‹ Histoire de la ville d'OrleansChapitre 5 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Oenabum sous l'administration romaine.

Si nous poursuivons Tétude des événements qui doivent s'accomplir à Genabum presque'aussitôt après que César eut connu le meurtre des citoyens romains, nous sommes conviés à considérer cette ville à Tëxtérieur et sa distribution intérieure.

Il est bien difficile de se rendre compte de ce que pouvaient être les associations de familles réunies et les familles ellesmêmes dans des habitations agglomérées et contiguës.

Genabum, que César trouva dans un tel état qu'il la qualiOe d'oppidum (place fermée et fortifiée) et que Strâbon, son presque contemporain, qualifie d'emporium, de forum (marché, place du dehors où s'exerce le commerce, du mot latin foras), et dont, pour s'en rendre maître, il est obligé d'incendier ses portes, devait être une place d'une certaine étendue, d'une assez nombreuse population et dont l'enceinte devait offrir une assez puissante résistance.

César prend soin de nous en donner la description en parlant de ces oppida qui, dit-il, dans les Gaules, ont presque tous la même forme : c Mûris autem omnibus Gallicis hœc fere forma est. >

Ils couchent de grosses poutres à deux pieds de distance l'une de l'autre, ils les attachent ensemble à l'intérieur par des traverses, ils comblent les vides avec de la terre, ils les revêtent de grosses pierres à l'extérieur, en sorte que les grosses pièces de bois ne se touchent pas.

Ces poutres avaient ordinairement 40 pieds de longueur sur 4 d'épaisseur; les pierres les mettaient à l'abri des béliers;

eDe8 ne pouvaient donc être incendiées] ni démoli s : c Qiub perpetuis trabibus pedes quadragenos pierumque introrsus remnektj neque perrumpi, neque distrahi potest. » (Commentaires, liv. VII.)

n est probable que, suivant le peu de progrès de Tart de la construction, et, peut-être, dans Tintérêt de la défense individuelle, ces habitations, réduites à un rez-de-chaussée, étaient rondes, forme remarquée dans toutes les habitations des peuples primitifs. (Thierry, t. II, p. 53, d'après Vitruve et Strabon.) '

Ainsi, dans ces villes, on ne pouvait rencontrer aucun monument, pas même un seul consacré au culte : l'espace était le temple ; les forêts, le sanctuaire.

On ne dit nulle part à quel chiffre s'élevait la population deGenabum; tout autorise à penser qu'elle était assez considérable.

Malgré les détails dans lesquels entre César pour faire connaître la constitution de ce peuple, au moment où il s'en rend maître, on ne doit pas hésiter à considérer la nation gauloise, et plus encore les Celtes et les tribus de l'extrême Ouest et du Nord, comme étant dans un état très voisin de la barbarie.

Leur culte, d'un ordre intellectuel élevé, était dégradé par la superstition allant jusqu'à la cruauté ; ils admettaient l'existence de l'âme et son immortalité, mais aussi la métempsycose d'un corps humain à un corps humain : « Inprimis hoc volunt persuadere, non interire animas, sed ab aliis post mortem transira ad altos. >

César, qui ne croyait peut-être pas à l'existence de l'âme, exprime son propre scepticisme'par ces mots : « Volunt persuaderez » continue : « Pour obtenir la guérison d'une grave maladie ou le succès d'une entreprise, ils immolent des victimes humaines et font vœu de s^immoler eux-mêmes. » {Aut pro victimis homines immolant aut se immolaturos vovent.)

Ils avaient un clergé puissamment organisé, mais cette puissance était poussée jusqu'à la tyrannie ; une aristocratie que César qualifie par une épithète toute romaine : t Genus eqititum, » mais n'exerçant sa protection que sur des esclaves, et leur

nombre était la mesure de l'importance 'de ceux qui composaient cette classe. « Plurimos circum se ambactos (1) clientesque habent, hanc unam graliam patentiamque noverunt. »

Ils connaissaient le droit de propriété à ce point, qu'il est question dans cette constitution de contestations entre hèrL tiers, d'actions en bornage ; mais ils n'avaient d'autre règle de décision que l'arbitraire de leurs prêtres : t Si de hœreditaêe^ si de flnibus controversia est, iidem decernunt. »

Le régime nuptial était constitué de manière à ce que nos jurisconsultes modernes se sont demandé s'il ne comportait pas le système de la communauté de notre législation : les époux apportaient la même somme à titre de dot. Cette disposition démontre aussi que le système monétaire avait pris un développement assez considérable, puisque ces dots étaient données en argent et que les revenits qu'elles produisaient devaient être cumulés pour servir de douaire au survivant : c Uter eorum vita superavit ad eum pars utriusque cum fructibiis superiorum temporum pervertit, >

En donnant tous ces détails qu'il convient d'abréger, on pourrait croire à un régime légal unitaire, mais César nous dit: c Toutes ces tribus diffèrent entre elles de langage, de mœurs et de lois. > {Lingua, imtitutis, legibus inter se diffèrunt.)

11 ne faut donc considérer cette législation comme n'ayant pu exister que dans les parties les plus riches de la Gaule et ne réglant pas les habitants de la Celtique, moins encore ceux de TArmorique et du Nord.

Au contraire, on comprend ces parties de la Gaule à cet état à peu près primitif, lequel n'a reçu une première atteinte que par la nécessité d'assurer la sécurité personnelle et de la famille par la protection collective.

Cette nécessité résultait des solitudes boisées, marécageuses, remplies de bêtes fauves, plus communes, il est vrai, dans la

(L) Une édition de la librairie classique, en usage dans les maisons de renseignement do l'Etat, au mot ambactos^ renvoie à une note où on lit : « César donne le sens de ce mot par le mot clientes. »

Nous croyons qu'une différence existait entre les ambacti et les cli€nteSf distinction qui résulte du texte lui-même

forêt Noire, 'dont César prend le soin de décrire les principales.

Il parle d*une espèce de bœuf semblable au cerf, cervi forma, qui porte, au milieu du front, une corne plus grande et plus droite que celles à nous connues : c Quœ nobis notasunt, > dont le haut en forme de palme se partage en plusieurs branches : c Rami quam late diffanduntur. >

De Télan, semblable à la chèvre, mais d'une plus grande taille, quin*a ni corne à la tête, ni jointures aux jambes, et qui ne peut ni se coucher ni se relever, auquel les arbres servent de lit en s'appuyant contre, ce qui permet de les chasser en sciant Tarbre qu'ils ont adopté pour cet usage, et que cet animal renverse par sa pesanteur : c Hue cum se ex consuetudine reclinaverint, infirmas arbores pondère affligunt, atqtie una ipsœ concidunt. >

De taureaux sauvages, un peu plus petits que les éléphants, ressemblant aux taureaux privés, mais si forts et si rapides qu'il n'y a ni hommes ni bêtes qu'ils épargnent quand ils les ont ont aperçus : t Neque hominineque feras quam conspexerintparcunt. >

La seule manière de les chasser était de les faire tomber dans des fossés dissimulés sous l'apparence d'une terre plane et de les y assommer ; on exerçait les jeunes gens à cette chasse, afin de les endurcir à la fatigue ; on les y encourageait en donnant de grandes louanges à ceux qui en rapportaient des cornes, dont on garnissait d'argent les extrémités et que l'on employait comme coupes dans les festins solennels : « Atque in amplissimis epulis pro poculis utuntur. »

A ces causes de cramtes, contraignant les habitants à se réunir dans ces enceintes fortifiées, il faut ajouter celles que César nous fait connaître.

Les peuples composant la nation gauloise, les villes, les bourgs, les villages, les familles, sont, dit-il >di visés en factions à la tête desquelles sont ceux^qui ont le plus de crédit: ^Earumque factionum sunt principes qui summam autoritatem eorum judicio habere existimantur. »

Telle était la Gaule et particulièrement la ville de Genabum

dans ses principales conditions d'existence, ses institutions^ la situation topographique, religieuse, morale, politique, sociale. Lorsqu'elles ont perdu leur indépendance. César les a trouvées telles qu'elles viennent d'être décrites par lui-même.

Et comme Orléans est, entre toutes les villes gauloises, celle qui, à plusieurs reprises, lui a opposé le plus de résistance, et qui, par conséquent, lui a donné le plus d'occasions et de motifs d'étudier sa forme, son assiette et ses moyens de défense, il est tout naturel de voir, dans la description qu'il fait des places fermées et fortifiées {oppida) de la Gaule, la description de celle dont nous nous occupons.

Elle était, comme on l'a dit,' construite sur le sommet d*une colline, s'inclinant, dans quelques-unes de ses parties, jusqu'aux eaux de la Loire, celle-ci formant, de Test à l'ouest, une anse en moyenne : de 75 kilomètres 300 mètres, du pont de Sully au pont de Baugency, en suivant Vaxe du fleuve (1).

On a recherché si son assiette était bien la même que celle de la ville actuelle, avant ses accrues successives ; ces recherches n'ont abouti qu'à des appréciations très douteuses.

La difficulté qui se présente aujourd'hui de reconnaître les traces de cet oppidum, dont les fondations, d'après les renseignements que nous donnent les Commentaires, étaient à fleur de terre, est telle qu'il est évidemment inutile de se livrer à ce travail.*

Il en est de même du pont dont elle était accompagnée. Il exige, cependant, malgré ce qui en a été dit plus haut, qu'on s'arrête sur les textes des Commentaires dans lesquels il en est question.

L'armée, dit César, retraçant sa marche dirigée vers Genabum, arrive de Vellaunodunum à Genabum, ville dépendante des Camutes, « Genabum carnutum hue biduo Caesar pervenit, >

Cette marche fut pénible ; en arrivant, il fallut former un

(1) Rive droite : li kilomètres 200 mètres ; rive gauche : 74 kilomètres 500 mètres. (Reasoignements dus à la savante obligeance de M. Sainjon, ingénieur en chef de la Loire pour le département dn Loiret.)

camp et remettre l'attaque au lendemain : « Castris ante oppidum positis, diei tempore exclusus in posterum oppugnationemdiffert. >

On se prépare au combat, et comme le pont était contigu à la ville et que César craignait que les habitants ne profitassent de la nuit pour, àl'aidedu pont, traverser le fleuve, il mit deux légions en observation : « Duds legiones in armis excubarejubet. »

Nous devons, avant d'approfondir cette partie du texte, faire remarquer les expressions dont se servent les Commentaires pour faire connaître la situation du pont à l'égard de la ville, et réciproquement; il dit que cette crainte de la fuite des habitants parle passage du pont tenait à ce que celui-ci adhérait à la ville : c Et quodoppidum GenabumponsfluminisLigeriscontinebat.*

Ce dernier mot a donné lieu à de nombreuses controverses ; il est de savants traducteurs qui lui ont substitué le mot Con^ tingebat.

Hais cette variante est absolument arbitraire ; elle n'est certainement adoptée que comme mode de préciser plus affirmativement le sentiment de ces auteurs sur la situation du pont à regard de la ville.

La différence qui existe entre ces deux mots n'est pas grande. Lemaire, dans sa grande collection des Classiques^ emploie le mot continebat, et, dans une note, il lui donne la synonymie d'adherebat, en enseignant que quelques auteurs célèbres, tels que Cujas et le R. P. Petau, préfèrent et emploient le mot contingebat; mais il ajoute qu'il n'oserait : non atisim.

Ozaneaux adopte, comme Lemaire, le mot continebat ; ei^ se rappelant sans doute ce passage de Cicéron : « Pars oppidi ponte continetur, » il traduit ainsi le passage des Commentaires : Un pont sur la Loire rattachait la ville à l'autre rive ; traduction qu'en toute humilité nous croyons vicieuse : le mot continebat ne s'appliquant pas aux rives du fleuve, mais s'appliquant au pont et à la ville, dans leurs rapports réciproques (1).

(1) Continebat pour Continens erat, Continuus^ qui tient, qui continue. (Nouvelle édition des classiques Commentaires de César, par M. GiDEL, professeur de logique au lycée de Nantes, adoptée par l'Université.)

Cependant, il faut attribuer à la nuance qui sépare le sens des deux mots continehat et contingehat la discussion suggérée aux savants latinistes qui viennent d'être cités.

Si on adopte le mot continehat^ on pourra concevoir Texistence d'un certain espace entre le pont et la ville ; si, au contraire, on admettait le mot contmgehat^ synonyme d*adherebaty il faudrait admettre une cohésion si parfaite entre la ville et le pont qu'ils se touchaient, et que la ville, de ce côté, n'était défendue que par une porte ouvrant sur le pont.

Et alors les mots pontis et itinerum angustise devraient s'entendre en ce sens que l'encombrement survenu sur le pont tenait non-seulement à son peu d'étendue en largeur, mais aussi à celle des chemins auxquels le pont aboutissait sur la rive gauche du fleuve.

Tandis, au contraire, que, si on s'en tient mu mot con^mefta/, on peut concevoir une certaine distance entre le pont et la ville, et l'existence de chemins étroits les reliant, mode stratégique en usage chez les Gaulois, qui s'est prolongé pendant tout le cours du moyen âge.

Cette interprétation est justifiée par ce qu'enseigne un éminent ingénieur, M. Jallois, dans l'ouvrage considérable qu'il a laissé, intitulé : les Antiquités celtique et romaines de la ville d'Orléans,

Il est bien évident que, dans le passage de son œuvre intéressant le pont de Genabum, il entend, ainsi que nous venons de l'entendre, le mot continehat, puisque après avoir signalé sa bizarrerie, il constate que les ponts des anciennes villes gauloises étaient séparés des murailles ; il cite, comme étant dans ce cas, Cœsarodunum (Tours), la ville des Nannetes (Nantes), Autissidunum (Auxerre).

Quelle qu'ait été la situation du pont et de la ville ; qu'on emploie pour l'expliquer l'un ou l'autre mot, on ne peut hésiter un instant sur ce qui se serait passé dans le ras où l'armée romaine eût été à Gien-le-Vieil.

Nous avons vu que ce bourg, ou plutôt ce castrum, était séparé de son pont, si jamais, ce qui est resté à l'état négatif le plus absolu, il en a existé un à cet endroit du cours de la

Loire, par un espace de 1,000 mètres, espace plus que suffisant pour permettre l'investissement de la ville et empêcher les habitants de gagner le pont.

Si on se reporte au siège mis devant la ville par Attila, ces considérations sont pleinement justifiées ; ce barbare est resté vingt-cinq jours, du 21 mai au 18 des calendes de juillet (14 juin), devant la ville, avec son armée qui l'investissait de tous les côtés, et cependant saint Aignan a pu se rendre à Arles et y envoyer un émissaire auprès d'Aétius, sans qu'Attila ait pu empêcher ces sorties.

