CHAPITRE VIII
Orléans depids la levée du siégej jusqu'au règne de Louis XI*
Noua avons traité succinctement la partie guerrière du iège, pour ne pas ralentir le récit par des détails et parce que nous n'avons pu considérer ce siège que comme une opération de blocus ayant beaucoup plus pour but de réduire la ville à se rendre que de la réduire parla force des arraes^
P[ 11 semble évident que les Anglais considéraient la possession d'Orléans comme le fait le plus définitif, après celle de la ville de Paris, pour la prise de possession du royaume; el qu'appréciant sa position stratégique, ils voulaient la garder avec ses moyens de défenses*
Cette observation se présente à Fesprit Iorsqu*àprès un aussi long'^siége, on voit que son enceinte de murailles et ses lours ont, certainement» moins soulTert de rartillerie des assaillants qu*elles n en ont soulîert des attaques des Normands.
A cette dernière époque oîi rartillerie du XV* siècle n*était pas soupçonnée, les murailles romaines furent tellement endommagées qull fallut qu elles fussent en grande partie rétablies, ce à quoi pour\'ut la générosité d*un de ses évèques nommé : Galtérius ou Gautier.
Après le départ des Anglais on ne vit rien de semblable.
tNous avons fait remarquer que, jusqu'au jour où il fallut en in finir avec le siège, les Anglais, eux mêmes, semblaient iJécouragés, qu'il n*y eut aucun combat sérieux et que les rencontres des assiégeants et des assiégés avaient plus le caractère de joutes que le caractère de véritables engagements guerriers.
C'est ainsi que, d'après le journal du siège, le dimanche 30
avril 1429» un combat eut lieu eolrc de jeuoes pages fr et de jeunes pages anglais dans la petite île de la Barre bart, combat qui fut à Tavantage des Français.
Il eut lieu à la fronde, et avec des pierres lancée» à la maioT les combattants avaient, pour armes défensives, des bouelieia d'oaier.
Les gens do guerre ne se mêlèrent, en rien, à ce coflib^.
Le lendemain les pages Anglais prirent leur reyanche ; ils eurent l'avantage ; il y eut des jeunes gens tués des deox cotés.
 ces deux dates, tl est vrai, ni U. Mantellier, ni M. JoUois ne parlent de cette espèce de passe d'armes ; le premier oc parle que d'une escarmouche^ près de Saint-Laurent.
Il semble pourtant que le journal du siège a dû être bien renseigné à Tégard de faits de ce genre ; et comme ce combat est en parfait acccord avec les mœurs de ces temps» nous pensons qu*il faut tenir compte de ce que nous apprend M. Lottîn, d'après ce document, justifié par cette circonstance placée, par M. Hantellier, sous la date du Sa février.
Ce jour là, un hérault d*armes envoyé par SuiToîk, porta au Bâtard d'Orléans, un présent de dattes, de figues et de raisins, et le Bâtard lui envoya de la panne noire que le général anglais lui avait demandée pour fourrer une robe.
MM. Mantellier et JoUois auraient-ils cru devoir passer som silence ce joule des pages français et anglais, comme pouvant amoindrir un événement auquel ils attribuaient une très grande importance militaire ? nous pensons qu'il en fut ainsi ; cependant M. Mantellier, sous la date du 6 janner signale une reii^ contre en champ clos qui devait avoir lieu entre six anglais et six français, et qui n'eut pas lieu parceque les anglais ne s'y présentèrent pas.
Malgré le silence de ces deux graves historiens sur le premier de ces deux incidents très accessoires^ mais très caractéristiques de la situation respective des combattants des deux nations, même en se séparant de l'exagération familière aux récits de ces temps, il est impossible de ne pas croire à celte lutte des pages français et anglais, que durent présider Uê héraults d'armes des deux camps.
Ces anecdotes ne sont pas les seules, elles sont accompagnées de quelques autres qui toutes, maigre leur naïveté, ont été accueillies par les chroniqueurs et même les historiens avec une curiosité non moins naïve,
»A ce titre nous ne croyons pas devoir les négliger : € Le 8 mars les assiégés firent une sortie et firent la capture d*une demoiselle et de six marchands qui se rendaient au camp des anglais, avec neuf chevaux chargés de vivres. »
Mais, bientôt, les anglais de la bastille Saint- Loup prirent leur revanche : c Le 15 mars ils se déguisent en femmes et feignant de ramasser des hiicheltes, ils s'approchent insensiblement des paysans qui travaillaient dans leurs vignes de Saint- Marc, en prennent une douzaine et les mettent à rançon. •
L'attention est aussi attirée sur ce maître Jehan !e Lorrain Mont il a été souvent question.
