‹ Histoire de la ville d'OrleansChapitre 37 sur 59 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De la levée du dége d'Orléans.

Cet événement mémorable qui a restitué son royaume à un roi, et consolidé la nationalité d'un grand peuple, s*est réalisé dans des conditions qui le rendaient, à ce point, inattendu et même à ce point invraisemblable, que la génération qui en fut le témoin Ta considéré comme Tœuvre de Dieu luimême.

Nous avons dit qu'au moment où les habitants de la ville regardaient leur résistance comme arrivée à son dernier terme et se considéraient comme abandonnés par le pouvoir royal, réduit d'ailleurs à l'impuissance de les secourir, ils avaient envoyé deux de leurs procureurs au duc de Bourgogne, le complice des Anglais, pour offrir à ceux-ci des conditions qui n'étaient qu'un voile transparent jeté sur l'aveu d'une défaite.

« Les Orléanais qui ne pouvaient se résoudre à devenir Anglais, avaient cherché un moyen terme qui fut acceptable par leurs ennemis ; ils avaient offert au duc de Bourgogne de lui remettre la ville en séquestre, si le régent anglais voulait leur accorder : abstinence de guerre (1).

Mais l'Anglais refusa ces offres avec une hauteur allant jusqu'à l'insolence : c J'aurai Orléans à ma volonté et je n'aurai pas mâché les morceaux au duc de Bourgogne pour qu'il les avale. Je n'ai pas battu les buissons pour qu'un autre ait les oisillons. >

En cela le duc de Bedfort a commis une faute bien peu en rapport avec le caractère réfléchi attribué à sa nation.

(1) Henri Martin.

n a fait DAttre uae hésitatimi tlan^ IV^pril du duc de B4iiirgogne et, peut-être» un remords dans son cœur.

Ces sentimeiits se saut maiiif<*îit«*â \mr le naraJi de ms IfOiipes confondues avec celles àm AniflaL^ fli^vant les mum d*Or léans et cela : < au moment ou le cotinigr de ^^ habii&nts fortifiait par le brait qui s'y était ré|iaTi4ti qu'une jeune fille des Marches de la Lorraine, fn^rompntînre de deux gentils hommes et de ses deux frères ^^e nnidnit h €)iinoïi« aoiiOQ^^aiil qne par permission divine, elle venait pour lairc le siê^ d'Oriéans. >

Cette jeune flUe c'était Jeanne d'Âi^.

Nom l'avons dit, notre inteatk«a tie peut être de reprendr k récit des hauts faits gravés dans Unrtaslas nésMiim; « dant la levée du siège d'Orléans étant TévéïiMMit q«t surtout nous préoccuper en ce rnomant, i mnèter notre attention sur Théroîque et toudianfe filé de cette jeune fille des Marches de la Lamttie» el«wfat nature de Tuispiration à laquelle elle a cédé dans Faiw^nmpiii , semant de sa mission.

Jeanne d*Arc ferme la liste deceshérosderantiquilèqpd^navs Tempire du sentiment relifrieux poussé jusqu'à Taithonsîasme, ont consacré leur vie« jusqu^à en faire le sacrifice, au saint d'une cause quHIs cn>yaienl jusle el sainte.

Tous, en acoeplaiil celte tâche iHorieuse, à quelque culte, à quelque religion qu ils appartias&^nt , ne Tout acceptée qu'avec la ci^nviction qu'ils obéissaient à une impulsion divine.

Les hên\s du paganisme i^llaient plus loin : ils s'offraient en victimes expiatoires, |>o«r apaiser les dieux.

En allant au c«>nihat dans ces disp<>sitiotts. ib s'engageaint à y trouver la mivrt : el si, par le hasanîl des actions de cette nature^ ils échappaient à la mori, ib étaient enterrés en eHicie, et à leur pîa^v un taun^au sans tache était sacrifié.

L*'^ hery>> dt^Th» nib'jnlt^-, jivaiiI dt* quitter LaordèaMMie et de se nHKlf\' à cet etfv^ît |«ass^e eu petit DOMbt>^ pour eombattry" un«^ înnoml^rjible arm<>e. hiMK^rètefit le tr«|ias de lenr chef et le leur |vAr %les ^\ «errier'' qui n^étaîeat qa'i

mutiie funèbre religieuse, célébrée sous la présidence et avee le concours îles prêtres {Anaî'charsis,)

t¥}0 combattants ne pourront arrêter l'ennemi, cHsail-on à Léooidas : 800 t)Wmi^^ suffisent h l'honneur Je Sparte, répondit eelui-ei.

Loi-sque Gurtîus et les Derîus se dévouèrent pour le salut de Rome : ils s oiTraient en victimes aux dieux infernaux.

Ils exprimaient ce vœu dansde^s formules consacrées pour ces solennités prononcées sous la dictée tki pontife et qui se terminait ainsi : « Je déclare me dévouer pour la république du peuple romain des Qtnrite^, pour Tarmée, les lég-ions, les auxiliaires ihi peu[ile romain et avec moi, je dévoue les légions et les auxiliaires des ennemis aux dieux mânes de la terre. »

Eléazar, Irêrc de Judas M ace ha liée, en se faisanL écraser sous le poids de réléphant qu'il tuait croyanl qu'il ferait périr loiiiâi le roi Afitiochus, se donnait en sacrifice, en victime^ pour le salut du peuple de Dieu.

