TRAVAUX DES ANGLAIS AU MOUENT OU ILS ÉTABLISSENT LE SIÈGE
Les travaux du siège se divisent ici en deux époques très distinctes.
Dans la première, raltaqiif» est dirigée du côté du val de la Loire ; les Anglais qui avaient passé la Loire à Meung, à Jargeau» villes qu'ils occupaient, commi^ncent par Fattaque du fort des Tourelles que nous venons de faire connaître après s'être rendus maîtres du faubourg appelé le Portereau.
Là étaient réunis tous les chefs les plus illustres de cette armée, Salisbury, Guillaume Poole comte de SulTolk, Jean Poole^ son frère, seigneur d'Esrallas, quelques Fraïu^ais du parti bourguignon, le bail H d'Evreux, Befaucamberge, le seigneur d'Egres de Moulins, puis Glasdale ou Glacidas, et un autre Bourguignon, le seigneur Lanceïot-de-Lisle, et quelques autres.
Les Français occupaient encore les tourelles, cette journée du 12 fut heureuse pour eux, les Anglais furent repoussés.
Le lendemain le combat recommencé lut encore terminé à Tavantage des habitants; le surlendemain les Anglais parvinrent à s'emparer du fort des Tourelles ; mais les Orléanais purent, en se retirant, détruire une arehe du pont qu'ils n'abandonnèrent cependant pas, ils se maintinrent, dansée qu'on appelait, alors, le boulevard de la lîelle-Croix, cette redoute
béltiesur le milieu du poDt et soutenue par les arches appuyées sur la butte Saint-Antoine et la butte aux Poissonniers.
Ce fut à ce moment où le général Salisbury, accompagné de Gtasdale auquel il avait donné le commandement des Tourelles jetait un coup d*œil sur la ville pour arrêter les travaux d*iiivestissemertt, fut tué par un boul<H de pierre lancé de la tour dite Notre-Dame. (1)
Ici commence la période merveilleuse du siège; Salrsbury avait donné sa parole à Charles d'Orléans, prisonnier en Angleterre, de ne rien entreprendre contre ses domaines qu'il était dans rim possibilité de défendre.
Il avait, avant le siège, pillé et ruiné plusieurs églises et monastères ; sa mort arrivée dès les preipiers jours de son entreprise sur la ville, capitale de l'apanage du prince, était hi juste punition de son parjure et de ses profanations.
Cet événement jeta la consternation chez les assiégeants ; les assiégés qui associaient le eiel h leurs vengeances étaient rassurés ; et les premiers jugèrent à propos de se retirer et d*emporter le corps du comte de Salisbury, à Meung.
Cependant ïh n'abandonnèrent pas la tentative commencée et que, bientôt ils devaient reprendre , ils laissèrent sous le commandement de Glacidas 500 hommes dans le fort des Tourelles.
L*armée anglaise dispersée à Meung, Beaugency et Jargeau , Bemblait permettre aux Orléanais de combattre avec avantage Glasdîde et de faire quelques efforts pour reprendre le fort des Tourelles.
Il est d autant plus surprenant qu*ils n'aient rien tenté dans cet instant où les Anglais étaient singulièrement découragés par la morl de leur général, que le Bâtard d'Orléans accompagné d*un grand nombre de membres de la chevalerie, profitait de cette dispersion de l'armée anglaise, entrait dans la ville à la tête de huit cents combattants, hommes d'armes, archers, arbalétriers et autres.
(1) Un sorcier quHI avait auprès de lui, lui avait dit la veille : Saîiibury lire ad garde à ta tète.
Les Orléanais qui avaient, uinsi que nous ravonfi dit. commencé la destruction de tous les édifices suburbains, redoublèrent d'ardeur pour supprimer ceux qui restaient encore.
De leur côté, lea Anglais avaient remplacé Salisbury par Talbot» qui an\ 500 hommes commandés par Glasdale, était venu le retrouver avec une compagnie de 300 conibatlants.
Enfin quelques jours après les Anglais prirent possession des hauteurs de Saint-Laurent à Touest de la ville, au nombre de 2,500 combaltaûtà.
Les précédents chefs qui avaient accompagné Salisbury se réunirent à Talbot, et le siège recommença en s'appuyant sur des fortilieations stratégiques, dont les Anglais s'empressèrent d'entourer la ville d'Orléaiia.
Ils construisirent une forteresse à Saint* Laurent, eu s'eraparant des restes de l'église démolie.
Ils entourèrent cette forteresse, défendue par rescarpement du coteau au bas duquel coule la Loire, d'un boulevard en terre, et ils en firent leur véritable quartier général (ce lieu a pris le nom de Sanitas d'un établissement hospitalier qu'on y a construit)*
Le second boulevard que construisirent les Anglais fut celui de laCroix-Boift8€eou carrefour de la Croix-Morin, encore aujourd'hui ainsi désigné.
Us se préoccupaient de se garantir des sorties que feraient les Orléanais, plus faciles de ce côté par suite de Taccrue de la ville «'étendant au-delà du bourg dWDcmim et des fortifications puissantes qui défendaient lentréede la ville, à Touest et au nord.