On rapporte que plaçant sa bombarde ou couleuvrine près du petit monument appelé ia Belie-Croix, élevé sur Tun des piliers du pont^ touchant au boulevard établi entre la porte du chalelet et le petit monastère de saint Antoine, maître Jehan le Lorrain» pointait son canon dont chaque coup portait ; que
(par moquerie il se laissait cheoir et emporter, comme s'il eut été atteint par les boulets de Tennemi, puis revenait à sa couleuvrine, à la grande risée des assiégés, j On ne peut, non plus, sans gaieté, se rappeler le facétieux ;bàtard le Bourg de Bar qui, après avoir été prisonnier des anglais j puis interné ou enfermé au Mans ou au château de Marebenoir, se retrouve, on ne dit pas comment, à la bastille Saint- Laurent, au moment où Ifle anglais sont contraints de lever le siège» et qui tout enchaîné qu'il était, force un religieux augustin, sans doute du parti des anglais, à la garde duquel il était conOé, à le prendre sur ses épaules et à le por- ^^ ter, ainsi, jusqu^à la porte Renard.
^P Cette scène semble avoir charmé les chroniqueurs et même
^^ les historiens Orléanais, il nen est pas un qui ne la raconte; et
un grand nombre de plana, de vues de la ville représentent ce
moine portant, sur son dos, ce brave guerrier, dans la posture
d'un homme à qui on a enlevé Tusage de ses membres, se diri-
géant de la bastille Saint-Laurent vers la ville oii tous les< sont attendus.
Si nous rapportons ces légers épisodes, ce ne pentr^tre que transitoirement ; il nous semble que nous devons passer plus rapidement encore, sur les menus détails relatifs aux mojtïo. employés, pour protéger la ville, contre les attaques de Ten* nemi.
Il nous a paru inutile d'entraver les récits des faits dominants par la longue énumé ration et la descrîplioo nÙQutieose des armes, des engins d'attaque et de défense, el des travaux de terrassement, de charpente, de maçonnerie, nécessaires en pareil cas.
On conçoit, facilement, que rien n*a été négligé el tout ce que la science de rîngénieur, Texpérience des che& de guerre pouvaient prévoir et accomplir, Tait élè^ dans celte circonstance suprême où le sort de la monan hîr. et plus encore celui de ta nationalité allait se décider.
Nous n*avons fait qu'indiquer cette partie deâ travaux du aiége ; mais îl en est une autre digne de plus d atteotion qve noua avons déjà touchée, sur laquelle nous deroos insister, el qui est VarUUerie^
Les administrateurs de ta ville, avaient fait fabriquer des lx»mbardeà, ou bouches à feu, au nombre de T8, approvisionnée de 4i2 pierres, du poids de 4, à 161 livrea.
Kous avons mentionné la principale qui^ avec son afièt» était d*un tel poids, quUl fallut atteler iî et même 32 die^iux pour la conduire de l'arsenal au pont.
Le nombre des artificiers ou artilleiin «mis a pm insuffisant pour ce nombre^de eaaims ou bomliurdes : avoua TU que U. Jolloia ne le portait qu*à 12; M. Maulellier, rencbérit un peu» sur c«s eauouiers et eea valets : il porte les premiers au nombre de 13, ce dernier était le fameux maître Jehan le Lorrain ; comme H. loUota, M. Mantellier accorde à eea treiie artilleurs plusieurs aides et vakls.
Noos croyons voir, dans cette desctiplioii et dans eette qoali fiealioQ de ces engins de combats, une luniiee légendaire i proDoiieée*
Saivaût les comptes des fortifications^ turcies et levées^ ce ne fut que le 125 du mois d'avril de Tannée 1418, qu'on essaya, pour la première fois à Orléans, les bombardes et canons.