Tous manifestera ierd cc^rtainemcol un grand é Ion ue nient et même une grande indignalinn si, revenaut daii:^ nos sociétés modernes, ils entendaieut considérer letn-s actes héroïques comme ayant été étrangers à la relî|L;ion de leurs uation^» comme le résultat é\\mt philosophie dépourvue de sanction relip:ieuse.

Comme etix obéissaient, li^s uns aux dieux de leurs patries* Eléazar au dieu du peuple qui par l'intermédiaire de Moïse avait reçu sa loi, Jeanne d'Arc obéissait aux inspirations du Uieu qu*rin lui avait appris à connaître, à aimer, à servir-

Aussi ces grands mouvements de Tâme qui élèvent i*huma-

fnité au-dessus d'elle même, dans l'antiquité comme au moyen

[âge, accomplis sous la niénie influence, se sont transmis de

Biècle en siècle daris la niénie forme littéraire, celle de la

iJégende.

tais cette forme loin d*altéivr U- sentiun'nt Muquel ces ima-

aations accessibles à rentbuusiasnre religieux, ont cédé, n'en Bt que la justiiicaliou.

C'est pourquoi les quelques penseui-s qui essaient de séparer

Tes actes de la Piicelle d'Orléans du mobile chrétien au ^ elle a exclusivement iibéi, et de séparer Ttiammage qui lui est dû des formes liturgiques de la religîoa chréticane  laquelle elle appartenait, commettent la siogulière cootradiction de célébrer un héros en affectant le mépris du seoUmeiil à rinspiration duquel il est devenu un héros; en im mot en rejetant la cause qui a produit Teffel devena le sajet de leur respect et de leur reconnaissance.

Cette cause a été recherchée ; on a cra la reoeontrer dans le sentiment de patriotisme, dans un dévouement sans bonnes à la personne du prince; et ai, on a parlé de rexaliation du senliment religieux, porté jusqu'à rexalUitiou dans l'cspril de Jeanne d'Arc, ce n'a été que pour rappliquer, plus spéeîalfiiiieiil à la conséeralion du pnocipe de la légiliaiiiè ,en géoéral « alors persouaillé par le Dauphin Charles Vll^ et, par coosé* quent, de Tordre de rhérèdité du trône, dans la race royale*

Pour justifier le sentiment patriotique on s^eal efTûrcé d'éla* blir, par d^ recherches topoçraphiques les plus minulteiases, que le lieu de la naissance, Thabitation de Jeanne étaient sur la ttrrt française, que les habitants du petit bourg de DMmrêmji dans ces temps de divisions entre la maison de Frmnee ei la maisoii de Bourgiigne, letiaient priar ta maison de Vïïwace.

Or m cité* dans le procès et coodaniiayoB et dans lea «bii* vrc& lijilûrî^««8 les plia reconoMndaMfs, les ri^es qui â*élevaient entre les enfants de DomrêniT et Us enfants de Maxeî, villaire Lorrain de ta nve droite da la Meiise^ ceux-ei lennnl pour le B4iargiH0:iion.

On a |Hirié de murst^ des garnisons Irançsiw . de Vancau* lenri rara|;eanl la Champai^nr, ei de ceiks de» Ai^k^Bour» gnî|cnotts atennçanl Vanctmlettrs. dn graiji'j rîllrst clinm|ie- Boîsas qui, après la WlaîBe €k Temenîl, nfiTrirent des aeoonni au régent ani^lais; dfttttn éea hafailanls de l^unnrmr qui. lotn de paellseracTee les bandes ennemies, Ai]Faie&t à Irurapproclie.

On a «Et qne em seènes de IronUes et ée terreur araieni tmi

sur la jeaite Slle i

I ine€»c«hle : « Qu Wle écanUil,

palpiUnl, ka jtmx en plants^ les

ffécsis

qu^înaîsRit à la veilloi! sur l«\s calamités du lieaii myaum^e France, du royaume de Jésus. >

« Et qu*alars un senliinent exclusif, iiniqiu", h pitié et 1 amour de la patrie emmhissnit /mm à peu Iniit entière celte âme passionnée et profonde (1). *

Si on cxaniin^a de sang froid TùtaL politique de la inonarchie et ilu royaume de Franco, à ce monu'nt, on verra à quelle mécoonaissanee de ci'Lle srliialion on arrive lorsqu'un a écrit ces lignes et adopté celle explication des sruLimeuls qui ont dirigé Jeanne d*Arc,

Le mot patrie n'avait aucun sens général, à cette époque, et le beau royaunte de Frauee, ce royaume de Jésus était, sous Tabus de la constitution féodale, et pur la cruauté et la dépravation des fanïiilesi princières^ tombé au dernier dege*é de la miscro et de l'avilissement, la famine était à Paris et les loups venaient y enlever les petits enfants.

La patrie alors ne dépassait pas les murs des villes, les provinces retenaient pour elles seules le nom de nation. Dans les universités, les écoliers venant des diverses parties du Icrriloire de la monarchie, justiliaieut cette proposition, d'ailleurs incon, teslable, elles se disaient : la nation picarde, la nation de Champagne, Germanique de Lurniine et même de France,

Jusqu'au traité de Westphalie, la nation germanique et celle de Lorraine' ne formèrent qu'une nation à runiversité d'Orléans.

Oîi donc était la pairie, la Fran<x^ quand Tile de France seule portait ce nom?

Où était le beau royaume de France quand le duc d'Orléans était assassiné dans la rue Barbette par les sicaîres du duc de Bourgogne, et quand Jean sans Peur était assassiné sur le pont de Montereau, par les sicaires de Théritier de la couronne?

