ADMINISTRATION DE LA JUSTICE
Nous nous sommes expliqué sur les comtes, les prévôts que^ dans leur négligence d'examen, quelques historiens ont considéré comme de véritables magistrats.
Nous avons fait voir que le plus grand désordre, que l'arbitraire souvent le plus brutal et même le plus cruel présidaient aux actes de ces prétendus magistrats.
Nous avons fait voir que ces fonctions étaient données à hail^ qu'elles étaient temporaires, et que, souvent, la même
circonscription était divisée entre deux ou plusieurs prévôts; qu'aucune règle ne leur était donnée, qu'ils délibéraient seuls, sans entendre les parties, et qu'ils n'étaient soumis à aucun contrôle.
Nous avons, il est vrai, parlé des missi dominici, ou inspec teurs-contrôleurs des actes des juges de l'ordre inférieur ou administrateurs de l'empire, deux ordres de fonctions réunies dans la même personne ; mais aussi nous avons vu que cette haute mission n'avait pas eu de durée et qu'elle avait été impuissante, dans la pratique, au milieu des troubles, sans cesse renaissants, de la société gallo-franque ; par l'étendue de l'empire de Charlemagne, les difficultés de la viabilité et l'impossibilité de surveillance de la part du pouvoir central.
Enfin, si on prend en considération la division du territoire de la monarchie par le nombre des fiefs et des arrière-fiefs, on se rendra un compte exact de l'impossibilité pour l'ordre judiciaire de se fonder et de se régulariser.
Nous ne parlons pas ici de l'aristocratie qui, loin d'être soumise à la justice, était en possession de la rendre; nous parlons des classes roturières qui, déjà s'organisaient, et avaient des intérêts assez compliqués.
Dès l'avènement de Louis IX, l'enseignement des écoles cathédrales avait produit son effet , un grand nombre de légistes imbus des principes du droit romain, s'étaient répandus dans la cléricature, et de la cléricature dans la bourgeoisie, prenant déjà une grande consistance.
La haute aristocratie persistant dans sa répugnance, allant jusqu'au mépris pour toute étude (1), se complaisant dans l'isolement de ses domaines, s'enrôlant dans les guerres que faisaient naître les jalousies auxquelles donnaient lieu les divisions du territoire en grands fiefs, et la résistance à l'accrois-
(1) Le concile de Tours de 1163 ordonne aux chapelains des châteaux qui auront connaissance que l'on y aura apporté quelque chose pillée sur l'église d'en avertir le seigneur, si on refusait la restitution, il prévoit l'excommunication, et ordonne aux chapelains et aux écrivains de se retirer : car ces seigneurs ne lisaient et n'écrivaient que par le ministère des clercs (Fleury, liv. X, p. 68).
lement du pouvoir royal, quiUaiit le manoir pour k^s croisades concourait h l'.iv^nemrnt de cette nouvelle classe qui allait la supplanter, jusque dans les placUes et les parlements.
Nous devons insister sur Texlension des rapports sociaux par les alliances, les successions, la possession des arricre-fiefs par les relations commerciales, qui offraient dans les contestations qui en naissaient des difficultés inconnues au temps précèdent le plus rapproche.
Si nous abordons la question pratique, nous voyons qu'il ^ftserait bien difficile de déterminer le mode de rendre la justice,
^H Nous avons dit combien, pour h commun des populations, ^^Pil était rare qu'il eût besoin de rintervenlion du juge,
I Les intérêts de cette classe l'taicnt tellement modiques et : restreints à des drlails tellement familiers et d'une telle infériorité que, pour elle, Tivéque était, en vertu des traditions ayant encore toute leur autorité, le juge, ou plutôt rarbitre de ces différends lorsqu'ils devaient être terminés par l'avis i ou la décision d'un tiers.
I Si on s'arrête à Texistence d'une juridiction ordinaire qifon ' appelait: plaids locmtx ou maah, dont on a été rechercher ^^lorigine dans les textes des lois ripuaire et salique, on rccon- ^■oaît que si ces lois ont été appliquées dans la Gaule romaine, ^Baprès la conquête des Francs, ces lois et cette juridiction sont ^napidement tombées en désuétude.
^P Ainsi dofic» dans le temps du plein exercice de ce mode de F rendre la justice, pour le vulgaire il n'y avait pas de justice*
Ces ptacite^, ces maals ou assemblées, n'existaient que pour
Ih classe dite des hommes libres. I Montesquieu nous donne une assez juste idée de ce qu'étaient «es hommes libres; mai» il ne fixe pas l'époque à laquelle il mlace cette classe de régnicoles.
I II les définit au chapitre du i service militaire des homme/t wibres ; ceux qui d'un côté n'avaient pas de bénéfices ou de fiefs, fl de Taulre n'étaient pas soumis à la seniiude de la gKbe ; les terres qu'ils possédaient étaient ce qu'on appelait des iems allodiales* j»
Nous avons suffi sain me m parlé des familles allodiales el ce que dit Montesquieu et M. Pardessus de celle classe, ne nous Mifie pas sur son origine el sa véritable silualion qui restent dans l'obsi'uritè.
Mais raccroissemeni de eelte classe qui n'est autre que Tavènenienl lent el progressif de h\ bourgeoisie, marque celui des jundiclions et de leur constiluUon définitive.
Les maals, les rachimbourgs ou scabins élanl devenus insuffisanls pour Tadminisiralion de la justice, à Tordinaire, el celle juslice périodique ne correspoudaut plus aux exigences nouvelles, on comprit qu'il fallait un prétoire plus permanent et plus aetif que ne pouvait l'élre celui des pl^çUes, que les comtes, eux-méoies, désertaient.
D'un autre côté tinstitutwn féodale née de rhérèdilc des bénéfices, des nouveaux modes d'en jouir, devait avoir pour conséquence Tadoplion d'un droit spécial qui ne pouvait naître que de Tusage et de riiiterprétalion que lui dorinerail une classe nouvelle de juristes qui se formèrent avec le temps.
Tout ceci produisit cet effet que les grands tenanciers qui, dans les temps primitifs se montraient négligents u se rendre aux plaids, pour échapper à ce travail qui exigeait de plus en plus d'étude et d'attention cliargeaient quelques gentilshoraraes, leurs vassaux, de les y représenter.
Ils leur avaient donné le titre de Prévost^ prœpositi^ ils leur donnèrenl, bientdl, lorsqu'ils confièrent celte mission k de simples légistes le titre de bailli.
Ce mot a élé diversement interprété ; rinlerprétalion qui a prévalu est celle qui viendrait du mol bajulns, bail ou tutetir^ ces officiers étaient les gardiens de la justice, ses directeurs, les conservateurs des droits du aeitjnenr chefy et y présidant : iia appellabantur quibus rei alicujus cura deinandata erat ; ut qui jîistitiœ snœ cu^lodt's essent ac vefuti redores ri prœaides.
Le chapitre de la juêtice et des bail tifs d'Orléans est certainement Tun des meilleurs qui soit sorti de la plume de notre annalisie et historien Lemaire.
Il pose ainsi la question d'origine de cette magistrature :
mah que ce fut sous \n Irnisif^me racc\ ri rie dire eerlainement, sous quel roi, c'est là la «liiTicullé. »
Poar la résoudre il 8*airête à cette proposition: « le roi Philippe It s*ètaiit rmisr ponrîilîcr k la terre sainte l'an 1100, pour maintenir la juslic*' j*eutlant son absenee, il uhan*:ea la forme qu*on avait, dès longtemps ub^ervée d'envoyer des commissaires de provinces, (missi iloniiei) institua en icelles, des juges qui fiin^nt iiiiminés: tiaillifH; distingua ieelles provinces par bailliages, et ordonna ejue les baillifs viendraient tous les mois au jour de plaids appelés : assises, auxquelles les parties deinandanl justice eompârailnuent ; et qu'ils eouq^araitraieni au park-menL, |Hmr l'inbu^mer des afTaires de la province. »
De son côté Synipborien Guyon, admettant la même f>rigine va jusqu*à nommer les baillis d'Orléans, depuis Tan née liOO. Le premier étant resté inconnu, jusqu'à l'année 1248, c'est-àdire, pendant la période où ces magistrats ont été appelés : baillis du roi, époque a laquelle de triennaux et juges souverains qu1ls étaient, ils sont devenus perpétuels, et leui-s jugements soumis aux parlements.
Cependant nous m^ (kuivous adrni-Ltre ce système comme spon ta riéin l^D t a pp! i i j ué ,
On remarquera que rorganisaLinn attribuée a Pliilifqie- Auguste n'était que teujjM>raire, qu'*dle niMKnait flurer qu*^ jusqu'à son retour de la croisade, il fut peu de tenips absent, parti le 25 juin 1190 il revenait le 31 juillet IIIIL
Les miKHi (fominici' dmilimrU l'auteur ([ue nous eîtons, étaient une institution tombée en désuétude dès la lin du IX° siècle.
Enfin Lemaire ne tient pas assez de compte de la division du territoire allant presque déjà jusqu'au morcellement en gratids et petits (iefs, (jui s'opposait à ces cireonscriplions en grands bailliages.
Oailleursce n'est posa Pbilippe auquel ou doit cette division, c*est à Louis IX.
Ces divisions lurent au nombre de quatre : Saint-Quentiji, pour le Vermandois ; Sens, pour la Champagne ; MiU^rin pour la Bourgogne ; et Saint -Pierre- le- M outier pour FAuvergne,
Un voit combien ces grands baillages étaient petits ; et quand la Bourgogne devint une espèce de royaume, à qualle exiguïté se réduisit cette organisation qui ne comprenait ni le Languedoc, ni la Provence, ni TAquitaine, ni TAnjoUy ni la Normandie, ni la Picardie.
Puis dans les grands baillages venaient les abbayes et toutes les seigneuries particulières, investies du droit de justice.
Enfin on sait comment, sous le gouvernement décentralisé de rinstitution féodale, ces actes de l'autorité royale étaient méprisés.
Pour nous les bailliages sont le fruit de la marche du temps, des nécessités pratiques plus que Tœuvre de Tintelligence des rois et de leurs ministres.
Et pour déterminer, autant que faire se peut, au milieu de cette laborieuse gestation des institutions qui devaient enfanter ces alternatives d'anarchie, de violences en haut, de travail latent, mais persévérant, au milieu, et de souffrances du servage en bas, nous devons considérer 1 edit de Philippe -Auguste, et les établissements de saint- Louis comme ayant ouvert la phase historique connue sous le nom de moyen âge, et comme ayant posé la base de toutes les institutions qui ont régi la société française, jusqu'à la révolution de 1789.
