‹ Histoire de la ville d'OrleansChapitre 4 sur 59 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La Celticjae. — Genabum.

11 ne peut être ici convenable d'interroger les temps préhistoriques pour connaître Torigine d'une nation fondatrice d*une antique cité ; ces recherches appartiennent à l'histoire générale ; contentons-nous de dire, d'après elle, c'est-à-dire d'après les Grecs et les Romains ce qu'étaient les Celtes.

Les premiers les appelaient KcXroç ; les second^^ Celtœ,

Les modernes ont réduit cette dénomination à l'une des tribus faisant partie de la Confédération de ces peuples qui, de l'Asie orientale, ont fait irruption sur l'Occident.

Pour ce qui intéresse Orléans, il est certain que la Celtique des druides et de César était bornée , au nord-ouest , par les Aulerker Eburovicks (Evreux) et les Aulerks Diablinther (haut et bas Maine).

Elle s'étendait de cette limite jusqu'à la Loire où elle était, à l'est, bornée par le territoire des Senons {Agendicum, Sens) ; au sud-ouest, par celui des Tarons (Touraine) ; au midi, par le territoire des Bituriges (Berri) ; et au sud-e«^, par le territoire des Eduens {Noviodunum, Nevers), ou même des Senons; cette partie du territoire gaulois étant difficile à déterminer, et cependant distincte de celui des Carnutes.*

C'est au point milieu de ce territoire, si on le parcourt de la contrée des Eburovicks à la contrée des Senons, que se rencontrait Genabum.

Cette ville occupait le sommet d'une colline s'élevant à 40i mètres 712 millimètres au-dessus du niveau de la mer, pris à Saint-Nazaire, au 23* degré de longitude et au 47® de latitude du méridien de Paris.

Les eaux de la Loire baignent le pied de cette colline, auj ourd'hui légèrement inclinée dans toute son élévation, à cette époque, à pic, au moins dans quelques-unes de ses parties, ainsi que le témoignent celles que le travail de Thomme a épargnées.

Elle n*en était pas moins, dans certaines autres, d'un facile abordage.

La Loire, contenue, de ce côté, par cette disposition de son rivage, l'est, de l'autre, par les terres surélevées du val, s'étendant, dans une profondeur de 4 kilomètres, qui s'élargit et se rétrécit, de la haute Loire à la Touraine, dans des proportions plus ou moins considérables.

Devant la ville de Gen-ah, ce val est fermé par un coteau au bas duquel coule la charmante rivière du Loiret, s'étendant, de sa source à son embouchure, dans un parcours de 12 kilomètres.

Le fleuve, le plus ordinairement limpide, laissant à découvert une grande partie de son lit, formé d'un sable fin et scintillant, se transforme en un torrent et se répand sur les terres basses, aujourd'hui fécondées par l'agriculture et couvertes de gracieuses habitations.

Du haut de ces deux coteaux, on peut contempler ce spectacle imposant et terrible qui passait sous les yeux indifférents des rudes populations de ces deux rivages, dont les champs étaient incultes et dont les frêles embarcations d'osiers, qu'ils appelaient bat^ recouvertes de peau de bœuf, se jouaient sur cet abîme.

Alors le coteau septentrional et son plateau, s'étendant jusqu'à la Seine, étaient couverts d'épaisses forêts ; le chêne trouvait une sève puissante dans les fortes terres de cette contrée, qui, depuis, a pris le nom de Beaxice.

Dans le langage vulgaire, on désignait cet arbre sous le nom de Tann ; lorsqu'il a été consacré par la religion, ce mot n'a plus été employé que pour désigner l'écorce de l'arbre, qui a pris le nom celtique de DerUj Dair, Dear ; il l'a donné au culte lui-même, à ses ministres, au collège des femmes qui se vouaient à la religion, d'où sont venus les mots : Druides^ Druidisme, Druidesses.

On ne voyait, en ces lieux, aucune habitation. De profondes cavernes dans le rocher s'élevant au-dessus du fleuve, ou dan s les ondulations du sol, servaient d'asile à ces populations troglodytes.