Et, d'ailleurs, les sorties des habitants, au moment du siège mis devant la ville par César, n'ont pu être empêchées par les deux légions qu'il avait mises en surveillance ; il fallut, pour arrêter cette fuite, qu'il pénétrât dans la ville, après avoir incendié ses portes, pour atteindre les fuyards.

Ce côté était donc inaccessible pour l'armée ennemie, tant le pont était en rapport avec la ville par ces chemins étroits, bien évidemment protégés non-seulement par la surélévation du coteau de la rive droite, mais encore par de fortes défenses.

Le texte continue : « Aussitôt que César eut appris par ses explorateurs (exploratores) que les habitants commençaient , au milieu de la nuit, à sortir sans bruit et à traverser le fleuve, il met le feu aux portes et il entre avec ses légions; les habitants se précipitent en se dirigeant vers le pont ; peu échappent, parce que la multitude, la foule était enfermée dans l'étroit espace du pont et des chemins. • [Portis incensis, intromittit, atque oppido potilur, perpaucis ex hostium numéro desideraiis, quin cuncti caperentur, quodpontis atque itinerum angu^tiœ multitudini fugam incluserant.)\

On peut donc, d'après ces textes, assister à l'horrible scène qui se passe dans la ville et sur l'étroit passage reliant les deux rives du fleuve ; les Romains pénètrent dans l'enceinte de la ville dont les portes sont réduites en cendres , les habitants s'enfuient tumultueusement dans les voies conduisant au pont, la multitude s'y accumule, elle s'y entasse; il se produit alors un tel encombrement , que les soldats romains ne ren-

contrent aucune résistance , et que ceux épargnés par Tépée sont facilement faits prisonniers.

César lui-même, après un court séjour dans cette ville incendiée, dévastée et déserte, passe le pont et se dirige vers le Berri. c Atqiie in Biturigum fines pervenit. »

Ici se manifeste une nouvelle difficulté : Gien est séparé du Berri par la Loire, d*où on a conclu que César était à Gien, puisque, aussitôt la réduction de Genabum, il parvint aux limites du pays des Bituriges.

On ne remarque pas que, s*il en eût été ainsi, il n*eût pas été besoin de le dire, le territoire de Gien s*arrêtant aux limites du Berri, ou même le comprenant dans une certaine partie.

Si on est à Genabum, il n'en est pas ainsi; alors et dans ce cas, il faut employer le mot pervenit pour exprimer l'action de se rendre du territoire des Genabiens, en traversant la Loire et ce qu'on appelle la Sologne , aux limites du Berri. « Ad fines Biturigum pervenit, >

Il est certain que le mot pervenit implique une idée de distance parcourue , ou même un effort intellectuel ou physique pour obtenir ce résultat.

C'est bien dans ce sens que César emploie ce mot.

Parlant du régime nuptial des Gaulois, nous l'avons vu dire que l'homme apportait une dot égale à celle de la femme, dont les fruits ou revenus accumulés pendant le cours du mariage appartenaient à celui des deux époux parvenu aux fruits des temps précédents : « cum fructibus superiorum temporum pervenit; » il y a bien là un espace à parcourir entre le point de départ et le point d'aboutissement de l'exécution du contrat.

Dans le récit du passage des Cévennes, il dit : c Quoique les montagnes des Cévennes, qui séparent les Helvétiens des Arvemes, fussent couvertes de neige et que l'on fût alors dans la saison la plus rude de l'année , cependant, à force de travail, les jsoldats écartèrent la neige, lui ouvrirent un chemin, et il parvint aux limites du territoire des Arvernes {ad fines Arvemorum pervenit); > employantdans ce passage la même

fdtme de langage que celle employée lorsqu'il s'est agi de parvenir aux limites du territoire des Bituriges.

Il dit aussi : être parvenu à la Cn de son travail : c Quoniam ad fines laborum esse perventum, »

A partir de la destruction de Genahwm^ la Gaule marche rapidement à la perte de sa nationalité ; déjà elle n*est plus elle-même ; elle est réduite à la disputer au vainqueur.

Nous n*avons plus qu'à suivre la destinée de la tribu des Camutes et de la ville, celle-ci continuant à être, après sa lente restauration, le point central du commerce de la Gaule, au milieu des tentatives de révolte et des révolutions extérieures qui, en affaiblissant l'Empire, substitué à la République, hâteront sa chute et livreront le sol de la nouvelle province à un nouvel envahisseur.

La période qui sépare la conquête des Romains de la prise de possession par les Francs est marquée par Tavènement du christianisme; pour la Gaule, en particulier, par l'expansion pratique de la religion nouvelle , et pour Orléans, par sa prédication et son établissement dans son enceinte et sur toute l'étendue de son territoire.

En outre, cette période sera marquée par la substitution du nom à' Aurélia à celui de Genabum.

Ce sont ces deux grands faits historiques, surtout , qui devront être l'objet d'une attention particulière.

Leur étude doit avoir pour résultat nécessaire d'établir la situation de la ville au triple point de vue politique, social moral et monumental.

Mais, pour réussir dans cette tâche , il est indispensable de rattacher l'histoire de l'antique cité d'Orléans à l'histoire générale.

Si les écrivains, auxquels nous devons, d'ailleurs, de précieux enseignements sur les origines de la ville, sur les grands événements et les institutions dont elle a été le théâtre et le siège, avaient moins négligé l'histoire générale ou en avaient été mieux instruits, on n'aurait pas à regretter les erreurs qu'on est obligé de redresser ou les lacunes qu'on est obligé de combler.

On a vivement reproché à la mémoire de César les cruautés qu'il a exercées sur le peuple gaulois, et , certainement, pas même les fureurs de la guerre, l'irritation que peuvent excuser les résistances sans cesse renaissantes qu'il rencontre dans l'accomplissement d'une si grande entreprise que celle de conquérir et de dénationaliser un peuple , ne peuvent afFaiblir l'horreur qu'inspirent les massacres exécutés à Avaricum (Bourges), ceux du Morbihan et, surtout, pour employer l'expression d'Ozaneaux, réfutant l'éloque qu'Hirtius Pansa fait de César, l'exécrable meurtre de Vercingétorix.

Et, cependant, il ne paraît pas à quelques-uns que César fût cruel.

Hirtius Pansa insiste sur ce point ; il attribue ces actes à la nécessité d'intimider; il va jusqu'à dire que tout le monde rendait hommage à sa douceur : « Cum suam lenitatem cognitant omnibus sciret. >

Charles Giraud {du Droit romain au moyen âge) vante la prospérité de la Gaule sous l'habile et bienveillante administration de César; et Michelet, dans le style soufflé, peu conforme à celui de l'historien qui lui appartient, rapprochant Alexandre de César, dit : c Qu'ils eurent cela de commun : d'être aimés et pleures des vaincus et de périr des mains des leurs; de tels hommes, ajoute-t-il, n'ont point de patrie, ils appartiennent au monde entier. >

Oubli des massacres dont l'histoire de ces hommes, et surtout de ce dernier, est remplie ; déclamations oiseuses et stériles ! César, il est vrai, s'occupa de l'organisation de la province désignée désormais sous le nom de Gallia comata, Gaule chevelue, et il le fit dans un remarquable esprit de modération.

Il conserva aux nouveaux sujets de Rome leur autonomie ; il n'exigea d'eux qu'un tribut de 40 millions de sesterces (8 millions 200,000 francs), qu'il déguisa sous le nom de taxe militaire.

Il donna le droit de cité à plusieurs villes : honoriflcè civi" taies appellando.

Mais ces actes sont plutôt le fruit de l'astuce qu'il avait déployée dans la guerre que le signe d'un caractère généreux.

A ce moment, César n'avait plus rien à redouter de la Gaule qu'il venait de dévaster et de dépeupler.

Un million de combattants gaulois avait péri; un million avait été réduit en esclavage, et le dernier des trois millions se composait de vieillards, de femmes et d'enfants répandus sur ce vaste territoire.

Encore le diminua-t-il de 6,000 hommes d'infanterie et de 3,000 hommes de cavalerie, dont il forma une légion qu'il appela Vaile ou V alouette , parce que le casque de ces soldats était surmonté de l'image de cet oiseau; ou, peut-être, comme le symbole de leur légèreté à la course, ou même de la légèreté du caractère national.

Il prit bientôt un parti qui aurait pu exercer une fâcheuse influence sur le sort de Genabum, au point de vue des relations commerciales dont , avant cette guerre désastreuse, cette ville était le centre.

En l'année 49 avant J.-C, il détruisit la colonie phocéenne établie à Marseille, en punition de ce qu'elle avait pris le parti de Pompée; mais, comme cette mesure atteignait l'existence de cette ville plus particulièrement au point de vue de ses droits politiques et de ses institutions , les grandes entreprises commerciales n'en furent pas amoindries, et le commerce de Teau, sur les cours de la Seine et de la Loire, à l'aide des bateaux remontant le Rhône et la Saône, et de portages à mulets organisés (entre ces grandes voies de communications fluviales, s'y perpétua.

Auguste, inquiet de quelques symptômes de troubles se manifestant dans la province (de l'année 46 à l'année 37), lui donna une organisation qu'il croyait propre à les prévenir. Pendant un séjour qu'il flt à Narbonne, il dressa, après l'avoir fait occuper militairement, le cadastre de la Gaule et le recensement de sa population ; dès ce moment, les noms celtiques commencèrent à disparaître ; il y eut V Aquitaine , la Belgique, la Lyonnaise, celle-ci comprenant le territoire des Séquanais.

Ces dénominations se renouvelèrent et s'étendirent dans la suite.

Les villes perdirent également les nomis de la nationalité gauloise, AtUrick et Genabum les conservèrent.

On constitua les confédérés {foBderati), les alliés (amict) et les indépendants {liberi) ; tous étaient exempts du service militaire, mais tous restèrent tributaires.

Les Gamutes étaient au nombre des fœderati.

On s*est demandé à quoi il fallait attribuer cette marque de bienveillance envers une tribu aussi persistante dans ses actes d'hostilité; on a répondu à cette question en Tattribuant au respect qu'inspirent, même aux vainqueurs, le courage et le malheur des vaincus.

Les noms des villes furent transformés en appellations adulatrices des empereurs : Bibracte, capitale de la tribu des Eduens, Augttstodunum ; Limmous, capitale de la tribu des Pietés ou du Poitou, Augustorium, et la capitale de la tribu des Arvemes, Gergovie, Augiistonometum.

Les villes d'Autrick et de Genabum qui avaient conservé, lûnsi qu'il vient d'être dit, leur nom lors du changement de noms des provinces, résistèrent encore à cette innovation ; aussi la tribu des Gamutes garda longtemps sa religion, ses rites, ses magistratures, et resta plus longtemps que les autres étrangère au mouvement civilisateur que l'administration romaine voulait lui donner.

D'ailleurs, ce bienfait était corrompu par l'insatiable flscalité de l'Empire et de ses agents ; les cruautés de la guerre et ses désastres furent presque dépassés par l'avidité des gouverneurs donnés à la nouvelle province.

Partout se manifestait un mécontentement qui ne pouvait se terminer que par une insurrection générale.

Tibère rendit la situation tellement intolérable que ce soulèvement eut lieu à la suite d'une alliance qui se forma entre les Tre^ires et les Eduens, auxquels se joignirent les Turons et les Andegaves (la Touraine et l'Anjou).

Il est difQcile de croire que les Gamutes, enclavés dans^ ces tribus, ne prirent aucune part à ce mouvement.

Il fut bientôt comprimé, et le règne de Claude fut marqué par des actes de bienveillance qui ont consisté à étendre à un

graod nombre de villes gauloises les privilègesappartenant aux Tilles italianisées.

Il attachait, il est vrai, à cette faveur, une condition à Taccomplissement de laquelle les Gamutes se refusèrent longtemps, et plus que les autres tribus : l'abandon du culte druidique.

Cette résistance poussa Claude à l'expulsion des druides qui abandonnèrent même le territoire celtique, siège de leur religion et de leur autorité; ils se retirèrent dans TÂrmorique et la Germanie.

Tout ceci se passait un siècle, à peine, depuis la conquête (de 54 avant J.-G. à 48 de Tère chrétienne).

La suppression du culte national arriva au moment même où le christianisme s'élevait chez les peuples de l'Orient, pour se répandre, dans un très court espace de temps, jusqu'aux dernières contrées de l'Occident.

On peut ajouter que le polythéisme, effrayé de son affaiblissement, hâtait le triomphe de la religion unitaire qui devait le remplacer; l'administration précipita la dénationalisation de la Gaule, elle y rendit la langue latine obligatoire pour la rédaction des actes publics. .

Les Gaulois répondirent à ces provocations par une nouvelle tentative d'insurrection générale, sous le nom de Bagaudie, et pendant la guerre soutenue par Vitellius contre Galba, dirigée par Marie, du pays de Gergovie des Boyens, c'est-à-dire des bords de l'Allier, ils proclamèrent la délivrance de la nation, et donnaient à leur chef le titre de dieu et de libérateur.

Les Carnutes s'apprêtaient à se joindre à cette armée et à se rendre à Durocortorutn (Reims), lieu indiqué pour la réunion générale des coalisés ; mais l'indiscipline rendit cet effort impuissant.

Cette Bagaudie échoua dans les champs de Bibracte, Augustodunum (Autun), il n'en est resté que la touchante histoire d'Eponine et Sabinus, qui ne put désarmer la colère de Vespasien et faire fléchir le système d'intimidation adopté par ce prince et par l'Empire, pour maintenir la province dans l'obéissance. (75 de J.-G.)

Domitien continua les exactions ordinaires au fisc romain (78 de J.-G.), et, dans le sentiment d'affaiblir la province et de pourvoir à Talimentation de la paresseuse Italie, il ordonna la destruction des vignobles de la Gaule.

Les coteaux de la Loire produisaient, depuis longtemps déjà, de riches vendanges ; ils durent perdre cet élément de fortune et de prospérité.

Les peuples de la Gaule purent s'avancer dans la civilisation ; pendant les règnes des Trajan, des Adrien, des Antonin, ils durent s'adonner aux travaux de la paix ; mais si la persécution devait se montrer moins générale, elle fut non moins cruelle.

L'Empire avait proscrit le druidisme, il opposa la plus violente résistance aux progrès du christianisme; ces grands princes n'eurent pas la gloire d'ajouter le respect du sentiment religieux aux bienfaits de leurs règnes.

Ce n'est pas ici le lieu de fixer l'époque de l'introduction du christianisme dans la Celtique ; mais il importe de rappeler l'époque d'un événement qui préparait le progrès de rÉvangile, dans la Gaule centrale.