C'est ce que nous enseigne la préface d'un précieux recueil intitulé les Olim, où on lit :
€ Avant le règne de Philippe-Auguste, il existait dans le do. maine du roi comme dans ceux de ses seigneurs, laïques et ecclésiastiques des oHieiers nommés Préi^osts qui étaient au sein des villes et dans les campagnes, les représentants du chef seigneur qui, à ce titre levaient les impôts, et rendaient la justice dans les causes ordinaires. »
On le voit, ces prétendus magistrats u'étaitînt (jue des commissaires pour alimenter le trésor du seigneur, et les causes ordinaires ne devaient pas avoir une délinition bien caractérisée, dans ces temps où la propriété roturière n'existait pas, où la justice n'était que le libre arbitre du seigneur représenté par son préposé.
Bientôt cette fonction fut élevée au titre d'office, dans les
Bticeâ royales et des grantis fief?*, elle rontinim h être exoi*c?e ipÊJt des gcnUlâhotîimesfr^yy^^fMjiii so dntinjiient îles remplaçants flOdsle nom de vicaires, vicarii, ou Ltciitenanls Généraux : dans les lîefs d*un ordm in lu rieur eellr tViiirtinn Tut LoujoiirH l* an liée à uusimple légiste ; niais elli? rotistitiiu dans Ii-h JuHtii*t'.s royales une véritable magistrature, ifiii devint vénale, et non seulemeot iDamovible mais même hérêdilaire,
C'est, seulement de ees deux dernières magistratures qne nous aurons à nous occuper dans la partie pratique de Tordre judiciaire qui joue un grand Kde dans Miiâtoirc des uistiluUons et même des événements du moyen âge.
Si nous insistons sur ce sujet c'est que nous y Irouvous, à regard de raduiinistralion de la justice, la révélation de ses vices et de son insudisance dans les temps que nous venons de parcourir^ la justification de tout ce que nous avons dit un opposition avec renseignement des anciens auteurs; et, eniin, c'est que nous sommes, ainsi, amenés à la période historique de l'ordre judiciaire prépare [lar les établissements de saint Louis.
Si nous examinons !a ville d'Orléans à ce point de vue, nous la voyons divisée en quatorze circonscriptions judiciaires qui sont :
1* La tour de la Fauconnerie (Évéché); t* le chapitre de Sainte-Croix ; 3^ Saint-Pierre des hommes (sanctus Pctrus virorum, Saint-Pierre en |*ont) ; 4' Saint-Pierre le Puellier (Puellarum) ; S"" Saint-Euverte ; 6" Sainl-Aignan ; 7** Notre-Dame des Forgea; 8** L'alleu Saiut-Mesuiin ; 0" Saint-Benoit du retour; 10* Saint-Sanison ; 11'' Saiat-Palerne ; lÈ' Saint Laurent ; 13"^ Saini-Marc; Saint-Sauveur; 14" enliu la justice du roi.
Dans des mémuires spécialement consacrés à l'élude de ces justices, nous avotis donné les déiroiis de chacune d'elles-
Nous avons teinté les plus i^rands plans de la ville d'Orléans que nous ayons pu trouver, s étendant jusqu'aux extrémilés de Ba banlieue, et nous les avons exposés Tun, dans Tune des salies dit Palais de justice atUi huées à la cour d'ajjpel, l'autre dans ta salle de la bibliothèque publitjne : la troisième déposée dans les archives de la société arebéo logique.
Nous ne reproduirons pas, ici, ces circouscriptions qui ne peuvent être utilement étudiées qu*avec ces plans, ce que nous disons suflira pour faire comprendre Tétat juridique de la ville et les inconvénients d*un si grand nombre de juridiclioos groupées dans un espace qui ne mesurait (fue 5021 mètres de circonférence ; et les nombreuses questions de compétence que la coexistence de ce nombre faisait naître entre les possesseurs de bénéfices et de la part des justiciables eux-mêmes.
Chacune de ces justices, à mesure que les institutions se séparaient et que se régularisaient leurs attributions, avaient leurs prévôts, leurs baillifs.
Nous avons vu, à propos de ce dtœl, si improprement assimilé à un combat judiciaire qui devait résoudre une question de corn-* pétence élevée entre la juridiction de Tévêché et la juridiction du roi, et qui devaient tout simplement être départagées par la juridiction de Talleu Saint-Mesmin, que toutes avaient chacune leur bailli.
Mais jusqu'aux établissements de Louis IX on doit admettre que ces institutions étaient encore très incomplètes.
Les établissements y pourvoient avec une certaine naïveté : tous les Baillis, Prévôts, Maires (juges inférieurs dans les questions rurales) juges receveurs, cl autres oflîciers devaient jurer, solennellement (en pleine assise) de faire droit et justice, sans acception de personnes ni violation des tis et couslûmes.
Il leur était interdit d'aehetei' des propriétés es lieux dont ils avaiant la justice en mains.
Ils ne pouvaient mettre à la question, ici nous sommes en plein droit biblique, sur la déposition d'un seul témoin.
Ils ne pouvaient marier leurs enfants ou proches parents à quelqu'un de leurs administrés, ni revendre (car ces fonctions étaient vénales) à leui's fils, neveux, ou domesticiues habitant leurs maisons) sans le consentement du roi.
Voilà donc une institution régularisée, qui connaît ses devoirs, ses conditions d'existence.
Elle date de ce temps et elle appartient au règne de Louis IX.
tte date prise nous fait entrer, non seulement dans l'ère de la création de la magistrature, mais aussi dans celle de la véritable institution de l'ordre judiciRire qui deviendra déllnilivc par rintroduction dans la compétence en matière eiviîe et criminelle, du rfti^ royale intstitutîtutîou ipic nous ferons eonnaître à son avènement.
COMMERCE, ACIUCULTUEE, VITICULTURE.
Nous avons parlé de la voie fluviale comme étant presque la seule qui Fut praticable pour rapprovisionnement de la ville dont la situation, des les temps les plus anciens, la désignail 4|)onr être Tenlrepôt des marchandises qui, de là, se répandaient dans la Gaule centrale et celles de l'ouest et du nord.
Nous avons parlé des Nautes ou navigateurs de ce cours d'eau connu t^ous le nom de (htmen ekirum, Liger, dont la marche torrentielle s'écoule des Gévennes à Saînt-Nazaire sur un parcours de 1126 kilomètres et couvre une superficie de 131, UUO kilomètres carrés ; voisin, à sa source, de la Seine et du Rhône, partageant avec ces deux ileuves et, particulière- Ljiïent, avec la Seine ia mission du transport à l'aide de |)ortages (1) les produits du midi que hi niéditerrance leur donnait par la navigation du Fthône.
Nous avons remonté jusqu'à la ruine du commerce maritime des Massaliotes pour lixcr l'époque des grandes associations des rnarchands fréquentant le Rhùne, la Seine et la Loire,
A ce sujet, nous avons invoqué le secours d*une œuvre spéciale due aux recherches d'un des membres fondateurs de la société archéologique de l'Orléanais. {±)
Nous y revenons avec empressement pour rappeler le retour de ce commerce de Feau qui se continua, péniblement sous les
(1) Ces porUgea ou irausport des marchaadiaes se prati<)uai6at |>ar des convois de mulets qui portaient à dos ou daas des crocbets cea mnrcKLiadisea.
(2) M, MaDtellier ancien premier Prèt^ident de la coar d'appel d*0fléaii3, décédé conseiller honoraird à la cour de cassation.
Mérovingiens, et que, biputôt, nous allons voir renaître, après son iûterruplion causée par les invasions Normandes,
Nous n'entreprendrons pas ici de rappeler Torigine, lea^j conditions d^existence de ces grandes entreprises qui rapprochaierU ks popylatinns les plus éloignées sous des climats si dtlTérenUet parconséquentsi divers, et qui surtout avaient pour résuUîil de les rendre plus dépendantes de Rome, devenue la métropole du monde roonu par le commerce et les promptes communications, après rn%"oir été par les armes.
Nous négligeons les recherches que Tauteur consulté nous rendrait facile, notre seul but est de suivre ces rapports avec Orléans depuis la conquête des Francs jusqu'aux invasions des Normands et de les signaler à leur retour après les guerres des barbares.
Cette période de la navigation Ligérîenne est trop bien décrite dans le chapitre intitulé des corporations des marchand* après ta chute de f empire pour que nous ne nous Tapproprions pas.
Au chapitre précédent: ïe^Naut^ LigericitVBLixieuf a tracé k grands traits le tableau de ces grandes entreprises fluviales, et après avoir rapproché la situation réglementaire et orgaaisée des navicutarii marini^ des namcuîarii amnici, des navigateui-s de la mer, des navigateurs des lleuvea, et fait connaître les immunités durit jouissaient ce qu'il appelle les naviculaires afin d*alléger les charges qui pesaient sur eux munus navicularium et en luciliter l'exercice.
Cette charge consistait dansTobligation de pourvoirde grains, sans aucune interruption la ville de Rome augusHssima urbs,
L*autem% à ces détails intéressant la navigation commerciale de la mer et des lleuves (jui se prêtaient un mutuel secours, arrive à ce moment où la chute de l'empire place dans la situation la plus critique cette partie des moyens d^alimentation de toutes les populations soumises à radministraliou impériale, où tous les rouages de cette gigantesque organisation se disloquaient.
C'est à ce momentque la puissance des associations nautiques les sauve de cette ruine imminente.
€ Elles se reconslitucnl pnr loiir propre impiilsinn et de collèges en tutelle, d'uisliluts régis par rétat, ces associations devinrent libres, et des centres, des foyers d'initiative cominei^ ciale, administrative et politique (1), >
Josqu'iei il ne sVgit que d'associations qui toutes avaient principalenient pour objet l'ajïproviî^ïoijnement des villes de la paresseuse Italie; bientôt la Gaule apparaît; t les aigles romîiines en se retirant n^avaîenl pas entrainé, chez les gaulois, Tesprit d'association commerciale ; il continua à se développer en se modifiant suivant les événements. »
Les Bourguignons en s'étahlissant sur le Rhône et la Saône, et les Francs sur la Loire avaient trouvé ladministration du pays dans les mains des ducs et des comtes ; ils les y laissèrent: le comte fut délégué du roi comme il avait été de l'empereur et il continua d'exercer dans leur plénitude l'autorité civile et rautorité militaire,
11 y eut cependant un temps d'arrêt nécessaire à ce moment, dans la marche de ces institutions, dont l'auteur que nous citûns,avecun vif empressement, nous semble ne pas assez tenir compte ; mais le sentiment historique suppléera à rabsence de toute indication de sa part à cet égard.