Ainsi le troisième boulevard quils construisirent fut placé près d une léproserie, déjà mentionnée, soua l'invocation de saint Lazare ou de saint Ladre, plus loin que Samt-Pouair on Saint-Paterne» dans rorientation du nord de la ville, aujourdliui le faubourg Bannier.
« Ils construisirent une moult et belle bastille aux environs • de celle qu'ils avaient bâtie à la porte Bannier ou Bernier, » auprès de raumône Saint-Pouaîr et qu'ils avaient nommée : > Paris, »
Cette forteresse occupait le territoire appelé le Pressoir-Ars ou le Pressoir-Brûlé,
Ce territoire se prolongeait alors jusqu*à la limite de la ville, fermée au nord-ouest par la porte Saiut-Jeao, et ne faisait qu*uo avec la me du Colombier.
Ils appelèrent ce monument stralégiriue Rouen ^ sans doute parce que la ligne droite suivie d'Orléans réunissait les deux villes, la première en leur possession et le nom donné à leur nouvelle bastille considérée comme un présage de la prise de possession de Ui seconde, qui aurait assuré la conquête de la France, s'ils avaient pu Toccuper; ils la nommèrent donc Rouen, comme ils avaient nommé Paris celle de Saint-Pouair, et par la môme raison.
Non contents de se fortifier de ce côté, ils essayèrent, mais ne réussirent pas, à relier le boulevard du Sanitas et le boulevard du Pressoir-Ars ou de Rouen , par un autre édifice stratégique élevé devant la Porte-Renard ; les Orléanais les troublèrent tellement dans le travail d'un large fossé qu*ils creusaient à cette intention, qu'ils furent obligés dy renoncer.
Ce (ut donc de ce côté, le plus vulnérable de la ville que se portèrent toutes leurs préoccupations pour emporter la ville assiégée.
Cependant ils ne négligèrent pas le côté oriental, que nous avons représenté comme olîraut une ligne de défenses à ce point formidables que la ville, de ce côté, semblait inattaquable.
Celte ligue s'étendait du midi au nord eu remontant le coteau de la Loire, ou de la Tour-Neuve à la tour de la Fauconnerie.
Les Anglais, de ce côté, ne s'occupèrent que de la nécessité d'intercepter la communicattion de la rive gauche à la rive droite de la Loire afin d empéiîher les renforts qui pourraient être envoyés par le roi, alors à Cliinon et dans la Touraine, à la ville assiégée.
Ils continuèrent, à cet efïet, une bastille ou boulevard sur la hauteur de Saint-Loup, dominant un petit torrent appelé : le ruisseau de 1 Ëgoutier.
A celle époque, la Loire^ ensablée de ce côté, offrait ua passage facile de la rive gauche à la rive droite du fleuve ; c'est , de celle disposition du fleuve que Jeanne d'Arc sut profiter eaj remontant un peu plus haut que Saînt-Loup, ainsi que noti allons le dire.
Ces attérisâementfi ou g'rèves séparés par d'étroits cours d'eau étaient désignés par les noms de grande île Charte- ! magne, et grande île aux Bœufs ou Saint-Loup, cette dernièra ] s'é tendant jusqu'au milieu de la porte de la Tour-Neuve, que nous les avons décrites plus haut.
Enfin il existait devant le coteau sur lequel était et est encore] placée Téglise de Saint-Laurent, une île d'une bien moindre étendue que celles dont nous venons de parler et qui était aussi désignée sous le nom de : petite île Charlemagne; les Anglais y construisirent une bastille, afin d'inLercepter la navigation" descendant ou remontanl la Loire, et en lace de cette petite. Ile, sur la rive gauche du fleuve, sur le territoire de Saint-Pryvé, ils en établirent une autre.
Ces bastilles étaient-elles les seules, et peut-on, avec M. Jol-' lois, penser que les Anglais aient laissé un espace aussi consi* dérable par son étendue (près de quatre kilomètres) entre la bastille de Sainl-Pouair, qu'ils avaient nommée Paris, et la bastille de Saint-Loup, elle-même établie à une très grande distance de la vieille porte Bourgogne.
Cette question qui paraît résolue par la négative, aussilôl quelle est posée, a été examinée avec un soin tout particub>t par notre laborieux concitoyen et collègue h la Société aixhéc logique, M. Boucher de Mol an don.
Il a poussé son zèle persévérant pour rachèvemenl qui sem-i ble encore loin d'être atteint de C Histoire du siège d'Orlcani et plus parUculîèremenL de l'Histoire de Jeanne dArc, jusqu^àl faire établir un plan di* la locaîité où il lui a semblé qu'une bastille devait exister entre celle de Saint-Pouair ou Saint-Paterne et celle de Saint-Loup.
Il a signalé à l'attentinn publique, en l'année 1857, par Tin termédiaire de la Soeiété archéologique (vol. 4), sous ce titre : Études sur une bastille anglaise du xv* siècley retrouvée en la
commune de Fleury^ des observations que nous sommes heureux d\inalyser ici.
Pour aceouifilir celte tâche nous sommes contraint de nous renfermer (Jans un cercle le plus èlrott.
Ces observations étaient divisées en quatre questions : l*" Les astilles et boulevards, dont les Anglais avaient enveloppé la ville» sont-elles assez clairement désignées, de nom, de nombre et de position pour qu'il ne soit pas possible que quelqu'omission ou quelqu erreur ait eu lieu dans les diverses énumérations de ces ouvrages ?