Cet événement est l'établissement de l'Église dans la ville de Lyon; il s'est réalisé en Vannée 177.

C'est à ce moment que commence la série des empereurs, dont le souvenir remet en mémoire ce que la tyrannie a, tout à la fois, de plus cruel et de plus insensé : de 180 à 212, apparaissent et se succèdent les Commode, les Sévère, les Caracalla, et, avec eux, la décadence de l'Empire.

Caracalla, cependant, consomma l'unité de l'Empire et des provinces par la Constitution de l'an 212 ; il donna le droit de cité à tous les alliés et sujets de Rome.

Les Carnutes qui, jusque-là, avaient conservé leur autonomie, reçurent-ils les institutions municipales de Rome ? Grave question qui peut encore être agitée, surtout en ce qui touche la ville de Genabum.

Nous avons déjà dit qu'elle avait eu un curator urbis; mais l'exercice de cette fonction ne peut suffire pour induire l'existence régulière d'un municipe.

Les écrivains les plus éminents dans la science du droit public, MM. de Savigny et Guizot, ont examiné cette question considérable sollicitant, ici, plus que partout ailleurs, une sérieuse attention (1).

D'après M. "de Savigny {Histoire du droit romain au moyen âge, p. 39), il y aurait une différence sensible entre les municipes des villes de ritalie et des municipes des villes de la province, même celles ayant reçu le Jus italicum.

c La première organisation municipale des provinces dut

• présenter, elle-même, beaucoup de variétés, car les pro-

• vinces conservèrent une grande partie du régime antérieur 9 à la conquête ; mais avec le temps et par les dispositions du

• Gode théodosien, la constitution des décurions fut érigée en » loi générale par tout TEmpire (p. 47). »

Il ajoute : « Pour une magistrature qui répondit à celle des 3 Décemvirs, en Italie, embrassant la présidence du Sénat et » Tautorité judiciaire, voilà ce que les provinces n'avaient > certainement pas ; elles l'eurent plus tard, au moins est-il » permis de Vadmettre (p. 62). > .

Il cite Salvien, affirmant, au v* siècle, que les plus petites localités, même les plus simples, castra, avaient des décuriales.

Mais aussi il cite Grégoire de Tours, affirmant que, même en son temps, la supériorité des anciennes villes gauloises n'avait pas disparu (p. 65).

Il ajoute encore (p. 66) : « J'ai dit, plus haut, que la pro-

• vince n'avait pas de magistrats qu'on put assimiler aux Dé- » cemvirs ; pour la Gaule nous en avons la preuve directe; et 9 encore : Ce que nous savons. sur les magistrats municipaux

• se réduit à quelques renseignements accidentels. »

Quant à M. Guizot, son opinion, à ce sujet, est résumée par cette seule phrase de sa 8' leçon, \^ vol., p. 321 : t Dans les

(1) On pourrait citerM. Charles Gieaud, Essai sur V histoire du Droit romain^ et M. Ratnouabd, Du Droit romain dans les trois dynasties , mais plus on invoquerait d'aatorités, moins on obtiendrait de moyens de solution. MM. de Savigny et Guizot représentent tous ceux qui ont traité ce siiget.

• municipes de l'Italie, le droit de rendre la justice, au moins

> en matière civile de première instance, appartenait à cer-

> tains magistrats municipaux : duumviri, quinquennales^

> édiles^ prœtores; on a souvent cru qu'il en était de même » hors l'Italie, et dans les provinces, c'est une erreur ; dans » quelques villes seulement, assimilées aux municipes de l'Italie, » des magistrats municipaux exerçaient toujours, sauf l'appel » au gouvernement, une véritable juridiction. »

Hais toutes ces propositions, produites sous la forme la plus hypothétique, doivent recevoir une solution; elle se -rencontre dans une Novelle célèbre que l'empereur Majorien a publiée en l'année 450.

Après avoir dit que : « Depuis longtemps, les cités des provinces sont ruinées par l'absence du secours des défenseursdes cités y ce qui engageait les habitants à les abandonner, {quitus fugientibus incolis de fensorumauxiliodestitutis), • il ordonne qu'on ait recours à une nouvelle élection.

L'année précédente, il avait ordonné aux gouverneurs des provinces de contraindre les principaux et les anciens, tant % de chacune des villes que des curies et autres corporations, les vieillards, ceux dont la vieillesse a blanchi les cheveux : € Alhos quos conscripsit vetustas, > et, cela même, au péril de leur vie, c capitis sui periculo detegentes, > à révéler les familles curiales : « obnoxiorum familias (1). >

Il résulte évidemment de ces textes que, si le régime municipal a été introduit dans la Gaule centrale, ce qui reste plus que douteux, il n'y a pas été de longue durée, proposition d'ailleurs qui prendra un complément à mesure que les événements se succéderont.

Et quand même la Novelle de Majorien n'existerait pas, on saurait que l'institution des défenseurs des cités n'a eu qu'une

(1) Proferre compellant obnoociorum familias^ ceux qui sont soumis à la fonctioa curialo, texte qui s'explique par la contraiate à laquelle les citoyens étaient soumis de Taccepter, et l'ayant acceptée, non-seulement à ne pouvoir cesser do l'exercer, mais encore de la transmettre à leurs enfants, jusqu'à Tépuisement de leur génération.

existence éphémère, si, même, depuis Tannée 362, où elle a été fondée, elle a utilement fonctionné.

Les curies, même les plus fortement constituées, étaient abandonnées; les biens ruraux des curiales confisqués, devenus ces champs appelés lati fundia, transformés en marérages pestilentiels, menaçaient, par leur étendue, les populations de la famine.

Les Romains n'eurent d'autre ressource que celle de les donner, en présence de la dépopulation générale, à des tribus barbares qu'ils étaient obligés d'admettre au nombre de leurs alliés, sous le nom de letes (laeti).

Le territoire d'Orléans n'en fut pas exempt; on verra bientôt les Alains, élevés à cette qualité de Letes, jouer, particulièrement à Orléans, un rôle considérable dans les événements qui vont s'accomplir.

Les choses en vinrent à ce point que, de fait, l'Empire avait abdiqué : l'armée romaine disséminée était impuissante, dans chaque contrée, à sa défense- Dans ce cruel délaissement, les ministres de la religion chrétienne remplacèrent la curie, si elle a existé ; les cités eurent des défenseurs que la loi romaine n'avait pas prévus.

Ici s'ouvre le large cadre du tableau, représentant les actes de l'épiscopat chrétien.

Mais, avant tout, il convient de fixer l'époque de l'introduction du christianisme dans la Celtique et, particulièrement dans la ville de Genabum.

Deux écoles existent à ce sujet; il semble possible de les concilier, toutes deux tirant leur principe plus de la forme que du fond de la question.

L'un des systèmes consiste à prétendre que l'introduction du christianisme à Orléans est due à Potentien, Savinien et Al tin, tous trois du nombre des LXX, envoyés par saint Pierre.

Ce système donne l'année XLVI de l'ère chrétienne comme date de cet événement.

Dans cette occasion, nous ne devons pas perdre de vue que nous traitons un sujet spécial qui exige de recourir à l'histoire générale, mais seulement lorsque cela devient indispensable.

pour expliquer les faits qui s*y rattachent; aussi nous bornerons-nous ici aux observations pratiques les plus brèves.

Tout se tient ici-bas ; pour sainement apprécier une situation religieuse, il faut consulter Tétat moral du peuple auquel elle appartient.

Les écrivains les plus graves se réunissent pour reconnaître que les progrès du christianisme ont été lents dans les Gaules; que, bien loin d'avoir pénétré dans le centre, il s*est arrêté aux extrémités.

C'était au centre qu'était le siège de la religion nationale; c'est là que se sont organisées les entreprises qui ont arrêté la conquête de César, et qui, dans la suite, l'ont mise en péril.

Après cette grande révolution, le pays des Carnutes est resté le foyer du druidisme.

Et lorsque l'on connaît l'ardeur des peuples dénationalisés pour l'observance des pratiques du culte des ancêtres, le seul lien qui unit les classes, la seule institution qui rappelle la patrie, le seul signe auquel tous peuvent s'aimer sans se connaître, on comprend que les vaincus de César n'ont pu devenir païens et qu'ils ne se soient rendus que lentement aux enseignements de la religion devant laquelle le paganisme succombait.

Ce serait, cependant, méconnaître un autre élément historique : la tradition, si on se refusait à croire que, dès le premier siècle, des chrétiens pleins de foi ont essayé la prédication dans le centre même de la Gaule ; mais c'est seulement à ce titre qu'on doit admettre l'action des premiers chrétiens dont il est parlé dans les annalistes de la Gaule.

Leurs auteurs divisent le voyage d'Altinus, considéré comme le premier évêque d'Orléans, en deux parties : la première, en l'année 46, vingt-deux ans avant que cette qualité d'évêque lui soit reconnue (c'est-à-dire en l'année 68).

Ce n'est, dit-on, qu'un an après le retour d'un voyage que Savinien, l'un de ses compagnons, fît à Rome, que, du consentement de saint Pierre, Altin fut élevé à l'épiscopat de Genabum.

Parvenu à l'&ge de 70 ans, Altin transmet le siège de son

enseignement à Alitus, ou Alipitus, ou Alixitus, on varie entre ces trois noms, il continue les travaux de sa mission, accompagné de son fidèle compagnon Eodaldus, il se rend à Chartres, à Paris, à Créteil et, enfin, à Sens, où tous les deux souffrent le martyre.

On' voit, aussi, Savinien se rendre à Rome, informer saint Pierre de tout ce qui s'est passé dans la Gaule, pendant le séjour qu*il y a fait, et continuer, après leur martyre, Toéuvre d'Altinus et d*Eodaldus.

Ainsi les doutes se dissipent, la qualification n'a que le sens qui lui appartient, elle ne peut se confondre avec celle d'évêque telle qu'on Ta entendu plus tard, et qu'on l'entend aujourd'hui.

Mais pour qu'il y eut, alors, un évêque à Genabum, il aurait fallu qu'il y existât, sinon une église, au moins un lieu de réunion pour les fidèles.

Aussi nos anciens annalistes n'ont pas manqué d'attribuer la construction de cette première église à ce premier évêque.

Cette église qui aurait existé, dès ce temps, et qui n'a été détruite qu'au cours du xvm* siècle, était sous le vocable de saint Etienne.

Du reste, quelque objection que comporte cette proposition, on doit remarquer que, dans ces temps primitifs, pour le christianisme, ce vocable était universellement adopté.

Les stoïciens de la primitive Eglise ne flattaient pas les néophites, ils avertissaient ainsi ceux qui venaient à eux du terme presque inévitable où leur adhésion devait aboutir.

Mais, par l'emplacement que l'église de saint Etienne occupait, il est de toute évidence qu'en admettant qu'elle a été la première, la construction ne peut être attribuée à saint Altin.

Elle était sinon appuyée sur le mur d'enceinte qui n'était autre que la muraille romaine fermant la ville du côté du fossé, aujourd'hui transformé en la rue dite du Bourdon- Blanc, au moins elle en était si près qu'elle en gênait et même en empêchait l'accès.

Sa construction remontait donc de l'année 46 à l'année 70

au cours de laquelle Âltin aurait cédé sa place à Alipitus, c'est-à-dire au règne de Néron, ou à celui de Vespasien, et plus probablement au règne du premier.

Or, il est 'difficile de croire que le pauvre missionnaire, environné de la haine du druidisme persécuté et persistant, à cause de cette persécution elle-même, et de celle du paganisme, qui devait succomber, à cette haine, par le martyre, eut assez d'autorité pour construire un temple consacré à une religion déjà si violemment persécutée, et en s'appuyant sur une des choses sacrées aux yeux des Romains, telles que les murailles des villes, t Sanctœ quoque res veluti mûri et porlœ civitatis quasi modo divini juris sunt. » {Institutes, liv. II, tit. 1^.)

Il est donc impossible d'ajouter foi à ce que disent les annalistes lorsqu'ils font remonter l'introduction du christianisme dans la Gaule centrale, ou, au moins, lorsqu'ils le représentent comme installé et réglementé avec sa hiérarchie, ses rites et ses monuments, à une époque aussi rapprochée de son expansion.

Il faut prendre aussi en considération les persécutions qui ont retardé son évolution, surtout dans les contrées éloignées de son centre d'action.

On les divise en dix périodes : Néron, 66 à 68; Domitien, 95;Trajan, 107; Marc-Aurèle, 164-177; Septime Sévère, 199- 204; Maximin, 235; Decius, 250; Valérien, 257-258; Aurélien, 273-275; enfin Dioclétien et Maximien, 303-313.

C'est à la période de l'année 177 qu'appartient le martyre de Pothin, évèque de Lyon.

Si les progrès du christianisme étaient lents au dehors de l'Italie, ils n'en étaient pas moins remarquables; mais jusqu'ioi rien ne signale le territoire des Carnutes, au point de vue religieux, à l'attention de l'histoire.

Cependant, cette province supportait le joug de Rome avec peine : la constitution de l'année 212, qui assimilait les villes gauloises aux villes italiennes et à celles italianisées, signe évident de la différence qui existait jusque-là entre les unes et les autres, au lieu de calmer les esprits, semble les avoir irri-

tés; le druidisme, encore dans léB mœurs, avait cependant perdu de son autorité; le christianisme pénétrait dans les villes; il devenait, pour les populations, le mode de manifester la persistance de leur hostilité contre les exactions et les violences de TEmpire; toutes étaient prêtes à le recevoir.

C'est ce qui arriva en 245 ; ce fut cette année que la Gaule, dans ses divisions principales, et, particulièrement, dans ses divisions centrales, reçut et accueillit la mission de Denis et de ses compagnons.

On sait que Denis se fixa à Lutëce (1).

L'autorité morale de ces envoyés du Souverain-Pontife, dont la situation s'était régularisée et agrandie, dut s'étendre au delà des cités dont le gouvernement spirituel leur avait été confié.

Bientôt celle de Denis se répandit de Paris à Âutrick, et d'Autrick à Genabum.

Cette grande et importante mission fut paralysée par les événements qui se succédèrent dans toutes les parties de l'Empire; aussi ne compte-t-on, dans les listes dressées par les auteurs les plus disposés à confondre la légende avec l'histoire, aucun évéque qui, depuis Al tin, aurait occupé le siège de Genabum (2) ; nous sommes dans la nécessité, même en acceptant ces listes, de nous reporter au iv® siècle.