Il fait comprendre <ju"il en fut ainsi en continuant en ces termes: • la vallée de la Loire resta ce quelle avait été, l'artère principale des communications établies d*une mer à une autre, de la méditerrauée à l'océan, elle était le cœur de lempire franc et l'un des foyers du christianisme. »
« La ville commerçante d'Orléans» après avoir été la capitale d'un royaume Mérovingien, avait vu son importance s'augfmenter encore par la protection des rois de la seconde race, par Téclat de son église et de son école. »
t Les invasions des Normands changèrent cette situation ; alors, en elîet, Tanurcliie est partout, les entraves, les vexations, le pillage attendent h chaque pas le trafiquant voyageur. »
Le baron lui-même ne se prive pas des exactions les plus
(1) M, Maiitellier, membre delà Société archéologique, t, V, p, 19,
inaappikiableg, et même des actes de violeace les plus cruels, 1a mlà» & rauçan, remprisonnemeat et ie voi des marchandtôês et des richesses.
rJi(i4|iM* (liHrôit du paiTiiurs i\e^ lleuves est ime occasioii de hi perception duii un pût, ou d*urie |»rise dt* niarrliaodjae dans une certaine mesure.
Les iiistiLutiuna moiiaslu|ues ou épiscopale- rllr^-raêmes riveraines des fleuves et des rivières navigables s'altribuaieDl des perceptions arbitraires que rieu ne justlûait sur les vaisseaux qui traversaient le parcours de leur bénéfice.
Dans la charte faussement attribuée à Clovis, le monastère de Saint-Mesniin de Mici avait introduit une donation à perpétuitê avec le droit exclusif de pêche, la perception d'une mima de sel par chutpie bateau traversant la Loire dafis ia pariie qui ^HÎ appnrienaiL
Et le chapitre de Saint- Aigiian se prévalait d'une charte attribuée lanloL à PéjHOT lanlotà Gharlenmgne, qui lui donnait toute justice sur les îles et ilôts du cours de la Loire traversant son bénéflce dont nous avons à ce point de vue, particulièrement décrit retendue, mais encore la faculté d'avoir « six vaisseaux sur la rivière de Luire et autres fleuves voisins^ pour apporter toutes les choses nécessaires pour la subsistance des chanoines, sans payer aucun tribut, par toutes tes (erres de leur obéissance. >
Tel a été, pendant les règnes de la race Mérovingienne, de la race Carlovingieune, et des premiers rois de la race Capétienne» l'état de la navigation commerciale de la Loire ; et, par conséquent, Tétat commercial de la ville d'Orléans
On tes voit d'abord très tlorissantg aous l'administration romaine, et sous les deux [iremières races ; anéantis par les invasions des barbares du nord, soumis à l'état le plus précaire après ces invasions, les désordres résultant de l'absence de tout pouvoir public et de la misère, atteignant jusqu*au seigneur féodal dans son manoir.
Nous devions le tableau de cet important élément sopiûL surtout au moment où sous la protection du pouvoir royal, il va se réorganiser et rétablir remporium carnuium, l'an-
MTk ^
cienae Genabum, l'Àurelia romaine dans toute son importance ; ci concourir avec les écoles de Fantique cité, à lui rendre scmi ancien éclat et môme y ajouter.
Mais si le commerce de Veau a élé, par les caiises que nous avons signalées, abandonné pendant un long espace de temps, la vilte d*Orléans n'a pas perdu, pour cela, tous les avantages de aa position tûpr»graphique.
A défaut de commerce fluviaK les villes du nord, ilorissantes entre toutes par leur fahricalion et leur industrie, lui envoyaient leurs produits-
Alors les abords de la ville étaient devenus des lieux de ce commerce, et on avait fini par rintroduire dans son enceinte ♦ en y construisant des halles où se diflposaienl ces marchandises.
On avait, en môme temps créé des droits d'entrée et de places.
Lemaire daos de précieux chapitres nous a conservé les actes attestant cet état de choses ; on peut les consulter avec fniit.
Entre'autres renseignements il nous fait connaitro Lies actes remontant à l*annéc I17H et s'arrétant aux années i445et 1446. On ne pourrait s attacher à chacun d eux et à toutes leurs dispositions, sans s*exposer à une prolixité d'autant plus inopportune qu'elles ne sont pas spécialement consacrées à l'exercice du commerce.
On y voit que certaines d'entre les chartes que cet auteur transcrit et qu'il analyse en les traduisant, intéressent la manumission et l'affranchissement des serfs ou homme de corps, sujet dont nous nous sommes occupé, et d'autres dont nous devrons nous occuper lorsqu'il s*agira de traiter des arts et métiers.
Nous passons donc, outre et cela d'autant plus facilement, que nous rencontrons au â** vol. papre 204, des mémoires de la société archéologique de rOrléanais une notice extraite d'iia manuscrit existant aux archives du département du Loiret, éûumérant toutes les coutumes ou droits de halles, perçus dans le temps flottant entre les années 1296 et 1344.
Son savant éditeur, M. de Vassal, archiviste du département du Loiret, a divisé son mémoire en trois paragraphes.
!• Relations extérieures, 2* Diversité des objets livrés au commerce, 3* Institutions, conséquences nécessaires d'un cornm^erce florissant.
Suivons le dans ces divisions :
Il résulte du § des relations extérieures que les villes du nord : Dooai (Douai), Cambray, Maaiines (Malines), Lovin (Louvin), Lisie (Lille), Gant (Gand), Broisselles (Bruxelles), et Ypres, envoyaient leurs draps à Orléans.
c Que la Normandie, le Berry, le Nivernais, la Touraine, la ville de Besançon, y envoyaient leur fer. *
€ Que Saint-Porcen (Saint-Pourçain), Nevers, la Charité, Cosne, Toury, Tours, Beaugency, Mcun, Ambose (Amboise), Biais (Blois), Saumur, y envoyaient leurs blés.
€ Que la ville d'Orléans recevait les marchandises du pays Ghartrain ; Adnet, Brieval, et Montchauvet et qu'elle en recevait aussi de la Rochelle. »
Le second § objets du commerce exercé dans la ville, sont désignés 1" objets propres à la nourriture tels que : raisins d'outre mer, poivre, gingembre, canelle, huiles et autres marchandises d'épicerie.
^ Objets propres aux vêtements, on y voit figurer des coiffés coifeta {capitis tegumentum ferreum), il faut croire que celles là étaient plus moelleuses on laine ou en draps ; des coister, sorte de tunique; on voit qu'il n'est question ici ni du chapeau ni de l'habit.
3° Les ustensiles déménage, où le couteau est désigné par le mol tranchant.
4** Objets divers composés d'objets eu fer, parmi lesquels on voit le vif argent.
5^ Les animaux parmi lesquels ne figure aucune espèce de gibier.
6° Enfin les objets de luxe consistant : en cordouan ou cuir de cordon itowv selles , /re/n6* propres à la monture des chevaux de parades, de batailles, de tournois, deshaquenées de grandes dames.
On y voyait aussi des hanas de madré ou hanaps, coupes, vases en verre ou en métal autre que l'or et Targeot, pour la coafection desquels on empïoyait le mazer ou madré, qui veut dire, tacheté: le mot mazer, mazerinm, madrinum est un genre de pierre précieuse lapidis pretiosi genus, recommandable par rexcellence de son odeur, odoris prœstantta Cùmmandabile, et par la remarqnalile variété de ses couleurs et colorium van'eiate insigne gUg venait de Torient du pays dej* Papthes nascitur autem in oriente apud Partkos.
Ces mots exprimaient une coupe, un vase servant à boire. (1)
Enfm les marchands que Ton appelait pelletiers y exposaient des sauvasines c'est-à-dire des peaux de bêles sauvages, ou plutôt de riches fourrures.
Enfin on y pouvait voir aussi, des merceries dorées et en soie et des souliers blancs.
Pour recevoir ces fnarcheants, c'est-à-dire ces commerça uts ambulants, colporteurs faisant train de marchandises toujours en marche, on avait ainsi que nous l'avons dit construit des balles.
Celles d'Orléans étaient situées oii Ton élève aujourdliui les marchés couverts on à peu de distance de ce lieu, et dont les restes étaient encore visibles il y a peu de temps ; enfin nù se tient encore le grand marché aux légumes et naguère habité par les marchands fripiers, de salaisons et de toutes les denrées d*un usage journalier.
Ces balles existaient entre l'église placée sous le vocable de Saint-Hihiire et le châtelct.
Les marchands de Beauvais en occupaient une; ceux d'Arras et de Douai, en occupaient une autre et les marchands des autres villes occupaient la troisième.
Mais le commerce des hallesnepouvaits*exercer que pendant la durée des foires, Philippe 11^ par lettres patentes du mois d'avril 1201, en avait institué deux, Tune tenue h Pâques,
(1) Compte do Etienne de la Fontaine argentier du roi, ISTiO, pour hanap de madré An pour boire vîn nouveau duquel on eert le roi k table tf/f tiv. (Dncange).
l'autre à la Toussaint, on en institua une autre qui avait lieu à la Cliandeleur, époques auxquelles on percevait une cotiêtume ou droit fiscal désigné sous le nom de cueillette.
Elles ne pouvaient durer plus de sept jours.
Il parait que le commerce qu*on y pratiquait du temps où ce document, extrait par M. de Vassal, recueillait les détails que nous venons de faire connaître, avait déjà changé d'aspect, car Lemaire nous en donne de bien différents; et suivant lui, lorsqu'on 1200, Philippe Auguste établit les foires de Pâques et de la Toussaint, chaque jour des sept pendant lesquels se tenaient les foires, était consacré aux objets les plus usuels et les marchandises qu'on y mettait en vente n'avaient rien de commun avec la plupart des objets énumérés par ce document que possèdent les archives du département du Loiret.
Dans le premier détail des objets exposés dans ces foires, et dans les huches des halles, il n'est question que des pelletiers et couturiers, des bouchers, des teinturiers, des foulons et des tanneurs, des talmelierset boulangers, des texiers, des feuvres ou bijoutiers, des cordonniers et savetiers.
Il y avait loin, de la simplicité et de la vulgarité de ces choses, à la recherche de la plupart de celles qui se présentent aux halles, à l'époque signalée par l'extrait de la nomenclature que nous venons de signaler.
Ces foires devaient donner lieu à des débats tant sur la qualité <les marchandises que sur leur poids, ou à l'occasion des modes de paiement.
Pour cette dernière partie des transactions, il existait des changeurs qui avaient leurs échoppes ou comptoirs dans le cloître Sainte-Croix, et dont nous avons déjà parlé.
En ce qui concerne les contestations entre acheteurs et marchands, on avait institué une juridiction spéciale et aussi temporaire.
Cette juridiction était surtout chargée de décider le prix des places occcupées par \q^ marche-anls (1), aux halles en pro-
(1 ) Orthographe observée daas l'acte auquel ces textes eont empruntés.
poriton du genre de marchandises qu'ils y exposaient cl des places quils y occupaieut.
