Pieux, par conééquent, très peu de temps après le règne de Charlemagne, pendant la vieillesse persécutée de Théodulfe, cet évéque d'Orléans, le promoteur de la célèbre école de cette ville, Tun des plus actifs promoteurs de renseignement des lettres dans la Gaule franque ; et cela nous autorise à nous demander quel dût être Tétat de l'enseignement dans la suite des temps.
Mais dès la fin du x® siècle, ces ténèbres se dissipent et c'est encore de l'enceinte de l'école d'Orléans que s'élèvent les premiers rayons devant lesquels ils doivent disparaître.
Cette école devient un foyer de lumière d'où s'écbappent la science des langues grecque et latine, et de leurs plus célèbres interprètes ; et bientôt la science de la loi appelée la raison écrite, et ces sciences, surtout celle de la langue latine, devenant le lien qui aurait uni, non seulement les membres de la famille gaélique et germaine, divisés par les guerres et les conquêtes, les lois et les idiomes devenues la nation française, mais même toutes les nations de l'Europe occidentale.
Certes le dessein de l'épiscopat gallo-romain n'est pas douteux, dans ces temps reculés, il a concentré tous ses efforts vers ce grand but qu'il a été sur le point d'atteindre, de reconstituer l'empire, et de faire des peuples soumis à son autorité et à son influence, un seul peuple, régi par une seule loi religieuse, et par une seule loi politique et sociale.
Et tous ces peuples ont semblé avoir voulu concourir au succès de cette grande entreprise.
Ils envoyaient leurs enfants se presser autour de la chaire des docteurs de l'école d'Orléans, et à leur retour dans leur patrie, ils glorifiaient cette école par les hautes positions auxquelles ils s'élevaient dans l'Église, dans le conseil des rois, dans les magistratures et surtout dans l'enseignement.
Ici, nous ne hasardons pas une louange téméraire, et nous suivons une voie où nous guide un savant contemporain, qui vient justifier ce que nous avaient appris nos humbles recherches.
Nous ne pouvons, ici, qu'analyser très brièvement l'œuvre de M. Léopold Delisle, intitulée : Les écoles d'Orléans axix
XII* et xni« siècles, publiée en Tannée 1869, où sont réunis les plus curieux et les nombreux témoignages attestant tout ce qui vient d'être rapporté des études littéraires dans Técole d'Orléans, et d'ailleurs attestés par l'histoire littéraire de la France.
Nous voyons dans la publication de notre vénéré contemporain que, dès ces temps, la rhétorique consistait dans la pratique du style épistolaire, désigné par ces mots : Ars ou summa dictaminis.
Cette méthode présentait une quantité considérable de formulaires, correspondant à toutes les nécessités sociales ; et la publication que nous venons d'indiquer nous en donne plusieurs spécimens, dans lesquels l'école d'Orléans est représentée comme ayant une grande supériorité sur toutes les autres.
La découverte de ce summa dictaminis, ou du résumé de l'art épistolaire, indépendamment de ce qu'elle nous fait connaître l'état de la littérature à cette époque, a l'avantage de nous révéler l'extension sinon d'un mode de communication encore inconnu dans la société européenne, au moins d'une pratique concentrée seulement dans les institutions monachales et ecclésiastiques.
On peut donc attribuer à l'école d'Orléans d'avoir vulgarisé ce mode de communication de la pensée, agrandi le cercle des rapports sociaux, et contribué à répandre sur eux des affections les plus douces du cœur, un charme inconnu jusque-là.
Sans doute, ces formulaires que nous avons vus encore en usage dans les classes populaires et qu'elles n'ont peut-être pas encore absolument abandonnés, nous paraissent, aujourd'hui, peu dignes d'un centre de haut enseignement ; mais si on se reporte à ces temps, on comprendra l'importance qu'ils avaient et comment ils ont été un des éléments de l'enseignement classique.
Et d'ailleurs, la véritable rhétorique, l'art de bien dire, tel qu'on le comprenait alors, n'étaient pas négligés ; ils apparaissaient avec toutes les ligures, et le seul reproche qu'on put faire aux lettres de ces temps, est qu'elles en abusaient.