■ Cette question est résolue affirmalivement par son auteur. Le rapport confié à notre éminent concitoyen, M, CoUîn; inspecteur des ponts et chaussées, adopte les reproches faits h rénumération de ces bastilles et boulevards par M, Boucher de MolundonT et reconnaît qu'il n*esl nullement impossible que quelques-unes de ces constructions stratégiques n'aîent été ^MDmises.
^m 2'* Se passa- 1- il aux eu virons Jy bourg de Fleary (situé à ^Bqaalre kilomètres noi*d-cst de la ville d'Orléans) des événe- ^Bgnents des<pii'ls il soit permis dlolerer quelques indoclions en ^■faveur de rbypollièsc de I existence eu ce lieu d'un boulevard ^B^u ouvrages analogues t ^^ Cette question, d*un caractère plus technique que la pre-
Imière, est traitée avec beaucoup d*ampleur par l'auteur du mébioîre, qui. d'ailleurs, ainsi qu*il le fait voir lui-même, avait été devancé, à ce sujet, par M. Berriat Saint- Prix, professeur à la faculté de droit de Paris, dans un ruivnige remarquable : Jeanne cVArc ou coup d'œil sur les révolutions de la France au IfempSn . . de la Pucelle.
Dans cette œuvre, M. Berriat Saint-Prix s*est vu conduit, dît M. Boucher de Molandou^ par de simples déductions logiques
Ëi poser, en fait» que l'investissement d'Orléans avait dû, nécesairemi'ut, étrej«."ouî[ilpti et a exprimé l'opinion à priori et ans pi'euves que deux bastilles avaient dû être construites dans Fintcrvalle compris entre Saint-Pouair et Saint-Loup.
Ici un différend s'établit entre M. deMolandon et M. Berriat Saint-Prix; le premier invoquant M* labbé Dubois qui, luî-
même se place sous rautorité du Journal du Siège et parlaot d'uQ convoi de vivres qui fui détroussé par les Anglais le 27 avril, démontre que cette bastille qui a dû exister, n'a pu cependant occuper une place à ce lieu de la Croix-Fleury puisque les Orléanaia s'étaient inutilement portés jusqu*à ce lieu où ils apprirent que les Anglais s*élaient emparés du convoi
Ce n'était, d'ailleurs, ici qu'une question de situation et de distance.
Et, en eiîet, M. Boucher de Molandon nous donne la des cription survante du lieu qu1l a découvert à deux kilomètres à partir du lieu appelé la Croix-Fleury, carrefour à un kilomètre nord -est de la ville d^Orléans, et suivant le faubour]B^H Saint- Vincent. ^^
Ce lieu consiste dans une ruelle appelée la rue de Viiermiiage qui coupe à Fangle droit un énorme fossé, et qui forme une espèce de rue prenant, de cette excavation, le nom de rue des Fossés.
Cette tranchée, à fond di: cuve, mesure 34 mètres d'ouverture h la crête, 15 mètres de largeur au fond sur 4 à4 mètres 10 de profondeur, dans son état actueL
Les terres de déblais sont entièrement couvertes de bois taillis et de beaux et vieux chênes.
Cette tranehée devait frapper un esprit aussi observateur que celui de Tauteur du mémoire, il l'étudia plus attentivement.
Il mesura dans sa loii|L2fu«ur qui se trouva être de 403 mètres à l'est de la rue et 240 mctrcîs à l'ouest.
Sa largeur sensiblement uniforme, ajoute M. Boucher de Mûlandon, diminue quelque peu vers les deux extrémités, du côté de Touest elle vient se terminer à une petite rue appelée le Cul-d'Asnières, puis elle continue comme naturellement dans une longueur de 450 à 500 mètres jusqu'à Féglise de Fleury par une légère dépression de terrain dont une ruelle étroite occupe constnînm(*nt le r<»u<L
Nous ne rniyous pMs devoir continuer cette desiTiptiun uiinulieuse r»t, au eonlnure, nous eroyons devoir n^uvoyer à ce mémoire contenu en son entier dans le volume IV des pubijcatiODs de la Société archéologique,
Nous pensons, d'ailleurs, avoir donné une assez haule idée de cette ingénieuse découverle pour nous nn tenir à faire connaître les solutions qu'elle a re^^ues du rapport de rinspecleur des ponts el chaussées, iM. Collin.