Dans cet intervalle, et au cours de l'année 241, un fait qui semble avoir exercé une grande influence sur la destinée de Genabum, puisqu'on semble être autorisé à lui attribuer

(1) Une dissidence considérable s'est manifestée dans l'Église catholique à roccasion de ce saint personnage : les uns tiennent pour certain qu'il faut voir en lui Denis l'Aréopagite; les autres n'y voient qa*un autre Denis, le célèbre évêque de Paris, missionnaire au III* siècle. Le sujet que nous traitons ne permet pas d'entrer dans cette controverse; nofus devons nous borner à renvoyer à ce qui a été écrit à ce sujet, et démontré que cette confusion constitue un des plus évidents anachronismes qui se remarquent dans les écrivains du moyen âge.

Cette erreur est due à Hilduin, écrivain du vin» siècle.

(2) Voir, à ce sujet, particulièrement le premier livre des Annales eccUiia aurelianensis.

— asla substitution à ce nom dé celui d*Âurelia, doit être rappelé

Ce fait serait : le séjour de l'empereur Âurélien dans la ville gauloise.

Un coup d'œil rapide doit être donaé à cette partie de l'histoire de TEmpire : elle jette, tout à la fois, un'grand jour sur les progrès du christianisme ; elle peut devenir un sujet d'appréciation sur Forigine, et, par conséquent, sur le sens do mot : Orléans,

De Tannée 215 à l'année 244, Gordien, encore enfant, sous l'autorité de son précepteur Misithée, portait la pourpre impériale. Ce fut pour la première fois que les Francs apparurent sur la liste des barbares qui menacèrent l'Empire ; Aurelianus, ce paysan de Sirmium, devenu tribun de la Belgique gauloise, les battit à Magentium (Mayence), en l'année 241.

Bientôt les successeurs de Gordien, misa mort par Philippe : Decius, Gallus, Emilien, Valérien, sont, tour à tour, chef de l'empire; et, pendant ces règnes, Âurelius se multiplie pour repousser les barbares.

Jamais homme de guerre, quelque habileté qu'on lui suppose, ne s'est montré dans un aussi grand nombre de lieux, aussi éloignés les uns des autres ; sa vie s'est passée à parcourir l'Europe.

C'est peut-être à cette prodigieuse activité qu'est due cette tradition que le nom d* Aurélia a été substitué à celui de Gench bum et que les Genabiens sont devenus les Aureliani,

L'origine de ces appellations, malgré leur grand nombre, est cependant restée à l'état de problème.

Aucune des justifications qu'on a données à celles qu'on a offertes à la discussion, et tirées d'un séjour qu'aurait fait Aurélien dans toutes ces localités, et particulièrement à Gena^ brnn^ ne peut être satisfaisante.

La circonstance mémorable de la défaite de Tétricus, qui avait usurpé le gouvernement des Gaules, par Aurelianus, est également insufiSsante pour faire adopter cette cause du changement de ces appellations.

On a trouvé, il est vrai, des médailles à l'effigie d' Aurélien,

laDs les fouilles pratiquées en divers quartiers de la ville, nats on a trouvéi aussi, des Marc-Aurèle.

Si un choix devait être fait, dans ces trouvailles très nombreuses sur le territoire Orléanais, comme dans toutes les contrées qui ont été soumises à l'Empire, la préférence devrait être donnée à Aurélien sur Marc-Aurêlc.

Si MarC'Aurèle a régné 21 ans et que Aurélien n'en ait régné que 6, cependant une eidstence militaire, commencée en Tannée 241, qui ne s'est terminée qu'en 276, et qui 8*est pignalée par une activité telle, qu'elle a pu être Toccasion de "^ faire donner h un nombre considérable de lieux l'adjonction du nom de ce chef de guerre devenu empereur, l'emporte même sur u^ long règne comme celui de Marc-Aurèle.

Mais* si ces considérations suffisent à la tradition elles ne suffisent pas à rhistoire; et comme ce sujet tient une place importante dans les fastes d'une cité, on ne doit rienj négliger pour compléter une étude de cette nature; il faut donc s*y arrêter.

La philologie ancienne et contemporaine ne pouvait manquer d'inter\*enir dans ce long débat î Lemaire a commencé Tessai de fixer et de définir Torigine et le sens des mots'Genabum et Orléans.

De nos jours» un éminent professeur de TUniversité, sous le litre : Etymologie et histoire des mots Orléans, Orléanais^ a déposé, dans le XIII* volume, des publications de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, un remarquable mémoire où sont posées et résolues les questions suivantes :

Qu est^e que le nom Orléans?

A quelle époque le voyons-nous apparaître dans notre langue 1

Nous négligerons les recherches relatives h la seconde question que l'auteur traite en premier lieu, pour ne noua arrêter qu*à la première, la seule qui ait trait au sujet' spécial dont nous nous occupons ici; il s'exprime ainsi :

• Pour les clercs du moyen âge, des mots ieh qn'Aurelianis • devaient être une sorte d*énigme ; apparemment, il tenait par

> quelque lien au nom d'homme Aurelius; or on avait dans

> la pure latinité un terme classique ; Tadjectif Aurelius^ le. » môme qui sert à désigner tant d'autres villes.

» Mais pourquoi ce nom? »

Ici l'auteur parcourt les différents systèmes qui ont tendu à expliquer le mot Orléans et cette partie de son texte combat le système d'un moine du xi* siècle, Radulf Glaber (1).

Celui-ci expliquait le mot Aureliana^ en le décomposant ainsi : Ora-Ligerina, le bordy la botiche de la Loire (2).

L'auteur des recherches sur les mots : Orléans, Orléanais^ traite d^énigme cette définition, et ajoute qu'elle est difficile à débrouiller.

Il repousse, également, un autre système, qur consiste à rattacher le mot Aureliana à la tribu des Aulerci, qui, par une contraction, un peu contrainte, de leur nom gaélique, seraient devenus les Awreliani,

Il repousse, plus énergiquement encore, la définition du mot Aurelianiy ou plutôt du mot Orléans, comme venant des mots : aurum alienis (d'or pour les étrangers) et, à plus forte raison, celle tirée de la réunion d'un mot latin et d'un molt grec aurum helios, ce qui lui fait dire : Orléans n'est pas seulement une ville d'or, c'est le soleil du monde.

Il repousse également les noms des empereurs Marc-Aurèle et Aurélien.

Il donne, de cette dernière proposition, une raison qui nous paraît aussi judicieuse que péremptoire.

Aurélien vivait au ni" siècle; Marc-Aurèle, au ii*. Il est difficile d'expliquer comment on fait remonter jusqu'à l'un d'eux un nom i:e ville qui n'apparaît que deux ou trois siècles plus tard, ainsi qu'il le démontre dans l'examen de la seconde question qu'il s'est posée.

Cependant, le nombre considérable de lieux et de villes

(1) Radulf ou Raoul Glaber (le tondu, le chauve).

(2) Note de Touvrage déjà cité de M.'Qidel, professeur de logique au lycée de Nantes, dans l'édition des Commentaires adoptée par rUniveraité : c Oenabum, Orléans, c'est le même nom que Genève ;

> le «ens celtique en est : iéte de rêau, pointe de Veau. »

auxquels on a ajouté ou donné le nom â* Aurélia semble le frapper : Genfib Aurélia Allohrogum (Gen eve); Aurélia Alamanorum (Baden); Aurelianum (Lintz); Aurélia autonina (Gariza en Bétique); ilure/Ziacum (Aurillac).

II continue, et nous nous associons à cette double observation, en rapportant le nom des villes qui ont conservé le radical d*Aurelius, en ajoutant celles où on a attaché le suffixe oc ou y.

Alors, subissant Tinfluence de ce mot Aurelius aussi abondamment reproduit, à défaut des empereurs Marc Aurel et Awelien^ il propose d'adopter la Gens Aurélia :

c On sait, dit-il, ce qu'était cette Gens^ Tune des plus grandes et des plus anciennes familles patriciennes ; ce qu'elle a fourni à la république et à Tempire d'hommes célèbres ou simplement connus, consuls, préteurs, {généraux, empereurs, suffirait à l'illustration de vingt maisons; on devine, sans peine, combien de ses membres ont dû exercer, dans les diverses provinces, d'importantes fonctions. Qu'un Aurelius fût appelé à résider sur un point de la Gaule comme intendant ou préfet, qu'il établît un camp ou un arsenal, qu'il bâtît des thermes ou restaurât un édifice, la bourgade ou la ville prenait son nom. »

Voilà, certes, une voie de conciliation très ingénieuse et qui invite à l'adopter, mais elle ne résout pas encore la question.

Si on hésite à accepter l'empereur Aurélien, parce qu'on ne sait pas s'il est venu à Genabum, et si, par conséquent, on doit lui attribuer la forme romaine que cette ville a reçue, il faut remarquer qu'il n'est pas question, non plus, de la présence, même à l'un des titres importants qui viennent d'être énumérés, d'un membre de cette famille ; nous allons, cependant, à l'occasion d'une autre définition et d'une autre origine données à ce mot Aurélia, reproduire un nom et un grand événement qui pourraient justifier l'ingénieuse sup position de notre savant professeur et nous [mettre parfaitement d'accord.

Nous venons de le voir repousser énergiquement l'étymo logie du mot Orléans tiré [d'un mot hybride, foiiné du latin

aurum et du grec helios; étymologie toute poétique tirée d'une œuvre intitulée : Pean aurelianus, dans lequel l'auteur, un médecin du nom de Massac, prétend que le mot Genabum vient des mots latins gignens omne honum (engendrant toutes sortes de biens) ^ conséquence nécessaire du génie des habitants de la ville et de la nature de son climat; mots résumés par ceux qui expriment : l'or et le soleil qui, suivant ce poète, ont produit le beau nom d* Aurélia, ou chriselie, ou helichrysos.

Nous séparant des autres interprétations données aux mots Genabum et Aurélia, remontant le premier à Genius, fils de Noé, et le second à l'empereur Aurélien, les deux fondatears de la ville (1), nous adopterons, comme très vraisemblable, la définition qui, se référant au mot he{ichrysos, nous reporterait à un membre de la famille Aurélia,

On lit dans un ouvrage encyclopédique (le Dictionnaire de Larousse), le passage suivant :

c Faire l'histoire du mot helios, c'est faire celle du mot Aurélia, >

c Aurélia est une famille plébéienne de l'ancienne Rome » qui s'appelait, originairement, Auselia ; elle est divisée en

> trois branches : les Cotta, les Orestes, les Scarus,

> Ce mot : Auselia, appartient au dialecte sabin ; d'après

> Faustus, il veut dire le Soleil.

> Le nom à'Aurelius a été donné à un citoyen romain c nommé Cotta, parce que, s'étant fixé à Rome, on lui assigna

> une place pour faire les sacrifices au soleil ; et comme il est

> de règle, en latin, que 1'* entre deux voyelles se change en » r, le mot Auselia devint Aurélia,

Pour ce qui concerne le mot helios, le même ouvrage ajoute : « Il y a une trentaine d'années, on croyait que le mot 9 helios était identique au mot sol, dont il a le sens suivant » cette théorie : l'esprit rude, que nous représentons par un A, » avait pour correspondant 1'^.

Il résulte de cet enseignement que le mot Helios, correspondant exactement au mot Aurélia, c'est les dénaturer que

(1) Voir LiMAiiB, war ea rapprochement, à aon chap. m.

d'ajouter aurum au mot helioSy et chrysos à helios; de faire, aussi, un seul mot d'aurumheUos et d'helichrysos, pour en composer le mot Orléans et célébrer la ville qui porte ce nom, en rendant ainsi la recherche de son origine et son véritable sens singulièrement embarrassés, et par conséquent douteux.

C'est du moins ce que pensait Lemaire, lorsqu'il nous dit : c Ces deux mots joints ensemble ^ont fait cette amarante, que Gallien appelle helichrysosy et que Théodore explique Aurélia, •

Ce langage ne peut s'expliquer lui-même qup par l'ignorance dans laquelle on était alors, ainsi que nous l'apprend le recueil scientifique cité plus haut, de la transformation, dans la composition des mots de la langue latine, de 1'^ en r, lorsque la première de ces lettres se trouvait entre deux voyelles. *

Ces observations nous ramènent à l'événement tragique : le massacre des Romains qui étaient à Genabum en même temps que Fusius (i)Cotta,et,plus particulièrement, le meurtre de ce (ihevalier qui remplissait la fonction d'intendant des vivres pour l'armée.

Pour bien comprendre la nécessité et la rapidité du retour de César, il faut se rappeler que le civis romanics était un être sacré.

Or, indépendamment de la vengeance à tirer du crime commis envers les Romains, qui était un crime de lèse-majesté romaine , chaque citoyen représentait la nation dominante et souveraine, et cette solidarité exigeait, sans délai, la vengeance exemplaire qui était à ce moment réservée à la coupable ville de Genabum.

Et cela avec d'autant plus de rigueur que Fusius Cotta était un membre de la famille Aurélia,

Nous venons de voir que cette Gens était divisée en trois branches, dont la première était appelée du nom de Cotta, et ces désignations étaient aussi inviolables et protégées par la

(1) On dit aussi Furius.

constitution de TEmpire contre toute usurpation, que la vie même de ceux auxquels elles appartenaient.

De graves présomptions se réunissent donc pour qu'on soit autorisé à admettre la supposition tout à la fois intelligente et savante de notre concitoyen.

Les Romains ont dû, on peut le penser, changer le nom, qui leur était devenu odieux, d'une ville dans laquelle la métropole du monde avait été outragée dans la personne des citoyens qui Ty représentaient; ils ont voulu, pour conserver le souvenir de l'attentat qui venait de s'y consommer, et transmettre aux générations à venir, en le lui donnant, le nom de la plus considérable des victimes qui appartenait à l'illustre famille, à laquelle César lui-même appartenait, par sa mère.

Et cependant, quelque imposantes que soient ces considérations que nous a inspirées le savant professeur, en introduisait l'illustre famille Aurélia dans ces longues recherches', elles n'en sont pas moins restées à l'état d'hypothèses ; elles ne nous laissent pas moins en présence de la définition que nous a donnée le moine Raoul Glaber, des mots Gen-ab et Aurélia^ définition qui a frappé l'attention de notre auteur à ce point que nous n'avons rien de mieux à ^faire, si nous voulons insister sur la définition de ces deux mots, pour l'appliquer à la ville qu'ils ont désignée, qu'à consulter son mémoire.

Il divise en quatre catégories le radical aurelius,

c En Gaule, dit-il, on ne saurait croire combien de villes et de bourgs rappellent le souvenir d'une origine semblable. >

Il indique ceux de ces noms de lieux qui ont conservé le radical d'Aurelianus; ils sont au nombre de quatre : Aureil (Haute-Vienne), Aurel (Drôme), Oreil-Maison (Vosges), Arelles (Aube).