Quand le roi Charles VI, en démence était sous la tutelle de SCA frères el que le lit nupliul élail, ouvertement souillé; quand depuis lanucc 1437, le royaume était faiblement dis-

(Ij Heari Martin.

puié au pillage dês Anglais auxqueb le Iratlé de Trojf» finit par le Ittrer?

Gommeot une jeuoe Hlle rcpréscolèe, ce qui esl dereoti très douteux, conitue étaul née dans tme hunible famille ife cuIltTatrurs deâ Miin^bes di; Liirmiue^ aitratl-t^lf^ pris au uotu fie la patrie, l« parti de chasser les Anglais *|ui earaJiiiSMkal un pajB ri de rèlalilîr §ur s*>q Irûfie, un roi qui oV'Uit pai le sien ?

Les kîsioneQs ou pnncgynstf:* ^* M*r\ i i - -j im-

pressions qui ne petiveiii s'appliiiuer i i :^ ^n

a» însUluUens de c^ IrmpSt si diflenfots i|

écri%-eiil, où ils parlenL

Auasî le niéuie auteur sur l«qael nous nova arrèloiia* ra ee inoiiMUil^ coaiine elant le plus rèoeul de tom^, ei ootnine féstunanl lûut ce qui s'est dîL pour a|i[irmer et expliquer les actes de la Tie de Jeanne d*Are. essûe-t-il de pénétrer plus aT«nt dans œ qui, sans doute« lui paraît un mystère jusquwi réïtê sans Hilalitin*

Dédaigitant liDfpimliou di^inr ri r - u j jt- cri

amour de la (Mitne d** peut avoir exvr- 1 1 «u lui

attribue pendant Tanardise féodale, U l^i remplace ebea la fMdIe dXM^mptar le 9ommmmtmii$mm mû arii^kiei^ soêt

Ce n'était pas ta peme dTalwnilitnner le motif â laonfonne à i^élat inlelfeeloel des popdbiioos dwiticms éc ces teaqie, pour lui substitaer on sjalêflM ] ta^e encore le monde saTsatenansigimml i qa'oo ne peal le c— aidérar comme ajanl ipmnde nooModatatip des s^rstèmns ackntiliqeea dn aof i

Si «le Tamoar de la patrie ua pâme à l'ammir «la j la l^itimiié qui lierais la rrstaamlma de lSI4Jasq|a^àla ré-

riiwliiiii I Irrw ■ fil I ■jilnirniipslilin psmuiiBw i ji i

M attnbgmaidecbaqne— éa^éMsIat dfOricaaa, ecrildaitslouff ksjonraaaatt j .faes ée eetle phase 1 damié 4 I miertanliaa 4e nèraiae d<^ M-irclh^ de U ÎMrrmism M fatae ei mém

Les grands tenanciers qui se divisaieiiL le territoire de la monarchie prenaient peu de soucî de la légitiniilé des princes de la maison royale.

L'hérédité des boue fieet^ arractioc à Li fîii blesse du règne de Charles le Chauve, par la eraiate îles alliances que pouvaient *aire leurs possesseurs avec les Normands, avait réduit le roi de Franee à une bien médiocre position au milieu de celle division des provinces.

Ce prîmus tnfer imres était descendu :m niveau sinon le plus inférieur, au moins le plus précaire parmi ses égaux : ses pairs.

Bien plus^ les elTorU faits par le roi pour relever le principe raonarcliiqtie de son abaissement semblaient aux possesseui^s des grands liefs une violation de Fédit consacrant rhércdité, un empiétement sur leurs droits, une usurpation qui rompait le contrat féodal.

Ils allaient jusrpi'â se considérer dans leurs alliances c*ulr*eux et même dans leurs allîjinoes avec les grands tpaancii^rs des états étrangers comme étant dans le cas d'une fégitime défense; et cette manière de voir n'était pas, seulemcrd;, une subtilité ; comme ijuestion de droit salien, devant un tribunal Indépendant, elle aurait pu juy* valoir.

La terre féodale était donc exclusivtî du mot Pairie. 11 n'y avait donc plus pour expliquer raction de Jeanne d*Arc, que le mol nationalité, bien peu sonore pour une jeune gardeuse de moutons, filant sa laine dans les champs ou au Ibyer prés de sa mère, et habitant les Marches partag;eant deux étals limitrophes et, par conséquent n^appartmant ni à l'un ni à Fautre ; car dans Tancien droit on appelait marches les [kiroisses situées sur In limite de deux iu*ovinces, et dont les habitants étaientjustïciables des juridictions de tontes les deux ; la première juridiction saisie excluait l'autre,

I>érmition bien idus frappante lorsqu*i! s'agissait d'ex[n*imcr la ligne séparative de di'ux états, étrangers l'un h l'autre et le plus ordinairement divisés par la rivalité ou même par rhoslilité.

Et d'aiUeurs le gentil Dauphin, élait-ïl le lils du roi : grave

qucâtioD que le traité de Troyes aidait h résoudre pour la mgative, moiûs encore peut être que IVHat douloureux du roi ot les scaiidîiles de l'Iiôte! Sîihit-PoL

A quelque point de vue ([n'on envisage la situation de Jeanne d'Are h Têi^'nrd des afTaires et de l'état de la France, aucun motif iiuinaiu ne pouvait lui inspirer la mission qu'elle a acceptée et qu'elle a accomplie.