Répondant à la seconde question posée par rauteurdu mémoire cl se rapportant au Journal le Siège, on y lit : ^ Le S9 avril, les François sortiront d'Orléans et s'avancèrent jusqo'à la Croix-Fleury pour secourir un convoi venant de Blois, mais ils arrivèrent trop lard, » F honorable rapporteur en lire, ainsi que d'autres considérations accessoires, la conséquence qu'il formule on ces termes : a Plusieurs auteurs, el particulièrement M. JoUoîs, dans son Histoire dn siège d*Oriéam^ ont prélendy que rinvestissement n'était pas complet; les faits sonl contraires à celle opinion.-.. L'opinion appuyée sur les faits cités semble confirmée par Jean Chartier, disant : a ils pou- « vaieiit bien toujours entrer et sorlii' de îa ville, parce que « les Anglais étaient h pied dans Icui-s bastilles, et y avait « grand espace de leur grande bastille de Saint-Pouair à celle a de Saint-Loup; combien que chaque jour travaillassenl iceux tt à faire fossés doubles pour empêcher icelle entrée ainsi qu'ils « avaient fait depuis la bastille de Saint-Laurent jusqu'à la bas- * tille nommée Londres, »
Aussi la commission n'hésite pas a répondre sur la deuxième question : «« Des documents auihenliqnes, parvenus jusqu'à nous, il est permis d'inférer qu'il existait, au temps du siège, dans les environs de Fleury, des ouvrages militaires établis par les Anglais pour compléter le blocus el IVinvestis&ement du colé du nord. «
Arrêtons donc fexamen de ce précieux travail de M, Boucher de Molandon dans ses autres parties ou questions qui ne sonl que le développement el ia conséquence des deux premières et, particulièrement, de la seconde^ nous n'y ajouterons qu'une observation.
On peut penser que M, de Molandon a été un peu loin en voyant dans les travaux dont il a découvert les restes, une preuve de rexisicnce d'une bastille ou boulevard, servant h relier entre eux celle de Saint-Loup à celle de Saint-Paterne;
mais aussi que M>1. dp la commission de la Société archéologique, par leur savatii rapport(»ur, ont été Irop réservé**» ei Irop limides dans leurs afjprècialionH en se bornant dans le résumé du rapport h dire : " Qu'elle n'affirme pas ei ne peut pas affirmer, les contemporains ne nous ayant laissé que des documenis incomplets.... el que, de ces documenis quels qu'incomplets qu'ils soienl, il est toujours possible dinduire, avec vraisemblance, que les Anglais ont dû construire, sur la ligne nord, aux environs de Fleury, des ouvrages militaires, pour compléter le blocus de la ville, i»
El enfin que « si les ouvrages militaires élevés par les An* glais, au nord de Fleury, n'étaient pas ceux dont M. de Molandon a signalé Texistence, la position el la forme, ils de\^icnl avoir, avec ceux-ci, une telle ressemblance, qu'il est raisonnable de croire, au moim jusqu^à preuve du contraire^ à leur identité. •»
Pour nous, ce langage n'est qu'une n^-galion transparente qui ne nous semble pas acceptable, et indépendamment du Journal du Sii'ge drmt la commission el Thonorabln rapporteur invoquent le témoignage, malgré le peu de confiance que cette ceuvre inspire; nous reportant h la description géométrique des lieux, aux antres travaux de celle nature justement altribné» aux Anglais» et h Téial des lieux, nous voyons, dans li»ur disposition décrite, un véritable ouvrage stralégique eld^inres*tissement.
El nouK pensons qu'il doit éire reconnu comme faisant partie de ceux opérés par les Anglais.
Nous ajoutons que lors de rentrée dans la ville du convoi amené de Blois par Jeanne d'Arc et lorstiu'eîle même y fil son entrée, on passa .«ous la bastille de Saint-Loup, ce qui prouve' qn*i\ existait un obstacle au passage, puisqu'on se rapprochait de cette bajîtîile que cependant on avait tant d'intérêt h éviter.
Nous voyons quel était rinvcstissemenl de la ville depuis le 13 octobre de Tannée 1428 jusqu'au 7 mars lV2î), jour de la première entrevue h Chînon de Jeanne d'Arc el de Qiarles VII jusqu'au 28 avril de la même année, jour auquel Jeanne d*Arc loucha la rive droite de la Luire sur le territoire du bourg de
— 3ai —
CSicy, situé à deux lieues d*Orléîins ; ei enfin jusqu'au lendemain ilc ce jour où elle put faire son entrée dans la ville assiégée.
Si nous jetons un dernier regard sur Ifi situation des assiégés el des assiégeants , sur leurs nombres respeclifs , nous pourrons èlre en présence des événements qui ont mis lin à cet état de choses et nous rendre comple de ce qui s*est passé, avec presque autant d'exactitude que si nous y avions assisté.
Nous avons parlé du nombre des assiégeants après la mort de Salisbury el réchoc qui avait contraint les Anglais à se rendre h Meung et k Beaugency» mais qui, cependant, ne leur avnit pîis fait perdre la possession du fort des Tourelles, occupé par 500 hommes ; sous le commandement de Glacidas (Glasdaïe),
Nous avons vu que Talbot remplaçimi Salisbury était revenu avec une troupe composée de '1,500 combailants, qu'ils amenèrent cette fois du cAlr de In Beauce ; leur nombre n'était donc alors que de 3,000 combattants ; ils ne revinrent ainsi que le 30 décembrCt de sorte que la ville n*a%'ait devant elle que les 500 soldats de Glacidas, campés dans le fort des Tourelles, et dans les ruines du couvent des Âuguslins.
On comprendra facilement, combien il est difficile de connaître les forces numériques des Anglais, aussi tous ces calculs auxquels on s'est livré, à ce sujet, ne peuvent reposer que sur de simples conjectures ; il en est à peu près de même pour le nombre des combattais (lui défendait la ville ; cependant les recherchos de M. Loiseleur semblent nous donner à cet égard, des chiffres qui doivent être acceptés.