Ce sont bien les Camutes que ces habitants de ces Carnoth, dont on peut voir de nombreux spécimens sur les rives de la Loire.

Là, ni agriculture : la terre est couverte de bois, de ronces et de marécages ; ni industrie : les habitants trouvent leur nourriture dans le fruit du chêne, dans le produit de leur chasse et de leur pêche ; leurs vêtements, dans les dépouilles des animaux qu'ils tuent à l'aide de leurs pierres taillées.

Mais la religion, ce recueil de traditions mystérieuses qui ne peuvent être de l'invention des hommes, se chargea d'adoucir ces âmes cachées sous les enveloppes grossières de la barbarie.

Défigurée par la poésie la plus sombre et par les mélanges et les altérations qu'elle a subis en s'éloignant de son point de départ, cette religion n'en contenait pas moins la pensée unitaire du premier âge.

Les Garnutes durent être supérieurs à toutes les autres tribus de la famille gaélique.

Tandis que partout ailleurs, excepté dans l'Armorique, ainsi qu'en témoigne César, le sentiment national semble affaibli et prêt à céder à la crainte du combat ou à la corruption de l'ennemi, les Carnutes l'ont conservé depuis l'embouchure de l'Allier jusqu'à celle de la Mayenne, et cela à ce point, qu'ils repoussaient les nouveautés les plus salutaires introduites par la civilisation romaine dans l'est et le sud de la Gaule : l'agriculture et le commerce.

Déjà les Phocéens, fixés dans la ville de Massalie (Marseille), avaient enseigné aux morins de la Méditerranée l'art de la construction des navires, à l'aide desquels ils entretenaient un trafic considérable, non-seulement avec la Gaule du midi, mais avec la Bretagne, la Gaule du nord, et en s'étendant [jusqu'à la Baltique.

Mais, dans la suite, les Romains de la Narbonnaise et la

république de Carthage, jaloux de la ^prospérité des Massaliotes, inquiétèrent leurs transports ; alors ces derniers se mirent en communication avec Tintérieur de la Gaule par la navigation fluviale, seul mode de voyage possible en ce temps.

Cette navigation se pratiqua par la Saône, la Loire et la Seine.

Les éléments du commerce avaient, pour les populations de la Gaule, beaucoup plus d*importance qu'on ne le suppose aujourd'hui. ^

L'or, l'argent, le cuivre, l'étain, le blé, le vin, l'huile, l'olive se montraient à fleur de terre ou prospéraient dans ces riches contrées.

LesGaulois, qui, bientôt, excellèrent dans l'imitation de l'art avec lequel on travaillait ou appYopriait ces métaux ou ces denrées, y appliquèrent leur industrie instinctive, et alors Gen-aby ce point central de la Gaule, ce lieu de transition entre le Midi et le Nord, cette ligne de communication entre la Méditerranée et l'Océan, devint le dépôt des produits dans toutes les parties de la Gaule centrale, du Nord et de l'Ouest.

Alors s'organisèrent les compagnies des Nantes, qui ont établi sur la Seine et la Loire le grand commerce de l'eau, qui a fait de Lutèce la ville de Paris ; d'Orléans, VEmporium de Strabon, la Gen-abum de César, la halle où toutes les contrées étrangères aux grandes industries venaient s'approvisionner.

Alors, aussi, les Carnutes de la Loire quittèrent leurs Carnoths, ils se bâtirent des chaumières, se protégèrent par de fortes palissades, et Gen-ab, cette bouche de l'eau, ce coude, pour le territoire de cette tribu, pour cette vaste plaine privée de cette voie de communication, Gen-ab est fondée.

C'est bien elle.

On remarquera le réseau de ces voies qui relient cette ville à celles de Bourges, de Chartres, de Nevers^ de Tours et de Paris.

Pour n'être pas telles dans ces temps qu'elles sont aujourd'hui, elles ont eu des parcours approximatifs à mesure que la civilisation romaine s'est introduite dans les Gaules.