On appelait les membres de cette espèce de magistrature les Touiaiers; ils étaient à Orléans, ville de la Jmtice le Hoi nommés par celui-ci ; et prôtaient serment de conserver le droit du roi. le droit de Tévêque et le droit des marchands.
A ce^ coutumes «Hait im lahleau indiquant ceux au profit desquels elles avaient été étahlies ; ces ayants-droit étaient : le roi, l'évêque, et quelques établissements religieux {!).
Gomme on le voit, m,algré rextention que semble avoir prise le commerce des halles datîs un intervalle difficile à préciser, les produits de riiiduslrie se composaient encore d'objets assez vulgaires.
Quant aux objets de luxe se présentant comme façonnés avec une certaine élégauce et comijosès de matières assez précieuses, ils ne pouvaient s'adresser qu'aux classes privilégiées, et cela pour deux raisons : la première c*est que» même en tenant compte du bas prix de la main d'ceuvre et aussi de la situation humble, dans ces temps, des artisan 3 et des artistes, la bourgeoisie ne pouvait faire usage de ces ohjeta, la fortune de ceux qui la composaient ne te leur aurait pas permis.
La seconde c*esl que les lois somptunires, dont nous aurons occasion de parler s'y seraient formellement opposées.
Nous ne terminerons pas celte partie de notre examen sur l'état du commerce à cette époque, sans y ajouter quelques observations.
Si on arrête son altentioti sur les détails dans lesquels nous sommes entré : on voit que le commerce était exercé par des
(l) On y voit figurer une autre peraonnalité, designée aoua le nom de la dame des hnrres ; le document ne do Que aucua renaeigùeinent nuT rorigine de ces droits, uou plus f|ue aur la mention, auprôa des droit» du roi, de révêque et de (quelques otabliseemeata religieux de ceux de la d:inio des barres, localité située à 12 kilomètres oueit d'Orléaus; tout ee qu'on peut iuduiro c'est qu'ils représentaient te ■ervice du transport de certaines denrées soit par eiu soit par terre et en francbise, pour leur entrée ou leur sortie de ta ville.
foraînst des marchandit ou par des étrangers^ des admnm (1) ; et que si la ville était le siège d'un commerce relativement considérable, peu Je ses habitants étaient commentants.
El quand même il y aurait eu, k l'origine de» habitants de la ville qui eussent établi le commerce sédentaire, ils ne l'auraient exercé qu*aux halles,
r/est» en elTet, ce qui eut lieu avec le temps; mais ils n*exposaienl en vente que les objets d'un usage journalier; on n*y voyait que des fripiers, des vacbiers, (marchands de peaux de vache, destinées à Ui tannerie), des tanneurs, des toîliers, (des tisserands), des bourreliers, des chaussetiers» des cordonniera] et des savetier*.
On y voyait aussi des liniers, des ohanvriers, des bezenieni (marchands de miel), des coifllers (marcliands de bonnets et autres coiffures), des changeurs.
Pour ce qui regarde les métiers tels que les talmeliers ou boulangers et les débitants de vin, ils tenaient leurs échoppea au dehoi's de la ville.
Les boulangers stationnaient sur la place sur laquelle ouvrait la porte Dunoise, aujourd'hui le marché de la porte Renard «j les marchands de vin sur la pince de l'étape que pour cela < désignait par les mots V étape au vtn*
La disposition des maisons de In ville ne penneltait pas, sans un grand danger d'incendie de tout un quartier, Texisteace d'un four, et ce ne fut qu'avec les progrès do Tart du constructeur qu'on se hasarda à établir cette profession dâ l'intérieur des villes.
Cet état de choses dura longtemps, il est vrai avec une grandi modiRcation, mais jusqu'à Tannée 1820* Les messagers des villes voisines non seulement fournissaient de pain les habitants des maisons bourgeoises répandues sur le parcours qu'ils accomplissaient à Faller et au retour, mais encore, ils en exposaient en vente sur une place connue h Orléans, sous le nom de marché aux veaux.
(l) Voir co c^ae nou« disons au premier volume, chapitre intitulé t
Ûuaiit aux marchands de vin» ils étaient aussi étrangers à la ville; orgaaisés en compagnies, ils ne vendaient qu'aux jours de foire et payaient par chacune d'elles une coutume ou droit de place de 5 deniers.
Ce qui inspire au savant éditeur du mémoire auquel nous empruntons ces renseignements : « il fallait que ces associations fussent nombreuses pour qu'on eut songé à exiger d'elles 5 deniers ce qui équivalait à 2 fr. 55 cent, de notre monnaie actuelle, cet irapcM eut été insignifiant dans une ville commerçante du deuxième ordre ».
En d'autres termes, si la ville qui voulait se faire un revenu de ces coutumes n'avait pas eu un grand nombre d'associations de marchands de vin stationnant sur la place qui leur était réservée, elle aurait imposé un droit de place plus élevé à chacune déciles.
Cependant, prenant eu considération que les objets de consommation ne se vendant qu*à des époques périodiques et par provisions étnient souvent insuffisantes, que les objets achetés en trop grande quantité se détérioraient, ou enfin que les petites bourses ne pouvaient les acheter qu'en détail et par petites portions^ quelques habitants formèrent de petits établissements à domicile.
Mais les coutumes ou droits des halles auraient eu à soufîrir de cette concurrence, et alors on permit l'cxposilion et Tétalage à la fenestre^
Ces marchands prirent le nom de feneslriers : et furent âoumis à la couiûuie appelée fenesfrage.
Telle est lorigine de ces devantures fastueuses qui font aujourd'hui, et depuis moins longtemps que les générations nouvelles ne le supposent, rornement des grandeis et môme des petites villes.
Nous reviendrons sur ce sujet en suivant les progrés du régime municipal.
Il nous sulit d'avoir exposé l'état exact du commerce de la ville, siège le plus considérable de cet élément social, au moment ou les générations nouvelles» abandonnant les coutumes barbares des ancêtres, s essayaient aux travaux de la
paix; au moment où s'ouvrait, de nouveau, \p réRÎme du druil et de radministralion publique*
Ce progrès èliui déjà remarquable, puisque le comniePC jusque-là, relégué hors rciiceinte de la ville, y recevait enfial rhospilalité et tendait à se substituer en y devenant sédentuire et pennrmpnt, au commerce ambulant et périodique.
Nous croyons devoir ajouter à ces détails quelques autres " détails intéressant un commerce modeste de consommation.
Jadis le commerce des bestiaux, les élaux des bouchers a*exen;ait et étaient inslallés sur la place appelée depuis le cloître Saint-Aignan, dont Téglise alors était sous le vocable de Saint-Pierf'e aux bœufs, appellation qui indique le voisinage de rapprovisionnemeiit et sa nalure.
Nous avons vu également qu'un oratoire qui avait été bâti sur cet emplacement, pour recevoir les reliques du saint patron de la ville de Tours, fuyant devant les invasions des normands, avait élé nommé saint Martin de l'étal, à cause de son voisinage de l'étal des viandes exposées pour la con^ooimation des habitants de la ville.
Nous devons suivre cette industrie qui a bien droit h quelque ' attention et à quelque étude parmi les autres branches de commerce.
Dés avnnt le xnf siècle, les bouchers étaient en possession de leurs étaux dans Tintérieur de la ville, et ils abattaient soit dans leurs propres demeures, ou même au devant de leurs portes, soît dans des écuries ou étables qu*îls possédaient, ou louaient et afîectaient à cet usnge.
Une rue en pente qui, de la rue de la Gharpenterie, s'étendant de Test à Touest et prenant h sa première extrémité le nom de rue de la grande cour et des images, descend jusqu'au quai de la Poterne, portait, dans ces premiers temps, le nom de rue Froidure, et depuis celui des Bouchers qu'elle portai encore, était bien certainement adecLée h Texercice de cette profession, depuis l'emmagasinage des bestiaux, jusqu'à leur vente en détail.
Ces noms se réunissent pour justifier cette proposition; le mol froidure , dans le langage populaire, était synonyme de
rt; refroidir de ce langage d'où il a passé dans le langage famtlier, voulait dire luer» et il a encore cette aigmlicatîon dans le langage du crime.
La situation de ceUe riio dont le parcours se dirige du nord au midi, en pente rapide, jusqu'à la Loire où les eaux et le sang des animaux se précipitaient; son voisinage du cloître Saint-Aignan, encore alors et pour longtemps, le marché aux he-stiaux, tout se réunit pour constater que la profession des bouchers s'exerçait dans Tintérieur de la ville bien avant Tonnée 1720.
D'ailleurs Fusage d'abattre les bestiaux dans rintérieur de la ville, pour les livrer à la consomma tion» s'est prolongé jusqu'au !*^ juin 1821» jour auquel, pour la première fois, Tabattoir, monument situé près de Tégliae Sainl-Laurent, a été par les soins de la mairie de ce temps, élevé et affecté à ce pénible et dangereux travail.
Hais dès avant Tannée 1220, l*accroîssemenlde la population 'et du luxe» dans la vie intérieure de la bourgeoisie, TiL comprendre à ceux qui exerçaient ce commerce, TutiliLé, pour eux, de concentrer leurs étalages dans un point central.
Et c'est ainsi qu'au coui*s de cette année 1220, le roi Philippe Auguste, et non pas Tadniinistration municipale, sous quelque dénominulion qu elle fut désignée, publia une charte par laquelle il donna, aux bouchers, une place faisant partie de celle du grand marché, pour y étaler leurs viandes.
Les bouchers firent plus Lard et à leurs frais construire une halle et des étaux sur ce terrain; et ces étaux au moyen de Taccensement devinrent des propriétés qulls transmirent, dans cette condition, soit k titre de vente, de location, ou même à titre héréditaire.
Nous croyons devoir arrêter, ici ce sujet spécial que nous suivrons dans ses progrès, à mesure qu'ils se manifesteront.
AGHICULTL'EË.
Si nous jetons un regard sur Tagricullure dans les campagnes des environs d'Orléans, nous la verrons dés les premières
années de rétablissement de la monarchie, arriver à un état de prospérité qui n'a dû s'arrêter que devant les entraves que lui imposait la constitution féodale.
Nous avons déjà signalé le monastère de Mici, et montré son second abbé, Saint-Mesmin, se livrant au défrichement des terres incultes et pestilentielles, personnifié suivant le style symbolique de ces temps par le dragon que le saint abbé met à mort, et lui-même mourant, jeune encore, d'une fièvre lente, fruit de ses bienfaisants travaux.