Ceux qui ont conservé le radical Aurélia : Aureilles (Bouches-du-Rhône), Aurelle (Aveyron), Aureille (Pyrénées- Orientales).

Ceux qui ont conservé le radical d'Aurelianum : Aureilham (Landes, Hautes-Pyrénées).

Ceux qui ont conservé le radical Aureliacum. Ce mot, dit-il, est le nom primitif d'un grand nombre de villages; il s'est,

suivant lar loi commune à tous les mots en iacum, transformé diversement en ac, au Midi et dans la partie méridionale de rOuest et du Centre.

Il en cite six : Aureillac, Aureilhac (Gard), Aurillac (Gironde), Aurillac (Cantal), Orliac (Dordogne), Orliac-de-Bar (Corrèze), Orlhac (Charente-Inférieure), Orlhac, Orliac (Lot).

En y, dans le centre : Orly (Seine et Seine-et-Marne).

Nous croyons pouvoir, sans en rien modifier notre haute et affectueuse estime pour celui dont nous reproduisons le système, présenter quelques observations.

Gomment, de tous ces noms de lieux, tirer la conséquence qu'on doive en rencontrer le radical dans les mots aurelianus et aureliaf Comment croire que ces mots aient été Toccasion des appellations données, de par ces personnages portant ces noms, soit individuellement, comme l'empereur Aurelianus , ou collectivement comme la Gens Aurélia^ à un aussi grand nombre de villes, bourgs, bourgades, dont quelques-uns sont absolument étrangers à tout acte et à tous souvenirs historiques, et situés dans des zones si éloignées les unes des autres?

Ce doute se change en certitude si, aux noms qui viennent d'être rappelés, on en ajoute un grand nombre d'autres; entre lesquels : Oreja, contraction d' Aurélia, oppidum de l'Es pagne lusitanique ; Aurelii Vicu^^ ou Viterbe, castrum vicarellOy dans le patrimoine de saint Pierre, in provincia Patrimonii.

Remarquons et insistons, sur ce point, que toutes ces localités ont la même situation ; que toutes dominent un cours ou une vaste étendue d'eau, ou se réfèrent à des lieux oii se trouvent des sources d'eaux thermales :

Gen ab : Aurélia (la Loire), Gen eve, Aurélia (le célèbre lac de ce nom; Lintz, Aurélia, ou Lentium, ou bien Lentia, ainsi appelé par des Romains, diminutifs des mots aurelientia (au confluent du Danube et du Traux), Baden, Aurélia (eaux thermales célèbres), Aurel, eaux thermales (Drôme), Orel (Russie) (au confluent de l'Oural et de la Sakmara), Oranse (Espagne, sur le Minho), Aurelius (Amérique, sur l'Hudson).

Cette nomenclature semble bien excuser le moine Radalfe, surnommé Glaber, s'il a commis une erreur au ix* siècle en rapprochant le sens des motBigen et or comme exprimant la ville construite sur le rivage du fleuve appelé, comme étant la bouche de Veau, pour les habitants du territoire de la tribu des Camutes, s'étendant de la ville d'Évreux au delà môme de cette ville de Genabum o\x A' Aurélia, territoire ne connaissant d'autres cours d'eau que quelques petits torrents alimentés par les marécages des forêts dont il était ombragé.

Et ce moine, qu'on invoque dans un grand nombre d'ouvrages scientifiques du moyen âge, n'avait peut-être pas si grand tort en écrivant ces mots: Dicitur Aureliana quasiOra Ligeris,

Terminons sur ce point par ces mots :

Puisqu'on rattache les mots : Oreil, Àurel, Oreilla, Orly, Orlac, aux mots : Aurelius, Aurélia, Aurelianum, Aureliacum, aux mots : Gens Aurélia, ou aux mots : Marc Aurel, Aurélien, sans pouvoir en adopter un seul avec certitude; et que les dénominations, auxquelles, dans la Gaule et en Italie, on donne ces derniers noms pour radical, se rencontrent, en Espagne, en Autriche, en Amérique et en Russie, c'est-à-dire dans des contrées où jamais aucun des personnages portant le nom 6* Aurélia, d'Aurelius ou d'Aurelianus n'a pénétré et n'a été connu, comment repousser une définition différente, qui semble même beaucoup plus satisfaisante.

Qu'on nous montre une ville, un bourg, un lieu qui, réunis*sant les deux noms Gen et Aurélia, et dont par conséquent ces deux mots doivent être le radical, ne soient pas situés sur un cours d'eau, ou un bras de mer et toujours au sommet d'une courbure qui rappelle le mot celtique Gen (1), et alors, nous pourrons admettre qu'on jette un regard ironique sur la proposition et la définition du moine Glaber. En résumé, sur ce point, nous sommes entourés de suppo-

(1) M&lte-Bru^ donne trente-quatre nomB de ville, situées dans toutes les parties du monde qui ont le radical ; Gen^ toutes sont sur le rivage d'un cours d'eau.

sitioiis, que la science et la raison peuvent admettre, maii dont aucune n*a le bonheur d'être suffisamment justifiée pour prévaloir sur les autres.

La tradition, seule, est certaine ; mais nul ne peut fixer l'époque et déterminer le motif à laquelle et pour lequel, au nom celtique de fa ville, a été substitué le nom romain.

Aussi, ne doit-on considérer cet exposé que comme l'accomplissement du devoir imposé à l'historien, de faire connaître tout ce qui intéresse le sujet qu'il traite, sans même exclure les différents problèmes auxquels ce sujet donne lieu, en indiquant, toutefois, ses préférences, laissant au lecteur le soin de choisir et de s'approprier celui qui lui convient le mieux et lui semble le plus conforme à la vérité.

L'histoire doit prendre pour règle de conduite cet aphorisme:

Scribitur ad narrandum

Cette large parenthèse fermée, revenons aux événements qu se rapportent plus directement à la destinée de la ville que, désormais, nous appellerons Orléans.

Les hommes de guerre, même ceux de la valeur d'Aurélien, étaient impuissants à faire cesser ces troubles, ces invasions, et à protéger les provinces, et l'Empire lui-même.

Le sentiment d'un cataclysme prochain, la suppression du druidisme qui ne vivait plus que dans quelques pratiques superstitieuses, même encore aujourd'hui répandues dans les campagnes, engageaient les populations à chercher une consolation dans une religion nouvelle, qui leur promettait, après leur mort, une paix qu'elles n'avaient pas connue pendant leur vie.

La cruauté d'un Dioclétien et d'un Maximien, irritée par les dévastations des barbares et par l'invasion du christianisme, non moins périlleuse pour la constitution de l'Empire, ralentit encore, daus les Gaules, les progrès et l'adoption des institutions romaines.

Bien loin que ces institutions fussent acceptées, une grande

Bagaudie, organisée de 285 à 286, sur les bords de l'Alliar et dé la Loire, vint attester les souffrances que la Gaule centrale avait eues à supporter.

Cette insurrection, sous la conduite d'Amandus et d'EÏianus, usurpant le titre de César, était organisée, disait-on, dans l'intérêt du pauvre et dirigée contre le riche.

Elle succomba après un premier échec que lui fit subir Haximien dans les environs d'Augustodunum (Autun) et vint échouer sur les bords de la Marne.

On a contesté que Télémcnt chrétien fût le moteur de cette insurrection, cependant c'est à son occasion, afiirme-t-on, que sa légion Thébéenne se refusa à combattre et qu'elle fiit décimée, fait, il est vrai, de nos jours, mis en doute et au nombre des légendes de ces temps , mais qui, s'il était vrai, démontre que les empereurs ne s'y trompèrent pas.

C'est aussi à ce règne qu'appartient la constitution tétrarchique (292) : la Nàrbonnaise, l'Aquitaine, la Lugdunaise et la Belgique.

La Lugdunaise fut' bientôt séparée en deux parties.

Les Carnutes, Orléans, entrèrent dans la 2" Lyonnaise ; mais, plus tard, à une époque indécise, les deux Lyonnaises furent encore divisées : Orléans appartint à la 4®.

Il faut laisser la Gaule se débattre sous l'oppression flscale et la considérer au point de vue des progrès du christianisme.

Ces progrès sont dus à la sagesse de Constance-Chlore ; le premier, il aperçut ce qui frappa le coup d'oeil perçant de Constantin I^, son flls, et prépara les grands actes du règne de celui-ci.

Ce fut Constantin qui, le premier, sans reconnaître ofBciellement le christianisme, en autorisa l'exercice dans toutes les parties de l'Empire peu de temps après la mort de son père, arrivée en l'an 306 ; cet acte de ce grand empereur est du 29 mars 310.

Ce fut en 314 qu'eut lieu le concile d'Arles, dans lequel fut condamnée la secte des donatistes ou des disciples de Donat, chefs de la querelle élevée contre les traditeurs, ou ceux qui étaient accusés d'avoir livré des vases sacrés, sous la persécu-

tioa de Dîoclétien ; et, en 385, le célèbre concile deTticée, dans lft(}iiel fut condamnée rhérésîe d'Aritis et adopté le iymftote qai admet l'unité du Père et du Fils, la procession du Fils; et qui est la loi fondamentale du christianisme , surtout depuis <(ti'au concile tenu à Tolède, en Tannée 400, TËglise y ajouta ïé dogme de la procession du Saint-Esprit par les mots : qui ea? pâtre fllioqtie procéda.

Constance, 61s et successeur de Constantin, quoiqu'il ait adopté rhérésie d'Arius, comme Tavait fait son père , n'en fut pas moins considéré comme le bienfaiteur du christianisme orthodoxe.

Ces observations étaient nécessaires ici et recevront leur application lorsqu'on arrivera à l'épiscopat d'Anianus, saint Aignan.

A ce sujet, revenant sur la chronologie des évoques d'Orléans, nous devons en mentionner deux qui , si on les admet dans la liste de ces prélats, appartiennent au iv* siècle.

Le premier est nommé Diopet ou Declopet ; il est noté par les annalistes Orléanais et, particulièrement, par Symphorien Guyon qui va jusqu'à lui attribuer la construction de deux églises , l'une sous le vocable de saint Pierre des hommes : Sanctus Petrus virorum; l'autre, saint Pierre des filles : Sancius Petrus puellarum.

Le second de ces évéques est nommé Desinian.

Mais il semble que ni l'un ni l'autre ne peut être accepté.

Tous les deux sont le sujet de telles controverses et leur existence intéresse d'une manière si relative l'histoire de la ville, qu'on peut passer outre.

On voit, par exemple, La Saussaie placer le premier au milieu du iv« siècle (346), tandis que Guyon le place au commencement du iii*.

La Saussaie le fait assister au concile de Sardique, Guyon se charge de démontrer qu'il n'en peut être ainsi.

La Saussaie envoie Desinian au concile de Cologne , Guyon nie l'existence de ce concile ; le premier place la prise de possession, par Desinian, du siège épiscopal en l'année 346, Guyon en l'année 304 ; l'un place sa mort en 349, Tautre en Tannée 328.

Malgré <îcs obscurités, on peut admettre que Desinian a été le prédécesseur immédiat d'Euverte qui, lui, a bien certainement commencé la liste régulière des véritables évoques d'Orléans.

Il est incontestable que, de Tannée 330 à Tannée 390, si les temples du paganisme ne furent pas fermés , par mesure générale, les plus célèbres étaient détruits; et, aussi, que, dans toutes les curies où dominaient les chrétiens, et même dans les villes où la curie n'existait pas et où Ton comptait un grand nombre de chrétiens , le culte s'emparait de ces édifices, et, après les cérémonies de purification en usage, changeait leur destination et se les appropriait. (Code Théodosien, liv. IV.)

11 en dut être ainsi dans la ville d'Orléans.

Le temps n'était pas encore venu pour que le clergé fût organisé.

Ces apôtres n'étaient pas môme engagés dans les ordres mineurs, ils n'en prenaient les titres que pour désigner la fonction qu'ils remplissaient; et, lorsqu'ils durent diviser les circonscriptions qu'ils avaient à administrer, ils usèrent dans cette œuvre des expressions de la loi romaine.

Les circonscriptions soumises à l'inspection de Tévéque, comme celles des gouverneurs pour l'Empire, furent appelées diocèses, les autres furent appelées curies.

C'est ce qui est défini par Freund en ces termes : curiocuria, prêtre dune curie.

M. Littré combat spécialement cette définition de Freund, mais M. Littré est un célèbre grammairien, dont la méthode ne tient pas toujours assez de compte de l'étendue que, dans l'usage, prend le sens des mots et des faits historiques qui modifient ce sens.

Le mot curé a persisté et il a concouru avec le mot presbytère à désigner l'ecclésiastique chargé d'administrer la paroisse, l'ancienne curie.

Avant de pénétrer plus avant dans ce sujet, il convient de nous occuper encore de quelques grands actes de la vie sociale.

Nous avons parlé déjà des conséquences funestes, dans les provinces, de l'institution des curiales et de celle des défenseurs des cités.

Ce fut Tempereur Valentin P' qui, par un édit de Tannée 365, fonda la dernière de ces institutions.

Mais un mal arrivé à son comble devient mortel ; et d'ailleurs les craintes inspirées par les guerres d'invasion ; la nécessité, pour ces fonctionnaires , pris dans les hautes régions sociales, de quitter les cités pour les champs de batailles ; le découragement universel et Tégoïsme, résultat ordinaire des malheurs publics, tout concourait à frapper d'inefficacité et d'impuissance cette institution.

Dès son origine elle diminuait ; à ce moment le christianisme grandissait ; depuis la mission de saint Denis, il s'était étendu dans la Gaule celtique et dans toutes les divisions de la province.

Les controverses, les hérésies, celle d'Arius, la plus célèbre de toutes, avaient été, pour l'épiscopat des Gaules, l'occasion de révéler, au monde romain , une science digne de la science, et une éloquence digne de l'éloquence des rhéteurs et des orateurs de Rome.

Martin, de Tours, Hilaire, de Poitiers, Rhemi, à Reims, et même Euverte, à Orléans, en même temps qu'ils justifient cette proposition, démontrent l'accroissement du christianisme, allant jusqu'à une constitution hiérarchique.

Ce qu'il. y a de plus remarquable, à ce moment, c'est la substitution , opérée par les populations elles-mêmes , de leurs évêques à leurs défenseurs légaux , qui disparaissent de la liste des institutions de l'Empire des l'année 375; et c'est précisément à cette époque que se dissipent les ténèbres qui couvraient l'épiscopat d'Orléans.