Deux documents donnent la situation des villes, des bourgs,

des oppida et des castra répandas sur le territoire de cette province et indiquant les distances qui les séparaient : ce sont l'itinéraire d'Antonin et la carte de Peutinger.

Ils nous représentent, particulièrement le dernier, les villes qui viennent d*ôtre nommées dans leur situation actuelle et reliées par les mêmes voies, et, ce qu'il y a d'infiniment remarquable, aux mêmes distances, calcul fait des mesures anciennes et des mesures actuelles.

Déjà le colonel Creuly avait désigné la ville d'Orléans comme ne pouvant être que la ville de Gen-ab, par le rapprochement du méridien de Ptolémée du méridien de Paris, adopté par la science moderne.

Gen-ab, comme Orléans, n'est qu'à 72 kilomètres (18 lieues) de la ville d'Autrick (Chartres) ; la ville de Gien , où quelquesuns placent Gen-ab^ à 128 kilomètres (32 lieues) de cette dernière ville.

Ces distances concourent parfaitement avec tous les événements dans lesquels l'histoire a signalé ces deux villes, soit à l'océasion de la religion des druides , soit à l'occasion de la guerre de César, soit, enfin, à l'occasion des mouvements insurrectionnels et guerriers qui se sont manifestés et consommés depuis la première conquête.

C'est d'Autrick, centre du druidisme, pour aboutir à Gen-ab, qu'est parti le projet de massacrer les Romains qui s'y trouvaient.

Le jour indiqué , les habitants d'Autrick entrent dans Genabum ; tous les citoyens Romains que le commerce y avait attirés, et Fusius Cotta , honorable chevalier romain, intendant des vivres que César y avait institué, sont mis à mort : « Civesque Romanos qui negotiandi causa ibi constiterant [in iis Fusium Cottam, honestum equitem Romanum qui rei frumentariœ, jussu Cœsaris prœerat) interflciunt, »

Ce mouvement patriotique, dans l'état où était la Gaule, ne pouvait être inspiré que par le sentiment religieux et conduit que par les ministres de la religion.

Le collège des druides résidait à Autrick, et son autorité, affaiblie dans l'Est et dans le Midi, rayonnait avec son antique

éclat dans les forêts s'étendanl du pays des ËburoTicks jusqu'aux bords de la Loire et, passant par le pays des Bituriges, gagnait le pays des Anremes.

C'est de cette capitale du dmidisme que s'avança le grand effort tenté par Acco et Ambiorix, efToK qui leur coûta la vie et auquel devaient concourir toutes les populations du Nord de la Gaule et même les Allemands, pour repousser les Romains.

C'est dans ce même centre religieux que s'organisa la révolte à la tête de laquelle était Vercingétorix.

Cet accord entre les Camutes, les Bituriges et les Arvemes ne pouvait avoir pour point de départ une ville autre que celle de Genabum, et cette ville ne peut être autre que celle d'Orléans.

Les Camutes et les autres tribus gauloises ayant encore, par la disposition des lieux, le pouvoir de se coaliser, voulaient profiter de l'absence de César qui, bien certainement, leur tendait un piège en affectant, sur la pacification de la Gaule, une tranquillité qui lui permettait de se reposer en Italie des fatigues de la guerre (1).

Il s'attendait si bien à ce qui allait se passer, qu'il avait ainsi échelonné ses légions : deux sur la frontière de Trêves, deux dans les cantons de Langres et six aux frontières de Sens, limitrophes du territoire des Carnutes : c Sex reliqtMS in senontim ftnibus agendiei collocamt, >

Ainsi, du territoire des , Sénonais, très rapproché du territoire de Giemum (Gien), si même celui-ci n'en fait pas partie, et qui, dans le cas contraire, entrait dans les limites du territoire des Eduens, {César surveillait les Carnutes par les six légions auxquelles pouvaient facilement se réunir les légions placées chez les Lingons et chez les Trévires.

