DESCRIPTION DE LA VILLE A CE MOMENT
Au moment où le règne de Charles VI va cesser, par sa mort, la domination anglo-bourguignonne continuait à être contestée môme au nord de la Loire.
Bien que les Anglais et les Bourguignons possédassent Paris, eussent Tadhésion du Parlement et du clergé, et régnassent, ainsi que nous Tavons dit, à vingt lieues au-delà du territoire parisien, les Dauphinois, ou partisans de la maison de France, possédaient plusieurs places entre TOise et TYonne.
Les choses restèrent en cet état jusqu'au traité de Troyes, mais ce traité encouragea les Anglais qui continuèrent la guerre avec plus de vigueur.
Us prirent plusieurs places, Melun, Montereau, dès avant ce traité (14:20) ; après (14:21), ils s'avancèrent encore, et malgré quelques échecs partiels, ils firent tant de progrès vers les bords de la Loire qu'à la mort de Henri Y (14i21), qui ne précéda que de quelques semaines la mort de Charles VI, le parti anglais qui n'avait plus d'occupation militaire à redouter de la Seine à la mer, n'en eut plus du côté de l'est, et le sud ; entre l'Yonne et la Loire.
Jusque là le parti anglais-Bourguignon, dont le chef, c'est à-dire le roi d'Angleterre, prenait le titre de roi de France, n'avait pas encore poussé son usurpation jusqu'à combattre en son nom ; il avait toujours combattu au nom du roi de France,
partir de la mort de Henri V^ la couronne tomba sur la tête d*un eofant, Henri YI, no du mariage de Heori V et de Catherine de France, le 6 décembre 1421.
Aussi, à partir de ce moment, dit un grave historien: t Cette dernière Oction de monarchie vient de disparaître, la sinistre réalité n'a plus de voile ; la France est partagée entre deux rois ennemis, »
L'armée anglaise s'avança vers le Gàtinais, Tarmée française fle saisit d'une petite forteresse appelée Crevant, située entre Auxerre et Avallon.
Les auxiliaires écossais marchent sur Crevant en passant par Gien, et le ["juillet de Tannée 1423, la bataille est livrée aux Anglais qui remportent une éclatante victoire.
L'année suivante la perte, par les Français, de la bataille de Verneuil jetle l'armée nalîonale dans le désespoir; elle compléta le triomphe des Anglais qui, libres de toutes préoccupations dans ces régions voisines de Paris, se seraient dirigés, sans retard, sur la vallée de la Loire si, quelques divisions se manifestant dans les hautes régions du commandement de Vannée» n*avaient retardé leur marche.
Cependant ce fut dans cet intervalle qui ressembla à une sorte de trêve, et sans que les circonstances de cette entreprise vers le centre de la France et le pays Orléanais soient bien définis, ce fut dans cet intervalle que les Anglais vinrent investir la ville de Montargis.
Ce fait d'armes parut, à nos anciens historiens, d*un assez mince intérêt pour qu'ils se soient crus dispensés d'en parler, il n'est que Henri Martin qui lui accorde un moment d'attention ; maïs les érudits d'Orléans, membres de ta Société archéologique, ont été plus soigneux de ce détail d'un haut intérêt historique (l), et d'autant plus qu'il n'était qu'un essai des attaques dont le bassin de la Loire et la ville d'Orléans devaient être Tobjet.
L'un des membres de cette Société, M. Dupuis, alors con-
(i) Le Siège de Montir^is^ en i4%7^ t* II, p, 187, des mémoirea de la Société.
seillcr à la Cour rJ*appc! dTïrlèans, eut en communication un mémoire manuscrit conceiviant la ville de Montargi^.
Ce manuscrit était une copie écrite en l'année 1753, et qui appartenait h Jactiues-ChaHes Aureau de Livoy, avocat en Parlcinent et au bailliage présidial de Monlargis.
Ce document, outre l'inlértH qui n'attache à rhistoire du siège de Montargis, en a un autre qui nous semble digne d*^ir0 rapporté ici, il nous donne des détails sur îa vie privée de Pûlon Xaintrailles.
Si on en croit ce mémoire, Poton Xaintrailles acheta à Montargîs une maison de campagne por tant encore le nom de la Poioiierie,
Il épousa même une jeune Montargoise, en Tannée 1431 ; tl en eut une fille qui épousa, en 1448, honorable homme Hurault de la Tarpiniûre ; le roi Charles VII signa au contrat de mariage, et fit cadeau à la mariée d*une somme de 6,000 francs renfermée dans une boité d'or.
Duuois, ou plutôt, alors, le bâtard d'Orléans, très lié avec Xaintrailles, conduisit la mariée à la messe, célébrée dans le château de Montargis, et fit présent au marié d'une pipe longue de cinq pieds six pouces cinq lignes^ qu'il avait reçue d'un ambassadeur Siamois.
De ce mariage naquirent deux fils: l'aîné, Hurault de la Tarpitiiêre, et le cadet, llurauU XaiiUraillet (pctitXaiutrailles),
Dans les partages, eutrc deux frères, l'aîné eut la boîte, le puîné la pipe, et on connut ilans la ville de Montargis: Hurault la Boële et Hurault îa Pi lie.
Cette légende h l'aîtle de hn|uetle les habitants d'une ancienne cité veulent se rattacher aux grands événements des temps passés, comme tous les récits de cette nature, réagit sur rhistoire dont ils sont un reilel» montre, ici, le siège de Montargis comme un grand épisode de la guerre des Anglais^ et devient nécessaire pour expliquer Timportance que les rois de la race des Valois ont donné à cette ville.
Nous venons de dire que rien dans la marche des hommes d'armes du parti anglo-bourguignon ne prépare au fait de rinvestissement de la ville de Montargis ; ce que Ton sait c'est
que W«rwich, géûéral anglais, commaodait un corps de
troupes au-delà de la petite rivière du Lomg, tandis qirun autre général de la même nation, SulTolk, tenait un autre corps de troupes entre le Loing et une autre petite rivière appelée le Vernisson*
A la menace de l'arrivée des Anglais, les habitants de Montargis avaient établi des barrages qui avaient fait refluer les eaux dans la plaine dominée par cette ville.
On doit faire observer, ici, qu'à celte époque cette contrée était souvent envahie par les eaux de ces petites rivières, alors abondamment entretenues par les eaux de la Foret qui s'étendaient jusque dans ces prairies.
On voit que cette ville, située très favorablement pour une défense, avait plusieurs moyens de combattre Tagression dont elle a été robjet.
Elle était occupée par qiiel(|ues soldats sous le commandement d'un capitaine, gentil homme gtvscon nommé Bouzon de la Faille, représenté comme étant d'une grande bravoure et un homme de ressource.
La ville elle-même était commandée par un gentilhomme nommé de Villers qui se distingua bientôt au siège d'Orléans.
Les remparts étaient garnis de bombardes tenant tête à Tartillerie anglaise; les soldats de la Faille^ et les habitants sous la direction de Villers grevaiefil souvent Vennemi par de gailfardes escarmouches.
Nous ne croyons pas devoir nous arrêter aux différents incidents de ce siège, au contraire, nous croyons devoir noua borner à rendre compte de la prompte issue qu*eut cette entreprise malencontreuse pour l'armée anglaise.
L'armée française était, dès ce moment, sous la direction du connétable de Richemont ; il avait confié au bâtard d'Orléans, depuis chevalier Dunois, la garde et la conduite du trésor delà couronne qu'il donna en gage à un Onancier de Bourges auquel il avait emprunté dix mille écus.