Et, cependant, depuis la bataille de Poitiers et, dès Tantiée 1356, les Anglais ravageaient le Berr>% et après avoir pris la ville de Romorantin, s'avançaient jusque sur les murs d'Orléans ; et, surtout depuis la rupture du traité de Brétigny (1369), leurs courses, dans le Gûtinais et dans l'Orléanais étaient plus fréquentes et plus menaçantes.
Si donc les Orléanais ne se sont pas décidés à cultiver la manœuvre de Fartillene avant Tannée 1418| c*est que cette arme était restée inconnue, jusque là, au centre de la France ; et cette ignorance qui tenait à Tesprit guerrier de la noblesse française^ esprit qui s'est encore manifesté pendant le règne de Louis XIV où le fusil, {projectile d'une fusée) est devenu Tarme ordinaire de Tinfanterie» était h ce point-, générale qull est difticile de s'associer à Tenipbase avec laquelle nos bistoriens du siège d'Orléans, parlent des armes à feu et particulièrement, des canons ou bomburdes.
Notre froideur, à cet égard est justifiée par ce que noua apprennent du Gange et Cheruel.
Nous avons vu ces savants sommaristes confondre la couleuvrine avec le canon et la bombarde.
Et ces noms qu'on leur donna, avant que la tradition les eussent consacrés, protestent contre les effets qu*on leur attribue î ils faisaient plus de bruit que de besogne.
Cet état des armes à feu se prolongea jusqu'à Tannée 1C04, où parut une ordonnance de Louis XIV sur la chasse, qui prouve que les gardes cbasses avaient encore des arquebuses à rouet^ c'est-à-dire munies d*une mèche allumée qui, par un ressort s abattaient sur la poudre et TeoÛammait.
11 n'est pas besoin de faire remarquer, par la lenteur du
perfectionnement des armes à feu, ce que Ton doit penser de
Tartillerie du moyen âge, surtout si on se rappelle que, même
pendant les gueires de la révolution de 1789 et celle du règnia
de Napùîéon V% les succès obtenus par les armées fraaçabes ont éle dus plus h l'usage torrentiel qu'elles faisaient deranne lilanche, notamment de la baïnnnette» qu*aux armes à feu, encore dans un ùtat d 1m perfection qui n'a disparu que dans les dernières guerres de la Fraoce et de l'Allemagne (1).
Tous les travaux de fortifications» de défenses, d'armements quels qu'ils fussent, quoique confiés aux soins des procureurs de villes et aux chefs de l'armée durent donner lieu à des inapections et à une assez active surveillance ; le frère puiné du duc d'Orléans, le seigneur des Vertus, remplit ce devoir en Fantiée 1417, même avant le premier essai des bombardes, à Orléans,
Il èlai! naturel qu'il fut bien re'^u par les représentants des habitants, et par les derniers eux-mêmes ; c'est ce qui eut lieu, on lui oifrit des friandises recherchées à cette époque où le cotignae n'existait pas encore, elles consistaient en goires ou tïvurtes dans la composition de chacune desquelles entrait un quarteron de sucre.
Cette partie du siège des Anglais ne pouvait non plus se passer du merveilleux.
On a raconté, toujours d'après le journal du siège, que le l**" octobre, les anglais commencèrent à lancer de grosses pierres du poids de 160 livres, qui firent de grands dommages aux édifices, mais sans tuer ni blesser personne ; ce qui, disent tous nos historiens Orléanais, fut tenu pour une grande mer<* veille, car entr*autres pierres il en tomba une dans une maison et sur une table entourée de cinq convives, sans blesser aucun de la compagnie : ce qu'on attribua à miracfe que Dieu opéra par l'iniercession de saint Aignan^ patron d'Or^ léans,
La littérature du moyen âge a légué aux lettrés des générations qui se sont succédé jusqu'à nos jours, une méthode adoptant le mélange du plaisant et du sévère, mais en courant
(1) On hit remonter au xr?* siècle tes canoae se chargeant par la caJAi«jie ; et la Fravce et rAllemagae n*ont connu cea ongtos que dans QQA derûiers tcmpa.
le risque d'amoindrir la solennité et la grandeur des drames de l'histoire.
Ce tribut payé aux infiniment petits de notre laborieuse tâche» examinons quelle fut la ville d'Oriéans délivrée de Tin-
goppoptable présence de Tarmee ennemie, ce qu*elle devint et ce qui s'y passa pendant lu lin du règne de tiharies VIL