Si les Camutes se] dirigeaient sur Giemum, ils allaient audevant de l'ennemi ; ils précipitaient, à ce point, les événements, que les lieutenants de César, placés aux limites mêmes

(1) Le texte dit : Quieta Qallia^ Cœsar, ut constituerai, inltaliumçui conventusagendosproficitur. La Gaule étaot tranquille. César, commoil Tavaitétabli, part pour l'Italie, afia de présider les assemblées du peuple.

Mais, dans cette circonstance comme dans plusieurs autres, ce motif d'absence peut être consi'léré comme un prétexte.

du territoire sénODais, n'auraient pu attendre son retour pour venger le terrible signal de la révolte qui venait d'être donné.

Il en était tout autrement si le meurtre des Romains avait lieu dans une autre ville que celle de Giemum; cette autre ville devait être Genabum.

Là, au milieu d'une population associée à la conjuration ; à une très grande distance, surtout dans ces temps où les Iroublés de ta guerre étaieut ajoutés aux difficultés de la vitroilité, on croyait ^tre sûr, ou du moins on pouvait concevoir l'cspérance d'un secret assez longtemps gardé, pour permettre Torganisation définitive du complot,

El même, après le retour de César et le siège de Vellenaudunum. à la prolongation duquel on croyait : « Cum lœigius eam fem ductum iri existimarent presidium, * pensée malheureuse qui a ralenti le secours qu'attendait Genabum, les habitants d'Autrick n auraient pu s'abandonner à la moindre sécurité s'il se fût agi, pour eux, de secourir Genabum qui aurait été Giemum.

Dans ce cas, les Camutes devaient suivre une ligne oblique qui doublait tes distances; c'était, au contraire, une ligne droite, parallèle à celle que suivait lennemi et plus courte que celle qu*il avait à pai-courir, qu'on devait rechercher et adopter.

Elle s'olîrait dans celle qui conduisait de Chartres à Orléans, d*Autrick à Genabum.

C*eatceque, à un autre pointde vue, démontre Hirtîus Pansa : € César a vaincu la Gaule (omni Gatiia dévida); il se retire à Bibracte (Autun); les habitants d'Âvartc (Bourges) avaient fait leur soumission; lesGarnutes, les regardant comme des traîtres, les attaquent; les Btturiges demandent secours à César {Biturifes ad eum legaios mitimit atixiliumpetitum contra Camutas^ quos intulme bellumsibi qtœrebaniur); César, se rendant à leur demande, et ayant dispersé les Carnutes : dispersi profugiunl (i), place Tribonius à ta tête de deux légions en quar- , lier dhiver dans la ville de Genabum : in hiàemis Gmabi

Qllocanê (2). »

0) uv. Vin, ss «•

Sommes-noas à Gien ou à Orléans?

Gien est la dernière limite du territoire des Senons on des Ednens, et, par conséquent, à Textrème limite dn territoire des ,Camutes . qui ont bien d*antres moyens d'entrer dans le pays des Bituriges.

Ces motifs concluants de décider n'existeraient pas, qu'il 86 présenterait un autre élément de solution, qui. certainement, établit de la manière la plus incontestable les justifications empruntées à la situation des lieux.

On a découvert, lors de la constructidn de la portion dn chemin de fer qui traverse le faubourg Saint-Vincent, banlieue d'Orléans, une table de marbre portant une inscription dont le texte incomplet, par suite de la brisure de la pierre, porte ces mots que l'on peut lire sans hésitation :

c L. Cornélius Magnus Atepomari Filius Civis Senonius^ eurator Cenahentium vivos sibi. »

Il est inutile d'insister sur l'histoire de cette pierre et sur le véritable sens de cette inscription, contentons-nous de dire qu'elle a été composée par un citoyen de la tribu des Senons : remplissant à Gen-ab la fonction de curateur, consistant à taxer le prix des denrées ; et, dans les villes où il y en avait une, à présider la curie et à percevoir l'impôt.

Ces mots : eurator civitatis, auxquels , jusqu'ici, on a fait nulle attention, indiquent une cité d'une importance À laquelle n'a jamais pu prétendre, alors, sur cette partie des bords de la Loire, aucune autre ville que celle d'Orléans.