Après le combat des Tourelles, 800 hommes entrèrent dans la ville, sous la conduite du Bûlard d'Orléans, il y en avait à ce moment 400 ce qui donne un loial de 1, "100 combattants étrangers & la cité.
Cet état se prolongea jusqu'au 5 janvier, ce jour-là Tamiral de Culan en amena 200 autres.
Le *24 janvier Lahire entra suivi de 30 hommes d'armes, et comme chaque homme comptait pour trois ou quatre clievauiL ou
hommes armés, quelquefois jusqu'à sept, chaque lance d^Tant êlre esloffée ou accompagnée de trois hommes armés, à cheval et quelquefois jusqu'à bix, ce nombre se composant d'un écoyer, d'un coustillier et de plusieurs; pages et archers. M, Loiseleur porté ces trente hommes, en agissant avec la plus grande modé^ ration, au iiorabre de 180.
Au T) ou 6 février, saint Sévère et Guillaume Sluart en ame»nèrenl l»64(i.
Le Bâtard alla au-devant d'eux suivi de SÛû hommes armes qui prirent pari k la balaille de Rouvray ou des Harengs ainsi que 2,000 hommes, sous les ordres du comte de Clermont et du connétable d'Ecosse; en déduisant les ^00, conduits par Jeaa d'Orléans, le nombre des combattants qui entrèrent dans la ville, n'est plus que de 1,800.
Entin du 24 au 29 avril, jour de Tarrivée de Jeanne d'Arc, 650 combailanis, en garnison en Gâtinais, sous la conduite de différents capitaines, entrèrent avec elle dans la ville.
Tous ces nombres forment le total de 5,676 combaltants.
L*auîeur des mémoires où n^us puisons ces chiffres, déduit 400 hommes tués à la balaille de Rouvray, dite des Harengs^ 376 dans diverses rencontres, et 2,000 qui prirent part sous la conduite du comte de Clermont à la balaille des Harengs cl repartirent d'Orléans six jours après, ce qui, au jour de l'entrée réduit cet effectif à 2,900,
M. Loiseleur fait observer que ces calculs sont plus ou moîns arbitraires; il les rectifie, et d'après ses judicieuses réflexions on arrive au nombre de 2,761 défenseurs de k ville-
On ne compte pas, il est vrai, dans ces troupes composées d'Italiens, d'Écossais et de routiers, les habitants d'Orléans, qui faisaienlleservice aux porleselsur les remparts, et qui, membt'Qs de la compagnie des arbalétriers, des canonniers cl de garde civique, surveillaient les ennemis, repoussaient leurs attaqaes^et les harcelaient par des fréquentes sorties.
La jeunesse, l'âge mûr, la vieillesse, les femmes elks-mèines et ks* enfeims oat^ fiait leur devoir.
Les habitants se taxèrent avec le plus grand désintéressement :« Pour subvenir aux grands frais et dépenses qu'il convenait de faire pour les vivres et munitionsi de guerre» la ville contracta des emprunts entre autres le chapitre de Sainte- Croix lui fit un avance de 200 écus d'or, Bourges, Poitiers, celle-ci ou résidait le Parlement convoqué dans cette ville par Charles VII, la plus grande partie dos membres de cette compagnie, résidant à Paris, pivînaîl eucure ce Litre et rcudiiit la justice au nom du roi d'Angleterre, donnèrent à la ville d*Orléans, l'une 700 fr., Tautre 900 fr. parisis, La Roi-hellelui en envoya 400.
Le clergé multipliait les ju-ières publicjues, les solennités, les processions dirigées de la cathédrale à la chapelle de Notre- Dame des miracles.
Tous ces détails de Tétat matériel et religieux de la ville en exigent quelques autres :
COMBATS LIVRÉS PAR LES ARMÉES EN PRESENGB DU l2 OCTOBafi 1428.
jusqu'au 29 AVRIL 1429.
JOUR DE LA RENTREE DE JEANNE d'aEC A ORLÉANS.
Si nous consultons les ouvrages anciens sur ce sujet important, et, particulièrement, Fouvrage dû à l'auteur le plua compétent, VHisfoire du siège d'Oriéans^ par M. Jollois, nous trouvons la ville pourvue d'une manière formidable.
Cet armement îse cooiposait de l'arquebuse, de l'arbalète, de la lance, de l'épée, de la besaiguc ou guisarme, composée «.rune hache et d'un morceau de fer très pointu*
Si à cela on ajoute le nouvel élcmeut d'attaque et de défense assez nouvellement, surtout en France, introduit dans la tactique militaire et qui a pris le nom d'artillerie, on est autorisé à cruire que la ville assiégée, entourée de ses hautes murailles flanquées de ses tours est suffisamment protégée contre l'agression.
On con) prendra aussi la longueur du siège, le peu de progrès des assiégeants, el que tous les combats se soient réduits à àe% rencontres ayant plus le caractère de joutes et jeux de tournois que celui de combats.
L*arc était encore en grand usage 5 l'arquebuse ou l*applica- Q 23
lion del*arc. la eouleuvrinc dont nous niions parler, n'était pas invenleea ; le prf»grt\s dans Tusage du trait laacé parce qu'on appel nit une coule uvrine u*élait |»a«* arrivé,
Maiïî à ces moyens assez peu siirs, dès cette époque, se réTélaient des engins qui ont donné naissance à rartillerîâ, ei qui devaient jeter un jerrand troulde dans les esprits.