Nous devons à la plume d'un laborieux ecclésiastique (1) dévoué au culte de la science, le tableau de la vie de cette abbaye, instituée près d'Orléans, mise en possession d'un refuge situé dans la ville, par le fondateur de la monarchie, et il nous semble conforme au sentiment qui nous guide dans l'accomplissement de la tâche que nous avons entreprise, de profiter de cet excellent travail d'érudition, pour faire connaître dans toute leur étendue, les services rendus, par cet ordre religieux.
L'auteur n'admet, comme nous, qu'une charte de donation : celle qui a investi Eusebius et Haximinus, son neveu, du territoire de Mici.
Mais il lui répugne de mettre la charte ajoutée à la première, au nombre des diplomata sptma ; i\ i[)ense que cette seconde donation se lie intimement à celle qui est incontestée.
Il explique cette erreur par le peu de temps qui s'est écoulé entre la rédaction des deux chartes : Tune étant certainement de Glovis et l'autre devant être attribuée à Clodomir son fils.
Mais ces deux chartes jusqu'au jour où l'on a retrouvé l'original de la première dans Jcs archives d'un monastère de la ville de Chartres, n'en faisaient qu'une, et les mots: Adjicirnus cambiacum, et nous avons ajouté Chaingy, se lient intimement au domaine de Mici qui faisait seul l'objet de la première
(1) M. Tabbé Cochard, attaché à la maison d'éducation secondaire, dirigée par M. Tabbé Renaudin.
charte^ loin d*expliquer Li seconde comine sincère démontrent son caractère frauduleux admis et proclamé par la collection de Brequigny (1).
Noua n*insÎ3terons pas, quoique nous le puissions, sur ces con* sîdératioos, et laissons en paix les pieux scrupules du prêtre lutter, quelque peu, avec la conscience de Técrivain, et nous reprenons notre examen de l'important mémoire que nous avons sous les yeux,
11 nous montre saint Mesmin imitant les moines d^Orient^ particulièrement saint Antoine et saint Paul {^), astreindre ses moines à la règle de cqb pères du désertj la modiliant toutefois eu égard au pays, à Tèpoque et à la société au mltieu desquels il vécut*
11 fait remarquer que c'est ainsi que les moines de Micî surent concilier le recueillement de la solitude, et les travaux de ragriculture.
Il fait un tableau très animé de l'état des mœurs et des campagnes de la Gaule centrale dans ces temps, la Loire déiBertée par ses naulœ^ les routes romaines qui la reliaient aux autres villes, rompues et impraticables ; l'absence absolue de sécurité même aux abords de la ville d'Orléans, les bois peuplés de bétes fauves rodant jusque sous les mura; le commerce et la viabilité livrés au brigandage,
C'est alors que les moines de M ici, sous la conduite de Maximin entreprennent le défrichement des terres*
Ces moines étaient nombreux, ils étaient vin^t-deux, et leur mérite était si reconnu au wif siècle, qu'on a attribué à Charles le (jhauve une pièce de neuf vers latins consacrés à conser\"er fleur mémoire ce que, il est vrai, nous avons peine à croire.
Parmi ces noms il en est quelques-uns restés assez populaires, Maximin, Euspicc, Urbice, Avit, Carîlephus ou Calesîua, Viat et Liphard.
(1) Voir à ce sujet le mémoire de M, Tabbé de Torquat intitulé : Saint-Mesmin au quatrième volumo des Mhnoires de ta Société Archéologique de l'fJrléanms^ p. 4tJ0.
(2) 11 od s'agit pan de Fapôtre de ce nom.
Tous se sont mis à Tœuvre.
A Chaingy, nous dit notre auteur, Mesmin Q*avait pas tardé à reculer les forêts, en conquérant, sur elles, des terres arables qui se couvrirent de blé.
Leurs travaux se multiplièrent et nous l'avons fait remarquer, saint Mesmin, leur chef, y a succombé
Mais Tordre prenant de l'accroissement, ses membres se répandirent dans diverses contrées.
L'Orléanais, la Sologne, le Berry, le Limousin, le Dunois, le pays Chartrain, le Perche, le Maine et le Passais.
C'est donc à cet ordre, se formant aux environs d'Orléans, s'y recrutant et de là rayonnant au loin, qu'est dû dans la Gaule franke, l'assainissement des terres, le déboisement des plaines devenues les plus fertiles.
On voit que ce n'est pas sans quelque raison que l'imagination remplie d'images et de symbolisme à cette époque de douleurs, de solitudes et de mélancolie, ait attribué à ces moines les miracles de la destruction d'animaux fantastiques sous les noms de dragons, de serpents, de tarasques, désolant les campagnes par leur férocité, les empestant par leur haleine fétide, et leurs excréments venimeux.
On le voit, si les fausses chartes attribuaient aux institutions religieuses des biens que nul ne leur avait donnés, ces fraudes ont tourné tout à l'avantage des populations; et d'ailleurs, nous l'avons fait remarquer déjà, elles n'étaient qu'une reprise des biens spoliés sur les Gallo-Romains.
C'est à l'institution de ce monastère élevé à l'époque barbare de la conquête qu'il faut reporter le mérite de ces bienfaits.
L'institution féodale les a arrêtés dans leur marche, au moment où l'accroissemeut des populations aurait joui des travaux de ces modestes religieux et où ces populations les auraient complétés, mais la reconnaissance des générations les plus éloignées de ces temps primitifs ne doit pas moins leur être acquise.
Leurs travaux furent suivis d'un autre genre de sacrifices, ils exerçaient une intarissable charité.
L'abbaye de Mici avait entr'autres charges celle de l'aumône
lie qui se iaisail, cliaque année le jeudi de rabxolu, eVstà-dire le jeudi saint, jour où l'église donnait rnhsolution à tous morts ou vivants, d*où ee mot de Fabsolu, diminutif du mot absolution*
Celle numône générale consistait dans la distribution d'une miche de pain, à tous ceux, riches ou pauvres, qui se présentaient k la porte du monastère de Miri,
Mais cette charge devenait ditricile à accomplir et au xvn* siècle on la remplaça en donnant un pain à chaque pauvre de Saint-Hilatie et Saint-Nicolas-Saiut-Mesmin» villages rapproches Tua de l'autre.
Cette distribution absorbait la quantité de quarante mines de blé commun, mnh ton^ qui devaient être employées ce jour-là.
Elle devait être faite sur les listes que donnaient les curés de ces deux paroisses.
Ces dons de pain ne se Faisaient plus le jour spécial du jeudi saint» mais depuis le premier dioianche apr^s Noël, et se continuaieut pendant huit dimanches consécutifs.
Entr'ûutres redevances l'abbaye devait, en cas de voyage, founiir k révéque yrie vniture et (juatre chevaux ; en Tannée lî^i4, Philippe Bcrruyer, évéque dljrléajis. se disposant à suivre saint Louis à la croisadej Tabbaye de Mici lui donna une charrette et seulement trois chevaux.
Telle a été Tinfluence de ces institutions religieuses dont les services et les travaux nous placent à Torigine des travaux de ragrif'ijUure, en France et par conséquent nous apprennent ce qu'elle pouvait être à l'époque historique dans le cercle de laquelle, jusqu'ici nous nous sommes renfermé.
CCLTURS DE LA VIGWE
Indépendamment de ragricuUure proprement dite, les Gaules ^possédaient un autre élément de richesse.
Dans les temps les plus reculés la Gaule méridionale et même la Gaule centrale avaient de nombreux et fertiles vignobles.
Il U
n^Sn^Mî?* cul turc élnil tel h une r*^po*|U<' ou Ir?» pofiiflatloni gnulnkcs rtaioni peu vr\mm\nr*s ilans les campagnt*:*» H *i(i It culture dcë céréales L*tait peu aboodAute, qQ<? riUlie qui ne vivait «jnïî ilrn Ijlés d<»8 pciiplot* de »e*î proviiice»T <^'ï*ut devoir^ dutis la pt^n»orHif! de Uomilieu empereur au 83* «iècler* fain* ilùtruiri? toui* le» vignobtrs gnulnin pour y suli^tituer Ipj blés.
Cet onlrc dont rexistcnce ne peut t>tre révoquée en doute, futcxécuté en Gaule, et notre vieux historien Lemaire rapporte à ce sujet un dictoo qui courait chez les populations de ce contrites par lci|uel on accusait cet empereur d^avoir, chantri la terre de mn fruit masle ayant ordonné de ne planter la vigne; terram eunucham fecerai.
H cite Tite Live en sa première dtkad*% liv, V, et PlutarqueJ en Ha vie de l'*uriuJtCtitnillUii^ disant que les François (Lemaîre qtiahlie ainsi les compagnons) de Bellovèze et de SigovJ^z^) qui n'avaient pas de vigiie^t ni de vins^ furent ineitiKn, par auctirtftJ Italiens, à passer les Alpei» qui leur apportèrent des fruitt^ et des vins d'Italie ; et que ce lut Tempereur Probus qui tenait Tempire Tan ^80, qui donna aux Français, la permission de planter des vignes.
Mais il s'empresse de rétablir la doctrine historique ainsi qu'on vient de le voir.
Il semble bien que e'esl a Probus tjue la Gaule iloit le rétablissemeni d»; *«e.H vignof)le<i, el le recepage des terres Gollo^ romaines^ mAme au i:entre et sur tes br^rdn de la Loire (|UDique les èdils qui ru onliKinaieul. bt ilej^trurlinti aient intéressé benil* coup moins ces contrées que la Narbonnaise,
Cet enifiereur s'est constitue le protecteur de la Gaide, il Va défendue contre les déprédations et les ravages des Germains, et rbi»ioire lui attribue le bienlait pour les Gaulois de la replantation de ses vignes.
Les historien:^ ilu moyen*àge attestent par les actes de TautorîLé royale, elle-nnîme, l'existence de vignobles sur le terri* toire Orléanais*
lU rapportent une ordonnance de Henri l"' qui, en Tannée 1057, rétablit le prioilêge ancien^ octroyé aux habitants de la
ville, d*y faire entrer leurs vendanges, sans payer le droit d'entrée.
Ce droit était exigé par les officiers du roi qui voulaient faire exécuter le règlement, lequel exigeait la perception de ce droit, et les habitants l'éludaient en faisant entre leur cueillette, avant de l'avoir foulée et fait cuver ; c'est ainsi qulls obtenaient par ce procédé très intelligent raffranchissement de cet impôt.
Mais il nous semble que cet acte doit être relégué parmi les diplomata spuria.
S'il était sincère, il supprimerait le droit d'entrée, ce qui eut été plus simple et plus convenable de la part de l'autorité royale qui semble, ainsi, s'associer à un moyen de fraude et à un acte équivoque et d'une délicatesse douteuse, à ce point qu'il révèle son caractère mensonger.