Ce Onancier de Bourges se nommait Besson, et le Bâtard d'Orléans accompagnait cette somme importante, la seule rea»
source qu*OD eut alors, pour reteatr les mercenairea qui rcfo-^ saieot de servir si on ne les payait pas. Ce fut à ce moment que le coDoétable apprit riiiYestîsaement'
de Montargia par les Anglais.
Cette ville, dit-oû, était alTcctée au douaire de la dame de Richcmont, sa femme. I! lui importait beaucoup de dégager cette ville ; il confia cette mission au bâtard qui avait transformé cette somme de dix mille écus, pour une irbs grande partie, en un convoi de vivres.
Ce convoi était alors venu de Bourges à Gien ; et, par conséquent^ se trouvait dans le voisinage de Montargîs.
La petite armée du bâtard se composait de 1 .500 lances et d'un corps assez nombreux de gens de pied ; il s'adjoignit dans l'expédition qu'il dirigea de Gien sur Montargis, des hommes d'armes, la fleur de la chevalerie do Tarmée du roî : Lahire, Poton Xaintrailles, Graville, Gaucourt, d'Orval, Guîtri, Saulton de Marcadicr» lïaraley*
Le bâtard donna soixante lances à Lahire, qnil chargea d attaquer le camp de Pool ; quant à lui il se chargea de le secourir, s'il y avait lieu, avec le gros de l'armée gardant le convoi de vivres.
Ce fut à la bataille de Montargis que se rapporte cette singnlière prière que Lahire, s'étant confessé avant le conibat, adressa à Dieu : « Dieu, je te prie que tu fasses aujourd'hui pour Lahire autant que tu voudrais que Lahire fit pour toi, ail était Dieu et que tu fusses Lahire. *
Le combat 8*engage et après quelques péripéties plus ou moins dramatiques, par exemple, refTondrement d*un pont de bois reliant les camps de Suffolk et de Pool, sur lequel les An glais s'étaient précipités pour fuir la vigoureuse attaque dirigée contre eux par le bâtard d'Orléans; le combat partiel dans lequel 300 Français, commandés par un nommé Bizet, furent massacrés, mais où cependant une bannière anglaise fut enlevée par un Mon ta rgois nommé Gaillardin, et d'où, la fuite du général anglais Pool qui se retira précipitamment sur une barque , termina le siège levé par tes troupes anglaises dirigées sur Nemours et ensuite sur Paris; telle a été la
marche et l'issue de celte prenii*Te lentaiivc des Anglais sur le territoire Orléanais,
Nous avons rapporté lu partie héroïque de cet incident; elle a été adoptée par le dernier historif^o de la France ; mais le mémoire manuscrit auquel nous avons emprunté ce récit, contient une version qui donnerait à Tattaque et k hi défense de la ville une bien moindre importance militaire.
Si on adoptait cette version it faudrait croire que Taclion n'a pas eu ce caractère que lui attribue la première ; tout se serait borné h un fait périlleux mais d'un ordre assez vulgaire qui aurait été accompli par deux adroits et hardis plongeurs.
Nous avons dit que les eaux du Loing et du Vernisson qui entourent la ville avaient été retenues au moyen de barrages pratiqués par les habitants de Montargis, dans ratienie de rarmée inglajse.
Nous avons ajouté que ces eaux avaient dû par leur abondance,
au moyen de ces barrages, s'agglomérer dans une grande
)roportïon et de manière à ce qu'étant lâchées sur ta plaine
'^ellcs dussent y produire une véritable inondation propre à
I submerger les camps anglais.
1*^ El c'est précisément ce qui serait ariivé. Le document produit par la société archéologique de TOr- Ééanais nous apprend, en eftlet, qu'au moment où le bâtard Id'Orléans arrivait avec sa troupe, les assiégés firent une vigoureuse sortie, et qu'en même temps un brave plongeur, Machabé d'un nouveau genre, se précipita dans tes eaux de ces rivières et scia le pont qui existait sur la rivière du Loing» I coupa, ainsi, une voie de retraite aux Anglais, et quun autre Montargois, nommé Simon, mina le pont construit sur la petite rivière du Puiseau.
El alors les levées de tous les étangs qui, alors existaient dans \vs environs dont les eaux se déversaient dans le Loing, et dans un autre cours d*eau appelé TOuanne, ayant été également romlues, les petites rivières se transformèrent en torrents et enserelircni !rs Anglais, sous une couche d'eau s'élevant à la hauteur le deux piques,
Alors ftiissi, Tes soîdais du bâwrd ffOrléans accablèrent te
soldaU anglais à demi noyés.
Ce récit ne convint guère auic babitanls de Monlargis; la perte des Anglais aurait été, dans ce cas, indépendante de la bravom'c des habitants de ta ville, on a nié ceilte inondation et adopté exchisivemenl la levée du siège comme ayant été le résultat de la belle attitude des babîtantâ et de la survenunce du bâtard d'Orléans.
ia discussion s*est engagée à ce sujet ; dans Tînlérèl de ce second récit et pour être autorisé k consacrer la rupture des chaussées des étangs, on cite une croix élevée dans les environs de la ville et qui a porté le nom de la Croix Sim^n^ rappelant lîi belle atîlion de ce citoyen qui exposa S8 vifr, en ronipanl ces digues.
On rappelle Texistence d*un bas relief sculpté sur une des cheminées du château de Montargis, représentant des soldats au milieu df s eaux et s'accfùchmn à des branches.
On cite une ballade composée pour célébrer ce fait historique dans laquelle on lit celte strophe :
On les voit, ainsi qiip poisson»»
Au milieu de TèUng de cuivre, Êlre pris k nos hameçons, Lassés de boire et non de vivre.
Ces témoignages semblent asseis convaincairts maià crn lés repousses et on s'en est tenu [m récit des faits guerriers.
On a fait remarquer que celle ballade ne peut êlre, tout au plus^ qu'un écho, s'ètani fait eulendre seulement au xvn' siècle, et que le bas relief ayîinl pour supports des salamandres^ ne peut appartenir qu'au xvr siècle d'où on a conclu que ces témoignages ne peuvent avoir la gravité de documents historiques el qu'ils ne peuvent être que le résultat d'une tradition populaire k laquelle on ne saurait attacher aucune importance.
On oppose k ces détïtils, Texisience k Monlargis d'une batH nière anglaise, unn or et argent écarlelée au premier quartier en échiquier (Normandie) d'azur el or, et au second à la croi-
sette parsemée d*or sur Champ de Gueulles, un chérubin brisé d'argent semé d'hermine, brochant sur le tout.
Ces armes sont celles de Richard Beauchamp, comte de Warwick, alors gouverneur du jeune roi d'Angleterre Henri IV.
A ce témoin bien imposant on ajoute les témoignages suivants :
Une procession suivie d'un Te Deum furent institués et étaient célébrés sur le champ où le camp de Warwick a été établi.
Les comptes de la ville de l'année 14:27 contiennent le détail des dépenses occasionnées par la célébration de cette cérémonie,
On éleva un monument à l'endroit où était le caïQp de Warwick, consistant dans une croix appelée la croix aux Anglais, qui dura jusqu'à l'année 1716 où on le laissa tomber en ruine
Il portait cette inscription :
SISTE YIATOR ITEB, SI NESCIS, NOSCE QUOD AN6L08 MONS ARGUS YIOIT, CRUX MONUMENTA FACIT,
arrête toi voyageur, si tu ne le sais pas, apprends que Montargis a vaincu les Anglais et que cette ville a élevé ce monument en souvenir de sa victoire.