A quelque date qu'on place le nom de Desinian et, immédiatement après ce nom , celui d'Euverte , on ne pourra s'écarter de la chute des défenseurs des cités, et, par conséquent, de l'intervention exclusive des prélats dans la direction des affaires des villes et des populations.

Eortius , Evortius : Euverte , a donc eu pour prédécesseur

Desinian ; celui-ci avait été institué en la forme prescrite par les conciles, c'est-à-dire par Télection; c'est par l'élection qu'il a eu Anianus ou Aignan pour successeur immédiat.

Cette version, accréditée par les agiographes les plus estimés, a reçu l'adhésion universelle ; elle nous semble devoir être accueillie sans restriction, quand même la différence dans quelques dates , d'ailleurs contemporaines , jetterait quelque embarras dans le comput de ces deux ou trois épiscopats.

Cette observation semble , cependant , insuffisante pour l'historien ; aussi , pour ne rien négliger de ce qui intéresse deux hommes aussi considérables que l'ont été saint Euverte et saint Âignan, il importe de rendre compte d'une grave question élevée au sujet de l'époque à laquelle remonte leur élection.

Cette tâche s'impose d'autant plus impérieusement que la chronologie de Tépiscopat d'Orléans serait atteinte , si la solution de cette question n'était pas définitivement résolue dans le sens de la tradition.

Le point de départ de cette controverse réside exclusivemeqit dans l'étude des périodes suivantes : de l'année 330 à l'anixée 390, épiscopat d'Evortius; et de 390 à 453, épiscopat d'Ânianus.

Charles de La Saussaie est le premier qui ait contesté ces dates ; Symphorien Guyon nous semble, certainement, avoir réduit à rien les raisonnements auxquels se livre celui-ci à cet égard.

Cette difficulté repose, exclusivement, sur la question de savoir au règne duquel des deux empereurs, Constance-Chlore ou Constantin, on doit reporter les actes de l'épiscopat de saint Euverte.

Les considérations de l'auteur des Annales de VÉgltije d'Orléans peuvent se diviser en trois parties : en premier lieu, il faut remarquer la longue durée de l'épiscopat de si^t Euverte et de saint Aignan , et le grand âge auquel ce dernier, mort en l'année 453, serait parvenu.

On le voit, en effet, d'après Baronius , admettre que l'éieçtion d'Euverte a eu lieu en l'année 313, « in nostra historia

sed^rqperUur Evurlim ab anno 313, • et que son épi^copat sVst prolongé jusqu'à Tannée 374» f unr/ne ad annum 374, • au cours de laquelle Euvcrte a signé au Goocih^ lie Valence, « quo innenitur idem EvuHim stibscHpsisëe couciiio Valentino. »

De cea datoi*, Tauteur des Annalefi de r Église d'Orléans tire trois eonséqueaces exclusives de la successinn immédiate de saint Aignan au siège épiscopal de saint Ëuverte: la première, que cette succession ne peut être admise, qu'il est impossibla de placer à Tannée 313 lelection d'Euverte et d'étendre cet épiscopat jusqu'à Tannée 374, puisque Dîopet et Desimaii ont signé, Tun au concile de Sardique, Tautre au concile de Cologne, tenus aux années 346 et 348.

La seconde» que, %i\ en était autrement, c'est-à-dire si on n'admettait pas Texistcnce de ces deux épiscopaU întermédiaires, il faudrait admettre qu'il se serait écoulé une période de 140 ans pendant laquelle il n'y aurait eu que deux évèques, run succédant à Tautre, sur ce siège épiscopal ; « quod si ita essei^ sedisse oporluit duos tantum illos spalio ceiiturn gttadraginla annorum; » que Tépiacopat d'Aignan aurait duré 00 ans, et si on ajoute 30 ans, âge auquel il devait être parvenu aa moment de son élection, il aurait atteint l'âge de 1^0 ans en Tannée 433, ce qui, à la vérité, n est pas impossible, mais ce qui, cependant, est difficile à croire : € quod etsi non sii impùssibile factu non tamen est facile credilu^ » et cela deox années après qu'Attila eut été mis en fuite : c biennio po$tquam fugassel Attila. >

U ajoute que, si Télection d'Euverte a eu lieu en 313, ou même plus tard, mais sous le règne de Constantin^ les prélats que Ton désigne comme ayant assislé à ces conciles n'ont pu y être présents, à Texception de Tnn d'eux, aucun n'occupant aloni les sièges épiscopaux qu'ils ont occupés depuis.

Il réduit toutes ces dillicultés plus à l'erreur des copistes qu a la chronologie, t vitio Ubrariorum magis quam rei ipsiiis, • rien n'étant plus facile que d'écrire Constaniintts au lieu de ConsianUtiS.

Cette faute admise , lea textes Tembarrassent peu ; Furius

— 5ft —

écriirîl : t Euverie, son» l6 rêffn» de CtmêttMm^ mpèrmïlê Constanlino, est élevé aux honneure de l'épiiDopat ; > LaSatUH saie ajoute : c Constantin est écrit pour OnManeê^ scripimm pro ConsianUOy et cela toutes les fois que Toocâsion s'en présente. >

Avec cette rectification tout s'explique : èOtts-diaereâu taAps de Helchiade, mort en 313, et de Sylvestre, mort en 834, wm le règne de Constance, et parvenu à Tàge de 6K anSi lirais erai œtas illa in primis SBdcrUis^ Euverte a pu être élu à IV piscopat.

Il recule sa mort jusqu'à Tannée 388, admettant, mail sMh lement dans cette hypothèse, que saint Aignan ait été le SM* cesseur immédiat de saint Euverte, et qu'il fût ftlofs kg^ de 30 ans, il aurait donc siégé pendant 6B ans, et sérail môri 4 Tâge de 95 ans.

Ces calculs ne laissent pas Symphorien Gtffon indifférent, il réfute \A Saussaie avec une extrême vivaeité ; il n'y a, dit-il, que cet auteur moderne qui est venu, depuis 30 ans , nous troubler dans notre possession de 1,300 ans. Il se met âUBSîlM à Tœuvre pour la défendre.

En ce qui concerne Texcessive longévité de saint Aignaili il s'exprime ainsi : c Cette difficulté est grande en apparotiee', mais nulle en réalité ; nous ne disons pas que saint Euverte ait été évêque du temps des papes Helchiade et Sylvestre, mais bien qu'il a été sous*diacre sous ces pontifes.

» Que vers les dernières années du pontificat de Sylvestre, qui gouverna TÉglise jusqu'à l'année 335, il vint à Orléans, où il fut élu évêque environ l'an 330, sept ans avant la mort de Constantin.

> Qu'il tint le siège d'Orléans l'espace de 60 and , jusqu'en l'an 390, au cours duquel il mourut (7 septembre).

> Que, depuis son décès, saint Aignan gouverna ce diocèse 63 ans 2 mois et 10 jours, et qu'il mourut le 17 novembre 453.

» Toutes ces suppositions, ajoute-t-il , s'accordent merveilleusement bien à la vérité de l'histoire, et ne contiennent aucune incongruité, ni abcrttfdité. »

-6»-ir

Bè ce ealcut, il résulte, ai on ftjdtite nnx 83 ans d'épisoopai

les 30 ans qu'Aniauus pouvait avoir, en admettant à la rigueur

rqii*il les eût au moment de aon élection, qa'W serait mort à

Vhgt de 93 ans, ce qui est moins e^ctraordinaire encore qtm ce

qui report des dates adoptées par La Saussaie.

L'objection tirée de la souscription d*uu évé^e du nom de Dtopet au concile de Sardique, et d'un autre du nom de Desinfan au concile de Colog^ne, est détruite par Guy on avec non moins de succès ; non seulement on ne mentionna pas la présence de Diopet au concile de Sardique, où aurait seulemeni été lu Tavis qu'il aurait donné sur le sujet qu'on y aurait traité, ce concile remontant h une époque antérieure à celle qui lui est donnée ; non plus que Ta vis de Desînian au concile de Colo* gne^ dont nn eélèbre agiographe, Baronius, va jasqu*à nwr rexistcnce.

En présence de ce« raisons de décider, il est inutile de s'oecuper de celles qui ne sont que d'un ordre accessoire.

Nous négligerons les documente et argumentations qui ne ^font qu'exprimer des doutes, ou même des négations des actes de ces deux évéques; on comprend que, s'il en était ainsi, il serait bien inutile de s'occuper plus longtemps de cette polémique absolument sans objet ; nous ne parlerons que d'un document plus sérieux : le manuscrit des PP. de l'Oratoire do Troyes.

Au cours de Tannée 1832» un savant professeur de BreslaUf M. Augustin Theiner, ayant reçu de Mgr de Beauregard, évoque d'Orléans, une honorable hospiialité, lui dédia aussitôt pendant le séjour qu'il flt à Paris, Tédition de trois notices de la vie de saint Aignan » empruntées textuellement à trots manuscrits déposés h la Bibliothèque de la rue de Richelieu,

La première de ces notices, commençant par ces mots : Tempore iilo mim Hunnomm exercitm ( dans ces temps oii Tarmée des Kuns), est consacrée au récit de Tévénement du siège d'Orléans.

La inonde, commençant par ces mots : [lia in tempore quo futgenê in rota êwculi novella plantaiio fkiei^ rapporte la vie de saint Aignan, et le représente com»e le succ^sawir immé-

(liai de saint Euverte, et désigne l'église de Saint-Laurent d'Orléans comme le lieu de sa sépulture.

Enfin la troisième : Sermo de adveniu sancH Aniani épiscopi^ rapporte un abrégé de sa vie, mais ne parle pas du siège d'Orléans.

C'est l'étude de ces manuscrits qui a inspiré, comme en contenant sa justification, la proposition de la pluralité des évoques d'Orléans ayant porté le nom d'Anianus, et de l'occupation, par quelques-uns d'entre eux, du siège épiscopal d'Orléans, jusqu'à l'évéque que, dans la chronologie de ces évèques, on place après le saint Aignan adopté par la tradition.

Dans le second de ces manuscrits, on lit cette phrase : ^Ante complures annos beatus Evurtius anUstes in urbe Aurélia" norum cimiaiis a pavimentis in amore divino visus est magnam ecclesiam fabricam canstrtixisse, et post multum tbmpoRis MULTisQUE EPisGOPis DECEDENTiBus, sanctfM Deo plenus AniOr nus^ consentienie Domino^ ad pontificale onus accessit^ cui visum est ob tantœ fabricx decus, tectis, depositis^ fabricam ipsam altius sublimare, > Bientôt le bienheureux Euverte , évèque d'Orléans, obéissant à son amour pour la religion, y fit construire une magnifique église ; et après un long espace de tempSf et la mort de plusieurs évéques, saint Aignan^ plein de l'amour de Dieu, et avec le consentement du Seigneur, fut élevé à répiscopat ; et il fit déposer la couverture de l'église, et, pour la décoration d'un si beau monument, il lui fit donner une plus grande élévation.

C'est cette phrase qui réunit tous les historiens et annalistes du temps où elle fut publiée par un ecclésiastique, M. Belami d'Alencourt, curé de la paroisse de Bure, diocèse de Rouen, dans l'opinion qu'il y avait eu plusieurs évoques du nom d'Aignan, sur le siège épiscopal d'Orléans, entre saint Euverte et saint Aignan, et que, si un Aignan avait succédé à Euverte, on ne savait lequel de ceux connus sous ce nom.

C'est ainsi que le Gallia christiana, Lenain, de Tillemont, PoUuche et plusieurs autres ont adopté cette pluralité, opinion résumée dans ce texte emprunté à PoUuche :

c tel Aignan est donc distinct de celui qui succéda immédiatement à saint Euverte, la vie de ce saint Aignan ne permet pas d'en douter, on n*y dit rien de saint Euverte, sinon qu'il a bâti une église, longtemps auparavant, et il n'est pat dit un mot de l'élection de saint Aignan; cette circonstance aurait été posée à la tète de son épiscopat qui commence, seu- Inient, par l'église qu'il a fait réédifier à la place de celle qo'Euverte avait bâtie longtemps auparavant, et qui lui donna l'occasion d'opérer un miracle sur un architecte nommé Helius. »

Enfin il résulterait d'un manuscrit déposé à la bibliothèque d'Orléans, fréquemment et très utilement consulté, dû aux recherches et à la plume d'un chanoine nommé Hubert, et du jugement qu'en porte PoUuche, qu'aux deux évéques du nom d*Aignan, qui viennent d'être signalés, on pourrait en ajouter un troisième.

Ces diverses opinions, sur le long espace de temps et la pluralité des évéques de ce nom, qui auraient séparé l'épiscopat d*Suverte de l'épiscopat de celui qu'on pourrait adopter dans ce n(mibre, sont reproduites par un ecclésiastique, du chapitre d'Orléans, M. Victor Pelletier, qui, dans un ouvrage sur les évéques et l'Église d'Orléans, publié en l'année 1858,. commence la notice sur saint Aignan par ces mots : < C'est en nous attachant au P. Hirling que nous séparons l'épiscopat de saint Aignan de celui de saint Euverte et que nous croyons que saint Aignan occupa le siège d'Orléans longtemps après saint Euverte; nous ne prétendons pas connaître tous ces évéques, nous avons conservé trois noms, les seuls que l'histoire ait conservés. »

Ces trois noms sont mentionnés par M. Pelletier dans cet ordre : Alitu3, Auspicius et Diopetus ; mais il avoue, tout en dérangeant l'ordre adopté par ses prédécesseurs, qu*on ne sait rien des detix premiers. .

Ainsi .4onc, on pourrait craindre d'être obligé de. renoncer à la tradition adoptée, intéressant la succession des missiojinajre^^ 4 tort qualifiés d'éyéques ; et c.eHe de ces premiers, prélats, la gloire du christianisme naissant dans les Gaules, et

même la gloire de rhumanité, qui, par leur courage, oui été la sauvegarde, autant que la barbarie de ces temps le permettait» des populations envahies par les princes de la fourrure, chassant devant eux la pourpre romaine.

On pourrait craindre de perdre de vue, dans ce nombre de prélats douteux et dans ce dérangement tout arbitraire de la chronologie, le grand évoque qui, par sa persévérance, est parvenu à retarder les funestes effets du siège jusqu'à l'arrivée de la dernière armée romaine, et de voir ainsi tomber, dans l'ordre des plus misérables légendes, le grand fait historique qui jette son éclat sur la ténébreuse décadence de l'Empire.

Heureusement, il n'en est rien.

La phrase sur laquelle on a fondé des problèmes destinés à se substituer à un fait attesté par les historiens des temps auxquels il appartient, et présentés sans justification, comme si on pouvait utilement opposer à ce fait une supposition vague et incertaine.