L'ordonnance du roi Henri P"^ n'est mentionnée que dans : Le Trésor de Sainte-Croix ; elle remonte à une époque si ancienne qu'on ne peut contrôler la sincérité de sa date, et il est d'une probabilité qui approche de la certitude, qu'elle n'a été produite que pour justifier une prétention bien plus récente, l'état de la propriété du sol au commencement du XI* siècle ne comportant pas ce morcellement, qui permettait à de simples particuliers la possession de vignes et de récoltes plus ou moins abondantes.
Il en est ainsi d'une lettre attribuée à Louis VII, par laquelle il mandait à son ministre Suger, de faire parvenir à l'évêque de Bayeux 60 muids de son meilleur vin d'Orléans.
On comprend que Suger dut faire cet envoi sur une prière qui était un ordre pour lui ; mais il n'est rien moins que justifié de la possession par le ministre, de terre dans l'Orléanais.
On avait, il est vrai, donné le bourg de Toury pour le lieu natal de Suger ; dans ce cas il aurait été du pays chartrain, ce qui est bien différent, lorsqu'il s'agit de culture de la vigne, que d'être du pays Orléanais ; mais rien n'est plus douteux ; car en même temps qu'on le fait naître à Toury, les uns le disent né à Saint-Denis, près Paris ; les autres à Saint-Omer. L'existence du vignoble Orléanais est plus incontestable pour n 14,
les temps les plus rapprochés de notre civilisation et de la décentralisation de la propriété rurale.
Lemaire et Rouzeau, ce dernier Tun des poètes Orléanais du XVII* siècle, dans son Hercule Guespin^ nous en fournissent des preuves incontestables.
Le premier, dans un chapitre consacré au vignoble Orléanais, nous apprend que cette partie avait dès ce temps et, par conséquent dès les temps plus anciens, une étendue de cinq ou six lieues autour de la ville, et qu'il comprenait vingt-cinq à trente paroisses.
Il semble qu'il parle du vignoble actuel renfermé dans un cercle formé par les villes de Beaugency, Meung, Cléry et Jargeau.
Le second, en célébrant ses vins, et particulièrement le petU cleret de Saint-Mesmin ; et le vin auvernat à Todeur si bonne, si suave, avec une couleur d'œil de perdrix ; et le vin merveilleux du territoire de Rebréchien, mot que ce poète forme des deux mots latins : area Bacchi, le champ de Bacchits.
Mais nous devons faire, comme le fait lui-même notre historien Lemaire, nous renfermer dans le cicle que nous parcourons et que nous apprécions, en ce moment, au seul point de vue de l'état agricole du territoire Orléanais et, dire avec lui que, dans ces temps, le vignoble n'était ni si bon et plantureux qu'il est à présent, parce que les forêts s'étendaient jusque dans les faubourgs d'Orléans (il aurait même pu dire : jusqu'à ses portes).
Il nous apprend que cet état de choses se perpétua € jusqu'au règne de François P% époque à laquelle sept vingt mille arpents de bois existaient encore dans les environs de la ville, dont la moitié d'i celle forest ayant été abattue et défrichée et plantée en vignes, le vignoble s'était accru et s'accroît journellement, à ce point qu'il faudrait faire une ordonnance pareille à celle dudit empereur Domitian, afin que les terres propres aux blés, fussent conservées pour l'aliment et nourriture de leurs maistres. »
Et si nous revenons un instant sur le périmètre des bénéfices de l'évèché d'Orléans, et ne dépassant pas ses limites au delà
desquels s'élendaienl les vastes territoires que nous venons de faire connaître, nous voyons que le fief désigne sous le nom des HHaire^ en faisait partie.
Or le territoire de ce fief étail, ainsi composé: partant du midi de réglise dédiée à Saint-Hilaire et qui était auprès du Châielel, paroisse fondée comme nous Tavons dit par le roi Robert et s*avançant vers le nord, nous trouvons cette rue des Uilaires qui vient d*être mentionnée.
Dans celte étendue on doit faire remarquer qu'il existait un pressoir, apparlenant à rèvêché et qui, par conséquent était banaL
Il était accompagné de quelques lieux de réjouissances dont les enseignes ont laissé leur nom ayx rues alignées sur ce territoire : [e Pot d'Argenty le Pot de Fei\ VOie couronnée^ te Vert- Galant^ et le Pot de vin*
Quelques-unes de ces rues ont perdu leur nom en entrant dans le parcours de celles qu*el!es prolongeaient» mais toutes ces dénominations n'en indiquent pas moins que ce quartier était couvert de vignes dont les fruits étaient portés au pressoir, et de guinguettes, rendez-vous des amis de la joie, ainsi que le manifeste avec évideuce le nom du iicf, composé de celte immense ^•tendue de terrains, désigné par ce mol des hilairesou hilarieux, et que portail aussi cette rue devenue celle du Bœuf, nom d'une maison ou pendait pour enseigne Hmage de cet animal îi la chair saine et succulente.
11 ne faut pas porter une regrettable atteinte h cette colleclion de noms indicateurs de la deslinalion spéciale de ce quartier, r>n omettant celui du Chapon qui a résisté au temps et se monlre encore, à tous les regards, comme le souvenir de ce qu'éiaient alors lous ces établissements de distraction et de joyeux ébats (1) groupés au milieu de ce vignoble et de ce précieux pressoir.
Nous ne devons pas non plus oublier deux autres enseignes qui onl aussi donné leur nom aux deux rues qui existent encore
(il On connaît encore la rue de Bel Ebatf dans les vcneUe^ de Saint-Marc*
- ai4 ~
et dont Tune faisait partie de ces lieux qui viennent d'être désigtiés, et dontraulre y conduisait, et qui toutes deux indiquent par le sens de ces noms les rapports intimes qu'elles avaient avec ces rctidez-vous populaires et môme de la bourgeoisie de ces temps.
La première est la rue de la Limare nu plutôt de la Liniace, car nos aveux ne reculaient pas devant les mots pour exprimer les choses qoe la dùcence moderne sait cacher SQUS de pudiques équivalents.
Cette enseigne appartenait k une maison très voisine de toutes celles qui viennent d'être nommées; elle a donné son nom à une rue en la déguisant sous les mots de Limare, qui ne signifient plus rien.
La rue de la Limare est parallèle h celle des Hilaires ou du Bœuf-Saiul-Paterne, par opposition îi celle du Bœuf-Sainte-Croix dont nous avons amplement parlé plus haut,
La seconde est la rue Lasserai ou de la Cerche qui a prévalu sur lu premier, et qui veut dire cerceau cercle^ expression dans Tusage, exprimant tout ce qui était de forme circulaire ronde^ elle contmant pour le contt'nu-
Ce mot èlait arrivé à Téiat générique, à ce point qu^on appelait cerches : les sergents du guet parce qu'ils faisaient des rondes, pour assurer la Irauquilité publique, pendant la nuit.
Ici ce mot indiquait une maisoti où on débitait du vin, un cabaret, qui avait pour enseigne un tonneau d'une plus ou moins grande dimension.
Kous rencontrons d'ailleurs dans un procès-verbal d'assises de la justice de révéché l'indicatioti d'une pièce de vigne sur remplacement occupé aujourd'hui par les constructions séparant la rue de Gourville et la rue Sainte-Anne.
Gette destination de ce territoire que nous venons de nommer: des tiîlaires ou des hifarieitx^ est justifié par des contrats que nous voyons se reproduire dans rinvcntairo de Tabbaye de Saint- Laurent.
Ces contrats qui sont de Tannée 1427 à Tannée 1446, intéresssant plusieurs masures, maisons et clos de vignes situés à la
cftnt boisre ou Moriti et au quartier sà«/i.s M** sainJs, c'esl-à-dire prts le cimetière de SniiU-LaarenL, et dans une parue de cet emplacement inférfeup et plus bas que ce cimetière.
Ces vignes sont ainsi désignées dans ces actes : deux arpenls de vignes au clos desiioubs Ic^ mlnts^ près In croix boisée : udc ransure et un verger sur le pave de la Groix-Morin.
Ainsi en réunissant les travaux agricoles et de défrichement réalisés dans les territoires de Chaingy pm* Saint-Mesniîn cl ses compagnons; ceux de Saint-Liplmrd, fi Mcung, ti enfin les plantations vîticoles des habitants ou plntJt des grandes instilutioMs bénrliciaires de la ville, on voit que dès le xnr siècle la terre conjuiencait h être rendue h sa destination primitive qui est celle de donner h ses habitants une nourriture saine, fruit de ses sueurs pour qu'il mange son pain de chaque jour: fil ialforibm fomedcH ex t'a cunclis diebus lutœ tuœ (gen* cap. 3, V. 17.)
Rf^GIME MUNICIPAL (t).
Tout ce qui précède et, parliculièremenl tout ce qui, dans ce dernier paragraphe, intéresse les rapports de la culture de la vigne, nous a démontré Tabsence de toute administration municipale.
Cependant, si on examine, comme nous le faisons, avec le désir de suivre pas h pas une inslitnlion depuis qu'elle se manifeste, il nous panut impossible de ne pas Vy voir en germe,
(I) Nous croyons devoir nous séparer si ce n'est absolumenUau moins en iTès-grandt* parfie do ce que dît Lemaire, dans son chapitré intitulé: ds la mairie et échevinage.
A ce sujet cet autcïir n'a jamais mieux juslifié le reproche qui lui a été adressé de l'ahscnco de toute méllioilc et du désordre qni régnent dans la plupart des eliapitrcs compOi^anl cet ouvrage, recoirimandable d'aliord par l*étenduc dos recherches cl, ensuite par Taboudance des faits qu'il y a réunis.
Nous devons uous borner pour faire admettre la négligence volontaire que nous nous permcUoiiSp à renvoyer à ce chapitre ou règne une telle confusion qu'il est presqu incompréhensible.
01 même de ne pds saisir quelque^uns de $eé développements, de manière à prévoir rimporiance qu'elle devra bientAi prendre.
La oature des choses, les manières d'être des sociétés s*imposent^ et les itistitutions existent avant d*avoir reçu un nom.
Considérons le système municipal dans la ville d'Orléans au moment où nous Ty saisissous, marquant une transition entre le passé et Tépoque de cet état de gestation^ nous faisant voir ce qu'il sera dans un prochain avenir.
Nous ne pouvons revenir sur ce qui se serait passé dans les Gaules avant la conquéle des Franks et spécialement dans la Gaule centrale, an point de vue de radminislration des villes par les curiales, et depuis cette conquête pur les comtes des rois Franks ; nous nous sommes suffisamment expliqué sur ce point, à Toccasion, surtout des episcopals d*Euverte, d*Aignan, de Galterius ou Gautier ; nous nous conlenlerous de dire qtjc depuisUilmdu XIII' siècle, ju5qu*uu xtv% où nous sommes parvenu» rinstitiition municipale n*est apparue sous aucune désigoitton dans la ville d'Orlî^ns.