Nous reî^lrins don*i en présence fFiin oÏÏgI sans cause ; mais comme eek est iinposslLile, et que d'*iilIoiirs la cause que nous atlribuons à cet elTet eonsisle exclusivement dans une inspiration divine qui s'est inanifeslée dans toutes les démarches et dans toutes les actions constitutives de ce drame qui n*a duré que quelques jours, il nous semble qu'on doît considérer la délivrance d*Orléansdansles conditions où elle a eu lieu comme méritant la qualification de mirade sous laquelle nous aurions pu en placer le récit sommaire et rupide.

Et comme il fallait une bnse pour rétablir le monument de la nationalité ébranlée, elle la rencontre dans le nom du roi réhabilité par le sacre de Reims et par la ruine des entreprises orgueilleuses et injustes de rAnglelerre,

C'est pourquoi ceux qui séparent l'action de Jeanne d'Arc des sentiments religieux et la considèrent seulement comme rhéroïne de la patrie ou comme une sorte de célébrité popuaîre, n'ont pas vu que cette scission n*est pas plus possible pour rhéroïne du moyen-Age, qu'elle n'aurait été possible pour les héros du pagiiuisuie ; ils n'ont pas vu, qu'il n'existe d'ailleurs, aucun inléréi moral, aucune susceptibilité appréciable de système, qui puissent engager k disputer le véritable type de cette belle médaille tVnppée au coin du moyen-âge.

Ne fût-ce qu'nu (»oint de vue historique et artistique, on ne saurait y toucher sans commettre un acte de vandalisme.

Jeanne d'Arc n'appartient pas a Thistoire nationale si elle n'appartient pas au christianisme ; elle n'est plus qu'un vil nslrument dans les mains d^habiles imposteurs. (1)

Celte proposition est à ce point frnppante que pour tous

(1) Voir Vallet de Viri ville au chap. du petit berger de Meadô,

ceux qui ae placent au point de vue chrétien et même pour ceux qui ne se placent qu'au point de vue de rhistoire du christianisme, Jeanne d*Arc est une sainte,

Uéglise sollicitée par un illustre évoque d'Orléans, Mgr Dupanloup, de béatifier Théroïne, en est encore à une enquête.

PL*enquéle, elle a été ouverte le 8 mai 1429, sur le pont de la ville d*Orléaos, et close le 31 mai 1431, au bûcher allumé 9ur la place publique de Rouen.

L'héâitatioQ de réglise doit étonner tous ceux qui ont lu la Légende dorée et la Fleur des saints.

Cette hésitation a des conséquences regrettables et dont Tin-

Ouence sera durable ; elle semble mettre en doute la fourberie

de la dame des Armoises, celte fausse Jeanne d*Arc, aidée

dans son audacieux mensonge par la mère, elle-même, et les

■frères de la \Tare Jeanne d'Arc, (i)

Cette hésitation invite à en rechercher la cause ; elle permet de la trouver dans une suspicion dliérét>ie empruntée aux mots Jésus Maria peints sur la bannière de Jeanne d'Arc, et dans le souvenir de ses relations avec les frères mendiants, représentés auprès d'elle parson propre confesseur, el ses prêtres dont elle se faisait suivre, et par le frère Richard. (2)

Mais séparons oous de ces accessoires, hâtons nous de rêvenir au siège d'Orléans, ce témoignage bien plus irrécusable que tous ceux qui ont été produits, jusqu'ici, et que tous ceux qui le seront dans la suite, manifestant dans sa simple mais éner-

0 (1) Ou Ut daEB ua dictioaaaire encydopêdique récemment publié : ' t un frère de Jernone d'Arc reçut près OrléaDs ud petit domaine, Tile aux bœufs, d'un revenu ai insignifiant qu'il se mit à la solde d*une dame des Armoiaes, et Ût semblant de reconnaître en elle, sa sceor, afin de tirer d'elle quelques resaourcesM, Vallet de Viriville paraît avoir ignoré ce qui concerne te plus proche parent de la Pucelle. » En cela l'auteur de ce texte commet une grave erreur ; rapparition de la fausse pucelle appartient à l'année 14345, et la donation do Tile Charlemagne à rannee 1443.

(2) Nous croyons devoir nous borner à renvoyer au procès de condamnation publié par M. Vallet de Viriville accompa^é de notes trèi étendues à ce sujet, pages 11, 230, 231, et 23îi, du texte, XXVIL et LXi. et suivante» de l'introduction*

gîque évidence la source où cette naïve^ mais intrépide jeune | fille fl puisé son autorité, sn force et sa puissance.

Ce fut le 29 avril 1429 que Jeanne entra dans la rfllel d'Orléans.

Elle avait fait part de son intenliond'exêcuter lu mission que Dieu lui avait inspirée de faire lever le siège d'Orléans et de faire sacrer le roi à Reims, au sire de Baudricourt capitaine des marches de Lorraine, dans le bourj^ de Vaucouleufs.

Celui-ci eoD sentit après lui avoir fait éprouver quelques rebuiïades à raccompagner chez le curé de Vaucouleura.

4Cet ecclésiastifiue craignant qu'elle ne fut en relations avec le malin esprit, eut la précaution de placer son étole enir'elle et lui ; mais rassuré par la Iranquillité avec laquelle Jeanne 1 avait considéré Tétole. il décida Baudricourt à la traiter avec plus de bienveillance ; et pour cette fois elle revint à Vaucouleurs accompagnée de son oncle { 13 mai 1428),

Son départ pour Chinon où était le roi fut bientôt décidé^ elle se rendit dans cette ville protégée par deux gentilshommes ; Jean de Nuvelumpont et Bertrand de Poulengey qui, eux mèmeft^ ] étaient accompagnés des deux frères de Jeanne» Jean et Pierre.