Enfin comme complément de ces témoignages, attestant une résistance opiniâtre et une victoire, on doit placer les actes de l'autorité royale qui dès l'année 1430 ont, au nombre de cinq, proclamé la franchise de la ville de tous impôts et redevances ; qui lui donna le titre de Montargis le franc; en fit une ville d'arrêt, privilège très rarement accordé consistant dans le droit de saisir, pour dettes, les marchandises des forains ; à chaque citoyen le droit de prendre du bois pour le chauffage, dans la forêt du roi, et aussi de porter un M brodé en or, sur leurs vêtements.
Enfin cette belle bannière ou cornette, était encore en la possession de la ville à la révolution de 1789.
Au cours de Tan IV de la Liberté, le 19 mars 1792, le corps municipal de Montargis, alors frappé de ces hallucinations humanitaires qui pervertissent le sens populaire, sur la motion u 21
d*iiQe députation de la garde nationale, exposant que les Français considéraient tous les peuples comme leurs amis, Voyaient avec peine un monument public, appelé la croix aux Anglais^ idsulter une nation généreuse qui leur avait montré le chemin dé Taffranchissement et de la liberté.
Considérant, aussi, que TÂssemblée nationale, par un décret de 1790, avait ordonné de détruire, dans la capitale, tous les trophées capables de rappeler aux Français la mémoire des triomphes remportés par les despotes avec le sang de leurs aïeux, sollicita la démolition du monument dit : la croix aux Anglais et demanda que les matériaux provenant de cet édifice, fussent employés à élever un autel dédié à la patrie et à l'amitié vouée, par le peuple français, à tous les peuples voisine de Tempire.
La députation demandait, en outre que la bannière de Warwick, gardée à la maison commune depuis Tannée 1427, fut brûlée.
Les actes de constat de l'exécution de ces demandes adoptées par la municipalité de Montargis ne se retrouvent pas, mais il est certain que cette délibération fut envoyée en copie au ministre anglais Fox, et que la bannière a disparu.
Toutes les circonstances réunies attestent, non pas seulement un succès obtenu par un moyen, certainement très légitime, dont l'exécution n'exigeait qu'un dévouement individuel et une rare intrépidité, mais qu'il le fut par une résistance collective et guerrière.
Et d'ailleurs la durée de ce siège démontre qu'il a été soutenu par les habitants de la ville investie avec une grande constance, que la levée de ce siège fut un véritable échec pour les Anglais et un fait d'armes important et glorieux pour le parti national.
Les Anglais ont paru devant la ville de Montargis dans les premiers jours du mois de juillet ; les lances de Jean, Bâtard d'Orléans, alors seulement âgé de vingt-deux ans, ne sont arrivées à la portée de la ville de Montargis que le [5 octobre ; il a donc fallu que, pendant deux mois, les Monta rgois se défendissent ; ils eurent à supporter, pendant ce temps, les travauSc
•t les privations imposées par un investissement qui a donné lieu à des sorties et à de nombreux engagements.
Il est donc bien évident que la levée du siège n*est pas due à une submersion, résultat de la rupture des chaussées des étangs des environs.
Si cette levée de siège avait dépendu d'un moyen aussi simple, ce siège n'aurait pas duré si longtemps.
Nous en avons fini avec cet incident sérieux de la guerre sur lequel nous devions insister parce qu'il nous a paru que, jusqu'ici, il n'avait pas été l'objet d'une attention assez soutenue, qu'on ne lui avait pas accordé toute l'importance qui lui ap-« partient.
Le siège de Montargis est un fait d'armes qui a décidé le siège d'Orléans considéré comme une réparation nécessaire demandée à une ville plus importante que la ville de Montargis, et qui devait préparer l'envahissement des contrées d'outre- Loire encore sous l'autorité du roi de France.
Enûn, cette victoire des Français remportée sur les Anglais, en nous montrant l'heureux début du Bâtard d'Orléans, dans la carrière de la défense de la monarchie et de la nationalité menacées de disparaître, est d'autant plus digne d'attention qu'elle explique le lien qui a uni cette ville à celle d'Orléans dans les institutions judiciaires et administratives, à ce point qu'il a semblé un instant que le pouvoir royal, dans sa reconnaissance, donnait la préférence à la première sur la seconde.
Cet état de choses, en rendant à la résistance de la ville de Montargis son véritable caractère historique, nous donnera bientôt le sens de quelques faveurs accordées à cette ville, au détriment de la ville d'Oriéans, et fera comprendre l'espèce de rivalité dont la tradition se manifestait encore il y a peu d'années entre toutes les deux.
SIÉGB D'oaLÉANS.
Nous ne pouvons avoir l'intention de retracer ici même les principaux traits de ce grand drame qui respire le moyen II 21
âge tout entier et qui en est comme le dernier acte et comme le testament de mort.
Notre intention ne peut être non plus d'insister sur les hauts faits de Jeanne d'Arc, Théroïne d'Orléans.
Les faits militaires du siège, les actes mystiques de Jeanne d'Arc, ont été le sujet d'ouvrages qui ont gravé cette épopée dans toutes les mémoires, et particulièrement dans toutes les mémoires du cœur.
Nous ne faisons pas ici l'histoire de Jeanne d'Arc, pas plus que celle du siège, nous nous contenterons de mettre en relief, plus qu'elle ne l'a été jusqu'ici, la situation de la ville au double point de vue moral et matériel.
En ce qui touche ce dernier aspect, nous devons nous incliner devant trois productions d'un haut intérêt.
D'abord, et avant tout, nous citerons l'œuvre de M. Jollois, publiée en 1853, sous ce titre : Histoire du siège d'Orléans^ contenant une dissertation où Von s'attache à faire connaître la ville et ses environs, tels qu'ils étaient en 1428 et 1429, ainsi que remplacement des boulevards et bastilles des Anglais^ des armes en usage à cette époque pour V attaque et la défenscy et les forces relatives des assiégeants et des assiégés.
Cet ouvrage, produit d'un homme aussi remarquable par sa probité, son indépendance que par son mérite, est d'un grand prix, et contient plusieurs planches représentant les plans de la ville de la Loire avec ses îles, dans son parcours depuis Saint- Loup jusqu'à Saint-Laurent, les monuments de défense qui ont été intéressés dans le siège de la ville et les combats livrés autour d'eux et dans leurs enceintes ; les vues générales de la ville et du pont en particulier avec les fortifications.
-Nous possédons un autre ouvrage dû à la plume d'un savant archéologue, M. Mantellier, alors conseiller, depuis premier président de la Cour d'appel d'Orléans, mort tout dernièrement, conseiller à la Cour de cassation, l'un des membres fondateurs de la Société arcuèologique de l'Orléanais, et membre correspondant de rAcadémie des inscriptions et belles lettres.
Enfin, au-dessus de ces recherches, nous devons placer celles de M. Jules Loiseleur, intitulées : Comptes des dépenses faites
par Charles VJ/, pùtir secourir Orléam, pendant le siège de 1428.
Ces ouvrages nous aideront, singulièreinenl dans la partie descriptive de la ville, à ce moment solennel, au double point ,e vue oix nous nous plaçons pour la considérer.
ÉTAT DU GLERtib; A ORLÉARS AU MOHENT DU SIÈGE.