Nous avonâ vu à roceasion de Tétat des lettres au temps dé
Charlemagne comment l'école du palais entendait la litl< rnturet et comment le sentîmeût rhétoricien se produisait dans la défînîtion imagée qu'il donnait de la grammaire, de la rhétorique, de la dialectique» de la musique et de la géométrie, nous
Iterrons ici comment du xf au xiif siècle on déOnissait en usant de la même méthode, la rhétorique*
Un professeur de Técole de Bologne^ Poncius, dit le Provençal, dans un opuscule intitulé : Programme adressé aux doe* ieurs et aux écoHera d'Orléans, leur apprend que la rhétorique lui a livré les clés de Tart du style épistolairc guod rhetorica iiài tradidit clams diclaminis^ et qu'il est prêt à s*ouvrir à tous ceux qui le réclameront ; et paratus est aperire voleniU bus intrare idoneis quibiiscumque.
Le savant Poncius ne s'en tient pas à ces formes de langage, il nous peint la rhétorique sous Tapparence d'une belle jeune fille, dont il s'est, soudain, épris du fond du cœur, m amore cujus fui statim medullitus saiiciatiis, et qui le conduit aux sept partes et aux sept enceintes appelées Pra/tca dictatoria.
Là, nous dit-il, elle lui ouvre les sept portes et lui fait franchir les sept enceintes qui, autant qu'on peut le reconnaître au milieu des obscurités de ce symbolisme, ne sont autres que les signes caractéristiques des sept résultats les plus importants de la rhétorique, tous pouvant être l'occasion d'une correspondance épistolaire.
I Au milieu de ce fatras, nous voyons déjà apparaître les ^uncii ou messagers attachés aux grandes institutions de ces temps, conséquence de renseignement de l'art épistolaire, de ce summa diciaminis,
L Nous les retrouvons bientôt, dans les exercices et avec toutes
r les garanties exigées par les immenses services qu'elles rendaient^ les dangers que couraient tous ceux qui s'y consacraient, ce que pouvait leur donner le pouvoir public de ces temps.
Nous ne reproduisons pas le portrait que nous fait Poncius de la jeune Vierge personnifiant la rhétorique, qu1l nous suffise de dire que ses charmes auraient rendu jaloux ta déesse
de la beaoté elle-même, aussi Poncins aussitôt qu'elle loi apparat dans ses courses inquiètes par les montagnes, les plaines et les vallées, cum ego Ponctué irem sollicituM per monieSf et planiiieM et conveUles, et qu'il Teut considérée, U fut saisi d'un enthousiasme divin et prosteraé, il tomba aox pieds, de la jeune Vierge, et lui tendant les bras comme un malade les tend an médecin, il s*écria : 0 vierge sublime, à moins que dans ton extrême bonté tu ne m'accueilles comme ton serviteur, je succomberai bientôt. Hiis igitur Poncius ego fâcha aiioniitu^ proêiraius cecidi ad pênes virginis et extendene brachia^ velut seger ad tnedicum exelamavi : O oirgo reclarissitna^ êcce morte defflciam in brevi iempore, nisi tua misericardia me in suum recipiat servitorem.
On voit que le néophite était digne de la foveur qu'U sollicitait de la divine rhétorique et que nul plus que lui ne devait profiter de ses faveurs et de ses inspirations tant il était, même avant de Favoir connue, avancé dans la grande science dont il saluait l'image.
Mais si Thommage de ce savant étranger, adressé à l'école d'Orléans est un témoignage de la haute renommée dont elle jouissait au loin, ce témoignage n'est pas le seul.
Ici nous reproduisoDs le sentiment d*un poète italien comme était le rhétoricien Pondus, ce dernier était de Bologne, le poète anonyme était de Florence.
Ce docteur, celui au langage duquel Lemaire a fait la précoce allusion que nous lui avons reprochée, non pas comme n'étant pas fondée, mais seulement comme précoce et comme consti^ tuant un anachrosnisme^ proclame que V introduction des da4> tyles et des spondées accentuées^ appliqués à Vart décrire en prose^ est due aux maîtres d'Orléans.