M. Quicherat fait observer que ce dernier était déjà désigné sous le nom de Dalis^

Vun des érudits Orléanais qui s'est le plus, dans ces deniers temps, occupé de Jeanne d'Arc et de sa famille (l)a[relevé dans plusieui*s clirûiii(|ues et, particulièrement, dans celle du greffier de l'hôtel de ville d'AIby cité d'ailleurs par M, Quicherat et le journal du siège, que les père et mère de Jeanne assîstèrcQi i la première audience que lui donna Charles VII.

Ces détails contrarient singulièrement ce qui a été dit du sentiment qu'avait manifesté le père de Jeanne loi^squ'il apprit son intention d'aller trouver le roi et de se mêler avec des gens d armes» disant qu'il aimerait mieux la voir noyée.

La première entrevue entre Jeanne et le roi eut lieu le 7 mars 1429.

Nous ne suivrons pas Thérome pendant son séjour dans ces

(1) M, Boucher de Molandon,

cbotrées : à Fîerboîs, à Poitiers^ h Tours et même à Blois où elle était le 28 avril, se dirigeant sur Orléans; nous croyons ne devoir nous réunir à elle que lorsqu elle arrive dans cette der* nière ville, suivant la rive gauche de la Loire.

Elle était accompagnée dans cette marche de son chapelain et de ses préti^es; précédée de la bannière que le roi loi avait donnée et sur laquelle, à Tours, elle avait fait peindre les lettres Jestts Maria,

Elle avait à ses côtés son écuyer, portant son étendard, ses olïiciersj ses serviteurs et rarchevôque de Reims, ses deux frères; elle était suivie de chevaliers, de capitaines de l'artillerie et des vivres contenus dans GO chariots, de 400 têtes de bétail et de 3,000 hommes environ.

Il ne faudrait, cependant, pas considérer cette troupe commib composant une armée ; à cela près de quelques écuyers et archers, elle consistait en paysans des communes d*Abat (i), ainsi que nous l'apprennent MM, Mantclïîer et Quicherat (2).

Le convoi destiné pour Orléans, mais dont la troupe accompagnant Jeanne d'Arc devait singulièrement réduire les avantages, pour les habitants et Tarmée, arriva sur la rive droite du fleuve en face le bourg de Chéey.

Mais déjà les populations françaises et Tarmée anglaise étaient sous Tinfluence que les mœurs et les croyances de ces temps expliquent et justifient.

Les populations fran<,mises en éprouvaient un saisissement mêlé de foi vive, dVspérance et de respect; les Anglais un sentiment d'épouvante.

t Le bruit des choses extraordinaires qui se passaient À Chinon, à Poitiers, à Blois étant pan^nu dans les murs d'Orléans et dans le camp des Anglais ; les Orléanais renaissaient à Tespérance ; les Anglais qui n admettaient pas que Jeanne put être renvoyée du ciel eommengaieot à croire qu elle pouvait bien être l'instrument de Tenfer, et Tattente de cet ennemi surhumain répandait, parmi eux, une vague terreur (3). ■

(1) De la BasAO-Loire*

(2) D'après le témoignage do Thibault d'Armagnac, bailli de Chartrëd.

(3) Henri Martia*

C*est aîûsi que, d*uûe manière vraiment miraculeuse^ "lë~ convoi ijui, de Chécy, devait descendre la Loire pour pénétrer dans la ville, mais qui, en même temps, devait passer sous les yeux des Anglatà garnissant la rive droite du fleuve, franchil cette distance sans que les Anglais, comme paralysés par la crainte^ aient pensé à s'y opposer.

Et, cependant, il fallut faire remonter des bateaux de la ville à Chécy, et attendre que le vent qui soufflait de Test à Touest, damont en aval, soufflât en sens contraire, ce qui arriva brusquement aussitôt après que Jeanne eut prononcé ces mots : < Nous mettrons les vivres dam Orléans^ à notre aise et les Anglais ne feront pas semblant de rempécher (JoUois)*»

11 est vrai que les braves habitants d'Orléans pressèrent les Anglais de si prés, dans leur fort de Saint-Loup, qu'ils leur enlevèrent un étendard, et qu'à la Taveur de cette diversion^ les chalands remplis de blé, abordèrent à la grève de Saint- Aignan, où ils furent débarqués.

On a raconté ce fait autrement: les vivres que contenaient les chariots venus de Bloîs, arrivés à Chécy, auraient été trans* portés au moyen de barques de la rive gauche à la rive droite, ce que la baisse des eaux rendit facile ; et prirent ensuite, par terre, le chemin de la ville.

Cette divergence d'opinion est alimentée, par M. JoUois, dans une longue et intéressante discussion ; il se prévaut, à ce sujet, de l'opinion de M. de Barante, auteur de V Histoire des ducs de Bourgogne,

Il invoque aussi la déposition de Duuois, dans le procès de réhabilitation, auquel on fait dire, en parlant des voitures du convoi qui traversèrent la Loire : Elles passèrent au-delà de TégUse de Saint-Loup, malgré les Anglais; Transieruni ullra ecclesiam sancti Lupi, invitis Angeicis.