Si nous consultons tes auteurs ecclésiasliqucs dans la période historique qui s'est écoulée depuis la fin du xiV siècle, jusqu'à Fannêe 1437, c est-à-dire, à peu près, depuis ie commencement de la guerre des Anglais jusqu'à la rentrée de Charles Vil, à Paris, nous remarquons un véritable trouble dans cette partie de la direction religieuse de la ville*
Le nombre de ces prélats n'est que de trois : le premier est
Jean, surnommé Nicolas,
Il succéda à Hugues Dufay, et après son élection^ il fil son entrée dans sa viile épiscopale eu observant le cérémonial alors en usage, cérémonies sur lesquelles nous reviendrons avec étendue ; celle-ci fut célébrée le 1 1 mai de Tannée 1312.
Ce temps était celui ou sainte Catherine de Sienne exerçait son influence sur le monde chrétien tout enlier, et qui obtint du pape Grégoire XI, lu réintégration à Rome du saint siège, depuis Clément V, et jusque-là, sans inlerruplion, c'est-à-dire pendant soixante-douze ans, établi à Avignon.
A cela près de quelques détails de réglementation purement ecclésiastique et de la mention d'une émeute qui se serait élevée en Tannée 1383, dans la ville, à Toccasion de droils de consommation, nouvellement imposés par le roi Charles V, et que celui-ci aurait cru devoir venir réprimer, en personne, ce qui eut lieu par le supplice de quelques coupables, la démolition des portes de la ville et T enlèvement des chaînes des mes, rien ne s'est passé qui intéressât la religion pendant cet épiscopat qui se termina par la mort de Jean Nicot arrivée au cours de Tannée î40O.
L'historien de TËglise, dans cette notice, devient Thislorien
qui se sont
passéi\4i
les
des évènemeuls considérables hames régions aristocratiques.
Il y rappelle b mort de Philippe de Valois, duc~d'drîeans, nrrivée en Tannée 1383.
Celle notice nous apprend que la fin de répiscopnl de Jean Nicol est restùe fort obscure, nous ne savons pas précisément, dit son auteur, Tannée du décès de Jean Nicol, mais nom croyons qn'il est parvenu jusqu*à Tannée 1397-1398, et que son successeur hi Guy de Prunelay, qui fît son entrée vers la fin de Tannée 1398.
Il paraît même que ce nouvel évoque avait été coadjuieur de celui auquel il succédait, car Symphorien Guyon nous dit que Guy de Prunelay avait élé déjà employé les deux dernières années dans les fonctions de sa charge épiscopale, qu'il continua durant la qualriènie partie de ce siècle quinzième,
A Guy de Prunelay, succéda Jean de Saint-Michel.
Ce prélat était Écossais de naissance ; son vrai nom, traduit par les mois de Saint-Michel» était Kirk MichaëL
Symphorien Guyon s*expriine ainsi à son sujet: « Jean, surnommé de Saint-Michel, gouverna Téglise d*Orléans fort sagement Tes puce de six ou sept ans, durant les troubles que la guerre des Anglais causa dans tout son diocèse ; nous ne savons pas précisément le temps de son éleclion, de son sacre et de son entrée épiscopaîe, mais nous apprenons de Tbisloire du fameux siège d'Orléans, qu'il rendit tout devoir de travailler ei contribuer de ses soins à tenir ferme pour le parli de son roi, contre les efforts de la nation anglaise.
» Jean de Siilnt-Michel fut promu h Tévéché d'Orléans au même temps que les Écossais fiaisaient de si beaux exploits de guerre pour la défense de la France ; ce fut pour ce sujet que le roi Charles voulanl lémoigner aox Écossais combien il faisait état de leur fidélité prît une compagnie dUceux pour la garde de sa personne, ►»
Le reste de la notice consacrée h Thistoîre du siège et par tonséquent de Jeanne d'Arc, se termine en ces termes: « Quand h notrn évoque Jean de Saini-Michel, qui témoigna son zèle et )ien de la France, nous ne savons
pour
pas
précisément combien il a vécu après le siège d'Orléans, sinon qu'il est croyable qu'il gouverna encore cette église six ou sept ans après l'heureuse délivrance de la ville, vu que son successeur Regnaud de Chartres ne fut pas sitôt reçu en cette charge et que nous apprenons d'un extrait des registres du conseil que l'évêché était vacant l'an de grâce 1437, il y eut quelque contestation au sujet dudit évêché entre messire Jean de Wailly, élu evèque d'Orléans, et messire Guillaume Charrier, qui prétendait avoir quelque droit audit évéché. »
Mais, ni l'un ni l'autre de ces compétiteurs ne fut évéque d'Orléans.
Ces incertitudes, l'absence absolue de tous actes de ces prélats s'expliquent pour les troubles religieux de ce temps de schismes, de débats dans les conciles célèbres et surtout par ces guerres d'invasion.
Aussi, lorsque nous aurons abordé plus spécialement le grand drame du siège d'Orléans, ne serons nous pas surpris du rôle absolument négatif que le clergé y jouera.
Ni l'évêque ni aucun membre de l'Église ou des institutions religieuses de la ville ne se montreront, ni avant, ni pendant, ni après le court séjour de l'héroïne, dans la ville dont elle devait être et fut la libératrice.
Loin qu'il put en être ainsi, le prélat écossais, redoutant sans aoute le ressentiment des Anglais, s'était réfugié à Blois ; le pasteur, bien différent de celui qui affronta la colère d'Attila, avait abandonnéson troupeau; il se contenta d'assister les princes et seigneurs qui amenaient des vivres et des forces à Orléans, même alors que Jeanne d'Arc y vint pour faire lever le siège.
En tous cas, aucun acte qui puisse être attribué au prélai avant l'arrivée de Jeanne d'Arc, et pendant ses travaux guerriers dans la ville ; aucune relation entre le prélat et l'héroïne, ni même entre elle et les membres du clergé ou des institutions religieuses de la ville n'apparaissent dans cette partie si importante de la vie de Jeanne d'Arc.
La ville, si le clergé et les collégiales lui ont manqué, avait un autre élément qui soutint le moral et le courage de ses habitants.
Elle avait ses admiaisiraieiin qui oui montré, pour aa liié^ fmse, une-admirable persévérance, une inaltérable éneipe, éL le plus patriotique dévouement.
Les noms de ces administrateurs ont été conservés.
Par une complaisance inexplicable, un des hislorieBS du m^ a placé, en première ligne, Tévéque Jean de Saint* Michel.
En seconde ligne, le sir Raoul de Gaucourt, chambdlan da roi Charles YII et son lieutenant Hervé Lorens.
Laissons de cAté, pour un moment, ces hauts fonctionnaires religieux et séculiers, et arrivons aux véritables défenseurs de la cité, pendant ce mémorable événement.
Le prévôt du roi, Alain du Bey.
Le trésorier du duché, Jacques Bouchier ou Boucher.
Les douze procureurs : Jehan Gompaing, Guion du Fossé, et plutôt, comme on disait alors, du Poussé, Regnault-Bruno, Aignan de SaintrMesoàin, Guillaume de Coulons, Jehan Mignon,. Jehan Malis, Sanxon ou Sanson-Peuvrier, Michel Filleul, Jehan Bordier, Guyot de Mareau, Etienne de Bourges.
Telles étaient les puissances qui avaient à soutenir, contre Tannée anglaise, le siège célèbre, à Tissue duquel était attachée la destinée de la monarchie et de la nationalité françaises.
De simples et humbles bourgeois, des citoyens obscurs peu instruits se dégagent d'une classe nouvelle, à peine née à la vie civile (1).
Ils ont suffi à leur tâche et ils ont été l'origine de la constitution définitive de Yinstitution municipale.