La ville dlhiéans possédait déjti,si on en croit les historiens qui ont écrit en s'inspirant du journal du siège : 72 bouches h ieu, tant canons que bombardes.
Dans le nombre de ces engins étaient compris : un canon prêté à la ville d'Orléans, par la tîIIc de Montargis ; on l'appelait le Rifflard ; uiir bnoibarde faite par un artificier ^ très subtil fiuvrî«4\ qui kuiraitdes boulets pesant 120 livres; et sî énorme qu1l fallut !â4 ehevaux pour la conduire du port à THotel-de- Ville.
Ce fut à la bataille de Grccy cjuc^ pour la première fois, les Anphiis lireut nsage de ces machines de guerre, dont on fait rernonter rorigiue, en Italie, à la fin du xni*^ siècle (1299), mais qui ne vinrent en France qu'en rauuée 13à8.
On conqirend quelle inexpérience dut présidera la confection de ces instruments nouveaux h cette époque et sous la monarchie oii le peu^do ne pouvait être armé, où les combattants étaient des mercennires, où le trésor public nVtait à vrai dire que le trésor privé du roi, et où le point d'honneur militaire, de ces temps, consistant en luttes corps à corps où se déployaient la force et les graines du corps, le courage et Tadressé individuelle, tenait ces sortes de modes de combats en un profond mépris.
Cependant la nécessité fuit loi ; les étrangers se servant dn ces moyens d'attaque el de défense, ont dû les accepter en France, mais il est évident que la noblesse les dédaignait et tes abandonnait au vulgaire des combattants.
Ces premières armes, du reste, n'étaient pas aussi formidables à Tépoque du siège qu'elles ont pu le devem'r dans la suite.
Le OlossMire du Ducange qui, en les déliuissant, ne nous (aitpas connaître les divei^scs époques auxquelles il reporte la des--
^cription qu'il oous en donne, ce qui semble le constituer en contradiction avec hrhm»!;me; mais cette contnidiction n'est qu'apparente, ai on a égard à Tobâcrvation suivante qui suggère cependant, imf' jnsh» idr^p dr co que fine ni d'abord cea ma-
■clnnos de guerre, machiHfV beiltcœ.
\ Le moi canones dit Du Gange: pour les Fraii<;ais : canons; pour \m Italiens siphons, sont ainsi appelés, de ce qu'ils ont la forme d'une bouteille, d'un va^se très étroit et très long; caniharm, vm strîclus et ohlongnts.
^0n so servit aussi, mais plus lard (on place l'invention de 5 nouvelles armes h l'année 1428) de couleuvrincs. Ce mot canon venait du mot canner roseau^ ou bâton ser^vant à soutenir rinfirmité ou la vieillesse ; la couleuvrine tirait son nom du reptile appelé couleuvre : ces définitions nous sem* blenl rendre inutiles toute explication dont le but serait de constater le faible effet que devaient produire, à cette époque,
ICès nouveaux instruments de combats.
Le canon, la bombarde» étaient isolés; sansalTùti la couleuvrine était appuyée sur une fourcbette de fer ; plus tard on la perfectionna en combinant la couleuvrine avec le pied de rarbalète.
Jusqu au \\f siècle il fallut user de celte fourcbette de fer
et se servir d'une mèche pour mettre le feu au foyer de Tins-
Himment, mais à cette dernière épotjue ou usa d'un mécanisme
^■Mpr produire cel elTet et cela fi Taidc d'une pierre de silex.
H^Enlin les canons étaient eucoréj ainsi que nous lavons dit,
appelés bouches à feu.
Nous avons jiarié de iHnilets ; au siège d'Orléans on ne se
servait encore que de pierres lancées par ces instruments au
moyen de la poudre, aussi ceux-ci étaient-ils appelés /;/err*Vr5,
Bce ne fut que plus tard qu'on usa de véritables bcmlets en lonle,
^et plus tard, encore, de boulets rou-es ; cependant le nom de
bouches à feu fut celui «pii leur convenait le mieux. ^P Le Glossaire nous donne le motif de préférence qu'on aurait du adopl<^r pour quai Hier ces canons.
Renvoyant du mot can on es au mot ^u;ina qu'il définit machine de guerre, contraction des mots mango ou mangona déiini par Cherucl parle mot de mangonneau macbiiie de guerre
aen'nnt à lancrr des Irailn H îles jiierrps. Du (jangc njrïl et avec des pierres, des Iniits et des carreaux ou tleches, le feu grégeois, cum lapidibua, lance h et sagiliis^ igné grœco.
Kl en eflVt, il parait i]u<' c'étnil la premi<**re desliriaiîon du cnnoiï, ear gunna est syuuiiyme decanones, et nous dit encore Du Gange citant un vieux texte : et illic flgere ml locare gnnnOJt xunii, quaa canones galfi mcftnf , qnibns milidim villnvi infestâre pos»f*tt il voulait lîrlicr en pinee ces puifNis que les Français uiipellent canons, à l*aide desquel» il put, plus avautagêusemeut, incommoder la ville.