II cite également l'upinion de M. Berriat-Saint-Prix qui se décide par cette raison que < si les vivres et munitions avaient descendu la Loire, dans des barques, pour se rendre de Chécy à Orléans, on ne peut admettre que les Anglais, qui étaient maîtres de la Loire, fussent restés dans Tinaction, lorsqu'il leur en aurait si peu coulé pour agir-

Maïs, d'une part, il semble qnf* M. Jolloia ne tient pas assez compte d*abord de ce qu*il appelle ïescarmouche que les Orléanais engagèrent avec les Anglais occupant la forteresse de Saint-Loup, qui les ernpôelia d'allaquer les bateaux descendant de Chécy à Orléans, et de celte torpeur, signalée par tous les historiens, dont les actes de Jeanne d'Arc avaient frappé les Anglais.

Et eniin ces écrivains ne savaient pas que celte circonstance très grave du siège d^Orléans est justifiée par la mention des comptes de ville de Tannée 1428, constatant que « le blé provenant de ce convoi, amené par Jeanne d'Arc, a été déposé dans les greniers de deux bourgeois d'Orléans, MM. Boisleve et Gillet-Gueret, loués, à cet effet par les procureurs. •

Mais ces détails semblent imIilTérents; que ces denrées soient entrées en tout ou en partie par le cours de la Loire ou par le chemin qui lui était parallèle et alors ne pouvant être que péniblement parcouru et conduisant de Chécy à Orléans, il est constant qu'elles y sont entrées.

Comme les Anglais étaient encore plus puissants du côté de la terre que du coté du fleuve, cette fameuse artillerie qu'on «emble assimiler à celle de notre temps, étant loin d*avoir une portée et une justesse de direction suitlsantes pour atteindre du haut d'un mamelon assez élevé, des bateaux au large sur ce fleuve non encore resserré par ses levées , le passage de ces denrées, d'un côté ou de l'autre sans opposition de la part de Tennemi, ne peut-être attribué qu à Tinquiétude que lui causait la présence de la Pucelle, prête à pénétrer dans lenceinte de la ville.

Jeanne avait été prendre quelque repos dans un château féodal appelé le Reuilly, situé un peu au-dessus, dans l'orientation nord, du bourg de Chécy; elle attendit en ce lieu, la soirée pour faire son entrée dans la ville.

Escortée de fOQ lances ou hommes d'armes, commandés par le maréchal de Boussac qui n'avait pas voulu la quitter, ayant auprès d'elle le bâtard d Orléans, elle se dirigea vers la ville où elle entra triomphalement, sans que les Anglais aient fait la moindre tentative pour troubler sa marche.

Ban» le trajet de la vieille porte Bourgogne à Thèiel où elle était attendue» l'un des porteurs de torches ayant approché la sienne trop pr^s de l'étendard de Jeanne, qui s*enflaroma, celle-ci pique son cheval, tourne jusqu'à lelendard et éteint le feu êi genthnent qtte si elle eut longuement suivi la guerre.

Les habitants, en foule, tant hommes que femmes et petits enfant, la regardaient moult {très, beaucoup) affectue^isemmt et y avait moult merveilleuse presse à toucher à elle ou au cheval sur quoi elle était : plusieurs croyaient i^oir un ange.

Le cortège s'arrêta à la porte Dunoise, à ThôLel de Jacques Boucher ou Bouchier, trésorier du duc d'Orléans, où son logis était préparé (i).

Nous ne nous attarderons pas à raconter de nouveau toutes les paroles attribuées à Jeanne d'Arc pendant son séjour dans la ville qu'elle allait délivrer ; la sténographie de nos jours ne serait pas plus exacte à conserver ces mots naïfs et, cependant, énergiques et sentencieux que ne l'ont été les faiseurs de chroniques et les témoins du procès de réhabilitation qiy les ont répétés, à ce qu'il paraît, mot pour mot, après plusieurs années écoulées, comme si ces mois eussent été écrits au moment où elle les prononçait.

Nous ne nous attacherons pas davantage à ces révélations des faits qu'on voulait lui cacher et qu'elle ne pouvait connaître que par rintuition merveilleuse lui venant de ses extases.

Tous ces récits, rapportés avec une complaisance singulière par ceux-là môme qui, certainement, ont quelque peine à y

(1) Après avoir abrité une înBtitution religieuse de l'ordre* de l'An- Donciade cette maisoD a été remplacée par une autre qui n'a rien de commun avec elle ; on j montre encore cependant un petit aaloQ aa rez-de-chaussée que Ton représente comme ayant été la ohambre où Jeanne d'Arc a couché ; mais lea dispositions de cette petite pièce, lûiû de juitifier cette destination, en démontrent rinexactitude.

croire, ne peuvent trouver place ici, hàtons-nous d*arriver aux

grands jours de la dérutiLe des Angfois, aux 4 et 8 mai 1429/

Nous ne pouvons négliger le premier» qirfMrjif'fi vrai dire il ne puisse entrer dans le nombre des hauts faits de Jeanne d*Arc, si ce n*est en considération de l'ardeur et de la confiance qu'elle inspiniit î\ tous ceux au milieu desquels elle se trouvait, cl à cause de l'iiiOuence décisive que cette journée a exercée sur ce qui s'est passé quatre jours après.

Le bâtard qui s'était rendu à Bloi» en revenait par le chemin de la rive gauche de la LoirCj protégeant un convoi considérable de vivre et de munitions.