Jusqu'ici, étudiant cette institution et la suivant dans sa marche lente et pénible, nous la voyons réduite à l'état le plus humble et le plus précaire.
(1) En l'anoée 1393-94, Louis, duc d'Orléans, fit tenir les grands jours^ en !a ville de Paris, auxquels pré<iidaient M. Odard de Moulins et son chancelier, pour aviser aux affaires de son duché.
Leâ procureurs de la ville y assistèrent et firent i^iielques présenta, selon la coutume de ce temps-là : quelques oies^ quatorze mines de navets [Symphorien Guyon, à cette date )
Mais elle devait recevoir la consécration de Tinsuffisance des pouvoirs aristocratiques, ou plutôt de leur affaisement dans les guerres que leur ambition leur suggéraient, dans les crimes auxquels ils se livraient entre eux, dans les déplorables immorralités par lesquelles ils souillaient le berceau de leurs enfants, dont ils mettaient ainsi en doute la descendance et les droits qui y étaient attachés.
Comment croire à la légitimité d'un prince prétendu Théritier du trône, lorsque son père putatif était Tinsensé Charles VI et sa mère l'impudique Isabelle de Bavière, surtout quand celle-ci prenait le soin de s'accuser elle-même d'adultère et enlevait à son époux la qualité de père du Dauphin en transmettant par le traité de Troyes, la couronne de France à la Glle qu'elle donnait pour femme au jeune roi d'Angleterre.
Il fallait bien que la bourgeoisie remplaçât dans l'administration des villes, l'autorité du prince ou du grand feudataire, occupé à satisfaire sa vengeance par le meurtre en trahison, à poursuivre la punition du meurtrier, à guerroyer, la justice ne pouvant atteindre le coupable, celui-ci, tel que le duc de Bourgogne, lui-même, ayant tant d'excuses à produire pour expliquer et même justifier son crime.
Enfin il fallait bien que les villes exportées à toutes les déprédations des grands du monde, des bandes de vagabonds organisées en troupe, mercenaires sans paye autre que la permission du pillage, et sans discipline, se défendissent ellesmêmes.
Fit cette nécessité en vint à celle de se protéger, non seulement contre les désordres intérieurs, mais contre les puissances étrangères appelées par les princes français, eux-mêmes, pour partager avec eux, le territoire de la monarchie.
Alors l'institution municipale s'organisa, et pendant que ce qui restait de l'aristocratie de la conquête, après tant de combats sans fruits et sans gloire, se débattait dans ses désordres et faisait place à la bourgeoisie, celle-ci composait Tordre social que ceux-là, dans leur mépris pour les droits de l'humanité, s'appliquaient à détruire.
Voilà ce qui explique comment les quatre prud^hommes, institués pour donner leur avis aux baillis, prévôts ou autres officiers du roi dans les affaires intéressant les villes, furent transformés presque inopinément en procureurs^ c'est-à-dire en mandataires, en représentants de leurs concitoyens.
Et c'est ici que notre ancien historien, Symphorien Guyon, reprenant la lucidité d'esprit que son exaltation religieuse et son aveugle crédulité lui font perdre, devint le fidèle observateur et le juste appréciateur des institutions de ces temps.
C'est bien au règne de Charles VI, c'est-à-dire à l'époque de ces malheurs publics, qu'il fait remonter l'institution des procureurs de la ville d'Orléans, substitués à ses prud'hommes.
Il parle de lettres patentes de ce roi conférant aux habitants d'Orléans, ce droit d'élire douze procureurs, à la charge de lui payer 500 fr. d'or, et à celle de rendre compte de leur gestion aux juges royaux de la ville et, mots remarquables : non ailleurs,
A cette institution était attaché un de ses membres en qualité de receveur, et spécialement chargé de la comptabilité.
Symphorien Guyon, en anticipant sur les dates à venir, continue l'histoire de l'administration municipale, il le fait avec exactitude, et nous aurons occasion de nous aider de ses appréciations, mais nous attendrons que le temps en soit venu.
Nous devons cependant recueillir en re moment quelques renseignements sur le personnel, en fonction au moment où l'armée anglaise investissait la ville.
Avant Raoul de Gaucourt, il y eut un autre gouverneur: André Marchand, qualifié de chevalier et de conseiller chambellan du roi, ce qui se nble n'être qu'une formule de chancellerie.
Ces officiers, en l'absence du duc d'Orléans, prisonnier des Anglais, avaient, conjointement avec le bailli, la direction des affaires du duché et de la ville.
André Marchand est représenté comme ayant rendu de grands services au roi Charles VII ; il mourut en l'année 1447, au moment où les Anglais assiégeaient Montargis.
Raoul de Gaucourt son successeur, dans celle occasion, se réunit au Bûlard et vint, avec M, au secours de la ville de Monlargis, et durant le siège d'Orléans, il donna, dit Thistorien que nous venons de citer, des preuves de son affection au service de la France qui semblait perdue si tes chiem d'Orléans ( l ) n'eussent jappé et résiste courageusement aux Léopards d'Anfjleterre.
Il en est de môme de Alain Dubey, qui exerça la fonction de prévôt, de Tannée 1108 à Tannée 1429.
« II fut digne dlionneur et de louanges et il fut honoré durant sa vie et regretté après sa mort, parce qu'il rendait fort bonne justice» ?>
« Il fut continue longtemps en exercice vu qu'avant lui cet c*mploi si nécessaire, était plutôt considéré comme une commission que comme un office, m sorte que Ton baillait» ordi* nairemeiU, la garde de la prévôté par bail dejusiice, pour six mois, un an, ou plus longtemps , laquelle coutume semble avoir cessé en la personne d'Alais du Bey qui fut prévûl, Tespace de vingl'Un ans. »
Si h ces moyens moraux, résultant du courage individuel car les procureurs de la ville, on le verra bieniôE, en ont fait preuve pendant le siège, on ajoute les moyens matériels dus à llntelligence et au dévoufment de ces fonctonnaires, on comprendra, coïumenl la ville a pu, dans le dénuement de secours suffisants de ïa part du pouvoir royal, résister à l^agression dont elle était Tobjet.
nEscniiTmpi des dépenses matébielles de la ville.
La ville, en ce moment, comptait, espacées dans les murailles, trente-cinq tours, et n'avait que cinq portes et deux
H poternes.
Le quai au sud*est en comptait une dont nous avons souvent parlé: la Tour Neuve,
(1) Lemaire donne plusieurs étymologies de celte qualification populaire dont les OrIé,inais jouissaient jadis» aucune ne mérite qu*on , s'v arrôlc.
En remontant le fossé du sud-est au nord, c'esl-à-dîre ce qui, depuis a formé la rue de la Tour Neuve, on en comptait trois : la Tour Blanche , la Tour d*Avalhn , la Tour Saint- Flou.
Arrivé à la porte Bourgogne (rancienne), et au carrefour formé par la rue de la Tour-Neuve et ce qui est devenu la rue du Bourdon-Blanc, se trouvait celte ancienne porte, fortement défendue.
Remontant de ce lieu au nord jusqu'au coin du fossé formant! la rue de rÈvÊché se trouvait la tour de h Fauconnerie ou de' TÉvéque.
En se dirigeant de Test à Touest, à partir de cette tour jusqu'à la porte Parisis ou on en rencontrait trois autres : celle du Plaidoyer de FÉvéché, la tour de réglise de Sainte-Croix^ la Tour Salée .
Ce eu té de la muraille était terminé par la porte et le boutevard Parisis.