Le fils du Senonais Atepomar donne une leçon d'histoire locale à la génération qui a découvert sa pierre tumulaire.

La discussion semble close.

Cet enseignement historique consiste à donner une idée de la ville dans ses rapports avec l'administration romaine ; de môme que, du temps de César, la ville où la pierre a été découverte était le centre de l'approvisionnement des vivres pour l'armée , de même, après la conquête, elle était l'un des sièges de l'administration fiscale de l'Empire : Fufiyius Cotta, L. Cornélius Magnus, se succèdent au même lieu pour lui assigner sa place et son nom sur le territoire des Camutes..

Enfin, cette ville s'appelait Gen-ab ou Cen-ab; aussi est-ce arec une pleine assurance qu'on doit adopter deux décisions identiques inspirées par la restitution de l'inscription : l'une exprimée par l'un de ceux qui l'ont trouvée, M. Dufaurds Pibrac, notre savant archéologue Orléanais; l'autre, M. Léon Renier.

Le premier disait : c Quels que soient le nom et les fonciùms (en cela l'attention de M. de Pibrac n'avait pas été assez en éveil) de celui qui a fait graver ce marbre, je trouve que ce marbre a été, par lui, élevé k Cenabum^ et je retrouve Orléans. »

Et l'on comprend, lorsqu'on se reporte au moment de cette découverte où la discussion entre les partisane de Gien et ceux d'Orléans était très animée, que M. de Pibrac, plaçant son doigt sur cette inscription au mot Cena^um, ait dit avec le plus spirituel à-propos : t fn hoc verbo vinces. »

Le second, consulté par M. de Pibrac dans sa réponse, s'exprime en ces termes : c Cette inscription a toute la valeur que vous lui avez reconnue; elle sera le premier titre de l'histoire d'Orléans et le monument le plus ;^ important de son musée. >

Si ce titre a été le premier, il a bientôt été suivi d'un second non moins éloquent.

Au mois de juillet de l'année 1865, M. Boece, curé de la paroisse de Mesve, modeste bourg du département de la Nièvre , situé sur la route de Nevers à Orléans , découvrait dans les décombres de son église, abattue pour être rebâtie, plusieurs fragments d'une pièce dont la réunion donne l'inscription suivante :

Augusto sacrum Deœ Clutundœ et Vicanis Masaventibus, Médius Acer^ Medii Anni Filius^ murum inter Arcas dtMts Cum suis omamentis de siâo dono dédit.

Quelque intéressante qu'ait été la déesse Glutunda pour les dévotieux païens du bourg de Masava (Mesve), cette considération le cède à ce dernier mot, à ce point qu'il est inutile de

s'occuper du reste de Tinscriptioii et même du sens qu'elle, présente.

La carte de Peutinger, à l'occasion du bourg de MaMiTa, s'exprime ainsi : De Masava (Mesve) à Brivodurum (Briare), 46 lieues gauloises ; de Brivodurum à Belca (Bontiée), 15 de ces lieues; de Belca à Genabum (Orléans), 17 lieues.

Ces lieues gauloises mesuraient 2,222 mètres 16 centimètres, équivalant en mesures françaises à 117,799 mètres ou 117 kilomètres 799 mètres.

La distance de Mesve à Orléans est, très approximativement, de 127 kilomètres, la même que celle indiquée par la carte de Peutinger.

D'après cette êarte, Genabum est à peu près à moitié chemin de Masava à Cœsarodunum (Tours), cependant un peu phis rapproché de Tours que de Mesve; on compte d'Orléans à Tours 119 kilomètres, on compte da.fiîaD à Tours 127 kilomètres (1).

La conformité des distances comparatives entre celles actuelles et celles établies par la carte de Peutinger a donc» dans le sens le plus absolu, pour effet de désigner la ville d'Orléans comme occupant la place de Genabum, de la Genabum Camutum, à rexclnsion de toutes les autres villes du littoral de la Loire.