Jeanne, à la tète de 508 hommes d'armes, accompagnée de Lahire et autres chefs de guerre, va au-devant de ce convoi pour le défendre s'il était attaqué par les Anglais de la bastille, de Saint-Loup, en se rendant de Chécy à Orléans,

Le convoi passe sans le moindre mouvement de la part des Anglais.

Mais déjà la destruction de cette bastille, à l'insçude Jeanne, était arrêtée dans la pensée des chefs de la défense d'Orléans.

Ce dessein fut, en elTet, exécuté dès le lendemain ; Jeanne venait de dîner chez ses hôtes, elle reposait sur son lit, lorsqu'elle vit couler le sang des blessés dans l'attaque commencée de la bastille*

On lui avait dissimulé ce combat en lui annonçant, quoiqu'il n'en fut rien, l'approche d'un puissant secours arrivant aux Anglais, sous la conduite de FaîstoiT, Tun de leurs plus vaillants capitaines.

On a fait remarquer que l'assaut donné à la bastille Tavait été avant que Tordre en eut été donné ; que le trouble de ce qui se passait à la vieille porte Bourgogne n'avait pas interrompu le calme qui régnait dans le quartier où se trouvait la Pucelle, à ce point que 1 action se serait passée sans elle si, pendant son sommeil, ses voix saintes ne l'avaient avertie.

Mais aussitôt, maugréant son ccuyer, et montant achevai, elle arrive à temps pour ramener les combattants de Tattaque qui commençaient à plier.

Quellcque soit la Qdélitôde ce récit qui comme tous les autres,

ainsi qae le Tail remarquer M. Qtiiclierat. totirneni très facilement à la légende « le combat reprit avec une aouveUe ardeur et la bastille de Saint-Loup est perdue pour les aaaiégeaiits.

Les Anglais de la bastille Saint-Laurent, 8*empresâeat de venir au secours des Anglais de la bastille de Saint-Loup ; il était déjà trop tard, les combattants de celle-ci Yaincus, sonil mis à mort ou faits prisonnier au nombre de deux cents et la fumée et les flammes de Ttncendie de la bastille averiisseni ceu% qui venaient secourir ses défenseurs qu'ils n'ont d*aatiii1 parti k prendre que celui de retourner 8*enfermer dans leurs quartiers qu'ils venaient de quitter.

Ce succès était presque décisif; les secours annoncés anx Anglais n'arrivaient pas ; la vive droite de la Loire était dégarnie dans un espace de plus de deux lieues ; le ravitaillement de la ville par la voie de terre et par la voie du fleuve devenait absolument libre ; la disparition des ennemis de ce côté permettait la concentration d'un plus grand nombre de combattants sur un point donné, puisqu'on n était plus obligé d*en distraire une partie pour surveiller les mouvements de ceux qui venaient de s'éloigner.

Tout était donc parftutement disposé pour que Tarmée détensc put être employée à l'attaque du fort des Tourelles.

Jeanne d'Arc, avec une grande justesse de coup d'œil, que si on pouvait réussir dans cette entreprise, la liberté pleine et entière rendue à la rive gauche avait pour conséquence la délivrance de la rive droite et que le siège serait levé.

Aussi, dès le 6 elle proposa aux habitants de marcher h leur tête pour attaquer le fort des Tourelles.

Ce fort était, ainsi qye nous Tavons dit, protégé par un boulevard entouré d'un fossé rempli des eaux de la Loire.

Jeanne donna les ordres les plus prévoyants pour le succès de sa tentative accueillie avec enthousiasme.

A ce moment les Anglais de la rive droite, découragés concentraient tous leurs efforts de ce côté.

Jeanne se rendit donc pendant la nuit du 6 au 7 mai sur la rive gauche, en passant la Loire à la hauteur de Saint-Jean* le*Blanc ; c'esl-a-dire qu'on s embarqua devant IaTour>Neuve, ei

qu'on atteignit faeilemeiit un bras de la Loire qui séparait Vile Charlemagne, de la rive gauche, par on espace si étroit que deux bateaux mis eu ligne, sufLisaicnt pour que cet espace fut franchi.

Mais les Anglais occupaient, sur cette rive gauche, deux bastilles très voisines l'une de Tautre, et toutes deux très rapprochées du fort des Tourelles.

L'une à Saint-Jean-le Blanc, l'autre au couvent des Augustins située rue du faubourg Saint-Marceau.

Ceux qui occupaient la bastille des Augustins voyant les préparatifs du passage de la Loire, appelèrent à eux les combattants occupant la bastille de Saint-Jean ; et ces derniers avant que le passage fut efîectué et après avoir mis le feu à leur bastille, signe de désespoir de bon augure pour le succès de Tattaquc qu'on allait tenter, se réunissent à leurs compatriotes de la bastille des Augustins.

Ces deux corps de combats réunis se décident à une sortie pendant laquelle une panique s empare des hommes d'armes de Jeanne sur ce bruit, circulant au milieu d'eux, que les Anglais de la bastille de Saint-Pryvé venaient au secours du fort des Tourelles.

Ce bruit était en apparence, très fondé, car c'est ce que les Anglais auraient dû faire ; loin qu'il en fut ainsi ^ ils a%'aient fait passer la Loire à leurs soldats campés à cette bastille de Saint-Privé pour les réunir à ceux occupant la bastille de Saint- Laurent, dégarnissant ainsi, au moment où elle avait le plus grand besoin de secours, la rive gauche, 'au profit de la rive droite.