Continuant de Tesl h Touest, on rencontrait quatre autres tours. Celle dite, Jean ThibauH, de tAUeu Saint^Mesmin, des Vergers Saint-Sansont et de SaifH-Sanson,
La place du Marlroi possédait une tour dite la Baume,
Le vaste territoire qui, aujourd'hui, clos la place du Martroi et qui forme la rue Bernier ou Bannier, ou Bannière, avait aussi la tour sur laquelle devait être arborée la bannière du prince apgnagisle (1).
Cette tour portait ce nom de Bannier^ elle avait son boulevard, et se trouvait à Tendroit où commence de ce côté la rue portant encore ce nom.
En inclinant do côté de Fouesl k Tendroit occupé de nos jours par un hôtel, sous le noui de la Boule dVr, anciennement: le bureau des carosses, oo rencontrait la tour Michau Quanteau ou Quainleau.
En descendant vers le midi, était la porte Renard, garnie de son boulevard, et correspondant avec les terrains sur lesquels a été ouverte et garnie de maisons^ la rue des Carmes.
(1) SuîvanI Abraham Gotnilz, dans son ouvrage U lisses.
Non loin de là, à l'entrée de la rue é! Angleterre^ la tour de VEchiffre Saint-Paul, c'est-à-dire la tour dans l'intérieur de laquelle on ne parvenait qu'à l'aide d'une échelle plantée à l'extérieur ; puis en pénétrant dans la rue de Recouvrance, deux tours, l'une appelée André, l'autre dont le nom est resté inconnu.
On parvenait ainsi à l'extrémité méridionale de la muraille occidentale de la ville, c'est la tour de la barre Flambert, que nous avons fait connaître.
Remontant de l'ouest à Test, sur l'emplacement du quai, connu depuis et encore de nos jours, sous le nom d'un intendant du XVI* siècle, de Cypierre, on rencontrait la tour Notre- Dame, nom donné comme plaçant cette porte sous le patronage de la statue miraculeuse qui avaft préservé le bourg d'Avenum d'une agression normande, sujet amplement traité précédemment, et la tour et porte de VAbreuvoir,
On parvenait en suivant cette direction au quai du Châtelet, où se trouvait la porte du pont flanqué de deux tours et garnie d'un pont levis.
En remontant le chemin dehalage remplacé aujourd'hui par le quai du Châtelet, on rencontrait la grosse tour de ce nom, celle dite de Maître Pierre le Queux, la tour de la Cloche Meuffroy, la poterne Chesneau, la tour Aubert, la tour Carrée ou Cassée à huit pans, et enfin la tour des Tanneurs,
Alors les murailles et ces défenses se reliaient à la Tour Neuve,
A ces monuments de défense on doit ajouter ceux que présentait le pont qui s'étendait de la rue dite des Hôtelleries jusqu'au Portereau, juste en face de la petite place où se trouve la station de la procession célébrée, tous les ans, le 8 mai, jour anniversaire de la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc.
Le pont comptait dix-neuf arches; la première, du côté de la ville, ainsi qu'on vient de le dire, était une arche qui pouvait se lever, un pont-levis.
La cinquième s'appuyait sur l'ile Saint-Antoine et sur la Motte des Poissonniers.
Là, on avait construit une bastille composée de deux tours qui dominaient le pont et le fleuvje, des deux côtés, en amont et en aval.
Sur la onzième arche s'élevait ane croix en bronze doré, diton, appelée la Belle-Croix.
Enfin la dix-huitième arche portait un fort dit des Tourellei, ou Toumelles
Et la dix-neuvième arche était mobile, un pont-levis.
Enfinsur la rivegaucheon avaitconstruitunboulevardfortîfié.
Nous n*insisterons pas sur les détails dans lesquels entrent les auteurs que nous consultons et qui nous ont donné ces précieux renseignements descriptifs, MM. JoUois et Mantellier, et qu'ils ont empruntés à nos anciens annalistes, et cela pour trois raisons :
La première c'est que malgré l'extrême compétence du premier et l'extrême exactitude du second, ces détails nous paraissent en quelques parties inadmissibles.
M. JoUois, décrivant toutes ces tours, nous dit que dans la plupart d'entre elles on ne pénétrait qu'à l'aide d'une échelle extérieure appelée Echiffre ; il vante beaucoup cette tactique qui nous paraît, malgré les trapes dont les assiégés pouvaient user, ht l'intérieur, aussi dangereuse pour la défense que pour l'attaque.
El d'ailleurs, il y avait une de ces tours qui, entre toutes les autres, portait le nom d'Echiffre, c'était la tour dite de Saînt- PauI.
Celte distinction, faite de celte tour par celte désignation, démonlrc que les autres n'étaient pas du même genre de construction.
Le second place, dès celle époque, le siège de l'Administration de la justice dans le Chàlelel et les prisons dans le voisinage de ce monument; en cela il suit l'enseignement de M. Lottin, et il anticipe sur l'époque de Tinstilution définitive du bailliage, de la prévôté et du régime des prisons.
D'ailleurs, nous n'avons d'autre intention que celle de donner ici une idée des moyens de défense, et de mettre cette situation défensive en rapport avec la situation offensive qu'à prise l'armée ennemie.
Aussi ne nous arrêterons-nous plus qu'à la meution : Du siègo de l'iastitulioa municipale et des délibérations des douze procureurs de la ville.
Ils se réunissaient dans une dépendance du prieuré Saint- Samson, aujourd'hui le Lycée, ainsi que nous Tavons dit.
Au moment du siège, les procureurs louèrent Thôtel des Carneaux ou des Créneaux ; ils en prirent possession à la fête de Noël 14S9 ; nous entrerons plus tard dans quelques détails au sujet de cet hôtel.
Ce monument déjà dominé par la tour dite de Ville, depuis que rhôtel des Créneaux est devenu Vhôlel commun et le siège de la Cour d'appel est, aujourd'hui et depuis longtemps, le Musée de peinture.
La situation de cette institution se manifeste, dans ce temps, par une lettre du Bâtard d'Orléans, datée du 16 décembre 1428, relative à une taille de 6,000 fr. à laquelle les habitants s'imposaient, pour laquelle ils avaient besoin de l'octroi ou autorisation du Bâtard, comme lieutenant-général de monseigneur le Roy sur le fait de la guerre es pays de nostre redouté monseigneur le duc d'Orléans^ et que le Bâtard adresse, non aux procureurs, mais au gouverneur et prévost d'Orléans et à leurs lieutenants,
A ces moyens de défense, les procureurs en avaient ajouté de négatifs qui durent singulièrement gêner les ennemis au moment de l'investissement de cette place, protégée par des constructions assez formidables, les murailles ayant de six à dix mètres d'élévation ; les tours dépassant cette hauteur dont rétendue en longueur était de 650 mètres et en largeur de 480 mètres et dont la population s'élevait, dit-on, ce qui nous parait fort exagéré, à 30,000 âmes.
Les moyens que nous qualifions de négatifs, ont été la destruction de tous les édifices et habitations qui entouraient la ville.
Nous avons déjà vu que les procureurs et, par conséquent, les habitants n'avaient pas hésité à faire ce sacrifice, dès les premières entreprises du chef de bandes nommé Kanoll ou Khnoll, et que ce dernier avait, lui-même, fortement endommagé l'église de Saint-Pierre-en-Sentelée, située en dehors des murs et près la poterne Saint-Sanson.