Cette phrase est une interpolation.

Elle est, ainsi qu'on l'a vu plus haut, conçue en ces termes : « ei post multum temporis, multisque episcopis deceden- Hbu8. »

Introduite dans la polémique, ainsi qu'on l'a dit, par un érudit ecclésiastique, M. Belami d'Alencourt, elle a été, comme contenant un élément historique important, adoptée d'abord par l'abbé X<ebœuf, chanoine de l'église d'Auxerre, l'une des grandes autorités dans le monde des antiquaires, et ensuite par tous les savants écrivains qui ont été cités.

Ces écrivains ne connaissaient qu'une notice sur saint Aignan : celle qui contient cette phrase, mais M. Theiner en à produit deux autres qui viennent d'être mentionnées; l'une, que nous avons vue commencer par ces mots : c Ulo in iem" pore quo fulgens in rota sœculi novella plantatio fldei. »

Dans la préface de sa publication, M. Theiner s'exprime ainsi : c Quant à la première vie, le savant M. Lebœuf, qui s'est trouvé à portée d'en examiner plusieurs manuscrits de la bibliothèque de l'Oratoire de Troyes, la croit d'une composition de beaucoup inférieure; mais le style inculte, barbare et

ampoulé de cette vie fait soupçonner qu'elle appartient au milieu du ix* siècle et qu'elle est, peut-être, calquée sur une vie encore plus ancienne. »

Après avoir dit que trois manuscrits existent à la Bibliothèque nationale, n~ 5308 et 3780, et enfin 5305 du xiv* siècle, il lyoute : t Dans ce dernier manuscrit, le style mauvais et presque inintelligible est très souvent corrigé ; j*ai cru devoir suivre ces corrections. »

Voyons si celui qui a été adopté par les érudits, autre que H. Theiner, ne serait pas celui qu'il a fallu corriger, d'un style inculte et barbare, ou si ce serait celui adopté par M. Theiper.

En premier lieu et ainsi que nous l'avons fait observer, personne ne nie, pas même M. Pelletier, qui, à la vérité, ne s'explique pas nettement à ce sujet, qu'un prélat du nom d'Anianus a été le successeur d'Evurtius.

Nous abordons sans plus de commentaire le fond de la question.

Il y a plusieurs textes ; il faut examiner les phrases de ces textes qui contiennent l'un Vincise, et les phrases des textes qui ne la contiennent pas.

Or, il n'est pas douteux qu'on ne doive adopter ceux qui ne contiennent pas l'incise, ot, au contraire, rejeter ceux qui la contiennent.

Si on adoptait les premiers et la phrase qui les contient, il est de toute évidence que cette phrase n'aurait aucun sens^, non-seulement raisonnable, mais même possible.

Si on prend en considération V incise, la phrase est absolument exclusive de la succession immédiate, par un évêque du nom d'Aignan,.au siège épiscopal occupé, jusqu'à sa mort, par Euverte, et, cependant, la phrase parle de l'élection d'Aignan comme successeur immédiat d'Euverte.

Nous avons rapporté cette phrase ; on y voit qu'Euverte, obéissant à son amour pour la religion, « in amore divino vistis est magnam ecclesiam fabricant construxisse ; » et ensuite : que, longtemps après et la mort de plusieurs évoques t et post multum temporis, muUisque episcopis decedentibuSy > Aignan a reconstruit cette église.

Hak on ne peut admettre que l'auteur de la notice a*ait pat •u en vue de rattacher le second épiscopat au premier.

Qu'on enlève l'incise, et le rapprochement interrompu e^t indissolublement opéré.

Si ce rapprochement n'était pas dans le texte même, à quoi bon mentionner saint Euverte à propos d'un de ses arri^* successeurs?

Il ne faut pas perdre de vue que la notice a pour objet unique de raconter l'événement du siège d'Orléans; l'auteur veut célébrer ce grand acte de la vie de saint Aignan, il le montre au moment où l'armée des Huns se répand comme uû. fléau vengeur dans les Gaules, pour les punir de leurs crimes ; c'est à ce temps qu'existe saint Aignan qui, semblable au Bon- Pasteur, était animé de l'amour de ses brebis.

c Tempore illo, cum Ilunnorum exercitus^ à parlibuf Orienlis ad depopulandam omnem provinciam exiisset et cum sceleris illorum adversus Galliam dira procella detonaret eodem tempore sanctus ac beatissimus Anianus episcopus in Aurelianentium civitate ut Bonus Pastor ovium amore Unebatur,., illud namque voluero vel rusticante sermone voii met expositione edicere. >

C'est après ce préambule qu'il arrive à saint Euverte comme constructeur de l'église 'de Sainte-Croix, et à saint Aignan qu*il établit, si on enlève l'incise, comment celui-ci a succédé au premier; le miracle de la guérison de Melius, cet architecte tombé du toit de l'église qu'il faisait relever; et, enfin, comment il se conforme absolument à la tradition; et comment, à cela près de la phrase introduite dans le texte, le saint Aignan de la notice n'est autre que le successeur de saint Euverte, tel que rhistoire nous le présente et tel que les fidèles, catholiques d'Orléans le connaissent et l'honorent encore aujourd'hui.

Nous venons de dire que, si nous adoptons la version telle qu'elle est adoptée par les érudits et historiens que nous avons fait connaître, tout est renversé; et c'est le contraire qui arrive si, supprimant une de ses falsifications très fréquentes et très facilement opérées par l'esprit de secte ou de parti et de système au temps des publications manuscrites, fraudes contre

lesquelles toutes précautions prises par les grandes institutions religieuses et de l'enseignement public ont été impuissantes, et auxquelles l'art du typographe a mis fin, nous restituons le texte dans son intégrité.

En présence de cette discussion , nous espérons avoir la certitude qu'il est inutile de continuer de nous occuper de cette difficulté; qu'il convient de la reléguer dans toutes celles du même genre, se multipliant et s'accumulant au moyen âge par le même procédé de la fraude ou de l'ignorance des copistes, et jetant le doute et la division dans les esprits au point de les entretenir dans les controverses les plus passionnées et les plus stériles.

Nous nous bornerons à signaler les tristes résultats de celle qui nous occupe en cet instant.

A celui de troubler la chronologie de la primitive église gauloise, de lui cacher, de manière qu*il soit impossible de saisir sa vénérable personnalité, le saint héros de la défense et de la délivrance de la ville et même de la Gaule, de la cruelle *et sauvage avidité d'Attila et de sa monstrueuse armée, il faut ajouter le triste résultat de renverser tout ce qui rattache la construction de l'église de Sainte-Croix au règne de Constantin; d'enlever à ce monument, l'un des plus vénérables de la chrétienté , les touchantes et religieuses coïncidences qui le lient à ce grand règne.

Si , au lieu de Constantin , il fallait lire Constance , le trésor trouvé dans les travaux de fondation de l'église , offert à Constantin et si généreusement rendu par lui , perdrait singulièrement de sa valeur; et le nom de Sainte-Croix, cette désignation, ce vocable qui , à lui seul , suffit pour établir m'e'yocablement un millésime donné à l'église en mémoire d'Hélène, la mère de l'empereur, presque au moment où elle venait de trouver la croix sur laquelle le Christ avait donné sa vie pour le salut des hommes, perdrait ce double et doux parfum d'antiquité et de double gratitude qui lui appartient , si les rapports de l'évèque d'Orléans et du grand empereur d'Orient venaient à disparaître.

L'illustre auteur de V Histoire des enfants d'Attila , en nous

révélant l'œuvre de Jornandès, a réfuté toutes ces arguties, et on ne peut que renvoyer à cet important ouvrage pour, en adoptant le calcul plein de bon sens de Symphorien Guyon, afBrmer le grand épiscopat de Tillustre Anianus, successeur immédiat de Tévêque Evurtius.

Gela étant, il convient d'étudier Tépiscopat de ce prélat en rempruntant à l'auteur des Annales de l'Eglise d'Orléans, Annales Ecclesiœ aurelianensis,

Eortius , Evortius , Evurtius , Euverte , né à Modëne , vint de Rome, dans les Gaules, afin de racheter ses deux frères, Eumorphius et Cassiam, réduits en captivité, sans doute, par les chances de la guerre.

Il arriva à Orléans au moment où de vifs dissentiments divisaient le peuple et les nobles, à l'occasion de l'élection d'un évêque.

Reçu par le portier de l'église de Saint-Ëtienne où il se présenta, il apprit de lui que, le lendemain, aurait lieu, dans l'église, cette élection.

A l'heure où elle avait lieu, et se tenant à la porte "pendant que les prêtres et le sacristain (clerus) étaient en prières^ une colombe envoyée du ciel est venue se placer sur le front d'Euverte, c doînissa cœlitus columba capiti Evurtii visa est insidere, »

Ce prodige s'étant renouvelé jusqu'à trois fois, emissa tertio columba, lo clergé, les nobles et le peuple, unanimement, le proclamèrent évéque : t Hic est quem elegil Dominus ad summum sacerdotium: > il est, disaient-ils, celui que le Seigneur a élevé au souverain sacerdoce.

Mais Evurlius n'était que sous-diacre; à cette époque, ce grade inférieur ne comptait pas dans les ordres, c ex D. Cypriano notum est : primis illis lemporibus subdiaconos non fuisse numcraios inlersacrorum minisfros,^ on le conduisit à l'église Saint-Marc, extra muras, el on l'ordonna diacre; on le ramena ensuite à réglise de Saint-Ëtienne où on l'ordonna prêtre ot où on le sacra évéque, t in ecclesia sancti Stephani, prsesbiter et epis^copus consecrafus est, »

Ce passage confirme ce qu'on lit daiii« la vie de quelques

évoques dont Tépiscopat est douteux, que déjà une église existait dans la banlieue d'Orléans; cette dénomination, au point de vue de l'histoire de TËglise et aussi de l'histoire d'Orléans, ne manque pas d'intérêt : dans la basse latinité, le mot marcha est synonyme àt terminus, limes, seu flneslcujiÂS regionis (1), fin, limite de quelque territoire, c'est de ce mot qu'est dérivé le titre aristocratique de marquis , gardien d'une limite, d'une marche.

Le territoire, la banlieue de la ville était, à cet endroit, indiqué par une borne, un poteau, un signe quelconque ; et, comme les murailles des villes, ce signe, ce territoire étaient chose sainte et sacrée et garantie par la religion.

La primitive église a souvent profité de cette dénomination toute locale et purement administrative ou même constitutionnelle de la grande fédération gauloise, comme de 'quelques autres et de quelques usages de ces populations pour les attacher au christianisme et engager ainsi les néophites par un signe sensible qui leur était familier et cher.

Euverte signala sa sainteté par plusieurs autres miracles ; il éteignit par sa seule prière un violent incendie alldmé par des furieux pour détruire la ville ; il rendit rouie aux sourds, la vue aux aveugles, l'agilité aux boiteux et aux paralytiques, et la santé à tous ceux atteints de maladie : lahorantes sanitatem plenam restituit.

Lisez : t II apaisa les divisions qui enflammaient les esprits ; à sa voix, les oreilles et les yeux, fermés aux vérités et aux lumières du christianisme, s'ouvrirent, les habitants qui trébuchaient dans la voie de l'Église y marchèrent d'un pas sûr et rapide ; les intelligences les plus paresseuses, les plus obtuses, prirent une vivacité cachée sous leur indifl'érence, les hérésies (on était au temps des querelles suscitées par Arius) cessèrent, et le troupeau du pasteur grandit dans une grande proportion.»

(1) Voir M. DE Petigny, Histoire archéologique du Vendômois

c Le christianisme éleva dans ces lieux des sanctuaires en Thonneur du

Dieu vivant, et pour aider à la faiblesse du peuple et lui faciliter, par

une similitude de noms, le passage de la superstition à la vraie foi, il

• let plaça sous l'invocation de saint Marc. »

A cette époque, il n'existait à Orléans que la petite églia# de Saint-Etienne, désormais et depuis longtemps insuffisante ; saint Euverte est inspiré d'en construire une autre.

La poésie symbolique continue : c Pendant la nuit et bien qu'on fût au mois de juillet, une pluie abondante de neige avait couvert la place fermée par la muraille de la ville, un ange trace le plan de cette église avec son doigt : ah angelo in nive designata; Euverte entend cet ordre du ciel et se met à l'œuvre.»

En creusant les fondations, il trouve un trésor, il l'envoie à l'empereur, comme à son souverain, par son archidiacre Mansuet {\) : ad imperatorem tanguant dominum; mais le généreux empereur le lui rend au double et y ajoute : sept bassins en or, sept calices du même métal; il affranchit le territoire d'Orléans, pendant trois ans, de tout impôt, il l'applique à la construction de l'église (2).

Ce pasâagc a son importance : il nous montre l'église avec son ordre hiérarchique ; l'évêque a son archidiacre ; il constate les rapports de l'élément religieux et de l'élément séculier, de l'Ëglise avec l'État ; l'évêque, après avoir rendu à Dieu ce qui est à Dieu, en lui faisant construire un temple, rend à César ce qui est à César, en lui envoyant ce trésor.

Il nous montre l'usage qui ne peut appartenir qu'à une société assez avancée dans son organisation : celui d'une souscription des citoyens pour la construction du monument.

L'évêque ne possédait pas la richesse suffisante pour l'accomplissement de cet important dessein ; il y parvient, nous dit-il, lui-même, non-seulement au moyen du trésor qu'il trouva miraculeusement {divinittis) et de la générosité de l'empereur, mais aussi d'une collecte des fidèles : ex collectis ftdelium.

([) Archidiaconum suam Mansuetum^ Guyon fait, de ce mot, le nom propre Mansuet ; il semble qu'il devrait être traduit par le mot ^riyê^ particulier y aimé. cher.

(2) Un de ces calices existait encore à Téglise de Saint*Aignan, au xvi« siècle, où il fut détruit, nous dit Guyon, par les protestants ; il ajoute; € C'estune grande perte» (Inventaire du trésor de Sainte» Croix) , mais Guyon était bien crédule.

Eq^, oe texte nous montre Tinfluence (des nombres cabalistiques snr l'esprit des membres du clergé chrétien.

L*emperear donne sept vases et sept calices d'or ; il affranchit, pour trois ans, le territoire de tout impôt; Téglise est bâtie dans l'espace de trois ans; dans P'espace |de trois jours après la dédicace de l'église, 7,000 païens se convertissent : € Ecclesiœ igitur, Aurelianensis.œdiflcio intra triennum consummato; intra triduum septem fere milita paganorwm baptismum perceperint. »

Cette dédicace a lieu le S des nones de mai de l'année 336, jour anniversaire de l'invention de la Sainte-Croix par Hélène, mère de l'empereur Constantin, et cinq ans seulement après que cet événement a été connu : < Quinto nonas maii qui dies est celebris inventione Sanctœ Crucis dedicationis ejus solennitas designata est; » pourquoi l'église reçoit le vocable de Sainte-Croix.

