CHAPITRE IX
Orléans pendant les dernières années du règne de Charles YII.
Nous avons pu concevoir une idée de la constance des habitants de la ville d'Orléans pendant les attaques, qui ont commencé au milieu du xiv^ siècle et plus menaçantes à mesure que l'armée anglaise faisait le plus de progrès, et pendant le long siège qui enfermait ses habitants dans ses murailles dont ils ne pouvaient sortir que pour s'exposer à la captivité ou à la mort dans les escarmouches, ou même dans les combats plus dangereux encore.
Cette constance s'est montrée dans tous les actes de la vie intérieure pendant ces longues et rudes épreuves.
Les cérémonies religieuses, les intérêts matériels, eux-mêmes semblent n'avoir pas souffert un instant d'interruption ; cette situation des esprits se manifeste avec d'autant plus d'évidence qu'elle ressort d'actes usuels qui ne se réalisent ordinairement qu'au milieu du plus grand calme. *
Le 6 mai 1428, un an avant la levée du siège et quelques mois avant qu'il eut été mis devant la ville, c'est-à-dire au milieu des plus grandes et des plus légitimes appréhensions tles dangers de la guerre et de ses plus funestes conséquences un notaire d'Orléans, Jean Berthier recevait un bail des petites îles, dites Charlemagne, situées dans la Loire entre le coteau de Saint-Laurent, qui devait bientôt recevoir une bastille des anglais, et le val de Saint-Pryvé ; ces îles elles-mêmes et ce val destinés aussi à devenir les lieux fortifiés et servir à l'investissement de la ville.
Il semble qu'il fallait être pourvu d'une grande .cajifiance
dans Tavenir poar qae, dans un présent aussi trooblé et aussi précaire, on put penser à affermer et à consentir un bail, sans doute, d*une longue durée, suivant Tusage de ces temps, d'un lieu dont la seule destination de la part du fermier ne pouvait être que la culture et la pèche, et qui ne pouvait lui être pro- Gtable que dans un temps de calme.
Or il devait sembler, dès le jour où ce contrat a été passé que ce calme, cette paix ne pouvaient exister : Paris était depuis longtemps au pouvoir du Roi d'Angleterre : il ne s'était pas écoulé un an depuis que le siège de Montargis, avait été levé après six semaines de durée (du 4 juillet au o septembre 1427).
Le 27 mars 1429, par conséquent en plein état de siège, d'investissement et de guerre, peu de jours avant l'arrivée de Jeanne d'Arc ; les assiégés provoquent et obtiennent des assiégeants une trêve pour célébrer paisiblement la /été de Pâques.
Aussitôt après la levée du siège, le 1^ de juillet, quelques jours à peine après la bataille de Patay (19 juin 1424), quand les anglais étaient encore menaçants et continuaient la guerre dans l'espérance de réparer les échecs de Montargis et d'Orléans, les actes d'aff^ermages se succèdent dans les études de notaires, et se rencontrent, en rinvenlaire de Saint Laurent, aux dates de 6 juillet, 6, [G octobre et 16 avril suivant : et cependant la guerre qui s'était éloignée du pays Orléanais pouvait y revenir ; ainsi avant l'arrivée et après son départ, le prestige de Jeanne-d'Arc exerçait son heureuse influence et rassurait les populations quelle devait sauver.
Désormais la ville a repris le plus grand calme : les docteurs de l'Université ouvrent leurs cours à la jeunesse de toutes les provinces de la monarchie, c'est-à-dire do tous les territoires devenus des circousoriplions dôparliinontales, divisées elles mêmes en cantons, en communes, et à la jeunesse de Uju> les Etats étrangers les plus voisins et les [»lus éloignés de la France sous le nom de nations, adopté par les provinciaux regnicoles comme si la monarchie ne devait pas être, à la vérité, elle ne l'était pas, soumise à une seule et unique loi politique.
A ce sujet, il nous semble que c'est ici le moment de revenir sur la grande institution de l'Université et de l'étudier depuis sa nouvelle constitution par Philippe le Long et le pape Jean XXII, après son retour de la ville de Nevers.