Cependant ce mouvement quclqu'illogique qu'il semble, avait causé cette panique^ les combattants qui suivaient alors Jeanne craignant que les forces réunies à la bastille Saint-Laurent n'entreprissent de profiter de ce qu'ils étaient occupés au midi, pour s'emparer de la ville par un combat livré au nord.

Mais cependant le transport des soldats Anglais de la rive gauche à la rive droite se fit avec une précipitation attestant lo trouble dans lequel les mettait k présence de Jeaane-d'Arc.

Le lendemain on trouTa sur les grères el dâss le lii de U Loire tin grand nombre de ces soldats noyés pendant le irajis bordement,

La panique des Orléanais fut de courte durée : ralliés par l'autorité de Jeanne, ils la suivent contre les deux garnisons réunies et ils les contraigirent à re^gner la basUHe dei Augustins.

Cependant les chefs de guerre* réaistaienl tiioof«t ib croyaient prudent de s*en tenir à ce premier succès ; ils craignaient encore que Talbot et SufTolk n'attaquassent la ville pendant qu*on serait occupé à enlever le fort des Toorelles ; Jeanne entraîna ses compagnons d'armes.

Quoique blessée assez §rrièvement, après un pansement opéré dans une vigne voisine elle revint au combat, elle avertit ses soldats qu^aussiti^t qu'ils verraient flotter sa bannière vers le fort, qu'Us eussent à reprendre leurs armes, e$ qtie le fcri serait à eux.

Tous se précipitent sur le boulevard, car avant tout il fallait remporter; il était défendu vaillamment par les anglaiaaovs les ordres de Glansdal ou Glacidas.

Celuî-d réduit à chercher, avec les aiens« un refuge d^ns le fort, veut passer le pont qui réunissait le boulevard aux Toure11e« ; mais les habitants de la ville avaient plaeé sous ce pont volant et en bois un bateau rempli de matières eombtts* tibles qu'ils enflamment ; et le fen se commimiquant an pont il s'écroule au moment même ou Glacidas et inut son monde le traversaient ; tous tombèrent dans les eaux du Oeuve oà ils trouvèrent la mort.

Les Anglais qui oecapaient encore le fori^ pressés par les habitants restés dans la rOle pour la défèadee em ets de snrprîae, et qm accouraient sur le pont pour se joindre à ceux qui attaquaient les Tourelles^ et par les coinbatlanis son in conduite de Jeanne-d'Arc^ se rendent n'ayant d'antre sort à nUendre qne etM dTétre imuiilement enseweiis êtm$ i€S ruimes é€ cetie forteresse quils me pomvmiemt ni defemdre^ ni «tenéommer.

On s'est demandé ce qne faisaient Talbot et Snffolk à la téta

' de forces encore considérables et comment ils ont pu laisser leurs compatriotes combattre et succomber sans faire le moindre mouvement militaire pour les secourir.

Ills cédaient avec rabattement du désespoir aux sentiments qui éclataient dans le cœur des Orléanais avec des transports de joie. Chacun, dit un historien, répétait à Tenvi les merveilleuses /circonstances de la journée j c'était à qui en ferait les plus incroyables récits.

Les anglais étaient frappés de terreur, non pas de« faits guerriers qui venaient de s accomplir; cette armée régulière commandée par d'illustres chefs n'aurait pas reculé devant les chances d'une bataille ; mais VinspiréCy la visio?inaire les épouvantait.

Leur conduite le démontre avec la dernière évidence. Ils fuyaient devant le peu de français, sur la rive gauche de la Loire ; ils restent immobiles sur la rive droite ; et quand tout est perdu sur cette plage qu'ils ont abandonnée, en pré- ^sence des cadavres de leur» compatriotes entraînés par les ^Baux du fleuves ; après avoir incendié leurs propres bastilles ^^pompeusement appelés Paris et Rouen ; après une vaine démonstration ^ semblant de provocation au combat que les vainqueurs dédaignent, ils fuient en se dirigeant vers ses petites villes de Meu ng et de Beaugency,

La présence de Jeanne-d^Arc a fait, seule, plus que la bravoure des armées et des citoyens d'Orléans réunis.

C'est à son caractère purement religieux, considéré, il est vrai, par Tignorancc, comme l'inspiration de l'esprit des ténèbres, qu'elle chasse, devant elle, ces braves capitaines et ces soldats habitués aux souiTrances des champs de bataille.

Nous ne les suivrons pas dans les autres combats qui ne seront plus que des étapes de leur retraite, ni à Meung» ni à Beaugency, ni même à Patay, cette rude revanche du combat des plaines de Rouvroy Saiol-Denis appelée la journée des Aareiï^*; nouvelle journée qu'on peut appeler la journée des éper&ns, dont les anglais ont fait un si utile usage, pour fuir devant la pucelle d'Orléans, comme elle l'avait annoncé & Tavance*

Ces faits qui ne sont que la conséquence logique de la lerée du siège d'Orléans se sont passés en si peu de temps et ont rejeté si loin de la ville les armées étrangères et les événements qui intéressent son histoire qu'ils ne doivent plus entrer dans le cadre de notre programme.

Du 8 mai au 19 juin le territoire de la ville d'Orléans et ceux des principales villes de ses environs ont été délivrés de la présence des anglais, laissons-les s'éloigner et considérons Orléans au moment de leur départ, se remettant avec peine de cette longue, douloureuse et glorieuse épreuve.

Page 1