Déjà, dit-on, les faubourgs d'Orléans étaient construits, on les disait les plus beatix du royaume ; défions-nous de l'en-
thousiasme de localité qui animait tous les écrivains du xti* et XVII* siècle, mais acceptons que déjà les territoires suburbains étaient garnis de quelques habitations et particulièrement de quelques rendez vous de distractions.
Pour nous qui avons vu les faubourgs de notre ville natale grandir et s'étendre lentement et encore privés de voies de communications praticables aux voitures, et, pour leur plus grande étendue, séparés de la ville par de larges fossés comblés seulement depuis Tannée 1848. Nous ne pouvons adopter ces descriptions familières au sentiment municipal et qui n'a cessé son influence que depuis la restauration de la maison de Bourbon en Tannée 1815.
Cependant il existait, ainsi que nous Tavons vu, hors des murs d*Orléans, et dans le périmètre des accrues successives, un assez grand nombre de chapelles et même d'églises qui pouvaient devenir pour Tennemi, des lieux de refuge et de re* tranchements.
Toutes furent démolies et rasées.
Si nous examinons le secours militaire que possédait la ville à Tapproche de Tarmée ennemie, nous aurons après la description de SCS défenses matérielles, une juste et complète idée des éléments de résistance qu'elle avait à opposer à Tattaque dont elle allait être l'objet.
A ce sujet, nous devons reconnaître que les renseignements méritant une confiauco absolue nous manquent ; ceux que nous possédons résident exclusivement dans des notes étendues qui nous ont été laissées par un laborieux travailleur Orléanais, M. l'abbé Dubois, que nous avons eu l'occasion de mentionner avec l'expression du sentiment d'estime qu'il mérite.
Nous lisons dans le très remarquable mémoire de Jules Loiseleur, au paragraphe inlilulé : De l'effectif de la garnison d'Orléans i^cndant le siège, ce passage : t Un modeste et la- » borieux Orléanais, M. Tabbé Dubois, mort en 1824, s*ap* » puyant, à peu près exclusivement sur Tœuvre intitulé : Jour* » nal du ^iége. »
Gomme ce titre semble commander une confiance entière, et que Tœuvre en tête duquel il est placé a été la principale base
sur laqudle les écrivains qni ont traité le sujet intéressaTit, an premier chef, de VHistoire du Siège (tOrUans et de Jeanne d'Arc^ i\ nous paraît indispensable d'apprécier Je caractère de cet écrit.
Son véritable litre est celui-ci : Journal du Sit^ge d'Orléans et du Voyage ds Reims,
Or, voici rhislorique de celle œuvre :
Elle fut commandée en Tannre 1467 pur les procureurs de ville composant la municipalité d'Orléans.
Cette proposition est justifiée par la Société de rUisioire de Trance et par M. Quicherat, faisani remarquer qu'on y quaîfie Jean d*0rlrans de ciymlc de Dunois, tandis qu'à r*'-poqoe du siège ce personnage était tout brutalement connu sous la qualification de iWard; Jeanne d*Arc, dans les paroles qu'on a recueillies et qu'elle lui adressait, ne Ta jamais appelé que Bâtard.
Or le comté de Dunois n'a été donné h Jean d'Orléans qu'en l'année 1446, o'esl-à-dire dix-huit ans après la levée du siège.
Le Journal du Siège est Tœuvre d'un clerc nommé Soudan, qui ne s'est pas borné b. mentionner ce qui s'est passé dans Ta ville assiégée, mais qui a suivi Charles VU dans ses diverses tentatives militaires, Jusqu'à son sacre et même après celte solennité.
Aussi M. Quicherat, qui ne dédaigne pas, et cela avec beaucoup de sagesse, de la citer, porte, cependaj^t, de celle œuvre le jugement que nous croyons devoir reproduire ici : l'auteur, dit-il, Memble s'être aidé soit d* informations verbales, soit de ses propres
n ajoute: « Ce qoi constitue le Jowrnul du Siège est évidemment copié d'un registre tenu en présence des événements, mais ce registre offrait des lacunes ; on l'entre voit par certaines erreurs que le chroniqueur a commises en voulajit le
Ces observations aulorisent, ce nous semble, à ne pas accep- >r avec facilité,, connue cbroniq^uâurs, c'est-à-dire, comme ayant srit sous l'ifliluejaGe des événements actuels et dont ils sont les lémoins et qu'ils enregistrent par chaque jour et par chaque "il 22
heure, ceui qui écrivent sous riofla^Dce d*uiie tfaditàon plcis oa moins fidèle, mais souvent altérée par rinexaciitude ou rinûdélité des souvenirs. i
Ce qu'il y a ici d'inconiesiabte c'est qu'on ne saurait rieo d? Torigiae du Journal du Sié^e, imprimé pour la première fois en Vannée 1576, si un savant jurisconsulte, Daniel Jousse, Orléanais^ né en 1704 et mort en Î7B!, n'avait consigné, dans une simple! note trouvée au nombre de ses papiers, que le Journal du SU^e:\ t avait été transcrit d'un registre qui ne ae trouvait plus, i qu'on ne saurait quelle date lui attribuer si on ne rapprochait ' de cette déclaration de Daniel Iousse« la mention d'un paiement d*UDe somme de onze sous parisis, fait II un clerc du nom dol Soudan, pour avoir écrit en parchemin : La manière du Sié^i dVrléam tenu par les Anglaii devant cette ville, »
Or, ce manuscrit qu'on ne trouvait plus au xviit* siècle, aurait cependant existé au xvi*, au cours duquel ses échevins d'Orl^'-aui faurail fait imprimer ; c'est au moins ce qu'il résulte du tîtr qu'on lui a donné alors: Histoire et discours au vrai du Siég^
qui fut devant la ville d'Orléans par les Autjlais^ prise de mot { mot^ sans aucun changement de langage^ d'un viel exemplair^ escript à la main, en parchemin et trouvé en la Maison de Vilb
d'Orléans [\),
M* Quicherat hésite, à ce point, sur la valeur de celte œuvre qui, après lavoir représentée, comme le résultai, sauf de nombreuses lacunes, d'un registre tenu en présence de$ éuénemenU^ il termine son appréciation par ces mots : « On retrouvera, dans mes notes, la meiuion de quelques faits retrouvés k cette source (ce qui reste à la bibliothèque d'Orléans, des documents sur l'état de la ville en 14^9), faits, qui certainement ne manqueraient pas dans le journal s'il avait reçu sa rédaction difinitive aune époque plus rapprochée du siège. » M
Gc document, par son titre, par la forme adoptée pour le composer et le produire étant offert ao public comme coûsti-
ti) On doit remarquer que Lemairc qui cite tous les ameurs qui J avant lui, avaient parli' ûe Jeanne d'Arc, ne elle pas niistoire du $ié d^ Or team
tuant an témoignage inconteslable des faits qu'il rapporte, il semble que Thistoire ne doit s'en servir qu'en signalant son caractère, afin qu'on n'y ait égard qu*avec une extrôii^e réserve et particulièrement, sous celle de le léfuler par le raisonoement et les circonsiances générales de révônement, lorsque roccasion s'en présentera (l).
Unrpolalions signale^
M. Qu
[ Il Les incxacliludes ci 1 chcrai, sont aggravées dans une autre co|jïe du Journal du Siége^ qui nous est signal*^ par Laoglet de Ffcsnoy, auteur d'un ouvrage iolilulô : flistoire de Jeanne d'Arc^ vierge^ héroinù et martyre d'Etat^ suscitée par la Providence puur rètatdir la Monarchie française^ tirée des procès et autres pièces originales du lemps.