Il ajoute que c'est de là que les préceptes relatifs au style oratoire reposant sur la théorie des dactyles et des spondées accentuées étaient appelés : stylum Gallicum et désignés par les mots secundum Gallicos,
Ainsi, ajoute M. Léopold Delisle, sous la plume de ce Florentin, les expressions ; style d'Orléans et style de France étaient synonymes.
Il est difficile de recevoir un hommage plus flatteur, surtout de la part d'un savant étranger aussi considérable que celui qui l'a décerné.
L'Italie a parlé, mais l'Angleterre n'a pas gardé le silence , Greoffroy Winesauf comparait, au xii® siècle, Técole d'Orléans, pour l'explication des auteurs, à la ville de Salerne, la plus renommée entre toutes pour la médecine.
» In morbis sanat medici virtute Salernum
> (Egros
> Aurelianis
» Educat in cunis autorum lacté tcnellos. >
c Les médecins de la ville de Salerne guérissaient par leur
science Les maîtres de la ville d'Orléans nourrissaient les
jeunes écoliers, pour ainsi dire les enfants au berceau, du lait des auteurs. >
Neckam écrivait : « Le Parnasse ne saurait se comparer à toi, ô noble ville d'Orléans; devant toi s'humilie le double sommet ; nulle part ailleurs, les vers des Piérides n'ont été mieux expliqués :
Non se Parnassus tibi conférât Aurelianis ;
Parnassi vertrx cedet uterque tihi^ Carmina Pieridum, multo vgHata labore^
Exponi nulld ccrtius urbe rcor.
Nous ne croyons pas devoir ' continuer ces citations que nous pourrions étendre, nous devons nous borner à celles qui viennent d'être reproduites et renvoyer à la publication de M. Léopold Delisle.
Telle a été la gloire de l'école cathédrale d'Orléans ; mais elle en a une autre, et plus grande encore.
Nous pouvons dire, avant de justifier cette dernière proposition qu'on ne peut assez admirer la persévérance des hommes qui ont placé sous leur sauvegarde la .science, les lettres et les lois anciennes, et les ont conservées pres^u'intactes pendant ces longues périodes de malheurs publics que nous avons parcourus, et les ont livrées afin de les régénérer aux populations II IL
alors accablées par les violences de la conquête, par l'ignorance la plus profonde, et les superstitions les plus ayengles.
Ils Vont instituée, soutenue et propagée pendant les luttes des rois de la première race, pendant les guerres des enfknts de Gharlemagne : ils ne l'ont abandonnée que pendant les invasions des peuples du Nord et des bandes d'Attila.
Dès le x"" siècle l'école cathédrale d'Orléans se montre ce qu'elle a été sous le règne de Gharlemagne.
Il faut reconnaître ici que le clergé et les ordres monastiques, bravant les dangers dont toutes nos contrées étaient sans cesse menacées, et les troubles sans cesse renaissants, et jusqu'aux traitements cruels auxquels ils étaient soumis, avaient persisté dans Tétude et entretenu l'espérance qu'ilg pourraient bientôt reprendre l'accomplissement de sa noble mission.
Nous avons vu les lettres cultivées dès la fin du xi* siècle ; et, dès cette époque, la chaire des maîtres es lettres entourée, comme elle l'a été depuis, des écoliers que sa renommée y attirait en grand nombre.
Et pouvons-nous, avec autant de raison qu'au temps de Théodulfe appliquer aux docteurs des xi®, xif et xiii* siècles, ce passage de Daniel, que Tillustre évoque adressait à ceux du VIII® siècle : qui autem docti fuerint, fulgehunt qtiasi splendor ûrmamenti; et qui ad justitiam ervdiunt mxUtos fulgehunt quasi stellœ in perpétuas œtemiiates; ceux qui auront été savants brilleront comme les feux du firmament, et ceux qui auront instruit plusieurs dans la voie de la justice luiront comme les étoiles dans toute l'éternité (1).