Mais il est un autre témoignage appartenait à cette proposition, comme lui appartient celui résultant de la guerre de César.

De Tannée 452 à Tannée 453, Attila et sa formidable armée mirent dans la province gauloise ; il est, ici, d'un haut intérêt de les suivre dans leur itinéraire.

M. Amédée Thierry (^i^^otre des Enfanta (PAUila) noua servira de guide.

(1) Ce tableau de distances est textaellement emprunté au Mémoire de M. Bouchor de MoUndon, vol. XI, des Mémoire de la Société archéologique,

Oq doit à M. de Molandoa le fac-simile de la pierre, dont le zèle Àclairé de M. Boece. curé de Mesve, a réuni les fragments, qu'il a èfipMéiî ait Musée de Nevers. Ce fao-simile est déposé au Musée des A«i4M^ dft Ik nUa d'Orlèuuk

« H est curieux, dit-il, de suiVre étape par étafie, au bout de qaatoTze siècles, tous les pas de ce terrible conquérant sur le sol de notre patrie, > paroles qui répondent à ceux qui ae croient pas devoir accepter les distances établies par la carte de Peutinger, et la concordance qui existe entre elles et les distances modernes.

U semble qu'il ne leur est pas permis d'être plus difficiles à ce sujet que ne Tout été et ne le sont Amédée Thierry et les autres savants, en grand nombre, qui n'ont pas hésité k les prendre pour base de leurs raisonnements.

Voici le tableau qu'il trace de cette marche désastreuse :

4® De Metz à Reims : Metz, Scarpona (Scarpone), 21 milles ; Tullum (Toul), 15 milles ; ad Fines (Tong), 6 milles; Nasitm (Naix), 31 milles; Casturiges (Bar-le-Duc), 14 milles 1/2; Fanum Minervœ (la chappe sur la veste, où la tradition place le camp d'AttUa), 24 milles; Durocortorum (Reims), 28 milles 1/2 ;

2* De Reims à Troyes : Durocortorum (Reims) ; Durocatatunum (Chàlons), 27 milles; Artiaca (Arcis-sur-Aube) , 33 milles ; Tricasses (Troyes), 18 milles;

3** De Troyes à Sens : d'Augustobona ou Tricasses (Troyes) à Clanurn (Villemaur), 18 milles 1/2; Agendicum (Sens) à Aquse Segestae (ruines au nord de Sceaux), 34 milles romains ; Fines (Fins), forêt d'Orléans, entre la Cour-Dieu et Philissanet, 22 milles; Genabum (Orléans), 15 milles.

Attila et César, cela est évident, ont suivi la même direction et sont arrivés au même lieu.

Du rapprochement de ces deux itinéraires, on voit qu'il n'y avait, dans ces temps, qu'une seule route praticable, surtout pour les années, qui conduisît de Sens à Orléans, d' Agendicum à Genabum.

Voudrait-on aller jusqu'à prétendre, ainsi qu'on a eu quelque velléité de le faire, que l'armée d'Attila est venua à Gien et que ^'est cette ville qu'elle a assiégée ; mais il faudrait dans cette hypothèse s'éloigner des calculs milliaires acceptés par la carte de Peutinger. et l'auteur qui vient d'être cité, et reconnaître dans la ville de Gien la ville épiscopale assiégée par Attila, où était le grand évêque Anianus.

On pourrait aller jusqu'à croire que ces éléments de conviction suffisent pour mettre un terme À cette ancienne et vive discussion, mais Tesprit ^de controverse est tellement tenace qu*il n*est pas inopportun d*y ajouter encore quelques mots.

Ce ne serait pas la ville de Gien, chef-lieu d'arrondissement, centre d'une population considérable, et surtout d'une impor^ tante industrie, qui serait le Genabum CamtUumf ce serait Cien-/e-Fiei7.