Avec cet exergue :
Infirma mundi elegil Deus ut conlundai foriia (Paris 1752).
Langfet tiu Fresnoy élait ecclésiasliquc, el cet ouvrage sur Jeiiane d'Arc a ù\ù extrait d'une a-ovrc plus cousitiérablÊ intitulée ; Méthode pour étudier C histoire; tabUUes chronologiques de rhiS' tmre universetle; plan de l'histoire générale el parlicuiiére de ta monarchie.
On lit â la page 31 de la pri?face de l'Histoire de Jeanne d*Arc^ les lignes suÎNantes :
* L'anliqtie el curieuse bibliothèque de Sainl-Victor m'a fourni un manuscrit du lemps où est le Journal du Siège d'Orléans qui est différcftt de celui quà publié Léon TripauU (savant docteur, ri5geat de l'Université d'Orléans du xv!® siècle), on trouve dans ce journal-manuscril la lettre de la Pucclle telle quVIIc la écrite aux Anglais, et non l>as altérée et falsiliêe, ainsi qu'elle se trouve au procès latin de condamnation, ni même telle qii*eUe est en quelques imprimés.
Et à la fin du volume, sous le titre : Lists des huit traités qui se trouvent à la fin du procès de justification^ p. 196, on lit :
Histoire du nége d'Orléans fait par les Anglais^ en li28 el sa délivrance par Jeanne dArCf dite la Pucelle, tirée dua ancien eiempUire^ par Léon Trii>auU, in-l°, Orléans, 157(5.
£l |jIus bas :
€ La vie et la mort de ta Pucelle d'Orléans^ îo-12, Lyon, 1819,
« Cet ouvrage n'est qu'une copie de ceux qui sont énoncés ci-dessus avec cbangemenl de titre publié d'après Léon Tripauli el contient 251 pages On y a joint aussi quelques discours qui ne sont pas de la Piicelle, mais formés sur ce qu'elle aurait pu dire; on doit regarder celte chrooique comme originale, »
El enfin : Jeanne d'Arc ; Res geslœ et judicium latine ei gallicê, n 22.
Revenoàs maintenant aux noies de M. Tabbé Dobois, recueillies et mises en ordre par M* Jules Loise1eur« et nous pouiroris leur accorder par suite de cetie reproduction la seule coafiancc qu'elles méritent comme étant une émanation du Jôumal du Si4ge.
Avant de concentrer notre attention sur rèlémeai guerrier» qui devait servir à la défense de la place assiégée, nous devons jeter un coup d*œil sur la composition de la force militaire.
Il y avait des seigneurs et des gentilshommes à la solde du roi, pour amener au roi des soldats, à proportion de leur soldi et des conventions qui avaient été faites; on disait : tel seigneur est à dix gens d'armes^ vingt archers, dix arbalétriers,
n est inutile de s'arrêter au mode de recrutement employé par ces recruteurs, non plus que sur les désordres et les contraventions aux traités qui devaient être la conséquence d'une telle administration militaire, des seigneurs engagés, voulant gagner sur la solde qu'ils donnaient aux hommes d'armes, en se retirant sous un prétexte quelconque au moracnl où le t^i devailfl compter le plus sur leur présence et celle de leur troupe. '
Aussi les rois étaient dans la nécessité d'avoir recours à une autre méthode, et tel était le cas de Charles VU, il dut, plus qu'aucun autre, engager des bandes de condottieri et de mer* cenaires, la pire espèce des gens de gyei re.
On cite un grand nombre de ces gentilshommes routiers, qui non-seulement, manquèrent à leurs engagements, mais encore qui se menaient h la tête des séditions» telle que celle des ^rcheurs. ^^H
Quelques-uns, des plus célèbres, oui pris leur place parmi les libérateurs de la France et la fleur des chevaliers qui n'Étaient, comme le fut Rnolt ou Kanoll pour les Anglais, que
0 Cet ouvrage est de L6on TrîpauU, qui a traduit en latin la Chronique du Siège, des arcliives de la ville, w ■
Comme on le voii, la Chronique du Sîége a passé par bieu des Tïiait)s, et s*est reproduite depuis le xvi* siècle sous la forme historique, dans un grand nonibre d'ouvrages, dont les auteurs se seraient épargné une peine inutile pour eux et pour le public en se bornant à la reproduire textuellemeni.
des chefs de ces dangereuses bandes de pillfirds, de rouUers et de ce qu'on appelait les compagnies. Enir'aulres Poton Xain* trailles et Vignoles, dit La Hirc, surnoni tiré du mol latin : ira ou colère, élal ordinaire de ce héros qui, t resserrait dans le le fort du chfiteau de Coucy, les prisonniers et les valeurs estimées plus de 100,000 êcus, fruits de ses expéditions. •
Apres avoir donné c^^tte idée des moyens militaires à la disposition du roi de France, entrons dans la ville d'Orléans au moment du siège.
Nous sommes, ici, obligés de revenir avec Mf Loiseleur aux notes de l*abbé Dubois» c*esl-à-dire au Journalldu Siège,
M. Loiseleur s'exprime ainsi : t Les habitants \les villes éri-
es en communes, considéraient comme leur privïlégeîle plus précieux celui de se garder eux-mêmes et d*échapper, par là, Bttx déprédations des gens de guerre. »
Malgré la crainte que manifesta la féodalité française que le peuple ne s^exerçât au maniement des armes» cependant, dès Tannée 1384, et pendant une trêve d'un an conclue avec TAnglelerre» on avait organisé^ dans les grandes villes de France, des compagnies d'orbafétriei's,
c A Orléans, au quartier de U\ Maison-Neuve, près de la Porte-Renard, on avait étaldi une école d'arbalétriers q ni, diton, remontait à Tannée 1340. »
Pour cela on avait approprié des terrains, à Tune des extré * mités desquels on avait placé des bui^s ou devaient viser ceux qui se livraient à ces exercices, et qu'on appelait les bulles.
Les archers ou tireui^s à Tare, et les arbalétriers ou tireurs à Tarbalète avaient chacun leur butte.
On avait attaché des privilèges à Tadresse qu'on devait travailler à acquérir :/<? ro/ de^? arbalèiners était exempt de la taille et de ton 'es les redevances et impositions, et tous les ans, le 8 mai, le maire donnait, api'es un banquet, à ce roi, un émail d'or aux armes dr la ville, appelé cmur de Lys*
On comprend que les habitants d'Orléans, derrière leurs hantes umrailles et leui's hautes tours, armées, attôure-t-on, d'un bon nombre de pièces d'arliïhM'ie, aient plus compté sur leur* propre courage que sur la bravoure de ces bandes.
Nou!^ n'insisterons pas sur ces détails non plus que sur les armes dont se servaient, les combatffints à cette ^^qoque: »ous ce rapport les deux arini'^es étaient c;^ales eu moyens <ledc3truciian et co qui importe, ce sont leâ résulfats dérmîtifs de laltaque et de la déTense.
Aussi on comprend que si des gens d'armes sont entres dans la ville pour venir en aide aux liabitants, ceux-ci n'acceptèrent ce secoui-s qifà la dernière extrémité, et lorsque les derniers efforts pour faire lever le siège leur parurent épuisée.
Tel était rétat de la ville d'Orléans, de l'armée roj^ale cl de§l défenseurs de la ♦■ité, lorsque le 12 octobre de Tannée 1428, sous la conduite du romte de Salisbury, l'armée anglaise se présenta devant ses murailles et travailla à son investissement.