Et si, avant les invasions des Normands, on cite quelques écoliers illustres, entr'autres Louis le Débonnaire, on nommait, dès la fin du nf siècle, Odon, né à Orléans, où dès son enfance il s'appliqua à l'étude avec un tel succès que, jeune encore, il
(1) Ce passage est celui d'un capitulaire de Théodulphe, intitulé : XJt scholas ipsi habeant in quibi*s fidelium parvulos gratis erudiunt^ d*où il suit que renseignement primaire était gratuit, cum ergo eos docent nihil ab eit pretii pro hac re exigant.
paseait pour un des premiers docteurs de la Gaule franque, et qu'il fut élevé à la dignité d'abbé de Saint-Martin de Tournay.
Il enseigna h Toiil, i! devint é<*nl^tre de TournaVt là sa reputalion s'étendit au loin, lescler(!s venaîeni en foule à ses leçons, non seulement de Flandre, de Normandie, mais de la Bourgogne, de ritalie et de la Saxe.
Il cultivait rastrnnomîe, il était un excellent dialecticien, on le considérait comme le fondateur de la secte des réalistes opposée à celle des nominaux, (1)
Le XII* siècle a produit deux hommes illustres appartenant à l'école d'Orléans: Bertier, en rannée 1 174, choisi par Henri II, roi d'Angleterre, pour être le chef de la dépiitation qu'il envoyait au pape Alexandre III, afin de discuter au nom du prince, la Grande question des investitures qui dès le xi* devint Toccasion d'une lutte acharnée entre les pape» et les monarchies de la chrétientée et, particulièrement entre les papes et les empereurs.
Etienne, né à Orléans en 11 35, connu dans le monde écclèp sîastique et savant sous le nom d'Etienne de Tournay dont il devint évêque en l'année 1192, après avoir été en 1160 abbé de Saint-Euverte et en 1177 abbé de Sainte-Geneviève de Paris.
Il figura dans la discussion élevée h Toccasion de la formule Ldu baptême sur laqtiellf* on était alors, fort divisé, il fut eopvoyé en ambassade par Philippe-Auguste auprès du pape Célestiu m. (2)
Le xm* siècle vit à Téc^dç d'Orléans Richard de Viche qui depuis fut évèque de Chichestcr, ajirès avoir rempli les fonc* tions politiques de Tordre le plus élevé.
Il professa à Oxford, à Bologne, il devint chancelier de runiversité d'Oxford, et charjcelicr de l'église de Cantorbery.
(1) Subtilités scolanti<jii@9 <^uî ont agité le moado savant dans cet tempSf et qui ont. biéutét disparu pour faire place à des coalfovefB6B plua positives et plus pratiquea,
(2) U s'agissait de savoir e^l le baptisant devait se buraer à dire en ploDgeaDtdaaa l'eau, car alursi on baptisait par immersion^ au nom du père, du (îl« et du Saint-Esprit sans faire précéder ces mots de ceux» d : je te baptise, et si ces derniers mots étaient Sacramentils,
Nommé à cette fonction par Saint-Edme archevêque de cette église qui se le disputa avec Grossetéte, évèque de Lincoln ; il resta Adèle à Saint-Edme dont Tépiscopat eut à subir de grandes épreuves allant jusqu*à la persécution.
Au cours de l'année 1244, après la mort de Saint-Edme il revint à Orléans reprendre ses études interrompues.
Il apprit la théologie sous les frères prêcheurs de la ville ; il y reçut Tordination des mains de Tévêque Guillaume de Bussy.
Après ses études il retourna en Angleterre où il fut promu à révêché de Chichester.
Il prêcha la croisade àCantorbery et à Douvres et il mourut dans cette ville en Tannée 1253.
Le pape Urbain IV le canonisa en Tannée 1262.
Les circonstances de la vie de cet important personnage, relatives à ses études inspirent à Tun de ses biographes, Tanteur des annales de Téglise d'Orléans, d'en tirer la conséquence que l'enseignement, non seulement des sciences humaines, mais des sciences sacrées, y était florissant bien des siècles avant celui où il écrivait.
Ut hine inielligamus liUerarum non modo humanarum sed etlam sacrarum studium islhic viguisse in hâc cimiale multis anie noslram œtatem sœculis.