Mais, en même temps ^ nous devons reconnaître que le premier signe de rinstitution municipale remonte au règne de Louis VII,
Jusque-là on ne voit que les officiers du roi comme admini^ traieurs cl percepteurs pour le trésor royal, des impôts, et dont une bien faible partie était employée aux besoins les plus urgents de la cité, et qui toujours intéressaient le domaine du roi, comme Tentretien des fortifications, du pont; impAtsque, par des exactions vexaioires, ces officiers faisaient souvent tourner à leur profit.
C*cst ce que déraontrtuit les chartes que nous avons reproduit.
Mais nous n'irons pas jusqu'à admettre, malgré le respect que nous inspire renseignement de M. Augustin Thierry, qu'au moment où Louis Vil serait venu réprimer la tentative des Orléanais d'Établir la commune, ta ville avait une organi* sation urbaine analogue a lancienne curie, qu'elle avait dix
prud'hommes ,
traitées.
par lesquels les affairi'S des villes étaient
Coutinoanl la marche de rinstilulion, nous rencontrons Tèdit de Philippe-AugLisifi, successeur immédiat de Louis Vil, son père, publié au cours de l'aiiriée 1100, et que nous avons déjà GÎlé à Tocciision de la fonction de bailli, tendant à se substituer à celle de prévôt.
Par cet acte, indépendamment de la fondation des bailliages dans chaque grande ville de son domaine» le roi instituait par chacune d'elles quatre prud'hommes qui avaient mission de donner aux baillis leur avis dans les affaires intérossaoi Tudministralion de ces villes,
Lemaire n'a pas manqué de s'occuper de cet édit pour en tirer cette conséquence ; que \e$ commit n au lés on municipalités et, notamment, celle d'Orléans quMl rattache h la curie, et qu'il fait au moins remonter au vi" siècle, n'ont jamais subi d'interruption.
Mais il nous semble s'apercevoir que les quatre prud*homnies de F^hilippe-Âuguste font douter de rcxistence des dix prud'hommes de Louis VU,
Aussi il s'empresse d*exprimcr l'opinion tpie cet édit loin d'avoir été publié dans tjn sentiment de bienveillance pour l'instilulion municipale qui avait, dés ce temps, une telle inlluence, qu'elle affaiblissait ranlorité des juges royaux, n'avait d'auire but que celui d'affaiblir rinstitution municipale elle-même.
Celte opinion ne peut être partagée par aucun de ceux qui connaissent la situation de la royauté et celle de la bourgeoisie, au regard de Taristocratie féodale h celte époque.
Alors le pouvoir royal, réduit à se défendre contre les empié-tements du pouvoir féodal et l'abus qu'il faisait de la cousLitution qui avait rendu les bénétlces héréditaires, se réfugiait dans la bourgeoisie, cette classe nouvelle qui, elle-même, voyant le domaine royal, s'agrandir par les pertes que ïa classe des feudataires avaient laites en s'engageant dans les guerres des croisades, et d'ailleurs préférant cette autorité plus douce» plus régulière* plus amie de la paix et qui opposait la protection h la violence, se rattachait à la monarchie.
Mais le langngft qui n*avait pas dans ces lonips de rudnsse de mœurs, élo donné aux grands du monde pour dissimuler leurs pens^^es, ei que lieïil lo roi dans son èdit, prolcsle conlrc Tînleiuioii qu*oi) lui prC-le,
Il va partir pour la croisade accompagné de toute la noblesse du royaume, et il veut assurer le bon ordre de ses étals on son absence :
« Le devoir des rois est de pourvoir par tous les moyens à ce qui est nvanlageux à ruliVivé publique et de la préférer à leur propre utilitp : et suœ uiilitatiprivatœulilitatempnblkam anfefetre,
Cesl pourquoi il ordonne que les baillis éliblisscnl par chaque prévôté de ses seigneuries, qualre bourgeois sages, équitables cl de bonne renommée: Quatuor homines prudenien, kgitimos et boni lestimoniU sans le conseil desquels, ou de deux , au ïnoins, aucune affaire des villes ne sera traitée, h Texceplion qu'à Paris, il y aura les six personnes nommées par le roi, et que les baillis assigneront chaque mois, une assise ou un jour, auquel chacun recevra promplemcnt jusiice et le roi AY.S drmlH,
Loin donc que Philippe IIL eut Tinlention qu'on lui attribue, il se montre plein de bienveillance pour la ville d'Orléans et pour loutes les autres villes du doiuaîne royal, et, particuliéremeni dans les chartes par lei^quellfs en Tannée 1224. il abolit plus^ieurs mauvaises coutumes dans la ville de Bourges.
Mais tous ces actes, s'ils préparent à Tinstilution municipale; nous la montrent absolument dépendante du pouvoir royal représenté par des olTiciers plus disposés à restreindre ses immunités et ses droiis qu'à les étendre.
C'est ce qu'il résulte encore du tableau que Ut roi Louis IX, dans son édit de l'année 12,56, trace de Félat de ces prétendues communes.
« Nous ordenous que tuii H mayeur soit fait lendemain de la fcstc de saint Simon saint Jude ut H nouviauîc maire et li VICK et qualre prud'hommes de la ville des quîez li un ou il deux qui auront re*;u ou despendu ceste année des biens de là
vieignent à Paris à nos gens, auK octaves de la saint Martin en suyvant, pour rendre compre de leur receple et de leurs dépens ^,
« AnT. 3. — îl est drfendu aux communes et aux bonnes villes de rien presler ne donner sans noslre congiez forz le vin en potz et en bariz ».
« Art. 4. — De rechief nous ordenons que cil qui font les dépens en nos bonnes villes, et qui font les payements et les emprunts, qu'ils ne relieguent nuis des deniers de la ville pardevers euk forz que cil qu'ils font les despens, et cil n'en ail plus de vingt livres mis les deniers de la ville soient gardés dans la huche commune de la ville «.
Bien qu'on remarque ici des signes d'une véritable réglementation d^'^montrani les progrès qu'a faits l'institution municipale puisqu'il y est question d'un 7naknr et d'un budget de recettes et de drpenses on voit à quel état d'iuférîorilé était encore rinstitution municipale.
Vient, ensuite le règlement de Louis ÎX touchant la levée des tailles dans les villes de son domaine, ou on lit : « que quarante hommes, plus ou moins bons et loyaux soient élus de par le coiii^eil des prêtres de leurs paroisses el des au 1res hommes de religion et eussement des bourgeois et des autres prud'hommes selon la quantité et la grandeur des villes les* quels éliroul de signes (de six) h douze liommes d'y eheux ^de ceux) qui seront les meilleurs h celle taillent essoet »>.
Si on pouvait établir l'existence dti système municipal ou des communautés comme ayant succédé sous la monarchie Franke, ce qui n'est pas et ce qui k notre avis n'a pu être, on voit avec quelle raison le recueil des Anciennes lois Françaises, nous dit que la liberté civile éiait en décadence dès le xi' siècle el que cet état s'est continué jusqu'au xiv".
Le roi Louis IX nous le démontre lui-même, par le silence qu'il garde à cet égard dans ses Établissements.
Mais si celte inslituliou cmfmrtée par les révolutions et les guerres de conquête qui ont eu pour conséquence la chute de l'Empire, par la barbarie de la race Mérovingienne, et, pendant les règnes des rois Carlovingiens, par les invasions des
peuples du nord» a dormi d'tin profond sommeil, nous assistons, en ce moment, el .sons raulorité bienveillante de Philippe- Augusle el du saint roi, son petit-fits, h son retour, et, désormnis, nous verrons les villes administrées» par elles-mêmes, et par une édilité composée de ses propres habitants^ administration vraiment paternelle qui a traversa les siècles en donnant Texemiile de l'amour de la ville natale» et «juî ainsi a contribué à sa prospérité el h sa gloire (l).
MCEUnS, — DISTRACTIONS. — PUlSItlS l>ES HABITJU^TS DE L4 VILLE DANS CES niVEHSFS PKIUOIŒS UISTORIQUES.
Ce qui précède nous conduit à rechercher qu'elles étalent les mœurs, on plu tût, les habita des des membres de celle société urbaine renfermé dans les étroites habitations grossièrement construiles entassées dans ce formidable el sombre quadrilatère romain.
Lh, nulle voix ne sVMève pour la culture de Tespril, le développement de l'ioiclligence, si ce n'est celle du magister de Frcole presbylérule ou le prédicateur dans la chaire de réglise paroissiale.
Nulle œuvre littéraire ne vient charmer Tima^çination de la jeunesse, aider ri^ge mur à conserver la puissance de la raison, à l'étendre et à la justifier ; rien ne vient reposer rimaginalion du vieillard, distraire des seuls souvenirs de sa jeunesse, et
(1} Quelques auteurs oui inféré de quelques actes de donations dont se prévalaient quelques insûLulions religieuses aux vr et vu* siècles, il au s lesquels on Ht ces mois : matms nos Iras aubterftrmamîis et aliorum bonorum virorum dccrevimus roborare, qu'à celle époque rinsiiluiion muDici|*ale de la ]iosses8ion romaiue nvail survécu à l'Empire.
Mais ind(?pendammenl de ce que ces mois éUiient indiqués par tous les formulaires dom on se servait dans les chancelleries des monastères, cl que les grcûiers, scribes et praliciens, de ces inslilulions ëlaient assujettis à ces formules considérées comme de siylc et les plaçaient machinalemeul à la clôture de lous les acteSp ces actes euît-mÉmes, sont par la collecUon de Bréguigny, classés parmi les diplomuta spuriar (voir k ce sujet IMiistoire des biens commuoaux, jusqu'à la Un du xm" siècle par Rivière i857.)
lui oublier les souffrances physiques et morales, et les repentirs des dernières années de la vie.
La femme est reléguée dans les soins les plus matériels de la vie de famille ; les enfants s'étiolent dans ces ruelles malsaines, dans cette vie ramassée, et dans la monotonie des jours inoccupés.
Nuls spectacles autres que celui des cérémonies et des pompes religieuses, accidentées de scènes indignes de ces cérémonies et de ces pompes, mais que l'oisiveté, elle-même, de ceux auxquels elles étaient offertes, rendait intéressantes.
Aucune promenade publique à l'intérieur de la ville ; à l'extérieur, des passages étroits pratiqués à l'aide de matériaux grossièrement réunis, permettant de traverser les flaques d'eau et les marécages, entretenus par l'ombrage de la forêt s'étendant jusqu'aux fossés de défense qui protégeaient ses murailles, étaient le seul mode d'exercice dont pouvaient jouir ses habitants.