On attribue un pont À cette localité, mais on perd de vue le texte des Commentaires de César, qui rattachent le pont à la la ville elle-même : c Quod oppidum Genabum conU'nebai. >

Comme Gîen-le-Vîeil est séparé de la Loire par un espace dépassant i,000 mètres, on ne peut, sans oublier le mot contù nebai et sans le supprimer, reconnaître près Gien-le-Yieil un pont qui aurait une adhérence telle avec la ville, que Tillustre écrivain romain, qui possédait à un très haut degré l'esprit de sa langue et Fart de l'écrire, pour donner une idée de la situation respective de la ville et du pont, ait pu se servir de ce mot contînebai.

On nHnsiste pas sur cette circonstance capitale et décisive, paiN^e qu*on aura ultérieurement la nécessité d\ revenir et de la traiter avec toute Tattention qu'elle mérite.

Il est un autre argument dont il doit être tenu compte quoiqu'il soit moins considérable.

On se prévaut de ce que quelques écrivains, appartenant à une asMi haute antiquité, ont employé les mots Genabum. Gemabe9Ut$. pour désigner la ville de Gien et ses habitants, et de ce que ces dénominations se sont perpétuées, dans ce sens, jusqu'au XVI» siècle.

Pour abrê'ger, sur ce point, on ne pariera que d'un ouvrage très nmnt. où sont cites quelques exemples de Vemploi de ces mols« en leur donnant ces acceptions.

Dans une savante hic^rraphie de Lambert Daneau ^1\ qui. au xrT sièicle, èlait Vnn des propagateurs les plus ardents de la

J) Pfer M. Pua ê» FaboK fMMr J* TÈ^tÎM ^rsa^^li^M^ à 3Asr (19», U>. Hiirlràoa).

réforme à Gien, où, dit-on, il y avait un grand nombre de protestants, dont Lambert Daneau était le pasteur, on fait remarquer que, dans une correspondance de ce pasteur, rapportée par Sureau, auteur du Thésaurus epistolaticus Calvù nianuSf en parlant des habitants de Gien, il les appelait Gench benses; que Mathieu Beroald, allant à Gien, s'exprime ainsi: hide Genabum veni çum familia. De là (du lieu où il était), je suis venu k Gien avec ma famille ; et que les jeunes protestants qui venaient de Gien étudier à Genève, se qualifiaient de Genor benses y tandis que les jeunes protestants qui venaient d'Orléans à Genève se qualifiaient d'Aurelianenses.

Ces détails provoquent à se demander si ees dénominations s'adressaient aux habitants de la ville actuelle de Gien-le- Vieil.

Il est certain qu'il ne pouvait s'agir d'habitants de ce petit bourg, qui n'a jamais pu être le siège d'une consistoriale de l'Église réformée, et dans lequel LambertDaneau n'a certainement pas exercé le ministère.

Aussi, est^e bien de la ville de Gien que Beroald entend parler.

Mais alors, on ne sait plus où placer la Genabum qui aurait été la ville pour laquelle on revendique ce nom et que quelques archéologues, quelques membres du génie civil placent à Gien-le-Vieil.

Mais, si on remonte l'échelle des temps, bien antérieurs à la réforme et au séjour des jeunes protestants de Gien et d'Orléans à Genève, on voit bien d'autres exemples, et bien autrement considérables, des appellations des deux villes, exemples qui balancent singulièrement l'influence des textes empruntés à la correspondance de ces néophytes et des matricules de leurs registres.

Là, sous l'influence de l'esprit de secte, de l'exaltation que produit toujours la persécution ; sous l'influence de la scolastique exerçant, alors, tout son empire, les jeunes érudits d'Orléans étaient : les Aurelianenses^ chez les habitants de Genève, V Aurélia des Allobroges; ceux de Gien étaient les Genabenses, chez les habitants de Genève, la Genabum de cette contrée.

Indépwdamnmt 4e des oontidératSona qui bé pèrtiëlfiMI pM d'élerer ees désignations à la hanteor d'une jostiflettticMi iûstoriqne, on peut invoquer les textes dont l'existenoe Tient d'être annoncée.