Nous avons insisté sur ce sujet «|uî nous a paru étroitement nui à l'Hisloire du Siège et que quelques écrivains ont traité avec quelque étendue et aussi parce que nous avons pensé, dans l'intérêt de la vérité historique, devoir rétablir h cette partie de riiistoire du siège son véritable aspect.
Il nous paraît qu'on a^ en cela» cédé au mouvement littéraire et pfvtriotique de la localité qui dominait dans ces temps et portait à Texagératiou de langage dans les récils des événements plus ou moins considérables qui intéressaient rbistoire des villes.
Nous voyons qu'on parle de Tl bouche.s à feu ou canons, pour la iléfense des murs et qu\in ne comptait (|ue douze canonniers principaux, dont plusieurs avaient un valet ou aide; celte prtiportion entre le nombre des canons ou bombardes el !é" personnel nccèssîiire pour les desservir, démontre le peu d*Lmportance de ces moyens de défenses, due à rinsufTisance de ces engins, à cette époque, et on semble avoir dû s'occuper davnn* tage des couleu\Tines, malgré leur petit nombre dans la \ille «saiégèe.
M. Jollois sVxprime en ces termes: dans ce nombre de bcmches 4 feu, nous ne faisons pas menttoo des conleuvrines qui ne paraissent avoir été inventées qu'en Tanoée I4â8.
Le nif tue auteur ajoute* il y en avait $«ns doute plnaieurs employées à la déiense d'Orléans, on tm commaît an moins deux.
Ici 96 plateeni riiabîleté de poinUige éè ees deux artificiers^ Jean le Lorrain et Philippe Nicolas, dont les eouleuTrines, poar nous ^nrir de l^exptcssion de 1 «nlenr , d*a€Conl aTec
tous les autres, jouèrenl nii grand roîe durant le siège ; celle de Jeao le LniTain étant d'ailïeurs tombée au pouvoir des Anglais et n'ayant été recouvrée dans le fort des Tourelles qu'après le siège ; eette prise eut Vnm le 25 janvier, dans une tentative de s'emparer du bac de Saint-Louj) enlevé par les Anglais.
Ces deux maîtres couleuvrioiers, surtout Jeao le Lorrain, firent grnnrl mal aux Anglais, épisode semblable à celui de la guerre des Normands assiégeant le bourg d'Avenum, où un archer, protégé par la statue de Notre-Danie-des-MiracIes, atteignait un ennemi h chaque llèche qu*il dùcochaiL
b*i, il est vrai, on place Jean le Lorrain, non plus comme manœuvrant une sim})le eouleuvrinei mais on le qualiÛe de treizième canonnier, tandis que Tanteur du Siège d'Orléans ne te représente que comme sr s(*rvant d'une eiudeuvrinc.
Les bombardes et canons cependant étaient en cuivre, quelques-uns se chargeaient par la eubisse, mais tous se chargeaient à l'aide d'un eylindre renfermant la poudre. De là, nécessité de donner peu d epai.sseui" au tube dont les parois étaient même très min'^es et devaient être exposées à crever facilement, mais ifs avaient peu de portée et ne lançaient pas leur charge à pbisde350a 400 toises.
Il uy en eut qu'un qui langait les pierres jusqu'à Tile Charlemagne, située entre Saint-Pryvé et Saint-Laurent, i\ une distance de 700 toises, lait attfsté |iar nn nrtîcb* rbi runqrte des forteresses de la ville.
Ce canoo, plus long que les autres, était dû à rindustrie de Naudin Bouchard.
Erdin, on l'aconte dans les rérits du siège, le poitls des pierres que ces pièces d'artillerie pouvaient lancer, Tune d'entre elles, ilont nons avons parlé si pesante qn^il IVdlut iâ cbevn»»x [lotirla transporter tbi p^jrt ou on l'a tlébanpièe, n l'hôtel de ville.
Mais ces boulets, ces bombardes, ces eoulcuvrines elles-mêmes étaient d'un faible effet, noit de la part des Franeais, soit de la part des Anglais.
Oti avait rijistnioieid, mais il élnit bir'n imparfait, et a ce défaut grave veiiaitsen ajontivr oiiaiilre : on ne savait pas s'en
servir ; on tirait h toute volée, dit M. JoUois, d'après le Journal du Siège, on tirait do. but en blanc.
Tel était l'état «le cette artillerie au moment du siège, machine de guerre dont on a exalté les services dans le grand épisode du siège d'Orléans, pondant la Guerre de Cent-Ans.
Il est vrai t\iw le (Uossaire ncms fait connaître la puissance des canons et bombardes du xiv^ au xv'' siècle, il contient au mot Gunna un texte qui, manifestement appartient à un membre de phrase dans lequel une conversation sur la puissance de ces machines est rapportée.
Il paraît qu'un des interlocuteurs ne reconnaissait pas aux bombardes ou aux canons cette puissance d'impulsion, quod cum illi précisa negarent, il banda une grande bombarde de laquelle un seul ject renversa une partie de la tour, intendit gunnam magnani, cujus uuico jactu dejeciî partem unius turris.
Voilà une preuve bien évidente de la puissance de cette arme propre à lancer un projectile inissilis Sfwcies.