Quiconque a vu l'ancienne cité, même à l'issue de la révolu- Uoii de 1789 et jusqu'à l'année 1815, où s'est installée la bienfaisante administration de la maison royale de France ; quiconque visite encore ses anciens quartiers, doit être effrayé de l'existence des populations y séjournant après les invasions des Normands, pendant les guerres des premières races royales, et pendant et après la guerre de cent ans, pendant et après les guerres religieuses du xvi^siècle ; en un mot pendant cette longue suite, à peine interrompue, d'événements qui ont paralysé l'activité de l'esprit humain et l'ont arrêté dans son essor.
Alors les plaisirs les plus grossiers étaient les seules ressources qui occupassent les longs loisirs des habitants des villes, ils n'avaient que le choix entre ce genre de distraction et la vie religieuse.
Aussi un nombre considérable de tavernes s'ouvraient sur les territoires suburbains ; ce sont ces établissements dont les principales rues des quartiers, construits dans la suite des temps, ont pris les noms qui les ont préparés, en môme temps que les solitudes des campagnes les plus sauvages se couvraient de cabanes construites par un grand nombre qui,
fuyant la servitude des campagnes et Toisiveté pénible et dangereuse des villes, adoptaient la vie érémetique.
Le nombre de ces cellules s*augmentant par suite -an grand nombre des néophites obéissant aux mêmes motifs, elles devinrent bientôt un groupe d'habitations qui firent concevoir la réunion de toutes dans une seule enceinte.
Cette réunion exigea une règle commune et par conséquent des grades et une forte hiérarchie qui assurassent son application ; et les grandes institutions monastiques furent fondées.
Les miracles que ces solitaires, dès les premiers temps de ces exils volontaires, ceux que les reliques de saints personnages recueillies par ces institutions, opéraient et qui consistaient le plus ordinairement en guérisons spontanées, non seulement de maladies chroniques, mais même d'infirmités naturelles, attirèrent vers ces institutions un grand concours de visiteurs, d'abord isolés ou marchant en groupes, puis en plus grand nombre, puis enfin en nombreux cortèges ; et les pèlerinages furent institués.
Ces actes de dévotion d'abord resserrés dans un cercle étroit s'étendirent jusqu'à des contrées éloignées et devinrent assez fréquents, à ce point que ces voyageurs eurent besoin d'asile et de lieu de repos, alors les abords des monastères se peuplèrent d'hôtelleries.
A mesure que ce cercle s'étendait, ces pèlerinages devinrent des occasions de distractions.
Non seulement les habitants des villes se rendaient à certaines époques dans des bourgs des environs assez éloignés, mais les villes, à certains anniversaires, se faisaient processionnellement des visites.
Orléans et Blois, Chartres et Orléans, ainsi que nous l'avons vu, se visitaient ainsi.
Des usages engendrèrent le colportage de marchandises diverses.
D'abord des chapelets, des bagues, des pièces de toiles, que les solitaires et les monastères eux-mêmes, vendaient après les avoir approchés de la châsse des saints en honneur dans la contrée.
Puis deâ deurées alinientairea ; des bouquets commémnratîfs de voyage accompli et auxquels on altribuait cerlaines vertus, des bagues portant le nom du saiol, comme par exemple celles dites de saint Hub«^rt dont rappliVation sur certaines parties malades du eor[>s en opéra ieiil In ^MiôHson.
Ces réunions qui prirent, à rnîsun de leur but, l<Minni de corps saints, altiraieuL d'autres genres dlnduslriol.s • des tireuses d'horoscopes, diaeuses de bonne avonlure, des saltimbanques^ dèB escamoteurs, des vendeurs d'amulettes.
Et enfin des cabarets sous la ramée ou sous la tente, et des ménétriers, chanteurs de complaintes ou bien qui, montés sur un tonneau faisaient danser la jeunesse,
Ces scènes de dévotion se transiormaicnt aiusi et trop souvent en dangereuses scènes amoureuses et de débauches.
Ce premier élément de distractions, et de dè|ilacements, qui interrompait, heureusement, la tristesse du séjour dans les villes, avait une autre conséquence.
Les longs pèlerinages à Jèrosaleni, à tlome, à Saint-Jacqiies de Compostelle donnaient lieu à de longs récits.
Les Gaulois ont été représentés comme curieux de nouvelles, à ce point qu*ils arrêtaient les voyageurs et les contraignaient de leur raconter leurs aventures, et ce qu'ils avaient vu et entendu est aulem hov gaUicœ comuciudum ut et vialores etiam invitos consi^tere cogant, et quod qui$que eornvi de quaque re audievit aui cognoverit, quœrant, dans les villes le peuple environne les marchands, les oblige ôi raconter d'où ils viennent et ce qu'ils ont appris de nouveau dans ces contrées, et mercatores in oppidis vulgus circumsislai^ quibusqtte ex regionibm venianl, quusque ibi res cognoverùU pronunciare cogat (Cœs, liv. IS,% 5,)
L'état nouveau de la Gaule n'avait, certainemcut pas modifié, cette antique tendance des esprits qui est le symptôme d'une extrême crédulité.
On comprend, a!oi*s, avec quelle avidité les pèlerins, les col* porteurs, les mariniers des fleuves et les marchands du bourg d*Avenum étaient interrogés.
Avec quelle ostcniaiiou méridionale, car la navigation se
pratiquait surtout du mîJi au nonl, de Fûrient au couchant, ceux-ci abusaient du droit que s'arrogent ceux qui viennent de loin ; quelle place tenaient dans leurs récits les naufrages, la description des siteB, des peuples, des animaux extraordinaireSt les cyetopes, les hommes ayant eonime certains singes la prolongation de la colonne vertébrale, les phénumèmes de la nature et la quantité de miracles dont ils avaient été les témoins.
Ces récits charmaient les veillées de Tbivcr, dans les villes où pénétraient aussi les racontars des campagnes, de ce qui se passait dans les champs, dans les bois, dans les cîmeUêres.
Les apparitions, les tours de sorciers, les loups gai*ous, le» brigandages, les animaux monstrueux, comme plus tard la louve du Gévaudan.
Tout cela composait autant de drames beaucoup plus émouvants que ceux dont le talent de nos plus célèbres acteurs tragiques et mélodramatiques nous charment dans nos somptueuses salles de théâtre*
Puis, venaient les complaintes, les chants religieux, les averlisseors lugubres de prier pour les trépassés, lesmendianla étalant dans les rues, à la porte des églises, leurs plates hideuses, vraies ou simulées*
Les nombreuses cérémonies extérieures du culte, les mariages, les enterrements, les sacrements de la derïiière heure sur la terre, portés bruyamment et solennellement aux malades et aux agonisants.
Tous CCS éléments d'impressions vives» detonnement, de frayeurs, de joies et d*espérances, sujets de longues conversations animaient ces sombres et tristes demeures, remuaient ces intelligences engourdies et, dans une certaine mesure, les poétissaîent
Si les choses s'en étaient tenu là, le temps aurait pu s'écouler paisiblement; mais à côté de ces distractions venaient se placer les passions et les caprices du tempérament humain.
Peu loin au-delà de Tcnceintc de la ville il y avait les asiles ouverts à l'amour du plaisir, à la salisfaclion des appétits matériels.
Il y avait aussi la jalousie, la haine nés d*un voisinage qui tenait de la promiscuilé.
De \h des querelles, des vengeances, tradition du droit saîieu qui avniL placé ce sentimont tliéoriqne «*rj principe de droit public.
H y avait aussi le spectacle que présentait la procédure sous la forme des Onlalies dont nous avons loiigucincnt parlé, le duel, les épreuves par Tcau bouillante, Ttinmersion, le fer chaud, ou le feu.
Les supplices cruels; le brasier ardent dans lequel les Juifs, les hérésiarques entraient par bandes; Té Ira agi em eut par la suspension au gibet.
Les corps des coupables traînés à la cïaie, jetés à la ooierie^ j abandonnés à !a voracité des animaux, sauvages» et, surtout lUX oiseaux de proie (1),
Siècles sinistres, drame perpétuel sans cesse offert h la curiosité, système purement préventif soit au point de vue religieux, soit au point de vue social , continuel avertissement du double esclavage ; celui imposé par le clergé, celui imposé par la conquête, dont rien ne venait distraire, ni la recherche dans les habitudes de la vie intérieure, ni dans les fantaisies du goût personnel, les aliments étant 'grossiers, sans apprêts, et le vêtement étant appliqué sans distinction de taille, d'habitudes du corps et de physionomie, par une réglementation sévère.
Telle était, encore, cette justice au xin" siècle.
Maïs il y avait aussi hs solennités par lesquelles on célébrait les entrées des grands du clergé cl du monde ; celles des évêques que nous ferons connaître dans tout leur cérémonial, ne noua arrêtant, ici, que sur la première entrée qui ait été décrite d'un prince apanagiste : Louis d'Orléans. Elle eut lieu en 1 année 1402,
(1) Dans uae ordooiiaiice militaire de Philippe- Auguste on lil : qui aéra convaincu de larcin aura la tête raséo, couverte de pois bouillante et do plumea d'oreiller et sera exposé au premier rivage (Mezeray).
Les rues furent tendues de riches tapisseries; on y aTait établi des fontaines de lait, de vin et d'eau de senteur ; et le duc revêtit un habit de chanoine lorsqu'il allait visiter l'église de Saint-Aignan.
On comprend Tintérôt, qui s'attachait, pour les bourgeois qui ne voyaient d'autre spectacle que ceux offerts à leurs yeux par ces magniflcences, les seuls spectacles par lesquels les habitudes de leur vie étaient distraites et charmées.
Déjà, cependant, par les progrès que nous avons signalés dans la chaire de son école cathédrale de l'enseignement des lettres et même du droit, elle tendait à sortir de cette torpeur ; mais, longtemps encore le bien-être matériel, la culture de l'intelligence, ne seront accessibles qu'au très petit nombre ; longtemps, l'un et l'autre seront considérés comme des innovations dangereuses, comme une atteinte portée aux mœurs des classes bourgeoises.
L'immobilité sera, pendant des siècles encore, l'ordre de conduite de la famille chrétienne dont l'éducation et la règle se ressentent de l'éducation et de la discipline claustrales qui exercent surtout leur autorité au sein des classes bourgeoises et populaires, encore si rapprochées l'une de l'autre.
Elle le sera, jusqu'à être érigée en système, dans les plans de l'administration publique qui résistera même aux changements exigés par les nouveaux besoins sociaux, et qui ne consentira à leur donner une bien insufQsante satisfaction qu'à la dernière extrémité.