L'aatenr d*un mémoire intitulé : SUr la ville et les seigne^M de Gien^ nous en indique quelques-uns qu*il importe de thtaBi à ceux qu*il nous était permisj^de produire.

Saint Aunaire, dans un document digne d'une grande coik^ fiance : les statuts du diocèse d'Auxerre, ville du Senonais, dani laquelle Tabbé Lebœuf voyait Vellaunodunum^ avis que semblé partager un érudit de la Société hiêiarique et des seienceè naturelles de la ville de Sens, dans un mémoire intitulé : Étude historique sur le Senonais^ ces statuts, remontant à Tannée 596, appelaient Gien par son nom celtique, Giemus.

Saint Tetrice, dans un synode tenu au cours de l'année 691, dans la ville d'Auxerre, donne à Gien le ùom de Giemus.

Un siècle plus tard, au \uf, des documents, reproduits pÊtt Vàbbé Lebœuf, chanoine de l'église d*Auxerre, l'un des antiquaires les plus justement estimés, qui n'hésitait pas à en adOptei" les énonciations, constataient que, dans ces temps reculés, la ville de Gien était désignée par les mots : Gaiomus^ Giamaous.

Clotaire I*' appelait Orléans Genabum, et Charlemagne éppelait Gien Giemum,

L'ouvrage intitulé : Miracula sancti Benedicti, écrit par Icfft Bénédictins de Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire, contient, dans son premier livre, le récit de l'une des invasions des Normands.

Il dit que ^ette nation, après la dévastation des bords de la mer, s'était avancée dans les terres qu'elle parcourait sans rencontrer d'obstacles ; que, cependant, trois des ducs bretons, Lambert, Robert et Rainulf, s'efforcèrent, mais en vain, d'arrêter leur marche et qu'ils périrent dans cette entreprise, et il ajoute : « Presque toute la Nenstrie qu'ils traversèrent/ obliquement de la ville de Genahum jusqu'à Lutèce, dppmmt dêè Farisii, tomba au pouvoir de ctette nation dé barbares. » {Sed illis varia pereuntibus sorte, omnis fén

Neusiria^ quse a Genabensi urbeper IransversumLutetiam iLsque Parisiorum pertingit oppidum, Nortmanicœ patuit feriati{\).

II ne viendra à la- pensée de personne que ce texte s'applique à Genabum représentant Giemum.

Dans le même ouvrage, au contraire (2), on lit : t Une certaine femme du camp de Gien. » (Quœdam mulier Giomensis castri.)

On voit ici deux différences considérables : la première résulte de ces deux dénominations que rien ne permet de rapprocher, d'assimiler ; la seconde, de la qualification donnée à chacune de ces localités, entre V oppidum dont parle César, Xurbi dont parle le moine Adrewald, et le castrum dont parle le moine Hugues de Sainte-Marie.

Louis IX, dans une charte de Tannée 1269, appelait aussi Gien Giemum,

Les anciennes monnaies de la ville de Gien portaient : Giemis castrum, Giemis civitas.

Les chartes des anciens comtes de la ville de Gien portaient celles de la fille de Louis XI, comtesse de Gien : Giemensis dominus, comitisa de Giemo.

La cloche du beffroi de Gien, fondue en 1495, porte cette inscription :

Aux HABITANTS DE Giem, J'appartiens (3).

Enfin on rencontre, au registre des docteurs de l'Université d*Orléans, une décision d'un recteur qui emploie le mot Genabum pour désigner la ville universitaire.

Nous arrêtons ici cette partie de notre premier chapitre, et ce premier chapitre lui-même ; et nous continuons notre étude en considérant la ville celtique revêtue, désormais, du nom romain et protégée par une enceinte romaine, et ne la désignant bientôt plus que par le nom d'Orléans.

(1) Miracula sancti Benedicti^ liv. !••■, § 33, Adrewald.

(2) Eodem locOy liv. IX, § 8, Hugues de Sainie-Marie.

(3) Ces derniers renseignemeats sont empruntés au mémoire cidessus mentioniié de notre respecté et savant collègue, M. Marchand

Page 1