Mais ici se trouve justillé le reproche adressé à l'illustre auteur du Glossaire d'avoir donné ces textes sans nous donner l'ordre chronologi(|uo, dans lequel ces propriétés, qui ont dû être et qui certainement ont été progressives, se sont rencontrées.
Pour appuyer noire doute sur ee qu'étaient ces engins et sur le service (prils ont pu rendre, nous invoquerons les progrès contemporains donl les armes de eond^al ont été l'objet depuis un sirej«\
Il ne nous rsl pas neee>saire d'évocpier les souvenirs du moyen âge et de suivre la niarelie drs armes de guerre jus<ju'à r«»rganisalion délinilive des ai'Fuées réirulières et de l'administration des années sous les derniers règin^s qui ont précédé la révolution, ni |RMulanl les buiuues guerres de la Révolution franeaist^ et eellr-; Au rèirne île Napt»léon l*', il sufiit de eonsidén'r l<'s ehanurintuN qui, d«' ihi> jour-^, >e sont opérés dans la f«>rme c\ dans le nianiiMUenl de «rs armées pour comprendre l'exlrènn^ exagération avee laqurlK' on a parlé de la prétendue artillerie «le- \nr et \iv' siècle.-, et même du w*" siècle dont on
a eu la témérité de dire que dès le règne de Louis XI on n'a fait de progrès dans Tart de la fonte des canons que depuis rinvention des canons rayés (1).
Ces propositions ont été justifiées à Tavance par Cheruel qui ne parle des armes de guerre de ces temps qu'avec peu d'enthousiasme, et nous enseigne, avec sa haute autorité, que si les guerres d'Italie ont apporté de notables améliorations dans la fabrication de ces armes, les grands engins meurtriers des batailles, les mortiers, les obusiers, les
(l) Plus on consulte de lexiques sur l'origine de l'artillerie et plus on perd d'illusion sur l'importance de celle que les historiens font remonter aux XIII* et xiv« siècles.
Ducange, édition nouvelle, range le mot artillerie d&Tis ceux de la nature générique : Prœterea nostri vocabant quicquid machinis bellicis in hostem projiciebatur^ les nôtres appelaient artillerie {ar^ tillaria) tout ce qui, à l'aide des machines de guerre, était lancé sur les ennemis.
Citant des lettres de rémission de l'année 1358, il en extrait ces mots : f Ils jettèrent pierren, gravoy, contre i celuy ennemis. »
Ducange et après lui sainte Palais, à ce mot artillerie, rapportent ces vers :
Artill*)rîe est le charroy Qui, par duc, par comte ou par roy Et par aucun seigneur de terre Est charge de quariaux en guerre, D'arbalètes, de dards, de lances.
Li desgarni qui prendre en yeulent Cil qui les délivrent en baillent!
A ceulx qui Uex choses en Taillent.
Ces vers ont été composés en 1340, à l'occasion de la bataille die Mons-en-Puelle, de Prœlio ad Montem Puellarum.
Vartillator^ n'était pas l'artilleur, le manœuvreur des pièces d'artillerie, mais celui qui faisait, balistres^ carreaux^ arcsy flècheSy lances^ etc.
Si on veut prendre une date certaine sur la mise en usage des pièces d'artillerie, on est plus embarrassé encore ; un grand nombre d'historiens et de lexiques historiques, entre autres, Moreri, placent l'emploi des bombardes, canons et bouches à feu au xiv« siècle ; cela est non seulement douteux, mais démenti comme étant le résultat d'une erreur de date.
Voir un certificat du seigneur de HoUtein, de Bavièae, envoyé
boulets rouges, véritables bouches à feu, toutes inventions appartenant aux peuples étrangers. Polonais, Espagnols, elles ne remontent qu'aux xvi* et xvn® siècles.
à Voltaire, qui le consultait au sujet d'un petit canon qui aurait été fondu par un nommé Martin, en 1301, et placé sur son tombean ; certificat constatant que c'est en 1501 qu*il fallait écrire.
11 y avait donc encore loin, en 1428, à l'effet obtenu par les artilleurs d'aujourd'hui.
Qa*im boulet qu'on Unce avec fracas
Doit mirer an peu haut pour arriver plus bas ;
Que d'un tube de bronze aussitôt la mort vole
Dans la direction qui fait la parabole
Et renverse en deux coups prudemment ménagés
Cent automates bleus A la file rangés.
(Voltaire, dans la tactique), (Voir également Boutaric, Histoire militaire de la France.)
Enfin, on ne peut apprécier à leur véritable poids les pierres lancées par ces projectiles ; il faudrait, pour cela, se rendre un compte exact de ce poids, qui variait comme tous les poids et mesures, suivant les pays coutumiers où ils étaient observés et rais en pratique.
(Voir Cheruel, au mot : poids).
Cependant, l'auteur, dans l'Storia militare di Francia^^ en reproduisant l'image des engins servant à la projection des balles ou boulets en pierre, y comprend un vase, cône renversé, dont la partie supérieure pourrait contenir un de ces boulets d'un assez gros volume.
Mais cet instrument d'artillerie appartient à celle de l'Italie. Il semble n'avoir été connu par aucun dos auteurs qui ont traité ce sujet en France ; on pourrait ne dater que d'une époque plus récente, par exemple, du xv* ou du xvi® siècle.