Tous ces faits sont manifestement, en même temps que le constate l'observance des nombres, autant d'hommages rendus à Constantin et qui ne peuvent, en aucune manière, intéresser le règne de Constance ; ils sont à la fois historiques et surtout chronologiques, ils ne peuvent appartenir 'qu'à une certaine époque, et ils la désignent exclusivement à toute autre.

La solennité de la dédicace est marquée par un fait miraculeux : à Vélévation^ une nuée éclatante entoura la tête de l'évêque officiant, et une main dont les doigts étendus bénit, par trois fois, l'hostie, t JVubes splendida apparuit super capul ejus et manus porreciis digitis tertio oblatam benedicens, »

Ce fut ce miracle, attesté par quatre témoins oculaires : Baudele, faisant l'office de sous-diacre, Eleusin, qui était au bas de l'église avec les pénitents, Précopie, vierge consacrée à Dieu, et saint Euverte lui-même, qui opéra, dans les trois jours, la conversion de 7,000 païens, nombre attestant que la ville avait déjà une population considérable, puisque, outre les chrétiens et les païens qui ne se convertirent pas, il se trouva 7,000 de ses habitants qui adoptèrent la loi évangélique, dans ce court espace de temps.

Le clergé d'Orléans, fidèle à cette tradition jusqu'à ce jour, a conservé le signe de cette bénédiction ; le sceau du chapitre de Téglise de Sainte-Croix représente cette main sortant du nuage et bénissant une croix résumant la magnifique basilique mise, des le jour de sa dédicace, sous ce vocable.

Ëuverte prédit Tépoque de sa mort bien longtemps avant qu'elle dût arriver : c longe ante prxdicens ohitum suum; » il désigna Anianus pour lui succéder, et rendit son âme à Dieu le 7 des ides de septembre de l'année 390 ; il avait tenu le siège épiscopal pendant soixante ans.

Pendant ce long espace de temps, bien des événements considérables, qu'il faut passer sous silence malgré la malheureuse influence qu'ils ont exercée sur la Gaule centrale, se sont accomplis.

Ce qu'on doit y remarquer, c'est que Tépiscopat d'Euverte et d'Aignan, son successeur, sont la négation absolue de l'existence, dans cette contrée et, particulièrement, dans la ville d'Orléans, de l'administration curiale au iv* siècle.

C'est l'évéque qui régit la ville.

Il s'empare d'un terrain sur lequel il élève un monument religieux; il l'appuie sur un mur de la ville, alors chose inviolable et sacrée (1); tout se fait ainsi de son autorité privée, sans autorisation de qui que ce soit.

Il trouve un trésor, personnellement et directement à l'empereur, par un de ses acolytes, sans l'intermédiaire d'officiers publics.

L'empereur lui fait un don magnifique, il y ajoute l'exemption de l'impôt et toute cette partie de l'administration puplique s'opère de l'empereur à l'évéque en l'absence de l'intervention de la chancellfîrie impériale.

Il institue Anianus son successeur, et il lui donne son peuple à gouverner suivant le rite pastoral : c et plehem aurelianensem pastorali ritu ei tradidit ad regendum; » maisévidemment ce rite était devenu le droit commun, puisque tout

(I) Sanctœ quoque res veluti muri et portas eioitatis quodammodo divini juris sunt (Just. Inst,),

se fait en dehors des formes prescrites par le Ju^ Romanum.

Saint Euvcrte a été inhumé au frais d'un noble sénateur, du nom de Tetradius, dans un champ qui lui appartenait, en vue de la ville, dans sa partie orientale.

Ce sénateur fit élever une chapelle sur le tombeau dans lequel Aignan, assisté de tout son clergé et entouré de la population tout entière, le déposa de ses mains ; cette chapelle devint le rendez-vous d'un grand nombre de religieux qui s'y fixèrent sous une règle rigoureuse.

Ici, nous obéissons plus à la tradition qu'à notre conviction ; pour nous, le seigneur Tetradius, représenté tantôt comme d'une extraction sénatoriale, et on ne trouve nulle part trace d*un sénat établi à Genabum ou à Orléans, tantôt comme un préfet, tantôt comme nn proconsul, n'a jamais existé.

Il nous semble incontestable, que le champ Tetradius n'est autre que le champ des Quatre-Saints.

A cette époque, les lieux où on inhumait les personnes appartenant aux ordres ecclésiastiques ou religieux étaient appelés loca sanctorum ; dans la banlieue, à l'occident de la ville, ad plagam occidentalem, nous voyons une rue encore aujourd'hui appelée SoiiS'les-Saints, et cela parce qu'elle est en contre* bas — qu'on nous pardonne cette expression vulgaire — d'un terrain qui, autrefois, était le cimetière, le loca sanctorum des moines peuplant l'abbaye de Saint-Laurent.

Le champ portant rap])ellation de Tetradius fut aussi appelé, plus tard, le champ Agon (l), nom qu'on a également attribué à un habitant d<3 la ville, qui aurait, sans doute, succédé au seigneur Tetradius dans la propriété de ce vaste terrain.

Ce mot Agon s'explique facilement, soit parce que ce lieu est devenu un cimetière pour un [)lus grand nombre que celui auquel il était originairement destiné, soit plutôt parce qu'au-

(1) On lit dans un ouvrage siçnô Edouard Lapon : Lettres d'un pèle* rin adresst'es à M, Agon : « A Rome, la place Navoae, tire son nom du cirque Agonal, le peuple on fit Navona ; en italien, agona^ signifie lice pour le combat ; en latin, c'est agonis , en français, agonie.

Si les Italiens ont fait de ce mot navone, les Orléanais ont pu eu faire un nom d'homme.

près de lui, si même ce n'a pas été sur son étendue, les Romains avaient établi des arènes, véritable champ de Yagonie. où s'exécutaient les jeux si énergiquement appelés : agonici circences (1).

Pour en terminer sur ce point, nous 'ajouterons que ce précieux corps, si cette tombe a été respectée par Attila, ce qu'il est difCcile de croire, est resté paisible dans le champ Tetradius^ devenu le champ Agon, jusqu'en Tannée 866, au cours de laquelle les Normands menacèrent Orléans.

Agius occupait alors le siège des Euverte et des Aignan.

On délibéra sur ce qui serait fait, à l'égard du corps de saint Euverte ; on décida qu'il serait transporté de la chapelle de la Sainte-Vierge, où il reposait, dans Tintérieur de la ville, afin que cette perle précieuse ne fût pas foulée aux pieds des pourceaux : c nepreUosumilludmargaritumporciscoiiculcandum tradereiur. >

11 fut, en effet, exhumé et porté par les nobles et un grand nombre de membres du clergé dans l'église de Saint Etienne ; et, lorsque la paix fut rétablie, on le remit dans son tombeau.

On raconte que, dans cette translation, une pluie abondante vint à tomber, telle qu'on se croyait revenu au déluge : c dixisse diluvium exortum prœ ingenii pluvùv effnsione ; » mais les porteurs de ce saint fardeau et le corps lui-même ne se ressentirent en rien des éclairs redoutables de la foudre, et ne furent pas même atteints par une seule goutte d'eau, c sed tamen iUiusgraii oneris gesiatores et onus ipsum lucis metuendœ fulgore circumvolutos, nec ulla quidem undœ guUula visa est attigisse, >

Anianus, saint et rempli de Dieu, succéda sans difficulté à saint Euverte ; on ajouta, cependant, au choix que celui-ci en avait fait une cérémonie qui devait assurer l'adhésion de Dieu lui-même à ce choix.

On décida que, pour connaître si Dieu approuvait le choix que le seigneur évêque venait de faire, on aurait recours à une

(1) Nous verrons bientôt ces arènes données, par une pieuse dame nommée Logia, à la collégiale de Saint-Aignan.

épreuve, alors fort en usage, dans la suite défendue par l'Église : le sort des saints.

Elle consistait à ouvrir, au hasard, un livre des saintes écritures, une fois ou plusieurs, et le passage sur lequel on tombait, en définitive? éclairait les consciences incertaines.

Alors Euverte, après plusieurs jours de jeûnes, ordonne * qiie les livres des saintes écritures fussent déposés sur Tautel de Sainte-Croix, et, le troisième jour, s'étant levé de grand matin, par la permission de Dieu, trouvant sur son passage un tout petit enfant qui n'avait pas encore Tusage de la parole, il ordonna qu'on l'apportât à l'autel, afin que, sans qu'on pût le soupçonner de la moindre fraude, il soulevât lui-môme les feuillets (1).

Mais, même avant qu'il eût touché avec ses petites mains les bulletins de votes, il s'écria d'une voix surhumaine, car il ne pouvait parler, et de manière à être entendu de tous : Aignan, Aignan, Aignan, par Dieu lui-même est élu évêque d'Orléans : « Voce supra humanum inclamat audientibus omnibus: AnianuSy Anianus^ Anianus, istius cimtatis a Deo pontifex est electus. »

Et, aussitôt qu'il eut prononcé ces paroles, et jusqu'au temps où sa langue put, naturellement, exprimer des mots, il n'en prononça plus aucun : * Nec deinceps iisque ad tempus solutae natura lingue quicqtiam fatus est. »

Mais l'Empire avait vu mourir et succomber Constantin, Constance, Julien l'Apostat, Jovien, Valentinien P', Valens, Théodose le Grand, Valentinien II et Gratien.

Déjà, à la mort de ce dernier. Théodose s'était vu contraint d'associer à l'Empire le farouche Arbogast qui, pendant son court passage au pouvoir, de 389 à 394, c'est-à-dire au moment même de la mort de saint Euverte, se montra le plus cruel ennemi de la Gaule, et le plus cruel ennemi des chré-

(1; A cette époque, les écrits et même les livres des saints n'étaient qu'âne réunion de feuilles de parchemin roulées ou posées les unes 8ur les autres. Cet enfant se nommait Flosculus; il tut, en 490, évêque d'Orléans, sous le nom de Flou, ridicule abréviation du mot FloscaluB.

liniiH; et Graticn, dès Tannée 382, s'était placé sous la garde particulière des Alains, ies meilleurs archers de ces temps.

Le rè^ne fatal d'Honorius vit le refoulement des peuples dé la Scithie et do la Pannonie, fuyant devant les Huns, ces barbares de la haute Asie; tous cherché rent"asile sur les terres de •l'Empire; ils ne pouvaient, d'ailleurs, sortir de leurs contrées sans franchir les limites de la puissance romaine.

A ce in(»mont, la Gaule tombait sous la tyrannie d'un aventurier du nom de Constantin qui la séparait de l'Empire, au- (|uel elle ne fut rendue (]ue six ans après, par Jovin, usurpateur de l'Kmpire, proclamé À Mayence.en 411, et qui fut misa mort par Arnaul, successeur d'Alaric, le premier barbare qui, en raiinée 410, avait pu s'emparer de Rome, et auquel la Provence avait été cédée.

La situation de la Gaule était telle, alors, qu'un historien de nos jours (I) a pu lui appliquer ces paroles de saint Jérôme : • La ruin«» de cette conlive eût été moins complète, si TOcéan, tout entier, eiU débf)rtlé sur ses champs. »

(V«»st dans ce terrible péle-méle qu'arriva dans la ville de Lvtui et qu'elle s'y fixa, une famille pannonienne, celle d'Anianus.

Kn Tannée 4i>8, un nouveau mouvement séparatif se manifeste, TAnnorique se constitue en république indépendante.

i'e nuMiventent contprit la deuxième Lyonnaise, il s'avança de Houen t\ Rvivux, d'KvriMix à Tours, de Tours à Nantes, et pénétra {\ Hennés,

Il t»st dilllcilo de sèpart^r de ces conlK*es Tanoien territoire des r.arnutes. r,harlrt*s et iVIèans.

KnIln, sous le rè^ne de Valêrien \\\ ^-t^^^, la Gaule se sépare de TKuïpiiw conune Tavaîl fx^il TAnnorique: une nouvelle Hagaudîe s'organise; delaite par Aetius, elle eul cette cons^^^^lenco de r\*placer la prvninoe sous la domination rxMuaine

r.e succès était msuflU^nl |Mmr aua^menter la oonfianc« du ^x'uoral r\Mnaui dans la iKlebte des habi;anl$ de la Gaule

centrale; et, en l'année 440, les Alains, ces farouches archers, élevés par Aétius à la qualité de Letes ou alliés, étaient autorisés à prendre possession de la ville d'Orléans.

Ces barbares étaient idolâtres ; ils eurent deux chefs qui se sont succédé : Eokarik et Sangibm.

C'est vainement qu'on chercherait, dans ce désordre, la moindre trace de l'administration romaine.

C'est dans cet état des choses publiques qu'avait vécu Evurtius, c'est dans cet état des choses publiques que lui succéda Anianus.

Aignan, pénétré de la compassion qu'inspiraient les désastres de son pays natal et ceux de son pays d'adoption, animé d'une charité évangélique, rehaussé d'un courage héroïque, pénétré des devoirs que lui imposait sa qualité de 'défenseur de la cité, sachant que, depuis Constantin, le droit de délivrer les prisonniers avait été donné aux évoques, et certainement, aussi, que les prêtres du paganisme, à leur rencontre, avaient le privilège de sauver les condamnés conduits au supplice, Aignan eut l'heureuse pensée de s'assimiler ces belles prérogatives.

' On le voit, elles n'étaient pas particulières aux évêques d'Orléans; mais, nulle part, elles n'ont été conservées et pratiquées avec plus de persévérance puisqu'elles n'ont pas disparu, et qu'elles n'ont été atténuées, pour le seul diocèse d'Orléans, que par une ordonnance de Louis XV, rendue au mois d'avril 1758, ainsi que nous le dirons plus tard, et lorsque ce droit était tombé en désuétude dans les quelques autres diocèses où il avait été pratiqué.

Cependant ce droit n'était pas, même dans ces temps, reconnu aux prélats à ce point qu'ils pussent spontanément en user; il fallait qu'ils en obtinssent l'autorisation du gouverneur romain.

Et comme ces officiers étaient souvent éloignés de leur gouvernement et que les sièges des nombreux diocèses n'étaient pas toujours le siège de leur résidence, les évêques couraient le risque de ne pouvoir faire part du bienfait dont ils étaient les dépositaires.

Page 1