En Tannée 1270 l'école d'Orléans recevait comme écolier un enfant de l'Aquitaine, cet écolier était Bertrand de Goth.
11 devait être pape sous le nom de Clément V et fonder l'université de lois d'Orléans en enlevant la chaire des décrétales à son école.
En Tannée 1278 un italien venait y prendre des leçons de droit, son vrai nom était Taillefer; mais, suivant T usage, il ajouta à son prénom qui était Pierre, le nom du Heu de sa naissance, de la chapelle, aussi n'a-t-il d'abord été connu dans l'histoire de la science et de Téglise, dont il a été Tun des membres les plus éminents que sous celui de Petrtis de Capella.
Cependant il changea encore d'appellation et lorsqu'il eut été élevé au Cardinalat et au siège épiscopal de la ville de Pales-
Une ou de Prenestre il prit le nom de Prenestinus; et ses actes eurent assez de célébrité pour qu'on les désignât par le mot Prenestina.
Nous le verrons bientôt jouer un rôle considérable dans le grand acte de la fondation et de la réglementation de Tuniversité d'Orléans.
Nous devonsnousgarder d'oublier Yves Helory né à Kermartin, bourg de la Bretagne en Tannée 1253.
Il étudia le droit à l'école d'Orléans où il se rendit en Tannée 1277 et il eut pour docteur régent ce Pierre de la Chapelle dont il vient d'être parlé car avant de retourner en Italie ce savant écolier enseigna le droit dans l'école où il l'avait si bien appris.
Yves Helory mourut curé de Lohanet petite paroisse de la Bretagne au cours de Tannée 1303.
Nous le mentionnons ici avec un véritable respect ; il est peu de personnalité du moyen âge qui soit restée plus populaire que celle de ce si modeste et saint prêtre.
Qui ne sait que la science du droit puisée à l'école d'Orléans et la science des lettres puisée à Paris ou à Rennes, unies à la plus gracieuse et à la plus fine naïveté, l'ont rendu le plus habile défenseur du faible, de la veuve et de l'orphelin, du pauvre et de l'opprimé, et que le dévouement avec lequel il a accepté cette pénible et, alors, périlleuse fonction lui à fait acquérir cette gloire d'être sous le nom de saint Yvee, le patron des avocats et des gens de loi.
C'est ainsi qu'il nous est permis de suivre et d'apprécier l'enseignement de l'école cathédrale d'Orléans au triple point de vue des lettres, de la théologie, du droit canon et du droit
Nous la voyons ne se rattacher à aucune institution précédente de cette nature, ne rien lui devoir, pas même le secours de la tradition.
Elle restera dans les fastes de Tliistoiro avec tous ses droits au respect et à la reconnaissance des générations qui se sont succédé, sentiments d'autant plus mérités que son enseignement et ses travaux ont eu pour conséquence, Tavènement do
cette grande institution appelée : runiversilé de lois, qui a continué cette école pendant cinq siècles,
Mais si les lettres étaient restées réduites à la simple méthode, à cette condition pour ainsi dire rudimentaire , elles prirent bientôt chez quelques esprits une étendue telle qu'elles purent s'élever jusqu'à la poésie héroïque.
Un clerc d'Orléans que la guerre des croisades avait animé du plus vif enthousiasme, s'était rendu en Angleterre pour le faire partager à la noblesse normande.
II appela à son aide sa verve poétique et flt entendre aux savants troubadours un hymne de guerre en vers latins.
Un chroni<|ueur anglais Roger de Hoveden, l'a recueillie et Tun de nos modernes historiens nous en a donné une traduction (1) dont nous transcrirons, ici, quelques couplets.
Le bois de la croix est la bannière de notre chef, celle que voit notre armée.
Nous allons à Tyr, c'est le rendez-vous des braves : là doivent aller ceux qui s'épuisent en vains combats pour gagner le renom de Chevalerie !
Le bois de la croix etc.,
Le Christ en so livrant au bourreau a fait un prêt au pécheur ; si tu ne veux pas mourir pour celui qui est mort pour toi, tu ne rends pas à Dieu son prôt.
Le bois de la croix, etc.,